Archives de la catégorie Système politique

Communiqué LDH : « En Marche », mais pas pour mettre fin à l’état d’urgence ni renoncer aux lois sécuritaires !

Communiqué Ligue des droits de l’Homme

Se plaçant dans le sillage de la politique sécuritaire des pouvoirs publics précédents, le gouvernement a approuvé en Conseil des ministres, le jeudi 22 juin 2017, deux projets de lois attentatoires aux droits et libertés. Les préfets garderont seuls jusqu’au 1er novembre leurs pouvoirs exorbitants, sans juge pour prévenir les détournements constatés, notamment contre les mouvements sociaux.

Le premier tend à la prorogation de l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre 2017 et aura pour effet de placer, pour la sixième fois, la France sous ce régime d’exception, pour une durée totale inédite de presque deux ans alors que ses conditions légales sont loin d’être réunies et que des rapports parlementaires ont démontré son inefficacité dans la lutte contre le terrorisme. La France demeurera ainsi seule, avec l’Ukraine et la Turquie, à subir ce droit d’exception, dont l’application a conduit à des abus, à des dérives et à une stigmatisation d’une partie de la population.

Le second, supposé nécessaire pour sortir de l’état d’urgence, introduit dans le Code de la sécurité intérieure, après les lois des 3 juin et 21 juillet 2016, des dispositions qui accroissent considérablement les pouvoirs de police administrative du ministre de l’Intérieur et des préfets, et qui sont inspirées, même si elles ne sont pas transposées, par l’état d’urgence (périmètre de sécurité imposant à tous des contrôles d’identité, palpations de sécurité, inspections visuelles et fouilles des bagages, visites des véhicules, mesures individuelles de surveillance à l’égard de personnes présumées suspectes de lien avec le terrorisme comportant des restrictions de libertés, perquisitions de jour et de nuit, saisies de données informatiques…).

La LDH condamne cette fuite en avant des pouvoirs publics, qui, se réfugient dans l’élaboration d’une nouvelle loi sans même avoir pris le temps de procéder à une évaluation pertinente des législations antérieures, et sans non plus s’interroger sur l’efficacité réelle de l’action des services de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Se crée ainsi un véritable droit d’exception sans cesse renforcé qui ampute, sans retour possible, les droits et libertés de chacun, au mépris de l’Etat de droit et des engagements internationaux et européens de la France.

Paris, le 23 juin 2017

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Communiqué LDH : « Législatives : La LDH en appelle à une mobilisation citoyenne forte »

Législatives : La LDH en appelle à une mobilisation citoyenne forte

Communiqué Ligue des droits de l’Homme

Malgré l’importance de l’Assemblée nationale dans l’élaboration et le vote des lois comme dans le contrôle de l’action du gouvernement, les électrices et les électeurs ont boudé les urnes comme jamais au premier tour de ce type d’élections. Moins d’un électeur sur deux s’est déplacé, marquant sa défiance envers les offres politiques qui lui étaient proposées.

De par le mode de scrutin, une coalition présidentielle prévisible est en mesure d’emporter une très large majorité, avec à peine un tiers des voix exprimées. La diversité des sensibilités serait faiblement représentée au sein de la future Assemblée et son rôle, ainsi que la qualité du débat démocratique, risquent d’en être affaiblis.

Ces résultats confirment l’urgence à revoir en profondeur le fonctionnement de notre démocratie et de nos institutions pour corriger dérives et carences, en offrant plus de place aux débats contradictoires, à l’implication et au contrôle citoyens.

C’est pourquoi la LDH appelle à une mobilisation citoyenne forte au second tour des élections législatives.

Inquiète des 2,99 millions de voix qui se sont portées sur le parti d’extrême droite de Marine Le Pen, la LDH appelle à faire barrage à tous ses candidats, aux idées de haine et d’exclusion.

Elle invite les citoyen-ne-s à apprécier leur choix à la lumière des enjeux qui engagent l’avenir :

– la promotion d’une démocratie plus forte et participative, qui associe mieux les citoyen-ne-s aux décisions qui les concernent ;

– la défense des droits et libertés, individuels et collectifs confortés, particulièrement par des droits économiques et sociaux protecteurs et facteurs d’une solidarité pour tous ;

– le refus de la stigmatisation de catégories de population et d’un Etat policier, sous couvert de lutte contre le terrorisme ;

– la réaffirmation d’un Etat de droit, où les juges contrôlent l’action de l’exécutif, refusant l’état d’urgence et l’inscription des mesures d’exception dans le droit commun.

Paris, le 12 juin 2017

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Blanquer (le Monde)

Jean-Michel Blanquer, programmé pour l’éducation

Au-delà du pragmatisme, le nouveau ministre, ennemi du  » pédagogisme « , a des idées très arrêtées sur l’école

Lire, c’est important. C’est l’une des choses les plus importantes dans la vie. Plus que de regarder la télé…  » Voilà le message que Jean-Michel Blanquer est venu porter jusque dans la classe de CP de -Madame Rémy, à l’école Albert-Camus de Creil (Oise), mardi 23  mai. C’était, six jours après sa nomination, sa première visite en tant que ministre de l’éducation nationale. Et il a choisi de la faire en zone d’éducation prioritaire, pour défendre l’une de ses mesures phares de la rentrée prochaine : les classes à 12 élèves en CP.

De lui, les enfants retiendront sans doute un  » grand monsieur  » en costume cravate gris, petites lunettes, crâne dégarni, l’air sérieux mais bienveillant, accompagné d’une nuée de caméras. Avant de les quitter, il leur a posé une question :  » Vous savez qui est Albert -Camus ? « Et eux de répondre :  » C’est nous ! C’est notre école !  »

Sans doute que lui savait déjà, à 6 ans, qui était Albert Camus. Lui qui a grandi dans le coeur de Paris, aux côtés d’une mère enseignante et d’un père avocat. Qui a fait ses premières classes au cours Saint-Louis puis à Stanislas, prestigieux établissements privés. Qui a cumulé tous les titres que le système universitaire peut dispenser : maîtrise de philosophie, DEA d’études politiques à Sciences Po, diplôme de Harvard, doctorat et agrégation de droit public.

Quand on lui demande  » qui il est  » aujourd’hui, il répond :  » un professeur « . Mais il n’est ni un instituteur ni un professeur de collège : Jean-Michel Blanquer est enseignant-chercheur. Un  » intellectuel brillant « , disent ceux qui l’ont côtoyé partout où il a pu enseigner – de la fac d’Assas en  1992 à Paris-III en  2004. Un homme d’action  » hyperactif « , pour ceux qui l’ont vu oeuvrer sur le terrain en Guyane et à Créteil, et progresser à une vitesse éclair dans la haute hiérarchie de l’éducation nationale. Un  » politique, mais pas politicien « , compagnon de route des gouvernements de droite depuis les années 2000, glissentles observateurs du microcosme scolaire.

Un esprit libéral

De fait, sa cascade d’annonces, depuis son installation Rue de Grenelle, sur les rythmes scolaires comme le collège ou le redoublement, place l’école en position d’alternance politique. L’image droitière du nouveau ministre est renforcée par les nominations au sein de son cabinet : il a fait venir un ex-conseiller de Luc Chatel, l’ancien chef de cabinet de François Baroin, une membre de l’Institut Montaigne… Jean-Michel Blanquer apparaît, en tout cas, plutôt dans le camp de ceux qui, nombreux, reprochent à la gauche d’avoir  » nivelé par le bas « le système en confondant égalité et égalitarisme. D’autant qu’il n’hésite pas à brandir le  » chiffon rouge  » du  » pédagogisme  » ; ce dernier  » doit désormais relever du monde d’hier « , a-t-il expliqué au Point.

Son nom n’était pas connu du grand public à son entrée dans le gouvernement d’Edouard Philippe. Et pourtant, à droite, il s’était imposé durant la campagne présidentielle comme  » l’homme de la situation « . La carte qu’auraient pu jouer, au ministère de l’éducation, Alain Juppé autant que François Fillon. C’est finalement la victoire d’Emmanuel Macron qui l’a hissé, à 52 ans, au poste dont il rêvait.  » Il a réussi à arriver là où il voulait -aller « , murmure-t-on dans les couloirs de l’Essec, cette grande école de commerce qu’il dirigeait depuis quatre ans.

 » Macroncompatible « , il l’est incontestablement : un esprit libéral, prônant l’autonomie des établissements, ouvert à tous types d’expérimentations. Un pragmatique revendiqué, qui a malgré tout, aux dires d’anciens collaborateurs, des idées arrêtées, y compris en matière de lutte contre l’échec scolaire.

S’il fallait trouver un moment charnière, ce serait 2004. Jean-Michel Blanquer est directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, quand l’un de ses ex-étudiants avance son nom au cabinet de François Fillon, alors ministre de l’éducation. On y cherche un recteur pour la Guyane. L’académie du bout du monde attire peu.  » Vous serez le seul recteur de France avec une pirogue de fonction « , s’entend dire M.  Blanquer. Il accepte sans hésiter. Car ce passionné d’Amérique latine a un autre centre d’intérêt : l’école.  » J’ai toujours été habité par cette question, explique-t-il au Monde, dès l’enfance, quand j’entendais ma mère raconter ses journées de classe à Argenteuil.  »

 » Bâton de pèlerin « 

En  2000, dix ans après avoir été chercheur coopérant en Colombie – pays dont il se dit  » amoureux  » -, il publie Les Défis de l’éducation en Amérique latine (Iheal). Un peu plus tôt, en  1989, il consacre son mémoire de fin d’études aux lois Savary sur l’éducation. La même année, à 25 ans, il rédige un  » Manifeste pour une nouvelle Déclaration – des droits de l’homme –  » dans lequel il plaide pour une  » éducation sans carcan « . A ses côtés, deux de ses meilleurs amis, François Baroin et Richard Senghor. L’initiative retient l’attention de toute la presse et s’invite au Parlement européen.

 » Il fallait les voir, Blanquer et Baroin, deux camarades comme il en existe dans les romans de Jules Romains, face à un hémicycle plein « , raconte Alain-Gérard Slama, professeur à Sciences Po. Les deux garçons se sont connus sur les bancs de l’école. Jean-Michel Blanquer voue une admiration au père de son meilleur ami, Michel Baroin, qui fut patron de la Fnac et de la GMF, grand maître du Grand Orient de France et ami intime de Jacques Chirac. Cinq ans après sa mort accidentelle, en  1992, il lui consacrera un livre : Michel Baroin : les secrets d’une influence (Plon). Entre Baroin et Blanquer, c’est une histoire d’amitié de quarante ans. Le chef de file du parti Les Républicains pour les législatives n’a pas caché, le 17  mai, avoir  » versé une larme  » en apprenant son entrée au gouvernement.

2004, année charnière, donc. En arrivant en Guyane, M.  Blanquer découvre une académie qui présente  » un certain nombre de traits communs avec la France de la IIIe  République « , comme il le racontera dans son livre L’Ecole de la vie (Odile Jacob) ; une académie confrontée au fléau de la déscolarisation. La Guyane, elle, découvre un recteur qui a un  » sens aigu du service public d’éducation, se remémore Alain Bravo, secrétaire départemental de la FSU à l’époque. Un des rares, sinon le seul, à avoir pris son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des populations et des enseignants dans les zones reculées « . Son projet académique,  » liberté, égalité, fraternité « , fédère, tout comme son Observatoire de la non-scolarisation. A son départ, en  2006, la FSU publiera un communiqué pour le féliciter de son action.  » Blanquer m’a dit qu’il le garderait comme une carte de visite « , se souvient M. Bravo.

Internat d’excellence

De la Guyane, il tire l’une de ses convictions : point de salut pour l’école sans autonomie des établissements.  » C’est à l’échelle d’un territoire, et a fortiori d’un établissement, que l’on peut bien analyser les problèmes et apporter des solutions « , écrit-il dans L’Ecole de la vie. Cette idée, il la décline pleinement dans l’académie de Créteil, où il est nommé recteur en mars  2007, deux mois avant l’élection à la présidence de Nicolas Sarkozy, après un bref passage au cabinet de Gilles de Robien. Créteil devient, sous son impulsion, un laboratoire d’expérimentations. Les initiatives se multiplient tous azimuts : micro-lycées pour les élèves décrocheurs, dispositif  » cours le matin, sport et culture l’après-midi « ,  » cartable en ligne « ,  » cagnotte  » pour inciter les élèves à l’assiduité,  » mallette des parents « , etc.

 » Pour lui, tout est permis, rapporte Laurent Petrynka, qui fut un proche collaborateur en Guyane et à Créteil. On n’a pas le droit de s’interdire des choses sous prétexte qu’elles sont compliquées ou risquées, du moment que c’est dans l’intérêt des élèves.  »  » C’est un partisan du bottom-up – approche ascendante – , pas du top-down – descendante –  : on lance des expérimentations, on les évalue, et si les résultats sont bons, on s’efforce de les déployer « , observe l’universitaire Pierre Mathiot, qui enseignait avec lui à Lille.

Sauf qu’à Créteil, le climat politique et syndical n’est pas aussi favorable qu’en Guyane. Sa stratégie de  » prendre tout le monde de vitesse en proposant des innovations à petite échelle, applicables immédiatement, évaluables et contagieuses « ,comme il le racontera dans ses livres, agace.  » Nous ne sommes pas des cobayes ! « , écrivent au chef de l’Etat, en  2009, les syndicalistes de la FSU et les parents de la FCPE.  » C’est quelqu’un qui faisait beaucoup d’affichage, qui aimait montrer de belles choses, sans doute un peu pour se faire repérer. La communication, c’était son truc. Reste qu’après lui, beaucoup de projets ont fait pschitt « ,témoigne Matthieu Brabant, de la CGT.  » On a eu le sentiment qu’il ne nous accordait pas beaucoup d’attention ni de légitimité, renchérit Pierre Claustre, du SNES-FSU. On se sentait un peu comme les représentants d’un vieux monde.  »

C’est dans l’académie de Créteil, à Sourdun (Seine-et-Marne), qu’il tente de réaliser son  » utopie éducative  » : l’internat d’excellence, qui verra le jour à la rentrée 2009. Un espace d’innovation où tous les personnels sont rassemblés autour d’un projet global d’éducation censé bénéficier aux enfants de milieux défavorisés, mêlant musique, équitation, voyages, club d’échecs, éducation aux médias… Mais le fait d’extraire une poignée d’élèves  » méritants  » de leur milieu d’origine crispe, à gauche, tous ceux pour qui la priorité doit être l’instauration des conditions de la réussite pour tous. Aux yeux de M. Claustre, cette politique vise  » non pas à l’égalité, mais dans le meilleur des cas, à mixer un peu les élites, à faire monter quelques happy few – privilégiés – qui deviendront les alibis du système « .

Lorsque, en décembre  2009, Jean-Michel Blanquer accède à la direction générale de l’enseignement scolaire, le ministre, Luc Chatel, lui donne carte blanche pour poursuivre dans cette veine au niveau national. L’heure est aux coupes de postes, mais lui est sûr qu’on peut  » faire mieux avec moins « . Il instaure un département de l’innovation au ministère. Duplique les internats d’excellence. Met en oeuvre, en ZEP, le programme  » Eclair  » qui permet à des établissements de recruter leurs enseignants sur des postes à profil.  » En matière de pédagogie, c’était lui le ministre « ,estiment, a posteriori, la plupart des syndicats d’enseignants. Et pour cause, il connaît infiniment mieux les rouages du système éducatif que l’ancien DRH de L’Oréal.

C’est lui qui soutient, en  2011, le développement d’évaluations nationales au primaire, notamment le projet de repérage des élèves  » à risques  » dès la grande section de maternelle, abandonné face à la polémique qu’il suscite. Lui, surtout, qui défend un autre mode de gouvernance de l’école par les  » résultats « , la  » science  » et la  » comparaison internationale  » – un  » style Blanquer  » qu’il s’est engagé à perpétuer dans son discours d’investiture le 17  mai.

Neurosciences

L’une de ses grandes préoccupations concerne l’école maternelle, qui doit être, selon lui,  » l’école du langage « . Il appuie l’expérience menée à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) par Céline Alvarez, croisant pédagogie Montessori et recherche en sciences cognitives, que le grand public a découverte en  2016 à travers son best-seller : Les Lois naturelles de l’enfant (Les Arènes). L’ex-institutrice est soutenue par l’association Agir pour l’école, succursale éducative de l’Institut Montaigne, think tank libéral dont on n’a cessé de dire qu’il a pesé durant cette campagne présidentielle. Jean-Michel Blanquer faisait partie, jusqu’à il y a peu, du conseil d’administration de l’association.

Nombre d’acteurs de terrain l’assurent : Jean-Michel Blanquer n’a qu’une seule  » chapelle pédagogique « .  » Il se fait l’apôtre du pragmatisme, de la confiance aux enseignants, mais sa boussole, ce sont les neurosciences « , glisse un leader syndical.  » C’est un scientiste, relève tel autre. A ses yeux, la résolution de tous les problèmes de l’école passe par la science, mais une science au singulier : les neurosciences. Ni les sciences de l’éducation ni la sociologie.  » L’intéressé, lui, se défend de pratiquer l’exclusive :  » Ma vie intellectuelle m’a amené à rencontrer des courants de pensée très différents, d’Edgar Morin à Régis Debray en passant par Stanislas Dehaene…  »

Ses convictions laissent-elles présager de fortes inflexions ? Une frange du monde enseignant prédit  » le développement de protocoles d’évaluation dans tous les champs « . Une autre, la réécriture des programmes.  » La gauche a en partie manqué le rendez-vous avec l’innovation. Elle a tardé à prendre en compte l’enjeu que celle-ci représente dans l’éducation nationale, observe l’universitaire Philippe Meirieu. Il pourrait être là, le levier du nouveau ministre pour réformer l’école, dans une alliance entre innovation et libéralisme scolaire susceptible d’aboutir à un démantèlement du service public.  »

Rien de tout cela dans ses premières décisions, qui consistent surtout pour l’heure à défaire ce que la gauche avait entrepris. Sur les réseaux sociaux, on le surnomme déjà le  » ministre des Ctrl + Z  » ou du  » détricotage « . Il avait pourtant assuré qu’il ne serait pas le ministre  » des zigzags  » ou des  » stop and go « .

Mattea Battaglia et Aurélie Collas

Les dates

1964

Naissance à Paris

1993

Doctorat en droit

1996

Agrégation de droit public

1998

Directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine

2004

Recteur de Guyane

2006

Directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien, ministre de l’éducation

2007

Recteur de Créteil

2009

Directeur général de l’enseignement scolaire sous Luc Chatel

2013

Directeur général de l’Essec

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Décryptage détaillé des 8 ordonnances que Macron ne voulait pas dévoiler

par Eric Durandvendredi 9 juin 2017

Voir en ligne : Décryptage détaillé des 8 ordonnances que Macron ne voulait pas dévoiler


On comprend mieux pourquoi le calendrier annoncé par Emmanuel Macron prévoyait d’attendre après les législatives pour dévoiler le contenu des ordonnances sur le droit du travail : il est explosif.

Le projet fuité va bien au-delà des éléments annoncés publiquement jusqu’ici. Il s’attaque notamment au contrat de travail, aux salaires, et à la santé et la sécurité au travail.

Mais le gouvernement ne dévoile pas l’ensemble du contenu qu’il souhaite modifier et c’est même un objectif assumé pour « ne pas courir le risque de contraintes insurmontables au stade de la rédaction des ordonnances ».

Les sujets listés sont beaucoup plus larges que prévu et lui donnent une marge de manœuvre inédite pour modifier la quasi-totalité des droits des salariés en catimini pendant l’été. Les mesures qui concerneraient directement les Ingés, cadres et tech sont nombreuses : salaires tirés vers le bas, télétravail, plafonnement des indemnités prudhommes…

L’Ugict, CGT (Ingénieurs Cadres Techniciens CGT), publie ici un décryptage détaillée de ces 8 ordonnances qu’Emmanuel Macron aurait préféré ne pas dévoiler avant les législatives…. pour lire la suite…

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Blanquer, un ministre sous influence de l’Institut Montaigne

Les MacronLeaks parlent. Libération a entrepris le dépouillement de ces notes internes piratées sur le serveur d’En Marche. Elles apportent des révélation sur la constitution du groupe de travail Education du candidat et le choix de Jean-Michel Blanquer comme ministre. L’enquête de Libération confirme ce qu’on savait déjà. D’un coté, les liens étroits entre Macron et Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne, un think tank libéral. De l’autre ceux entre JM Blanquer et cet institut.

Mais les MacronLeaks vont au delà en dévoilant des éléments de la façon de penser ce de groupe qui est maintenant installé rue Grenelle. Come cet échange entre L Bigorgne et le groupe :  » Il faut pouvoir discuter avec le Snes et le SNUIPP, l’Unsa et la CFDT… sans en attendre beaucoup. C’est un milieu où les archéos pèsent beaucoup et ils ne veulent aucun vrai changement ». Avant de rassurer son interlocuteur : « On a déjà pas mal de relais dans l’administration centrale ».

Jean-Michel Blanquer a d’ailleurs nommé comme conseillère spéciale, c’ets à dire principale conseillère, Fanny Anor qui vient directement de l’Institut Montaigne.

L’article de Libération

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Communiqué LDH : « Président de la République et gouvernement : cocktail à risques pour les libertés ? »

Président de la République et gouvernement : cocktail à risques pour les libertés ?

Communique LDH

Si ce que révèle le quotidien Le Monde est exact, le gouvernement entend introduire dans le droit commun des mesures comme l’assignation à résidence, la pose de bracelets électroniques ou les perquisitions administratives, sous la seule décision d’un préfet.

De telles mesures piétineraient les libertés individuelles et collectives et nous feraient basculer dans un autoritarisme d’Etat. A défaut de sortir de l’état d’urgence, la France entrerait durablement dans un régime d’exception.

Loin de ne concerner que les actes de terrorisme, ces mesures s’appliqueraient indifféremment à une large gamme de délits. Chacun pourrait alors être victime de cet arbitraire. Aujourd’hui déjà, nous voyons des dispositions inscrites dans l’état d’urgence utilisées contre des militants associatifs, syndicaux ou politiques.

Que ce délirant cocktail liberticide, qui s’ajoute à une jurisprudence désastreuse et aux lois déjà votées, ait pu s’écrire dans les bureaux d’un ministère et être approuvé par les plus hautes autorités de l’Etat laisse à penser qu’elles entendent pratiquer une démocratie soumise plutôt que de respecter les règles de l’Etat de droit.

A la veille des élections législatives, La Ligue des droits de l’Homme appelle les électeurs et les électrices à tenir compte des projets du gouvernement et du président de la République dans leurs choix.

Paris, le 7 juin 2017

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Le cabinet du ministre complété

Un arrêté publié au J.O. du 1er juin complète partiellement  le cabinet du ministre de l’éducation nationale.  Raphaël Muller est nommé directeur adjoint du cabinet. C’est un ancien conseiller de Luc Chatel. Fanny Anor, nommée « conseillère spéciale », est une ancienne chargée d’études de l’Institut Montaigne, le think tank libéral qui a largement construit le programme éducation d’E Macron. Isabellle Bourhis nommée conseillère sociale vient du Snpden, le syndicat des chefs d’établissement. Thierry Ledroit, conseiller territoires, est un inspecteur général et l’ancien responsable établissements de l’académie de Créteil. Enfin un professeur de CPGE , Matthieu Lahaye, a en charge les discours du ministre.

 

L’arrêté

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GAFAM : le CNNUm tacle à son tour l’Education

Après la Cnil, le Conseil national du numérique réagit à la décision de l’Education nationale de livrer aux entreprises du GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) les annuaires des établissements scolaires. Dans un article de Libération, le Conseil national du numérique fait référence à l’article du Café pédagogique du 16 mai et prend position sur ces données scolaires.  » Ce sont des données qui ont de la valeur, qui permettent de la R&D en matière d’apprentissage adaptatif, par exemple, et qui sont parties vers des acteurs privés. Or, on pourrait négocier autrement l’utilisation et la régulation de ces données. Quand l’Etat répond par des «chartes de confiance», plutôt que par des standards et des négociations d’égal à égal, il néglige la capacité que nous devrions avoir de réagir, de pousser à transformer les usages et à les questionner ». Les parents de la Fcpe, les syndicats Snes et Cgt éducation sont également intervenus à ce sujet.

 

Article Libération

L’avis de la CNIL

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Pédagogisme, rythmes, CP, devoirs, programmes : Blanquer dévoile son programme

Réception des syndicats du 24 au 26 mai, interview au Point le 25, intervention au congrès de la Peep le 26, Jean-Michel Blanquer n’a pas fait le pont. Il a précisé ses orientations sur plusieurs points qui concernent directement les enseignants : les dédoublements de CP, les rythmes scolaires, les devoirs et d’une façon générale une « évolution » des programmes et la fin du « pédagogisme ». Tout en affirmant sa volonté de ne pas faire « d’injonctions contradictoires avec celles de la majorité précédente » et de laisser le terrain arbitrer, c’est bien le détricotage des réformes par en haut qu’annonce le ministre.

« Devoirs faits »

Sa principale annonce, JM Blanquer l’a réservée au Point dans un entretien publié le 25 mai. « Il est important que chaque enfant puisse travailler individuellement, au calme, pour  faire des exercices, répéter ses leçons ou exercer sa mémoire.. Il est évident qu’il y a des disparités entre les élèves suivant la situation familiale. Il doit y avoir des devoirs et ils doivent pouvoir être fait au sein de l’établissement grâce à un temps d’étude accompagné. Cela s’appellera « devoirs faits », déclare le ministre.

Le lendemain, au congrès de la Peep, selon l’AFP, JM Blanquer précise le dispositif. Déployé en collège il pourrait consister en études dirigées de 16 à 18 heures dans tous les collèges ».  Il évoque « une forme de tranquillité en famille » et sa volonté « d’amenuiser les inégalités qui peuvent exister entre les familles ».

Sur son blog, l’historien Claude Lelièvre rappelle que ce dispositif avait été annoncé en 2007 par X. Darcos pour les collèges prioritaires avant d’être promis en 2008 à tous les collèges puis finalement escamoté. Ainsi en Seine Saint Denis, selon C Lelièvre, le dispositif passe de 1200 à 300 heures par collège dès 2010, sous la houlette du nouveau patron de la Dgesco, un certain JM. Blanquer…

Car la question est bien sur celle de l’encadrement. Ces heures d’études seront-elles faites par les enseignants ? Cela constituerait une réforme pédagogique de taille , comme le rappelle aussi C Lelièvre. Ou seront-elles confiées à des jeunes du service civique ? On peut alors douter de son efficacité…  Pour le moment le ministre a juste trouvé le nom pour nommer cette promesse de campagne d’E Macron.

Rythmes, soutien aux municipalités et avenir des PDM

« On va travailler avec les communes et l’association des maires de France pour aider les communes à réaliser les premiers aménagements nécessaires (au dédoublement des CP) avec une enveloppe budgétaire » a déclaré JM Blanquer dans La Provence. Cette enveloppe nous avait déjà été annoncée en avril par l’équipe de campagne d’E Macron qui en avait fixé le montant pour 2017 à 200 millions, somme qui semble déjà ne plus être d’actualité.

Dans un entretien donné à l’AFP le 26 mai, le ministre précise que les « maitres + » (maitres surnuméraires ou PDM) pourraient se maintenir à certains endroits.  » Il y a des endroits où le dédoublement » des classes de CP « est faisable physiquement et d’autres où ce sera difficile », et où le dispositif « plus de maîtres que de classes », lancé sous le précédent quinquennat et dont plusieurs voix redoutent la disparition, sera donc maintenu », écrit l’AFP.

Comme le ministre  table sur environ 2000 classes dédoublées à la rentrée 2017, cela concernerait à peu près la moitié des maitres +  qui seraient affectés en CP à moins que les autorités locales trouvent d’autres solutions.  Les autres pourraient suivre à la rentrée suivante. Le discours ministériel semble donc moins rassurant qu’il y a quelques jours.

Rythmes : Un décret dès cet été

Les municipalités qui le souhaiteront  » pourront, si elles sont prêtes, à la rentrée prochaine changer leur dispositif avec le soutien des institutions de l’Éducation nationale », a déclaré le ministre, selon l’AFP, le 26 mai. Cela prendrait la forme d’expérimentations avant un texte plus global en 2018.

Le ministre agit sous la pression de certaines municipalités , comme Marseille, pressées de récupérer le budget du périscolaire. D’autres municipalités souhaitent le maintien des rythmes actuels. C’est le cas de  l’association des directeurs de l’éducation des villes (ANDEV) qui prend position en faveur du maintien dans une lettre du 22 mai.  » L’action éducative s’inscrit dans un temps long et se nourrit des continuités. L’ANDEV juge risqué de déconstruire dans la précipitation les dynamiques initiées localement, à travers l’évolution des rythmes éducatifs notamment, sans évaluation des impacts », écrit l’association.

Fin du « pédagogisme » et réforme des programmes

Après le détricotage des réseaux des maitres + et celui des rythmes, le ministre annonce des « évolutions » des programmes. « L’alternance politique ne peut plus se traduire par des injonctions contradictoires avec celles de la majorité précédente », écrit le ministre dans Le Point. « Il faut en finir avec les révolutions verticales ».

Mais c’est aussitôt pour enchainer sur la réforme du collège et des programmes de français et d’histoire. Au collège, « il ne faut pas supprimer les programmes actuels mais les faire évoluer grâce à des repères annuels et aux initiatives que nous prendrons en matière de formation des professeurs et de développement des outils pédagogiques ».

Si l’on comprend bien, le ministre pourrait ne pas toucher pas à la loi de 2013 qui a fixé des cycles qui sont à la base des programmes, mais fournirait des outils imposant un découpage annuel mettant fin, en réalité, aux cycles.

Jean-Michel Blanquer a été plus précis sur les programmes de français et d’histoire. « L’apprentissage du français repose sur le vocabulaire et la grammaire. La progression de l’élève doit se faire selon un programme, clair, explicite et structuré ».  En histoire, le ministre veut que l’on avance « de façon structurée et explicite : aller du simple au complexe. Il est normal de déployer une chronologie narrative », reprenant au passage l’accusation de l’absence de chronologie dans les programmes d’histoire.

Pour les enseignants, ces termes rappellent des souvenirs. Ce sont les mots de G de Robien, ceux qui ont été mis en oeuvre dans les programmes de 2008. Dans Le Point, le ministre donne des gages aux plus traditionalistes.  « Le pédagogisme doit désormais relever du monde d’hier ».  Difficile d’être plus clair.

Entretien au Point

Dépêche AFP

Claude Lelievre

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Lettre ouverte de plusieurs avocats et organisations, dont la LDH, à l’attention du Président de la République : « Appel à la non-prorogation de l’état d’urgence »

Lettre ouverte à l’attention du Président de la République : « Appel à la non-prorogation de l’état d’urgence »

A l’initiative de plusieurs avocats et organisations, dont la LDH

Paris, le 23 mai 2017

Monsieur le Président de la République,

Le Conseil de Défense et de Sécurité nationale que vous avez convoqué demain se réunira moins de deux jours après que le Royaume-Uni a été durement frappé par une action terroriste. Nous souhaitons d’abord exprimer notre solidarité à l’égard des victimes et de leurs proches. Ce drame ne vous dégage toutefois pas de la responsabilité que vous confie la Constitution de rétablir le fonctionnement régulier des institutions. L’état d’urgence ne favorise en rien la protection de nos concitoyens et empêche au contraire de concevoir une réponse de long terme à la menace du terrorisme international.

Nous, membres actifs de la société civile, assistons avec inquiétude à ce basculement normatif se diffusant durablement dans le droit en portant une atteinte insupportable aux libertés fondamentales, libertés pour la garantie desquelles nous nous battons et que nous ne voulons pas voir réduites sous la pression de la menace terroriste.

La menace qui pèse sur la France – comme sur d’autres pays d’Europe et du monde – reste et restera longtemps élevée. Plus de 18 mois après son déclenchement, face à une menace terroriste persistante et latente, les conditions juridiques de prorogation de l’état d’urgence – le péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public – ne sont pas réunies.

Nous pensons que la seule audition des services de renseignement ne vous suffira pas pour avoir une vision complète de la situation. L’appréciation objective de la situation actuelle commande d’entendre l’ensemble des acteurs (juristes spécialisés, universitaires, avocats spécialisés, associations qui accompagnent les personnes visées par les mesures, éducateurs, médiateurs…) qui vous éclaireront sur les effets toxiques de l’état d’urgence, pour certaines communautés comme pour l’ensemble de la société française, ainsi que sur l’efficacité de la lutte contre le terrorisme elle-même.

De par nos expériences respectives, nos travaux, et le dialogue avec les institutions, nous avons acquis la conviction de l’inefficience de l’état d’urgence et de son caractère contre-productif. Nous faisons ici écho aux bilans dressés par la commission des lois de l’Assemblée nationale chargée du contrôle parlementaire de l’état d’urgence et par des autorités indépendantes, comme le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme ou encore le Commissaire européen des droits de l’Homme.

La commission d’enquête parlementaire sur les moyens mis en œuvre dans la lutte contre le terrorisme a affirmé clairement que « s’il a été réel, cet effet déstabilisateur, lié à la surprise des opérations menées, semble s’être rapidement amenuisé ». En contournant la justice antiterroriste, en épuisant les forces de sécurité, l’état d’urgence s’avère même à long terme non seulement inefficace, mais aussi contre-productif.

Nous tenons par ailleurs à vous rappeler le coût, social, politique et institutionnel très élevé de l’état d’urgence qui autorise des mesures impliquant des atteintes graves aux libertés individuelles sans contrôle en amont du juge judiciaire et sans que le contrôle a posteriori du juge administratif permette de compenser cet absence de contrôle a priori. Un régime d’exception ne saurait durer si longtemps impunément pour la République et ses citoyens. Il tend à fragiliser la séparation et l’indépendance des pouvoirs, en particulier au prix d’une dé-judiciarisation s’installant durablement dans notre paysage juridique. Notre droit commun, déjà de plus en plus imprégné de dispositions dérogatoires aux principes fondamentaux de la Constitution, se retrouve de facto disqualifié par la longueur de l’état d’urgence, et cela nous inquiète pour l’avenir.

Monsieur le Président, vous avez plusieurs fois affirmé que vous souhaitiez réconcilier la France. Des vies ont été et sont encore bouleversées par des mesures disproportionnées et discriminatoires : assignations à résidence se prolongeant de manière indéfinie, fermeture prolongée et non motivée de certains lieux de culte, multiplication des contrôles au faciès stigmatisant les personnes de confession musulmane ou supposée telle, autant d’éléments dont l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme n’a jamais été démontrée… Au fil des mois, nous avons documenté de nombreux abus commis contre des personnes en vertu des pouvoirs d’exception conférés par l’état d’urgence.

A cet égard, l’avis rendu le 18 mai 2017 par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) sur la prévention de la radicalisation, confirme que les « signes de radicalisation », souvent faibles, donnent lieu à des mesures disproportionnées, aussi bien administratives que judiciaires, témoignant des effets contre-productifs des mesures prises. L’état d’urgence est un facteur de division interne de la société française, ne pas le renouveler serait une marque de courage et un pas en avant vers une réflexion sur la résolution à moyen et long terme de la menace terroriste dans une société multiple et apaisée.

Vous aurez noté que ni l’Allemagne ni la Belgique, également touchés par des attentats, n’ont eu recours à un régime juridique d’exception tel que l’état d’urgence. En revanche, la France s’illustre négativement, en étant l’un des seuls pays du Conseil de l’Europe qui dérogent, avec l’Ukraine et la Turquie, à l’application de la Convention européenne des droits de l’Homme.

Nous rejoignons enfin la déclaration de Monsieur le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb faite le 19 mai 2017, selon laquelle « à un moment donné, il faudra sortir de l’état d’urgence ». Nous pensons que ce moment est venu.

Nous invitons donc le gouvernement à ne pas soumettre au Parlement de projet de loi pour proroger une sixième fois l’état d’urgence.

Nous nous tenons à votre disposition pour nous entretenir de ce sujet avec vous, ou avec vos proches collaborateurs.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, notre très haute considération

Organisations signataires :

Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France), Action Droits des Musulmans, Amnesty International France, Club Droits Justice et Sécurités, European Prison Litigation Network, Human Rights Watch, La Quadrature du Net, Ligue des droits de l’Homme, Observatoire International des Prisons – section française, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature.

Avocats signataires

Me Arié Alimi, Me Asif Arif, Me William Bourdon.

Copies :

– M. le Premier ministre, Mme la ministre de la Défense, M. le ministre de l’Intérieur, M. le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. le Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

– M. le Défenseur des Droits, Mme la Présidente de la CNCDH.

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Communiqué LDH : « L’état d’urgence : « En marche » et sans changement ! »

L’état d’urgence : « En marche » et sans changement !

Communiqué LDH

Le président de la République a changé mais ni l’état d’urgence ni la méthode.

A peine installé, usant, comme ses prédécesseurs, de l’émotion légitime provoquée par l’attentat de Manchester, le nouveau pouvoir propose de renouveler l’état d’urgence et l’adoption d’une nouvelle loi pour y inscrire de nouvelles mesures d’exception.

Sans mener aucune réflexion sur la pertinence d’une législation qui n’a pas prouvé son utilité mais qui a restreint nos libertés, créé des situations arbitraires et, énième réflexe pavlovien, qui voit chaque événement suivi d’un nouveau projet répressif.

La LDH déplore cette continuité dans le peu d’intérêt consacré à la protection des libertés, le mépris affiché des avis des plus hautes autorités judiciaires et administratives et l’ignorance des conséquences d’un état d’urgence qui autorise bien autre chose que la lutte contre le terrorisme, et qui continue de stigmatiser une partie de la population.

« Il faut que tout change pour que rien ne change » avait écrit un auteur italien.

La LDH poursuivra ses efforts pour qu’il soit mis un terme au seul état d’urgence appliqué au sein de l’Union européenne.

Paris, le 24 mai 2017

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Blanquer : soyez optimistes !

C’est l’école Rep + Albert Camus de Creil (60) que Jean Michel Blanquer, le nouveau ministre de l’éducation nationale, a choisi pour présenter le dédoublement annoncé des classes de CP de l’éducation prioritaire. Le 23 mai, lors de cette première visite, il a surtout parlé de lui et d’Emmanuel Macron. Sur les dédoublements et la façon dont ils seront mis en place, Jean-Michel Blanquer a peu de précisions à donner. Le sort des maitres surnuméraires reste peu clair.  Un seul point semble décidé : il y aura finalement 2 300 classes dédoublées  à la rentrée.

Un point du programme Macron contesté sur le terrain

La mesure de dédoublement des cours préparatoire est inscrite dans le programme d’Emanuel Macron. Le candidat a promis de ramener à 12 par classe le nombre des élèves de CP et CE1 des Rep et Rep+. Son équipe avait annoncé que ce serait fait pour les CP dès la rentrée 2017 pour tous les Rep+ et la plupart des Rep. Pour cela le candidat comptait utiliser les 5161 maitres surnuméraires en CP pour la rentrée 2017 et créer 5000 postes pour les CE1 en 2018. S’ajouteraient 2000 postes « redéployés » pour atteindre en 2 ans le dédoublement de 12 000 classes au total.

Mais c’était sans compter sur les réseaux qui se sont constitués sur le terrain autour des maitres surnuméraires. S’il n’a pas été évalué, le dispositif a déjà gagné sa légitimité sur le terrain. Les maitres surnuméraires semblent appréciés . De nouvelles pratiques pédagogiques collectives sont en train de s’installer et des collectifs enseignants se construisent. C’est tout cela que viendrait mettre à bas la réforme Macron. La pétition lancée par les « maitres + » a dépassé les 10 000 signatures en quelques jours et elle est soutenue par les principaux syndicats.

2300 classes dédoublées

Pour le nouveau ministre la question est de trouver les enseignants pour assurer les dédoublements de classes et combien de classes dédoubler.

Le 22 mai, sur RMC, JM Blanquer a lancé le nombre de 2 200 classes.  C’est moins de la moitié de ce qui était prévu. Il y a environ 8 000 classes de CP en éducation prioritaire dont 850 ont plus de 24 élèves, 1 500 moins de 13 et 5 600 entre 13 et 24.

Le 23 mai, à Creil, JM Blanquer lance le nombre de 2 300 classes concernées à la rentrée. C’est une centaine de plus que la veille. Mais impossible de savoir comment ce nombre est établi. A partir de combien d’élèves le dédoublement sera-t-il effectif ?

« On adaptera pour la rentrée ce qu’il est possible physiquement et humainement de faire », affirme le ministre. D’où viendront les professeurs ? « Ils seront là », promet JM Blanquer. « Il n’y aura pas de problème car il y a des créations de postes et les recteurs et les inspecteurs sauront s’organiser ». Le ministre a rencontré les recteurs le matin du 23 mai. « Certains seront des maitres surnuméraires. D’autres viendront des moyens des inspections. C’est un sujet technique », répond le ministre.

Comment dédoubler ?

Le sort des « maitres + » ne semble pas tranché, le ministre expliquant qu’il ne « veut pas casser le dispositif ». Autorisera-t-on les maitres + à rester là où ils sont appréciés ? Peut-être. Mais ils devraient dans ce cas voir leur action recentrée sur les CP. La question se discute probablement avec les syndicats. JM Blanquer a  rencontré les syndicats FSU le 23 mai et il reçoit l’Unsa le 24…

Comment dédoubler ? Si l’école de Creil a les locaux nécessaires pour ouvrir de nouvelles salles de classe, ce n’est pas le cas partout. Là où ce ne sera pas possible le ministère recommandera deux enseignants à demeure par classe.

Partout il semble bien que les IEN et Dasen auront en charge de faire le maximum pour la rentrée. C’est ensuite que les mesures définitives s’imposeront.

JM Blanquer a été très loquace sur cet après. « On lance l’opération 100% de réussite en CP », dit le ministre. « L’an prochain dans toute la France on sentira ce dynamisme en CP. Nous voulons remédier aux problèmes à la racine ».

Vocabulaire et fondamentaux

Ce dynamisme, le ministre le décrit. « Il faut à l’école maternelle acquérir un vocabulaire solide, une conscience grammaticale. Plus j’ai de vocabulaire, plus je comprends de choses. Plus j’ai de grammaire mieux j’orthographie. Moins j’ai de vocabulaire plus je suis violent. Plus j’ai de vocabulaire plus je suis sociable ». Il veut recentrer le CP sur la lecture, l’écriture, le calcul et la capacité à vivre en société.

Le ministre se veut « pragmatique » mais prépare déjà des formations. « On va déployer de la formation continue et initiale » promet-il. « Soyons rassemblés pour faire réussir nos enfants ».

Avec l’optimisme officiel en prime, ce « dynamisme » ressemble beaucoup au discours tenu  avant 2012. Quand JM Blanquer était à la tête de la Dgesco. Avec les résultats que l’on connait.

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GAFAM : La Cnil rappelle l’Education à ses obligations

« Il est plus que jamais nécessaire de fixer un cadre de régulation adapté qui protège de façon effective les données personnelles des élèves et de enseignants », déclare la CNIL le 23 mai. Elle répond ainsi à la décision du ministère d’ouvrir largement les annuaires des établissements et les données élèves aux grand s groupes du GAFAM (Gooogle, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).

La question est posée depuis la révélation par le Café pédagogique, le 16 mai, d’un courrier du Directeur du numérique pour l’éducation, Mathieu Jeandron, invitant les responsables académiques à fournir aux GAFAM les annuaires des établissements.

« Je tiens à vous confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (GAFAM et autres) dans la mesure où ils rentrent bien dans les services couverts par les conditions générales d’utilisation CGU « éducation »… Par ailleurs, je vous confirme qu’il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels ». La lettre de Mathieu Jeandron, Directeur du numérique pour l’éducation, que le Café pédagogique a révélé, invite clairement les directeurs académique du numérique et les DSI à laisser les établissements donner les données sur les élèves aux géants d’Internet. Pour M Jeandron , interrogé par le Café, les élèves sont suffisamment protégés par les CGU (Conditions générales d’utilisation) de ces grands groupes. « Le contrat passé avec l’entreprise est protecteur au sens de la CNIL », nous a-t-il dit. « On est protégé vis à vis des GAFAM quand on créé un compte sous le régime éducation. Celui qui crée le compte signe un contrat explicite qui est protecteur ».

Ce n’est pas l’avis de la CNIL. Si celle-ci juge  » intéressante » l’idée initiée par le ministère (mais non concrétisée) d’une charte de confiance,  « elle considère que, compte tenu de la sensibilité des données en jeu, cette charte devrait se traduire par un encadrement juridique contraignant tant en ce qui concerne la non utilisation des données scolaires à des fins commerciales, l’hébergement de ces données en France ou en Europe ou encore l’obligation de prendre des mesures de sécurité conformes aux normes en vigueur ».

La CNIL « appelle donc les responsables éducatifs, enseignants et les collectivités territoriales à être vigilants et à ne recourir qu’à des services numériques respectant ces règles et principes. »

Communiqué

Gafam : Les parents demandent des comptes

Le Café révèle le courrier du DNE

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meeting FI lundi 29 à Nantes

Nous vous y invitons !

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La ministre qui n’aime pas l’Ecole

Dans l’histoire de la république, les relations entre l’Education nationale et la Culture ont rarement été au beau fixe. Contraints de collaborer, les deux ministères ont des cultures et des objectifs différents et les frictions sont nombreuses. La nomination de Françoise Nyssen comme ministre de la Culture pourrait ne pas arranger les choses. La ministre a ouvert une école hors contrat jugeant que l’Education nationale traite mal les enfants différents.  » L’école Domaine du Possible » veut  » s’appuyer sur la curiosité et la joie d’apprendre plutôt que sur la contrainte, favoriser la recherche autonome des connaissances et une expérience active des apprentissages, comprendre le sens de ce que l’on apprend, vivre une relation forte avec la nature environnante ».

Dans la présentation de l’école, Françoise Nyssen prend à partie l’éducation nationale. » Nous avons eu un enfant différent. Nous avons avec lui beaucoup souffert du système et de l’idéologie de l’école en France. Précédemment, nous avons eu six autres enfants qui étaient passés par là sans que nous réalisions comme une évidence le sacrifice des enfants différents. Quand nous l’avons compris, c’était déjà trop tard… Les maîtres de l’école d’aujourd’hui sont là pour évaluer au plus près les apprentissages, les “manquements” et pour sélectionner “le meilleur” selon la méthode et le programme : nous ne formons pas des citoyens mais nous tendons vers la formation d’une élite, tout en sacrifiant les autres.  C’est pour tout cela que nous pensons devoir agir. Nos enfants ont droit à plus d’égards », écrivent Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani.

Installée dans un grand domaine agricole, cette école privée demande des frais de scolarité qui peuvent s’élever à 4200 € annuels.

Pourquoi l’école Domaine du possible

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Snpden : des « assouplissements » pour appliquer les mesures Macron

Dans un courrier adressé le 18 mai à JM Blanquer, le premier syndicat de personnels de direction, le Snpden, demande l’ouverture de trois chantiers. D’abord celui de la réforme du collège pour lequel le Snpden veut des simplifications administratives. Ensuite, celui de la réforme du lycée :le syndicat  veut de nouveaux programme et une réforme du bac pour en faire un vrai diplôme d’entrée dans le supérieur.

Simplifier le retour des bilangues

 » Le SNPDEN espère que trois chantiers seront rapidement ouverts », demande le Snpden dans une lettre envoyée le 18 mai au nouveau ministre de l’éducation nationale. « D’abord, l’instauration d’une plus grande sérénité au sein de l’institution scolaire en donnant aux établissements les possibilités d’apporter les assouplissements parfois nécessaires pour clore les polémiques inutiles sans que soient remises en cause les réformes engagées ».

Pour Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, interrogé par le Café pédagogique, il s’agit de donner des instructions pour simplifier les aménagements de la réforme du collège qui s’imposent sur le terrain. E Macron a réaffirmé sa volonté de rouvrir les  classes bilangues. Pour P Tournier, « il faut tourner la page là où il y a ds points de fixation », sur la réforme,. « Le rétablissement des bilangues a un coût dérisoire », de nombreux professeurs d’allemand étant en sous service. Mais « pour faire cela il y a beaucoup de paperasse ». C’est cette simplification que souhaite le syndicat. Le Snpden s’était dressé avec succès cotre la circulaire contraignante publiée par la Dgesco pour la réforme du collège.

Réformer le bac et les programmes du lycée

Le Snpden souhaite aussi que soit abordée la question « de la connexion du secondaire et du supérieur, en interrogeant la forme du baccalauréat et les programmes du lycée ». Le programme d’E Macron propose de réduire le bac à 4 épreuves terminales qui serviraient de base à la sélection des étudiants par les universités. Le bac ne donnerait plus accès librement au supérieur.

Cette perspective convient au Snuipp. « La sélection existe déjà de fait », affirme P Tournier. « On n’est pas pour la sélection mais pour poser des pré-requis pour l’entrée dans le supérieur », continue P Tournier. Pour le Snpden le bac ne doit plus être le certificat de fin d’études secondaires. Il doit redevenir le ticket d’entrée dans le supérieur.  Pour cela il faut pour le Snpden des « épreuves ponctuelles modernisées ».

Autre enjeu, il faut que les programmes du lycée soient revus à la fois pour étre ajustés aux nouveaux programmes du collège et pour préparer au supérieur. « Pour nous la réforme du lycée ne doit pas être une réforme de son organisation mais de ses programmes », affirme P Tournier .

Justement le Snpden veut l’abandon « des grandes réformes traumatisantes » et « la confiance aux établissements » notamment envers les personnels de direction.

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Maitres + et rythmes : le Snuipp contre les projets Macron

Les deux points principaux du programme éducatif d’Emmanuel Macron sont en train de se retourner contre lui. Le 17 mai, le Snuipp Fsu saisit le nouveau ministre à propos de la suppression des maitres surnuméraires (maitres +) et de la réforme des rythmes scolaires.

« Il n’est pas acceptable d’opposer la réduction de la taille des classes de CP et de CE1 au maintien du dispositif « plus de maîtres que de classes » », écrit Francette Popineau, co-secrétaire générale duSnuipp Fsu, le premier syndicat du primaire. « L’attribution d’un maître surnuméraire aux écoles de l’éducation prioritaire est plébiscitée par une grande majorité de nos collègues (86% d’enseignants satisfaits d’après l’enquête du SNUipp-FSU de juin 2016). Le dispositif permet de travailler plus collectivement et de faire évoluer les pratiques pédagogiques, il améliore le climat de classe et les apprentissages. Les enseignants de ces écoles ne comprennent pas que vous remettiez en cause un dispositif dans lequel ils se sont fortement engagés et qui montre ses premiers effets sur la réussite des élèves ».

S’agissant des rythmes scolaires, E Macron veut laisser les commune décider librement de l’organisation de la semaine scolaire. « Il est indispensable de remettre à plat cette réforme mais sans accentuer son caractère inégalitaire ce qui ne manquerait pas d’advenir si carte blanche était laissée aux collectivités ».

Le courrier du Snuipp

Le programme d’E Macron

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Data scolaire : des industriels et des syndicats saisissent le ministre contre la directive GAFAM

L’Ecole a-t-elle vraiment le droit de fournir les données des élèves aux grands groupes d’Internet , le GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) ? La question se pose après la révélation par le Café pédagogique, le 16 mai, d’un courrier du Directeur du numérique pour l’éducation, Mathieu Jeandron, invitant les responsables académiques à fournir aux GAFAM les annuaires des établissements. Des industriels, investis dans les ENT demandent des comptes dans un courrier que le Café pédagogique s’est procuré. Le Snes Fsu et la Cgt Education saisissent le nouveau ministre de ce qu’ils considèrent comme un « revirement lourd de conséquences ».

Le revirement du DNE

« Je tiens à vous confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (GAFAM et autres) dans la mesure où ils rentrent bien dans les services couverts par les conditions générales d’utilisation CGU « éducation »… Par ailleurs, je vous confirme qu’il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels ». La lettre de Mathieu Jeandron, Directeur du numérique pour l’éducation, que le Café pédagogique a révélé, invitait clairement les directeurs académique du numérique et les DSI à laisser les établissements donner les données sur les élèves aux géants d’Internet. Pour M Jeandron , interrogé par le Café, les élèves sont suffisamment protégés par les CGU (Conditions générales d’utilisation) de ces grands groupes.

En ouvrant grand les portes de l’Ecole aux GAFAM, le directeur du numérique revient par une simple lettre  sur des années de développement d’outils nationaux sécurisés, les ENT, et toute une culture de « sanctuaire numérique » pour l’Ecole.

La réaction des éditeurs français

Les industriels nationaux ne s’y trompent pas. Dans un courrier du 18 mai, que le Café pédagogique s’est procuré, les responsables de trois entreprises phares du numérique éducatif français, Arnaud Albou, CEO d’Open Digital Education, Alain Ecuvillon, DG de Itslearning et Hervé Borredon ,président d’Itop, demandent des explications à Mathieu Jeandron.

« Sous prétexte qu’elles disposent de « Conditions Générales d’Utilisation propres au monde de l’éducation », et sous couvert d’une déclaration CNIL, vous êtes donc prêts à transférer l’ensemble des annuaires académiques aux fameux ‘GAFAM’. Connaissez-vous bien le modèle économique de ces entreprises ? Savez-vous sur quoi la gratuité apparente de certains de ces services repose ? », interrogent-ils. Certaines de ces entreprises , comme Google ou Facebook, vivent principalement de revenus publicitaires rendus possibles par l’exploitation des données des utilisateurs.

« Quel est le cadre réglementaire imposé à Amazon, Google ou à Facebook ? Les “CGU Education” de chacun de ces éditeurs remplacent-elles dorénavant votre propre cadrage ? Vous dispensez ces entreprises américaines des contraintes (justifiées) que vous nous avez imposées depuis toutes ces années. C’est le monde à l’envers ! », écrivent les industriels.

« L’Espace Numérique de Travail est un dispositif central dans l’école qui constitue un “environnement de confiance, protecteur des données des élèves” selon la circulaire de rentrée 2017 du Ministère. Après des efforts importants de tout l’écosystème éducatif, des centaines de milliers d’élèves et d’enseignants sont connectés chaque jour », rappellent-ils. « Partout où nos déplacements professionnels nous conduisent (en Europe, au Brésil, au Mexique, en Amérique du Nord, en Afrique), ce modèle français interpelle et intéresse. Tous nous envient cette capacité à adresser des problématiques territoriales, à généraliser des solutions à l’échelle de centaines de milliers d’élèves, le tout avec une autonomie pédagogique, éditoriale et économique. Du moins, tous ceux qui ont compris que les bases centralisées commerciales ne pouvaient être la solution aux nouveaux enjeux de l’éducation, ceux de la collaboration, de l’éducation aux médias et à l’identité numérique, de la prévention des risques inhérents aux usages des réseaux sociaux commerciaux… »

Les trois dirigeants d’entreprise mettent en cause le nouveau ministre. « Est-ce là le mandat que vous aurait déjà confié la nouvelle équipe ? Ou une prise de position plus personnelle ? », écrivent-ils.  « S’il vous plaît, expliquez-nous ! »

La Cgt et le Snes montent au créneau

De leur coté, le Snes Fsu et la Cgt Education  saisissent le ministre par une lettre publique.  » Un revirement lourd de conséquence vient d’être opéré au ministère de l’éducation nationale : avant la nomination du nouveau ministre, le directeur du numérique pour l’éducation incite clairement les cadres académiques à l’utilisation des outils des grandes multinationales du numérique (notamment les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) au mépris de la protection de l’identité numérique des élèves et des personnels. Il ignore délibérément les risques évoqués par la CNIL sur le traitement possible des données personnelles et scolaires des élèves (souvent mineurs), données particulièrement sensibles, et qui les suivront longtemps », écrivent les deux syndicats. « Les organisations signataires jugent inacceptables que les grandes multinationales du numérique puissent puiser à leur guise dans les données personnelles des élèves et des enseignants. Elles s’inquiètent qu’une telle décision aussi lourde de conséquences pour les personnes et la souveraineté des données puisse être prise par simple mél. Elles dénoncent cette tentative de passage en force contraire à l’État de droit et saisiront la CNIL et la Direction des affaires juridiques du ministère sur cette question. Elles demandent au nouveau Ministre de l’éducation nationale de clarifier rapidement sa position sur cette question.  »

Deux acteurs n’ont pas encore réagi dans ce débat. Mais ils ne devraient plus tarder à le faire. D’abord les collectivités territoriales qui ont englouti des sommes très importantes dans le développement des ENT au nom de la sécurité des élèves. Ensuite les associations de parents. Ce sont les données scolaires et privées de leurs enfants qui sont l’enjeu de ce bras de fer.

La lettre des industriels

Le Café révèle la décision du DNE

La lettre du Snes et de la Cgt

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Jean-Michel Blanquer : un idéologue au ministère

C’est un ministre plein d’idées sur ce que doit être l’éducation nationale qui revient au ministère de l’éducation nationale.  Il les a diffusées récemment dans deux livres qui sont les clés pour comprendre son action. Surtout il les a mises en pratique avant 2012 et n’a pas changé d’un iota depuis. Des idées qui sont aux antipodes de celles suivies depuis 2012. Pour l’Education nationale des temps compliqués commencent…

Le pilotage par la preuve

Jean-Michel Blanquer n’a jamais enseigné dans le monde scolaire. Mais il affirme qu’il y a des réponses scientifiques aux problèmes éducatifs. En novembre 2016 il nous disait : « oui, il y a de « vrais leviers »  pour améliorer l’éducation et leur caractère bénéfique est prouvé : une pédagogie explicite et progressive dès les premiers moments de l’école, le rapprochement parents-école, la formation des professeurs, l’autonomie des établissements, l’attention à des facteurs extra-scolaires comme le sommeil etc. Nous avons été trop victimes d’une approche idéologique ou « au doigt mouillé » aggravée par le caractère centralisé et bureaucratique de notre système. On doit le libérer en donnant à chacun les moyens d’agir et en éclairant l’action par la science ». Dans son discours d’investiture, le 17 mai 2017, il est revenu sur cette nécessité d’expérimenter.

Il prend cette idée à la lettre et l’applique de façon non scientifique et, comme les faits vont le démontrer, simpliste.  JM Blanquer est un spécialiste du droit. C’est au nom de la science qu’il participe sous de Robien en 2006 à une tentative d’imposer la méthode syllabique, peut-être dans une confusion entre la nécessité d’enseigner le lien graphème phonème et le B A BA.

Comme directeur de l’enseignement scolaire, il a imposé des évaluations à l’école primaire qui devaient piloter l’action ministérielle mais qui ont fini par être jugées « trompeuses » par le Haut Conseil de l’Evaluation, une structure pourtant instituée par la droite. Là aussi il n’y avait aucun  protocole scientifique sérieux. Il a également soutenu le projet Agir pour l’école, issu d’une  initiative du thinktank libéral Institut Montaigne, dont l’auto-évaluation  a été contredite par des expertises scientifiques.

Si Jean Michel Blanquer a si mal vécu cet épisode, c’est à cause du role qu’il donne à la pseudo évaluation scientifique. Elle n’est pas là pour faire avancer les connaissances mais pour légitimer des politiques ou des dispositifs ce qui  affecte gravement la qualité de la démarche.

Quatre idées de JM Blanquer

Ses autres idées sur l’éducation ont été présentées dans deux livres, « L’école de la vie » en 2014, puis « l’école de demain », titre prémonitoire, un véritable livre programme qui a perfusé dans le programme de E Macron.

Le premier principe c’est l’autorité. JM Blanquer veut cadrer les pratiques pédagogiques dans l’éducation nationale. Et pour que cela soit possible il souhaite renforcer les pouvoirs des chefs d’établissement et des directeurs d’école, qui deviendraient les supérieurs hiérarchiques des enseignants. Les enseignants seraient recrutés sur profil et évalués par les seuls chefs d’établissement, à l’image de ce qu’avait institué le décret Chatel en 2012 (annulé ensuite par Robien). Les inspecteurs disparaitraient, fondus dans un corps unique avec les chefs d’établissement (ce qui est une revendication de certains syndicats) et vaguement associés comme « experts disciplinaires » au controle des enseignants.

Le second principe c’est l’autonomie des établissements, c’est à dire en fait des chefs d’établissement. JM Blanquer s’en défend. En 2016 il nous disait :  » L’autonomie des établissements n’est pas synonyme de caporalisation mais de travail d’équipe. C’est une logique de responsabilisation ». Mais il souhaite que les chefs d’établissement aient une large liberté pour affecter la dotation horaire entre les disciplines.

Troisième principe : les fondamentaux, réduits par JM Blanquer aux seuls français et maths. Au primaire, ces deux disciplines représenteraient 20h / 26 h d’enseignement (actuellement il y a 24h d’enseignement). Dans le secondaire, elles représenteraient 10 heures hebdomadaires au minimum. Les collèges comme les écoles doivent être libres d’adapter le curriculum à leurs besoins. Autrement dit maths et français pourraient prendre le temps des autres disciplines.

Le quatrième principe en découle : c’est la hiérarchisation. Sous prétexte « d’intelligences multiples », pourtant peu développées au primaire, le nouveau « collège commun » préparerait des parcours spécifiques pour les élèves. Ceux ci seraient réunis en « groupes de compétences », une formule qui pourrait bien se réduire à des groupes de niveau. Enfin il recommande dans son livre la fin de la poursuite d’études supérieures pour les bacheliers professionnels.

Des idées mises en application en 2017 ?

Si on retrouve dans son livre l’essentiel du programme qui sera celui d’E Macron, ce n’est évidemment pas par hasard. « Une de mes lignes de conduite sera d’évaluer ce qui marche. Ma démarche sera scientifique. Quand on fait quelque chose on regarde si ça a des résultats positifs. Si oui on continue. Sinon on fait autre chose ». Le 17 mai 2017 , JM Blanquer revient sur l’évaluation pour légitimer les futurs choix politiques. Mais l’auto évaluation par le ministère des politiques  ministérielles n’a qu’une seule valeur : celle de faire taire les opposants et d’influencer l’opinion.

Sur JM Blanquer : entretien de 2016

En 2014

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Gazette d’@rrêt sur images, n°492. Edouard Philippe, et ses transparences à géométrie variable

Gazette d’@rrêt sur images, n°492

A l’origine, il ne s’agissait pour lui que de filmer son « pote de droite », un vieux copain de classe prépa, Edouard Philippe, maire du Havre. Mais voilà que le vieux pote, contre toute attente, est bombardé Premier ministre. Alerte générale ! Du coup, le documentaire est scruté à la loupe. Et le moindre détail prend des proportions inattendues ! Laurent Cibien, pote de gauche du Premier ministre, raconte sur notre plateau le tournage, et ses coulisses. Notre émission est ici (1).

Transparent avec son « pote », Edouard Philippe l’a été nettement moins avec la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qu’il a sèchement envoyée au bain, par exemple à propos de la valeur actuelle de ses propriétés immobilières. Nous le rappelons sur le plateau, avec quelques détails. Car en ce quinquennat naissant, nous souhations être aussi attentifs au « hors champ ». Par exemple, au fiasco très discret de la fusion américaine du géant parapétrolier français Technip. Cette fusion fut jadis défendue par un ministre nommé… Emmanuel Macron. Elle était conseillée part une banque nommée Rothschild. Conflit d’intérêt ? Pour creuser, il ne faut pas compter sur vos medias préférés. Notre enquête est ici (2).

Daniel Schneidermann

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