Archives de la catégorie Système politique

La ministre qui n’aime pas l’Ecole

Dans l’histoire de la république, les relations entre l’Education nationale et la Culture ont rarement été au beau fixe. Contraints de collaborer, les deux ministères ont des cultures et des objectifs différents et les frictions sont nombreuses. La nomination de Françoise Nyssen comme ministre de la Culture pourrait ne pas arranger les choses. La ministre a ouvert une école hors contrat jugeant que l’Education nationale traite mal les enfants différents.  » L’école Domaine du Possible » veut  » s’appuyer sur la curiosité et la joie d’apprendre plutôt que sur la contrainte, favoriser la recherche autonome des connaissances et une expérience active des apprentissages, comprendre le sens de ce que l’on apprend, vivre une relation forte avec la nature environnante ».

Dans la présentation de l’école, Françoise Nyssen prend à partie l’éducation nationale. » Nous avons eu un enfant différent. Nous avons avec lui beaucoup souffert du système et de l’idéologie de l’école en France. Précédemment, nous avons eu six autres enfants qui étaient passés par là sans que nous réalisions comme une évidence le sacrifice des enfants différents. Quand nous l’avons compris, c’était déjà trop tard… Les maîtres de l’école d’aujourd’hui sont là pour évaluer au plus près les apprentissages, les “manquements” et pour sélectionner “le meilleur” selon la méthode et le programme : nous ne formons pas des citoyens mais nous tendons vers la formation d’une élite, tout en sacrifiant les autres.  C’est pour tout cela que nous pensons devoir agir. Nos enfants ont droit à plus d’égards », écrivent Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani.

Installée dans un grand domaine agricole, cette école privée demande des frais de scolarité qui peuvent s’élever à 4200 € annuels.

Pourquoi l’école Domaine du possible

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Snpden : des « assouplissements » pour appliquer les mesures Macron

Dans un courrier adressé le 18 mai à JM Blanquer, le premier syndicat de personnels de direction, le Snpden, demande l’ouverture de trois chantiers. D’abord celui de la réforme du collège pour lequel le Snpden veut des simplifications administratives. Ensuite, celui de la réforme du lycée :le syndicat  veut de nouveaux programme et une réforme du bac pour en faire un vrai diplôme d’entrée dans le supérieur.

Simplifier le retour des bilangues

 » Le SNPDEN espère que trois chantiers seront rapidement ouverts », demande le Snpden dans une lettre envoyée le 18 mai au nouveau ministre de l’éducation nationale. « D’abord, l’instauration d’une plus grande sérénité au sein de l’institution scolaire en donnant aux établissements les possibilités d’apporter les assouplissements parfois nécessaires pour clore les polémiques inutiles sans que soient remises en cause les réformes engagées ».

Pour Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, interrogé par le Café pédagogique, il s’agit de donner des instructions pour simplifier les aménagements de la réforme du collège qui s’imposent sur le terrain. E Macron a réaffirmé sa volonté de rouvrir les  classes bilangues. Pour P Tournier, « il faut tourner la page là où il y a ds points de fixation », sur la réforme,. « Le rétablissement des bilangues a un coût dérisoire », de nombreux professeurs d’allemand étant en sous service. Mais « pour faire cela il y a beaucoup de paperasse ». C’est cette simplification que souhaite le syndicat. Le Snpden s’était dressé avec succès cotre la circulaire contraignante publiée par la Dgesco pour la réforme du collège.

Réformer le bac et les programmes du lycée

Le Snpden souhaite aussi que soit abordée la question « de la connexion du secondaire et du supérieur, en interrogeant la forme du baccalauréat et les programmes du lycée ». Le programme d’E Macron propose de réduire le bac à 4 épreuves terminales qui serviraient de base à la sélection des étudiants par les universités. Le bac ne donnerait plus accès librement au supérieur.

Cette perspective convient au Snuipp. « La sélection existe déjà de fait », affirme P Tournier. « On n’est pas pour la sélection mais pour poser des pré-requis pour l’entrée dans le supérieur », continue P Tournier. Pour le Snpden le bac ne doit plus être le certificat de fin d’études secondaires. Il doit redevenir le ticket d’entrée dans le supérieur.  Pour cela il faut pour le Snpden des « épreuves ponctuelles modernisées ».

Autre enjeu, il faut que les programmes du lycée soient revus à la fois pour étre ajustés aux nouveaux programmes du collège et pour préparer au supérieur. « Pour nous la réforme du lycée ne doit pas être une réforme de son organisation mais de ses programmes », affirme P Tournier .

Justement le Snpden veut l’abandon « des grandes réformes traumatisantes » et « la confiance aux établissements » notamment envers les personnels de direction.

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Maitres + et rythmes : le Snuipp contre les projets Macron

Les deux points principaux du programme éducatif d’Emmanuel Macron sont en train de se retourner contre lui. Le 17 mai, le Snuipp Fsu saisit le nouveau ministre à propos de la suppression des maitres surnuméraires (maitres +) et de la réforme des rythmes scolaires.

« Il n’est pas acceptable d’opposer la réduction de la taille des classes de CP et de CE1 au maintien du dispositif « plus de maîtres que de classes » », écrit Francette Popineau, co-secrétaire générale duSnuipp Fsu, le premier syndicat du primaire. « L’attribution d’un maître surnuméraire aux écoles de l’éducation prioritaire est plébiscitée par une grande majorité de nos collègues (86% d’enseignants satisfaits d’après l’enquête du SNUipp-FSU de juin 2016). Le dispositif permet de travailler plus collectivement et de faire évoluer les pratiques pédagogiques, il améliore le climat de classe et les apprentissages. Les enseignants de ces écoles ne comprennent pas que vous remettiez en cause un dispositif dans lequel ils se sont fortement engagés et qui montre ses premiers effets sur la réussite des élèves ».

S’agissant des rythmes scolaires, E Macron veut laisser les commune décider librement de l’organisation de la semaine scolaire. « Il est indispensable de remettre à plat cette réforme mais sans accentuer son caractère inégalitaire ce qui ne manquerait pas d’advenir si carte blanche était laissée aux collectivités ».

Le courrier du Snuipp

Le programme d’E Macron

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Data scolaire : des industriels et des syndicats saisissent le ministre contre la directive GAFAM

L’Ecole a-t-elle vraiment le droit de fournir les données des élèves aux grands groupes d’Internet , le GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) ? La question se pose après la révélation par le Café pédagogique, le 16 mai, d’un courrier du Directeur du numérique pour l’éducation, Mathieu Jeandron, invitant les responsables académiques à fournir aux GAFAM les annuaires des établissements. Des industriels, investis dans les ENT demandent des comptes dans un courrier que le Café pédagogique s’est procuré. Le Snes Fsu et la Cgt Education saisissent le nouveau ministre de ce qu’ils considèrent comme un « revirement lourd de conséquences ».

Le revirement du DNE

« Je tiens à vous confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (GAFAM et autres) dans la mesure où ils rentrent bien dans les services couverts par les conditions générales d’utilisation CGU « éducation »… Par ailleurs, je vous confirme qu’il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels ». La lettre de Mathieu Jeandron, Directeur du numérique pour l’éducation, que le Café pédagogique a révélé, invitait clairement les directeurs académique du numérique et les DSI à laisser les établissements donner les données sur les élèves aux géants d’Internet. Pour M Jeandron , interrogé par le Café, les élèves sont suffisamment protégés par les CGU (Conditions générales d’utilisation) de ces grands groupes.

En ouvrant grand les portes de l’Ecole aux GAFAM, le directeur du numérique revient par une simple lettre  sur des années de développement d’outils nationaux sécurisés, les ENT, et toute une culture de « sanctuaire numérique » pour l’Ecole.

La réaction des éditeurs français

Les industriels nationaux ne s’y trompent pas. Dans un courrier du 18 mai, que le Café pédagogique s’est procuré, les responsables de trois entreprises phares du numérique éducatif français, Arnaud Albou, CEO d’Open Digital Education, Alain Ecuvillon, DG de Itslearning et Hervé Borredon ,président d’Itop, demandent des explications à Mathieu Jeandron.

« Sous prétexte qu’elles disposent de « Conditions Générales d’Utilisation propres au monde de l’éducation », et sous couvert d’une déclaration CNIL, vous êtes donc prêts à transférer l’ensemble des annuaires académiques aux fameux ‘GAFAM’. Connaissez-vous bien le modèle économique de ces entreprises ? Savez-vous sur quoi la gratuité apparente de certains de ces services repose ? », interrogent-ils. Certaines de ces entreprises , comme Google ou Facebook, vivent principalement de revenus publicitaires rendus possibles par l’exploitation des données des utilisateurs.

« Quel est le cadre réglementaire imposé à Amazon, Google ou à Facebook ? Les “CGU Education” de chacun de ces éditeurs remplacent-elles dorénavant votre propre cadrage ? Vous dispensez ces entreprises américaines des contraintes (justifiées) que vous nous avez imposées depuis toutes ces années. C’est le monde à l’envers ! », écrivent les industriels.

« L’Espace Numérique de Travail est un dispositif central dans l’école qui constitue un “environnement de confiance, protecteur des données des élèves” selon la circulaire de rentrée 2017 du Ministère. Après des efforts importants de tout l’écosystème éducatif, des centaines de milliers d’élèves et d’enseignants sont connectés chaque jour », rappellent-ils. « Partout où nos déplacements professionnels nous conduisent (en Europe, au Brésil, au Mexique, en Amérique du Nord, en Afrique), ce modèle français interpelle et intéresse. Tous nous envient cette capacité à adresser des problématiques territoriales, à généraliser des solutions à l’échelle de centaines de milliers d’élèves, le tout avec une autonomie pédagogique, éditoriale et économique. Du moins, tous ceux qui ont compris que les bases centralisées commerciales ne pouvaient être la solution aux nouveaux enjeux de l’éducation, ceux de la collaboration, de l’éducation aux médias et à l’identité numérique, de la prévention des risques inhérents aux usages des réseaux sociaux commerciaux… »

Les trois dirigeants d’entreprise mettent en cause le nouveau ministre. « Est-ce là le mandat que vous aurait déjà confié la nouvelle équipe ? Ou une prise de position plus personnelle ? », écrivent-ils.  « S’il vous plaît, expliquez-nous ! »

La Cgt et le Snes montent au créneau

De leur coté, le Snes Fsu et la Cgt Education  saisissent le ministre par une lettre publique.  » Un revirement lourd de conséquence vient d’être opéré au ministère de l’éducation nationale : avant la nomination du nouveau ministre, le directeur du numérique pour l’éducation incite clairement les cadres académiques à l’utilisation des outils des grandes multinationales du numérique (notamment les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) au mépris de la protection de l’identité numérique des élèves et des personnels. Il ignore délibérément les risques évoqués par la CNIL sur le traitement possible des données personnelles et scolaires des élèves (souvent mineurs), données particulièrement sensibles, et qui les suivront longtemps », écrivent les deux syndicats. « Les organisations signataires jugent inacceptables que les grandes multinationales du numérique puissent puiser à leur guise dans les données personnelles des élèves et des enseignants. Elles s’inquiètent qu’une telle décision aussi lourde de conséquences pour les personnes et la souveraineté des données puisse être prise par simple mél. Elles dénoncent cette tentative de passage en force contraire à l’État de droit et saisiront la CNIL et la Direction des affaires juridiques du ministère sur cette question. Elles demandent au nouveau Ministre de l’éducation nationale de clarifier rapidement sa position sur cette question.  »

Deux acteurs n’ont pas encore réagi dans ce débat. Mais ils ne devraient plus tarder à le faire. D’abord les collectivités territoriales qui ont englouti des sommes très importantes dans le développement des ENT au nom de la sécurité des élèves. Ensuite les associations de parents. Ce sont les données scolaires et privées de leurs enfants qui sont l’enjeu de ce bras de fer.

La lettre des industriels

Le Café révèle la décision du DNE

La lettre du Snes et de la Cgt

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Jean-Michel Blanquer : un idéologue au ministère

C’est un ministre plein d’idées sur ce que doit être l’éducation nationale qui revient au ministère de l’éducation nationale.  Il les a diffusées récemment dans deux livres qui sont les clés pour comprendre son action. Surtout il les a mises en pratique avant 2012 et n’a pas changé d’un iota depuis. Des idées qui sont aux antipodes de celles suivies depuis 2012. Pour l’Education nationale des temps compliqués commencent…

Le pilotage par la preuve

Jean-Michel Blanquer n’a jamais enseigné dans le monde scolaire. Mais il affirme qu’il y a des réponses scientifiques aux problèmes éducatifs. En novembre 2016 il nous disait : « oui, il y a de « vrais leviers »  pour améliorer l’éducation et leur caractère bénéfique est prouvé : une pédagogie explicite et progressive dès les premiers moments de l’école, le rapprochement parents-école, la formation des professeurs, l’autonomie des établissements, l’attention à des facteurs extra-scolaires comme le sommeil etc. Nous avons été trop victimes d’une approche idéologique ou « au doigt mouillé » aggravée par le caractère centralisé et bureaucratique de notre système. On doit le libérer en donnant à chacun les moyens d’agir et en éclairant l’action par la science ». Dans son discours d’investiture, le 17 mai 2017, il est revenu sur cette nécessité d’expérimenter.

Il prend cette idée à la lettre et l’applique de façon non scientifique et, comme les faits vont le démontrer, simpliste.  JM Blanquer est un spécialiste du droit. C’est au nom de la science qu’il participe sous de Robien en 2006 à une tentative d’imposer la méthode syllabique, peut-être dans une confusion entre la nécessité d’enseigner le lien graphème phonème et le B A BA.

Comme directeur de l’enseignement scolaire, il a imposé des évaluations à l’école primaire qui devaient piloter l’action ministérielle mais qui ont fini par être jugées « trompeuses » par le Haut Conseil de l’Evaluation, une structure pourtant instituée par la droite. Là aussi il n’y avait aucun  protocole scientifique sérieux. Il a également soutenu le projet Agir pour l’école, issu d’une  initiative du thinktank libéral Institut Montaigne, dont l’auto-évaluation  a été contredite par des expertises scientifiques.

Si Jean Michel Blanquer a si mal vécu cet épisode, c’est à cause du role qu’il donne à la pseudo évaluation scientifique. Elle n’est pas là pour faire avancer les connaissances mais pour légitimer des politiques ou des dispositifs ce qui  affecte gravement la qualité de la démarche.

Quatre idées de JM Blanquer

Ses autres idées sur l’éducation ont été présentées dans deux livres, « L’école de la vie » en 2014, puis « l’école de demain », titre prémonitoire, un véritable livre programme qui a perfusé dans le programme de E Macron.

Le premier principe c’est l’autorité. JM Blanquer veut cadrer les pratiques pédagogiques dans l’éducation nationale. Et pour que cela soit possible il souhaite renforcer les pouvoirs des chefs d’établissement et des directeurs d’école, qui deviendraient les supérieurs hiérarchiques des enseignants. Les enseignants seraient recrutés sur profil et évalués par les seuls chefs d’établissement, à l’image de ce qu’avait institué le décret Chatel en 2012 (annulé ensuite par Robien). Les inspecteurs disparaitraient, fondus dans un corps unique avec les chefs d’établissement (ce qui est une revendication de certains syndicats) et vaguement associés comme « experts disciplinaires » au controle des enseignants.

Le second principe c’est l’autonomie des établissements, c’est à dire en fait des chefs d’établissement. JM Blanquer s’en défend. En 2016 il nous disait :  » L’autonomie des établissements n’est pas synonyme de caporalisation mais de travail d’équipe. C’est une logique de responsabilisation ». Mais il souhaite que les chefs d’établissement aient une large liberté pour affecter la dotation horaire entre les disciplines.

Troisième principe : les fondamentaux, réduits par JM Blanquer aux seuls français et maths. Au primaire, ces deux disciplines représenteraient 20h / 26 h d’enseignement (actuellement il y a 24h d’enseignement). Dans le secondaire, elles représenteraient 10 heures hebdomadaires au minimum. Les collèges comme les écoles doivent être libres d’adapter le curriculum à leurs besoins. Autrement dit maths et français pourraient prendre le temps des autres disciplines.

Le quatrième principe en découle : c’est la hiérarchisation. Sous prétexte « d’intelligences multiples », pourtant peu développées au primaire, le nouveau « collège commun » préparerait des parcours spécifiques pour les élèves. Ceux ci seraient réunis en « groupes de compétences », une formule qui pourrait bien se réduire à des groupes de niveau. Enfin il recommande dans son livre la fin de la poursuite d’études supérieures pour les bacheliers professionnels.

Des idées mises en application en 2017 ?

Si on retrouve dans son livre l’essentiel du programme qui sera celui d’E Macron, ce n’est évidemment pas par hasard. « Une de mes lignes de conduite sera d’évaluer ce qui marche. Ma démarche sera scientifique. Quand on fait quelque chose on regarde si ça a des résultats positifs. Si oui on continue. Sinon on fait autre chose ». Le 17 mai 2017 , JM Blanquer revient sur l’évaluation pour légitimer les futurs choix politiques. Mais l’auto évaluation par le ministère des politiques  ministérielles n’a qu’une seule valeur : celle de faire taire les opposants et d’influencer l’opinion.

Sur JM Blanquer : entretien de 2016

En 2014

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Gazette d’@rrêt sur images, n°492. Edouard Philippe, et ses transparences à géométrie variable

Gazette d’@rrêt sur images, n°492

A l’origine, il ne s’agissait pour lui que de filmer son « pote de droite », un vieux copain de classe prépa, Edouard Philippe, maire du Havre. Mais voilà que le vieux pote, contre toute attente, est bombardé Premier ministre. Alerte générale ! Du coup, le documentaire est scruté à la loupe. Et le moindre détail prend des proportions inattendues ! Laurent Cibien, pote de gauche du Premier ministre, raconte sur notre plateau le tournage, et ses coulisses. Notre émission est ici (1).

Transparent avec son « pote », Edouard Philippe l’a été nettement moins avec la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qu’il a sèchement envoyée au bain, par exemple à propos de la valeur actuelle de ses propriétés immobilières. Nous le rappelons sur le plateau, avec quelques détails. Car en ce quinquennat naissant, nous souhations être aussi attentifs au « hors champ ». Par exemple, au fiasco très discret de la fusion américaine du géant parapétrolier français Technip. Cette fusion fut jadis défendue par un ministre nommé… Emmanuel Macron. Elle était conseillée part une banque nommée Rothschild. Conflit d’intérêt ? Pour creuser, il ne faut pas compter sur vos medias préférés. Notre enquête est ici (2).

Daniel Schneidermann

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Les réformes Macron avant même le gouvernement ?

La honte infinie…

Selon Le courrier picard, l’académie d’Amiens serait déjà en train de préparer l’application des réformes Macron alors même que le ministre de l’éducation nationale n’est toujours pas nommé. Une situation qui interpelle dès maintenant les syndicats.

16 mai : l’Elysée fait savoir que le gouvernement ne sera pas connu avant le 17 à 15 heures en raison des vérifications éthiques qu’exige le président. « le Président de la République, en lien avec le Premier ministre, a souhaité introduire un temps de vérification afin que la direction générale des Finances publiques et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique puissent réaliser les diligences nécessaires afin de s’assurer que les personnalités qui sont pressenties au gouvernement font l’objet d’une première vérification de leur situation fiscale,… ne se trouvent pas dans des situations de conflit d’intérêt au regard des informations dont dispose la HATVP », dit le communiqué de l’Elysée.

Mais selon Le Courrier picard, « l’académie (d’Amiens) a pris les devants ». A la grande surprise des syndicats, dans les derniers jours du quinquennat Hollande, des directeurs d’école de la Somme ont reçu des appels téléphoniques pour faire le point sur les effectifs en CP.  Dans la région d’Abbeville un questionnaire a été envoyé aux écoles Rep. Les syndicats restent sceptiques. « Dans l’Aisne, pour les CP en REP+, nous n’avons que 40 postes «Plus de maîtres que de classes». Rien qu’avec les REP de Saint-Quentin, Laon et Soissons, on explose le quota », déclare un responsable local du Snuipp.

Le Courrier picard

Quel ministre de l’éducation pour l’éducation ?

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Jean-Michel Blanquer, un spécialiste marqué à droite à l’éducation nationale

En 2012, à Paris.

Le directeur de l’Essec, âgé de 52 ans, a été deux fois recteur et numéro deux rue de Grenelle. Sa vision des réformes promises est « Macron compatible ».

LE MONDE | 17.05.2017 à 15h51 • Mis à jour le 17.05.2017 à 22h02 | Par Mattea Battaglia et Aurélie Collas

L’« ère Blanquer » au ministère de l’éducation a démarré sous trois auspices. Trois mots-clés que le nouveau locataire de la rue de Grenelle à égrener, le 17 mai, tout au long de son discours d’investiture : « République », « excellence », « bonheur ». Un attelage hétéroclite que d’autres notions sont venues compléter : « respect », « confiance », « innovation », « responsabilité »… Face aux défis que pose l’école, « la démarche moderne que nous devons avoir au XXIe siècle » se doit, pour le nouveau ministre, d’être fondée sur la « science », l’« expérience », l’« évaluation ».

Le ton du discours, ce mercredi, était indubitablement plus froid, plus distancié que celui par lequel sa prédécesseure, Najat Vallaud-Belkacem, avait un peu plus tôt clos ses 993 jours au ministère. Mais pas moins assuré : Jean-Michel Blanquer, 52 ans, est à l’hôtel de Rochechouart en terrain connu. Il y a été le « numéro 2 » sous la droite, entre 2009 et 2012, au poste de directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Un « ministre bis » aux côtés de Luc Chatel, que l’on disait alors peu au fait des réalités scolaires. Il y a conservé des soutiens, des fidèles ; bref, des repères.

Pour la communauté éducative, c’est aussi un personnage connu, et pas seulement parce qu’il dirige depuis quatre ans l’Essec, l’une des plus grandes écoles de management françaises : Jean-Michel Blanquer reste, aux yeux des enseignants, celui qui a fait appliquer la politique éducative sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012), une période marquée par les coupes budgétaires et un discours très dur à l’encontre des fonctionnaires. Et l’inspirateur d’évaluations en maternelle qui avaient, à l’automne 2011, provoqué un tollé.

Tout au long de sa carrière, ce diplômé de philosophie, agrégé de droit – le plus jeune de sa génération -, a occupé de hautes fonctions d’administrateur au sein de l’éducation nationale. S’il fallait le ranger dans une catégorie, ce serait moins celle du politique – il n’a jamais assumé aucun mandat électif – que de l’expert, du technicien.

Lire aussi :   Le tirage au sort à l’université, la bombe à désamorcer pour Frédérique Vidal

Ce fils d’une enseignante anglaise et d’un avocat parisien accède, sous la droite, à des postes de premier plan : il est nommé recteur de Guyane à 40 ans, en 2004. « Tu seras le seul recteur à avoir une pirogue de fonction », lui aurait-on glissé pour lui « vendre » ce premier poste. L’année suivante, il est pressenti comme ministre de l’éducation dans le gouvernement de Dominique de Villepin, mais il sera finalement directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien.

Il prend, en 2007, la direction de l’académie de Créteil, l’une des plus vastes et des plus difficiles de France métropolitaine. Il s’y forge la réputation d’un recteur bouillonnant – l’« hyperrecteur » , donnant son feu vert à tous types d’expérimentations. Celles-ci germent sur ses terres, autant (ou presque) que les polémiques. Ce sont les débuts des internats d’excellence pour élèves méritants issus des milieux défavorisés. Les débuts, aussi, de la « mallette des parents » ou du « cartable numérique » pour les collégiens, le développement des microlycées… Sans oublier la « cagnotte » pour les décrocheurs censée inciter les lycéens à plus d’assiduité. Payer les jeunes pour qu’ils ne sèchent pas les cours ? Le projet met en émoi la communauté éducative.

Un homme pragmatique

En homme pragmatique, le recteur Blanquer fait évaluer ces expériences par l’Ecole d’économie de Paris. Une méthode qu’il défend : le pilotage par la science et les résultats. C’est aussi celle qu’il continue à employer en tant que directeur général de l’enseignement scolaire, fonction qu’il quitte en 2012, remercié par la gauche.

Avant l’Essec, où il s’installe en 2013, son regard se porte vers l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) qui pleure son directeur Richard Descoing. Sa candidature, parmi une vingtaine d’autres, ne sera finalement pas retenue, mais Jean-Michel Blanquer a su l’imposer dans la « short-list » finale, avant que l’énarque Frédéric Mion ne soit nommé.

De lui, peu de choses filtrent : on connaît sa passion pour l’Amérique latine, son amitié avec François Baroin, son soutien à l’ex-institutrice innovante Céline Alvarez, guère plus. Ses références au philosophe Edgar Morin – qui a donné son nom à la « chaire de la complexité » inaugurée à l’Essec – comme au neuroscientifique Stanislas Dehaene. Et son goût, certain, pour l’écriture.

En 2014, vingt ans après un premier essai sur l’ENA, il publie L’Ecole de la vie puis, en 2016, L’Ecole de demain (tous deux chez Odile Jacob), accueillis comme un programme ministériel assumé. Son projet pour l’éducation prend également corps dans les médias. Sur France Info, à l’émission « Moi président » fin 2016, il explique que sa mesure phare porterait sur l’école maternelle. Dans un entretien à L’Expansion en décembre 2016, il s’exprime comme s’il s’apprêtait déjà à revenir au ministère de l’éducation.

« Une troisième voie »

Dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle, Jean-Michel Blanquer a, sans le nommer, pris position contre le Front national. Sur Twitter le 3 mai, il mettait en garde ses étudiants de l’Essec « si la France devait prendre dimanche prochain un chemin contraire à cet idéal ». Le lendemain, dans Le Point, il consacrait sa chronique à interroger « une troisième voie en éducation ».

Son programme tel qu’il transparaît dans son dernier ouvrage – élaboré avec l’aide de l’Institut Montaigne, un think tank libéral – est indubitablement « Macron compatible ». Au point qu’on peut se demander si M. Blanquer n’en a pas été l’un des principaux inspirateurs. On y retrouve la priorité aux premières années de la scolarité et la proposition de diviser par deux la taille des classes dans les zones d’éducation prioritaire.

On y retrouve aussi les stages de remise à niveau, l’été, pour les élèves en difficulté, les études dirigées le soir pour les collégiens, une réforme du baccalauréat, un principe d’autonomie très fort… Autant de promesses de campagne du candidat Macron.

A le lire, l’éducation nationale n’est pas un « mammouth » irréformable ; il préfère à cette image un peu galvaudée celle du « diplodocus », « avec un grand corps et une petite tête » précisait-il à la presse à la rentrée 2014. On verra dans les prochains mois s’il parvient à mettre en musique les promesses de campagne d’Emmanuel Macron face auxquelles les syndicats d’enseignants semblent déjà prêts à serrer les rangs.

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Le Snuep FSU contre l’apprentissage

 » Les projets d’Emmanuel Macron constituent une attaque frontale contre l’enseignement professionnel public, en voulant le placer sous la tutelle du patronat. Son objectif de faire de l’apprentissage « le cœur de l’enseignement professionnel » entraînera une dégradation majeure des conditions d’études des jeunes de la voie professionnelle et des conditions d’enseignement des professeur-es de lycée professionnel », écrit le bureau du Snuep Fsu, le syndicat Fsu de l’enseignement professionnel.  » Le projet d’Emmanuel Macron n’a rien d’une idée « nouvelle » : vieille antienne libérale, il constitue une régression sociale majeure, renvoyant les jeunes les moins favorisé-es sous la coupe du patronat et les privant de leur véritable droit à l’éducation ».

Communiqué

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Gazette d’@rrêt sur images, n°491. Macron, la légende et le hors-champ

Gazette d’@rrêt sur images, n°491

Evidemment, il y a la légende pieuse, que les télés ont commencé à nous raconter, à coups de documentaires embedded, et de reportages enamourés. Celle d’un jeune président, cool et sympa, un Kennedy du XXIe siècle, qui va renverser la table, et faire enfin entrer la France dans la modernité politique. Pourquoi pas ? Les légendes ont leur charme. Nous ne voudrions pas le rompre. C’est pourquoi cette semaine, nous avons demandé à quelques confrères étrangers de venir s’arrêter avec nous sur les premières images du nouveau quinquennat. Notre émission est ici (1).

Mais tout de même, restons attentifs au hors-champ. A tout ce que l’imagerie pieuse cache soigneusement. Nous nous sommes donc efforcés toute cette semaine d’attirer aussi l’attention sur ce que cachait le documentaire de TF1Coulisses d’une victoire (2), ou les portraits consacrés au nouveau président (3), ou encore les reportages complaisants sur la sélection des nouveaux députés (4). Plus que jamais, avec ce président qui va jouer la séduction, il faudra être attentif au hors-champ.

Daniel Schneidermann

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Communiqué LDH « Présidentielle : soulagement et inquiétudes »

Communiqué Ligue des droits de l’Homme

Présidentielle : soulagement et inquiétudes
Paris, le 8 mai 2017

L’élection d’Emmanuel Macron ouvre un nouveau quinquennat et participe d’une redistribution de la donne politique dans un contexte périlleux.
Plus de 66% des suffrages exprimés ont fait barrage à la candidature de Marine Le Pen, évitant ainsi d’installer durablement l’extrême droite à la tête du pays. La Ligue des droits de l’Homme apprécie ce résultat à sa juste valeur, en ce qu’il préserve les possibles démocratiques.

Mais les dix millions de voix qui se sont portées sur la candidate du Front national, la radicalisation de la droite dite républicaine qui a marqué la campagne et l’enracinement dans le débat public des idées d’extrême droite, avec ce qu’elles charrient d’esprit de fermeture, de racisme, de discriminations et de violence, constituent autant de facteurs préoccupants pour l’avenir.

Conjointement, le poids de l’abstention, du vote blanc et du vote nul – sans précédent lors d’une présidentielle – donne la mesure d’un décalage croissant entre offre politique institutionnelle et attentes citoyennes. Il y a là un message lourd de sens dont il faudra tenir compte.

Conjurer les périls et répondre aux attentes populaires exigera plus que jamais un profond renouvellement de la vie et des pratiques politiques, qu’il s’agisse de représentation ou des mécanismes de décision. Les peurs et souffrances qui taraudent le pays et l’opinion publique appellent des réponses de justice sociale, une solidarité en actes, un développement humain garant de sécurité pour toutes et tous. Cela nécessite une ouverture solidaire au monde.

Dans ce cadre, la Ligue des droits de l’Homme souligne que l’égalité des droits doit demeurer le  cour battant du contrat républicain. Elle rappelle que la liberté, toujours, doit prévaloir sur la tentation d’un horizon rabougri au sécuritaire. Elle réaffirme que la fraternité est plus que jamais à défendre face aux politiques de haine et d’exclusion, face à la mise en concurrence de tous avec tous. Faire face à cette triple exigence renvoie à l’urgence de choix et de politiques de solidarité.

La Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyennes et les citoyens à défendre et faire vivre cette perspective à travers leurs choix lors des élections législatives, dont le résultat déterminera largement l’avenir politique de notre pays.

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Présidentielle : comme une menace sur l’Ecole….

Peut-on être enseignant et au FN ? L’élection présidentielle qu’est ce que ça change pour l’Ecole ? Jamais une élection a vu s’affronter des projets aussi opposés pour l’avenir du pays. Et cette opposition concerne bien évidemment aussi l’Ecole avec des visions de l’enfant et de l’éducation totalement opposées. Alors que les simulations de vote montrent que le résultat pourrait être très serré, quelques raisons pour aller voter le 7 mai…

La résistance du monde enseignant aux idées FN

Peut-on être d’extrême droite et enseignant ? Pendant longtemps on ne s’est pas posé la question. Maintenant on sait que c’est possible car il y a des enseignants d’extrême droite. Certes le milieu enseignant est particulièrement résistant face à l’extrêmisme de droite. En 2015 aux départementales le FN avait présenté 150 candidats enseignants. Selon un sondage, 5% des enseignants auraient voté pour le FN au 1er tour de la présidentielle 2017. Un taux qui est très inférieur au résultat global de la candidate et surtout qui n’a pas augmenté depuis 2012. Apparemment les idées FN n’adhèrent pas au corps enseignant. Ca glisse.

Cela tient à l’incompatibilité des valeurs portées par le corps enseignant avec celles du FN. Les enseignants croient en l’éducabilité de tous. Ils croient en l’égalité et la fraternité et les mettent en pratique à leur niveau au quotidien. Ce sont les premiers combattants contre le racisme et les préjugés. Ce sont aussi les héros quotidiens de la solidarité et de la justice. Sur tous ces points il s’opposent aux idées d’extrême droite.

Enseignant et extrême droite sont-ils compatibles ?

Les enseignants qui se réclament du FN disent faire attention à bien distinguer leur conviction politique et leur enseignement. Mais il suffit de les écouter pour que l’intolérable apparaisse. Ainsi , dans un reportage de L’Express publié en 2015 sur les candidats FN enseignants aux départementales, Libie Cousteau raconte comment un professeur des écoles candidat FN, valide les propos de Le Pen sur « le détail » de l’extermination des juifs. A La Baule, un autre candidat FN, juge qu’il y a trop d’Islam. A Créteil, une candidate dénonce l’immigration clandestine.

Comment un professeur peut-il s’adresser à un élève immigré qu’il souhaite voir expulsé ? Comment un enseignant accueille- t-il un enfant musulman qu’il juge en surnombre ? Comment confier un enfant  juif à un enseignant qui juge que la Shoah relève du détail ?

Un programme destructeur pour l’Ecole

Il faut bien aussi évoquer le programme éducation du Front national. Il reste très flou dans son application concrète. Visiblement le FN n’a pas préparé la gestion du ministère de l’éducation nationale comme nous l’avons montré dans un article. Ce programme tel qu’on le connait serait désastreux. Le FN promet le tri précoce des enfants avec l’envoi en apprentissage  dès 14 ans des enfants faibles c’ets à dire des familles populaires. Pour restaurer l’autorité des maitres il prévoit d’éloigner les élèves en les envoyant dans des internats qui deviendraient rapidement des centres de relégation. Il prétend aussi imposer ses idées dans les programmes , avec un nouvel enseignement « civique » et dans les méthodes, comme la méthode syllabique  qui deviendrait obligatoire au primaire.

Autour de l’Ecole, les collectivités territoriales gérées par le FN font la guerre à l’Ecole. A Béziers, des enseignants ont été insultés par le maire. Une tentative de fichage des écoliers musulmans a finalement été écartée. A Beaucaire le maire les a dénoncé dans un écrit distribué en ville. Au Pontet le maire a mis fin à la gratuité de la cantine pour les familles pauvres.

Dans toutes ces communes, les enseignants évoquent une atmosphère pesante. Leurs élèves entendent des propos haineux. Ils passent devant des affichages qui agressent une partie des familles et des camarades. Tout cela rejaillit sur l’ambiance des établissements.

Le score que fera Le Pen aura un impact dans nos écoles. Selon son importance cela libérera plus ou moins largement les pulsions et les paroles chez des collègues comme chez des élèves et des parents. Pour cette raison là aussi il faut aller voter le 7 mai.

A Béziers les profs et le FN

L’Express

Le programme de Macron

Le programme de Le Pen

Simulation du report des voix

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Les cinq mesures prioritaires de Marine Le Pen si elle accède à l’Elysée, Le Monde

Si elle accède à la présidence de la République, le 7 mai, Marine Le Pen lancera la mise en œuvre de son programme la semaine suivante, après son investiture. Décryptage des dispositions que la candidate du Front national juge prioritaires une fois à l’Elysée.

  • 1 – NÉGOCIER AVEC BRUXELLES LE RETOUR DES QUATRE SOUVERAINETÉS : vers une sortie inévitable de l’Union européenne

Que comprendre du programme « européen » de Marine Le Pen depuis le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, à qui la présidente « en congé » du Front national (FN) a promis le poste de premier ministre en cas de victoire à l’élection présidentielle ?

La candidate du FN et le président de Debout la France évoquent désormais un « patriotisme pragmatique, qui privilégie les décisions de bon sens ». « La transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n’est pas un préalable à toute ­politique économique », écrivent-ils dans leur « Alliance patriote et républicaine ».

Il ne serait donc plus question de faire de la sortie de l’Union européenne (UE) et de l’abandon de l’euro une priorité, alors qu’elles étaient au cœur du programme de Mme Le Pen ? Dans ce dernier, révélé en février, elle promettait que, dès le lendemain de son arrivée à l’Elysée, elle engagerait une négociation avec Bruxelles afin d’obtenir un retour des quatre « souverainetés » pour la France (monétaire, législative, territoriale, économique).

A l’issue d’une négociation destinée à obtenir la sortie de l’eurozone, à s’affranchir de l’application des directives européennes, à recréer des frontières et à mener une politique économique de préférence nationale, MmeLe Pen assurait (Le Monde du 3 février) : « Six mois après mon élection, j’organise un référendum sur la sortie de l’UE. Si j’ai obtenu gain de cause à Bruxelles, je suggère aux Français de rester. Sinon, je leur conseille de sortir de l’UE. »

Le 29 avril, la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen a assuré que la négociation sur l’UE ne commencerait pas « avant 2018 » et prendrait « plusieurs mois », voire « plusieurs années ». Sur France Inter, lundi 1er mai, le vice-président du FN, Florian Philippot, s’en est en revanche tenu à un agenda resserré, évoquant des négociations qui commenceraient « après les élections en Allemagne », donc après septembre 2017.

Quel que soit le calendrier retenu, une négociation sur le retour aux « quatre souverainetés » conduirait néanmoins à un « Frexit », une sortie de la France de l’UE, si Mme Le Pen présidente tente effectivement de mettre ses promesses à exécution. Et un « Frexit » aurait pour conséquence un affaiblissement historique, voire fatal de l’UE. C’est pour cela que le scénario d’une victoire de Mme Le Pen est l’un des grands impensés des dirigeants bruxellois, qui se sont jusqu’à présent ­absolument refusés à l’envisager.

Peu d’alliés en Europe

Car pour eux, l’UE devrait pouvoir se remettre d’un divorce avec le Royaume-Uni. Mais, déjà fragilisée, elle ne survivrait pas à un deuxième tremblement de terre, surtout s’il s’agit du départ d’un pays fondateur du projet européen, beaucoup plus « intégré » que Londres à ses partenaires (membre de l’eurozone et de l’espace Schengen). Une victoire du FN serait « une catastrophe pour l’Europe et la relation franco-allemande », glissait une source diplomatique de haut rang récemment.

En cas de victoire de Mme Le Pen le 7 mai, Bruxelles devrait d’abord tenter de minimiser le choc, comme après le référendum britannique en juin 2016. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, et Donald Tusk, son homologue à la tête du Conseil européen (la réunion des Etats membres), féliciteraient probablement a minima Mme Le Pen, comme ils le font pour tout dirigeant européen fraîchement élu.

Puis, si Mme Le Pen commençait par ne plus appliquer la directive travailleurs détachés ou par instaurer des formes de préférence nationale en contradiction avec les principes de non-discrimination et de libre circulation des travailleurs européens dans l’Union, la Commission agirait selon ses réflexes habituels. Elle lancerait des procédures d’infraction après avoir constaté la violation effective des lois européennes. Idem si Mme Le Pen tentait de rétablir le contrôle aux frontières hexagonales, sans que cette fermeture soit justifiée par des menaces pour l’ordre public ou la sécurité.

En parallèle, s’engagerait probablement cette négociation promise entre Paris et le reste de ses partenaires. Pour ce qui est d’affaiblir les pouvoirs de la Commission ou de revenir sur le « code frontières Schengen », Paris trouverait peut-être quelques alliés, les gouvernements polonais ou hongrois entrés ouvertement en guerre contre « Bruxelles », après que la Commission a lancé contre le premier une procédure pour violation de l’Etat de droit et que Budapest refuse avec obstination d’accepter des quotas de réfugiés.

Mais laisser la France s’affranchir d’à peu près toutes les règles communes, à commencer par celle, fondamentale, de la primauté du droit de l’UE sur le droit national ? Qui autour de la table accepterait de telles concessions ? Probablement même pas Varsovie et Budapest qui n’ont jamais prôné la sortie de l’UE, et sont très attachés au marché commun et à la liberté de circulation des personnes.

La négociation engagée entre David Cameron et ses 27 partenaires, fin 2015, est à ce titre très éclairante. L’ancien premier ministre britannique voulait arracher un accord lui permettant de contrôler l’immigration intra-européenne dans son pays, en contradiction avec les règles du marché intérieur. En février, malgré les bonnes volontés, il n’a obtenu que des concessions minimales, dont il n’a pas réussi à se prévaloir durant sa campagne référendaire.

Les Etats membres auraient-ils davantage de raison de céder face à la France ? Probablement pas. Au contraire : « Je pense qu’il y aurait la formation d’un cordon sanitaire autour de l’Hexagone pour sauver ce qui peut l’être de l’UE, estime le belge Philippe Lamberts, chef de file des Verts au Parlement européen, ce qui conduirait à la constitution d’un noyau dur autour de l’Allemagne et au retour de la zone deutschemark. »

Et si Marine Le Pen présidente perdait son référendum, à l’issue d’une négociation délétère et peu fructueuse avec Bruxelles ? « Si les Français voulaient rester dans cette prison, que voulez-vous qu’elle fasse ? », a reconnu M. Philippot sur France Inter. Mme Le Pen se retrouverait à Bruxelles à la tête d’un pays isolé, une sorte de poids mort européen rendant irréaliste la pourtant nécessaire relance de l’Union à 27.

Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)

  • 2 – MORATOIRE SUR L’IMMIGRATION LÉGALE : le regroupement familial dans le viseur

Les données sur l’immigration seraient « le secret le mieux gardé de l’Etat », selon Marine Le Pen. Si la candidate frontiste s’installe à l’Elysée, elle promet donc un « moratoire sur l’immigration légale » qui se traduirait par un arrêt de la délivrance des visas long séjour, le temps d’établir un état des lieux de la supposée « véritable submersion migratoire ».

Cette mesure, qui ne figurait pas dans la liste initiale de ses 144 propositions, est apparue peu avant le premier tour, lors du meeting au Zénith à Paris, le 17 avril. La remise à plat qui pourrait sortir de cet arrêt devrait surtout permettre de rappeler les données que la Direction générale des étrangers en France (DGEF) rend publiques chaque mois de janvier et complète en juillet.

Les chiffres français sur le sujet s’inscrivent en effet dans le cadre très réglementé du code de la statistique européenne. Dans ces tableaux relativement fournis, il manque juste le solde migratoire – soit la différence entre les entrées et les sorties de migrants, calculées hors les expatriations et les retours de Français. Les chercheurs s’accordent à l’estimer entre 100 000 et 150 000, mais la donnée estampillée Insee fait défaut.

Pour le reste, la DGEF a révélé le 16 janvier que 227 550 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2016, dans 88 010 cas pour raison familiale, dans 32 285 pour cause humanitaire (asile essentiellement) dans 22 575 pour raisons professionnelles. S’y ajoute le cas particulier des 70 250 autorisations de séjour données à des étudiants, que Mme Le Pen ne souhaite pas intégrer à son moratoire, mais qui pourraient renoncer d’eux-mêmes à la France, dans ce contexte de chasse à l’étranger.

Dossier compliqué

Cette mise en scène du moratoire a donc d’abord vocation à frapper les esprits ; à montrer qu’il est possible de stopper les arrivées, fût-ce temporairement. Mme Le Pen copie là le président américain, Donald Trump, qui, au lendemain de son arrivée à la Maison Blanche, a interdit l’entrée des ressortissants de sept nationalités, créant le chaos dans les aéroports. Pour éviter la même situation, elle souhaite donc exclure les visas court séjour.

Ce qui permet au passage à l’historien Patrick Weil de rappeler que « la seule invasion étrangère que connaisse notre pays, c’est bien celle des touristes, avec plus de 80 millions d’entrées annuelles ». Cette « invasion » pourvoyeuse d’emplois et de devises ne devrait donc pas connaître de pause en cas de régime frontiste, même si les visas court séjour représentent aujourd’hui la principale voie d’installation en France. Mais la candidate n’aborde pas ce dossier compliqué, préférant se focaliser sur l’immigration familiale, puisqu’elle a précisé dans la foulée de l’annonce de son moratoire qu’il concernerait « avant tout le regroupement familial, qui aurait été “considérable” ».

Or, ce « regroupement familial » stricto sensu ne représente que 13,6 % des 88 010 visas familiaux délivrés en 2016. Il concerne bon an mal an quelque 12 000 conjoints ou enfants mineurs rejoignant un immigré régulier – non Français – installé en France depuis plus de dix-huit mois, gagnant sa vie et bien logé. S’attaquer à ce groupe ne per­mettra pas à Mme Le Pen de réa­liser sa mesure phare de « par­venir à un solde migratoire annuel de 10 000 contre environ 140 000 actuellement ». Mettre fin au regroupement ne ferait que 12 000 installations en moins.

Droit des immigrés

Dans ces 88 010, il y a aussi près de 50 000 personnes qui viennent rejoindre un conjoint français. Or, comme le rappelle le démographe François Héran dans son ouvrage Avec l’immigration (La découverte, 300 p., 21 euros), deux catégories de pays seulement ont interdit à ce jour cette vie en famille : le bloc communiste avant la chute du Mur et les pays du Golfe aujourd’hui.

Dans son histoire récente, la France a d’ailleurs déjà connu un moratoire. C’était au lendemain de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Le 5 juillet, sur proposition d’André Postel-Vinay, secrétaire d’Etat aux travailleurs immigrés, le gouvernement a suspendu l’immigration des travailleurs et des familles (sauf les ressortissants de la Communauté européenne). L’immigration des travailleurs est restée suspendue jusqu’en 1977, et celle des familles a été à nouveau autorisée en 1975.

Les règlements européens qui garantissent le droit des immigrés à vivre en famille, la Convention internationale des droits de l’enfant et la mobilisation d’associations telles que le Gisti ont en effet empêché à l’époque de mettre fin à l’immigration familiale extra-européenne. Il reste de cette époque l’arrêt du Conseil d’Etat du 8 décembre 1978 qui consacre le droit, pour les étrangers, de mener une vie familiale normale… Un texte qui pourrait bien ressurgir et entraîner le Conseil d’Etat à casser ce moratoire, même si Mme Le Pen l’envisage pour « quelques semaines » seulement.

Maryline Baumard

  • 3 – REMISE EN CAUSE DE L’ESPACE SCHENGEN ET CONTRÔLES AUX FRONTIÈRES : des effets rapides et coûteux pour l’économie

Présentée par Marine Le Pen comme un remède à l’immigration clandestine et un outil dans la lutte contre le terrorisme, le rétablissement « immédiat » des contrôles aux frontières et la remise en cause de l’espace européen sans passeport de Schengen auraient des effets rapides et très nets pour les citoyens français et l’économie nationale. Mais aussi pour les voisins de la France. Schengen est une composante essentielle de la libre circulation dans l’Union européenne (UE), et son abandon aurait donc de lourdes conséquences, tant économiques que politiques.

Premier impératif : les pouvoirs publics devraient reconstruire des équipements nécessaires, embaucher et rémunérer les personnels adéquats. En divers endroits du réseau routier, les postes-frontières ont été abandonnés, puis finalement démantelés, et les voiries ont été réaménagées. Il faudrait procéder à des reconstructions dont le coût budgétaire n’a pas été estimé. Et pas seulement sur les autoroutes : des contrôles aux points d’accès principaux entraîneraient un déplacement du trafic vers des centaines d’entrées secondaires pour ceux qui voudraient gagner du temps… ou tenter d’échapper à la surveillance des douaniers.

Une restauration des contrôles aurait, par ailleurs, des conséquences très tangibles pour trois catégories de personnes : les touristes – des pays voisins ou hors UE –, les travailleurs frontaliers et les transporteurs routiers.

Une étude publiée début 2016 par France Stratégie, organisme de réflexion et d’évaluation des politiques publiques, estimait entre 1 et 2 milliards d’euros le coût global direct de la mesure, en fonction de l’intensité des contrôles. La moitié de ce coût s’expliquerait par une baisse de la fréquentation touristique, quelque 40 % par l’impact sur les travailleurs frontaliers et une dizaine de pour-cent par les freins à l’acheminement des marchandises.

Files récurrentes

Des contrôles permanents auraient des effets à plus long terme. Une généralisation équivaudrait à une taxe de 3 % sur le commerce entre les pays de la zone Schengen, et ce commerce diminuerait de 10 % à 20 %, sous l’effet des nouvelles contraintes. D’où une perte d’environ 13 milliards à l’horizon 2025.

Les investissements étrangers diminueraient également, de manière quasi automatique. Une étude du Center for Research and Analysis of Migration, du University College de Londres, confirme que les flux financiers – par exemple, les prêts bancaires internationaux – baissent quand les mouvements des personnes se réduisent. Ils dépendent, en effet, de la distance, de la langue, mais aussi de la migration. Les conséquences sur le produit intérieur sont toutefois difficiles à quantifier, indiquent les chercheurs.

L’estimation du coût de la décision française pour les autres membres de l’espace Schengen – il regroupe, outre la France, vingt et un Etats de l’UE ainsi que la Suisse, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein – semble plus facile à établir. Il atteindrait quelque 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone, soit plus de 100 milliards d’euros. L’évaluation a été réalisée par le CEPII, centre de recherche français sur l’économie internationale.

Si la France s’engageait quand même dans l’abandon des règles de Schengen avant, comme l’envisage Mme Le Pen, de négocier la sortie de l’Union, ses actuels partenaires exigeraient plus que probablement qu’elle règle une partie de cette faramineuse addition. Comme le Royaume-Uni est aujourd’hui invité à payer son désengagement des politiques communautaires auxquelles il a souscrit.

Pour beaucoup de Français, la fin de la liberté de circulation aurait cependant un effet plus rapide. Les files aux frontières s’allongeraient, comme on a pu le voir fin 2015 quand le rétablissement temporaire des contrôles, pour cause d’état d’urgence, a provoqué de gros embouteillages sur l’A9, à la frontière avec l’Espagne, ou sur les points de passage vers la Belgique ou le Luxembourg.

Pour les 350 000 travailleurs frontaliers, les trajets quotidiens s’allongeraient considérablement et, à terme, les opportunités d’emploi se réduiraient. Selon France Stratégie, de 5 000 à 10 000 d’entre eux finiraient par renoncer, d’où une perte de 150 à 300 millions d’euros pour l’économie française.

L’industrie du tourisme souffrirait également. Quelque 86 millions de touristes se rendent chaque année dans l’Hexagone – 122 millions si l’on totalise ceux qui n’y passent pas au moins une nuit. Des files récurrentes aux frontières en décourageraient une bonne partie, et les extra-Européens, qui peuvent, grâce au visa Schengen, visiter toute la zone, renonceraient à venir. Ils seraient en effet contraints de déposer plusieurs demandes de visa. Globalement, la France pourrait y perdre entre 0,5 et 1 milliard d’euros.

Enfin, l’impact sur les flux de marchandises serait évident : des contrôles renforcés pénaliseraient tant les exportations que les importations, et les attentes pour les transporteurs (dont le coût est évalué à quelque 120 millions) seraient finalement répercutées sur le consommateur.

Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

  • 4 – EXPULSION DES FICHÉS « S » ÉTRANGERS : une formule choc à l’application très compliquée

Parmi les toutes premières mesures que Marine Le Pen a annoncé vouloir mettre en œuvre dans les deux mois suivant son éventuelle arrivée au pouvoir figure une proposition dont elle a fait l’un des marqueurs de sa campagne : l’expulsion de tous les fichés « S » étrangers. Alors que la menace sécuritaire demeure importante en France, et que la lutte contre le terrorisme est l’une des principales préoccupations des Français, cette formule choc a le mérite apparent de la simplicité. En pratique, la question est toutefois nettement plus compliquée.

En premier lieu, il faut rappeler que la fiche « S » – qui concerne plusieurs milliers d’individus – est un outil de suivi discret des individus jugés dangereux, particulièrement quand ils ne sont pas incarcérés. La fiche « S » est notamment faite pour « sonner » lors d’éventuels contrôles d’identité, aux frontières ou sur la route, et toujours à l’insu des intéressés. Si tous les fichés « S » se voient notifier du jour au lendemain des décisions d’expulsion comme le souhaite Mme Le Pen, ils seront immédiatement avertis qu’ils font probablement l’objet d’une surveillance, et entreront encore plus dans une logique de dissimulation.

Rien de complètement nouveau, néanmoins, dans la proposition de Mme Le Pen. Les autorités françaises procèdent déjà régulièrement à des éloignements de fichés « S » étrangers ou de personnes étrangères jugées dangereuses, même sans fiche « S ». Qu’ils fassent ou non l’objet d’une condamnation pour des faits de terrorisme. Le droit français le permet. Rien qu’en 2016, 2 388 personnes étrangères ont ainsi été expulsées du territoire français à l’issue d’une peine de prison. De même, depuis mai 2012, 117 mesures d’expulsion ont été prises à l’encontre d’individus liés au terrorisme ou à l’islamisme « radical ».

La plupart des fichés « S » – environ les trois quarts – ont cependant la nationalité française… Impossible donc de les éloigner du territoire en raison de l’état actuel du droit et surtout des engagements internationaux de la France, pas seulement européens.

Mme Le Pen prévoit par ailleurs, dit-elle, de déchoir de leur nationalité les éventuels binationaux « convaincus de liens avec le djihadisme » et de les interdire de territoire français.

Plusieurs problèmes majeurs à cela toutefois. Pour déchoir de leur nationalité française tous les binationaux – y compris donc les binationaux « de naissance », et pas seulement « par acquisition » comme c’est déjà possible aujourd’hui – Mme Le Pen devra procéder à une révision de la Constitution. Par référendum ou par une majorité des trois cinquièmes des deux Chambres du Parlement réunies en Congrès. Loin d’être gagné.

« Prisonnier de guerre »

Le président de la République François Hollande a renoncé, le 30 mars 2016. Mme Le Pen pourrait sinon utiliser la voie législative, mais elle se ferait sans doute censurer par le Conseil constitutionnel. Or, pour les binationaux, s’il n’y a pas de déchéance de nationalité, il ne peut y avoir d’interdiction du territoire. Impossible.

Mme Le Pen a une proposition étonnante pour contourner ces difficultés. Faute de pouvoir expulser les fichés « S », elle dit vouloir s’appuyer sur l’article 411-4 du code pénal. Un article qui permet de condamner à trente ans de détention criminelle et à 450 000 euros d’amende des individus accusés d’« intelligence avec l’ennemi » mais qui ne prévoit absolument pas la déchéance de nationalité…

Si l’article 411-4 était néanmoins utilisé, ne serait-ce que pour condamner purement et simplement des individus suspectés de sympathies djihadistes, il ferait mécaniquement tomber toute la chaîne pénale en place qui juge actuellement les djihadistes et leurs réseaux. Il signifierait implicitement la reconnaissance de l’organisation Etat islamique (EI) comme un Etat, et obligerait à reconnaître le statut de « prisonnier de guerre » à ses anciens combattants.

Dans la foulée de cette décision, Mme Le Pen précise qu’elle abrogerait les lois Dati (2007-2008) et Taubira (2014) pour « mettre fin au laxisme judiciaire ». Si la loi Taubira a effectivement mis fin aux peines planchers, difficile toutefois de considérer comme « laxistes » les deux autres textes. Compliqué aussi de faire un procès en « laxisme » au gouvernement sortant, particulièrement en matière de terrorisme.

Pas moins de quatre textes (décembre 2012, novembre 2014, juin 2016 et juillet 2016), sont venus renforcer les peines (la période de sûreté notamment), créer de nouveaux délits (apologie du terrorisme, consultation habituelle des sites Internet) et une nouvelle infraction (l’entreprise individuelle terroriste). Un durcissement qui concerne également les conditions d’obtention d’une libération conditionnelle, de réduction de peine, ou les alternatives à la détention.

Elise Vincent

  • 5 – RÉFORME FISCALE : une mesure favorable aux revenus les plus élevés

La mesure phare de Marine Le Pen en matière fiscale, dont elle annonce qu’elle serait mise en œuvre immédiatement après son accession au pouvoir, consiste à « baisser de 10 % l’impôt sur le revenu sur les trois premières tranches ». Par conséquent, jusqu’à 9 710 euros de revenu imposable, pas de changement, puisque cette tranche est imposée à 0 %. De 9 710 euros à 26 818 euros de revenu imposable, le taux d’imposition passe de 14 % à 12,6 %. Et de 26 818 euros à 71 898 euros, le taux d’imposition passe de 30 % à 27 %. Au-delà, pas de changement. Rappelons que, sur les 37,7 millions de contribuables, seuls 16,3 millions sont imposés sur le revenu. Par conséquent, la mesure fiscale de Mme Le Pen, qui se présente comme la « candidate du peuple », n’aura, pour les foyers les plus modestes, aucune incidence.

Prenons un exemple concret. Quelle sera la réduction d’impôt pour un couple avec deux enfants à charge déclarant 60 000 euros de salaires annuels (environ deux smic chacun), soit 54 000 euros de salaires imposables après déduction des 10 %, et 18 000 euros après application du quotient familial (trois parts) ? Il entre dans la tranche du taux marginal d’imposition à 14 %. De 0 à 9 710 euros, ses revenus ne sont pas imposés. De 9 710 à 18 000 euros, ils le sont à 14 %. Soit : 18 000 – 9 710 = 8 290 x 14 % = 1 160 euros pour une part de quotient, multipliée par trois parts, ce qui donne un impôt brut de 3 480 euros. Avec une réduction de la tranche 14 % à 12,6 %, le montant brut acquitté par ce couple sera de 3 132 euros, soit un gain annuel de 348 euros, 29 euros par mois.

La candidate des cadres supérieurs

Pour un même couple déclarant 240 000 euros de salaires annuels, quatre fois plus, le gain sera de 3 159 euros, soit environ 263 euros par mois. La mesure fiscale proposée par la candidate du FN a donc pour effet principal de favoriser les revenus les plus aisés. Sur le plan fiscal, au moins, Mme Le Pen est la candidate des cadres supérieurs.

Pour l’économiste Jean-Marc Daniel, spécialiste de la fiscalité, qui vient de publier Les Impôts, histoire d’une folie française (Taillandier, 18,90 €, 224 p.), « tous ces bricolages sur la fiscalité sont à côté de la plaque ». « Sur le plan démagogique, je comprends que le Front national veuille s’adresser aux classes moyennes, ajoute-t-il. En réalité, cette mesure ne fera que compenser la hausse des taxes à l’importation et, l’impôt sur le revenu est tellement concentré que le concentrer encore plus est le plus sûr moyen de le rendre encore plus impopulaire ».

Le plus frappant dans cette mesure phare de la candidate d’extrême droite, qui se revendique « antisystème », est qu’elle s’inscrit dans la continuité de ce qui a été mis en œuvre par les précédents gouvernements, particulièrement durant le dernier quinquennat. Elle focalise en effet le débat sur l’impôt sur le revenu, alors que celui-ci ne représente qu’un peu moins de 75 milliards d’euros de recettes fiscales, acquittées par moins de la moitié des contribuables. Alors que le produit de la CSG et de la TVA, auxquelles sont soumis tous les citoyens, représente respectivement 90 milliards et 150 milliards d’euros.

Patrick Roger

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Les cinq mesures prioritaires d’Emmanuel Macron s’il accède à l’Elysée Le Monde

« Le Monde » a analysé les premières dispositions que le candidat d’En marche ! prendrait dans la foulée du second tour de l’élection présidentielle du 7 mai.

LE MONDE | 03.05.2017 à 06h38 • Mis à jour le 03.05.2017 à 14h48 | Par Aurélie Collas, Audrey Tonnelier, Marc Semo, Bertrand Bissuel, Patrick Roger et Sarah Belouezzane

S’il accède à la présidence de la République le 7 mai, Emmanuel Macron lancera la mise en œuvre de son programme la semaine suivante, après son investiture. Décryptage des dispositions que le candidat d’En marche ! juge prioritaires une fois à l’Elysée.

  • 1 – RÉFORME DU CODE DU TRAVAIL : le choix risqué de légiférer par ordonnances

Emmanuel Macron n’a visiblement pas été impressionné par les longues semaines de mobilisation, en 2016, contre la loi El Khomri. La preuve : s’il est élu président de la République, il lancera, durant les premières semaines de son mandat, une refonte du code du travail en légiférant par ordonnances. Ce qui revient à engager au bulldozer un chantier en terrain miné. Car la méthode retenue, comme le contenu des innovations qu’il défend, heurtent les syndicats et risquent fort de déclencher des conflits, tout aussi – voire plus – intenses que ceux suscités par le texte que l’actuelle ministre de l’emploi avait porté il y a un an.

M. Macron a annoncé la couleur le 9 avril, dans un entretien au Journal du dimanche (JDD) : il présentera, « dès l’été, un projet de loi d’habilitation » qui permettra au gouvernement de préparer des ordonnances destinées à « simplifier le droit du travail ». Soucieux « de procéder de manière rapide et efficace », son objectif est « de donner plus de place à l’accord majoritaire d’entreprise ou de branche ». Il souhaite aussi plafonner les indemnités octroyées par les conseils de prud’hommes « en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse » – disposition inscrite dans « sa » loi, adoptée en 2015 avant d’être retoquée par le Conseil constitutionnel.

Deux jours après l’entretien au JDD, il a indiqué qu’une « concertation accélérée » avec le patronat et les syndicats aura lieu « en début de quinquennat ». Précision visant à corriger l’impression qu’il serait prêt à déclarer une « guerre sociale éclair », selon la formule du candidat de La France insoumise éliminé au premier tour, Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier l’a d’ailleurs exhorté à ne pas toucher au code du travail. M. Macron lui a opposé une fin de non-recevoir, lundi 1er mai, lors d’un meeting à Paris.

Quels sont les changements prévus dans les ordonnances ? Difficile à dire, en dehors de ceux déjà évoqués dans Le JDD. « Les éléments qu’on voudrait faire apparaître ne sont pas encore arbitrés », assure-t-on dans l’entourage de M. Macron. En réalité, le prétendant à l’Elysée tient à ne pas tout dévoiler dès à présent afin de montrer qu’il prendra en compte l’avis des organisations de salariés et d’employeurs.

Plusieurs choses paraissent toutefois acquises. L’extension de l’assurance-chômage aux indépendants et aux salariés démissionnaires, promise par l’ancien ministre de l’économie, sera mise en place un peu plus tard, par le biais d’autres véhicules législatifs. Idem pour le plan de formation des demandeurs d’emplois. Quant à la durée légale du travail, elle restera inchangée – au moins dans un premier temps.

En revanche, l’adversaire de Marine Le Pen a l’intention d’accorder, très vite, plus de latitude aux employeurs pour faire varier « la durée effective du travail » – c’est-à-dire le nombre d’heures réellement effectuées par les salariés – de manière à tenir compte des besoins des entreprises. Plusieurs textes (dont la loi El Khomri) le permettent déjà mais l’ancien locataire de Bercy entend aller plus loin. Les ordonnances intégreront un autre engagement de campagne : la fusion des « IRP » – les instances représentatives du personnel (comité d’entreprise, etc.).

Le fait de vouloir agir promptement est, sans surprise, salué, du côté du patronat. « Nous sommes plutôt en phase avec cette orientation, confie un proche de Pierre Gattaz, le président du Medef. La simplification du code du travail va dans le bon sens et nous pensons qu’il faut la mettre en œuvre rapidement. Le recours aux ordonnances n’a rien de scandaleux, mais il faudra être vigilant sur les détails des textes qui seront rédigés. » « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles », renchérit François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), qui approuve plusieurs des modifications promues par le leader d’En marche ! (plafonnement des indemnités prud’homales, rapprochement des IRP…).

Subsiste une interrogation, de nature juridique. Pour toute réforme portant sur le monde du travail, un gouvernement est tenu d’organiser avec les partenaires sociaux une « concertation préalable », qui débouche, le cas échéant, sur une négociation interprofessionnelle. Toutefois, cette obligation tombe s’il y a « urgence ». Sommes-nous dans ce cas de figure, en l’espèce ? « Je ne vois guère comment on pourrait soutenir qu’une “urgence” dispense l’exécutif de suivre cette procédure de dialogue social », estime Antoine Jeammaud, ancien professeur de droit à l’université Lumière-Lyon-II. Enseignant à l’université Paris-Ouest-Nanterre, Cyril Wolmark est d’un avis contraire : « Il est tout à fait possible de modifier le droit du travail par ordonnances. »

Reste à savoir comment les syndicats réagiront. « Un problème de méthode se pose, affirme Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe de la CFDT. Ces ordonnances interviennent dans le champ de la négociation des partenaires sociaux. Si l’on comprend bien sûr qu’Emmanuel Macron veuille agir en vertu de la légitimité conférée par le suffrage universel, il ne peut pas non plus faire l’économie d’une concertation. »

Membre du bureau confédéral de la CGT, Fabrice Angei est encore plus catégorique : « Les ordonnances constituent un passage en force. C’est du même acabit que la loi El Khomri, qui fut adoptée avec l’aide du 49-3. Les leçons de l’an passé n’ont pas été tirées. » Pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, « Emmanuel Macron aura une lourde responsabilité, s’il est élu et s’il a la majorité à l’Assemblée, car l’extrême droite est aux marches du pouvoir ». « Il faudra qu’il sache rassembler largement, sur le plan politique et sur le plan social, poursuit-il. Cela suppose qu’il ne soit pas clivant. »

On n’en prend pas le chemin si le projet initial est maintenu. L’encadrement des dédommagements prononcés par les prud’hommes est un casus belli pour les syndicats. Quant à l’idée de privilégier les négociations à l’échelle de l’entreprise, ou à défaut l’accord conclu au niveau de la branche, elle incommode la CGT et FO. M. Macron ambitionne de renforcer les partenaires sociaux et la formation des représentants des salariés, rappelle M. Jeammaud, mais ces belles paroles « pèseraient peu face à des parodies de “dialogue” sur la réforme structurelle du droit des relations du travail ».

Sarah Belouezzane et Bertrand Bissuel

  • 2- MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE : des dispositions qui restent à préciser

Parmi les premières mesures législatives qu’Emmanuel Macron entend mettre en œuvre une fois élu, une loi de moralisation de la vie publique. Le contexte dans lequel s’est déroulée la campagne présidentielle aura puissamment pesé pour mettre ce thème sur le devant de la scène. Le candidat d’En marche ! a évidemment profité des affaires dans lesquelles sont empêtrés François Fillon et Marine Le Pen – la candidate d’extrême droite étant impliquée dans pas moins de six dossiers judiciaires – pour porter le fer.

En outre, cette volonté de moralisation et de lutte contre les conflits d’intérêts constitue la clé de voûte de son alliance avec le centriste François Bayrou. Avant que les deux hommes ne scellent leur accord, le président du MoDem avait à plusieurs reprises émis des réserves sur les liens qui pouvaient rattacher l’ancien banquier au monde de la finance. Il souhaitait obtenir des garanties sur ce plan. Il se dit aujourd’hui « pleinement rassuré ».

En présentant son programme, début mars, M. Macron a levé quelques pans du voile sur ce que contiendrait cette loi de moralisation. La première proposition fait directement écho aux soupçons d’emploi fictif de membres de sa famille qui valent à M. Fillon d’être mis en examen. Il s’agit de l’interdiction faite aux parlementaires d’embaucher des proches ou des membres de leur famille. Une mesure simple d’apparence – elle est déjà en vigueur dans d’autres Parlements – mais qui, en réalité, mérite d’être précisée.

S’il est facile de vérifier qu’un ou une parlementaire n’emploie pas son conjoint, cela devient plus compliqué quand il s’agit de sa maîtresse ou de son amant, ce qui n’est pas un cas totalement fictif. Ou comment éviter que des élus n’embauchent les conjoints ou parents de leurs collègues ?

Serait également interdit, pour les parlementaires, l’exercice d’une profession de conseil pendant la durée de leur mandat. Là aussi, cela renvoie indirectement aux activités de conseil prodiguées par M. Fillon par le biais de la société qu’il avait créée peu avant d’être redevenu député, notamment en faveur d’AXA.

M. Macron prévoit de fiscaliser l’intégralité de la rémunération des parlementaires, y compris l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), d’un montant mensuel de 5 840 euros, destinée à faire face aux dépenses liées à l’exercice du mandat. Cela obligerait ainsi les parlementaires à justifier leurs frais en fournissant les factures. Il entend aussi mettre un terme à leur régime spécial de retraite. Au-delà de la déclaration d’intention, il reste cependant très évasif sur les modalités de réforme.

Enfin, tout candidat aux élections devra présenter un casier judiciaire de niveau B2 vierge, c’est-à-dire hors condamnations mineures et contraventions, et le nombre de mandats successifs sera limité à trois. Quant au nombre de parlementaires, il devrait être réduit d’un tiers, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, et les conditions visant à garantir la parité seront renforcées.

On notera la volonté de M. Macron de s’exprimer une fois par an devant le Parlement réuni en Congrès pour rendre compte de sa politique et en donner les grandes directives. Une sorte de « discours à la nation ». Il entend ainsi bénéficier pleinement d’un droit qu’avait introduit Nicolas Sarkozy, alors président de la République, dans la révision constitutionnelle de juillet 2008, qu’il n’a utilisé qu’une fois en 2009, tout comme son successeur François Hollande après les attentats de novembre 2015.

Concernant la lutte contre les conflits d’intérêts, les ambitions de M. Macron s’avèrent en définitive relativement modestes. Il est vrai que, avec la loi sur la transparence de la vie publique votée en 2013 après l’affaire Cahuzac et la loi contre la corruption, dite « Sapin 2 », adoptée fin 2016, la France s’est dotée d’un arsenal judiciaire parmi les plus avancés en Europe. Dans son programme, l’ancien haut fonctionnaire ne semble pas vouloir réglementer plus sévèrement certaines pratiques de « pantouflage », permettant de passer du public au privé. Peut-être parce que lui-même en a bénéficié.

Outre cette loi de moralisation, M. Macron esquisse quelques pistes de « modernisation » du travail législatif. Il juge que les procédures parlementaires sont « trop lentes » et les textes « trop complexes ». Un constat maintes fois énoncé mais les remèdes évoqués prêtent, pour le moins, à débat. Il entend ainsi limiter le nombre de mois pendant lesquels le Parlement légifère afin qu’il se consacre plus à l’évaluation et au contrôle de l’action du gouvernement.

La procédure accélérée – une seule lecture initiale par chambre – deviendrait la règle, et tout amendement écarté en commission ne pourrait être présenté de nouveau en séance. Ces dispositions, d’apparence technique, touchent en réalité à un rééquilibrage des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif. Elles méritent plus ample discussion qu’un simple alinéa au détour d’un programme.

Patrick Roger

Européen de passion et de raison, Emmanuel Macron est le seul des candidats à l’élection présidentielle à avoir mis le projet communautaire au cœur de sa stratégie. S’il est élu le 7 mai, son premier contact à l’étranger sera avec la chancelière allemande, Angela Merkel, même s’il n’exclut pas que sa première visite soit pour les troupes françaises déployées hors des frontières et notamment les quelque 3 500 militaires présents au Mali et dans le Sahel dans le cadre de l’opération « Barkhane ».

« Berlin, ce sera en tout cas très vite, dès son investiture, car il faut une impulsion franco-allemande sur l’Europe avant l’été, lorsque commencera la campagne électorale allemande, puis après le scrutin de septembre les négociations sur le nouveau gouvernement allemand », explique un des proches conseillers du candidat. Dans la bouche du candidat d’En marche ! revient sans cesse à propos de l’Europe le mot « refondation ». « Cela va au-delà d’une simple relance, précise ce conseiller. Il s’agit – sans pour autant toucher aux traités – de rendre l’Europe plus concrète et plus efficace pour les peuples en clarifiant le niveau de responsabilité entre le local, le régional, le national et le communautaire. »

Le projet est ambitieux et M. Macron reste plus convaincu que jamais du caractère prioritaire de la relation avec l’Allemagne. « Je ne suis pas face à Berlin, je suis avec Berlin », précisait-il le 27 avril, sur le plateau de TF1, en réponse à une question de la correspondante de CNN en France Melissa Bell, tout en reconnaissant : « Nous avons des différences et nous aurons des désaccords. » Mais le candidat veut imposer « une feuille de route cohérente pour rétablir une confiance entre l’Allemagne et la France qui s’est fragilisée depuis le début des années 2000 ».

M. Macron avait souvent rencontré la chancelière allemande alors qu’il était secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de l’économie. « Il était même dans l’avion de François Hollande frappé par la foudre alors qu’il se rendait à Berlin juste après son investiture », rappelle un de ses proches. Candidat à la présidentielle, il s’était rendu à Berlin en janvier sans voir Mme Merkel. Mais il a été reçu et a pu s’entretenir avec elle le 16 mars. La chancelière souhaite sa victoire et a assuré, le 28 avril, qu’il sera « un président fort ».

« La relation franco-allemande s’est trop souvent résumée ces dernières années à une liste de reproches mutuels ; il est urgent de mettre en avant des objectifs communs aussi bien en matière de sécurité, de défense que d’investissements mais aussi d’écouter la colère des peuples de l’Union », explique l’eurodéputée Sylvie Goulard (MoDem), l’un des piliers de l’équipe européenne de M. Macron animée par Clément Beaune, qui était à ses côtés à Bercy. On y rappelle sans cesse qu’« il faut montrer à Berlin que l’on est sérieux ». D’où l’insistance sur les réformes à mener tambour battant dès les premières semaines du quinquennat, notamment celle du code du travail afin de décentraliser le dialogue social.

Refaire de la zone euro une « zone monétaire optimale » avec une meilleure gouvernance implique aussi pour Paris de respecter les règles budgétaires. En échange, M. Macron entend obtenir la création d’un budget de la zone euro et d’un ministre de l’économie commun. Dans l’immédiat, afin d’envoyer un signal aux électeurs français, il veut lutter contre le dumping social au sein de l’Union européenne en imposant notamment la refonte de la directive sur les travailleurs détachés – bloquée par Varsovie et d’autres capitales des ex-pays de l’Est – et un socle de droits sociaux.

« Emmanuel Macron est conscient des espoirs suscités à Berlin comme dans nombre d’autres capitales de l’Union. S’il est élu, cela lui permettra de créer un rapport de force pour faire passer ses idées sur l’Europe », note un diplomate. La sécurité est l’un de ses objectifs principaux avec notamment sa proposition de renforcer l’agence européenne Frontex en créant un corps de 5 000 gardes-frontières.

L’autre enjeu-clé est la défense, alors même que M. Macron, s’il est élu, assistera le 25 mai à Bruxelles au sommet de l’OTAN où le président américain Donald Trump fera sa première sortie hors des Etats-Unis. L’un et l’autre se rendront ensuite au sommet du G7 en Sicile. Au-delà de futurs projets industriels européens communs en matière de défense, il insiste sur la nécessité d’une meilleure coopération opérationnelle appelant notamment à la création d’un « conseil de sécurité européen » qui regrouperait les responsables politiques mais aussi militaires des pays de l’Union souhaitant s’y joindre.

Cela est encore lointain et plutôt flou. « Il s’agit d’éviter le doublon avec les structures de l’OTAN, relève un des conseillers de M. Macron. Mais il est aussi nécessaire de marquer une autonomie diplomatique et stratégique de l’Union. » Avant le sommet de l’Alliance, il compte bien rencontrer les dirigeants des institutions européennes, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Marc Sémo

  • 4 – SIMPLIFICATION DE LA VIE DES ENTREPRISES : faciliter le travail des petits patrons

Pour le candidat Emmanuel Macron, la relance de la croissance et de l’emploi passe par les entreprises. C’est donc tout naturellement qu’en tant que président, il ferait de la « simplification » des obligations administratives pesant sur les entreprises un volet prioritaire. « Fin mai ou début juin, un projet de loi d’habilitation permettra au gouvernement d’agir par ordonnances pour mettre en place le droit à l’erreur », indiquait le fondateur d’En marche ! au Journal du dimanche, le 9 avril.

De quoi s’agit-il ? « Il reviendra à l’administration de prouver que l’erreur a été commise intentionnellement, ou que la personne est de mauvaise foi, sauf en matière pénale, ou lorsqu’elle engage la santé ou la sécurité d’autrui », précise son programme. Un changement d’état d’esprit réclamé de longue date par les organisations patronales, notamment celles qui représentent les TPE-PME, plus vulnérables aux complexités juridiques et administratives, qui leur coûtent du temps et de l’argent.

« C’est une mesure de bon sens ! Aujourd’hui, la forme prime sur le fond. Si vous envoyez une lettre de licenciement avec une erreur de forme, elle peut être invalidée ; si vous postez un courrier un jour trop tard, vous avez des pénalités », explique François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME, ex-CGPME). « Selon les départements et les Direccte [directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi], les règles ne sont pas les mêmes pour tous, abonde Thibault Lanxade, vice-président du Medef. Certains contrôleurs font preuve de compréhension, d’autres pas. »

C’est dans le même esprit que M. Macron avait évoqué, en mars, une mesure qui ne figurait initialement pas dans son programme : la « suspension » du compte personnel de prévention de la pénibilité. Ce dispositif oblige les entreprises à déclarer les salariés exposés à une dizaine de facteurs de risques, pour leur permettre notamment de partir à la retraite de façon anticipée. Mais sa mise en œuvre est décriée par les patrons, qui le considèrent comme une usine à gaz.

L’ancien ministre de l’économie a également repris l’idée, portée par la CPME, d’un référent PME dans chaque ministère, et souhaite généraliser le principe du « test PME » visant à évaluer concrètement les conséquences d’une réglementation avec des chefs d’entreprise.

Durant son quinquennat, François Hollande avait déjà fait du « choc de simplification » l’une de ses priorités personnelles. Le conseil de la simplification pour les entreprises, coprésidé à sa création par Thierry Mandon et Guillaume Poitrinal, a annoncé un peu plus de 460 mesures en cinq ans. Mais, outre un gain financier difficile à vérifier – il avait été initialement estimé à 11 milliards d’euros d’ici à 2017 –, les résultats n’ont qu’à demi convaincu les patrons. C’est le cas de la mesure stipulant qu’en l’absence de réponse de l’administration, la requête d’une entreprise était considérée comme validée. « Il y a eu près de 1 200 dérogations ! », regrette M. Asselin.

M. Macron souhaite créer « un site Internet unique [qui] donnera à chaque TPE ou PME les obligations légales et conventionnelles qu’elle doit respecter en fonction de sa situation. Les réponses fournies en ligne seront valables face à l’administration ». « Un nouveau site, pourquoi pas, mais face à une réglementation foisonnante et pas toujours lisible, cela ne sert à rien », relève M. Asselin.

S’il est élu, M. Macron compte aussi supprimer « les normes issues de la surtransposition ». Une allusion à la transposition en droit national des directives européennes. « Qu’il s’agisse des domaines financier ou agricole, les autorités françaises sont souvent plus strictes que Bruxelles. Nous sommes le trop bon élève européen », avance M. Lanxade. M. Macron souhaite enfin supprimer « une norme récente pour toute nouvelle norme votée » et, en ce qui concerne les textes fiscaux, sociaux ou touchant au droit du travail, instaurer une « règle de stabilité : quand on prend un texte dans le quinquennat, on n’y touche plus ». Des propositions en théorie de nature à plaire aux exigences de visibilité à long terme des chefs d’entreprise.

Audrey Tonnelier

  • 5 – RÉFORME DE L’ÉCOLE PRIMAIRE : douze élèves par classe dans les ZEP pour réduire l’échec scolaire

C’est une mesure qui inscrit le projet d’Emmanuel Macron à la fois dans la logique de la « priorité au primaire » – fil rouge de la politique éducative de François Hollande –, et dans le principe de « donner plus à ceux qui ont moins » – au fondement de la politique d’éducation prioritaire mise en place en 1981. Le candidat d’En marche ! souhaite limiter à 12 élèves les classes de CP et CE1 en ZEP dès la rentrée 2017. Cela reviendrait à diviser par deux la taille des classes dans ces zones, qui s’élève aujourd’hui à 24 élèves en moyenne.

Pas si simple. Principe de réalité oblige (une rentrée scolaire se prépare plusieurs mois à l’avance), la mesure ne pourrait s’appliquer d’un coup de baguette magique dans l’ensemble des 12 000 classes concernées. Elle se mettrait en place progressivement : en septembre, en CP dans les REP + (réseaux d’éducation prioritaire renforcés) et une partie des REP, par redéploiement des 5 000 postes de « plus de maîtres que de classes » créés sous l’actuelle mandature (deux enseignants en classe). « Ensuite, les recrutements seraient fléchés sur ce dispositif pour les rentrées 2018 et peut-être 2019 », précise l’entourage de M. Macron. Le prétendant à l’Elysée, qui ne prévoit pas de coupes budgétaires dans l’éducation, compte créer 5 000 postes pour mettre en place cette mesure.

Un tel dispositif peut-il permettre de lutter contre l’échec scolaire et réduire les inégalités ? Les recherches les plus récentes sur ce sujet tendent à le laisser penser. Dans un rapport paru en 2014, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) montrait que des effets positifs avaient été observés, en particulier en primaire et auprès d’élèves socialement défavorisés. « Les petites classes risquent moins de souffrir de problèmes d’indiscipline », peut-on y lire. Elles peuvent aussi permettre aux enseignants de « consacrer davantage de temps, d’attention à chaque élève ».

En France, une mesure semblable avait été expérimentée à l’initiative de Luc Ferry, ministre de l’éducation nationale de 2002 à 2004. Elle avait concerné 2 000 classes de CP, réduites à une dizaine d’élèves, dans le cadre d’un plan contre l’illettrisme. « L’inspection générale en avait dressé un bilan mitigé, rapporte Bernard Toulemonde, inspecteur général honoraire de l’éducation nationale. Le dispositif avait bien fonctionné là où il y avait des professeurs expérimentés, capables d’adapter leurs pratiques. Si le candidat couple cette mesure avec l’affectation d’enseignants en ZEP ayant au moins trois ans d’ancienneté, comme il s’y est engagé, cela peut être intéressant », estime-t-il.

Pas sûr, en revanche, que le « 12 élèves en ZEP » réponde aux revendications du SNUipp-FSU, le syndicat majoritaire. « La réduction des effectifs de classe est une urgence, et en ce sens, Emmanuel Macron n’a pas tort. Mais nous ne le percevons pas comme lui, souligne Francette Popineau, cosecrétaire générale. Nous souhaitons un abaissement général des effectifs de classe, avec un effort particulier dans les zones difficiles, et l’amplification du “plus de maîtres que de classes”, plébiscité par les enseignants. » Un dispositif qui n’a pas fait ses preuves, aux yeux de l’équipe d’En marche !, et qui serait donc voué à disparaître.

Aurélie Collas

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1er mai 1871, quand les Communardes “avaient la folie en tête“

Manifestation de Parisiennes le 3 avril 1871. Elles obtiendront entre autres l'égalité salariale - Source Les Amis de la Commune de Paris

Manifestation de Parisiennes le 3 avril 1871. Elles obtiendront entre autres l’égalité salariale – Source Les Amis de la Commune de Paris

Le 1er mai 1871 n’est pas encore journée internationale du travail, et ce jour-là, on chante déjà « Le Temps des cerises ». Trois semaines plus tard, la Commune de Paris s »achève dans un bain de sang. Cette expérience révolutionnaire française inédite, observée du monde, propose des avancées spectaculaires côté démocratie et travail, en particulier grâce aux femmes.

Elles sont ouvrières, écrivaines, institutrices, ou employées, françaises, russes, turques, polonaises ou belges… Pour la première fois, elles combattent aux côtés et à l’égal des hommes. La presse, nationale comme internationale, se déchaîne contre ces mégères, appelées aussi pétroleuses ou qualifiées de prostituées. Ces femmes, plus que leurs compagnons de lutte, font peur, sans doute parce qu’elles investissent un mouvement insurrectionnel, porteuses de leurs revendications propres.

Mai 1871. Le soleil brille sur la capitale après un hiver particulièrement rigoureux qui, conjugué au siège de la ville mené par les armées prussiennes, a épuisé les Parisien-ne-s. Les femmes, en particulier les plus pauvres, sont exténuées d’avoir couru après la nourriture en plus de leur travail. Pourtant, à St Denis aux portes de Paris, les terrasses de café sont combles, les mondaine ou demi-mondaines s’y affichent, se plaît à décrire Augustine-Malvina Blanchecotte, dans ses « Tablettes d’une femme pendant la Commune » : « A St Denis, nos ennemis fraternisent avec la population, on fume ensemble une série de pipes, on s’assied ensemble sur les mêmes brancards de légumes. Des belles se font admirer dans leur toilette. Les prussiens disent des parisiens : « pas sage ! Paris ! Pas sage ! » Et ils font de la musique là-dessus !« . C’est le premier des instantanés de ce printemps hexagonal, aveuglant comme souvent le sont les images cadrées trop serrées. Le soir, un public hystérique en frac et crinoline se pressait aux Bouffes Parisiens pour applaudir Hortense Schneider dans La Belle Hélène d’Offenbach, autre gros plan trompeur.

Elisabeth Dmitrieff devant les femmes du club Séverin - Source Les Amis de la Commune de Paris

Elisabeth Dmitrieff devant les femmes du club Séverin – Source Les Amis de la Commune de Paris

Des paroles et des actes

Intérieur jour : à quelques centaines de mètres de là, de l’Eglise Saint Séverin occupée, sur la rive gauche de la scène, jaillissent des éclats de voix. Si l’on entre dans l’édifice, la foule est si dense que l’on a du mal à apercevoir une oratrice juchée sur la chaire où habituellement se tient un prêtre. Elle parle plutôt aigu et son français est émaillé de tournures fleuries propres aux étrangers : la jeune russe Elisabeth Dmitrieff tente de convaincre ses camarades de s’organiser pour faire avancer la cause des femmes.

Voici comment la voit le correspondant du Times, le 4 mai 1871, après s’être glissé dans la foule en compagnie d’un confrère : « Personne ne fit attention à nous, chacun étant trop absorbé par le discours d’une belle jeune femme avec de longs cheveux noirs et des yeux flamboyants qui pérorait sur les droits des femmes. « Nous avons du pétrole, nous avons des haches et des cœurs forts, et nous sommes aussi capables de supporter la fatigue qu’eux. Nous défendrons les barricades et leur montrerons que nous ne voulons pas être foulées au pied par eux. Femmes de Paris, en avant ! » Elle se rassit hors d’haleine et passablement confuse, ayant eu à supporter beaucoup de railleries à propos de l’imperfection de son langage et de l’étrangeté de ses comparaisons ; mais elle paraissait très belle et aurait pu poser pour une héroïne ; cependant il y avait dans son regard quelque chose qui me faisait penser, tandis que je la regardais, que je ne désirais pas être son mari. »

Extérieur nuit : depuis les hauteurs de la ville, place Blanche précisément, à mi pente de la butte Montmartre, on voit les fumées de l’incendie de la Mairie. Une barricade interdit de grimper plus loin. Des femmes armées la défendent avec détermination, animées d’un espoir ténu, celui d’éviter la mort à la Commune – révolutionnaires et révolution confondues. Elles y sont entrées le 18 mars, en retenant les Canons à Montmartre que le gouvernement voulait faire enlever, alors que les Parisiens considéraient qu’ils étaient à eux. Elles n’avaient alors rien à perdre et tout à gagner. Elles savent qu’en laissant mourir « leur » révolution,  elles seront renvoyées à des abysses d’oppression. Et d’oubli.

La barricade de la Place Blanche, durant la semaine sanglante (19 au 28 mai 1871), à la limite des 9ème et 18ème arrondissement

La barricade de la Place Blanche, durant la semaine sanglante (19 au 28 mai 1871), à la limite des 9ème et 18ème arrondissement
Elles ont bien sûr subi la double peine propre à leur sexe : condamnées par les juges, renvoyées à leurs fourneaux et leur silence par la IIIème république naissante, pas plus encline que les autres à favoriser l’émancipation des femmes. Le Comité de vigilance des femmes de Montmartre et l’Union des femmes de Paris leur avait pourtant permis un gigantesque bond en avant : le droit d’être élue à défaut de celui de voter, celui de se constituer en coopératives ouvrières, de prétendre à des salaires égaux à ceux des hommes pour un même travail, d’obtenir des garanties pour elles-mêmes et leurs enfants quand elles vivaient en concubinage, de porter les armes… La possibilité, enfin, de prendre leur destin en main : « il y a des mères, des femmes, des enfants qui souffrent mais qui supportent cependant avec héroïsme les misères et les privations. Ces citoyennes, ces mères manquent de travail et de ressources. Mais l’assistance seule présente des dangers : elle rend à entretenir l’oisiveté et à abaisser les caractères (….). Le but de la Commune serait atteint par la création d’ateliers spéciaux pour le travail des femmes et de comptoir de vente pour l’écoulement des produits fabriqués.« 

Incendiaires vouées aux gémonies

Elles subissent aussi de plein fouet les quolibets : leurs adversaires les trainent dans la boue, accusant ces « pétroleuses » d’avoir allumé les mèches des flammes qui brûlent Paris et de se prostituer quand elles ne font pas le coup de feu ; les journalistes français mais aussi les correspondants étrangers se  gaussent, tel l’envoyé spécial de « Golos » (La voix), venu tout exprès de St Pétersbourg : « La citoyenne parisienne est une sorte de forcenée assez répandue dans la capitale de la prostitution et de la réforme bête. (…/…) Je ne sais comment procède l’union des femmes : ce contente-t-elle de recruter en son sein des volontaires ou bien, traine-t-elle ses  ‘soeurettes’ par les cheveux en remplaçant l’argument des balles par des griffures, des morsures, des crépages de chignon ou des supplices plus graves dont de telles femmes sont capables ?« 
Paru le 1er mai 2013, et publié aux Editions Le bruit des autres, Limoges, 20 euros

Paru le 1er mai 2013, et publié aux Editions Le bruit des autres, Limoges, 20 euros
Mais pire encore, la défaite accomplie, certains de leurs compagnons se détournent et trempent leur plume dans le fiel d’une misogynie théorisée par l’anarchiste Pierre-Joseph Proudhon (par ailleurs antisémite convaincu), dont la Commune se réclame en partie : « L’infériorité intellectuelle de la femme vient de la faiblesse de son cerveau, comme son infériorité physique vient de la faiblesse de ses muscles. »

Au lendemain de la semaine sanglante qui s’achève le 28 mai 1871 par des milliers d’exécutions (entre 25 000 et 35 000), de condamnations et de déportations, elles ont toute perdu. Et retournent au silence que l’histoire se charge de faire passer sur leurs batailles, leurs acquis et leur bravoure.  Elles seront bien rares à passer à la postérité : Louise Michel qui occupe encore presque tout l’espace, Elisabeth Dmitrieff, André Léo, ou Paule Minck

C’est ce manque qu’ont voulu combler Claudine Rey, Annie Gayat et Sylvie Pepino avec leur « Petit dictionnaire des femmes de la Commune », première tentative de leur redonner la parole à travers leur identité. Elles espèrent grâce à cette publication, glaner d’autres noms pour de futures rééditions, d’autres visages, tant les sources manquent dès qu’il s’agit du « deuxième sexe »

Des citoyennes à part entière

Claudine Rey, présidente d’honneur de l’association des Amis de la Commune de Paris, revient sur les nombreuses batailles et conquêtes des communardes pendant ces 73 jours de ce que l’on a appelé la première des révolutions du XXème siècle, entre le 18 mars et le 28 mai 1871.

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter @braibant1

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Ne restons pas spectateurs…

Vous trouverez ci-dessous et par un lien à la suite le texte Ne restons pas spectateurs… signé par 61 associations et ONG paru dans le Journal du Dimanche de ce 30 avril.

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Ne restons pas spectateurs…

 

DANS QUELQUES JOURS, nous élisons un(e) président(e) de la République.

Pendant cinq ans, il ou elle aura le pouvoir de changer les choses. Pour le meilleur… ou pour le pire.

A la veille de cette élection aux enjeux majeurs, nous, organisations de la société civile, souhaitons lancer un cri d’alarme pour défendre les valeurs qui nous animent et qui constituent le socle de la société dans laquelle nous voulons vivre. Ces valeurs sont celles de notre devise nationale : la liberté – de critiquer, de manifester, de penser autrement, de proposer des alternatives – ; l’égalité – bien réelle entre toutes et tous, face à l’emploi, aux aides sociales, à l’accès aux soins et au socle de droits – ; et la fraternité – c’est-à-dire la générosité et l’humanité envers tous comme le respect de notre environnement partagé.

Nombre d’entre nous, nombre d’entre vous observent avec effroi la mise à mal croissante des solidarités. Si la protection sociale assure toujours pour partie les solidarités à tou(te)s, elle ne permet plus à certains d’accéder à l’indispensable.

Beaucoup se voient bafoués, ici, de leurs droits à l’emploi, au logement, à l’éducation, à la santé… Et, plus loin, d’autres endurent la famine, la guerre, les dérèglements climatiques dans l’indifférence que nos solidarités internationales contribuent à combattre.

Notre société n’assure pas une vie digne à tou(te)s.

Nos organisations côtoient toutes celles et tous ceux qui peuvent être tentés par le découragement, la colère, l’indifférence ou l’opposition aux politiques qui n’ont pas répondu aux inégalités et à l’injustice que beaucoup ressentent. Elles constatent le foisonnement des initiatives, des propositions et alternatives que portent les citoyennes et citoyens, une citoyenneté active à laquelle elles participent pleinement.

C’est pour nous, organisations de la société civile, autant de raisons de repenser lors du prochain quinquennat nos interventions pour mieux interagir avec toutes celles et tous ceux qui ne croient plus à l’action collective et à la défense de nos idéaux. Protéger les valeurs universelles – liberté, égalité, fraternité -, c’est agir pour nos combats quotidiens, c’est choisir un modèle de société auquel le plus grand nombre aspire. C’est aussi promouvoir et accompagner la transition vers un autre modèle de développement, plus respectueux des impacts sociaux et environnementaux : un modèle de développement qui ne laisse aucune partie de la société au bord de la route.

Avec l’expérience des dernières décennies, la tentation est forte de considérer que nos combats ne se gagneront pas par le vote, qu’il n’y a pas grand-chose à attendre de ce qui sortira des urnes.

Pourtant, si le meilleur n’est pas forcément garanti, le pire reste malheureusement possible. Le pire, ce sont nos valeurs mises à sac. Le pire, c’est une remise en cause des droits qui ne seraient pas les mêmes pour tou(te)s, de la solidarité qui ne s’appliquerait pas à tout le monde et, pour garantir notre sécurité, le renoncement à nos libertés et l’affaiblissement de notre démocratie.

Nous ne pouvons pas rester spectateurs. Mobilisons-nous face à celles et ceux qui prônent le rejet de l’autre et le repli sur soi. Il y va de la défense de nos valeurs les plus universelles, un enjeu majeur de cette élection.

 

Par 61 associations et ONG

ActionAid France – Peuples Solidaires, Aides, Alofa Tuvalu, Alternatiba, Animafac, ANVCOP21, Association des paralysés de France, Attac, CCFD Terre solidaire, Centre Primo Levi, Ceras, Concordia, Coordination SUD, Crid, Emmaüs France, Étudiants et Développement, Fadear, Fédération des acteurs de la solidarité, Fédération des associations de Marocains en France, Fédération Loisirs solidarité retraités, Fondation Abbé-Pierre, Fondation Énergies pour le monde, Foodwatch, Forim, France Libertés, France Nature environnement, France Terre d’asile, Générations futures, Greenpeace France, Hôtel social 93, Jeunesse ouvrière chrétienne, L’Auberge des migrants, Cimade, Ligue de l’enseignement, La Main tendue, Les Amis de la Terre France, Ligue des droits de l’homme, LVN – Personnalistes et citoyens, Maison des potes, Médecins du monde, Miramap, Mountain Wilderness France, MRJC, Noé, OMPE, ONE, Osez le féminisme !, Oxfam France, Pas sans nous, Place to B, Planning familial, Refedd, Réseau Action climat, Réseau Civam, Secours islamique France, Sherpa, Solidarité laïque, SOS Racisme, Utopia 56, WWF, Zero Waste France.

 

http://www.lejdd.fr/politique/nous-ne-pouvons-pas-rester-spectateurs-lappel-de-61-associations-et-ong-avant-le-second-tour-3315446

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Manifs lycéennes « Ni Le Pen, ni Macron »

Quelques centaines de lycéens à Paris, un millier à Rennes, la journée du 27 avril a été marquée par des manifestations qui ont dégénéré. A Paris, une vingtaine de lycées ont été concernés selon l’académie et 4 lycées ont été bloqués. Il s’agit de lycées parisiens de centre ville , comme Voltaire. Un cortège s’est réuni entre Bastille et République.

 

Sur les manifs

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Gazette d’@rrêt sur images, n°489. Todd : « Je prends le risque. Je vais m’abstenir dans la joie. »

Gazette d’@rrêt sur images, n°489

Que s’est-il passé exactement dimanche dernier ? Et que faire dimanche prochain ? Sur les électeurs déboussolés, pleuvent les injonctions contradictoires. Votez ! Ne votez pas ! Votez blanc ! Et comme si ça ne suffisait pas, chacun ou presque se sent, au plus profond de lui-même, tiraillé. Résultat : un tumulte général, où les arguments s’entrechoquent et ses retournent de tous côtés.

Comme dans toutes les grandes occasions, une des voix libres que l’on aime à entendre est celle d’Emmanuel Todd. Mais lui comme moi, redoutions le risque d’une émission trop péremptoire. Aussi avons-nous décidé de maintenir l’émission dans l’écoute, et la bienveillance. Y sommes-nous parvenus ? Pour l’essentiel, je le crois, avec l’aide de notre second invité, Olivier Tonneau, militant Insoumis, auteur de deux textes très éclairants, le premier contre les électeurs de Macron, et…le second révélant qu’il allait malgré tout voter Macron. Todd, lui, s’abstiendra. Notre émission n’a pas pour ambition de vous dire quoi faire dimanche 7 mai, mais de vous aider à prendre votre décision. Elle est ici (1).

Daniel Schneidermann

(2)

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Front National : un programme éducatif ni fait, ni à faire

Avec moins de 10 propositions sur les 144 engagements pour la campagne présidentielle, l’éducation reste un point secondaire du Front national. C’est d’autant plus vrai que ces propositions relèvent davantage du slogan que de mesures tant elles sont peu construites voire pas du tout chiffrées. Elitiste, sélective, l’Ecole du FN limiterait l’accès du supérieur et orienterait dès la 4ème les élèves faibles leur bloquant définitivement l’accès au bac. L’Ecole que dessine le Front national est en contradiction avec les intérêts des milieux populaires qui sont la base de son électorat. C’est une bonne nouvelle ?

De Chevènement à Alain Soral

A l’origine du programme éducatif du Front national, Alain Avello, professeur de philosophie à La Roche sur Yon (85) et élu au conseil régional des Pays de la Loire. Fondateur des Comités Racines, qui regroupent des enseignants pour le Front, il fait partie du comité stratégique du FN où il a en charge l’éducation. Avec sa tête de premier communiant, son discours posé et calme, Alain Avello, pourrait ressembler à n’importe quel élu. Ce qui l’en distingue c’est son parcours. Ancien chevènementiste, A Avello est passé, d’après Le Monde, par Egalité et réconciliation, l’association d’Alain Soral, un militant antisémite. Le site Droites extrêmes, édité par plusieurs syndicats, le crédite aussi d’un passage par le Parti communautaire national européen, un groupuscule fasciste. Alain Avello affirme avoir rompu avec ces mouvements. En cas de victoire de  M Le Pen, il pourrait être le prochain ministre de l’Education nationale.

Comment rétablir l’autorité ?

« Rétablir l’autorité et le respect du maître » est sans doute la proposition que le Front national aime mettre en avant.  Pour Alain Avello, l’autorité « c’est ce qui inspire naturellement le respect » et pour que le maitre inspire le respect « il faut qu’il maitrise sa discipline ». Pour lui, « il faut mettre un terme aux rapports démagogiques entre professeurs et élèves ». Des rapports créés par les erreurs du  « pédagogisme ». C’est en mettant l’accent sur les fondamentaux, que la discipline devrait revenir dans les établissements.

Quand elle ne suffit pas, le Front envisage d’augmenter le catalogue de sanctions. Et pour les élèves perturbateurs, Alain Avello prône « l’éloignement » des élèves dans un internat. Il refuse l’idée d’établissements spécifiques, comme le souhaitait F Fillon, mais envisage un regroupement des élèves perturbateurs, assez nombreux dans le système français, dans un nombre réduit d’internat. Alors à terme ça pourrait finir par rassembler à ces fameux établissements… Une autre parade c’est l’orientation précoce, dès 14 ans, vers l’apprentissage. « On maintient en survie artificielle des élèves en série générale », nous a-t-il dit. « Les problèmes d’incivilité résultent du fait que l’Ecole s’est massifiée ».

Un autre remède pour rétablir l’autorité c’est la création d’un nouvel enseignement : l’enseignement civique et de droit. Cette mesure des Comités Racine vise à transmettre les valeurs de la République, de l’instruction civique et des éléments de droit. Il ne s’agit pas de renommer l’EMC. Mais de fonder une nouvelle discipline, à hauteur de 3 heures hebdomadaires, de l’école au lycée, dotée d’un capes particulier. A Avello y voit un autre avantage : l’ECD permettrait de supprimer l’enseignement de la philosophie en séries technologiques. Au total ce nouvel enseignement devrait  nécessiter 40 000 postes environ. Mais « ce n’est pas chiffré », explique A Avello.

Méritocratie et tri social

Deuxième mesure phare : « rétablir une véritable égalité des chances en retrouvant la voie de la méritocratie républicaine »,  et passer à une sélection au mérite en université ». De la même façon que l’autorité à l’Ecole s’appuie dans le programme du Front par une référence à Jean Zay, un ministre du Front populaire assassiné par la Milice, le Front récupère des éléments de langage républicain et se retranche derrière une citation de Paul Langevin, un scientifique proche du PCF et du GFEN à la Libération.

En fait d’égalité des chances, le FN veut limiter l’enseignement primaire aux fondamentaux et particulièrement au français qui utiliserait la moitié du temps d’école (et même 60% en CP, le calcul étant réduit d’autant). L’enseignement de langue vivante serait supprimé au primaire ainsi que les matières non fondamentales (français, maths, histoire). Les enfants entreraient au collège avec ce bagage réduit et seraient orientés en 4ème vers la fin du collège ou l’apprentissage.

L’éducation prioritaire, une dépense inutile

« L’éducation prioritaire ? c’est un des chantiers les moins travaillés », nous a dit A Avello. Il s’avère qu’au nom de l’égalité républicaine, le Front est pour la suppression de toute discrimination positive. Les établissements Rep auraient les mêmes moyens que les autres et donc l’éducation prioritaire disparaitrait. Pour A Avello, l’éducation prioritaire c’est « une dépense sans compter d’argent sans amélioration visible ». Quant à la réduction du nombre d’élèves, promise en Rep+ par l’autre candidat, « ce n’est pas une panacée ». Le FN ne semble pas plus intéressé par la mixité sociale.

A la fin du lycée, un nouveau barrage attend les élèves. Le FN instaurera une sélection d’entrée à l’université pendant au moins 3 ans de façon à relever le niveau du bac. «  »On ne peut pas donner le bac à autant de gens »…

Impréparation

La liberté pédagogique serait aussi limitée. « On imposera la méthode syllabique partout » , donne en exemple A Avello. Avant d’ajouter que « les enseignants pourront appliquer une autre méthode à la marge ». C’est bientôt ce qui leur resterait…

Alors quelle Front National est à la porte du pouvoir, que ses chances sont réelles de l’emporter, on mesure la régression pédagogique que constituerait sa gestion des affaires scolaires. Les premières victimes seraient ses électeurs des milieux populaires. On mesure aussi l’impréparation du Front pour relever les défis de l’Ecole française : lutte contre les inégalités et le décrochage, élévation du taux de diplomation. A une semaine de l’échéance, du flou demeure sur le chiffrage des principales mesures éducatives….

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Communiqué LDH : « Contre l’extrême droite, votez ! »

Ligue des droits de l’Homme
Contre l’extrême droite, votez !

Paris, le 25 avril 2017

Pour la deuxième fois de ce siècle, l’extrême droite est présente au second tour de l’élection présidentielle.

La battre relève d’une urgence démocratique. Son accession à la plus haute responsabilité de la République serait une hypothèque sur nos vies et un empêchement pour l’avenir. Sa haine remplacerait la fraternité, son pouvoir tuerait nos libertés et sa domination interdirait toute égalité.

Nous ne l’acceptons pas et nous appelons nos concitoyens à voter en conséquence.

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