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Benoît Teste :  » On ne va pas se laisser conter par la stratégie actuelle qui vise à désamorcer le vote enseignant »

La personnalité de Pap Ndiaye va t-elle changer les relations entre le ministre et les personnels ? Secrétaire général du premier syndicat de l’Education, Benoît Teste manifeste son admiration pour la personne de Pap Ndiaye et sa volonté de reprendre un dialogue cassé par JM Blanquer. Pour autant il rappelle que les législatives peuvent changer le ministre et que la nomination de Pap Ndiaye est avant tout une manoeuvre politique.

La nomination de Pap Ndiaye a t-elle été une surprise pour vous ? Comment expliquez vous ce choix ?

Cela a été une grande surprise. D’autres noms de personnes proches d’E Macron ont circulé. Sa nomination est un symbole très fort d’une sorte d’anti blanquérisme sur les questions de la lutte contre les discriminations et le racisme. Par contre on ne connait pas avec quels projets il arrive au ministère. Il n’a pas pour l’instant développé ce qu’il souhaite faire.

Mais on peut penser qu’il vient appliquer la politique voulue par E Macron, que nous jugeons négativement. Comme par exemple lier la revalorisation à des contreparties. Nous sommes dans l’attente de savoir ce que sa nomination signifie et s’il y a réorientation de la politique éducative.

On lisait Pap Ndiaye comme historien. Nous étions en lien avec lui intellectuellement. C’est une personnalité qui compte, particulièrement intéressante par sa grande intelligence et sa grande finesse sur des questions comme les discriminations. Sur ces questions c’est une sorte d’anti Blanquer. Le précédent ministre hystérisait le débat. Au contraire, Pap Ndiaye manie ces questions avec finesse et intelligence.

Pap Ndiaye a marqué , dès son premier discours, son choix du dialogue. Etes vous prêt ?

On est prêt. On va poser nos sujets. Mais on l’aurait aussi été avec le ministre précédent. On attend une plus grande ouverture au dialogue et une capacité à mener des débats sans hystérisation. On souhaite un dialogue plus franc et plus serein. Mais il ne faut pas cacher que le projet présidentiel pour l’Ecole remet en cause de nombreux points sur le statut des personnels. On attendra donc de voir le contenu de ce dialogue.

Il faut le rappeler : on est dans une période particulière, à 3 semaines des législatives. On espère dialoguer avec Pap Ndiaye. Mais il y a aussi une élection qui doit déterminer la majorité parlementaire et donc l’orientation du gouvernement.

Quels sujets sont prioritaires ?

La revalorisation. On voit l’éducation prendre l’eau avec une crise du recrutement sans précédent. On craint beaucoup pour la rentrée prochaine. C’est le moment d’échanger sur les urgences : prendre en compte immédiatement les listes complémentaires, maintenir en emploi les contractuels par exemple.

Vous allez demander des mesures d’apaisement pour les poursuites lancées par le ministre précédent ?

Bien sur. Vouloir tout controler, désigner comme wokistes des enseignants qui usent seulement de leur liberté pédagogique, c’était structurel dans la politique de JM Blanquer. On attend du nouveau ministre qu’il envoie des signaux là dessus. Il ne s’agit pas de tout remettre en cause mais de montrer que le calme revient dans certains cas emblématiques. On attend ce calme dans les questions de discrimination. Ce qui s’est passé à Saint-Denis (la mutation forcée de 6 enseignants de l’école Pasteur NDLR) c’est typiquement de l’hystérisation. On a monté en épingle une situation d’autonomie pédagogique qui se faisait dans le respect des textes avec une volonté de reprise en main. On a fait de ces enseignants de dangereux gauchistes en donnant raison à l’extrême droite. On attend de Pap Ndiaye qu’il prenne des décisions là dessus. Il y aussi le cas des CPE déplacés à Nantes.

Un mot sur les 5 années de JM Blanquer ?

Ouf ! Cette période a été douloureuse. Une période d’autoritarisme, de difficulté à dialoguer dans un ministère qui a besoin de calme et de sérénité. Il peut y avoir désaccord entre nous et le ministre. Mais JM Blanquer ajoutait une façon de mépriser ses interlocuteurs dès lors qu’ils ne pensaient pas comme lui qui a envenimé les choses. Le gouvernement actuel ne doit pas penser que la page est tournée. JM Blanquer a été soutenu y compris dans sa volonté de cliver sur les questions d’identité et de racisme car à un moment cela a correspondu à la volonté d’E Macron de fracturer la gauche. On ne va pas se laisser conter par la stratégie actuelle qui vise à désamorcer le vote enseignant. Il y a une forme de cynisme là dedans.

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Pap Ndiaye salué par ses collègues

Alors que l’extrême droite attaque violemment le nouveau ministre de l’Education nationale, ses collègues le saluent.  » Tout au long de sa carrière Pap Ndiaye a témoigné d’une conception profondément citoyenne de sa fonction et d’une idée très élevée du rôle des sciences humaines et sociales dans la compréhension des grands enjeux du monde contemporain », écrivent Laurence Bertrand Dorléac, présidente de la FSNSP et Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po. « Il a toujours mis son savoir et ses idées au service du plus grand nombre, sans sectarisme, dans le strict respect des règles du débat universitaire, celles d’un échange serein d’arguments rationnels, étayés par des faits, où les prises de position s’appuient sur des connaissances, sur une expertise… Celles et ceux qui, dès sa nomination, ont engagé une chasse aux sorcières à son encontre sont emblématiques de cette méconnaissance, trop largement partagée, de l’enseignement supérieur et de la recherche, teintée de mépris pour les sciences humaines et sociales. Les nuances de la pensée, le doute méthodique, les principes de l’enquête, les subtilités de la controverse scientifique, leur sont étranger. Ils nous donnent, par les voies étriquées et tortueuses de la malhonnêteté intellectuelle et de la vacuité argumentative, un bel exemple de la nécessité brûlante d’accorder la plus haute importance à la formation (de l’école primaire jusqu’au doctorat) et à la recherche ».  » Dix de ces 28 ministres de l’Éducation nationale ont été professeurs. Il est remarquable qu’ils sont tous agrégés », rappelle Claude Lelièvre. Pap Ndiaye n’échappe pas à la règle.  » En 2021, il est nommé par le président de la République Emmnanuel Macron à la tête du Palais de la Porte-Dorée qui héberge le Musée national de l’histoire de l’immigration. Selon le sociologue Michel Wievorka, « le chef de l’Etat voulait lancer un signal politique pour contrebalancer les positions des ministres Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Gérald Darmanin » (épisodes remarqués des évocation de « la cancel culture » et de « l’islamo-gauchisme »). Un an plus tard, Emmanuel Macron vient de l’installer à la tête d’un ministère très exposé (celui de « l’Education nationale et de la Jeunesse ») pour qu’il succède précisément à Jean-Michel Blanquer avec son passé et son passif. Sans compter la perspective d’être la cheville ouvrière (sinon le maître d’oeuvre) d’une « refondation de l’Ecole » voulue et dûment annoncée par le président de la République nouvellement réélu. Rude tâche… » L’APHG met aussi en garde ce collègue.  » Au-delà du symbole que représente l’arrivée rue de Grenelle de l’un de nos collègues historiens, dix-huit mois après l’assassinat de l’un des nôtres, Samuel Paty, l’APHG souligne l’impérative nécessité d’un dialogue renouvelé entre tous les acteurs éducatifs et notre ministre, fondé sur la confiance et l’intérêt commun d’œuvrer à la réussite des élèves. Les blessures sont profondes et il faudra une attention constante pour les apaiser et les soigner. »

 

APHG

C Lelievre

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A Alès, l’Education nationale aggrave sa crise

Le Café pédagogique l’avait signalé en juin 2021. A Alès, comme dans d’autres départements comme la Gironde, les dédoublements des classes de GS de maternelle ont été utilisés pour créer des postes à profil. Résultat : des enseignants expérimentés et appréciés sont obligés de passer devant une commission et peuvent perdre leur poste s’ils répondent mal à un entretien dont le contenu n’est pas communiqué. C’est ce qui est arrivé à Maxime Tatry, directeur et enseignant depuis 16 ans à l’école Rep+ Louis Leprince – Ringuet d’Alès. En février 2021 il perd son poste en 15 minutes sous prétexte qu’il ne connait pas assez Eduscol. « L’institution réduit à néant 16 ans d’expérience ce qui dévalorise nos compétences professionnelles », écrivent ses collègues qu organisent deux rassemblements de soutien.Un nouvel entretien a lieu à l’été 2021. A la rentrée, devenu directeur d’une autre école, M Tatry reçoit la visite de la police. L’inspectrice a porté plainte contre lui pour harcèlements et outrages. C’est le coup de grâce pour M Tatry. Amère, il décide de quitter définitivement l’enseignement et signe une rupture conventionnelle. La hiérarchie règne enfin. Sur un désert…

 

Dans le Café pédagogique du 15 juin 2021

Dans Objectif Gard

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Le Snuep FSu accuse France Compétences de fragiliser les formations professionnelles

« Comme chaque année depuis 3 ans, France Compétences publie les fiches de description synthétiques des 28 métiers prétendument émergents ou en cours d’évolution. Le label « émergent » autorise une procédure d’enregistrement simplifiée des modalités de certifications », rappelle le Snuep Fsu, syndicat de l’enseignement professionnel. France compétences est un établissement public créé par l aloi Choisir son avenir professionnel pour certifier les diplômes professionnels. « Ces dernières années, les politiques menées en matière de formation professionnelle ont été calamiteuses, que ce soit pour la formation initiale comme pour la formation continue des salarié·es ou des chômeurs et chômeuses. La loi « avenir pro », le développement anarchique de l’apprentissage à coup de dizaines de milliards d’argent public ainsi que la transformation de la voie professionnelle voulue par J.-M. Blanquer ont participé à accroître dangereusement la pénurie de personnels dans certains secteurs d’activité. Cette pénurie ne se résoudra aucunement par des formations réduites à quelques jours ou quelques semaines, pensées dans l’urgence et en développant de nouvelles micro-certifications. Ce problème risque même de s’accélérer si une rupture avec les choix opérés sous le dernier quinquennat n’est pas rapidement amorcée. Les jeunes ont besoin d’une formation professionnelle initiale globale solide et équilibrée entre savoirs généraux et professionnels qui leur permette réellement d’accéder à un métier et qui soit garante d’une insertion sociale et professionnelle durable. Les lycées professionnels sont les mieux à même de répondre à ce besoin », estime le Snuep.

 

Communiqué

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Pap Ndiaye et JM Blanquer : Rupture ou continuité ?

Quand un ministre s’en va il vante son bilan. Quand il arrive il salue les enseignants. Tout cela, JM Blanquer et Pap Ndiaye l’ont fait le 20 mai lors de la cérémonie de passation de pouvoirs. Mais les deux hommes se sont aussi affrontés à fleuret très moucheté sur le thème de la continuité. De leur coté, les syndicats posent dès maintenant leurs exigences en attendant d’entamer un dialogue que le nouveau ministre a promis.

JM Blanquer ne lâche rien

« Oui il y a eu un progrès. Oui les enfants ont progressé en français et en maths ». Ce dernier jour de son long ministère, JM Blanquer continue à répéter des éléments de langage qui ne l’ont pas aidé à garder son poste. Mais l’essentiel de son discours va porter sur ce qui semble le séparer de son successeur. « L’école républicaine c’est la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Et nous avons voulu faire valoir cela avec des initiatives que je sais que vous partagez, avec le conseil des sages de la laïcité, les équipes laïcité… Certains veulent souligner que chaque appartenance serait plus importante que la république. C’est l’inverse », dit JM Blanquer à son successeur, pionnier des Black Studies en France. « Je sais, et nous en avons parlé, il y aura des continuités et même des mesures d’approfondissement sur ces sujets », affirme t-il. JM Blanquer en appelle à S Paty. « Il y a eu un événement dramatique pour cette maison : l’assassinat de S Paty. Il nous oblige à une vigilance sur nos valeurs et cette vigilance vous en êtes maintenant le garant ».

Pap Ndiaye promet le dialogue

Pap Ndiaye anticipe. « J’ai une pensée pour un collègue historien, Samuel Paty, dont l’exemple et la mémoire sont gravés dans nos esprits », dit P Ndiaye en commençant son discours. « Mes premières pensées vont vers le monde des enseignants qui est le mien depuis toujours. Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine dont l’école est le pilier ». Mais Pap Ndiaye ajoute : « Je suis aussi le symbole de la diversité. Je n’en tire nulle fierté mais plutôt le sens des responsabilités ».

Arrive le moment d’annoncer sa politique. P Ndiaye évoque « la consolidation des savoirs fondamentaux, l’égalité des chances , l’adaptation aussi nécessaire de l’école aux bouleversements des économies et des sociétés ». Il termine son discours en promettant que « le dialogue avec toute la communauté éducative sera un principe important ».

Les syndicats manifestent leurs exigences

Justement la communauté éducative n’a pas tardé à faire connaitre ses exigences. « Sa nomination est un symbole de rupture avec Jean-Michel Blanquer à plus d’un titre », affirme le Snes Fsu. « Mais l’Education nationale ne se gouverne pas uniquement à coup de symboles. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron a évoqué de nombreux projets de réformes : pacte pour les enseignants, redéfinition du statut, orientation, avec des propos souvent méprisants ou déconnectés de la réalité. Ces projets ne répondent en rien à l’urgence du moment qui est salariale : après des années de déclassement salarial, les personnels doivent être revalorisés sans contreparties. Si le nouveau ministre de l’Education nationale persiste à vouloir engager des réformes qui ne répondent qu’à des lubies idéologiques sans prendre la mesure de la crise profonde que traverse l’Education nationale, il portera alors, comme son prédécesseur, une lourde responsabilité dans la crise du service public d’Education ». Le Snes demande une réelle revalorisation (« plus aucun professeur, CPE, Psy-EN ne doit être recruté en dessous de 2 000 euros nets »).

Pour le Snuipp Fsu,  » une rupture nette avec les politiques éducatives menées est non seulement nécessaire, mais aussi urgente. Pourtant, le programme du président de la République prévoit de poursuivre le resserrement sur « les fondamentaux » qui réduit l’ambition scolaire, d’amplifier la mise au pas des enseignant·es comme dernièrement avec la mutation d’office de six enseignant·es de l’école Pasteur en Seine Saint Denis, de généraliser “l’expérimentation marseillaise” créant ainsi des inégalités territoriales pour les écoles, d’instaurer un salaire prétendument au “mérite” et de mettre en concurrence les personnels comme les écoles… Ces mesures augmenteraient le caractère inégalitaire du système scolaire et conduiraient à une dégradation encore plus forte des conditions d’exercice du métier ». « Il faudra prendre des décisions rapides en matière de revalorisation salariale : dégeler le point d’indice et rattraper des années de déclassement salarial », dit encore le Snuipp. « Sur le plan des conditions de travail, des moyens doivent être débloqués pour alléger les effectifs partout afin de faire réussir tous les élèves ».

Pour le Sgen Cfdt « sortir du sous-investissement dans la reconnaissance des personnels implique pour le Sgen- CFDT une loi de programmation pluriannuelle pour revaloriser les rémunérations des agents. Mais cette reconnaissance doit passer aussi par un changement de paradigme en terme de gestion humaine. Il est nécessaire de mieux considérer les agents, reconnaître leur expertise professionnelle, leur reconnaître une autonomie au travail pour construire au plus près des réalités locales les solutions pour mieux faire réussir tous les élèves ».

Pour le Se Unsa,  » La priorité, c’est la nécessité de travailler à la réconciliation des personnels avec leur institution. Pour le SE-Unsa, il faut une rupture nette avec la méthode politique de la rue de Grenelle de ces cinq dernières années. Les personnels ne veulent plus subir, ni vivre au rythme d’incessantes annonces médiatiques qui nient la réalité, simplifient la complexité de leurs missions et placent les professionnels qu’ils sont dans un insupportable porte-à-faux ». Le Se Unsa pointe encore deux priorités :  » Le premier défi, c’est la crise de l’attractivité. Après des difficultés plus importantes que d’habitude en septembre 2021, la rituelle rentrée « techniquement » réussie » est sérieusement menacée pour septembre 2022… Le second défi, c’est la réussite de l’école inclusive. Il n’est plus possible de laisser les professionnels seuls, entre culpabilité et épuisement, et des élèves et des classes en panne, voire en souffrance ».

Pour Sud, « la nomination de Pap Ndiaye est un désaveu des aspects les plus réactionnaires et nauséabonds de la politique menée par Jean-Michel Blanquer. Néanmoins le programme de Macron en matière d’éducation continue de laisser craindre le pire avec la casse du lycée professionnel,  l’accroissement de l’autonomie des établissements et la remise en cause des obligations réglementaires de service… Le nouveau ministre doit prendre ses responsabilités et envoyer un signal d’apaisement aux personnels en mettant fin sans délai à la répression qui s’abat sur les enseignant·es de l’école Pasteur de Saint-Denis ainsi que sur les 2 CPE du collège Victor Hugo de Nantes. Enfin, l’abrogation des contre-réformes Blanquer (réformes des lycées et du bac, Parcours sup’ et loi Rilhac) doit être une priorité du nouveau ministre ».

Dans l’enseignement professionnel, une priorité pour E Macron, le Snuep Fsu va a contre courant de la politique présidentielle. « Les lycées professionnels, fortement fragilisés par la Transformation imposée par J.-M. Blanquer, doivent bénéficier d’une politique éducative renforcée et volontariste permettant à tout∙es les élèves d’accéder à un diplôme dans des conditions d’études satisfaisantes. Pour cela, il est indispensable de rompre immédiatement avec la volonté d’imposer l’apprentissage dans les classes, d’abroger la Transformation de la voie professionnelle et donc de supprimer les familles de métiers et les gadgets pédagogiques (chefs-d’œuvre, co-intervention et accompagnement imposés). Il faut en finir avec le dogme libéral des compétences et renforcer les diplômes en les certifiant par des épreuves ponctuelles terminales ».

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Pap Ndiaye ministre de l’Education nationale

C’est une nomination surprise, un tournant et pourtant une continuité. La nomination de Pap Ndiaye à l’éducation nationale et à la jeunesse est une surprise. Il ne figurait pas dans les noms qui revenaient pour ce ministère et ce n’est pas un politique. Un tournant car il va rompre avec le populisme anti wokisme agité par JM Blanquer. Une continuité car il aura à appliquer la politique décidée par E Macron, c’est à dire continuer ce qui avait été dessiné dès 2017.

Grimace rue de Grenelle

Nouvelle grimace rue de Grenelle. On se souvient de celle de N Vallaud Belkacem en 2017 à l’annonce du nom de JM BLanquer. Aujourd’hui c’est JM Blanquer qui doit faire la grimace. La nomination de Pap Ndiaye est une gifle pour l’ancien ministre de l’éducation nationale.

Le départ du ministre qui est resté le plus longtemps au ministère a des raisons de grimacer. Les 5 années du ministère Blanquer se traduisent par un rejet inédit de la politique ministérielle. Toutes les enquêtes le disent qu’il s’agisse du Baromètre Unsa ou des enquêtes menées par la FSU. Selon le baromètre Unsa, la confiance est morte entre le ministre et ses personnels depuis 2018. En 2021 il compte seulement 8% de soutiens chez les professeurs des écoles et 6% chez les enseignants du 2d degré. Cela touche aussi les cadres. Un inspecteur (IPR ou IEN) ou personnel de direction sur quatre seulement partage les vues de JM Blanquer. Les résultats promis, malgré la communication ministérielle active jusqu’au bout, ne sont pas au rendez vous. JM Blanquer avait promis un vrai bond au début de l’école primaire grâce à plus de 10 000 postes. En fait l’évolution est faible. Pire, les résultats des élèves socialement défavorisés des classes dédoublées ne sont pas meilleurs que ceux des élèves défavorisés des classes non dédoublées. On ne saurait mieux attester de l’impasse pédagogique dans laquelle le ministre s’est mis.

Un intellectuel à l’Education nationale

Pap Ndiaye, le nouveau ministre de l’éducation nationale, est un historien spécialiste de la question noire. Il est même un pionnier des Black Studies en France, ces études sociologiques que JM Blanquer a décriées et poursuivies d’une haine tenace. Il siège par exemple au conseil scientifique du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). La campagne anti wokisme, la répression qui touche élèves à ce sujet et personnels vont probablement cesser. On va assister à des acrobaties dans les discours des cadres de l’Education nationale. Pour de nombreux cadres, comme le Dasen de Seine Saint Denis mis en cause récemment par Mediapart, ce n’est pas une bonne nouvelle.

En nommant un intellectuel rue de Grenelle, une personnalité qui affiche des valeurs partagées par les enseignants, Emmanuel Macron cherche une certaine réconciliation avec les enseignants. Nul doute que cette nomination sera bien accueillie. Nul doute aussi que les attentes des enseignants soient grandes qu’il s’agisse du dialogue dans l’institution mais aussi des programmes et surtout de la revalorisation.

Après les deux années et 9 mois du ministère Allègre, il avait fallu tout le talent d’un Jack Lang pour apaiser un héritage lourd à porter. Jack Lang avait été nommé pour renouer avec les enseignants. Il avait le soutien politique pour le faire. A la différence de Jack Lang, le nouveau ministre d’E Macron devra, lui, porter la continuité d’une politique lancée par JM Blanquer. Et le président n’a pas marqué dans son discours du 17 mars une considération particulière pour les enseignants.

Une politique fixée par E Macron

Mais le nouveau ministre, même s’il est beaucoup plus ouvert, aura à mener la politique annoncée par E Macron. « Nous sommes à un moment de bascule où nous pouvons changer les choses », a dit E Macron le 17 mars. Sur le fond, c’est la même politique que JM Blanquer (anti wokisme en moins) que Pap Ndiaye aura à appliquer, avec une équipe probablement fléchée par l’Elysée.

E Macron a  fixé comme objectif à son second quinquennat d’aller au bout des réformes menées depuis 2017. Redonnons en les grandes lignes.

Commençons par les enseignants. « On va augmenter leur rémunération mais avec de nouvelles missions » , a dit le président. Ces nouvelles missions sont énumérées. « On propose un pacte aux enseignants : on vous demande de nouvelles missions qu’on est prêts à mieux payer comme le remplacement des profs absents, ça doit être une obligation, le suivi individualisé des élèves, l’accompagnement sur le temps périscolaire. Pour les enseignants en place je propose un nouveau contrat. On augmente leur rémunération s’ils sont prêts à changer leur organisation. Toutes les nouvelles embauches sont sur la base de ces nouveaux contrats », explique E Macron. « On va payer mieux ceux qui sont prêts à faire plus d’efforts.. J’assume plusieurs systèmes de rémunération car ils (les enseignants) ne font pas tous la même chose. Vous avez des enseignants qui pendant le covid se sont occupés de leurs élèves et des enseignants qui ont disparu ».  C’est la paye au mérite que Pap Ndiaye aura à mettre en place. Il aura un budget pour cela : 6 milliards supplémentaires pour l’éducation.

E Macron veut donner de nouveaux pouvoirs aux directeurs d’école et aux chefs d’établissement , dans la logique de la loi de transformation de la fonction publique. « Je veux que les directeurs aient la possibilité de récuser des profils et participent à la décision », a dit E Macron le 17 mars. « Il ajoute : « Cela permettra de luter contre l’absentéisme. Si un directeur veut porter un projet pédagogique, il est légitime qu’il ait une équipe qui adhère à ce projet. Donc je veux lui donner plus de liberté ». Il souhaite aussi une profonde réforme de l’enseignement professionnel en doublant les périodes de stage, c’est à dire en diminuant d’autant les enseignements.

Voilà la route tracée à Pap Ndiaye. Les enseignants seront soulagés de voir partir JM Blanquer. Ils seront flattés de voir un grand intellectuel et un homme qui défend des valeurs démocratiques nommé rue de Grenelle. Ils doivent aussi se préparer aux réformes à venir.

 

Paye au mérite : histoire d’une obsession

Au revoir JM Blanquer

Macron règle leur compte aux enseignants

Macron au rattrapge

Le bilan de JM Blanquer

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NUPES : Un programme contre les inégalités scolaires

« Nous affirmons très clairement qu’il doit y avoir zéro décrocheur et que pour avoir un service public de qualité il est indispensable de recruter des personnels en nombre et de réduire le nombre d’élèves par classe ». C’est Marie Jeanne Gobert, responsable des services publics au PCF, qui a présenté le 19 mai la partie du programme de Nupes, l’alliance des gauches, concernant l’Ecole. Le programme fixe trois priorités : lutter contre la ségrégation scolaire, renforcer l’enseignement professionnel et revaloriser les personnels Education Nationale. Il est nettement en rupture avec celui d’E Macron.

Lutter contre la ségrégation scolaire

A la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) on a imaginé un programme en accordéon, avec une grande partie acceptée par tous les partis et quelques points qui seront soumis au débat parlementaire. Ces points sont rares sur la partie éducation et concernent la Charte européenne des langues et les subventions extralégales à l’enseignement privé. L’accord c’est fait sur le plus important : une politique éducative de gauche qui prenne nettement en main la question centrale des inégalités dans le système éducatif. Des inégalités que l’équipe sortante a laissé se développer imaginant même, avec les EPLEI (établissements publics internationaux), la reconstitution dans l’école publique d’une filière réservée à la bourgeoisie de la maternelle à la terminale.

NUPES veut « reconstruire une école globale pour l’égalité et l’émancipation ». Pour cet objectif, l’alliance de gauche veut « assurer la gratuité réelle de l’éducation publique ». Il ne s’agit pas d’agiter l’uniforme scolaire, mais de prendre en charge la part de l’école qui pèse sur les familles et qui fait la différence entre les élèves pauvres et les autres. Cela concerne la cantine scolaire, les transports scolaires, les manuels (déjà largement gratuits mais pas totalement), les fournitures (qui étaient gratuite à l’école au 20ème siècle). Pour la majorité des enfants ces mesures seront sans importance. Mais JP Delahaye a superbement montré à quel point ces postes pèsent sur les budgets des ménages les plus modestes. Et combien ces questions sont source d’humiliation, de fatigue et de dégout de l’école pour les plus pauvres.

Pour la première fois un parti met en tête de ses priorités la lutte contre la ségrégation scolaire. La NUPES imagine une solution qui n’est pas sans rappeler le programme québécois. La NUPES veut établir une nouvelle carte scolaire qui intégrera les établissements privés. Leur financement sera proportionnel à leurs engagements en faveur de la mixité sociale de leurs établissements. Le programme ne dit pas comment cette mesure serait accompagnée. Mais l’engagement pris est très fort et devrait rencontrer dans notre pays de sérieuses oppositions. La carte de l’éducation prioritaire serait aussi revue. On sait que de nombreux lycées , par exemple, souhaitent y retourner. Par ailleurs la carte actuelle est ancienne. Notons aussi le redéploiement des Rased, gelés depuis 5 ans.

Relancer l’enseignement professionnel

On peut relier à cet objectif de lutte contre les inégalités la réforme de l’enseignement professionnel. La NUPES envisage de redonner aux régions le contrôle des CFA. C’est une loi portée par E Borne qui les a confié aux groupes patronaux. En ce qui concerne la voie professionnelle scolaire, la NUPES veut rétablir le bac pro en 4 ans. C’est une revendication de syndicats enseignants qui jugent ce temps nécessaire pour relever le niveau des élèves. La NUPES veut « renforcer les enseignements généraux ». Une mesure qui ressortait aussi de la conférence du Cnesco. Rappelons qu’Emmanuel Macron, à l’inverse, veut diviser doubler le temps passé en stage ce qui revient à diviser par deux le temps consacré aux enseignements. La NUPES veut aussi « protéger les cursus courts dans l’enseignement supérieur et encourager la poursuite d’études après un bac professionnel ou technologique ». Là aussi la NUPES prend le contrepied de la politique suivie par E Macron qui, avec Parcoursup, a exclu des études supérieures une grande partie des bacheliers professionnels. La réforme de cette voie vise l’entrée directe dans l’emploi, mettant ainsi un terme à la promotion sociale des plus défavorisés. La taxe d’apprentissage serait réservée aux établissements publics.

Revaloriser les enseignants

Et les enseignants dans tout cela ? Ils sont près d’un million et très peu ont envie de voir continuer les politiques suivies par E Macron. Le programme de la NUPES veut « revaloriser les personnels de l’Education nationale et renforcer les moyens ». Pour cela il annonce la fin du gel du point d’indice fonction publique et la revalorisation des grilles salariales « en engageant une négociation avec les organisations syndicales ». La NUPES veut aussi « un plan pluriannuel de recrutement pour l’ensemble des concours », une façon de répondre à la crise du recrutement. L’alliance de gauche veut protéger la liberté pédagogique et « mettre fin aux évaluations et aux controles permanents ». Cela rompt avec le nouveau management que JM Blanquer a renforcé en 5 ans. Avec la même préoccupation, il s’agit aussi de « renforcer le cadre national du service public d’éducation » notamment sur les contenus d’enseignement, le recrutement et les statuts et enfin le bac, dont la reforme serait annulée.

Des points difficiles…

Ce programme rompt très nettement et avec celui d’E Macron et avec les orientations données depuis le début du siècle à l’Ecole. Mais tous ces points ne sont pas affirmés avec la même vigueur.

Il y a des orientations politiques claires. Assurer davantage de mixité sociale dans les établissements relève surtout du volontarisme politique. Rendre réellement gratuit l’enseignement aussi car les dépenses supplémentaires ne seraient pas très importantes. Alors que la France est internationalement connue comme ayant le plus inégal des systèmes éducatifs européens, il est intéressant de noter que jusque là peu d’efforts ont été entrepris pour aller contre. Plus d’un gouvernement s’est cassé les dents sur cet objectif , souvent au nom de la défense de l’excellence et du « mérite républicain ».

D’autres points du programme engagent des moyens. C’est le cas du bac pro en 4 ans (un tiers de professeurs en plus en LP), de la revalorisation, des recrutements. Sur ces points le programme pêche en ne parlant pas du financement de ces mesures. E Macron, avec 6 milliards annoncés par an, propose une Ecole qui prolonge la politique suivie depuis 2017 en creusant encore les inégalités entre les élèves et les personnels.

 

Le programme

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Antiracisme : Sud 93 demande la démission de l’adjointe du Dasen

Suite à la publication par Mediapart d’un article mettant en cause l’adjointe au Dasen du 93, Sud éducation 93 accuse.  » SUD éducation 93 a déjà subi deux plaintes de Jean-Michel Blanquer, classées sans suite. Puis une plainte de cinq parlementaires LR exigeant notre dissolution : en attente du verdict le 19 mai. L’engagement et la pédagogie antiracistes que nous défendons ont été attaqués à de multiples reprises par notre hiérarchie, le ministre et l’extrême-droite », rappelle Sud. «  »Le mail auquel a eu accès Mediapart est signé de Marie Rogler, adjointe au DASEN chargée du 1er degré. Il est adressé aux IEN (inspecteur·rices du 1er degré) du département… Dans ce mail, l’adjointe au DASEN ordonne aux inspecteur·rices du 1er degré d’empêcher les personnels de participer à notre stage syndical par tout moyen. Elle ajoute que ces consignes sont soutenues en haut lieu ! SUD Éducation 93 le rappelle : refuser un congé de formation syndical en raison de son contenu est illégal, et nous l’avons déjà prouvé, par des décisions de justice ! » Sud 93  » dénonce formellement la croisade menée par la hiérarchie de Seine-Saint-Denis », « se réserve la possibilité d’engager toutes les procédures qui seraient nécessaires pour que ces agissements ne restent pas impunis », et « exige la démission de Marie Rogler ».

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Covid : 95 000 décès en plus au final

 » De mars 2020 à décembre 2021, les décès observés ont été nettement supérieurs à ceux attendus en l’absence d’épidémie de Covid-19″, écrit l’Insee  dans un nouvel Insee Première. « Cet excédent de décès toutes causes confondues (+ 95 000) est inférieur au nombre de décès attribuables à la Covid-19, estimé entre 130 000 et 146 000. Le nombre de décès liés à la Covid-19 inclut en effet les décès de personnes fragiles qui seraient décédées même sans l’épidémie en 2020 ou 2021. Par ailleurs, l’impact de l’épidémie est réduit grâce à certains décès évités, par exemple les accidents de la route évités en période de confinement. D’août à décembre 2021, l’écart entre décès observés et attendus est devenu toutefois supérieur aux décès liés à la Covid-19. Cela pourrait s’expliquer par une baisse des décès évités et/ou par une hausse des décès indirectement liés à l’épidémie (du fait par exemple de reports d’opérations) ».

 

Insee Première

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Parcoursup : Un collectif enquête au près des enseignants

Créé par des fonctionnaires, le collectif « Nos services publics » lance une grande enquête auprès des professeurs des lycées sur Parcoursup.  » Dans cette grande enquête à destination des enseignant.e.s de lycée, le collectif Nos services publics cherche à évaluer l’impact réel de Parcoursup sur les élèves, l’enseignement et la société. Elle est composée de trois parties : une première sur l’accompagnement des élèves et la charge de travail associée, et deux parties plus courtes, sur les ressources à votre disposition et sur votre compréhension du système. Elle dure en moyenne 10mn, et vise l’ensemble des enseignant.e.s de lycée ».

 

L’enquête

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Les syndicats demandent des moyens à Elisabeth Borne

Les syndicats de l’éducation n’attendent pas. Le 18 mai ils écrivent à la première ministre. « La situation pour la prochaine rentrée est inquiétante. Avec la chute importante du nombre de présents aux concours de recrutement, : des personnels vont manquer pour la rentrée 2022. Ceci alors que celles et ceux en postes dans les écoles, les établissements et les services sont épuisés par les réformes à marche forcée du dernier quinquennat et inquiets des projets annoncés », écrivent ensemble 11 syndicats (FSU, UNSA Education, FNEC FP-FO, SGEN-CFDT, CGT Educ’action, SNALC, Sud Education, SNCL-FAEN, FO-EA, CGT Agri, SUD Rural Territoires) et la Fcpe.  » Il est nécessaire de mobiliser des moyens notamment en pérennisant partout où elles existent les listes complémentaires en y recourant en première intention. Il faut également dès maintenant renouveler les contractuels mobilisés pour assurer les remplacements cette année. Dans l’immédiat, nous demandons un moratoire sur les suppressions de postes présentées dans les comités techniques… Au titre des priorités à engager dès le début du quinquennat, nous vous confirmons notre exigence d’une revalorisation ambitieuse des salaires pour tous les personnels non seulement pour compenser la perte de pouvoir d’achat depuis plusieurs années mais pour redonner de l’attractivité aux métiers des services publics d’Education, sans conditionnement à des tâches supplémentaires ». Faire bloc semble être la bonne politique.

 

Le courrier

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Physique – Chimie : Une discipline en difficulté

« Les objectifs de formation sont de plus en plus ambitieux dans un cadre horaire de plus en plus contraint, en particulier dans les séries S et STI2D – où les pertes horaires sont très marquées entre 1997 et 2019 pratiquement l’équivalent d’une année de formation –, ces séries ayant paradoxalement comme mission première de former des scientifiques ». Réalisé en juin 2021, le rapport très complet des inspecteurs généraux Dominique Obert et Laurent Mayet, qui sort seulement, montre un enseignement en difficulté du primaire au lycée, avec des résultats en chute. Pour autant, les solutions proposées, notamment l’enseignement intégré, sont elles à la hauteur des enjeux ?

Les mauvais résultats des élèves français

« Les résultats des élèves français aux enquêtes internationales s’appuient sur des tests passés au niveau CM1 (TIMSS 4 en 2015), à l’âge de quinze ans (PISA 2006 et 2015 – majeure culture scientifique) et en terminale scientifique (TIMSS advanced en 2015)… Les résultats des élèves français sont globalement dans la moyenne des pays de l’OCDE en culture scientifique (concernant PISA 2015 le score de la France pour les systèmes physiques est de 492, il est de 493 pour l’OCDE) ou très significativement inférieurs à la moyenne en science (à TIMSS 4 la France obtient un score de 482 en sciences physiques, il est de 522 pour l’Europe) et notamment en physique (à TIMSS advanced le score de la France est de 373, il est de 450 pour le groupe des pays médians et de 508 pour le groupe des pays les plus forts) ».

Depuis l’écriture de ce rapport, TIMSS 2019 est publié et montre des résultats détestables en sceinces au primaire où la France est en queue de classement et nettement sous la moyenne au collège.  Mais déjà TIMSS advanced de 2015, cette étude portant sur les terminales, montrait une nette chute des résultats (95 points !) entre 1995 et 2015.

A ces résultats moyens s’ajoutent des traits inquiétants : « PISA, un taux important d’élèves dans les niveaux faibles et peu d’élèves dans les niveaux les plus forts. Ainsi 22 % d’élèves se situent à des niveaux inférieurs au niveau 2 considéré comme le seuil de compétence en culture scientifique ; une différence de scores entre les élèves issus de milieux très défavorisés et très favorisés, la plus grande parmi les pays d’économie comparable ».

Globalement, « les enquêtes internationales confirment les résultats des évaluations nationales et révèlent notamment la fragilité des connaissances en physique-chimie et des capacités à les mobiliser pour résoudre une tâche lors de la scolarité obligatoire, puis à nouveau un déficit de connaissances et une difficulté dans les applications qui engagent la maîtrise de langages scientifiques et notamment mathématiques en fin d’enseignement secondaire scientifique ».

La chute des horaires disciplinaires

Le rapport donne une partie des explications. « Les objectifs de formation sont de plus en plus ambitieux dans un cadre horaire de plus en plus contraint, en particulier dans les séries S et STI2D… En fin de collège le nombre d’heures dispensées a augmenté sur la période considérée – il passe de 128 heures en 1997 à 144 heures en 2018, avec un maximum de 160 heures entre 2000 et 2016. Dans la série scientifique de la voie générale, avec ou sans spécialité, ce nombre a considérablement diminué, perdant environ une centaine d’heures entre 1997 et 2018, soit l’équivalent de plus d’une année complète de physique-chimie en première S actuelle. La diminution est encore plus marquée pour les parcours technologiques de production comme la filière STI/STI2D, qui a perdu environ 160 heures d’enseignement de physique-chimie sur la même période ».

Une démarche d’investigation qui n’a pas fait ses preuves

Autre indication : la mise en place de la démarche d’investigation dans les programmes de 2009. Elle n’est pas critiquée par le rapport , bien au contraire. Mais il souligne « des objectifs de formation de plus en plus ambitieux ». Pourtant cette démarche est critiquée par Pisa 2015, ce que le rapport aurait pu mentionner.  » Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’existe aucun système d’éducation dans lequel les élèves ayant déclaré être fréquemment exposés à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation (qui leur demande d’effectuer des expériences ou des travaux pratiques) obtiennent un score plus élevé en sciences. Après contrôle du statut socioéconomique des élèves et des établissements, une exposition plus importante à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation est corrélée à de moins bons résultats des élèves en sciences dans 56 pays et économies », dit le rapport.

Le manque d’enseignants

Autre difficulté signalée par le rapport , le manque d’enseignants titulaires. « Depuis plus de dix ans, le recours aux professeurs contractuels est récurrent pour la spécialité mathématiques – physique-chimie en lycée professionnel ; il a connu, depuis quatre ans, une croissance très rapide dans la spécialité physique-chimie en collège et en lycée général et technologique ». En 2009 dans le second degré on comptait moins de 400 contractuels et ils étaient descendus à presque 200 en 2012. En 2017 ils étaient 1400.  Leur présence est particulièrement importante dans les académies de Versailles et Créteil. Ils réprésentent 7% des effectifs nationalement mais 14% à Versailles et 13% à Créteil. Cela malgré la baisse du niveau au capes. Ainsi en 2019, « pour la première fois depuis longtemps tous les postes n’ont pas été pourvus, puisque seuls 263 postes ont été pourvus sur un total de 385 postes mis au concours. Ce bilan est en partie imputable à l’érosion continue des résultats obtenus dans l’épreuve de mise en situation professionnelle, liée à un manque de maîtrise par les candidats des compétences expérimentales mais aussi des connaissances de base dans la discipline ».

Les inégalités filles / garçons

Un autre point noir de la discipline tient à la place des filles. L’inspection  » note une moindre représentation des filles dans les parcours scientifiques, des performances des filles en physique-chimie légèrement inférieures à celles des garçons et une appétence plus faible pour les sciences attestée par les enquêtes nationales et internationales. Il est enfin relevé que les actions d’information et de sensibilisation pour développer l’appétence et lutter contre les stéréotypes en sciences peinent à faire évoluer les taux d’orientation des filles vers les sciences ».

Le rapport se penche aussi sur l’équipement pour montrer que les salles de travaux pratiques sont « conformes aux attentes » en lycée général et technologique public mais pas en lycée professionnel et au collège. Résultat : « la réalité quantitative des pratiques expérimentales observées n’est globalement pas à la hauteur des préconisations des programmes, notamment au collège et au lycée professionnel ». Les  conditions de stockage des produits se sont améliorés mais on frémit en entendant qu’il y a des problèmes de sécurité pour les produits radioactifs présents dans les établissements.

Des préconisations qui ne remettent rien en cause

Les préconisations de ce rapport explique sa publication tardive. L’Inspection recommande le lancement d’un « plan science » à l’école et au collège, préconisation récupérée politiquement par le ministre en mars 2022. Le rapport ne remet pourtant rien en cause, ni sur les horaires ni sur la pédagogie recommandée.

« Au niveau du collège, la mission recommande de renforcer la dynamique du travail interdisciplinaire concernant l’enseignement de sciences et technologie en classe de sixième ; elle constate une régression significative de la pratique expérimentale au collège qui concentre, du point de vue des conditions matérielles, de nombreuses difficultés, et présente la nécessité de rédiger des repères de formation pour l’enseignement de sciences et technologie en troisième prépa-métiers. La mission propose donc de relancer un Plan sciences centré sur l’école et le collège et le suivi de sa mise en œuvre par un chargé de mission au niveau national ». L’Inspection appelle à renforcer l’enseignement intégré en 6ème en misant sur les chefs d’établissement pour pousser cette transformation. Il appelle à « promouvoir la démarche d’interdisciplinarité ». Il n’y a donc pas de remise en cause de principes d’enseignement qui n’ont toujours pas fait leurs preuves.

 

Le rapport

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Les enseignants victimes du Bataclan broyés par l’Education nationale

Le 17 mai, 122ème jour du procès, des victimes témoignent de l’attentat et de ses suites. Parmi eux, plusieurs enseignants. Ils tiennent le même discours. S’ils ont pu rencontrer au niveau rectoral du soutien, dans leur établissement les logiques bureaucratiques, jusqu’aux plus stupides, les ont broyés.

Lundi 16, je me lève et vais en cours…

Rugbyman, bon vivant, Cédric Maurin est au Bataclan le 13 novembre 2015. Il laisse un très beau récit de l’attentat, de  ses suites, des analyses qu’il peut en faire comme historien et comme professeur. Un récit qui lui fait honneur et qui fait aussi honneur à la profession.

En 2015, Cédric Maurin est un jeune professeur d’histoire-géographie. Il enseigne en lycée dans le Val de Marne.  Et c’est en historien qu’il comprend et vit l’attentat, enregistrant les faits en vue d’une restitution historique. « Quand on a fait de l’histoire on a toute une méthodologie pour recueillir et interpréter les témoignages, on sait aussi quels sont les mécanismes de la mémoire et à quel point elle est dynamique et mouvante, notamment après un trauma. Cette recontextualisation me permet d’appréhender le moment pour ce qu’il est : un attentat. Cela aura son importance dans mon suivi psy et ma reconstruction ». Il arrive à quitter le Bataclan.

« Le Lundi 16, je me lève et je vais en cours rejoindre mes élèves ». Et il fait cours comme si l’événement ne le concerne pas. Mais sans cacher qu’il est un rescapé. « Je rappelle que depuis la Seconde Guerre Mondiale, les victimes des guerres (personnes décédées ou blessées) sont très majoritairement des civils parce que les manières de mener une guerre ont changé. Je n’ai quasiment pas besoin de dissocier islam et terrorisme islamiste, les élèves font eux-mêmes très bien la différence et cela me rassure », dit-il. « Ce jour-là, je mesure dans son acception pleine, l’importance capitale de mon métier. Je veux, par la réflexion, détruire la boule d’émotion traumatisante chez mes élèves. Je vous laisse imaginer Monsieur le président à quel point cela a été une journée forte pour mes élèves comme pour moi. Je rappelle tout cela aussi parce que mon métier d’enseignant d’Histoire-Géographie a été pris pour cible avec l’attentat contre Samuel Paty, abandonné par sa hiérarchie et jeté en pâture, sauf que cette fois-ci cela n’a pas été des insultes, des menaces, des pressions : il a été décapité pour avoir correctement fait son métier ».

Exercice attentat : retour en enfer

« Quelques jours plus tard, je n’arrive pas à me lever, je suis dans mon lit, tétanisé, incapable de bouger et cela dure une éternité sans que je puisse appréhender le temps. Le Contrecoup est violent, la tête dit stop, le corps dit stop. Je suis mis en arrêt de travail et découvre ce qui va devenir un mauvais compagnon de route : le syndrome de stress post-traumatique. »

Après quelques mois il reprend son travail d’enseignant. Mais il va se heurter à l’administration de son lycée. « Un jour au lycée, on m’annonce que nous devons organiser des exercices PPMS, alerte intrusion attentats, qu’il va falloir se confiner dans les salles de classe avec les élèves, se mettre sous les tables. Je vais voir mon proviseur, lui fait part du fait que c’est impossible pour moi de faire cela, qu’il vaut mieux l’organiser un jour où je n’ai pas cours pour m’éviter d’être absent. Il n’en tient pas compte. Associer attentat et lieu de travail, ce n’était pas gérable pour moi, alors que ça allait plutôt correctement, bim, retour en enfer : 3 mois de rechute post-traumatique, 3 mois de bataille pour se remettre sur pieds ».

La fabrique du prof de seconde zone

Et là pas de chance. Sa psychiatre lui accorde des arrêts maladie de courte période. Dans l’Education nationale ça veut dire qu’il n’est pas remplacé. « Résultat : mes élèves n’ont pas eu cours d’histoire-géographie pendant 3 mois. Cela me culpabilise encore et renforce mon mal-être en ajoutant une couche supplémentaire de difficulté. Un jour, alors que j’appelle le secrétariat de direction pour avertir du renouvellement de mon arrêt, le proviseur prend le téléphone (c’est illégal vu que je suis en arrêt) et me dit de tout, que notre lycée est prestigieux, qu’il faut que je quitte ce lycée, que je suis handicapé et que je n’ai rien à faire là… Au bout de 3 mois, je reviens et me fais harceler par l’administration, qui ne sert pas de rempart mais de relais à la pression des parents d’élèves : comment finir les programmes, être prêt pour le bac, avoir assez de notes pour le trimestre (je me souviens qu’il restait 3 semaines avant l’arrêt des notes et je me suis débrouillé pour que toutes mes classes aient 3 notes, je vous laisse imaginer le travail de correction) etc, etc. Bref on me tient responsable de mon arrêt mais en plus du manque de remplaçant, au lieu d’aller mettre la pression au rectorat c’est sur moi que ça tombe. Malgré tout j’arrive à clôturer à peu près les programmes et mes élèves ont eu des résultats équivalents à ceux des élèves des autres collègues ».

La machine administrative est lancée et ce n’est pas fini. L’année suivante Cédric Maurin n’a plus de classe d’examen. « Je deviens un prof de 2nde zone, et cette discrimination sur dossier médical est assumée à la fois par la direction et par mes collègues : on ne sait pas si tu vas être absent ou pas, remplacer ou pas, c’est leur argument ».

Le salut viendra du rectorat. « Pour ma part grâce au rectorat et après une rude bataille (qui vient s’ajouter au post-trauma, au fait de reprendre le travail dans des conditions compliquées) on arrive à aménager mon temps de travail et à me dispenser des exercices alerte attentat ».

Cédric Maurin trouvera aussi des forces dans son expérience. Avec ses élèves il lance un enquête sur la mémoire de la guerre d’Algérie dans les familles qui aboutira à un spectacle avec le Théâtre de la Colline. Son expérience du stress post traumatique l’aide à conseiller ses élèves pour faire parler leur grand père.

Magali vaincue par l’exercice attentat

Charlotte Piret, qui suit le procès pour France inter, note sur son fil Twitter une expérience similaire avec une professeure des écoles, Magali. Blessée elle est hospitalisée jusqu’en 2016 puis reprend son travail en grande section de maternelle. « Je réussirai à travailler trois années. Mais les exercices attentat auront raison de ma volonté ».

Le témoignage de Magali partage la même foi que celle de Cédric Maurin. « J’espère qu’un jour en France seront enseignées dès le plus jeune âge la tolérance et l’empathie. Nous devons apprendre à vivre ensemble pour créer un monde meilleur ».

 

Le témoignage de Cédric Maurin

Le reportage de C Piret

Son fil Twitter

Le dossier du Café

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Loi Blanquer : Des précisions sur la compensation des communes

Dans une réponse à une question d’un sénateur, le ministère précise les modalités de versement de la compensation par l’Etat des dépenses des maternelles privées suite à l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire dans la loi BLanquer.  » Cette mesure constitue, pour les communes, une extension de compétences qui, en application de l’article 72-2 de la Constitution, doit donner lieu à un accompagnement financier de la part de l’État », écrit le ministère.  » Les dépenses éligibles sont les dépenses de fonctionnement nouvelles qui résultent directement de l’extension de l’instruction obligatoire… Avec l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire, toute commune de résidence est désormais tenue de prendre en charge, pour les élèves domiciliés sur son territoire et dans les mêmes conditions que pour les classes correspondantes de l’enseignement public, les dépenses de fonctionnement des classes élémentaires et préélémentaires privées sous contrat d’association avec l’État ». Et cela ne survient que s’il y a hausse des dépenses.  » Une hausse des dépenses dans les classes préélémentaires compensée par une baisse des dépenses dans les classes élémentaires ne permet pas d’établir une hausse globale des dépenses obligatoires de fonctionnement pouvant donner lieu à une attribution de ressources ». Cette mesure de la loi Blanquer devrait couter de 100 à 150 millions à l’Etat au profit de l’enseignement privé.

 

La réponse

 

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Blanquer vante un « rebond » au primaire

« Le rebond du niveau des élèves à l’école primaire en français et en mathématiques attesté par une nouvelle évaluation, celle de mi-cp », écrit JM Blanquer dans un tweet.  Le ministre interprète ainsi les résultats des évaluations de mi CP réalisées par l’Education nationale.  » On peut considérer que plus de huit élèves de CP sur dix sont entrés correctement dans l’apprentissage de la lecture », claironne le minsitère. C’est à dire qu’on a 20% des élèves en difficulté en mi CP, un pourcentage sensiblement égal aux années précédentes. Si on regarde de plus près en 2022 pour la compétence « écrire des mots » 18% des élèves sont en difficulté selon les critères ministréiels contre 21 en 2021 et 22% en 2019. Pour « comprendre des phrases lues », 15% des élèves avaient du mal en 2021, 26% en 2019 et 29% en 2022. En maths, 40% des élèves ont du mal à résoudre un problème, un pourcentage identique à 2021 et 2020. 28% ont du mal à soustraire . C’était 31% en 2021. On est loin des « 100% de réussite » qui était le slogan de départ…

 

Communiqué

Sur les évaluations nationales

Sur les dédoublements

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La richesse, héritage et diplômes…

« Les enfants de familles aisées ont trois fois plus de chances d’être parmi les 20 % les plus aisés que ceux issus de familles modestes », affirme l’Insee avec la publication d’une enquête mesurant la mobilité intergénérationnelle.  » Les inégalités se reproduisent donc en partie d’une génération à l’autre. Cependant, pour un même niveau de revenu des parents, les revenus des enfants varient fortement. En 2018, parmi les jeunes issus des familles les 20 % les plus modestes, 12 % sont parmi les 20 % les plus aisés de leur classe d’âge. Toutes choses égales par ailleurs, la mobilité ascendante est d’autant plus forte que les parents ont des revenus du capital élevés, sont diplômés du supérieur, sont immigrés, ont été mobiles géographiquement, ou que les enfants résident en Île-de-France à leur majorité ». Le role du diplôme reste important. « La mobilité varie beaucoup selon le diplôme du parent ayant le plus haut revenu : la mobilité ascendante est de 17 % pour les enfants de diplômés de l’enseignement supérieur et les titulaires du baccalauréat, contre 11 % pour ceux de parents titulaires de diplômes inférieurs au baccalauréat et 10 % pour ceux de parents non diplômés. La mobilité ascendante est encore plus élevée pour les enfants d’immigrés diplômés : elle est de 20 %, contre 9 % pour les immigrés non ou peu diplômés. Toutes choses égales par ailleurs, les enfants de parents diplômés du baccalauréat ou du supérieur ont significativement plus de chances de faire une mobilité ascendante élargie (1,3 à 1,4 fois). »

 

Enquete Insee

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Rire en faisant sa déclaration d’impôt, c’est possible !

Rire en faisant sa déclaration d’impôt, c’est possible !

Livre du mois 19 mai 2022

Il y a tout juste un an, Attac publiait Impôts : idées fausses et vraies injustices, un petit manuel de desintox qui s’attaque aux idées fausses souvent propagées par les éditorialistes en tout genre et autres responsables politiques opposés à toute notion de justice fiscale. En plus d’aller contre ces discours, ce livre réhabilite l’impôt, propose des solutions concrètes en faveur de la justice fiscale, et s’amuse du sujet grâce aux illustrations de Fred Sochard. Il n’est donc pas trop tard pour se le procurer… et remplir sa déclaration d’impôt avec optimisme et sourire !
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« Les pauvres ne paient pas d’impôts et les riches en paient trop ! », « La France est un enfer fiscal ! »… Face aux idées reçues diffusées par le discours dominant, Attac contre-attaque avec son livre Impôts : idées fausses et vraies injustices.

150 pages pour analyser et déconstruire les idées reçues sur les impôts, les taxes et notre système social plus généralement. Il a pour objectif de poser les termes d’un débat rigoureux, toujours plus nécessaire face aux crises que nous traversons, sur la hausse des inégalités et les besoins en matière de politiques publiques.

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144 pages. Prix public : 10€. Frais de port pour la France métropolitaine : 2,50€. 

Rédigé sous la responsabilité d’Attac et illustré avec humour par Fred Sochard, cet ouvrage est à mettre entre toutes les mains. Il vise à donner à chacun·e les outils pour mieux comprendre les enjeux de la fiscalité. Avec des propositions concrètes et applicables pour une meilleure justice fiscale afin de réhabiliter l’impôt solidaire et consenti !

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Informations complémentaires

En achetant les livres d’Attac sur notre boutique en ligne, vous soutenez aussi l’association financièrement. Merci !

Attac France — 2022
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Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

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[SUDeduc44] [GREVE MARDI 31 MAI : DES MOYENS POUR L’EDUCATION !]

Les luttes se multiplient actuellement dans les écoles et établissements scolaires de Loire-Atlantique. Pour intégrer le dispositif REP+, l’école Nelson Mandela de Saint-Herblain était en grève vendredi 13 et mardi 17 mai (Article et vidéo ici / d’autres photos ici). Les militant-e-s de SUD qui y travaillent animent un mouvement exemplaire en termes de solidarités entre personnels et parents d’élèves. Dans le second degré, les collèges Auguste Mailloux et Victor Hugo se battent contre l’autoritarisme et les dérives managériales de l’administration (plus d’infos ici et ici). Ailleurs, beaucoup d’établissements se mobilisent pour les DHG, des écoles alertent leur hiérarchie sur la question des non-remplacements, la fin des recrutements des AESH ou encore l’impossibilité de faire vivre une réelle école inclusive sans moyen.

Faire collectif, s’organiser et lutter pour défendre nos conditions de travail et les conditions d’apprentissage des élèves, c’est le sens du syndicalisme que nous portons à SUD éducation. Toutes ces mobilisations ont la même origine : elles résultent d’une volonté de se battre contre des politiques qui ne cessent de dégrader l’École, entraînant des souffrances qui deviennent insupportables à vivre au quotidien. Faisons converger ces colères !

SUD éducation 44, dans un cadre intersyndical large, appelle massivement tous les personnels à être en grève et à se rassembler en Assemblée Générale le mardi 31 mai (horaires et lieux à venir) pour revendiquer des moyens pour le service public d’éducation.

Lire le communiqué de presse intersyndical.

L’équipe de SUD éducation 44


SUD éducation 44
9 rue Jeanne d’Arc
44000 NANTES
Tél: 02 53 45 46 38
Port: 07 66 53 75 54

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17 000 établissements en moins : pourquoi plus d’un quart des écoles ont fermé en France en quarante ans ?

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/05/17/17-000-etablissements-en-moins-pourquoi-plus-d-un-quart-des-ecoles-ont-ferme-en-france-en-quarante-ans_6126542_4355770.html (graphiques uniquement sur leur site)

Evolutions démographiques, politiques territoriales et choix politiques se mêlent pour expliquer cette baisse du nombre d’établissements.

Par et

Publié hier à 20h22, mis à jour à 12h40

A Sauvebœuf (Dordogne), à Bolbec (Seine-Maritime), à Blaincourt-sur-Aube (Aube), à Abbeville (Somme), des mobilisations sont en cours contre la fermeture d’une école. Les mesures de carte scolaire, annoncées en février et éventuellement renégociées jusqu’à la rentrée, font l’objet de tensions entre les différents échelons de l’éducation nationale, les élus locaux, les syndicats enseignants et les parents d’élèves.

Chaque année, depuis 1963 et la création de la carte scolaire, l’offre scolaire est rationalisée en fonction des prévisions démographiques et des postes d’enseignants disponibles, ce qui implique souvent de regrouper, fusionner ou fermer des écoles. En découle le nombre annuel d’immatriculations d’écoles, qui recouvre des situations diverses (des établissements réunis administrativement tout en conservant leur site, de nouvelles constructions, des écoles closes…).

Selon des données fournies au Monde par le ministère de l’éducation nationale, on comptait 61 373 établissements scolaires publics de niveau maternelle ou élémentaire immatriculés en France en 1982, et seulement 44 312 à la rentrée 2021, soit une baisse de 17 061 écoles en quarante ans. Or, pendant cette même période, le nombre d’enfants d’âge scolaire est resté globalement stable.

  • Une tendance historique à la baisse du nombre d’écoles

Au XIXe siècle, les lois Guizot (1833) et Goblet (1886) imposent à toute commune de plus de 500 habitants d’entretenir une école. Mais, dès les années 1960, la baisse démographique en milieu rural incite les autorités politiques à diminuer le nombre de petits établissements. Par exemple, la circulaire du 28 juillet 1964 préconise de fermer les classes ou écoles de moins de seize élèves. Si cette orientation s’assouplit ensuite, face aux réalités de terrain – notamment en zone montagneuse –, la tendance est d’inciter les petits établissements à se regrouper pour survivre dès les années 1970.

Apparaissent ainsi des « regroupements pédagogiques intercommunaux » (RPI), qui incitent les communes à faibles effectifs scolaires à coopérer. Le regroupement peut être plus ou moins formel selon l’accord signé entre les communes et reposer sur des locaux « dispersés » (maternelle et CP dans l’école d’une commune, du CE1 au CM2 dans une autre) ou « concentrés » (un seul bâtiment est conservé et entretenu par plusieurs communes).

Malgré cette politique de regroupements, les petits établissements sont toujours nombreux : on compte 3 483 écoles publiques à classe unique, 5 204 écoles à deux classes et 5 890 écoles à trois classes.

A partir des années 1980, les RPI se développent fortement en milieu rural et rurbain. On s’éloigne de la logique selon laquelle chaque commune devrait avoir son école. D’autant qu’en 1992, le rapport Mauger préconise la généralisation des écoles à trois classes en arguant du manque d’efficacité des classes uniques ou de niveaux regroupés qui caractérisent les petits établissements. Si un moratoire vient conditionner, en octobre 1993, toute fermeture de service public à l’autorisation des communes concernées, la tendance est clairement à la baisse du nombre de petites écoles.

Dans les années 2000, un grand plan de modernisation de l’administration publique (la « révision générale des politiques publiques », RGPP), se traduit par d’importantes suppressions de postes dans la fonction publique, dont l’école. En 2003, la loi prévoit la création obligatoire d’un RPI pour toutes les communes comptant moins de quinze élèves, contraignant les municipalités distantes de moins de 3 kilomètres à se regrouper scolairement. « Dans le premier degré, si les élus locaux sont associés au processus, ce sont les acteurs étatiques des administrations scolaires déconcentrées qui sont chargés d’évaluer les besoins et restent maîtres du nombre de postes d’enseignants. En supprimant un ou plusieurs postes, ils peuvent procéder à une fermeture de classe ou d’école, sans nécessairement solliciter l’accord des élus communaux », détaille Malorie Ferrand, historienne de l’aménagement scolaire du territoire rattachée à l’université Lyon-II.

Si le président de la République, Emmanuel Macron, a souvent affiché sa volonté de « ne pas fermer d’école primaire en milieu rural sans l’accord du maire », la tendance en cours reste d’éviter les écoles de petite taille et de tendre vers « l’équité territoriale ». S’y ajoutent quelques objectifs apparus durant le dernier quinquennat, comme le dédoublement des classes dans les réseaux d’éducation prioritaires et le seuil maximum, partout en France, de vingt-quatre élèves par classe en grande section, CP et CE1.

Ainsi l’école de Ponthoile, village de la Somme de 611 habitants, ne rentrait plus dans les cases. « Nous avions deux classes, l’une allant de la maternelle au CP, l’autre du CE1 au CM2. Les effectifs se sont progressivement étiolés pour atteindre vingt-cinq élèves en tout, en 2017 », rappelle le maire, Henri Poupart. Le couperet tombe en 2018 : l’inspection académique décide de supprimer un poste, l’école est condamnée. « On a tenté de se regrouper avec d’autres communes, ça n’a pas fonctionné », déplore l’édile, qui regrette surtout de perdre le fil avec la jeunesseL’attention médiatique n’y changera rien. Malgré le succès de la chanson Les Oubliés de Gauvain Sers, dont le clip est tourné entre les murs de l’école, celle-ci est close et va être transformée en centre culturel.

  • De grandes disparités territoriales

Le résultat de cette dynamique historique est un territoire marqué par de grandes disparités, y compris à l’intérieur des zones rurales. Un épais rapport sur la scolarité en milieu rural remis par le sénateur socialiste Alain Duran en 2016 le soulignait déjà. « Les communes rurales, dans leur ensemble, ne perdent pas de population depuis trente ans, l’“exode rural” est achevé depuis les années 1970. Mais elles n’en gagnent que lorsqu’elles sont situées à proximité d’une ville, et d’autant plus que cette ville est grande », pointe M. Duran en citant un rapport de l’Insee, avant d’insister sur l’augmentation rapide du nombre de communes se retrouvant sans école depuis les années 1990, surtout dans les académies rurales.

Selon nos données, certains départements voient ainsi leur réseau d’écoles se resserrer de manière drastique. Entre 1990 et 2018, l’Orne a enregistré une baisse du nombre d’enfants de moins de 10 ans de 27 % pour atteindre 29 350 enfants tandis que le nombre d’écoles immatriculées chutait de 58 %, à 175 établissements. Dans l’Est, la population d’enfants de Haute-Marne baissait de 39 % (17 482 enfants de moins de dix ans), et le nombre d’écoles tombait à 162, une baisse de 59 %. Le Cantal a vu sa population enfantine diminuer de 27 % sur la même période, et le nombre d’écoles baisser de 45 % pour tomber à 144 écoles.

Cette « rationalisation » se poursuit. En témoigne l’histoire de La Cabanasse, commune de 681 habitants située dans la partie montagneuse des Pyrénées-Orientales (département dont les 0-10 ans ont augmenté de 18 % entre 1990 et 2018 mais où le nombre d’écoles a diminué de 10 %). Elle appartient actuellement à un « regroupement pédagogique intercommunal dispersé » de quatre petites écoles, dans des villages limitrophes, qui ont chacune leurs locaux et leur direction. Celles-ci seront bientôt « fusionnées » selon les mots de la directrice de l’école de La Cabanasse, Ingrid Sarda, une transformation d’abord prévue pour la rentrée 2023 mais retardée du fait de la crise sanitaire. « Nos écoles vont fermer et nous serons transférés dans un seul et même bâtiment neuf construit à La Cabanasse, un pôle enfance aux normes, équipé d’une cantine et d’une garderie », raconte l’enseignante. L’accord n’a pas été facile à trouver, car les communes perdant leur école se sont inquiétées d’un déclin général de leur bourg.

« Au niveau pédagogique, on y voit des avantages et des inconvénients. Il n’y aura plus qu’un poste de directeur d’établissement, donc moins de cumuls de fonctions. Les collègues isolés le seront moins, les difficultés d’apprentissage parfois plus faciles à appréhender. Mais le risque est de se retrouver dans un engrenage menant à des fermetures de classe. Si, en fusionnant, on se retrouve en moyenne à vingt élèves par classe quand l’objectif national est de vingt-quatre, il est possible que nous perdions un poste. Localement, c’est toujours un événement difficile à encaisser », s’inquiète-t-elle.

Lorsqu’on interroge l’éducation nationale, du ministère aux recteurs d’académie, personne ne le nie. « Même si les évolutions d’effectifs s’anticipent et se discutent sur le long terme, les décisions quant aux suppressions de poste ne sont jamais évidentes à prendre », dit Catherine Moalic, inspectrice de l’académie des Ardennes. « Il est alors crucial de faire comprendre qu’on travaille dans un souci d’équité entre les territoires », explique-t-elle. Dans son département des Ardennes, où le nombre d’enfants est en baisse constante depuis les années 1990, la « mue » vers des écoles regroupées est ainsi presque terminée. Sur 449 communes, seules 130 possèdent une école. Aucune ne fermera cette année.

Mise à jour le 18 mai : retrait d’une mention indiquant que le taux d’encadrement était identique dans des territoires de nature différente.

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Le Snpden veut la pause

Après Blanquer, « Il faut laisser reposer la pâte ». La formule résume la principale attente du premier syndicat de personnels de direction pour l’après Blanquer. Après 5 années de réformes accélérées, les personnels de direction veulent souffler.  C’est vrai aussi pour la réforme des maths en 1ère ou celle de la réforme de la voie professionnelle. Pas de chance, Emmanuel Macron a déjà promis de nouvelles réformes. Ce nouvelles années difficiles s’annoncent pour le syndicat.

Maths : Un timing intenable

Alors qu’il fête ses 30 ans, le Snpden Unsa, premier syndicat des personnels de direction, joue la sérénité. A l’couter il serait presque satisfait d’avoir des syndicats concurrents. Et dans le chaos généré par les dernières décisions de JM Blanquer, il affecte de garder la tête froide.

Alors que JM Blanquer a annoncé que la réforme de l’enseignement de maths en 1ère générale s’appliquerait à la rentrée 2022, alors que le Conseil supérieur des programmes publie un projet de programme, le Snpden attend les textes officiels.

Ca ne l’empêche pas de critiquer. « C’est un contre sens absolu de mettre en place un dispositif à la rentrée à cause du timing », explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général. « Le problème majeur c’est l’incapacité de dire des choses claires. Je ne sais conseiller les familles à ce stade ». L’annonce ministérielle n’est suivie par aucun texte sur l’organisation du nouvel enseignement, le public ciblé et encore moins les débouchés dans Parcoursup. Cela alors que les élèves de seconde doivent arrêter leurs choix de spécialité début juin.

Crise du recrutement : un vivier introuvable

Autre formule ministérielle qui ne passe pas : le fameux « vivier » où la rue de Grenelle annonce vouloir pêcher des professeurs  pour remplacer l’effondrement des candidatures aux concours. « Je ne sais pas où ils vont chercher ce surplus de professeurs », note Bruno Bobkiewicz. Il a son sentiment sur la crise du recrutement. « L’image dégradée du métier ne fait plus rêver personne. Quand on a un bac +5 dans certaines disciplines on n’a pas intérêt à entrer dans le métier au vu du salaire et des discours tenus sur les professeurs ».

Rejet des réformes annoncées par E Macron

Bruno Bobkiewicz n’est pas plus emballé par les réformes annoncées par Emmanuel Macron . Alors que le président veut donner plus de pouvoir aux chefs d’établissement, notamment celui de recruter les enseignants, le Snpden n’est pas intéressé. « On ne veut pas davantage de pouvoirs « , dit-il. « On n’est pas favorable à l’autonomie du chef d’établissement mais très favorables à celle des établissements. L’autonomie c’est avoir les marges financières permettant de l’exercer avec le conseil d’administration ». Le Snpden déplore que tout ce qui concerne l’autonomie soit en fait déjà fléché. « Tout ce qui est imposé par le système, les LCA, les maths complémentaires etc., doit être financé pleinement ». A défaut il n’y a plus de marge d’autonomie.

La réforme annoncée de la voie professionnelle est mal accueillie. « On vient de réformer la voie professionnelle, souligne Laurence Colin, secrétaire nationale. « Cette année, c’est la première terminale en mode réforme. Analysons d’abord ce qui vient de changer. On vient de faire changer les équipes et on parle déjà de tout modifier. C’est la meilleure façon de décourager les enseignants ».

Laisser reposer  la pâte

« On attend du prochain ministre de la concertation, de la communication, de la confiance », dit Bruno Bobkiewicz. « Qu’il ne démarre rien de nouveau avant d’avoir fait le bilan de l’existant. Les collègues ont besoin de laisser reposer la pâte. On n’est pas obligé de réformer tout le temps ». Le Snpden attend aussi du nouveau ministre  une autre politique d’inclusion scolaire  notamment par rapport aux PIAL qui sont gérés par les établissements. « On aimerait aussi que fut mis plus en avant la mixité sociale et scolaire ». Après 5 années très difficiles, les personnels de direction attendent l’arrêt de la réformite. Alors qu’Emmanuel Macron veut en urgence lancer les réformes du système éducatif qu’il n’a pas pu mener lors de son premier quinquennat.

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