Archives de la catégorie Système politique

Mélenchon publie son programme éducation

On annule tout et on satisfait toutes les revendications. Le programme éducation de Jean Luc Mélenchon, publié le 22 mars, a été rédigé par Marianne Nedyj, juriste, et Paul Vannier et Aurélien Saintoul, enseignants. Il propose à la fois d’annuler les réformes entreprises depuis 2012 jusque dans le détail et de satisfaire des revendications parfois très catégorielles. Dernière particularité : le programme, qui engagerait des dépenses très importantes, n’est pas budgétisé.

Rupture avec la loi Debré

C’est clairement un projet de rupture avec la refondation que propose le programme Mélenchon. Publié tardivement, le projet veut rompre avec le système éducatif actuel, satisfaire les revendications des enseignants et supprimer les réformes entreprises dans le quinquennat en revenant en arrière. Dernier point : la question de la faisabilité n’est pas posée.

La rupture est d’emblée introduite par le programme qui veut scolariser de 3 à 18 ans dans un système éducatif où la loi Debré serait abrogée, sans qu’on sache exactement par quoi elle serait remplacée ou si la liberté de l’enseignement serait abolie.

Embauches massives et revendications catégorielles

Le programme prévoit des embauches massives. JL Mélenchon promet à la fois l’embauche de 60 000 enseignants, 8 000 cpe et 6 000 personnels médicaux et sociaux et la revalorisation des salaires de 7%. Ces seuls points représentent une hausse du budget immédiate d’au moins 10 milliards.

A coté, le programme s’intéresse à satisfaire de nombreuses revendications très catégorielles.. JLMélenchon promet une agrégation d’informatique et une autre de professeur documentaliste. Il veut créer et généraliser dans l’éducation nationale les professeurs d’éducation socioculturelle qui existent dans l’enseignement agricole.

Au collège il dédouble les cours de maths et de français. La mesure représente à elle seule 51 000 postes.  Comme le programme veut aussi dédoubler les professeurs en éducation prioritaire au primaire et y réduire le nombre d’élèves par classe (20 à l’école et au collège, 25 en LEGT) et en même temps créer de nouveaux corps d’enseignants, la barre des 60 000 nouveaux postes devrait être largement dépassée si ces promesses se réalisent.

Retour à avant 2012

JL Mélenchon promet aussi le retour à avant 2012 sur le plan pédagogique. Il abroge la réforme des rythmes, celle du collège. Il rétablit bilangues et langues anciennes. Il interdit le LSU et les dispositifs interdisciplinaires (EPI etc.).

La culture tient une place intéressante dans le programme avec l’idée de professeurs référents culture dans chaque établissement du secondaire, qui animeraient une association culturelle, comme il y a une association sportive.

L’éducation prioritaire n’est pas oubliée dans le programme.. Outre la diminution du nombre d’élèves par classe, JL Mélenchon promet une nouvelle carte scolaire intégrant les lycées dans l’éducation prioritaire.

La dernière enquête Cevipof a crédité JL Mélenchon de 16% des intentions de vote chez les enseignants. Il arrivait en 3ème positon derrière E Macron (29) et B Hamon (25)

Le programme

Dossier Election 2017

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Election : la FSU interpelle les politiques sur l’avenir des fonctionnaires

« Au lieu de supprimer des emplois il faut continuer à en créer ». Après le Snes et le Snuipp, la fédération FSU prend la parole le 20  mars et s’adresse directement aux candidats à l’élection présidentielle. Le message est clair : pas question de revenir sur les accords PPCR ou la retraite. Pas question non plus de supprimer des postes. Bernadette Groison appelle à un effort supplémentaire pour l’enseignement secondaire.

Clarifier les programmes

Le fonctionnaire bashing ça suffit. Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, veut mettre fin aux discours hostiles à la fonction publique. Dans une lettre envoyée aux candidats à l’élection présidentielle elle rappelle que « la Fonction publique est un élément structurant de la société qui contribue au développement économique du pays et à son rayonnement international… Pour développer l’économie de notre pays et retrouver une croissance, la Fonction publique est indispensable. Comment espérer en effet cela sans pouvoir compter sur une formation qualifiante et de haut niveau, sans le développement de la recherche mais aussi sans les investissements des collectivités locales ».

Elle demande aux candidats de clarifier leur position. « Certains programmes inscrivant prioritairement la réduction du nombre d’agents et la limitation des services offerts aux usagers, ne manquent pas de nous inquiéter. Les agents doivent connaître l’avenir qui leur est promis par les uns et les autres. » Une remarque qui vise Fillon comme Macron.

« Un mensonge »

L’annonce de F Fillon de supprimer 500 000 emplois sur 5 ans lui semble un mensonge. En tout cas, « la Fsu serait totalement opposée à des suppressions d’emplois de 500 000 ou 120 000 postes ». Dans la même veine elle se déclare « opposée à tout allongement du temps de travail ». Elle est aussi hostile à un alignement des retraites du public sur le privé. « Ceux qui portent ça nous trouverons sur leur chemin ».

Mais pour elle il ne fait aucun doute qu’il faille créer de nouveaux emplois de fonctionnaires. « Le service public a un énorme chantier devant lui : il y a le défi de la démographie et le champ énorme de la formation des adultes… Au lieu de supprimer des emplois, il faut continuer à en créer », a-t-elle déclaré le 20 mars.

Un livre blanc

La FSU édite un « livre blanc  » qui détaille ses orientations pour la fonction publique. Le syndicat y décrit la Fonction publique comme « la clé de voute du modèle social français ». Il revient sur les salaires, le temps de travail et les conditions de travail. Trois sujets d’améliorations.

Un effort pour le second degré

S’agissant de l’éducation, la Fsu demande de nouveaux efforts.  » Poursuivre l’effort budgétaire est une nécessité. C’est ce qui est plébiscité par 9 français sur 10 dans notre dernier sondage réalisé par Harris Interactive afin de permettre de répondre aux évolutions démographiques mais aussi aux différents besoins (formation, actions pédagogiques…) », dit le livre blanc. B Groison rappelle qu’elle  » a toujours été convaincue qu’il fallait investir dans le premier degré… Mais il va falloir faire un effort supplémentaire pour le second degré ».

Sur les réformes, « on n’a jamais été pour le statu quo sur la réforme des rythmes et du collège », dit B Groison. « Il y a des choses à revoir et rediscuter ». Mais la Fsu attend des candidats que là aussi ils annoncent la couleur.

A quelques semaines de l’élection, la Fsu cible clairement les programmes de droite. Mais compte tenu de la division syndicale, ces déclarations suffisent-elles face aux programmes de démantèlement du service public ?

La FSU écrit aux candidats

La FSU veut peser sur le débat éducatif en 2017

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Débat présidentiel 2017 : les petites et grosses intox des cinq candidats

Le Pen gonfle les chiffres du chômage, Fillon déforme ceux sur les demandeurs d’asile, Macron s’emmêle les pinceaux sur les peines de prison… Neuf déclarations des candidats décryptées.

LE MONDE (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/21/presidentielle-les-petites-et-grosses-intox-du-debat-a-cinq-candidats-sur-tf1_5097892_4355770.html?utm_medium=Social&utm_campaign=Echobox&utm_source=Facebook&utm_term=Autofeed#link_time=1490059296)

21.03.2017 à 01h55 • Mis à jour le 21.03.2017 à 10h16 | Par Adrien Sénécat, Alexandre Pouchard, Maxime Vaudano et Anne-Aël Durand

C’est à un débat pugnace que se sont livrés les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle, lundi 20 mars, sur TF1. François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon se sont opposés sur de larges thèmes comme la sécurité, l’immigration, les retraites ou encore l’Europe. Au prix de quelques contrevérités ou d’exagérations, parfois, dans leurs argumentaires. Nous avons décrypté les neuf plus flagrantes relevées.

La proposition inapplicable de Marine Le Pen sur les fichés « S »

Marine Le Pen

Proposition : « Expulser les étrangers islamistes fichés S ».

Marine Le Pen

POURQUOI C’EST INAPPLICABLE

En pratique, la loi permet tout à fait d’expulser un étranger qui représente « une menace grave ou très grave pour l’ordre public ». La décision peut être prise par le préfet ou, dans certains cas, le ministre de l’intérieur. Sauf « urgence absolue », la procédure demande de convoquer la personne concernée devant une commission avant de prendre une décision. Convocation qui doit être notifiée au moins quinze jours à l’avance.

Ce qui pose problème, c’est que la candidate laisse entendre qu’il serait possible d’expulser de manière systématique des étrangers soupçonnés d’appartenir de près ou de loin à la mouvance djihadiste. Or, la décision d’expulsion ne peut se faire qu’en fonction d’une appréciation individuelle de la menace. Il n’est pas nécessaire que la personne visée ait été condamnée, mais le danger doit être jugé « actuel » et « proportionnel » à la décision d’éloignement.

Mais surtout, le cas des fichés « s » regroupe des situations bien trop vagues et diverses pour légitimer des expulsions systématiques. La fiche « s » est un outil de surveillance, pas d’appréciation du niveau de dangerosité d’un individu.

Lire aussi :   Terrorisme : qu’est-ce que la « fiche S » ?

L’intox de François Fillon sur les demandeurs d’asile

François Fillon

« Une partie [des demandeurs d’asile] fuient la guerre en Syrie mais l’immense majorité de ces hommes et femmes fuient la pauvreté et viennent de toutes les régions du monde. »

François Fillon

POURQUOI C’EST FAUX

En 2015, selon les chiffres d’Eurostat (organisme de statistiques européen), plus de la moitié des demandeurs d’asile venaient de pays en guerre tels la Syrie (29,9 %), l’Afghanistan (14,2 %) et l’Irak (9,7 %).

Les Syriens, Afghans et Irakiens sont les plus nombreux à demander l’asile en Europe
Part de chaque nationalité parmi les primo-demandeurs d’asile dans l’Union européenne en 2015.
0 %5 %10 %15 %20 %25 %30 %35 %SyrieAfghanistanIrakKosovoAlbaniePakistanErythréeNigériaIranInconnuUkraineSomalieSerbieApatridesRussieBangladeshGambieSoudanARY de MacédoineSénégalMaliAlgérieGéorgieBosnie-HerzégovineRDCChineCôte d’IvoireGhanaGuinéeEthiopieAutres hors UE-28

Source : Eurostat

L’erreur d’Emmanuel Macron sur les peines de prison courtes

Emmanuel Macron

« Les peines de moins de deux ans [sont] systématiquement non appliquées.»

Emmanuel Macron

POURQUOI C’EST FAUX

Il est en effet possible, pour les peines de prison ferme de moins de deux ans, d’aménager la peine si la situation de la personne condamnée le permet aux yeux de la justice. Il n’y a alors pas de mandat de dépôt.

Il est, en revanche, erroné de dire que les peines de prison de moins de deux ans ne sont jamais appliquées, ou « systématiquement non appliquées », comme le dit M. Macron. La preuve ? Au 1er janvier 2015, 12 % des peines en cours d’exécution (sur 60 742 détenus) concernaient des peines de moins d’un an et 29 % des peines de 1 à 3 ans, selon les chiffres du ministère de la justice.

Marine Le Pen force le trait sur l’insécurité

Marine Le Pen

Il y a en France une situation « d’explosion de l’insécurité ».

Marine Le Pen

POURQUOI C’EST EXAGÉRÉ

Marine Le Pen a évoqué des « violences » et des « cambriolages sur tout le territoire », sans citer de chiffres précis. La candidate du FN semble ici passer un peu vite du sentiment d’insécurité qui reste élevé (notamment du fait des attentats successifs depuis janvier 2015) à une « explosion » des statistiques pour le moins contestable.

Il faut toujours prendre les chiffres de la délinquance avec du recul, car ils mesurent l’activité policière (par exemple à travers les plaintes déposées) et pas les atteintes commises directement. Reste que, selon les grands indicateurs disponibles, difficile de parler « d’explosion ».

Par exemple, le nombre de vols et de tentatives de vol de voitures est en baisse continue depuis 2006, selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). A l’inverse, le nombre de victimes de retraits frauduleux sur les comptes bancaires a augmenté. Les cambriolages, les injures ou les violences physiques sont, quant à eux, restés plutôt stables depuis 2014, à un niveau « élevé par rapport au niveau moyen des années 2006 à 2010 », selon l’ONDRP.

Temps de travail : l’argument discutable de François Fillon

François Fillon

« La France est le pays où le volume d’heures travaillées est le plus bas par rapport aux grandes économies. »

François Fillon

POURQUOI C’EST CONTESTABLE

Certaines données, notamment celles d’Eurostat sur le temps de travail des salariés à temps complet, laissent effectivement entendre que les Français travaillent moins longtemps que leurs voisins européens.

Ces chiffres sont toutefois à manier avec précaution : d’abord, il faut également souligner que toutes catégories confondues (c’est-à-dire en intégrant les temps partiels et les indépendants), les Français arrivent cette fois en 10position (sur 28) du classement européen.

Par ailleurs, lorsque l’on s’intéresse au temps de travail et donc à la « rentabilité » des salariés en France, il n’est pas inintéressant de citer les chiffres de productivité. Et cette fois, selon Eurostat, la France se classait en 5e position européenne en 2014, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni par exemple, toujours selon Eurostat.

Lire aussi :   Les Français travaillent-ils vraiment moins que les autres Européens ?

Approximation de Jean-Luc Mélenchon sur le nucléaire

Jean-Luc Mélenchon

« Dans le prochain mandat, 18 réacteurs nucléaires atteignent 40 ans, il faut 100 milliards pour les “recaréner”​. »

Jean-Luc Mélenchon

DU VRAI ET DU FAUX

Le candidat a raison lorsqu’il parle de dix-huit réacteurs qui dépasseront les 40 ans avant 2022. Ils se trouvent dans les centrales de Fessenheim (Haut-Rhin), Bugey (Ain), Dampierre (Loiret), Gravelines (Nord), Tricastin (Drôme) et Blayais (Gironde).

En revanche, les « 100 milliards d’euros » que coûteraient le grand « carénage » correspondent plutôt à la somme qu’il faudrait débourser pour rénover les 58 réacteurs français selon la Cour des comptes. Pour les dix-huit réacteurs évoqués, on arrive plutôt à 30 milliards… bien qu’il ne s’agisse que d’une estimation, qui peut encore évoluer.

Dette publique : l’erreur de François Fillon

François Fillon

« Nous sommes le pays le plus endetté de tous les grands pays développés »

François Fillon

POURQUOI C’EST FAUX

Alors que la dette publique française est d’un ordre de grandeur équivalent au produit intérieur brut (PIB) – soit 97,5 % de celui-ci au troisième trimestre 2016 selon l’Insee –, cela n’en fait pas le pays le plus endetté du monde. Par exemple, les Etats-Unis (108 % du PIB) et le Japon (250 %) le sont beaucoup plus.

Attention, néanmoins, ce chiffre à lui seul ne permet pas d’appréhender la situation des finances publiques d’un pays, puisque d’autres paramètres jouent : croissance, taux d’emprunts, niveau du chômage… C’est pourquoi le taux d’endettement du Japon, qui peut paraître spectaculaire, n’est pas un problème majeur pour le pays actuellement.

Chômage : l’exagération de Marine Le Pen

Marine Le Pen

« Nous avons 7 millions de chômeurs. »

Marine Le Pen

POURQUOI C’EST TROMPEUR

Si l’on y ajoute les personnes à temps partiel et souhaitant travailler davantage (les catégories B et C), ce chiffre s’établit à 5,5 millions, selon les chiffres de Pôle emploi. Si l’on ajoute les catégories D et E, qui regroupent les personnes non tenues de chercher un emploi (personnes en stage, formation, maladie, contrats aidés…), on atteint 6,2 millions de demandeurs d’emploi en janvier 2017 (6,6 millions pour la France entière).

A la fin de janvier, en France métropolitaine, le nombre de chômeurs tenus de rechercher un emploi et sans activité (catégorie A) était de 3,5 millions. C’est ce nombre que l’on convoque communément pour parler des « chiffres du chômage ».

Cette définition, très large, ne correspond pas à celle du « chômeur », au sens du Bureau international du travail (BIT), qui doit répondre à trois critères simultanément :

  • être sans emploi, c’est-à-dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence ;
  • être disponible pour prendre un emploi dans les quinze jours ;
  • avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

C’est sur cette base que l’Insee estimait le nombre de « chômeurs » à 2,8 millions de personnes en France métropolitaine au troisième trimestre 2016.

Lire aussi :   Chômage : pourquoi des chiffres différents entre l’Insee et Pôle emploi ?

L’exagération d’Emmanuel Macron sur le niveau des écoliers

Emmanuel Macron

« Nous avons plus de 20 % des élèves qui arrivent en CM2 » qui ne savent pas lire, écrire ou compter.

Emmanuel Macron

POURQUOI C’EST EXAGÉRÉ

Les statistiques du ministère de l’éducation nationale sur le niveau des élèves de CM2 montraient en 2013 que 79,8 % maîtrisaient les compétences attendues en lecture et 70,9 % celles en mathématiques. Des chiffres qui peuvent sembler correspondre à l’ordre de grandeur évoqué par le candidat, mais sa présentation est, en réalité, trompeuse.

Il est, en effet, faux d’affirmer que ceux qui ne maîtrisent pas les compétences du socle ne savent pas lire ou compter. Sur la compétence lire, il est notamment attendu de savoir « dégager le thème d’un texte, repérer dans un texte des informations explicites, inférer des informations nouvelles [implicites], repérer les effets de choix formels ».

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Fillon droitise encore son programme pour l’Ecole

C’est un prêté pour un rendu. Quelques jours après la manifestation du 5 mars soutenue notamment par des organisations proches des écoles hors contrat réactionnaires, François Fillon annonce le 9 mars à Besançon qu’il veut que l’Etat les finance. C’est un élément du nouveau programme éducatif de François Fillon en nette rupture avec les politiques menées depuis plusieurs quinquennats. Un programme qui se présente comme traditionaliste mais qui en fait applique les recettes du New Public Management : paye au mérite, autonomie, responsabilisation allant jusqu’au tri précoce des élèves.

Stop and go

« Les programmes de l’enseignement obligatoire ont été « allégés » et leur simple lecture est incompréhensible pour les parents, et même parfois pour les professeurs. Les nouveaux programmes d’histoire négligent la chronologie et font l’impasse sur le « récit national »… Professeurs, chefs d’établissement, inspecteurs qui ont choisi leur métier parce qu’il incarnait une haute idée du savoir sont découragés. Découragés de recevoir des instructions fabriquées par une caste de pédagogues déconnectés. Découragés de voir que les objectifs de mérite et d’excellence sont bannis de l’école ».

A Besançon le 9 mars, le candidat des Républicains n’a eu de mots assez durs sur les réformes menées depuis 2012. Réformes pour lesquelles il veut le grand soir : l’abrogation des rythmes scolaires, chaque collectivité territoriale décidant du temps scolaire ,et abrogation de la réforme du collège, chaque établissement devenant autonome.

Financement du privé hors contrat

F Fillon annonce un large financement du privé. Il veut « faire commencer la scolarité obligatoire à cinq ans au lieu de six ». Cette mesure vise surtout à faire financer par l’Etat une année de maternelle du privé sous contrat. Le candidat veut même aller plus loin et gommer encore davantage la séparation entre public et privé en prenant en compte les écoles hors contrat ,proches il est vrai de ses soutiens.  » Dans les zones de revitalisation rurale et les zones urbaines sensibles, l’Etat soutiendra la création d’établissements publics ou privés indépendants et innovants ». Evoquant les écoles Espérances banlieue, proches de la droite extrême, F Fillon annonce qu’il subventionnera les écoles hors contrat.  » L’Etat ne devra plus s’opposer à cette nouvelle offre éducative issue de la société civile ; il devra leur faciliter la tâche et les aider ».

Autonomie des établissements

Au primaire,  Filon déroule un programme traditionaliste tout en confiant l’organisation du temps scolaire à chaque commune. « Je veux concentrer les trois quarts du temps de l’enseignement élémentaire sur le socle de connaissances : lecture, calcul, écriture, grandes dates et grands personnages de l’histoire de la Nation, géographie de la France et de ses régions.. Je veux laisser aux collectivités territoriales la liberté de décider de l’organisation du temps scolaire. »

Dans le secondaire c’est l’autonomie des établissements qu’il revendique en précisant que c’est le role du chef d’établissement et le statut des enseignants qui doivent changer.  » Je revaloriserai les traitements des enseignants en tenant compte de leur mérite et en leur demandant d’être plus présents dans l’établissement. Je confierai progressivement aux chefs d’établissement du second degré le choix de  leurs personnels… Pour le collège, je veux abroger la réforme de Mme Vallaud-Belkacem « .

Suppressions de postes

Les suppressions massives de postes de fonctionnaires passeraient par le lycée. F Fillon envisage de réduire à 4 disciplines l’enseignement qui y sera donné.  » Il faut permettre à chaque élève de première et de terminale de se concentrer davantage sur les matières qui le prépareront le mieux à la suite de son parcours. Je veux revaloriser le baccalauréat en réduisant à 4 le nombre d’épreuves ». Pou r le post bac il instaurerait la sélection à l’entrée dans le supérieur. « Les universités devront faire connaître aux lycéens, pour leurs différents parcours de licence, les épreuves qu’elles recommandent de choisir au baccalauréat ». Les suppressions de postes passeront aussi par l’enseignement professionnel qui passera aux régions. Le personnel deviendrait fonctionnaires territoriaux.

Tri des élèves

Reste la pédagogie. F Filon veut rétablir l’uniforme. Mais il a surtout la solution aux difficultés des élèves en créant une filière poubelle. « Je veux que les élèves qui sont exclus définitivement par le conseil de discipline, soient inscrits dans des établissements adaptés afin qu’ils modifient leur comportement et se remettent sur la voie des apprentissages scolaires fondamentaux ». Leurs parents seront sanctionnés par la suppression des allocations de rentrée, des allocations familiales et des bourses.

Petite touche finale, F Fillon supprimera « le Conseil supérieur des programmes créé par la gauche, parce que ses choix et son idéologie ont contribué à l’affaiblissement de notre système éducatif ». Et surtout parce que dans des établissements autonomes, voire ouvertement anti républicains, il n’est plus besoin de programmes nationaux

Le discours

L’échec du New Public Management

F Fillon etle grand changement

Hors contrat : Un rapport inquiétant

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Présidentielle 2017 : que proposent les candidats sur l’école ?

L’apprentissage des savoirs de base est au cœur des débats. Les candidats de droite et d’extrême droite fustigent le recul du « lire-écrire-compter ».

Quand tels candidats, à gauche, proposent de réduire le nombre d’élèves par classe, tels autres, à droite, prônent le retour aux « fondamentaux » à l’école primaire. Mis en sourdine, ces dernières semaines, par l’affaire Fillon, le débat sur l’éducation dans la campagne présidentielle n’en demeure pas moins intense, traversé par des propositions contradictoires et largement focalisées sur le « lire-écrire-compter » – ces savoirs de base sur lesquels butent plus de 20 % des élèves à l’entrée au collège.

Dans leurs meetings, dans leurs programmes, les candidats s’accordent sur la nécessité de « donner la priorité » aux premières années d’apprentissage afin de réduire ce noyau dur d’échec scolaire. Mais chacun à sa manière. En organisant, mardi 7 et mercredi 8 mars, une conférence de consensus sur le thème de la « différenciation pédagogique », le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) vient, indirectement, porter un éclairage scientifique sur ces idées de campagne.

A droite et à l’extrême droite, c’est une vieille antienne qui refait surface : l’école primaire n’enseignerait plus suffisamment le « lire-écrire-compter » ; elle se serait éparpillée dans trop de savoirs secondaires : histoire des arts, découverte du monde, sport, informatique… François Fillon propose de « consacrer les trois quarts du temps de classe à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, du calcul ». Le candidat du parti Les Républicains y ajoute le « récit national » en histoire, enseigné au nom de « l’unité républicaine ». La candidate du Front national est sur une ligne semblable : Marine Le Pen souhaite « réserver, à l’école primaire, la moitié du temps d’enseignement au français, à l’écrit comme à l’oral ».

« Différenciation pédagogique »

La rhétorique est prompte à alimenter la nostalgie d’une école d’antan. Pourtant, il y a là une vision erronée de l’histoire et de l’école de Jules Ferry, comme le rappelle l’historien de l’éducation Claude Lelièvre : « Ce n’est pas le moindre des paradoxes que cette légende qui attribue au père fondateur de l’école républicaine une fixation sur le lire-écrire-compter, alors qu’il n’a cessé de lutter dans le sens contraire !, s’étonne-t-il. Pour Jules Ferry, il était clair que l’école primaire ne pouvait s’en tenir aux rudiments ; ce sont les autres disciplines qui, pour lui, la différenciaient de celle de l’Ancien Régime. »

Aujourd’hui, les écoliers bénéficient, en CP, CE1 et CE2, de dix heures de français et cinq heures de mathématiques en moyenne chaque semaine. C’est précisément le même volume horaire qu’en 1969 – date à laquelle il y eut, effectivement, une baisse du nombre d’heures en français.

En comparaison avec d’autres pays, la France reste championne des fondamentaux. Selon l’OCDE, 37 % du temps d’instruction est consacré à la lecture, l’expression écrite et la littérature au primaire (contre 22 % en moyenne dans l’OCDE), 21 % aux mathématiques – contre 15 % ailleurs. « S’il y avait un lien avéré entre le temps d’apprentissage et les résultats des élèves, compte tenu du nombre d’heures données en France, on aurait de meilleurs résultats, ce qui n’est pas le cas », en déduit Eric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE.

Du côté du Cnesco, le même constat est posé. « La recherche a du mal à faire le lien entre les heures de cours et les résultats des élèves, car, moins que la quantité, c’est la qualité du temps d’enseignement qui compte », souligne Nathalie Mons, la présidente du Cnesco.

En organisant une conférence sur la « différenciation pédagogique », l’instance indépendante d’évaluation entend encourager un enseignement plus individualisé, au plus près de chaque élève. « L’idée est de sortir du schéma traditionnel où le maître enseigne face aux élèves, poursuit Mme Mons. La recherche montre qu’il y a différentes façons d’apprendre. Aux enseignants de différencier leurs méthodes en fonction de chaque élève. Mais encore faut-il qu’ils aient acquis un haut niveau de formation. »

Des effectifs de classe réduits pourraient-ils aider les professeurs à individualiser davantage leur enseignement ? La proposition, coûteuse, se retrouve à gauche de l’échiquier politique, mais aussi au centre.

Le candidat socialiste, Benoît Hamon, s’engage à créer 20 000 postes pour qu’il n’y ait « pas plus de 25 élèves par classe en CP, CE1, CE2, et pas plus de 20 élèves dans les réseaux d’éducation prioritaire, les territoires ruraux et les outre-mer ». Les enchères montent avec Emmanuel Macron, le candidat du mouvement En marche !, qui veut « limiter à 12 élèves la taille des classes de CP et CE1 en zone prioritaire ». Jean-Luc Mélenchon mise sur ce même levier et promet de recruter « au moins » 60 000 enseignants supplémentaires.

Mais, là encore, les spécialistes sont prudents. « Après trente ans de recherche, nous n’avons pas assez d’éléments convergents entre la taille des classes et les résultats des élèves, rapporte Nathalie Mons. Réduire les effectifs peut être nécessaire, mais sous certaines conditions : il faut cibler les élèves socialement défavorisés, changer la pédagogie et réduire les classes de façon tout à fait significative, en deçà d’un seuil de 20 élèves. »

« Pédagogie coopérative »

Parmi les mesures abordées lors de la conférence de consensus, plusieurs dispositifs sont avancés pour prévenir les difficultés, inspirés de recettes efficaces testées à l’étranger. Dans les pays nordiques et en Australie, c’est l’idée d’un « professeur des apprentissages fondamentaux » qui a été développée : un enseignant, spécialement formé, suit une même classe sur plusieurs années de façon à mieux connaître ses élèves et mieux s’adapter au rythme de chacun.

Autre dispositif, mis en place notamment au Japon : le tutorat entre pairs. La classe est divisée en groupes d’élèves de niveaux hétérogènes. « Cette pédagogie coopérative permet de faire progresser les élèves fragiles comme les élèves tuteurs », souligne Mme Mons.

S’agissant du dispositif « plus de maîtres que de classes » (co-intervention de deux enseignants en classe), mis en place sous le quinquennat de François Hollande et que souhaite maintenir M. Hamon, il peut être très efficace, à condition que l’enseignant supplémentaire soit spécialement formé et intervienne sur un nombre important d’heures, indique le Cnesco.

Au-delà de ces mesures, c’est bien sur la formation continue des enseignants – réduite, en France, à la portion congrue –, que le Conseil met l’accent. Manière de dire que, plus que les heures ou les postes, c’est bien dans les compétences des professeurs que la nation doit investir pour que 100 % des enfants maîtrisent le « lire-écrire-compter » à la fin du primaire.

Aurélie Collas

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Rythmes scolaires : le devenir de la réforme soumis à l’incertitude du scrutin présidentiel

A six mois de la rentrée, peu de maires envisagent, à brève échéance, un bouleversement de l’organisation.

« Appliquera ? N’appliquera pas ? » On se souvient du questionnement qui résonnait parmi les collectivités quand, en 2013, il était question soit d’appliquer la réforme des rythmes scolaires sans tarder, soit de la reporter d’un an. Trois années sont passées et, à l’heure où les candidats à la présidentielle ont fait du devenir de cette mesure – l’une des plus polémiques du quinquennat – un point fort de leur programme éducatif, le refrain a changé. « Détricotera ? Ne détricotera pas ? », s’interrogent les villes à six mois de la rentrée 2017. A cette date, suivant l’issue du scrutin, la semaine d’école des petits Français pourrait bien, de nouveau, être soumise à un changement de tempo. Le troisième en dix ans.

« On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé, mais on veut être prêt », fait valoir Lauriano Azinheirinha, adjoint éducation (UDI) à la mairie de Nice, où l’on a anticipé, pour septembre, trois organisations différentes en fonction des trois scénarios plausibles : le maintien du « décret Peillon », son retrait pur et simple ou la liberté de choix laissée aux édiles. « On avisera en fonction du président élu, mais on préférerait, et de loin, revenir à la semaine d’école de quatre jours », confie-t-il.

« Troisième voie »

Parmi les candidats à l’Elysée, seuls Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen promettent d’abroger cette réforme à laquelle Vincent Peillon a laissé son nom… et son poste au ministère de l’éducation. Tout aussi tranchée est la position de Benoît Hamon : lui s’est engagé à maintenir une mesure qu’il a finalisée (et en partie assouplie) lors de son bref passage rue de Grenelle, en 2014, et dont il défend toujours les « bénéfices pédagogiques ». Rien à voir avec les positions, convergentes même s’ils ne le disent pas comme ça, de François Fillon et d’Emmanuel Macron : tous deux entendent laisser les collectivités trancher.

Cette « troisième voie » peut-elle trouver un écho parmi des communes qui, selon la dernière enquête de l’Association des maires de France (AMF), étaient encore 70 %, au printemps, à faire face à des « difficultés persistantes » ? Côté édiles, où l’addition moyenne atteint 231 euros par enfant et par an, l’appréciation des effets de la réforme demeure pour le moins nuancée : plus de 6 sur 10 les jugent « peu ou pas satisfaisants » à l’école élémentaire, et même 7 sur 10 en maternelle. En dépit des aides de l’Etat – que M. Macron maintiendrait deux ans –, le « reste à charge » s’élève à 70 %, selon l’AMF.

Rue de Grenelle, on en appelle au bon sens. « Détricoter la réforme, c’est toucher une nouvelle fois à l’organisation de la vie de l’école et des familles. Autrement dit, s’exposer exactement aux mêmes difficultés qu’il y a trois ans, plaide-t-on dans l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem. Quant à supprimer la demi-journée en plus, comme l’avait fait la droite en 2008, ce serait une grave erreur. » Sur ce point précis, un flou demeure. « Il n’est pas question d’un abandon par principe, comme s’il fallait passer l’essuie-glace politique », fait valoir Annie Genevard, maire (LR) de Morteau (Doubs) et conseillère éducation de M. Fillon, en reconnaissant que celui-ci « n’a pas eu d’expression sur ce point précis ». Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on défend le principe de « concertations tripartites » entre inspections, équipes enseignantes et collectivités, sur un aspect de la réforme qui relève pourtant de l’Etat.

« Désordre partout »

Le sujet demeure sensible : on le voit ces jours-ci à Lille, où Martine Aubry (PS) n’en finit pas de devoir justifier, à une frange de la communauté éducative, son choix d’un retour en classe le samedi plutôt que le mercredi. Face à l’incertitude du scrutin, certains maires prévoient de jouer la montre. « A Lyon, on ne bougera rien pendant un an, prévient Gérard Collomb (PS), dont la ville a regroupé les ateliers périscolaires, payants, le vendredi. Les gros bateaux requièrent du tempsPeut-être que pour les plus petits, un saut en arrière se fera plus rapidement ? »

Ce n’est pas l’avis de la sénatrice Françoise Cartron (PS), missionnée par Matignon pour enquêter sur les rythmes en milieu rural. Cette ancienne directrice d’école ne voit pas comment revenir en arrière sans « mettre du désordre partout ». « Ce serait une prime aux mauvais élèves, ces villes qui, souvent pour des raisons partisanes, ont freiné des quatre ferset pas un encouragement aux maires ruraux qui, en dépit des difficultés, ont su s’adapter. » Une implication qui, dit-elle, a dépassé les clivages politiques : « Il en allait du maintien de l’école ; donc, souvent, de la survie du village. »

Dans sa commune de 357 habitants, Jean-Paul Carteret, maire (PS) de Lavoncourt (Haute-Saône) et vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), s’interroge : « Peut-on reculer sans relancer les inégalités d’une commune à l’autre ? » – et favoriser cette « école à plusieurs vitesses » que dénoncent les parents. « Que les candidats aient le courage de parler vrai !, s’énerve Jean-Claude Deyres, maire (PS) de Morcenx (Landes). Cette réforme, soit on la supprime partout, soit on la garde, mais dire que chacun peut faire ce qu’il veut chez lui, c’est se moquer de la réalité des territoires ! »

Si, d’un maire à l’autre, d’une famille politique à l’autre, les pronostics diffèrent, personne ne se risque à prédire une révolution pour septembre. « Les maires font les frais des facilités de langage, alors qu’ils ont déjà la latitude de proposer, ou pas, du périscolaire, rappelle André Laignel, vice-président de l’AMF et élu (PS) à Issoudun (Indre). Etiquetée à droite, Agnès Le Brun, elle aussi porte-parole de l’AMF, n’exclut pas que les collectivités aient « à faire de la dentelle ». « Mon hypothèse, c’est que si on leur laisse le choix, certaines pourraient abroger la réforme en maternelle mais continuer à l’élémentaire. » C’est ce qu’elle envisage de faire à Morlaix (Finistère), ville dont elle est la maire.

  • Mattea Battaglia

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Rentrée 2017 : une nouvelle gestion des remplaçants dans les cartons

N Vallaud Belkacem devrait présenter le 9 mars les grandes lignes de la rentrée 2017. Celle ci sera marquée par la création de 11 000 postes et le reclassement des enseignants dans les nouvelles grilles salariales du PPCR. Mais la ministre devrait aussi annoncer de nouvelles mesures concernant les remplacements élargissant les conditions d’emploi des remplaçants. Des mesures prises sous la pression de la Cour des comptes qui vient de publier un référé sur ce sujet.

11 000 postes

Avec 11 662 postes créés, la rentrée 2017 atteint les 54 000 emplois promis par F Hollande en 2012. Surtout, la rentrée devrait permettre aux établissements de respirer, surtout au primaire où on attend une baisse des effectifs.

Pour les enseignants, 4 311 postes à temps plein seront ouverts dans le 1er degré et 4 400  dans le second degré publics, parmi lesquels 450 pour les lycées « fragiles » .  S’y ajouteront un millier de postes d’enseignants dans le privé sous contrat et 2 351 postes d’accompagnants ou d’administratifs.

Près de 2000 nouveaux postes du 1er degré permettront d’atteindre 5 161 emplois de maitres surnuméraires. Toutes les écoles de l’éducation prioritaire devraient en être dotés selon le ministère même si au moins un département a annoncé ne pas le faire.

Nouvelle étape dans la revalorisation

Autre nouvelle importante pour les enseignants : au 1er septembre ils seront tous reclassés sur les nouvelles grilles issues des négociations PPCR. Selon le ministère, en plus de la revalorisation qui a déjà été appliquée (hausse du point Fonction publique plus octroi de points), le  reclassement avec maintien de l’ancienneté sur les nouvelles échelles devrait s’accompagner d’un gain salarial. Le ministère donne en exemple un professeur des écoles au 8e échelon de la classe normale qui a trois ans d’ancienneté sera reclassé au 1er septembre 2017 en la conservant et passera au 9e échelon six mois plus tard. À l’occasion de ce changement d’échelon, sa rémunération de base augmentera d’environ 2 000 € bruts par an.

Nouveaux périmètres pour les remplacements

Plus discutées seront peut-être les mesures concernant les remplacements. 1500 nouveaux postes devraient être affectés aux remplacements à la rentrée. Mais pour améliorer le taux de remplacements, le ministère a aussi décidé de changer les règles à la rentrée 2017.

 » Un décret relatif à l’exercice des fonctions de remplacement des enseignants du 1er degré créera un vivier unique à la place des différentes brigades spécialisées dans le remplacement de différents types d’absence. Il permettra de mieux mobiliser les remplaçants dans l’intérêt du service et des élèves », dit le ministère. Dans le second degré, une instruction ministérielle améliorera la gestion du remplacement à l’échelon académique et réactivera les protocoles de remplacement de courte durée dans les établissements imaginés par G de Robien en 2005. Ce texte demande aux personnels de direction de chercher dans l’établissement des enseignants pour faire face aux absences de courte durée. Le chef d’établissement peut désigner, s’il manque  de volontaire, un enseignant dans la limite de 60 h par an et 5 h par semaine. Un protocole resté largement lettre morte. Les conseils d’administration des établissements ont normalement été consultés sur ce point.

Ces mesures , outre qu’elle n’assurent pas le remplacement par exemple d’un professeur de maths par un autre, risquent d’être mal accueillies. Dans le premier degré les conditions de travail des remplaçants, déjà pas faciles, risquent de devenir plus difficiles. Dans le second degré les enseignants sont souvent hostiles à l’idée qu’on puisse leur imposer des heures supplémentaires.

Des mesures en réponse à la Cour des comptes

Rendu public le 8 mars, la Cour des comptes a envoyé le 23 décembre un référé au ministère de l’éducation nationale sur les remplacements. La Cour souligne d’abord l’absence de fiabilité des informations comptables et des taux de remplacement communiqués par le ministère.

Elle dénonce le cadre trop rigide des remplacements de longue durée. Elle juge trop ambitieux le principe de remplacer les enseignants par des professeurs de la même discipline. Elle estime que les titulaires remplaçants sont peu utilisés.

Mais c’est surtout sur les remplacements de courte durée du 2d degré que la Cour marque le ton. Elle estime le taux réel de remplacement très en dessous du taux officiel. Elle constate aussi que la plupart des absences sont liées au fonctionnement du système éducatif (examens, formations, sorties etc.).

Elle constate aussi que le décret Robien n’est pas appliqué parce que les chefs d’établissement ne sont pas soutenus et ne croit pas dans la nouvelle initiative ministérielle.  « Comme aucune mesure renforçant les prérogatives des proviseurs de lycées et principaux de collège n’accompagne les décisions ministérielles, il est à craindre que cette nouvelle initiative n’ait pas plus d’effets que la précédente ».

La Cour propose sa solution : faire entrer le remplacement dans les obligations liées au statut des enseignants. Elle demande aussi d’améliorer le recueil statistique et le pilotage . Et de créer les conditions pour rendre effectif le décret Robien sur le remplacement de courte durée.

Numérique

Le ministère met aussi l’accent sur le numérique à la rentrée 2017. La moitié des collèges deviendront des « collèges numériques » et 600 000 élèves devraient être équipés. Le ministère annonce 3 journées de formation pour les enseignants et surtout la mise en place de PIX en lieu et place du B2i.

Mesures sociales pour les élèves

D’autres mesures concernent les élèves. Après avoir remonté le montant des bourses collège et lycée, le ministère augmente les fonds sociaux : ils atteindront 65 millions , contre 28 en 2012. 2 000 nouvelles places seront ouvertes à la rentrée en BTS pour faciliter l’accueil des bacheliers professionnels. Cinq académies expérimenteront l’entrée en BTS sur décision du conseil de classe de terminale.

La rentrée dans le primaire

Le référé

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Tribune de Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, dans Politis « Feu sur la Justice, feu la démocratie ! » (2 mars 2017)

Feu sur la Justice, feu la démocratie !

Politis, le 2 mars 2017

Michel Tubiana est président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme

Face aux procédures qui les touchent, François Fillon et Marine Le Pen crient au scandale et demandent une trêve électorale. Au mépris de l’indépendance des juges et de l’égalité de tous devant la loi.

La fusillade dont est l’objet l’institution judiciaire est un phénomène récurrent. Non que cette « autorité » soit exempte de critiques. L’actuel traitement des affaires de terrorisme où la prétention de certains magistrats à vouloir juger entre pairs parce qu’un jury ne pourrait comprendre leur travail en sont deux exemples parmi bien d’autres.

Que des juges soient critiquables dans leur manière d’exercer leur fonction, qu’ils soient susceptibles de faire preuve de partialité, ce sont aussi des évidences. Mais entre critiquer le fonctionnement de l’appareil judiciaire, son conservatisme, son caractère répressif, etc., et remettre en cause l’égalité des citoyens et citoyennes devant lui au profit d’une sorte de privilège de caste, voici ce que les responsables politiques de tout bord n’ont cessé de faire depuis que notre pays vit sous le régime de la séparation des pouvoirs (au moins en principe !).

Traditionnels arrangements entre amis

François Fillon crie à l’assassinat politique et Marine Le Pen dénonce un parti pris à son encontre. Dans le cas de François Fillon, ce qui lui est reproché, ce sont les traditionnels arrangements entre amis propres à une classe sociale qui ne comprend même pas ce qu’ils peuvent avoir d’indécents avant même de considérer leur légalité.

Ce qui est reproché à Marine Le Pen et ses proches, c’est l’habituel accaparement des institutions par l’extrême droite au point que les contrepouvoirs démocratiques devraient s’arrêter là où commence l’intérêt du Front national et de ses dirigeants. Les menaces proférées à l’égard des policiers, des juges et de tous les fonctionnaires qui ne respecteraient pas ce privilège atteste que si Marine Le Pen parle « démocrate », les fondamentaux de ce principe lui sont toujours étrangers.

Et je fais le pari que si, demain, d’autres responsables politiques font l’objet d’une mise en cause judiciaire, ils trouveront les arguments nécessaires pour protester contre cette immixtion de la Justice, voire à crier au complot.

Le principe même de l’existence de trois pouvoirs implique des contradictions et des frictions. La démocratie n’est pas un long fleuve tranquille et que ces tensions s’expriment où que chacun cherche à consolider son territoire est dans la nature du système démocratique.

Un État de droit amoindri

La difficulté naît lorsqu’un pouvoir cherche à assujettir l’autre. À cet égard, la Constitution de la Ve République postule ce déséquilibre au profit d’un exécutif presque omnipotent et ou « l’autorité » judiciaire n’est qu’un parent pauvre qu’il s’agisse de ses moyens ou de son rôle.

La revendication par François Fillon et Marine Le Pen d’une sorte de trêve électorale au cours de laquelle l’institution judiciaire s’interdirait d’intervenir s’inscrit dans cette logique tout en étant triplement irrecevable.

D’abord, parce qu’elle n’a pas de sens. Imagine-t-on un candidat à une élection pris en flagrant délit bénéficier de cette trêve au seul motif qu’il quête les suffrages des électeurs ? Ensuite, parce qu’elle ne résulte d’aucun texte, et pour cause, puisqu’elle constituerait, c’est la troisième raison, une rupture d’égalité devant la loi.

Au total, que nous servent ces « victimes » de l’institution judiciaire ? La perspective d’un État de droit amoindri par la création d’une sorte de privilège fonctionnel qui résulterait de leur engagement politique. Par extension, le discrédit de tous les responsables politiques et de toutes les institutions. Enfin, l’idée qu’au fond, la démocratie est le pire des régimes et qu’on peut en trouver un meilleur…

Ne nous y trompons pas, défendre l’indépendance de la Justice et donc l’indépendance des juges, ce n’est pas favoriser le gouvernement des juges. C’est nous assurer une garantie, sans doute imparfaite mais indispensable, contre l’arbitraire.

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La Cinquième République finit en fait divers par Edwy Plenel

La Cinquième République finit en fait divers

3 mars 2017 Par Edwy Plenel

Mediapart.fr

La République est à l’agonie : prise en otage par un forcené qui piétine la justice, insulte la presse, méprise les élus et appelle au secours les factieux. Après avoir détruit les partis, corrompu le Parlement, asséché le vote lui-même, elle arrive au terme de son œuvre de destruction démocratique. Il est plus que temps d’en sortir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Régime du coup d’État permanent, la Cinquième République aura donc fini par dévorer la politique elle-même. Ses principes, ses valeurs, ses procédures, ses règles, ses partis, ses institutions, ses usages, sa civilité, son sens commun en somme, tout ce qui pouvait y préserver un semblant de culture démocratique partagée par la majorité des partis et des citoyens. Sous nos yeux, la voici qui agonise en fait divers, prise en otage par un forcené qui en saccage tous les symboles et en piétine tous les repères.

Tel un empereur romain illuminé, entraînant son royaume dans sa perte en sacrifiant son peuple, François Fillon, candidat désigné par la primaire de droite, met le feu à tout ce qu’il devrait protéger s’il était devenu président de la République et, à ce titre, gardien de la Constitution. Vouant aux gémonies la justice (« le gouvernement des juges »), les médias (« un assassinat politique ») et les élus (« on fera sans eux »), il rejette toute autre légitimité que celle du pouvoir absolu et de l’impunité totale que lui conférerait une victoire à l’élection présidentielle.

Plus de séparation des pouvoirs, plus de justice impartiale, plus de presse indépendante, plus de délibération collective, seulement le pouvoir personnel. Qui plus est un pouvoir conquis avec le renfort de la rue, François Fillon n’ayant pas hésité, dans cette course à l’abîme, à provoquer une manifestation potentiellement factieuse puisque s’en prenant au fonctionnement démocratique lui-même – le travail de la justice, les enquêtes de la presse, le respect des engagements.

L’homme des messages moralistes sur l’éthique en politique, le gaulliste brandissant la raideur intègre du Général face à ses adversaires, le candidat jurant que le déshonneur d’une mise en examen le ferait immanquablement renoncer dévoile soudain une âme de putschiste, pactisant avec les forces les plus obscures et régressives, jusqu’à compter dans ses soutiens une extrême droite identitaire en croisade contre « l’oligarchie cosmopolite ».

Sorte de Fort Chabrol du présidentialisme français, l’affaire Fillon tient de ces faits divers dont le surgissement extraordinaire dévoile l’ordinaire des dysfonctionnements de la société. Déréglant encore un peu plus une campagne électorale où rien ne se passe comme prévu car, confusément mais unanimement, le peuple souhaite que plus rien ne continue comme avant, elle met à nu l’irresponsabilité foncière de la Cinquième République. Régime d’exception, sans équivalent dans d’autres démocraties, réduisant la souveraineté de tous au pouvoir d’un seul et la complexité démocratique au simplisme autoritaire, elle arrive au terme de sa malfaisance destructrice.

Loin d’avoir préservé un État fort, elle n’a eu de cesse d’affaiblir la République comme maison commune et de protéger la minorité qui se l’est appropriée, professionnels indéboulonnables et interchangeables d’une politique sans vertu. Car qu’est-ce que l’affaire Fillon, entre emploi fictif et clientélisme affairiste, sinon la révélation au grand jour de la corruption du parlementarisme lui-même, à l’abri d’une opacité d’Ancien Régime ? Avatar du bonapartisme français, ce présidentialisme archaïque a détruit de l’intérieur la politique elle-même en tant que procédure collective, supposant la délibération et soumise à des procédures, obligeant à rendre compte aux électeurs et à rendre des comptes aux militants.

Dressée par son fondateur contre « le régime des partis », elle n’aura eu de cesse de les dévorer jusqu’à l’os comme le montre, par l’absurde, cette campagne électorale irréelle et improbable qui tient plus de la bataille d’égos que du débats d’idées. Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon se sont émancipés de toute procédure partisane, s’imposant dans un dialogue direct avec leurs fidèles, n’étant redevables qu’à eux-mêmes et ne supportant guère le questionnement de la presse. François Fillon ne semble plus appartenir aux Républicains tant sa direction est impuissante face à sa folle dérive. Quant à Benoît Hamon, il est en porte-à-faux avec son propre parti dont la direction est tenue par ses adversaires socialistes. Sans compter Marine Le Pen dont le Front national, loin d’un parti démocratique, est une firme familiale et clanique.

La Cinquième République aura réussi à assécher notre vitalité démocratique. Ce désert d’où peut surgir la catastrophe, par retrait volontaire du plus grand nombre, démobilisation et démoralisation, c’est évidemment l’abstention (à laquelle s’ajoutent les non-inscrits) qui traverse toutes les catégories sociales et qui n’a cessé de croître ces temps derniers. Si l’on s’en tient aux élections législatives, entre 1990 et 2014 dans les pays de l’Union européenne, la France est en tête pour le taux moyen d’abstention (40 %), loin devant le groupe médian (Pays-Bas, Espagne, Allemagne). Elle est de plus le seul pays où l’augmentation de la non-participation est linéaire, passant de 32,5 % au deuxième tour de 1993 à 44,7 % à celui de 2012.

Il ne s’agit pas ici de sacraliser le vote ni d’idéaliser les partis politiques, qui ne sauraient résumer la démocratie, son inachèvement permanent et son invention nécessaire. Mais cette prudence ne peut masquer l’évidence : notre République est aujourd’hui à l’agonie, frayant la route des adversaires de ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Faute de sursaut démocratique, faute de prise de conscience que, désormais, l’essentiel est en jeu, faute de bonnes volontés pour en faire l’enjeu d’une union populaire pour une nouvelle République, rendue à son exigence démocratique et sociale, la voie sera libre pour un coup de force autoritaire, inégalitaire et identitaire.

Tandis que la présidence de Donald Trump aux États-Unis d’Amérique nous rappelle que les démocraties sont fragiles, toujours au risque de régressions et de destructions issues d’elles-mêmes, de leurs renoncements et de leurs corruptions, il n’est pas inutile de rappeler cette étude américaine, issue d’une fondation, le Peterson Institute, qui en 2014 soulignait que le vrai blocage français n’était ni économique ni social mais démocratique : cette « camisole de force qu’est la présidence » qui entrave le pays, ce « président-monarque qui domine toute la politique française avec un pouvoir considérable inconnu ailleurs en Europe », cet étouffement de la diversité partisane et du pluralisme politique qui fait le jeu de l’extrême droite.

Passé inaperçu, sauf sur Mediapart, cet appel d’outre-Atlantique à une radicale réforme politique proposait de supprimer trois articles de la Constitution, afin de réduire l’omnipotence présidentielle : le pouvoir de nomination-révocation du premier ministre (article 8), le pouvoir de dissolution de l’Assemblée nationale (article 12), la qualité de chef des armées du président (article 15). Il est des projets évidemment plus ambitieux et plus novateurs, notamment dans les programmes des trois candidats issus de la gauche (Hamon, Jadot et Mélenchon, tous d’accord pour une refondation républicaine – et c’est une première) comme dans les propositions de nombre de réseaux citoyens et associatifs. Mais l’essentiel, puisque justement l’essentiel est en jeu, c’est que toutes ces dynamiques convergent au lieu de se disperser et de se concurrencer, au risque de l’affaiblissement et de la division, des rancœurs et des désespoirs, de la défaite en somme.

La Constitution de l’An I de la République française est sans doute la plus radicalement démocratique d’inspiration. Énoncée en 1793, elle n’eut guère le temps de vivre mais nous laisse, dans son préambule, une seconde Déclaration des droits de l’homme aux audaces nombreuses. Dont celle-ci : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer la Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. » En 2018, la Cinquième République aura soixante ans, et ce mois de mai 1968 où la jeunesse et les travailleurs du pays tout entier, rassemblés autour des causes communes de la liberté et de l’égalité, criaient « Dix ans, ça suffit ! », fêtera son cinquantième anniversaire.

Il est bien temps de mettre le calendrier à jour et de dérégler les horloges. Avant qu’il ne soit trop tard.

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Angleterre, Suède, Pays Bas : l’échec du New Public Management

Marqué par l’autonomie locale, la responsabilisation, l’individualisation des carrières, le haut niveau de formation des enseignants, le New Public Management (NPM) apparait en France comme le modèle à suivre pour beaucoup de candidats à l’Elysée et de nombreux thinktank.  C’est le modèle qui devrait permettre d’améliorer rapidement les résultats de l’Ecole grâce à des enseignants mieux formés, mieux impliqués, mieux dirigés.  Mais qu’en est-il vraiment ? Florence Lefresne et Robert Rakocevic ont décidé d’aller y voir de près en étudiant le cas des 3 pays européens qui ont le mieux appliqué les principes du NPM : la Suède, l’Angleterre, les Pays Bas. Trois pays où, au final, les promesses ne sont pas tenues.

Naissance d’un nouvel enseignant

Le New Public Management a-t-il vraiment réussi à faire apparaitre un nouvel enseignant plus efficace ?  Lors du séminaire de D. Fougère et A. Van Zanten au Liepp de Sciences Po, le  28 février, Florence Lefresne et Robert Rakocevic, Depp et Paris Descartes, ont présenté une analyse également publiée dans un numéro d’Education & formations (n°92, décembre 2016).

« En toile de fond de ce nouveau modèle du  New Public Management, on trouve le client à la place de l’usager, la recherche d’efficience, le contrat à la place du fonctionnaire », explique F Lefresne. « C’est une nouvelle figure de l’enseignant qui est proposée, avec de nouvelles compétences. Un enseignant multi compétent, qui maitrise les Tice, sait gérer l’hétérogénéité , expert, constructeur de la culture d’établissement et près des usagers ».

Cette figure du nouvel enseignant émerge-t-elle dans les pays qui ont tout fait pour installer le New public Management ? A-t-on vraiment amélioré le recrutement des enseignants en les rendant plus efficaces et plus adaptés au contexte local ? Retient-on ces employés plus qualifiés en mobilisant les leviers de la décentralisation ? Améliore-t-on in fine la qualité du service éducatif ? Le nouveau paradigme tient-il ses promesses ?

Trois pays modèles

Florence Lefresne et Robert Rakocevic sélectionnent trois pays qui sont emblématiques de cette évolution: la Suède, l’Angleterre et les Pays Bas. Aux Pays Bas on a privatisé la gestion des écoles publiques. En Suède la réforme est allée très loin puisque les écoles ont acquis un haut niveau d’autonomie et leur gestion a été municipalisée. Le statut de fonctionnaire des enseignants a éclaté. Ils sont devenus des employés privés. Les écoles ont été mises en concurrence avec des chèques éducation. En Angleterre la barrière entre public et privé a disparu par le développement des academies et des free schools, écoles publiques mais autonomes et gérées de façon privée.

En modifiant les conditions de recrutement des enseignants, en repoussant leur formation de la licence au master a-t-on changé la sociologie des professeurs ? Les deux chercheurs montrent que les nouveaux enseignants entrent dans le métier deux années plus tard et que la féminisation a progressé.

Une politique qui crée la pénurie d’enseignants…

 Mais ce qu’observent Florence Lefresne et Robert Rakocevic c’est d’abord le développement de la pénurie d’enseignants dans ces pays. Ainsi 71% des enseignants hollandais travaillent dans des établissements dont le chef d’établissement déclare manquer d’enseignants qualifiés et 22% des enseignants de maths déclarent ne pas avoir été formés à cet enseignement. En Angleterre c’est respectivement 46 et 6%. En France, où le système dominant est encore traditionnel c’est 32 et 4.

La proportion d’enseignants qui abandonnent le métier a fortement augmenté en lien avec des salaires qui sont inférieurs aux salaires moyens du privé à diplome égal. Le sentiment de dévalorisation des enseignants est fort : dans les trois pays moins de 40% des enseignants s’estiment valorisés dans la société. En Suède on est en dessous de 10%.

Et paradoxalement leur baisse de niveau

 On observe en même temps une baisse du niveau des enseignants. En effet, face à la pénurie du recrutement des enseignants, les trois pays ont du mettre en place des stratégies parallèles. En Suède on a largement eu recours à des enseignants immigrés et à des professeurs du secondaire pour enseigner au primaire. En Angleterre on a cherché à attirer des étudiants en leur donnant des primes importantes par exemple en maths. Autrement dit la promesse d’enseignants mieux formés n’a pas pu être tenue.

Dans les trois pays l’évaluation des enseignants est confiée au chef d’établissement. Résultat,  selon Talis, les enseignants des trois pays sont moins nombreux que la moyenne des pays OCDE à déclarer des effets bénéfiques de cette évaluation. Les tentatives de lier la rémunération des enseignants à leur performance individuelle a aussi généré des problèmes. Si en Suède, la mesure a été acceptée, en Angleterre il y a eu des grèves puissantes contre la paye au mérite et aux Pays Bas les mesures ont du être fortement atténuées sous pression syndicale.

Pas d’amélioration des résultats


Au final l’élévation de la performance n’est pas rendez vous.  » En Angleterre, des inquiétudes sur l’incapacité des élèves de 15 ans à dépasser la moyenne des résultats au test PISA rencontrent un large écho médiatique. En Suède, les résultats des élèves à PISA, en baisse sensible, sont cités dans l’argumentaire de plusieurs réformes récentes. Aux Pays-Bas, les résultats à PISA restent parmi les meilleurs en Europe : le débat porte ici davantage sur la proportion relativement faible d’élèves parmi ceux qui arrivent en tête du peloton international », écrivent les deux chercheurs.

En conclusion, Florence Lefresne et Robert Rakocevic interrogent les effets du New Public Management sur l’Ecole. « De quelle professionnalisation parle-t-on quand les professionnels ne sont pas associés à la redéfinition de leurs conditions de travail ? », demandent-ils. Ils soulignent la question de légitimité  posée par ces politiques auxquelles s’opposent la profession. L’autre question concerne le recrutement : comment concilier élévation des exigences dans la formation et pénurie d’enseignants ? Plus on élève le niveau de formation et d’exigence plus on donne aux étudiants d’opportunités de travailler dans un autre secteur.

Alors que les idées d’autonomie, d’élévation du niveau de formation , de régionalisation, de contractualisation des relations établissement – Etat, de renégociation du statut et des conditions de travail des enseignants se banalisent dans le discours des politiques et des médias, le travail de Florence Lefresne et Robert Rakocevic nous montre que cette voie prometteuse mène à des impasses.

Article dans Education & formations

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Directeurs d’école : des « engagements » en paravents…

On connaissait les circulaires, les arrêtés, les décrets. La ministre de l’éducation nationale a présenté le 1er mars un nouveau type de gouvernance : les engagements. L’administration s’engage à alléger la tâche des directeurs d’école par divers procédés administratifs. Ces « engagements » ne permettent pas seulement d’évacuer la question des créations de postes d’aides administratifs pour simplifier le travail des directeurs d’école. Ils évitent ainsi de poser la question récurrente du statut du directeur et des écoles. Question qui divise les syndicats et la profession…

Un nouvel objet administratif

« Diriger une école c’est assurer le bon fonctionnement d’ne institution à laquelle les français sont attachés ». Le 1er mars, N. Vallaud-Belkacem a remercié les directeurs d’école, « acteurs essentiels de la refondation ». Elle a rappelé l’amélioration des décharges, la mise en place de 15 000 contrats aidés pour le soutien administratif des 46 435 écoles publiques et la rédaction du référentiel métier.

Mais c’est à Florence Robine, directrice de l’enseignement solaire, et Frédéric Guin, secrétaire général du ministère, qu’est revenu la tâche de présenter le nouvel objet administratif du jour : les engagements.

F Robine les définit comme « une obligation permanente d’écoute vis à vis des besoins des directeurs et du pilotage du chantier permanent de simplification administrative par le ministère et un engagement des académies , des dasen et des IEN ». Elle évoque « un changement de culture administrative ».

Le numérique pour résoudre les problèmes sociaux

« Il est temps que les directeurs bénéficient des principes du 2d degré : un nombre plus restreint des enquêtes administratives » donne en exemple F Robine. Le portail ORQUESTRA , un outil de suivi des enquêtes, devrait alléger le travail des directeurs en donnant aux IEN un rôle dans la réalisation ds enquêtes. En fait l’IEN pourra suivre la réalisation de l’enquête et l’orienter et ORQUESTRA semble aussi un outil de controle du travail des directeurs.

C’est encore le numérique qui est mis en avant pour les engagements : le ministère promet un intranet spécifique dédié aux directeurs pourleur donner des informations utiles. C’est l’évolution de Base Elèves devenu ONDE au début de 2017 qui devrait proposer des lettres types , de  la documentation.

Dans les 16 engagements on trouve encore « la sensibilisation des maires à la démarche de simplification des taches administratives », la promesse de mieux gérer la réunionnite à tous les niveaux, la diminution du nombre des  enquêtes. Le ministère offrira aussi un parcours M@gistère de formation des directeurs.

Derrière les engagements, le statut de l’école

Que valent ces « engagements » tardifs des administrations envers les directeurs ? « C’est une première », nous a dit Christian Chevalier, secrétaire général du Se Unsa. « Il va falloir qu’au niveau des rectorats et des Dasen il y ait des contacts avec les syndicats pour voir comment concrètement faire pour alléger la tâche des directeurs ». Pour lui ce changement de culture administrative n’empêchera pas de mettre sur la table la question de l’évolution du statut de l’école. « On réglera pas la question ds directions par des rustines comme les décharges et les indemnités. Il faut un vrai statut de directeur. Un statut d’établissement public du 1er degré permettrait de régler les difficultés comme les emplois administratifs. Les directeurs pourront alors se concentrer sur leur travail :l’animation pédagogique des écoles ».

Un avis partagé par Alain Rey,  Président du Groupement de Défense des Idées des Directeurs d’école  (GDID). « On est au milieu du gué », nous a t-il dit, « en l’état actuel on ne peut pas aller  plus loin. La prochaine étape c’est la réflexion sur la notion d’établissement du 1er degré ». « Il est urgent d’ouvrir le chantier de la structure de l’école et de réfléchir à l’établissement publique du 1er degré », nous dit encore Adrien Ettwiller du Sgen Cfdt. Pour lui, cela permettra plus d’autonomie et de démocratie ».

Pour Francette Popineau, co-secrétaire générale du Snuipp Fsu, « on aurait du commencer par apporter une aide concrète aux directeurs en pérennisant les postes d’aides administratifs et en créant des emplois. Car on ne réduira pas les tâches avec des engagements aussi sincères soient-ils ».

Engagement et remise à plus tard

Améliorer le statut des aides administratifs c’est un chantier que la ministre fixe pour le prochain quinquennat. Répondant à une question du Café pédagogique, elle estime « qu’à terme il faudra conduire pour les aides administratifs le même travail que pour les assistants de vie scolaire : faire de ces contrats précaires des contrats pérennes de longue durée ».

Objet nouveau dans la gestion du pays, on comprend alors que les « engagements » sont une réponse pour éviter d’apporter des réponses aux questions qui fâchent. Celle des emplois d’aides administratifs. Et surtout celle du statut des écoles qui divise profondément les organisations syndicales. L’engagement c’est la remise à plus tard, une pratique administrative moins innovante….

Les engagements

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Lemaire : une démission contre le système ?

 » Lorsqu’on est ministre, on ne peut pas arriver avec des idées. Ce sont les administrations qui demandent à mettre en œuvre des programmes conçus il y a plusieurs années ». Dans un entretien à Libération, Axelle Lemaire, ministre démissionnaire du numérique, a dénoncé un Etat contrôlé par les technocrates. « Notre pays est gouverné par 3 000 personnes qui détiennent les clés du pouvoir. Je parle des élites politiques, administratives, économiques et médiatiques de notre pays. Le FN se nourrit du rejet de ce système. Un pays doit pouvoir se reposer sur des élites mais des élites représentatives et redevables ! Aujourd’hui, la Ve République ne le permet pas ».

 

Dans Libération

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Benoit Hamon : maximum 25 élèves au cycle 2

Intervenant lundi 27 février sur France Inter, le candidat socialiste a dévoilé trois points de son programme éducatif.  » Je veux lutter contre les difficultés d’apprentissage et les classes surchargées avec un max. de 25 élèves/classe en CP, CE1, CE2″, a-t-il promis. Une mesure qui aurait l’avantage de reconnaitre le lien entre nombre d ‘élèves et réussite scolaire et qui affecterait le quart des classes dépassant ce seuil. B Hamon a aussi promis un plan de formation continue des enseignants qui permettra à chaque professeur d’avoir 3, 5,10 jours de formation par an. Enfin il s’est prononcé pour  » un service public d’aide aux leçons car il y a une inégalité fondamentale entre familles modestes et aisées ».

 

Sur France Inter

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« La marche de Bernard Friot » sur Alternantes

Nous accompagnons dans la rue Bernard Friot, sociologue, économiste , auteur d’ « Emanciper le travail », livre paru aux éditions La dispute. Bernard Friot est l’initiateur de Réseau salariat. Il a théorisé le salaire à vie…
Une émission de Michel Sourget

http://www.reseau-salariat.info/?lang=fr

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Mélenchon pour doubler le nombre de professeurs en maternelle

Rectification 12h30. Grand invité de L’émission politique sur France 2 le 23 février, Jean-Luc Mélenchon n’a pas oublié l’enseignement, un domaine où il peut compter sur 16% d’intentions de votes. Il s’est prononcé à la fois pour faciliter les poursuites d’études au-delà de 16 ans et pour doubler le nombre de professeurs en maternelle.

 » On doit pouvoir lorsqu’on étudie, ne faire qu’étudier. Dès l’âge de 16 ans, on devrait obtenir une allocation jeunesse », a déclaré JL Mélenchon sur le plateau de France 2. « Il faut remotiver le corps enseignant. Je suis partisan du fait que dans les classes de maternelle, il y ait toujours deux enseignants par classe. Je propose que les enseignants soient plus nombreux », a t-il dit en réponse à une question de Valérie Pécresse. Il a aussi déclaré vouloir « varier les formes pédagogiques de l’enseignement. Je voudrais développer les réseaux de lycées professionnels. Je veux développer ce maillage des lycées professionnels que j’appellerai « polytechnique ». Il y a des milieux sociaux où nous n’avons pas d’ambition sociale, nous ne savons pas jusqu’où on peut aller. »

Intentions de vote des fonctionnaires

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En pleine affaire FILLON, les élus votent une loi pour se blanchir

Sans aucune information dans les médias s’est joué aujourd’hui l’un des plus gros scandale de corruption des élus. Les députés ont voté aujourd’hui un amendement pour se blanchir, ainsi que tous les autres escrocs en col blanc, de tous les délits financiers et de tous les détournements de fonds cachés qu’ils ont commis il y a plus de 12 ans.

C’est juste incroyable !

Sans aucune information dans les médias s’est joué aujourd’hui l’un des plus gros scandale de corruption des élus.

Les députés ont voté aujourd’hui un amendement pour se blanchir, ainsi que tous les autres escrocs en col blanc, de tous les délits financiers et de tous les détournements de fonds cachés qu’ils ont commis il y a plus de 12 ans.

A partir de ce jour, toutes les sommes volées discrètement à qui que ce soit il y a plus de 12 ans resteront acquises définitivement à tous les escrocs ou hommes politiques, ce même si il était impossible de savoir que ces vols avaient été commis !!

Toutes les affaires de corruption ou détournement de fond de plus de 12 ans que l’on ne découvriraient qu’à partir de ce jour sont blanchies par ces nouvelles lignes rajoutées en catimini dans un amendement voté ce jour.

Il s’agit bien de fait d’autoriser la corruption en toute impunité, car il suffit de se faire verser le pot de vin issu de la corruption sur un compte à l’étranger, donc que personne ne peut connaitre, puis simplement d’attendre 12 ans pour dépenser cet argent illégalement perçus aux yeux de tous, ce sans que la justice ne puisse vous demander quoi que ce soit. Au pire un redressement pour non déclaration ISF si la somme est vraiment importante !!!

C’est une réelle « légalisation » de la corruption, la justice ne vous demandant simplement de ne pas dépenser les sous avant 12 petites années !

Et tout cela pour que nos chers élus se blanchissent eux mêmes de tous leurs détournements de fond ou emplois fictifs commis il y plus de 12 ans dans notre dos.

Le plus fou est qu’ils ont glissé ces lignes dans des textes durcissant tous les délais de prescription pour tous les autres délits et crimes !

Nous devons absolument crier notre colère et descendre partout dans les rues pour faire retirer ces lignes scélérates rajoutées au dernier moment (ci-dessous en rouge) !

Alors que la loi protégeait les citoyens victimes des escroqueries ou infractions dites « occultes » ou « dissimulées » en ne prenant comme date de référence pour le délai de prescription que la date de « connaissance » du délit et non celle du délit, maintenant des députés ont rajouté discrètement quelques lignes pour glisser une date butoir de 12 ans à partir de la date de la réalisation du délit, donc tous les délits financiers ou autres arnaques que vous pouvez cacher pendant 12 ans seront donc considérés de facto comme « légaux » et inattaquables.

Il faut comprendre qu’en termes de détournements de fond ou de fraudes financières dissimulés, 12 ans est simplement ridicule. Dans toutes les entreprises ou services publics, il existe des milliers de situations qui ne sont apparentes que si quelqu’un s’y interresse par exemple lors d’une cession ou d’une régularisation.

Il suffit de changer un nom ou de faire une fausse déclaration pour dissimuler durablement un détournement de fond, la victime ne le verra que quand elle demandera par exemple réellement les fonds.

L’inversion du sens des mots et du sens commun est en train de faire des ravages partout dans les médias, car cet amendement est à lui seul une injonction paradoxale, car il dit une chose et fait son contraire !

Imaginez un détournement massif des épargnes longue durée ?

http://www.lcp.fr/actualites/comment-le-garde-des-sceaux-modifie-la-prescription-des-infractions-occultes

Il faut voir les excuses que donne le garde des sceaux pour garder un tel scandale, « c’est juste que ce serait compliqué de faire enlever ces lignes, il nous prend vraiment pour des c…

Le nouvel article 9-1 A précité disposerait que « par dérogation au premier alinéa des articles 7 et 8 du présent code, le délai de prescription de l’action publique de l’infraction occulte ou dissimulée court à compter du jour où l’infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant la mise en mouvement ou l’exercice de l’action publique, sans toutefois que le délai de prescription puisse excéder douze années révolues pour les délits et trente années révolues pour les crimes à compter du jour où l’infraction a été commise

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Nous Présidentes

En vue de la présidentielle et des législatives, le Collectif National pour les Droits des Femmes lance aujourd’hui une campagne « NousPrésidentes » pour mettre en avant ses revendications et les questions d’égalité femmes/hommes pendant la campagne.

Un site a été mis en ligne aujourd’hui http://www.nouspresidentes.fr/
Une campagne a aussi été lancée sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter #nouspresidentes.
N’hésitez pas à diffuser, le féminisme lutte de classes c’est bon pour la santé. 🙂

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Communiqué du collectif Alerte : « Pour une société bienveillante, fraternelle et solidaire »

Pour une société bienveillante, fraternelle et solidaire

Communiqué du collectif Alerte, dont la LDH est membre

A l’approche de l’élection présidentielle, le collectif Alerte demande un plan interministériel de lutte contre la pauvreté, traduit dans une loi de programmation financière sur 5 ans.

La pauvreté ne diminue pas dans notre pays. 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de sans-abri s’accroît. 5 millions de Français souffrent de l’isolement. De nombreuses zones urbaines sont à la dérive. La politique du logement est défaillante. Si le plan de lutte contre l’exclusion mis en place en 2013 a sans doute permis une stabilisation du taux de pauvreté, une amélioration des minima sociaux, ou des avancées significatives dans le domaine de la santé, il n’a pas profondément modifié la situation des personnes en précarité, particulièrement des jeunes et des familles monoparentales.

Alerte ne peut se contenter de ces progrès. Les mesures sont trop dispersées et il manque une approche globale. Pour François Soulage, Président du Collectif Alerte, « le moment est venu de changer d’échelle dans la lutte contre la pauvreté ; il est nécessaire de s’attaquer aux causes de la pauvreté et pas seulement à ses conséquences sur la vie des personnes ».

Notre pays, qui a mieux résisté à la crise que les autres, doit conserver une protection sociale de qualité. Il doit offrir aux jeunes une vision d’avenir, dont la garantie jeune est l’un des éléments. Il doit aussi fournir aux familles des conditions de vie décente. Chacun doit pouvoir vivre dignement.

Pour une loi cadre de lutte contre l’exclusion

Le Collectif Alerte demande un plan pluriannuel de lutte contre l’exclusion traduit dans une loi de programmation financière pour le quinquennat afin de privilégier une action transversale, tenant compte des interactions entre les différents ministères. On ne peut pas lutter contre la pauvreté uniquement par des mesures sectorielles ni par des propositions institutionnelles. Il est essentiel de partir de la situation des personnes, des réalités qu’elles vivent. La participation de tous est un levier fantastique de transformation sociale et mérite, à ce titre, d’être un axe majeur de nos politiques publiques. Pour cela, Alerte centre ses propositions dans cinq grandes directions :

  1. Une réforme en profondeur de la politique des minima sociaux pour aboutir à la mise en œuvre d’un revenu minimum garanti, sous condition de ressources, dès 18 ans, adossé à un accompagnement renforcé, avec des référents de parcours, et une politique de mobilisation générale pour un emploi décent pour tous (emploi aidés, postes d’insertion par l’activité économique). Il s’agit donc d’un triptyque vertueux « revenu minimum garanti – accompagnement effectif – politique d’emploi renforcée » pour les personnes les plus en difficulté.
  1. Une politique ambitieuse de formation professionnelle et d’alternance appuyée sur le compte personnel d’activité qui doit être élargi à un droit à l’éducation – formation tout au long de la vie.
  1. Des investissements sociaux massifs dans la lutte contre l’isolement, pour la petite enfance, et dans le soutien à la parentalité.
  1. Une politique du logement qui permette enfin de sortir des logiques d’hébergement, de lutter contre la précarité énergétique, de mieux utiliser le parc privé et de garantir l’accès au logement, y compris privé, pour les personnes les plus modestes.
  1. Une politique de santé accessible à toute personne, quels que soient ses revenus et à tous ceux présents sur le territoire, en application de l’accueil inconditionnel. Cela nécessite le renforcement du système de sécurité sociale actuel.

Ce projet fédérateur permettra de construire une société fraternelle, bienveillante et solidaire, une société où chacun puisse enfin trouver sa place.

Paris, le 7 février

Retrouvez la liste associations membres d’Alerte

Et pour en savoir plus, téléchargez la plateforme présidentielle d’ALERTE  et  la plaquette de présentation

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Soutien de la ministre aux Rased

S’exprimant devant les recteurs le 7 février, N Vallaud-Belkacem les a invités à soutenir les réseaux d’aide (Rased) du primaire. La ministre a aussi évoqué le déploiement des 450 postes pour les lycées zep et les nouvelles formations en LP.

Les rased

« Là où les Rased sont incomplets, je vous demande de recréer des postes. En effet, avec le CAPPEI nous rénovons la formation des maîtres spécialisés, grâce en particulier, à l’alternance. Nous venons aussi de créer le nouveau corps des psychologues de l’éducation nationale. Il serait donc peu compréhensible que cela ne s’accompagne pas d’un effort en matière de postes ». S’adressant aux recteurs, N Vallaud Belkacem a prononcé des mots qui étaient attendus. Depuis des semaines les associations des Rased se plaignent que les créations de postes les oublient trop souvent. C’est le cas par exemple dans le 93 où le Snuipp est monté au créneau.

Enseignement professionnel et lycées zep

La ministre a aussi évoqué la rentrée dans le secondaire.  D’abord les 1000 nouveaux postes créés dans l’enseignement professionnel pour ouvrir 500 nouvelles formations. « La carte des 500 nouvelles formations reflète aussi bien la priorité donnée aux métiers en tension qu’aux métiers et filières en forte évolution et impactées par le numérique », dit la ministre. « Par ailleurs, la priorité  donnée aux formations en lycée professionnel avec 70% de l’offre qui concerne les PLP a été respectée : il était important qu’elle le soit ». Ensuite la ministre a évoqué les 450 postes pour les lycées « les plus fragiles, dont ceux relevant aujourd’hui d’un label de l’éducation prioritaire ».

La rentrée

N Vallaud Belkacem a conclu sur la rentrée 2017. « La rentrée 2017 sera une réussite : nous nous en sommes donné les moyens, et nous y travaillons, toutes et tous, au quotidien. Cette réussite ne nous sera peut-être pas attribuée. Le temps de l’École, nous le savons bien, est un temps long, qui ne correspond pas au temps court des échéances électorales.  Mais nous saurons, nous, ce qu’il en est. L’École sortira renforcée de ce quinquennat : renforcée à la fois dans ses moyens, dans sa mission d’enseignement, et dans sa prise en compte des inégalités ».

Le discours

Rased oubliés dans le 93

Rased menacés

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Offensive catholique sur l’Ecole

Faut-il revoir le contrat d’association entre l’Etat et l’enseignement catholique ? Selon La Croix, le secrétariat général de l’enseignement catholique aurait décidé d’aller en ce sens.  » Le Sgec dévoilera à la fin du mois une série de propositions sur l’école à destination des candidats à la présidentielle. Dans cette contribution, il demandera que soit « reconsidérée la règle du 80-20, parce qu’elle ne permet plus de répondre à la demande des familles », écrit le quotidien.

La règle 80/20 remise en question

 » Aujourd’hui, plaide l’enseignement catholique, « ce compromis technique ne permet plus de tenir compte de la réalité du besoin scolaire », écrit La Croix. Le secrétariat général de l’enseignement catholique, si attaché à la règle des 80/20 qui s’est imposée dans les années1990, aurait décidé de la remettre en question et d’exiger davantage.

Le quotidien interroge la responsable nationale Education des Républicains, Annie Genevard, qui veut aller encore plus loin.   » Nous ne sommes pas hostiles à une évolution du 80-20 pour répondre au passage massif d’élèves du public vers le privé », dit-elle à La Croix. Elle propose d’élargir le financement à des écoles hors contrat comme les établissements « Espérance banlieue ».

Une hausse en trompe l’oeil

En réalité la hausse du privé est réelle mais modeste. 6 300 élèves en plus dans le secondaire à la rentrée 2016, 13 600 au primaire, cela représente un glissement de 20 000élèves pour une population scolaire qui dépasse les 12 millions.

Surtout comme le remarque Claude Lelièvre sur son blog, « ces variations (de faibles ampleurs) des  »parts du marché » entre public et privé masquent un phénomène massif, le plus important : le « zapping ». Cela fait de nombreuses années que la moitié seulement des familles utilisent le secteur public pour tous leurs enfants. Et il n’y a que 5% des familles qui n’utilisent que le privé pour tous leurs enfants. Presque la moitié des familles  »zappent » donc entre les deux . Il y a chaque année une  »transhumance d’environ 150000 élèves du privé vers le public, et du public vers le privé ».

Mais la question s’invite dans la campagne électorale et le secrétariat général de l’enseignement catholique mise visiblement sur une victoire de l’opposition pour conquérir des parts du marché scolaire. Il ouvre ainsi la voie à des établissements hors contrat au caractère profondément réactionnaire.

Hausse du privé au 1aire

Hausse du privé au 2aire

Claude Lelievre

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