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Guérilla ou pas, la révolution Blanquer en marche…

Pour faire la paix, il faut être deux. Et encore faut-il participer au même conflit. Alors qu’on se focalise sur le conflit des examens, un autre mouvement, nettement plus radical, se développe : l’éradication de la cogestion dans l’Education nationale. L’intersyndicale du second degré et les mouvements qui y sont rattachés continuent toute la semaine des actions contre les examens : des blocages des centres de correction du bac pro le 24 juin à la grève de la surveillance du brevet le 27 juin. Le ministère lui mène une autre bataille. De l’annonce du décret imposant une semaine de travail supplémentaire obligatoire pour formation à la loi de transformation de la fonction publique, c’est la mise au pas finale des syndicats qu’il poursuit.

50 000 copies en rétention

L’intersyndicale du second degré (Snes, Snep, Snuep, Snetap, Cgt Educ’action, Cgt Agri, Cgt Enseignement Privé, Sud Education, Sud Rural-Territoires, Sundep, Snalc, Cnt, Synep-Cfe-Cgc, Snec-Cftc, des Stylos rouges, de la Chaîne des Bahuts et de l’Apses) poursuit toute la semaine ses actions sur le déroulement des examens pour marquer son opposition aux réformes des lycées. Cela commence le 24 juin avec le blocage des centres de correction du bac professionnel. Et cela se termine le 27 juin avec la grève des surveillance du brevet. Cette journée sera aussi marquée par des grèves et des manifestations dans toute la fonction publique à la fois en vue de la négociation salariale fixée au 2 juillet et en réponse à la loi de transformation de la fonction publique.

Ces derniers jours des professeurs de philosophie de l’académie de Rouen, des professeurs de SES de Créteil ont rejoint le mouvement de rétention des notes. Les opposants aux réformes revendiquent déjà la rétention de près de 50 000 copies d’examen. Le mouvement de blocage des centres de correction devrait être assez efficace pour le bac professionnel et pourrait s’étendre à la correction du brevet, opérée là aussi en centres après le 28.

Même pas peur

Mais visiblement tout cela n’effraie pas le ministère. Lors du CTM du 13 juin, le ministère a refusé de revenir sur son projet de décret supprimant une semaine de congés au nom de la formation continue obligatoire. Il a même rejeté l’idée de publier à l’avance le calendrier de ces périodes de formation de façon à ce que les enseignants puissent au moins organiser leurs congés.

Mardi 25, le Sénat étudiera l’amendement Brisson sur l’annualisation du temps de travail des enseignants. Une vieille revendication des Républicains qui doit aboutir à faire travailler plus longtemps les enseignants pour le même salaire si elle était adoptée.

La fin de la cogestion

Cette loi sur la fonction publique, qui est en discussion au Sénat en ce moment,  retire aux syndicats leur droit de regard sur les mutations et l’avancement des enseignants. Autant dire qu’elle scie le pouvoir syndical à sa racine. En plus elle renforce considérablement le pouvoir de la hiérarchie immédiate sur les enseignants. Elle devrait être adoptée , comme la loi Blanquer, d’ici la mi juillet.

Ne nous y trompons pas. Nous vivons un moment historique dans l’histoire de l’Ecole. Cette loi va mettre fin à plus d’un demi siècle de cogestion dans l’Education nationale. Avec elle , l’influence syndicale, déjà bien atteinte, va fortement s’atténuer. L’administration ne connaitra plus le controle syndical sur l’évaluation et l’affectation des enseignants.  Elle va enfin atteindre un rêve :  aller au bout de ses ambitions de gestion sans rendre de comptes.

Ce projet a des soutiens puissants dans la société puisque ce n’est rien d’autre que l’application des principes libéraux dans un ministère où ils ne sont pas bienvenus. Ecoutons F Dubet , dans une récente Note de la Fcpe :  » Pour qui connaît l’histoire, les traditions, les coutumes et l’imaginaire de l’Éducation nationale française, l’affirmation aussi nette de ces principes annonce une révolution. Le recrutement des enseignants par les établissements mettra à mal la conception traditionnelle de l’autonomie professionnelle des enseignants et privera les syndicats d’une de leurs principales ressources, celle de la « cogestion » des carrières. Le transfert de l’inspection vers un système d’audit et de renforcement du pouvoir des chefs d’établissement sera, lui aussi, perçu comme une révolution : au pouvoir lointain du ministère et de l’inspecteur se substituera un pouvoir proche. Enfin, le système modulaire du lycée et la réforme du baccalauréat bousculeront la hiérarchie des disciplines, entre celles qui resteront nationales et celles qui tomberont dans le contrôle continu… Il ne faut pas voir dans la philosophie scolaire de Jean-Michel Blanquer une série de « mesurettes », mais une rupture profonde. Si ses propositions en venaient à s’appliquer, c’est le coeur de l’institution lui-même qui en serait bouleversé. »

On perçoit déjà les effets de cette rupture à la fois dans les sanctions qui frappent des militants syndicaux (ceux de Bobigny récemment) et dans des décisions imposées par l’administration. Mais on le voit aussi dans l’émergence des nouveaux mouvements comme les Stylos rouges ou le #pasdevagues qui marquent aussi à leur manière la faiblesse syndicale.

La révolution libérale menée par JM Blanquer est en train de franchir une étape décisive. L’enjeu c’est la poursuite de ses réformes et notamment la mise en concurrence des établissements et la libéralisation de la formation et de l’embauche des enseignants. C’est l’alignement de l’école française sur le modèle anglo saxon. Malgré la guérilla de l’intersyndicale du second degré, il le fait jusque là sans rencontrer une opposition forte.

L’appel de l’intersyndicale

L’appel fonction publique

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Loi sur la fonction publique : le retour des amendements Brisson

Annualiser le service enseignant, soumettre son affectation au bon plaisir du chef d’établissement : Max Brisson, sénateur LR et rapporteur de la loi Blanquer au Sénat, n’avait pu inscrire ces idées dans la loi Blanquer. Il commence à y réussir dans la loi de transformation de la fonction publique, examinée par le Sénat le 20 juin.

Rejetés lors de la commission mixte paritaire sur la loi Blanquer, les amendements présentés par Max Brisson (LR), rapporteur de la loi Blanquer  au Sénat, tentent de revenir à l’occasion de l’examen de la loi de transformation de la fonction publique. Ce texte porte déjà de nombreux éléments négatifs comme la quasi suppression des commissions paritaires et les « nouveaux leviers manageriaux » accordés aux chefs d’établissement. Max Brisson s’est parfaitement ajusté à l’esprit de la loi en proposant l’amendement 202. Celui-ci donne au chef d’établissement un droit de regard sur l’affectation des enseignants :  « Il est associé à la décision d’affectation dans son établissement d’un enseignant ou d’un personnel d’éducation ». Les commissions paritaires n’étant plus à même d’intervenir sur l’affectation, les enseignants seraient donc affectés selon le bon plaisir de l’administration  académique et des chefs d’établissement. Cet amendement a été adopté par le Sénat. Max Brisson a retiré d’autres amendements  qui visaient à augmenter le nombre d epostes à profil, rétablir le « contrat de mission » envisagé pour la loi Blanquer et empêcher que les professeurs agrégés soient nommés en collège.

Le Sénat va examiner le 25 juin l’article 18 de la loi de transformation de la fonction publique pour lequel Max Brisson a déposé un amendement instaurant l’annualisation du service des enseignants du second degré (amendement 203) : « Les obligations de service des enseignants du second degré sont définies sur une base annuelle ». Selon M Brisson,  » la définition hebdomadaire du service d’enseignement entraîne la perte d’un grand nombre d’heures de cours ». Il s’agit de les faire faire aux enseignants…

Amendement 202

Amendement 203

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Le ministère décidé à supprimer une semaine de congés

Le Comité technique ministériel a une seconde fois examiné le projet de décret imposant la formation continue durant les congés dans la limite de 5 journées par an. Le texte avait été présenté une première fois le 13 juin. Le décret précise : « Une allocation de formation est attribuée aux personnels enseignants de l’éducation nationale qui bénéficient lors des périodes de vacance des classes, à l’initiative de l’autorité compétente ou après son accord, d’actions de formation professionnelle relevant du 2°, du 3°, du 4° et du 5° de l’article 1 du décret du 15 octobre 2007, et qui ont été approuvées par le recteur. Dès lors qu’elles sont réalisées à l’initiative de l’autorité compétente, ces actions de formation n’excèdent pas, pour une année scolaire donnée, cinq jours lors des périodes de vacance de classes ». A nouveau le ministère a refusé les amendements syndicaux réservant cette mesure aux volontaires. Et à nouveau les syndicats présents (Fsu, Unsa , Sgen Cfdt et Snalc) ont voté contre le texte. Le ministère semble décidé à passer en force ce texte qui supprimera une semaine de congés pour tous les enseignants.

Le texte présenté le 13 juin

Le projet de décret

Notre article du 15 avril

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600 postes supprimés à la rentrée enseignement professionnel

Selon le Snuep Fsu, 600 postes seraient supprimés à la rentrée dans l’enseignement professionnel.  Le calcul a été fait par le syndicat à partir des remontées des académies. Ces suppressions résulteraient de l’application de la réforme qui réduit de façon substantielle les heures d’enseignement, notamment en enseignement général. « Aucun personnel supplémentaire ne sera affecté dans les lycées difficiles et ce malgré les alertes aux rectorats ou celles sur les réseaux sociaux comme le phénomène « # pas de vagues » », souligne le Snuep Fsu.

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Conflit aux urgences : « Nous ne nous arrêterons que lorsque nous aurons obtenu ce que nous voulons »

par Thomas Clerget 20 juin 2019

Parti de la base, des aides-soignants et des infirmières, le mouvement des urgences n’a cessé de s’étendre depuis trois mois, avec près de 120 services concernés. En réponse à l’indifférence du gouvernement, la contestation s’est aussi durcie. Les enjeux du bras de fer engagé par les soignants face à un ministère de la Santé apathique sont cruciaux : être en mesure de soigner celles et ceux qui en ont besoin dans de bonnes conditions, sortir de l’épuisement et d’un sous-effectif permanent, pouvoir de nouveau être fier de son travail, et sauver l’hôpital public que le gouvernement laisse tomber en ruine. Reportage et témoignages.

Symbole d’un hôpital public poussé dans ses derniers retranchements par une décennie d’austérité, le mouvement de grève dans les urgences s’est propagé comme une traînée de poudre. Lancé mi-mars par les aides-soignants et infirmiers de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, il s’est étendu aux autres hôpitaux de la capitale, et toucherait désormais, selon le collectif « Inter-urgences » qui l’anime, plus de 110 services à travers le pays. « De nouveaux services nous rejoignent tous les jours », prévient Abdel, l’un des initiateurs du mouvement. Une contestation que le gouvernement a d’abord fait mine d’ignorer, mais qu’il surveille depuis comme le lait sur le feu, tant elle pourrait faire tâche d’huile au sein des hôpitaux, voire au-delà.

Blouse de travail mauve, recouverte d’un sweet floqué du logo des urgences de Saint-Antoine, Abdel, un aide soignant de 45 ans, reçoit devant l’entrée du bâtiment. Malgré la grève, les « paramédicaux » – infirmiers et aides-soignants – n’ont pas tout loisir de répondre aux journalistes. Pour des raisons évidentes, il n’est pas question que les urgences baissent le rideau. Chaque jour, les personnels sont donc assignés par la direction : comptabilisés comme grévistes, ils doivent en fait travailler, accomplir leur journée ou leur nuit complète.

« Tu as beau soulever les problèmes, écrire des courriers, il ne se passe rien »

Puisqu’il est impossible de bloquer le fonctionnement du service, dans un premier temps « l’aspect symbolique s’est révélé essentiel », pointe Abdel. Tout en s’affairant auprès des usagers, les grévistes arborent des autocollants « Urgences en grève ». Leur mouvement s’inscrit aussi dans le décors du lieu de travail : les portes vitrées, les couloirs, l’accueil, sont constellés d’affichettes annonçant les mots d’ordre de la grève, et reflétant l’immense raz-le-bol du personnel. Tentée, au début, de les faire retirer, la direction a fini par renoncer.

Aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine (TC/Bastamag)

« C’est de la colère et de la fatigue, résume Candice, qui fait elle aussi partie des pionniers de la grève. La fatigue, à cause des 150 patients dont on s’occupe tous les jours. La colère, parce que tu as beau soulever les problèmes, écrire des courriers, il ne se passe rien… » L’interview avec Candice et Abdel s’improvise sur un muret en début de soirée, quand l’équipe de nuit remplace celle de l’après-midi. A l’intérieur des urgences de Saint-Antoine, « les journalistes ne sont pas autorisés », comme nous l’a expliqué une cadre de santé.

10 000 postes supplémentaires, « zéro hospitalisation brancard »

A Saint-Antoine, le 13 janvier, un patient a agressé trois soignants : c’est « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Ces problèmes vont croissants, raconte Candice. Chaque jour tu te demandes : « Est-ce que ça va être moi ? » Ça peut être des crachats, des insultes, des menaces… » De 10 millions de passages en 1996, les urgences françaises en ont enregistré 21 millions en 2016. Les effectifs n’ont pas suivi. « A force d’attendre, les gens deviennent parfois agressifs, explique Abdel. Ici de nuit, il y a six heures d’attente en moyenne, mais ça peut être davantage. »

Le collectif Inter-urgences s’est constitué courant avril. 23 services d’accueil des urgences (SAU), sur les 25 de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), ont ensuite rejoint le mouvement. De quoi donner des sueurs froides à son directeur général Martin Hirsh, l’ancien dirigeant d’Emmaüs et haut-commissaire aux Solidarités actives du gouvernement Fillon. D’autant que le mouvement, comme d’autres, a émergé de manière éruptive depuis la base, avec le soutien de syndicats mais pas à leur initiative. Au niveau national, Inter-urgences réclame notamment la création de 10 000 postes et l’ouverture de lits « en aval », au sein de l’hôpital, pour atteindre « zéro hospitalisation brancard ». Chaque service, partout en France, a également ses revendications spécifiques, telles les questions de sécurisation à Saint-Antoine

« Je n’ai plus le temps de parler avec les patients, ni avec leurs proches »

« La situation est épuisante, décrit Abdel. Ça n’est plus quelque chose d’humain. Il y a tellement de gens qui te demandent un soin, mais on n’est pas assez nombreux ! On s’excuse trente fois, et puis à la fin, la personne a fait sur elle… » « Je n’ai plus le temps de parler avec les patients, ni avec leurs proches, confirme Candice, de leur expliquer pourquoi ils attendent aussi longtemps. Je n’arrête pas de répéter « Je reviens ! » Et quand je dois faire une toilette, par exemple, j’y passe moins de dix minutes, alors qu’à l’école on nous dit qu’il en faut 30. »

« La pression physique et psychologique est permanente, poursuit Abdel, qui attaque à 21h et finit le matin à 7h. Souvent on ne prend pas de pause, voire on ne va pas aux toilettes. On mange à côté des patients, parce que personne ne peut prendre notre place. Quand un usager a besoin d’aide, et que tu ne peux pas l’aider, je comprends que certains pètent les plombs. On rentre chez nous en ayant l’impression d’avoir mal fait notre boulot… Bref pour tenir, il faut un mental de fer. »

« On est obligés d’occuper toutes les fonctions à la fois : aide soignante, infirmière, vigile, secrétaire… »

Corinne, une aide soignante aux urgences de nuit à l’hôpital Saint-Louis (10ème arrondissement) – un hôpital qui aurait connu plusieurs suicides au sein de son personnel – raconte aussi les effets du sous-effectif : « On est obligés d’occuper toutes les fonctions à la fois : aide soignante, infirmière, vigile… Avant il y a avait des secrétaires à l’accueil des urgences. Désormais, c’est un aide soignant qui occupe le poste. » « Aux urgences de Saint-Antoine, ajoute Abdel, l’effectif minimum est fixé à dix-neuf paramédicaux. En dessous, la sécurité des patients est en jeu. Et bien on est 19 toute l’année. »

Devant le ministère de la Santé, à la fin de la manifestation nationale du 6 juin organisée par Inter-urgences (TC/Bastamag)

Conséquence : non seulement les patients sont malmenés, mais la santé du personnel se dégrade. Les urgentistes témoignent unanimement, comme Candice, de leur « grande fatigue », avec « de plus en plus d’arrêts pour burn-out ». « Chaque jour, poursuit Candice, dans les équipes tu as une ou deux personnes en arrêt maladie. On souffre de douleurs chroniques, de mal de dos, on s’enrhume tout le temps. A sans cesse forcer, on devient fragiles. »

douze ans d’ancienneté, 1500 euros nets par mois

L’absence de reconnaissance, y compris financière, pèse lourd. « On accueille tout le monde. Les gens qui ont des soucis psy, les voyageurs sur le retour, qui ont peut-être ramené une maladie, la tuberculose, des méningites, on est confronté à la précarité. Les gens qui sont dans la rue viennent également », explique Abdel. Des situations pas toujours faciles à prendre en charge, voire des maladies potentiellement contagieuses mais pas encore diagnostiquées : les urgences sont, au sens propre du terme, en première ligne.

Pour autant, les rémunérations ne suivent pas. Avec douze ans d’ancienneté, Candice reçoit 1500 euros nets par mois. Abdel, 21 ans d’ancienneté, qui travaille de nuit, entre 1800 et 1900 euros. Les infirmiers, de leur côté, touchent 150 à 200 euros de plus. Et ce n’est pas la prime de danger, qui ne dépasse pas les quelques euros par mois, qui mettra du beurre dans leurs épinards.

« Quand ton loyer est de 700 euros, tu entres dans la précarité. Soit tu te loges sur place, à proximité du travail, mais sans confort. Soit tu pars à une heure de voiture, pour être mieux installé. Mais dans ce cas tu as le temps de trajet, le coût de la voiture, de l’essence… Avec nos salaires, on est tous à découvert quasiment dès le début du mois », raconte Candice, Les grévistes font aussi d’une augmentation de 300 euros nets par mois l’une de leurs exigences centrales.

Le gouvernement ? « C’est du théâtre, ils se moquent de nous »

En réponse à leurs revendications, les soignants n’ont cessé de pointer le « mépris » des autorités. « C’est du théâtre, ils se moquent de nous », lâche Abdel, désabusé. De fait, pendant de longues semaines, la stratégie du gouvernement s’est bornée à les ignorer. La réponse a d’abord été locale, à travers des concessions apportées au cas par cas par les directions. Fin avril, la direction des AP-HP a proposé la création de 61 postes ainsi qu’une prime de 250 euros nets par an. Bien en dessous des demandes des soignants. « On s’est rendu compte que les discussions étaient stériles », résume Candice, qui a le sentiment de se retrouver, malgré elle, à négocier « comme des marchands de tapis. »

La chanson « Y’a la colère dans le cathéter », enregistrée par les urgences de Valence, totalisait 4,6 millions de vue sur Facebook le 19/06/2019.

Confrontée à l’extension du mouvement à travers le pays, la ministre de la Santé Agnès Buzin a fini par prendre la parole pour affirmer l’absence de « solution miracle » et pointer, d’abord, un problème de « désorganisation » de l’hôpital. Une ligne dont elle s’est peu éloignée depuis, et qui présente l’avantage, du point de vue de l’exécutif, d’éluder la question des moyens. En face, la détermination des soignants n’a pas flanché. « Pendant des années, on a souffert en silence, explique Marie, une infirmière de l’hôpital Lariboisière à Paris. Mais le collectif a été le point d’ancrage dont on avait besoin. Désormais, on est en contact, on se parle. On nous voit. Et on ne s’arrêtera pas tant qu’on aura pas obtenu ce que l’on veut. »

« Nous revendications légitimes sont sous-considérées »

Face à l’intransigeance du gouvernement, le mouvement s’est peu à peu durci. Dans plusieurs services, une partie du personnel a été mis en arrêt maladie, poussant parfois, comme à Lons-le-Saunier, les autorités à réquisitionner, via les forces de l’ordre, des membres de l’équipe de jour. Courant juin à Paris, à l’hôpital Lariboisière puis à Saint-Antoine, des soignants ont également dû travailler 18 heures d’affilée pour compenser l’absence de la majorité des paramédicaux, déclenchant l’ire des autorités.

Pour tenter de désamorcer la situation, Agnès Buzyn a finalement dégainé une série de mesures pour répondre aux urgentistes : une prime de danger portée à 100 euros nets par mois, une « prime de coopération » pour certains soignants auxquels les médecins délégueraient des tâches, des crédits de rénovation, ou encore une « mission nationale » de réflexion sur l’avenir des urgences, destinée à produire son rapport à l’automne 2019 [1]… « Nous revendications légitimes sont sous-considérées », a réagi Inter-urgences, qui déplore en outre la proposition de relever le plafond des heures supplémentaires, alors même que les soignants dénoncent « un épuisement professionnel ». Les soignants ont voté mi-juin la poursuite du mouvement, avec une nouvelle manifestation nationale prévue le 2 juillet.

« Il y a une embolisation des urgences »

« Pour en arriver à de telles extrémités, c’est vraiment qu’un stade a été franchi, note le sociologue Frédéric Pierru, spécialiste de l’hôpital. Les conditions d’accueil sont devenues littéralement inhospitalières. » Tout en reconnaissant l’importance de la question des moyens, ce chercheur au CNRS fait partie des spécialistes qui invitent à élargir le point de vue : « La crise des urgences est aussi un symptôme de la désorganisation de l’amont et de l’aval de l’hôpital. En amont, développe-t-il, une frange de la population est chassée de la médecine de ville. En aval, il n’y a plus assez de lits, notamment pour les personnes âgées. Il y a donc une « embolisation » des urgences : d’un côté les gens afflux, de l’autre il n’y a pas de point de sortie. C’est une crise structurelle. » 60 à 70 % des patients se rendant aux urgences n’auraient pas d’autres possibilités pour accéder à un médecin [2].

Le « grand plan de transformation du système de santé » annoncé par le gouvernement, en cours de discussion au Parlement, prétend s’attaquer à ces problématiques. Sur l’amont, l’exécutif prévoit que la dernière année des études de médecine générale se transforme en année de « pratique », sur des zones insuffisamment pourvues. Une incitation à l’installation, sous forme d’exonération de cotisations, est aussi dans les tuyaux. Le gouvernement veut également créer plusieurs catégories d’établissement hospitaliers, avec la désignation de 500 à 600 « hôpitaux de proximité », recentrés sur la médecine générale, la gériatrie et la réadaptation, les spécialités et la chirurgie étant réservées aux grands pôles hospitaliers.

« Les gouvernements ont été impitoyables avec l’hôpital et d’un laxisme incroyable avec la médecine libérale »

Ces mesures, prévues pour l’horizon 2022, permettront-elles une sortie de crise ? Tout en notant une évolution du discours, plus attentif à considérer l’organisation d’ensemble du système de santé, Frédéric Pierru en doute : « On persiste dans les erreurs passées. Les incitations financières ne fonctionnent pas. » Pour garantir l’accès à la médecine de ville, le sociologue prône une remise en cause de la liberté d’installation des médecins, qui « ne se justifie plus », ainsi qu’une « lutte féroce contre le dépassement d’honoraire ». « Les gouvernements, ajoute-t-il, ont été impitoyables avec l’hôpital, et en même temps d’un laxisme incroyable avec la médecine libérale, dont les syndicats leurs inspirent une peur panique. »

Concernant les moyens, « il faut donner de l’air à l’hôpital, poursuit Frédéric Pierru, avec une volonté politique de répondre à l’urgence. Si on veut réorganiser le système, il faut investir. Le gouvernement compte-t-il s’en donner les moyens ? J’en doute fortement. » Pour le chercheur, les lignes de financement qui ont été décidées pour les années à venir « ne sont pas à la hauteur » [3].

« Les besoins sont déconnectés des moyens depuis des années, constate le journaliste de Mediapart Romaric Godin, dans une analyse rapprochant la détresse des soignants hospitaliers des choix économiques récents. Le tournant date de 2010, lorsque Nicolas Sarkozy décide de s’engager dans une voie austéritaire. (…) La sortie de crise du secteur de la santé passe par un renversement de la politique économique permettant d’investir pour l’avenir en rattrapant les années de retard. Mais il n’en est évidemment pas question. » « La politique de santé est devenue avant tout une politique budgétaire décidée à Bercy, juge Frédéric Pierru. Le ministère de la Santé, lui, se charge surtout de la communication. » Agnès Buzyn sera-t-elle la ministre qui aura laissé mourir l’hôpital, abandonné sur le brancard de l’austérité ?

Thomas Clerget

 Photo de une : Devant le ministère de la Santé, à la fin de la manifestation nationale du 6 juin 2019 (Thomas Clerget/Bastamag)

Notes

[1] Lire cet article de Libération.

[2] Selon la classification clinique des malades aux urgences (CCMU), lire cet article du Monde.

[3] Il s’agit notamment de l’« objectif national de dépenses d’assurance maladie » (Ondam), inscrit dans les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS).Voir par exemple ici.

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Bac : en grève sans «déranger les élèves»,Par Marie Piquemal , Sarah Finger, (à Montpellier) et Marlène Thomas Libé

Le faible taux de grévistes affiché par le ministère de l’Education lundi a pu atteindre 50 % dans certains lycées, les profs se refusant toutefois à perturber réellement l’épreuve.

Le scénario était écrit à l’avance. Pour le ministre de l’Education, l’appel à la grève des enseignants pour le premier jour des épreuves du bac devait se solder par un fiasco. Jean-Michel Blanquer l’avait répété en boucle, «les épreuves du bac se dérouleront sans difficulté». Résultat : «Pas une seule épreuve bloquée, tout va bien», a frétillé dès la mi-journée son entourage.

Légitimité

Les chefs d’établissement avaient, il est vrai, carte blanche pour mobiliser des surveillants supplémentaires, destinés à remplacer les profs grévistes… Les plans B (de tout genre) ont parfaitement fonctionné. Peut-être faudra-t-il les réactiver pour les prochains jours. Réunie en fin de journée lundi, l’intersyndicale devait déposer un préavis de grève pour les enseignants qui par endroits décideraient de poursuivre le mouvement. Un appel à la grève est par ailleurs lancé pour le premier jour du brevet, le 27 juin.

Le ministère parviendra-t-il à réitérer le sans-faute affiché lundi ? A dire vrai, les enseignants grévistes l’ont cette fois plutôt aidé. Aucun n’avait envie d’empêcher leurs élèves de passer cet examen final à forte portée symbolique. «Ce n’est pas facile d’être là et de ne pas surveiller. J’ai deux classes de terminale que je prépare au bac depuis un an», confiait Alain, prof de maths gréviste croisé devant son lycée Paul-Valéry, dans le XIIe arrondissement à Paris. Où le piquet de grève était assez original : pas de barrage, ni de blocage filtrant. Ni même slogan, ou coup d’éclat. «L’idée n’est pas de déranger les élèves pendant l’épreuve. On ne veut pas faire de bruit.» Autre situation peu commune : à Montpellier, le proviseur du lycée Jean-Mermoz était sur le perron de son établissement, dans un calme olympien au point de saluer la «responsabilité» des grévistes : «Ce matin, 846 élèves passent l’épreuve de philosophie sans problème de surveillance. On a convoqué plus d’enseignants, autrement dit on a surbooké. Les grévistes ont fait preuve de responsabilité, ils nous ont avertis.»

Au bas des marches, à l’ombre de quelques drapeaux SUD, les intéressés affichent un calme identique. Mais tous sont certains de la légitimité de leur mouvement. «C’est notre devoir de faire grève. On s’élève contre cette réforme Blanquer parce qu’elle entraîne une dégradation profonde des inégalités et de notre système scolaire», résume Françoise, prof de lettres, syndiquée au Snes-FSU (majoritaire dans le secondaire). A ses côtés, Eric, prof de philo et lui aussi adhérent au Snes, acquiesce : «La question des inégalités est centrale dans notre mouvement. On va se retrouver avec un bac à valeur locale, l’orientation des élèves se fera en fonction d’examens locaux… Un bac passé chez moi, à Lunel, n’aura pas la même valeur qu’un bac décroché à Henri-IV.» Marine Trégan, cosecrétaire académique de SUD, insiste quant à elle sur l’ampleur de ce mouvement : «Nous avons des profs mobilisés de la maternelle à l’université. La réforme Blanquer affecte en effet tout le parcours de l’éducation.»

Invisibilité

Les premières estimations de la mobilisation, communiquées par le ministère à la mi-journée, étaient de l’ordre de 5,3% d’enseignants grévistes dans le secondaire (englobant donc collèges et lycées). «On était 50% de grévistes à Van Dongen ce lundi. Ça ne veut rien dire 5 %, il avait annoncé ce chiffre avant ! peste Elizabeth, prof d’histoire-géo en Seine-et-Marne (lire page 5). Même si l’épreuve a eu lieu, c’est un succès qui montre bien qu’on a le sentiment que notre ministre ne nous écoute pas.» Ces derniers jours, plusieurs enseignants interrogés craignaient une invisibilité de leur mouvement, à l’image de leurs actions ces derniers mois. D’où cette grève le jour du bac, avec l’espoir que parce que c’est symbolique, les médias en parlent.

Des rassemblements étaient prévus dans plusieurs villes. A Paris, le rendez-vous était rue du Bac (le prof est blagueur), dans le VIIe arrondissement. Des bureaux de classe étaient installés dans la rue pour l’occasion. Ils étaient, selon l’AFP, quelques centaines de manifestants, à se convaincre que cette mobilisation était utile. L’ambiance était plutôt bonne, avec du soleil (rare), des chants («Même si Blanquer ne le veut pas, nous, on est là») et des pancartes («Avec tes économies Blanquer, le lycée prend cher»). Repérée aussi, à partir du sujet de philo du matin : «Les lois peuvent-elles faire le bonheur ? Pas la vôtre, monsieur Blanquer.» La mobilisation a failli tourner au vinaigre boulevard Raspail. Un cordon de policiers barrait la route du cortège. Célestine, membre du collectif Stylo rouge : «Ils nous ont placés loin, là où il n’y a personne, alors on essaie de se faire entendre.»

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Pourquoi les vrais chiffres du brevet des collèges sont inquiétants

87% de réussite ? Non : 47% si l’on prend en compte les seuls résultats aux épreuves terminales.

Par Gurvan Le Guellec Publié le 24 octobre 2018 à 10h40

Tout le monde ou presque obtient son brevet ? Oui… mais grâce au contrôle continu ! Les 87.1% de collégiens lauréats de la session 2018, (dont 64.5% avec mention) cachent une réalité un peu plus inquiétante. Soit un taux de réussite aux épreuves finales du brevet de tout juste 47% ! C’est ce que révèle ce mercredi 24 octobre  la toute dernière étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), cette instance poil à gratter que le ministre Jean-Michel Blanquer a décidé – hélas – de supprimer.

Dans son « Panorama des inégalités scolaires d’origine territoriale dans les collèges d’Ile-de-France », le Cnesco est allé chercher un indicateur fiable du niveau des élèves en fin de 3e. Il a donc collationné les résultats bruts du brevet – que tout le monde connaît, et qui prennent en compte le contrôle continu à 50% – et ceux, jamais publiés, de l’examen à proprement parler, composé d’un oral et de quatre épreuves de maths, de français, de sciences et d’histoire-géo.

Schizophrénie

Et surprise : ces résultats ne coïncident aucunement ! Alors que le taux de réussite du brevet en Ile-de-France est officiellement de 87.3% (chiffres 2017), les candidats de l’enseignement public obtenant la moyenne aux épreuves terminales ne sont que 42.8% ! Ce qui témoigne, au choix, du peu d’implication des élèves dans cet examen sans enjeu ou de la schizophrénie des enseignants, capables de noter sèchement des copies anonymes, tout en surnotant leurs propres élèves tout au long de l’année.

Les chiffres du Cnesco, qui a opéré une analyse très fine des résultats, collège par collège, indiquent par ailleurs que les performances et les pratiques de notation varient considérablement selon les établissements. Si le contrôle continu ne permettait pas de redresser les notes, le taux de réussite aux épreuves atteindrait 57% dans les collèges favorisés de Paris ou des Hauts-de-Seine (ce qui est déjà très peu…), mais ne dépasserait pas 25% dans les territoires les plus défavorisés : 23% dans le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis, 21% en Essonne, 19% dans le Val-d’Oise et même 15% dans les Yvelines !

Des élèves « redressés »

Est-ce à dire que 85% des jeunes habitants de Trappes, Mantes ou les Mureaux ne maîtrisent pas les connaissances et compétences de base du socle commun ? Non, puisque le contrôle continu permet de rattraper miraculeusement les choses.

Dans les territoires les plus défavorisés d’Ile-de-France, le taux de réussite au brevet, une fois l’ensemble des notes prises en compte, atteint ainsi les 83%. Cela représente un de bond de 60 points par rapport à la proportion d’élèves obtenant la moyenne aux épreuves ! Les élèves des banlieues favorisées, eux, ne sont redressés « que » de 38 points (90% de réussite au brevet pour 52% de réussite aux épreuves).

Et c’est ainsi que l’Education nationale, sans traiter au fond la question des inégalités scolaires au collège, parvient à produire chaque année un examen égalitaire. Abracadabra !

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Grève des examens : prolongations locales

 » Les organisations syndicales représentatives du public et du privé, de l’enseignement agricole ainsi que les Stylos rouges et la chaîne des bahuts, appellent les personnels à continuer à se réunir en assemblées générales, et à poursuivre la grève là où elle a été ou sera décidée ». Réunie le 17 au soir, l’intersyndicale du second degré (Snes Fsu, Snuep Fsu, Snetap Fsu, Cgt, Cgt agricole, Sud éducation, Sud territoires, Snalc, Sundep, Cgc) à laquelle s’ajoutent les stylos rouges, la Chaine des bahuts et la CNT, couvre par des préavis les grèves locales.

 » L’appel intersyndical à la grève de la surveillance des épreuves ce lundi 17 juin a été bien suivi. En dépit de la communication lénifiante du ministre de l’Education nationale, les centres d’examens ont été obligés de faire des sur-convocations, des pressions, des appels à d’autres personnels. Les épreuves se sont déroulées, parfois au prix de conditions inacceptables », note l’intersyndicale.

Plusieurs assemblées locales ont pris les devants et décidé de prolonger la grève. C’ets le cas à Lyon où une assemblée de 300 grévistes a voté la prolongation de 24 heures de la grève. Dans l’académie de Toulouse, différents modes de prolongation ont été votés selon les départements.

Pour autant, l’intersyndicale n’appelle pas à continuer partout la grève. Elle s’en remet aux décisions locales. La grève annoncée pour le 27 juin est à confirmer.  » Déterminées à poursuivre l’action, les organisations appellent à mettre en débat la grève le jeudi 27 juin, premier jour de la surveillance du brevet des collèges et journée d’action interfédérale contre la loi Fonction publique et pour la revalorisation des salaires. »

Grève du bac : la stratégie du pire

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Grève du 17 : une contestation nationale

« Je dirais au ministre qu’on est plus sur un divorce que sur un mariage ». La petite phrase de Jean-Rémi Girard, président du Snalc, en réponse au « petit pli à la robe de la mariée » évoqué le matin même par JM Blanquer, donne le ton de la journée de mobilisation réussie du 17 juin même si les épreuves du bac ont eu lieu partout. En fin de journée l’intersyndicale du 2d degré appelle les enseignants à décider en assemblée générale la poursuite ou non du mouvement.

Une grève nationale

 » Cette grève est incompréhensible. Qu’elle soit le jour du bac n’est pas acceptable ». Sur France Inter, le 17 au matin, JM BLanquer dénonce « la prise d’otage du système » du fait de l’appel à la grève lancé par l’intersyndicale (Snes Fsu, Snuep Fsu, Snetap Fsu, Cgt, Cgt agricole, Sud éducation, Sud territoires, Snalc, Sundep, Cgc) pour le 17 juin, premier jour du grève. JM Blanquer ne comprend pas un mouvement alors que, selon lui « on a fait plusieurs mois de concertation ». Pour lui les syndicats feraient la fine bouche. « On dit « Il y a un petit pli a la robe de la mariée », explique t-il. Il se plaint d’une « agressivité décalée » de certains syndicats. Il annonce que les épreuves vont se passer normalement.

Pourtant ce qui ressort des dépêches c’est que la grève a une dimension nationale, avec des nombres de grévistes très variables d’un établissement à l’autre. A Toulouse, une AG des professeurs réunit un millier de personnes. A Pantin 70 enseignants sont réunis le matin devant le lycée Aubrac. Au lycée Bourdelle de Montauban, la surveillance est assurée par des étudiants, des inspecteurs et des personnels de direction, assure le Snes local. A Paris la manifestation réunit plus d’un millier de professeurs. Un groupe d’enseignants du collectif « Bloquons Blanquer » manifeste devant la victoire de Samothrace dans le musée du  Louvre. Parfois ça se passe mal comme au lycée agricole de Montauban où la police évacue des grévistes manu militari.

Quel taux de grévistes ?

Le ministère annonce finalement 5% de grévistes dans le second degré et 0.5% dans le premier. Des chiffres démontés par M Piquemal dans Libération. « Les proviseurs ont convoqué les professeurs les moins susceptibles de faire grève… Les professeurs en lutte depuis des mois n’avaient pas d’obligation de service ce lundi. Or comment faire grève quand on ne travaille pas ? ».

Le taux réel de grévistes est évalué à 25 à 50%. « Il s’est passé des choses à peu près partout », remarque Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes Fsu, interrogée par le Café pédagogique. « Le mouvement n’est pas le souci de quelques collèges. L’inquiétude est partagée », note-elle. Interrogé par le Café pédagogique, Jean-Rémi Girard, président du Snalc, estime que la majorité des enseignants est hostile à la réforme du lycée.

Un mécontentement plus vaste que la réforme du lycée

A Paris, dans la manifestation on distribue de faux sujets de philosophie du bac. « Communiquer est-ce dialoguer ? » ou « Peut-on économiser sur l’essentiel ? »…  Interrogé par le Café pédagogique, Pierre Jean-Luc, professeur de SES à Vendoeuvre (54) est venu manifester à Paris  contre le « plan social » qui frappe les ES du fait de la réforme du lycée. « Dans mon lycée on est trois . Quand je partirai en retraite l’année prochaine il n’y aura plus que deux professeurs de SES ». Pour lui la réforme « agrège les mécontentements liés au salaire, à la réforme de la fonction publique ». Le ministre « a tout fait pour en arriver là », à cette grève un jour de bac.

« Il va falloir que le ministre sorte de sa tour d’ivoire », nous dit F Rolet. « S’il ne fait rien on a des mouvements qui demandent la reconduction des actions ». Elle évoque la transformation du métier du fait du futur bac 2021 qui va transformer les enseignants en évaluateurs. « Le troisième trimestre sera utilisé que pour des évaluations », note-elle pour la 1ère et la terminale. « On voit tous les travers de la réforme dans les difficultés pour les élève à obtenir la spécialité demandée ». Du coup, pour elle, « le mouvement est durable. On ne peut pas continuer comme cela ».

Grève du bac : la stratégie du pire

Dans Libération

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Un milliard et demi pour le SNU

Dans un entretien accordé au Parisien, G Attal estime le cout du Service national universel à un milliard et demi quand il sera vraiment universel, c’est à adire pas avant 2026. Un coût important pour un dispositif rejeté par des organisations de jeunesse et dont les finalités semblent bien floues.

On parle « d’appelé », l’encadrement est en partie militaire, le service national universel semble ravir tous les nostalgiques du service militaire , c’est à dire des adultes plutôt agés. Lancé par G Attal le 17 juin pour 2000 jeunes volontaires, le SNU comprend 12 jours de vie en collectivité avec lever du drapeau le matin, vie de chambrée , activités physiques et stage de défense.  Ces deux semaines sont suivies de deux semaines dans une association. L’utilisation du portable et du tabac sont proscrits.

Présenté comme un stage éducatif et inscrit au budget de l’éducation nationale, le SNU échappe pourtant largement à l’éducation. Les 4 modules de formation obligatoires l’attestent : défense , sécurité, code de la route et promotion de la santé, tous relèvent d’un autre ministère. L’encadrement fait largement appel à d’anciens militaires. Le coût est évalué à 2000 euros par « appelé ». A terme il devrait couter , selon G Attal dans Le Parisien, 1.5 milliard.

Ce projet voulu par le président de la République est activé au moment où celui ci vise les voix de la droite. Il oppose vieux et jeunes. Dès 2018,14 organisations de jeunesse (Fage, Unef, SGL, UNL, JOC, Jets d’encre, Animafac etc.) ont pris position contre le SNU. Pour ces associations, la mixité sociale se construit et se décrète pas. Elles sont aussi contre l’obligation faite de participer au SNU et suggèrent au gouvernement d’utiliser cet argent à l’accompagnement des jeunes en difficulté, à la prévention des risques ou encore au passage du Code de la route. Alors que l’éducation nationale a abandonné les programmes de mixité sociale dans les collèges, croire que celle ci va exister en chantant la Marseillaise 15 jours est aventuré. Le service national ne visait pas la mixité sociale mais la défense du pays.

Document ministériel

Appel 14 organisations de jeunesse

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Les lois Blanquer et de Fonction publique votées avant les vacances

Un décret présidentiel convoque le Parlement à partir du 1er juillet pour l’adoption finale d’une trentaine de textes dont la loi Blanquer et la loi de transformation de la fonction publique. Ces deux textes devront être adoptés avant le départ en congé des parlementaires.

Au JO

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Grève du bac : la stratégie du pire ?

La grève du bac peut-elle réussir ? Si globalement la plupart des 1 280 000 candidats des 4 635 centres d’examen peuvent composer le 17 juin, le mouvement s’annonce plus important que prévu. En refusant tout dialogue avec les syndicats et en tenant des propos provocants, le ministre pousse une partie des enseignants vers la radicalisation. Au final ce sont bien les candidats qui vont payer le prix de cette politique.

Le refus des réformes des lycées

 Lundi 17 juin , plus d’un million de jeunes entament les épreuves du bac. Plus précisément on compte 743 594 candidats de terminale auxquels s’ajoutent 536 724 élèves de première passant les épreuves anticipées de français. Pour les premiers, les épreuves écrites s’étendent du 17 au 24 juin. Elles sont suivies (et précédées) d’épreuves orales dont le calendrier est décidé localement.  Le 17 juin, des enseignants sont aussi convoqués pour corriger des épreuves qui ont déjà eu lieu. C’est le cas par exemple pour celles du bac agricole STAV.  

A l’origine de la grève du bac, onze syndicats (Snes Fsu, Snuep Fsu, Snetap Fsu, Cgt, Cgt agricole, Sud éducation, Sud territoires, Snalc, Sundep, Cgc) et 3 mouvements (Stylos rouges, Cnt, Chaine des bahuts). Ils appellent à la grève les premiers jours du bac (17 juin) et du brevet (27 juin).  Ils protestent contre  » les pressions et les méthodes de gestion autoritaires ». Mais ce sont surtout les réformes des lycées (général, technologique et professionnel) qui motivent le mouvement. « Les inégalités d’implantation des enseignements de spécialité et des options de la réforme du lycée, les difficultés d’emploi du temps, tant pour les enseignants que pour les élèves, le rythme effréné des évaluations et un baccalauréat à valeur locale ; les familles de métiers et la promotion du tout apprentissage en voie professionnelle ; jusqu’aux incidents récents qui ont marqué Parcoursup ; les sureffectifs des classes et les suppressions de postes en collège : tout concourt à accroître les inégalités », disent les organisateurs.

Ainsi un collectif des lycées publics de Besançon, pointe les économies réalisées sur le dos des élèves avec la réforme du lycée. « L’intérêt des lycéens n’est pas une priorité. Les chefs d’établissement tentent de mettre en oeuvre cette réforme sans considérer les aspirations des jeunes et de leurs familles ». Le collectif montre comment dans chaque lycée des élèves sont invités à changer leurs voeux. Il souligne aussi l’impact des classes à 35 élèves. A cela s’ajoute  les nouveaux coûts opérés par la réforme que la région ne peut pas prendre en charge : manuels , nouveaux créneaux de transports. Tout cela justifie le rejet de la réforme.

Des centres préparés à la grève ?

Pour autant la plupart des centres d’examen devraient fonctionner le 17 juin. Les rectorats  ont invité les chefs d’établissement à prévoir large le nombre de surveillants. Certains chefs d’établissement ont envoyé aux enseignants des ordres de réquisition. Tous mobilisent leur personnel administratif. Dans plusieurs centaines de centres on a prévu un tiers de surveillants en plus. A beaucoup d’endroits on a aussi pré-recruté des vacataires et on demande aux surveillants de venir très tôt pour pouvoir adapter le dispositif. Globalement il faudrait une grève extrêmement suivie pour bloquer le fonctionnement des centres. Or , ça n’a pas été le cas des grèves cette année dans le second degré. Et des syndicats n’appellent pas à la grève du bac (Unsa et Sgen Cfdt par exemple).

Pour autant l’impact de la grève devrait être plus grave qu’annoncé. D’abord parce que certains centres pourraient être en difficulté dès le 17 juin. Ce devrait être le cas de quelques  lycées en Ile de France et dans les académies de Toulouse, Montpellier, Aix Marseille et Lille.  Des corrections du BEP ont déjà été bloquées par des piquets de grève dans la Seine Saint Denis. La correction du bac STAV devrait l’être également le 17 juin. Là c’est l’ensemble des syndicats de l’enseignement agricole qui appellent à la grève des examens.

Le risque d’un mouvement long

Car ce que risque le ministère c’est que le mouvement continue. Les réformes des lycées ont été massivement rejetées par les syndicats en conseil supérieur de l’éducation. Le mécontentement envers elles est profond chez les enseignants qui constatent qu’elles servent surtout à réaliser des économies sur le dos des élèves. A cela s’ajoute le refus de toute discussion avec les syndicats et des propos ministériels sur les médias qui jettent de l’huile sur le feu. « Je prends très clairement l’engagement qu’aucune épreuve du bac ne sera annulée » , dit JM Blanquer sur Europe 1 le 31 mai, propos réitérés depuis. Il précise : « le dialogue social est nécessairement dans la durée. Je ne travaille pas sous la  pression encore moins avec un quelconque chantage ».

Au lieu de tenter l’apaisement, le ministre choisit de pousser des enseignants vers la radicalisation. Ainsi les stylos rouges demandent 40% d’augmentation et l’arrêt des réformes. Résultat, les syndicats s’opposent sur la question du bac. Les organisations de lycéens aussi , avec l’UNL et la FIDL d’un coté, Avenir lycéen et le SGL contre la grève du bac. Les parents sont divisés également, la Peep exprimant son opposition ferme à la grève des examens.

La politique du pire

On a l’impression que la  priorité est à affaiblir les syndicats, si ce n’est à les briser plutôt qu’à chercher une issue. Impression renforcée par la loi de transformation de la fonction publique. On a aussi l’impression que le ministre croit ainsi pouvoir imposer ses réformes et supprimer toute résistance.

Mais si c’était le contraire ? A force de se sentir méprisés, une partie plus importante que prévue des enseignants est probablement prête à bloquer les corrections et les oraux. Les blocages qui ont déjà eu lieu sont déjà bien plus importants que tout ce qu’on a vu ces dernières années. La grève pourrait bien continuer après le 17 juin.

Aussi, JM Blanquer travaille lui-même à la mise à mal de ses réformes. En cherchant à les imposer sans concertations, JM Blanquer affecte de croire qu’il suffit d’ordonner pour que les réformes se mettent en place réellement sur le terrain. Le colloque réuni du 12 au 14 juin par la Revue internationale d’éducation de Sévres montre que pour réformer il faut associer les acteurs. A défaut on a une application purement formelle de ce qu’on a vraiment voulu sans mise en oeuvre réellement effective. Avec 6% d’enseignants approuvant sa politique, en réformant sans le budget suffisant, et maintenant en provoquant les enseignants, JM Blanquer semble dans l’impasse. Il s’est engagé dans le jeu bien français de la réforme descendante et de la résistance à un niveau encore plus élevé que la réforme du collège. Il joue la carte du pire. Elle est rarement gagnante.

L’éducation nationale dans l’attente de la grève

Nouveau bac : le Snes dénonce la complexité des épreuves

Dans la Mayenne

A Toulouse

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Formation : le ministère relance les formations obligatoires durant les congés

On les croyait définitivement enterrés. La loi Blanquer modifiée lors de la CMP du 13 juin avait supprimé l’article ajouté par le Sénat qui installait la formation continue des enseignants, devenue obligatoire pour tous les professeurs, durant les congés. C’était sans compter avec le ministère de l’Education nationale. Un projet de décret, présenté en comité technique ministériel le 12 juin, prévoit 5 jours de formation continue rémunérés sur les congés scolaires.

Le projet de décret

« Une allocation de formation est attribuée aux personnels enseignants de l’éducation nationale qui bénéficient lors des périodes de vacance des classes, à l’initiative de l’autorité compétente ou après son accord, d’actions de formation professionnelle relevant du 2°, du 3°, du 4° et du 5° de l’article 1 du décret du 15 octobre 2007, et qui ont été approuvées par le recteur. Dès lors qu’elles sont réalisées à l’initiative de l’autorité compétente, ces actions de formation n’excèdent pas, pour une année scolaire donnée, cinq jours lors des périodes de vacance de classes ».

Présenté au CTM du 12 juin, ce projet de décret instaure 5 journées de formation pour les enseignants sur les vacances, sans d’ailleurs préciser à quel moment précis elles pourraient avoir lieu.  Le texte ne prévoit pas non plus de délai pour prévenir les enseignants, ceux ci étant censés être à la disposition de l’administration.

Pourquoi ce texte ?

Deux réalités guident ce texte. La première, accidentelle, c’est que le ministère organise déjà des formations sur les congés, par exemple pour les nouveaux enseignement de la réforme du lycée. La seconde, chronique, c’est que le ministère doit remplacer les enseignants si la formation a lieu sur le temps scolaire, ce qu’il est bien incapable de faire. D’où l’idée de rendre la formation obligatoire hors temps scolaire. Une idée bien pratique pour un ministre  qui veut dicter de nouvelles méthodes pédagogiques sans avoir le budget lui permettant d’organiser des formations avec remplacement.

Le volume de formation continue des enseignants français est nettement en dessous de celui des autres pays développés. Et les enseignants français sont fortement demandeurs de formation, comme le montre l’enquête Talis de l’Ocde. Le succès des formations proposées en Rep+ à la demande des enseignants en atteste.

Mais pas dans n’importe quelles conditions ! Les enseignants français sont peu satisfaits des formations qui leur sont imposées. On se rappelle la contestation des formations liées à la réforme du collège.  Or le décret parle de formations  » à l’initiative de l’autorité compétente ». Mettre des formations obligatoires (avec la loi Blanquer) sur les congés veut dire allonger le temps de travail. Non seulement cela implique une rémunération à la hauteur. Mais les formations doivent forcément être cadrées pour pouvoir maintenir un minimum de vie familiale.

Le texte refusé par les syndicats revient le 20

Lors du CTM du 12 juin, quatre syndicats ont déposé des amendements en ce sens. Le Snalc, la Fsu et l’Unsa ont proposé d’ajouter que les formations sur les congés auraient lieu avec l’accord des enseignants concernés. Le Sgens Cfdt parle de « volontaires » et demande que « l’autorité compétente informe les personnels, dès le début de l’année scolaire, des périodes de vacance de classes qui pourraient être l’occasion d’actions de formations professionnelles ».

Tout cela a été refusé par l’administration. Le projet de décret a obtenu un vote défavorable unanime. Un nouveau CTM est convoqué le 20 juin pour un nouvel examen du texte. Alors que la majorité parlementaire semble avoir pris la mesure du mécontentement des enseignants et a modifié le texte de la loi Blanquer en ce sens, c’est le ministère de l’éducation nationale qui prend l’initiative de chercher un nouveau sujet d’affrontement avec les enseignants.

Le projet de décret

La loi BLanquer

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Loi Blanquer : les syndicats restent vigilants (wahou, super….ça va mieux tout de suite…)

Alors que le texte de la loi Blanquer issu de la commission paritaire du 13 juin est publié, les syndicats enseignants manifestent à la fois un certain soulagement et maintiennent leur vigilance. Plusieurs restent dans l’opposition à la loi.

 » La suppression de l’article créant les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPLESF) en est un résultat De même, de nombreux amendements sénatoriaux de nature à modifier en profondeur le fonctionnement de l’école comme l’article 6 ter plaçant les enseignants et les enseignantes sous l’autorité de la directrice ou du directeur devant les évaluer ou encore l’interdiction faite aux mamans voilées d’accompagner les sorties scolaires ne figurent pas dans le texte final. Le compromis trouvé entre les sénateurs et les députés a dû aussi tenir compte de cette forte mobilisation », explique le Snuipp Fsu. Mais pour le premier syndicat du primaire,  » tous les dangers n’ont pas été écartés. Ainsi, la volonté de limiter la liberté d’expression des enseignants, les cadeaux faits à l’école privée, la création d’établissements locaux d’enseignement international réservés aux classes sociales favorisées et actant une école à plusieurs vitesses, la porte ouverte aux remplacements assurés par des étudiants sans concours ni formation, la suppression de l’organisme indépendant d’évaluation des politiques éducatives (Cnesco)… demeurent. Les enseignantes et enseignants des écoles se sont mobilisés et se mobiliseront encore pour réclamer un autre projet ».

 » Dans la version finale du projet de loi pour une École de la confiance ne figurent plus les dispositions les plus dangereuses qui avaient été ajoutées par l’Assemblée nationale puis le Sénat. Néanmoins, la loi reste une loi fourre-tout qui ne s’attaque pas aux inégalités de réussite et pourrait même contribuer à les creuser », estime le Se Unsa.  » Certes, le pire a été évité mais la loi Blanquer n’en devient pas pour autant une « bonne » loi : les EPLE internationaux, établissements au recrutement social favorisé, sont maintenus.  Le Cnesco disparaît, remplacé par le Conseil d’évaluation de l’École dont la mission essentielle sera l’évaluation des établissements. Les Espé deviennent toujours des INSPE, étroitement contrôlés par le ministre. Quant à l’article 1 accusé de vouloir bâillonner les opposants à la politique Blanquer, il n’a pas disparu non plus. »

Le Sgen-CFDT « salue les évolutions décidées par la Commission mixte Paritaire (CMP) sur la Loi pour une Ecole de la Confiance. Il acte positivement la suppression de mesures discriminantes et inacceptables ». Mais  » Le Sgen-CFDT souhaite que l’abandon logique des établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPLESF) ne signe pas l’enterrement des dossiers relatifs à la direction d’école et aux conditions de travail des directeurs et directrices d’école. La question d’un fonctionnement des écoles donnant plus de pouvoir d’agir aux personnels du premier degré reste entière, et ne doit pas être oubliée. »

La CGT réaffirme son opposition à la loi Blanquer.  » La CGT Educ’action considère surtout que ce compromis trouvé entre le Sénat et l’Assemblée permet au ministre de protéger la matrice de son projet et qu’il peut en même temps se targuer d’avoir désormais le soutien des parlementaires, l’article 1 instaurant un devoir d’exemplarité et de silence aux personnels est maintenu. Les établissements d’excellence, le financement de l’école privée par fonds publics, la suppression du CNESCO chargé de l’indépendance de l’évaluation du système, la transformation dangereuse de la formation initiale, le pré-recrutement, la mise en place des PIALs et le développement de la précarité sont bel et bien toujours dans le texte. Dans ces conditions, la CGT Educ’action considère que le projet de loi Blanquer reste dangereux pour notre École. Nous persistons à dire qu’il a pour principal objectif d’affirmer l’autorité du ministre sur les personnels et de constitutionnaliser le tri et la sélection ».

La loi Blanquer après la commission mixte paritaire

Le texte issu de la commission mixte paritaire

Snuipp Fsu

Se Unsa

Sgen Cfdt

Cgt Education

Sud éducation

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SES : des suppressions de postes en lycée

Selon l’Apses, 72 postes d’enseignants disparaissent à la rentrée du fait de l’application de la réforme du lycée général. Les baisses sont particulièrement importantes en Normandie et en Occitanie.

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rendez vous rassemblement 17 juin

Le rassemblement intersyndical de lundi 17 juin aura lieu devant le lycée Guist’hau de Nantes (3 rue Marie Anne du Boccage) à partir de 8h30. Avec conférence de presse à 9h30.

Faites circuler l’info autour de vous, tout particulièrement envers les non-syndiqués.

Pour rappel, une AG aura lieu ensuite à 11h à la maison des syndicats.

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Exemplarité des enseignants : encore une application

Le devoir d’exemplarité des enseignants est la base de l’article 1 de la loi Blanquer. L’étude d’impact de la loi explique comment cette notion d’exemplarité des enseignants a été utilisée pour licencier un enseignant.  » Le Gouvernement souhaite inscrire, dans la loi, la nécessaire protection de ce lien de confiance qui doit unir les personnels du service public de l’éducation aux élèves et à leurs familles. Compte tenu de son importance, il serait en effet déraisonnable de s’en tenir à une simple consécration jurisprudentielle », explique l’étude d’impact. Depuis la lettre d’information juridique du ministère a publié l’arrêt du Conseil d’Etat. La dernière livraison de la Lettre juridique fait connaitre une autre décision , cette fois de la Cour d’appel administrative de Douai, où l’exemplarité attendue des enseignants est utilisée pour justifier une sanction disciplinaire. Cette insistance interroge. Surtout que l’étude d’impact élargit le champ de l’exemplarité :  » Il en ira par exemple ainsi lorsque des personnels de la communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public par des propos gravement mensongers ou diffamatoires leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire. » La loi Blanquer a maintenant inscrit l’exemplarité dans la loi et pas seulement la jurisprudence.

La lettre d’information juridique

Loi Blanquer : ce que la confiance veut dire

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Loi Blanquer : le compromis final tient compte de la mobilisation enseignante…mais ce n’est pas assez !

« La commission mixte paritaire est conclusive donc on a trouvé un bon accord ». La formule du député Alexandre Freschi (LREM) résume la facilité avec laquelle les deux chambres qui avaient rendu des projets de loi aussi différents ont finalement trouvé un accord. Négocié en amont par le rapporteur du Sénat, Max Brisson, et la majorité, l’accord des deux chambres a été trouvé en moins de 4 heures. Au final, le texte initial est largement modifié et tient compte de la contestation enseignante. L’EPSF n’est pas réapparu. L’autorité du directeur d’école, l’annualisation des services enseignants , la formation obligatoire sur temps libre sont supprimés. La loi institue une formation continue obligatoire pour les  enseignants du second degré sur temps scolaire, une situation que l’Education nationale n’a jamais réussi à faire vivre jusque là.

EPSF et article 1

 Composée de 7 députés et 7 sénateurs, la commission mixte paritaire sur la loi Blanquer s’est réunie le 13 juin après midi entre 13 h et 16h30. Elle aboutit, comme le Café pédagogique l’avait annoncé, à un compromis.

L’article de la loi Blanquer instituant les établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) , qui avait tant mobilisé les enseignants, n’a pas été rétabli. Le projet d’EPSF est donc enterré pour le moment.

L’article 1, qui avait lui aussi mobilisé les professeurs, est maintenu dans la rédaction du Sénat légèrement modifiée qui évoque une « exemplarité des personnels de l’éducation nationale » qui contribue « au  lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation ».

Les articles sur le métier enseignant

En ce qui concerne le métier enseignant, le Sénat avait inscrit la formation continue obligatoire des enseignants en dehors des heures d’enseignement. La CMP est revenue sur cet article. L aloi instaure une formation continue obligatoire pour les enseignants, ce qui est une nouvelle obligation pour les professeurs du 2d degré. Mais les alinéas de l’article 14bis qui prévoyait de faire ces formations en dehors des obligations de service sont supprimés par la CMP. Le contrat de mission permettant de déroger aux règle normales d’affectation est supprimé (art 14 ter). L’affectation des enseignants après avis du chef d’établissement disparait également. L’article qui donnait un pouvoir hiérarchique aux directeurs d’école et les faisait participer à l’évaluation des enseignants est aussi supprimé.

L’annualisation des services enseignants renforcée par le Sénat pour les expérimentations est strictement encadrée : ce sera « sous réserve de l’accord des enseignants concernés ».

Les mesures contre les familles

Le Sénat avait inscrit dans la loi des articles permettant de supprimer les allocations familiales aux parents d’enfants absentéistes.  Un autre article interdisait le port de signes religieux pour les parents accompagnateurs de sorties scolaires. Ces deux articles sont supprimés.

Par contre l’article 1bis I interdisant le prosélytisme autour des écoles et établissements est maintenu dans une nouvelle rédaction : « les comportements constitutifs de pressions sur les croyances des élèves ou de tentatives d’endoctrinement de ceux ci sont interdits dans les écoles publiques et les établissements publics locaux d’enseignement à leurs abords immédiats et pendant toute activité liée à l’enseignement ». Si les « abords » bénéficient d’une définition juridique, les « comportements constitutifs » restent eux à définir.

La compensation pour les maternelles privées

Concernant l’obligation d’instruction à 3 ans, elle reste bien sur dans la loi. La CMP a modifié la compensation communale que le Sénat avait étendu à toutes les communes. On revient à la rédaction de l’Assemble qui la réserve aux communes qui ne versaient pas déjà un soutien aux écoles maternelles privées. « E Philippe a fait une déclaration d’amour au territoire le matin (devant le Sénat) mais ça ne s’est pas traduit l’après midi », nous a dit Céline Brulin, sénatrice PC. Le Sénat avait introduit la possibilité d’aménager le temps scolaire des 3 ans. Cela a été maintenu.

Les jardins d’enfant bénéficieront d’un délai de 5 ans pour s’adapter à l’obligation d’instruction à 3 ans. Ils ne pourront plus accueillir d’enfants entre 3 et 6 ans au delà de ce délai. Là aussi la CMP est revenue sur un article adopté par le Sénat qui pérennisait les jardins d’enfants.

Eplei et Cnesco

Les établissements locaux d’enseignement international créés par la loi sont maintenus. Ils permettront une scolarisation des élites sociales dans des établissements spécifiques dotés de davantage de moyens et dérogeant aux règles pédagogiques habituelles. Avec eux on revient aux « petits lycées » du début du 20ème siècle et on enterre l’idée d’un seul système scolaire pour tous les enfants.

La CMP a confirmé le remplacement du Cnesco par un Conseil d’évaluation de l’école sous dépendance ministérielle. Les Espe deviennent Inspe là aussi sous le regard de directeurs nommés par les ministres. Et des assistants d’éducation pourront bien intervenir « progressivement » dans les classes.

Un bon accord ?

« Je suis inquiète pour l’école inclusive alors qu’un consensus s’était fait pour un vrai statut des accompagnants et pour que les prescriptions soient faites  par la MDPH. Cela disparait du texte », nous a dit Céline Brulin (PC). « Les besoins de l’institution vont primer sur ceux des enfants ».

« Le Sénat avait adopté des positions très marquées idéologiquement et cela ne nous satisfaisait pas », nous dit Alexandre Freschi (LREM). « On a eu un bon travail des deux chambres. Certains points qui avaient engendré des interprétations qui ont crispé la communauté éducative ont été supprimés. La commission mixte paritaire est conclusive donc on a trouvé un bon accord ».  

La mobilisation a payé

Que va t-il maintenant se passer ? L’adoption en CMP du texte de la loi fait que les parlementaires ne peuvent plus amender le texte sans accord du gouvernement.  Seul le gouvernement garde un droit d’amendement. Le texte va repasser pour vote devant chaque chambre. Et , s’il n’y a pas d’amendement, il pourra être adopté en bloc très rapidement.

Si bien des points de la loi sont négatifs pour l’avenir de l’école, particulièrement la suppression du Cnesco, les protestations des enseignants ont été entendues. Ils ne pourront pas dire que la mobilisation ne paye pas.

Loi Blanquer : notre Dossier

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La loi Blanquer : vers un compromis

Les acteurs de l’éducation retiendront leur souffle le 13 juin au moment où la commission mixte paritaire examinera la loi Blanquer. Sortie en deux versions nettement différentes de l’Assemblée et du Sénat, la loi devrait pourtant devenir définitive le 13 juin. D’après les indiscrétions recueillies par le Café pédagogique, la commission devrait trouver un compromis sur le texte de la loi. A cet article de tenter d’en définir les termes.

Un parcours plein de surprises

La loi Blanquer sera allée de surprise en surprise tout au long de son parcours , de son examen à l’Assemblée en février à son adoption au Sénat en mai. La première surprise a été la découverte dans l’étude d’impact de la finalité de l’article 1 qui paraissait si anodin. Puis lors de l’examen à l’Assemblée la surenchère nationaliste sur l’équipement « patriotique » des salles de classe et la sortie via un amendement de l’école publique des savoirs fondamentaux (EPSF). Enfin au Sénat, les élus ont ajouté pas moins de 28 articles. La loi a servi de plateforme pour mettre en application les rapports sénatoriaux, notamment celui de J Grosperrin. Ils ont aussi recalé certains articles dont celui créant les EPSF. Il est vrai que de février à mai, une très forte mobilisation des enseignants et des maires contre les EPSF et ce qu’ils signifient comme rupture pour les écoles est passée par là.

Ainsi le texte venu de l’Assemblée et adopté par la majorité LREM a été totalement réécrit par la majorité sénatoriale, associant Les Républicains et des centristes. A l’issue du vote au Sénat, le 21 mai, 200 amendements sénatoriaux ont largement modifié le texte. Comment concilier les deux textes ?

La réunion de la CMP du 13 juin

C’est tout le travail de la  Commission mixte paritaire qui se réunit le 13 juin. On y retrouve les ténors qui ont porté la loi. Pour l’Assemblée nationale, Bruno Studer, président de la commission de l’éducation (LREM), F Chevrier et AC Lang (LREM), rapporteures, A Freschi (LREM), N Essayan (Modem) , F Reiss et M Minot (LR) le premier auteur de plusieurs rapports sur l’éducation. Parmi les sénateurs, M Brisson (LR), rapporteur, J Grosperrin (LR), qui a apporté les principaux amendements au texte, C Morin Desailly (centriste) présidente de la commission de l’éducation du Sénat, L. Darcos (LR), M Blondin et MP Monier (PS), A Karam (LREM). A ces 14 membres titulaires s’ajoutent 14 suppléants dont certains ont joué un rôle important dans la fabrication de la loi : F Laborde (RDSE), R Juanico (PS), C Brulin (PC), C Rilhac (LREM), S Rubin (LFI), par exemple.

Une analyse rapide de la commission mixte paritaire montre que le sort de la loi va se jouer entre Républicains et LREM. On pouvait imaginer une vraie bataille des sénateurs LR contre la majorité après les annonces présidentielles sur la réforme du Sénat. On pouvait imaginer que la majorité sénatoriale refuse tout compromis sur la loi Blanquer comme il vient de le faire à propos de la loi sur Notre Dame. Après tout on trouve dans la loi Blanquer la même règle dérogatoire aux marchés publics qui a nourri l’opposition du Sénat à la loi sur Notre Dame. Résultat : en l’absence de compromis en commission mixte paritaire, la loi doit repasser devant les deux assemblées, ce qui va prendre du temps. Pour la loi Blanquer, un tel scénario repousserait l’application de la loi à la rentrée 2020 au lieu de la rentrée 2019.

Les bases d’un compromis

Mais la victoire de la majorité aux européennes pèse sur ce débat. Les indiscrétions que nous avons recueillies nous dessinent un autre scénario pour la journée du 13 juin, celui du compromis. Le rapporteur LR Max Brisson, inspecteur général, et JM Blanquer auraient défini un accord. Tous les termes n’en sont pas connus. Mais on peut en dessiner les grands traits.

Le principe de l’obligation scolaire à 3 ans, c’est à dire du versement de 100 à 150 millions à l’enseignement privé par les communes, celles ci étant compensées par l’Etat, est acquis. Rappelons que c’est pur cadeau : les 27 000 enfants de 3 ans non encore scolarisés ne le seront pas plus demain et encore moins dans le privé. Environ 10 000 sont accueillis en jardin d’enfant et le compromis pourrait porter sur la pérennisation de ces jardins avec interdiction d’en ouvrir de nouveaux. Environ 7000 enfants sont en Guyane et à Mayotte où il n’y aura ni batiments ni enseignants pour les accueillir avant longtemps. Les autres relèvent souvent de l’éducation spécialisée. Comme la compensation par l’Etat va mettre du temps (probablement 2 ans), la mesure va probablement impacter le budget des écoles publiques au moment où le privé pourra améliorer sa concurrence avec le public en baissant ses tarifs grace à cet apport inattendu d’argent public.

Les EPSF ont été supprimés par le Sénat. Ils ne reviendront pas, nous disent nos sources. La mobilisation enseignante a fait reculer les élus mais aussi le ministre qui a reconnu devant le Sénat que le moment n’était pas encore venu.

L’article 1 , qui a aussi mobilisé les enseignants, sera maintenu avec tout ce que ce maintien va entrainer pour les enseignants. La jurisprudence sur « l’exemplarité » des enseignants va avoir force de loi.

La question de l’avenir du Cnesco pour maintenir une évaluation indépendante de l’Ecole a réuni des élus de tous bords, des Républicains aux communistes. JM Blanquer devrait avoir satisfaction. On mesurera probablement dans quelques années à quel point cela va changer radicalement l’avenir de l’Ecole. Sans le Cnesco, il n’y aura plus de débat argumenté , associant chercheurs et praticiens, sur l’Ecole, plus d’information nuancée et fiable de ce niveau sur les questions éducatives.  

La création des EPLEI, ces établissements d’élite à recrutement socialement favorisé, sera actée. Le gouvernement va pouvoir reconstituer les petits lycées et une scolarisation totalement à part pour les plus favorisés comme cela existait sous la IIIème République.

Les amendements les plus extrêmes portés par la majorité du Sénat , la suspension des allocations familiales pour les parents d’élèves absents, l’interdiction du voile pour les accompagnatrices, ne devraient pas être repris dans le texte de la loi. Ce devrait être le cas aussi pour le pouvoir hiérarchique donné aux directeurs ou l’affectation sur contrat de mission.

Des points encore en débat

Restent le terrain des concessions. L’annualisation du temps de travail des enseignants, grâce aux expérimentations, devrait passer. La formation continue des enseignants obligatoire sur le temps des congés pourrait bien aussi être actée. JM BLanquer a donné un avis défavorable au Sénat mais ses services ont préparé le décret d’application.

Voilà ce que pourrait être le compromis du 13 juin. Mais tout dépendra aussi des enseignants. Leur mobilisation a fait reculer le ministre sur les EPSF. Elle peut encore avoir un impact sur le texte de loi. Un syndicat national, le Snuipp , a déposé un préavis de grève pour le 13 juin. Des régionales de plusieurs autres syndicats ont fait de même. Les stylos rouges ont aussi écrit aux élus pour rappeler leur refus de la loi Blanquer. L’adoption d’une loi Blanquer qui prendrait à rebrousse poils les enseignants pourrait bien accroitre la mobilisation contre la politique éducative et les réformes.  

Notre dossier sur la loi Blanquer

Le dossier législatif

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Réformer l’éducation a-t-il encore un sens ?

La question peut surprendre au pays de la réformite aigüe, alors que s’enchainent à un rythme endiablé les réformes du collège, de l’école primaire, du lycée, du bac et maintenant de la maternelle, mobilisant contre elles enseignants et parents. Elle est pourtant revenue avec insistance le 12 juin lors de la conférence internationale organisée par la Revue internationale d’éducation de Sèvres sur les conditions de réussite des réformes. Le thème de la réforme en éducation a été interrogé par des politiques, à commencer par JM Blanquer, et par des experts, dont JM de Ketele, A Novoa, et X Pons. De cette mise en perspective internationale, le cas français de la réforme propulsée par en haut ressort isolé et désuet.

JM Blanquer et le pragmatisme

« Le thème ne pouvait que m’attirer comme une lumière un insecte », affirme avec humour JM Blanquer. Le ministre, qui a entrepris de changer très rapidement tous les niveaux de l’éducation nationale, a défendu sa conception de la réforme en éducation. Pour lui, la réforme doit être avant tout pragmatique. Pour arriver à l’école de la confiance, il faut « une vision pragmatique de mener les politiques publiques », même si les réformes doivent aussi s’inspirer de la « science » et des comparaisons internationales. Cette conception sera un peu plus tard analysée par Xavier Pons. Pour le ministre la réussite des réformes tient à la prise de conscience des acteurs, ce qui est le cas de la réforme du bac selon lui puisqu’elle a été précédée « d’une vaste concertation »…

Ancien ministre de l’éducation du Sénégal, Mamadou Ndoye propose une typologie des réformes entre celles qui visent la généralisation de l’enseignement, celles qui veulent améliorer la qualité des apprentissages et celles qui se posent comme objectif un nouveau projet social. Certaines réformes résultent aussi de la volonté de changer les curricula pour rendre l’enseignement acceptable. Dans tous les cas, la réforme doit bénéficier du soutien au plus haut niveau de l’Etat pour obtenir le budget nécessaire. Un problème que JM BLanquer connait chaque année davantage…

JM de Ketele : Quels leviers pour la réussite des réformes ?

« Pourquoi certains systèmes éducatifs réussissent -ils mieux tandis que d’autres stagnent ou régressent ? », demande Jean-Marie de Ketele (université catholique de Louvain). En charge du cadrage du colloque, JM de Ketele interroge ce qu’est la réussite d’une réforme et les leviers pour l’atteindre. Qu’est ce que l’efficacité d’une réforme ? Le critère de performance doit-il prendre en compte ce qui est réellement fait ou ce que l’on devait faire ? Pour JM de Ketele, le colloque devra aussi identifier des leviers de réussite des réformes. Il présente trois « chaines » d’entrainement des réformes : le modèle top down bien connu en France, le modèle impulsé par les organismes internationaux et le modèle local où collectivité locale et établissement réunissent parents et enseignants.

On sent bien que JM de Ketele préfère des réformes basées sur des valeurs que sur la recherche d’une prétendue efficacité. Ainsi ouvre t-il des exposés qui vont attaquer pleinement la notion de réforme.

A Novoa : La réforme, un concept dépassé ?

« La question de la réforme en éducation est-elle encore pertinente ? », demande Antonio Novoa, représentant du Portugal à l’Unesco. Reprenant Tyack et Cuban, il estime que « ce ne sont pas les réformes qui changent les écoles mais l’inverse ». Il montre comment le concept de « réforme éducative » disparait des recherches  Google depuis le début du siècle, ce qui isole un peu la France.

D’ailleurs A Novoa cible le conseil scientifique de l’éducation nationale réuni par JM Blanquer quand il critique le courant de « l’évidence based » qui se présente comme apolitique et « pragmatique ». « On n’analyse plus l’éducation , on applique les preuves ».

Pour lui, « on parle moins de réforme car l’action politique est  plus centrée sur le processus de changement et plus réticulaire… Le processus de production des politiques éducatives est moins envisagé comme résultant d’une action gouvernementale et davantage comme un processus complexe ayant plusieurs pôles » (J Barroso).

Pour lui il faut abandonner l’idée de réforme mais comprendre qu’ily a une métamorphose de l’éducation qu’il importe de soutenir en laissant émerger de nouveaux environnements éducatifs capable de renforcer la participation au niveau local.

Xavier Pons : une 4ème voie

Xavier Pons (UPEC) va développer la critique du courant « pragmatique ». Il dénonce ce courant de pensée de « l’incrémentalisme pragmatique » qui veut faire croire qu’il y a une seule façon de penser la mise en oeuvre des politiques éducatives. Pour lui, « il n’y a pas de meilleure voie » en éducation. Il montre les limites des affirmations de ce courant « pragmatique » par exemple quand il prone la décentralisation, alors que les travaux de N Mons ont montré que c’est un mixte de centralisation et décentralisation qui peut apporter les meilleurs résultats. S’appuyant sur son étude sur le pilotage par les résultats en France et au Québec, il critique aussi l’idée que le même instrument de régulation puisse s’appliquer facilement dans différents pays. Il montre le coté partisan de certaines méta analyses.

Pour lui l’incrémentalisme pragmatique marqué par le discours du dépassement des idéologies, avec sa focalisation sur « ce qui fonctionne », met en oeuvre des politique floues pour éviter les conflits. De beaux exemples sont donnés par les évaluations en 2008 et 2017.

Xavier Pons recommande une « 4ème voie » de réforme qui recherche l’accord sur ses règles en anticipant les conséquences selon une éthique de responsabilité des gouvernants.

« La réforme éducative réussie est une action publique partielle aux effets négatifs indésirables limités qui permet à un groupe d’acteurs de se coordonner de façon constructive et de se professionnaliser pour atteindre des objectifs communs que le résultat soit efficace ou pas ». Une définition qui tourne le dos à la grande réforme à la française. Comme si réformer en vrai l’école c’était avoir vraiment confiance dans les acteurs de l’école…

Le programme du colloque

Le colloque de 2015

Le colloque de 2009 : Une seule école ?

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