Archives de la catégorie Retraites

Retraites : la FSU et la CGT manifestent

« Tous ensemble partout où c’est possible, organisons une forte journée de grève et une manifestation unitaire interprofessionnelle le mardi 24 septembre ». La FSU Ile de FRance s’associe à l’appel à  manifester le 24 septembre.

Appel

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Réforme des retraites : Edouard Philippe annonce des concertations « jusqu’à la fin de l’année » et un vote « d’ici à l’été prochain » AFP Le Monde

Edouard Philippe veut rassurer : « Nous sommes décidés à prendre tout le temps nécessaire. » Le premier ministre a tenté, jeudi 12 septembre, devant le Conseil économique social et environnemental (CESE), de déminer le terrain de la future réforme des retraites, tout en affirmant la détermination de l’exécutif à boucler ce dossier hautement inflammable d’ici à l’été prochain.

Il s’agissait aussi de répondre au procès en immobilisme instruit notamment par les oppositions, qui soupçonnaient l’exécutif de vouloir temporiser sur la refonte après déjà dix-huit mois de consultations et un rapport remis à la mi-juillet par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye.

Edouard Philippe doit intervenir au journal télévisé de 20 heures sur TF1 jeudi soir pour poursuivre son travail d’explication. Voici ce qu’il faut retenir de ses annonces.

  • Vote du projet de loi d’ici à l’été prochain

Le projet de loi qui définira le nouveau système universel par points et les générations concernées devra être voté au Parlement « d’ici la fin de la session parlementaire de l’été prochain », soit juillet 2020, a annoncé Edouard Philippe. Mais dans cet intervalle, l’exécutif veut multiplier les discussions car « la réforme n’est pas écrite », a martelé le premier ministre.

  • Discussions avec les citoyens et les partenaires sociaux

La réforme des retraites fera l’objet de « consultations citoyennes » de la fin de septembre « jusqu’à la fin de l’année », qui se déclineront en réunions publiques et sur une plate-forme numérique, a fait savoir Edouard Philippe.

En parallèle, des concertations avec les partenaires sociaux « vont commencer dès la semaine prochaine » et « dureront jusqu’au début du mois de décembre ». Ces discussions porteront sur quatre thèmes, dont les « conditions d’ouverture des droits », en particulier « l’importante question de l’âge [de départ à la retraite] et de la durée [de cotisation], et le pilotage financier du système » pour le ramener à l’équilibre d’ici à 2025, date d’entrée en vigueur du nouveau système.

Par ailleurs, les représentants des catégories professionnelles touchées par la réforme seront aussi reçus « d’ici le 15 octobre » par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye et les ministres concernés « pour dresser un état des lieux précis et chiffrés et pour se fixer un calendrier de travail », a déclaré M. Philippe.

  • Un débat sur l’âge, la durée de cotisation…

La question-clé de la prise en compte de l’âge, ou de la durée de cotisation, pour un départ à la retraite à taux plein, source de confusion au sein même de l’exécutif, peut « faire l’objet d’un débat serein », veut croire M. Philippe. Tout en ajoutant que « l’idée de travailler plus longtemps n’est plus taboue ».

Le premier ministre a aussi répété que les dimensions de pénibilité et de danger seraient intégrées, qu’une mission était engagée sur le maintien des seniors dans l’emploi, et que des « solutions existent » pour prévenir les effets de seuil pour certaines catégories professionnelles comme les enseignants et les aides-soignants.

Quant à la transition d’un des 42 régimes existants vers le futur système unique, elle ne se fera pas tant que le « chemin ne sera pas tracé », a assuré M. Philippe, qui inscrira ce principe dans le projet de loi. « Nous avons le temps d’examiner chaque situation, de faire converger les régimes de manière très progressive », a-t-il insisté.

  • Plusieurs mobilisations à venir

Le vendredi noir attendu dans les transports parisiens avec une grève massive à la RATP sera suivi lundi, à l’initiative du Conseil national des barreaux, d’une manifestation à Paris des avocats, pilotes de ligne, stewards et hôtesses, mais aussi des infirmiers et médecins, pour défendre leurs régimes de retraite.

Force ouvrière (FO) prévoit pour sa part un rassemblement le 21 septembre à Paris, quand la Confédération générale du travail (CGT), Solidaires et SUD-Rail défileront ensemble le 24 septembre.

Retraite : grève massive à la RATP pour défendre son régime spécial

L’épreuve de force sur la réforme des retraites est sur le point de débuter. Ce sont les agents de la RATP qui lancent les premiers la bataille avec l’exécutif. Vendredi 13 septembre, les syndicats de l’entreprise publique appellent les personnels à cesser le travail afin de s’opposer à la disparition programmée de leur régime de retraite – l’une des promesses phares d’Emmanuel Macron. Le trafic s’annonce « extrêmement perturbé », selon la régie. Dix lignes de métro sur seize seront fermées. Pour les bus, les tramways et sur le RER, de gros désordres sont également à prévoir. Une journée d’action qui a lieu alors que le premier ministre, Edouard Philippe, devait préciser, jeudi 12 septembre, le calendrier et la méthode pour conduire ce chantier ultrasensible.

La dernière grève aussi massive remonte à octobre 2007. A l’époque, il s’agissait déjà de défendre les règles spécifiques qui permettent aux personnes employées par la RATP de réclamer le versement de leur pension plus tôt que dans le secteur privé. Depuis, la société de transport n’avait plus connu de mouvement d’une telle ampleur. La réaction du personnel impressionne, par sa vigueur, mais elle était prévisible.

A la RATP, la question des retraites « est au cœur du contrat social », explique Thierry Babec, de l’UNSA – le syndicat numéro un au sein du groupe. Chaque remise en cause du système a toujours été suivie d’une riposte, au point – parfois – de faire vaciller le pouvoir en place, comme en 1995. « Il est important de conserver des acquis obtenus par la lutte et qui sont liés à la pénibilité de nombreux métiers » dans l’entreprise, souligne un responsable de SUD-RATP.

Subvention de l’Etat

Si les salariés manifestent un tel attachement à leur régime de retraite, c’est principalement parce qu’il leur permet de prétendre à une pension de façon précoce (à un peu plus de 55 ans en moyenne en 2017, d’après un rapport de la Cour des comptes diffusé en juillet). Toutefois, l’âge minimal de départ dépend de l’activité exercée et il a été relevé, à la faveur de réformes successives : à terme, il passera de 60 à 62 ans pour ceux qui travaillent dans les bureaux, de 55 à 57 ans pour les métiers de maintenance – entre autres –, de 50 à 52 ans pour certains postes comme agent d’exploitation (à condition d’avoir accompli au moins vingt-sept ans de service).

M. Macron s’y est engagé, dès sa campagne présidentielle : « Les régimes spéciaux disparaîtront progressivement », promettait-il en mars 2017.

Bien que les règles en vigueur pour les salariés de la RATP aient été rapprochées de celles applicables aux fonctionnaires, la Cour des comptes considère qu’elles posent encore « un problème d’acceptabilité pour la communauté nationale » –, d’autant plus que l’Etat apporte une subvention significative pour équilibrer les comptes, celle-ci représentant 57 % des ressources du régime. La haute juridiction financière exhorte donc l’exécutif à agir.

M. Macron s’y est engagé, dès sa campagne présidentielle : « Les régimes spéciaux disparaîtront progressivement », promettait-il en mars 2017. Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé du projet, l’a redit dans les préconisations qu’il a formulées en juillet. « Il est difficile d’expliquer qu’un conducteur de métro en province parte dans les conditions du droit commun et que celui qui exerce le même métier à Paris bénéficie de conditions spécifiques », estime une source proche du dossier.

L’extinction des dispositions propres à la RATP (et aux autres régimes spéciaux) sera très progressive – sur « quinze à vingt ans », avance un interlocuteur au cœur du dossier. Pour tenir compte de la pénibilité de certains métiers, M. Delevoye propose que le compte professionnel de prévention (C2P), actuellement réservé aux salariés du privé, soit étendu aux assurés qui vont perdre leur droit à des départs anticipés – comme à la RATP – et dont les conditions de travail sont éprouvantes : le C2P permet, en effet, à ceux qui en bénéficient d’accumuler des points générateurs de droits (formation, cessation précoce de carrière…).

« Ménager les transitions »

Mais de telles concessions sont vues comme des pis-aller parmi les personnels de la RATP. D’où la démonstration de force de vendredi. Au sommet de l’Etat, on s’y attendait. « Ça témoigne d’une inquiétude, qui n’est pas illogique », confie une source au sein de l’exécutif, nullement surpris par ce « coup de semonce ». Et d’ajouter : « On est encore loin du système cible », c’est-à-dire de l’architecture précise du futur dispositif. Des discussions vont s’ouvrir, sur la base des recommandations de M. Delevoye, qui permettent de « traiter les convergences » entre les différents régimes et de « ménager les transitions ».

Dans l’entourage du haut-commissaire, on s’étonne du coup que « les syndicats de la RATP choisissent une logique de confrontation à un moment où de nombreux sujets vont faire l’objet d’une vaste concertation ». Un artisan de la réforme se dit pour sa part « assez tranquille » et en appelle à l’opinion : « C’est une riposte catégorielle pour montrer les muscles. Les Français jugeront s’il faut maintenir ou non les spécificités de ces régimes. »

Un argument que réfute Frédéric Ruiz (CFE-CGC) : « Nous ne sommes pas les plus malheureux mais pas non plus des privilégiés. » La réforme est d’autant plus mal vécue que l’entreprise est bousculée, notamment par la perspective de l’ouverture à la concurrence à partir de la fin 2024. Pour Bertrand Hammache (CGT), il faut donc « donner le “la” » d’une mobilisation qui doit « s’inscrire dans le temps » et œuvrer à « son élargissement ». Si on n’en est pas encore là, le gouvernement se prépare dès à présent à affronter plusieurs mouvements de rue. Lundi, c’est au tour des avocats, médecins libéraux, kinésithérapeutes, pilotes, hôtesses et stewards de battre le pavé pour exprimer tout le mal qu’ils pensent de la réforme. Si les raisons de leur colère ne sont pas les mêmes qu’à la RATP, ils entendent eux aussi mettre la pression.Article réservé à nos abonné

Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières

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Retraite : les calculs du Snes Fsu

Le Snes Fsu actualise ses calculs à partir des nouveaux éléments du projet de réforme des retraites proposé par le gouvernement. Selon le syndicat un enseignant avec 43 années de carrière ne toucherait plus que 1932 € au lieu de 2885 avec la retraite actuelle.  » Avec une carrière de 43 ans, la pension est amputée de 950 euros, 525 euros à 40 ans de carrière et près de 275 euros pour 38 ans de carrière. »

L’analyse du snes

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Baisse des pensions, creusement des inégalités : ce qu’annonce le projet de réforme des retraites

par Rachel Knaebel 3 septembre 2019

Les grandes lignes du projet de réforme de retraites de Macron ont été dévoilées en plein mois de juillet. Le passage au système à points, l’abandon du calcul sur les 25 meilleures années, et la possibilité d’un taux plein à seulement 64 ans auront une conséquence évidente : la réduction des pensions et le creusement des inégalités entre retraités, cadres et ouvriers, hommes et femmes. Tout en ouvrant un peu plus les retraites aux marchés financiers, via le système de la capitalisation.

Les négociations reprennent, en ce mois de septembre, au sujet de la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron. Le haut commissaire désigné pour la mener, Jean-Paul Delevoye, ancien ministre de Jacques Chirac qui pourrait bientôt rejoindre le gouvernement, a présenté ses propositions fin juillet. Il vante une réforme qui irait, selon lui, vers un système plus « équitable », pour une retraite « universelle ». L’« universalité », dans ses propos, renvoie à l’unification programmée des 42 systèmes de retraites qui existent aujourd’hui. Pour l’équité, il faut chercher. Car les transformations annoncées par le rapport Delevoye dessinent en réalité une baisse des pensions, en particulier pour les carrières précaires et heurtées, femmes en tête.

L’âge de départ : reculé de fait à 64 ans

Le 26 août, lors d’une interview télévisé à la fin du G7, le président Macron a dit « préférer qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge », et assuré qu’il était pour un maintien de l’âge légal de départ actuel, à 62 ans (avant la réforme des retraites de 2010, l’âge de départ était encore à 60 ans). Mais le projet de réforme présenté par Jean-Paul Delevoye en juillet incite bel et bien à partir en retraite toujours plus tard, pour qui souhaite garder un niveau de pension correct.

Delevoye y préconise la mise en place d’un « âge pivot » de départ, à 64 ans. L’âge légal à 62 ans serait préservé, mais les salariés qui partiraient avant l’« âge pivot » de 64 ans subiraient une décote de leur pension retraite. Quant à celles et ceux qui partiraient après, ils bénéficieraient d’une surcote. Ce tour de passe-passe incitera la plupart des salariés à quitter le monde du travail le plus tard possible. Les salariés exerçant des métiers pénibles ne leur permettant pas physiquement de travailler après 62 ans, seront pénalisés.

L’espérance de vie en bonne santé : inférieure à 64 ans en moyenne

L’argument des partisans d’un recul de l’âge de la retraite, on le connaît : l’espérance de vie augmente, donc il faut bien travailler plus longtemps pour financer la totalité des pensions. La logique semble imparable. Mais c’est oublier qu’espérance de vie et espérance de vie en bonne santé sont deux choses biens différentes. En France, en 2017, l’espérance de vie des femmes est de 85 ans et celle des hommes plus de 79 ans. L’espérance de vie en bonne santé, cependant, est bien inférieure : 62 ans pour les hommes, 64 ans pour les femmes [1].

En plus, tous les futurs retraités ne sont pas égaux face à l’espérance de vie. Plus ont est riche, plus on a de chances de vivre longtemps. En France, les 5% les plus aisés ont une espérance de vie supérieure de 13 ans à celle des 5% les plus pauvres pour les hommes, et de huit ans pour les femmes. Les hommes les plus pauvres ont une espérance de vie de 71 ans seulement, contre 84 ans pour les plus riches. Pour les femmes, les plus pauvres vivent en moyenne jusqu’à 80 ans, contre plus de 88 ans pour les plus aisées.

Les travailleurs les plus précaires, ainsi que dans les métiers les plus difficiles cotiseront plus longtemps, s’ils le peuvent, pour espérer une pension un peu plus conséquente mais auront bien moins de chances d’en profiter longtemps. « Le système sera foncièrement injuste, puisque surcote et décote ne tiendront pas compte des différences d’espérance de vie et de capacités à rester en emploi selon la carrière et la profession », analyse l’économiste Henri Sterdyniak. D’autant que « rien n’est prévu pour inciter ou contraindre les entreprises à maintenir ses salariés en activité jusqu’à un âge socialement déterminé » [2].

Les pensions ne seront plus calculées sur les 25 meilleures années de salaire

Avant la réforme des retraites Balladur de 1993, le niveau de la pension était calculé sur les dix meilleures années de carrière en terme de salaire. Aujourd’hui, le niveau de la pension est calculé à partir des 25 meilleures années pour le régime général et des six derniers mois pour les fonctionnaires. Le passage du calcul des dix meilleures aux 25 meilleures années avait déjà fait baisser le niveau des pensions [3].

Le projet Delevoye préconise désormais de calculer la pension sur l’ensemble de la vie professionnelle, pour tout le monde, employés du privé et du public. Toute période non travaillée (chômage, congé maladie, congé sans solde, congé parental…) ou travaillée avec un salaire bas (à temps partiel ou au Smic lors des premiers contrats ou ensuite) entraînera mécaniquement une réduction de la pension. De quoi niveler un peu plus les retraites par le bas, notamment pour les carrières discontinues, heurtées : les femmes qui s’arrêtent quelques années pour l’éducation des enfants, les personnes longtemps au chômage avant de retrouver un emploi, des jeunes qui mettent plusieurs années à décrocher un travail bien payé, celles et ceux tentant de créer leur activité sans pouvoir se salarier, les intérimaires…

Le rapport Delevoye veut certes instaurer pour les plus précaires un « dispositif unique de minimum de retraite », à 85 % du Smic pour une carrière complète. Ce dispositif « profitera aux personnes ayant connu des périodes d’activité à temps partiel, situation qui touche particulièrement les femmes, ainsi que ceux ayant régulièrement travaillé sous le Smic annuel, comme les salariés en situation de précarité, les artisans-commerçants ou les agriculteurs », écrit le haut commissaire. Il s’agit là d’un filet de sécurité minimum, à un niveau très bas (1000 euros environ), qui pourrait certes aider les plus précaires, mais ne compensera pas la baisse pour de nombreux autres.

Avec le système à points, impossible de prévoir le niveau de sa future retraite

Le rapport se veut rassurant en précisant que les périodes de congés maternité, de chômage indemnisé, de maladie et d’invalidité donneront droit à… des points. C’est le cœur du projet de réforme : remplacer le système de base, qui fonctionne par annuités, par un système intégralement basé sur une accumulation de points. Aujourd’hui, seuls les régimes complémentaires de retraites sont à points [4]. Pas le régime de base. Lui fonctionne par annuités, en fonction des trimestres travaillés. Et surtout, il garantit un taux de remplacement défini : en cotisant tant pendant une période donnée, chacun peut calculer la pension reçue plus tard. Ce n’est pas le cas avec un régime à points.

« Désormais, chaque euro cotisé comptera pour la retraite et permettra d’augmenter le montant de la retraite. » Voilà comment Delevoye vend le système à points. Certes, les points seraient cumulés au fur et à mesure des euros cotisés. Mais c’est seulement au moment de la retraite que le montant de la pension est calculé, en multipliant le nombre de points acquis par la valeur du point. Or, cette dernière sera ajustée chaque année par les caisses de retraite, de manière à en équilibrer les finances. Le futur retraité accumulerait des points durant sa carrière sans connaître le montant de sa pension.

Si les gouvernements futurs estiment qu’ils faut encore davantage d’économies sur les dépenses publiques, la valeur du point baissera, et avec elle le montant des pensions. Alors que dans un système par répartition (avec un calcul par annuité et un taux de remplacement garanti), c’est au contraire le niveau des cotisations retraites qui est ajusté pour garantir les pensions. Un retournement dans la philosophie même du système. L’économiste Henri Sterdyniak en offre l’explication suivante :

« L’objectif réel de la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron et son gouvernement veulent imposer est de garantir la stabilité (voire la baisse) de la part des retraites publiques dans le PIB, de passer du système actuel fournissant certaines garanties aux salariés en termes de taux de remplacement et d’âge de départ à la retraite, à un système flexible permettant d’utiliser les retraites comme variable d’ajustement des finances publiques »

L’extension du domaine de la retraite par capitalisation

Le projet Delevoye va aussi inciter les salariés les mieux payés à s’orienter vers les retraites par capitalisation, individualisées, et dont l’argent est placé sur les marchés financiers. Aujourd’hui, seuls les très hauts salaires, supérieurs à 27 000 euros bruts par mois – moins de 1% de la population – sortent du système commun par répartition (quel que soit leur salaire au-delà de 27 000 euros, leur pension sera calculée sur ce plafond). Et se tournent donc vers la capitalisation des systèmes d’épargne-retraite, le plus souvent via des fonds de pensions. Autrement dit, ils placent peu à peu de l’argent (un capital) qui viendra, à terme, payer – ou plutôt compléter – leur pension.

Avec le projet Delevoye, ce seuil serait ramené à 10 000 euros bruts par mois (soit un peu plus de 5 % de la population). Mais le système par points, en ne garantissant pas un taux de remplacement, poussera également au développement de l’épargne-retraite pour les autres salariés. « Pourtant, les expériences étrangères et la crise financière ont montré à quel point les retraites par capitalisation sont risquées et peuvent s’évaporer en cas d’effondrement boursier », alerte la fédération CGT des ingénieurs et cadres. Qui souligne le fait « qu’elles contribuent à la financiarisation de l’économie, détruisent de l’emploi et alimentent la spéculation au détriment de nos entreprises ».

Jean-Paul Delevoye lui-même rappelle que les systèmes actuels de retraites par répartition se sont justement développés sur les cendres de la crise financière de 1929, qui avait brusquement vu la valeur de l’épargne réduite à néant. « La grande inflation puis la crise des marchés des capitaux avaient ruiné la confiance dans l’épargne individuelle », rappelle-t-il. Les marchés financiers sont-il vraiment plus sûrs aujourd’hui ?

Rachel Knaebel

Notes

[1] Selon les chiffres de l’Insee, ici et ici.

[2] Voir la note des Économiste atterrés sur le rapport Delevoye, « Organiser et garantir la baisse des retraites », juillet 2019.

[3] Voir l’article « Au nom de l’équité, davantage d’inégalités », Monde diplomatique, mai 2019, et l’étude « Disparités de retraite entre hommes et femmes : quelles évolutions au fil des générations ? » Insee, 2007.

[4] dont celui de l’Association pour le régime de retraite complémentaire, Arrco, et de l’Association générale des institutions de retraite des cadres, Agirc

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Réforme des retraites : devrons-nous cotiser plus longtemps ? + Martinez CGT Parisien

Par Bérangère Lepetit, avec Pauline Théveniaud

C’est une petite phrase qui a fait l’effet d’une bombe. « Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge », a lâché Emmanuel Macron à la fin de son intervention sur France 2 depuis Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), à l’occasion de la clôture du G7.

Interrogé sur la réforme à venir des retraites, le président a donc pris, contre toute attente, ses distances avec l’une des préconisations phares -et aussi l’une des plus controversées- présentées mi-juillet par Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire chargé du dossier : celui de l’âge pivot, également appelé « âge du taux plein » ou « âge d’équilibre » fixé à 64 ans. À ne pas confondre avec l’âge légal de départ à la retraite, qui reste, lui, à 62 ans.

Dans le rapport Delevoye, cet âge pivot de 64 ans devait être l’âge à partir duquel, dans le nouveau système, il devenait possible de toucher sa retraite à taux plein. Entre 62 et 64 ans, il était prévu un malus.

Seulement voilà. Ce mécanisme, qui devait permettre de remettre les comptes publics à flot en incitant les Français à travailler plus longtemps, était rejeté par tous les syndicats, au premier rang desquels la CFDT. « S’il reste tel quel, ce sera niet pour la CFDT », avait encore lâché cet été le secrétaire général du premier syndicat français Laurent Berger. Sans surprise la CFDT a donc été ce mardi prompte à se féliciter de ce revirement. « C’est une ouverture! », a salué Frédéric Sève, en charge du dossier pour le syndicat.

La colère du Medef

De son côté, la CGT, plus circonspecte et fermement opposée depuis le départ au projet de réforme, fustige dans nos colonnes une « opération déminage du président » visant à éteindre la colère sociale qui se profile.

Dans les rangs patronaux, la pilule est plus dure à avaler. « On a une impasse financière en 2025, a martelé le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, sur France Inter. On ne fera pas l’économie de l’âge et c’est mentir par omission aux Français que de dire le contraire », s’agace-t-il.

La question de l’équilibre financier n’échappe pourtant pas au président de la République. Il a aussi reconnu que notre système de retraites était en déséquilibre financier et qu’il faudrait remettre les finances d’aplomb pour 2025, date d’entrée en vigueur de la loi à venir. Comment, alors, réformer le système actuel d’ici six ans ?

Accélérer la réforme Touraine ? L’Elysée y songe

Telle est l’épineuse question qui sera débattue à Matignon à partir du 5 septembre. Autour de la table : le Premier ministre Édouard Philippe, la ministre de la Santé Agnès Buzyn et les partenaires sociaux. L’objectif du gouvernement, qui compte aussi consulter les Français sur le sujet à l’automne, est de mettre en place un système universel « par points » où un euro cotisé donnerait les mêmes droits à l’ensemble des salariés. Mais à écouter Emmanuel Macron, tout est encore ouvert.

Réforme des retraites : devrons-nous cotiser plus
            longtemps ?

Le chef de l’Etat insiste aussi sur le fait que des solutions doivent être trouvées pour ne pas pénaliser certaines professions qui risquent d’être « lésées » comme les infirmiers, les aides-soignants ou les enseignants. « En tout cas, si le scénario retenu est de supprimer l’âge pivot de 64 ans et de le remplacer par un système avec une durée de cotisation minimale dans un système par points, cela revient à individualiser les parcours de chaque salarié », résume Boris Léone-Robin, avocat spécialisé en droit social.

L’un des scénarios possibles, dans l’hypothèse de l’abandon de l’âge pivot, serait d’accélérer la réforme Touraine adoptée en 2014 sous François Hollande, qui prévoit d’allonger d’un trimestre tous les trois ans la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein. Il est ainsi prévu de passer de 41,5 ans aujourd’hui à 43 ans en 2035 pour la génération née après 1973. Plus discrète que l’instauration d’un âge pivot, cette mesure aurait des effets similaires étant donné qu’elle consiste à repousser, génération par génération, la durée d’assurance requise pour toucher 100 % de sa pension. « C’est en effet un scénario à l’étude », indiquait-on ce mardi à l’Elysée.

«Une opération de déminage» : Martinez critique le revirement de Macron sur les retraites

Par Bérangère Lepetit Le 27 août 2019 à 15h28, modifié le 27 août 2019 à 16h06

Et si finalement l’instauration d’une retraite à taux plein à 64 ans était oubliée… Interrogé lundi soir sur la réforme des retraites à venir, Emmanuel Macron a indiqué sa préférence pour un calcul des droits à la retraite lié à la durée de cotisation plutôt qu’à l’âge de départ.

En clair : alors que les négociations avec les syndicats commencent la semaine prochaine, le président de la République ne soutient pas la mesure phare inscrite dans le rapport remis en juillet par Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites. Il prévoit un âge pivot à 64 ans, c’est-à-dire un système de décote pour ceux qui partiraient entre 62 ans -l’âge légal pour partir à la retraite- et 64 ans.

Des déclarations qui ne sont que de la poudre aux yeux pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui appelle à une journée d’action le 24 septembre. Selon lui, rien ne change sur le fond.

Emmanuel Macron a indiqué lundi soir sa préférence pour un calcul des droits à la retraite en fonction de la durée de cotisation plutôt qu’en fonction de l’âge de départ. Qu’en pensez-vous ?

PHILIPPE MARTINEZ. Ces propos ne modifient en rien le projet du gouvernement ! Il a compris l’inquiétude des Français qui pensent qu’ils vont devoir travailler plus longtemps et partir plus tard en retraite. Il essaye donc de calmer le jeu. Au final, il ne fait que répéter les préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye et il va même un peu plus loin. Que dit-il ? Qu’il va falloir cotiser plus longtemps sans toucher à l’âge légal de départ en retraite. Avec le système actuel, les gens sont déjà obligés de travailler plus longtemps que l’âge légal pour bénéficier d’une pension à peu près acceptable. C’est ce qu’il a confirmé. Demain, si vous voulez une pension correcte, il faudra cotiser plus longtemps. Si on cotise plus longtemps, il faudra de toute façon travailler plus longtemps !

Ces propos ne sont donc pas, selon vous, le signe d’un adoucissement de l’exécutif sur le projet de réforme ?

Pas du tout ! Emmanuel Macron fait juste une opération de communication qui marche très bien. Il parle de « moderniser l’esprit de solidarité ». Mai il ne remet pas un seul instant en cause le système par points qui est central dans le projet de l’exécutif. Or, passer d’un régime par répartition (NDLR : le système actuel) à un régime par points, c’est changer en profondeur le système sur lequel sont calculées nos retraites. Sur le fond, rien n’est amélioré. Au contraire. Il a déjà sous-entendu qu’on puisse faire voter un allongement du nombre de trimestres nécessaires pour partir en retraite. On va peut-être avoir une mauvaise surprise dès octobre.

Mais Emmanuel Macron a néanmoins rouvert la porte des négociations… Ce n’est pas positif ?

Il dit aussi : « Il faut changer. » À la CGT, nous abordons la question des retraites de manière différente. Deux exemples. Il dit que, grâce à cette réforme, les femmes auront une meilleure retraite. Mais si on appliquait l’égalité salariale pendant la durée de temps de travail, il n’y aurait pas besoin ! Autre sujet : pourquoi proposer de calculer le montant de la retraite sur l’ensemble de la carrière ? Il y a des périodes d’inactivité, de chômage, de précarité et les salaires de début de carrière ne sont pas les mêmes qu’en fin de carrière…

Selon vous, l’ensemble des Français seront donc perdants…

Tout à fait. Ce discours, c’est une opération déminage qui a pour objectif d’entretenir une confusion dans l’esprit des Français. Entre l’âge légal, l’âge pivot, l’âge d’équilibre, ils finissent par s’y perdre. Il n’y en a qu’un qui compte : à quel âge puis-je partir à la retraite avec une pension qui me permette de vivre le plus dignement possible?

Vous serez reçu à Matignon la semaine prochaine. Quel message ferez-vous passer à Édouard Philippe ?

Notre système de retraite fonctionne sur un principe de solidarité. Il faut donc mettre davantage de Français au travail et augmenter les salaires, ce qui ferait, de façon automatique, augmenter les cotisations et remplirait les caisses de la sécurité sociale et de notre régime de retraite. Il faudrait aussi contrôler davantage les fonds publics donnés aux entreprises et traiter la question des années d’étude. Comment prendre en compte l’allongement de la durée d’étude dans le calcul des droits à la retraite ? Voilà des questions essentielles.

Qu’attendez-vous de votre mobilisation le 24 septembre ?

Il y aura du monde ! Notre objectif est de conjuguer urgence sociale et urgence climatique. On arrivera à mobiliser davantage sur le climat que si les questions sociales sont résolues. Tout le monde rêve de manger bio, mais il y en a beaucoup qui rêvent de manger tout court !

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Comités de suivi, salaire, retraite : la Fsu dubitative devant la communication ministérielle

Reçue par le ministre de l’Education nationale le 26 août, la FSU reste dubitative quant au « changement de ton » de JM Blanquer. Le ministre a annoncé l’ouverture de discussions sur les salaires en lien avec la réforme des retraites et la création de « comités de suivi » sur les réformes du lycée et du bac et les Inspe. La première fédération de l’éducation nationale « attend des actes » à l’appui de ces propos.

Recevant la Fsu, première fédération syndicale de l’Education nationale le 26 aout, JM Blanquer a  » affirmé vouloir un dialogue social plus constructif » et annoncé la mise en place de plusieurs comités de suivi des réformes (voie générale et technologique, voie professionnelle, INSPE). Il ouvre aussi des discussions sur les salaires en lien avec la réforme des retraites et la formation.

« La FSU « prend acte » du changement de ton du ministre « mais ne se contentera pas d’une nouvelle méthode et attend des actes » , répond prudemment la Fsu le 26 août.

Sur les salaires, le syndicat « rappelle la nécessité de cette revalorisation du fait de la faiblesse des salaires des enseignant-es, du retard accumulé sur la reconnaissance de leur travail et de leurs qualifications », indépendamment de la question des retraites.

Sur  les comités de suivi, la Fsu  » a insisté sur la nécessité de donner les moyens d’expertise à ces comités et l’objectif de formuler des préconisations. Elle veillera à ce que la parole des organisations syndicales soit entendue ».

F Rolet, secrétaire générale du Snes Fsu, premier syndicat du 2d degré, souligne les économies budgétaires.  » Quant à la priorité à l’Éducation, il faudrait qu’elle se traduise dans les budgets : la dépense d’éducation baisse et fait passer la France à la remorque des pays européens qui, pourtant, connaissent une démographie moins dynamique que la nôtre. »

Communiqué FSU

Communiqué Snes

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Emmanuel Macron promet « la transformation » du métier enseignant

Interrogé le 26 aout, sur France 2, sur la réforme des retraites, le président de la République a souligné les cas particuliers des enseignants , des aides soignantes et des infirmières. « Rien n’est encore décidé », a affirmé E Macron à propos de la réforme des retraites prévues pour 2025. Il annonce l’ouverture de concertations avec les partenaires sociaux dès la semaine prochaine. « On va construire tous ensemble cette réforme ». Le président a dit être conscient que « certaines professions seraient lésées » avec le système annoncé. Il a précisé qu’il s’agit des enseignants, aides soignantes et infirmières. « Il n’y aura pas de réforme des retraites tant qu’on n’aura pas bati une transformation de ces professions » a-t-il promis. Les enseignants ont les salaires les plus bas des cadres A de la fonction publique et peu de primes. Le système de points envisagé devrait réduire fortement leurs retraites.

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Retraites : la FSU critique sur le rapport Delevoye

Chargé de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye a remis le 18 juillet son rapport. Le principal changement c’est le passage à une retraite par points remplaçant à partir de 2025 tous les régimes existants. Pour la FSU, la réforme devrait avoir des effets négatifs pour les enseignants.  » L’âge légal de départ serait maintenu à 62 ans mais un âge de taux plein serait créé à 64 ans, avec 5% de décote par année manquante…. Les pensions seraient, elles, indexées sur l’inflation même si le rapport laisse ouverte la possibilité de les indexer sur l’évolution des salaires. La FSU demande une indexation sur l’évolution des salaires et au moins sur l’inflation. Le rapport rappelle que l’indexation des pensions sur l’inflation est en théorie la règle déjà existante, mais elle a été remise en cause ces dernières années ».

Le syndicat s’inquiète aussi de la transition des droits actuels des retraités.  » Le rapport évoque « la conservation des droits acquis dans l’ancien système », mais la conversion de ces droits dits acquis en points dès 2025 fait que rien ne garantit réellement ce maintien. Par ailleurs, les conditions de la conversion restent floues. »

 » Pour les fonctionnaires, l’instauration de ce nouveau système signerait la fin du code des pensions, élément du Statut », écrit la Fsu. « Aucune simulation de pension n’est donnée dans le rapport pour les enseignants et pour les fonctionnaires ayant peu de primes pourtant pointés comme particulièrement défavorisés par une réforme par points… La FSU alerte au con- traire sur une probable baisse généralisée et drastique d’une majorité des pensions dès lors que l’objectif affiché du nouveau système est de bloquer le financement des retraites à son niveau actuel alors que le nombre de retraités va augmenter ».

Le rapport Delevoye

Communiqué FSU

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RETRAITES Rapport Delevoye

Vous trouverez en pièce jointe le communiqué de presse FSU suite à la remise du rapport Pour un système universel de retraite rédigé par Jean Paul Delevoye ainsi qu’une première note de lecture de la fédération.

Le lien avec le rapport:   https://nuage.fsu.fr/index.php/s/iqyCo5jojiDDO4g

Nous préparons le numéro spécial de POUR sur les retraites pour la rentrée.

Je vous rappelle que nous avons demandé à Olivier Dussopt, avec l’ensemble des fédérations de fonctionnaires (sauf FO), une réunion spécifique Fonction publique.

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Retraites – Rapport Delevoye articles Le Monde et Le Figaro

LE MONDE :

Maintes fois repoussé, le vaste chantier des retraites a franchi, jeudi 18 juillet, un pas significatif. Après plus de dix-huit mois de concertation avec les partenaires sociaux, Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire qui pilote le dossier, a enfin dévoilé ses recommandations sur le futur système universel promis par Emmanuel Macron.

Le dispositif, qui doit entrer en vigueur en 2025, a vocation à remplacer les 42 régimes existants. Après avoir présenté au patronat et aux syndicats le contenu de ses préconisations aux côtés d’Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, M. Delevoye devait remettre son rapport au premier ministre, Edouard Philippe, à Matignon.

Ces propositions sont relativement fidèles à ce que le haut-commissaire avait laissé entendre aux partenaires sociaux, au fil de leurs rencontres qui se sont étalées sur plus d’un an. Plusieurs d’entre elles avaient déjà été rendues publiques, le 10 octobre 2018, lors d’une première série d’arbitrages. Elles doivent servir de base au gouvernement pour élaborer son projet de loi. Le calendrier est encore flou : le texte devrait être présenté en conseil des ministres d’ici à la fin de l’année, puis débattu au Parlement début 2020, avant ou après les élections municipales.

M. Delevoye a finalement obtenu de l’exécutif qu’il renonce, dans l’immédiat, à présenter des mesures d’économie dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020 qui doit arriver en discussion à l’automne. Dans l’immédiat, M. Delevoye devait proposer aux partenaires sociaux de les voir dès la semaine prochaine pour fixer le calendrier de la concertation qui commencera fin août.

  • Un système commun à tous

Les règles seront les mêmes pour tous les actifs, qu’ils soient salariés du privé, fonctionnaires, indépendants, professions libérales, agriculteurs… Le système, qui reste par répartition (les cotisations des travailleurs finançant les pensions des personnes aujourd’hui à la retraite), fonctionnera en points et non plus en annuités. Son financement sera ­assuré par des prélèvements sur les revenus d’activité, que les personnes ont perçus, dans la limite de 120 000 euros brut par an – soit la quasi-totalité de la population active.

Le calcul ne sera plus fait comme aujourd’hui sur les vingt-cinq meilleures années pour les salariés ou les six derniers mois pour les agents du public mais tout au long de la carrière. « Chaque jour travaillé permettra d’acquérir des points », rapporte le haut-commissariat. Ils seront portés sur un compte puis transformés en pension au moment de la liquidation.

« Les assurés qui n’ont pas été en capacité de faire une carrière complète ne seront pas pénalisés comme dans le système actuel qui les contraint à travailler jusqu’à l’âge de 67 ans [s’ils veulent éviter la décote, c’est-à-dire la minoration de leur pension] », affirme le haut-commissariat.

  • Création d’un « âge d’équilibre »

Conformément à la promesse présidentielle, l’âge légal de départ à la retraite sera maintenu à 62 ans. Mais pour le haut-commissariat, cette borne ne peut pas constituer à elle seule une référence, « sauf à remettre en cause l’équilibre du système et le niveau des retraites ». M. Delevoye souhaite donc conserver la notion de « taux plein », qui reste un repère fort pour les assurés.

Rappelant que l’âge de départ moyen à la retraite en 2018 est de 63,4 ans, l’ancien ministre de Jacques Chirac envisage un « âge du taux plein » identique pour tous afin d’inciter les actifs à travailler plus longtemps. Ce dernier fonctionnera avec une décote, qui pénalise financièrement ceux qui choisissent de partir avant, et une surcote. Seule cette dernière avait été mentionnée par M. Delevoye lors de la concertation. C’est le président de la République qui a, le premier, parlé de décote en avril, avant que le premier ministre n’évoque un « âge d’équilibre », le 12 juin.

M. Delevoye propose que, pour la génération 1963, l’âge du taux plein soit fixé à 64 ans : il s’agit en effet, explique-t-il, de l’âge moyen auquel cette génération partira à la retraite d’après les projections actuelles du Conseil d’orientation des retraites (COR). Cet âge du taux plein évoluera comme l’espérance de vie, précise le haut-commissariat. Ce mécanisme pourrait fortement mécontenter les syndicats. Même la CFDT, pourtant la plus ouverte à un système universel, a dit qu’elle ne voulait pas d’un âge pivot.

« Consolider le système, c’est vous accompagner à partir, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, à 63 ans ou 64 ans avec des incitations moins contraignantes que le système actuel », fait valoir M. Delevoye.

  • Des pensions de réversion harmonisées

Fini les treize règles différentes régissant aujourd’hui ce dispositif, place à un mécanisme unique. Il y aura des gagnants et des perdants : la réversion devra désormais garantir pour le conjoint survivant un niveau de vie « à hauteur de 70 % du total des retraites perçues par le couple »« Les règles applicables aux retraités actuels ne seront pas modifiées », redit le haut-commissariat, qui sait le sujet sensible. Dans le système universel, la solidarité représentera, comme aujourd’hui, 25 % des droits à la retraite. Elle sera identifiée dans un Fonds de solidarité vieillesse universel financé par l’impôt.

Concernant les droits familiaux, une majoration des points de 5 % sera attribuée dès le premier enfant et pour chaque enfant. Ces points pourront être partagés entre les parents et seront par défaut attribués à la mère.

« Cette mesure permettra de revaloriser les droits attribués aux foyers d’un ou deux enfants, notamment les familles monoparentales, désavantagés dans le système actuel », souligne le haut-commissariat.

Les familles nombreuses pourront aussi bénéficier d’une majoration au-delà des droits actuels qui « sera par exemple de 25 % pour cinq enfants ».

Des points de solidarité seront par ailleurs accordés pour les périodes de chômage indemnisé, maternité, invalidité et maladie, et le minimum de pension sera augmenté à 85 % du smic net contre 81 % pour les salariés dans le système actuel.

  • Des taux de cotisations identiques

Tous les actifs seront logés à la même enseigne, à une exception notable près : les indépendants, qui conserveront des spécificités afin de « préserver l’équilibre économique de leur activité ». Comme annoncé le 10 octobre 2018, il est proposé que le niveau de prélèvement soit proche du niveau actuel des salariés du privé, soit 28,12 %, partagé entre l’employeur (60 %) et le salarié (40 %).

Autre modification de taille qui était déjà connue : l’ensemble des primes des fonctionnaires seront désormais prises en compte pour le calcul de la retraite tandis qu’aujourd’hui, seule une petite part l’est. Une cotisation déplafonnée de 2,81 %, non créatrice de droits, sera créée et due sur la totalité des revenus pour participer au financement du système de retraite, notamment de la solidarité.

  • La fin des régimes spéciaux

Le sujet est explosif, mais le haut-commissariat est très clair : les départs anticipés des régimes spéciaux et de la fonction publique seront « progressivement fermés » et l’âge légal de 62 ans s’appliquera à tout le monde. La possibilité de partir à 60 ans pour les assurés ayant eu une carrière longue sera, cependant, maintenue.

La pénibilité sera également prise en compte et le compte professionnel de prévention, qui permet d’acquérir jusqu’à deux années de départ précoce « à la suite de l’exposition à un risque professionnel », sera étendu aux agents du public et aux salariés des régimes spéciaux.

Quant aux militaires et fonctionnaires ayant une activité dangereuse dans le cadre de missions régaliennes (par exemple les policiers), ils pourront, comme c’est actuellement le cas, faire valoir leurs droits de façon anticipée.Article réservé à nos abonné

  • Un système « plus adapté aux réalités du monde du travail »

Le système universel pourra valoriser le début de carrière des jeunes actifs. Cette question, est-il précisé, sera examinée dans le cadre d’une nouvelle phase de la concertation qui s’ouvrira dans les prochaines semaines avec les partenaires sociaux. Des points de solidarité seront également attribués aux proches aidants.

Autre nouveauté : les dispositifs de transition emploi-retraite seront rendus plus attractifs. Les personnes déjà retraitées pourront reprendre une activité « à compter de l’âge du taux plein » mais, contrairement à aujourd’hui, leur activité leur permettra de se constituer de nouveaux droits à la retraite.

  • Un dispositif qui « réduira les inégalités »

Les nouvelles règles seront en principe plus avantageuses pour les personnes ayant travaillé sur des durées relativement courtes. Sont notamment concernés tous ceux ayant des revenus « les plus modestes » ou avec des carrières hachées. Les écarts de pensions entre les hommes et les femmes devraient également se resserrer.

  • Une transition « très progressive »

Le système universel garantira 100 % des droits acquis au 1er janvier 2025 : ils seront comptabilisés selon les règles de l’ancien système et « transformés en points à l’euro près », selon des modalités qui ne sont pas encore connues. S’il est envisagé que le système universel s’applique au plus tôt aux personnes nées en 1963, le haut-commissariat souligne que « d’autres options sont possibles » et qu’elles seront soumises à concertation. Les transitions seront par ailleurs « adaptées » à chaque régime et achevées « environ quinze ans » après l’entrée en vigueur du nouveau système.

  • Un système conçu à l’équilibre en 2025

Si le gouvernement a repoussé des mesures immédiates d’économies, il n’y a pas renoncé. Alors que les dernières projections du COR, publiées en juin, anticipent un déficit des régimes de retraites d’environ 10 milliards d’euros en 2022, le haut-commissariat souhaite que le système universel soit à flot, au moment de sa mise en place dans six ans.

« Le projet devra être enrichi pour proposer les modalités de convergence vers l’équilibre financier en 2025 dans le cadre du projet de loi portant création du système universel », explique M. Delevoye.

Ces points seront discutés avec les partenaires sociaux, qui ont déjà dit tout le mal qu’ils pensaient de cette idée. Pour le futur, sachant que le nouveau régime sera créé à enveloppe budgétaire « constante », une « règle d’or d’équilibre » sera établie pour « garantir la pérennité de la trajectoire financière ».

  • Une gouvernance renouvelée

Une caisse nationale de retraite universelle sera créée. Son conseil d’administration, qui « pourra être composé de treize représentants des assurés et de treize représentants des employeurs et des indépendants », pourra se prononcer sur le pilotage du système dans le cadre de la trajectoire définie par le Parlement et l’exécutif.

Une assemblée générale regroupera l’ensemble des assurés et des employeurs afin de donner « un avis », notamment sur le pilotage du système, tandis qu’un « conseil citoyen » fera, chaque année, des propositions du conseil au conseil d’administration et au gouvernement.

La valeur du point « ne pourra pas baisser dans le temps » et sa revalorisation prendra en considération l’évolution des « revenus moyens en France ». Le niveau des pensions, lui, sera revu selon l’inflation « pour [préserver] le maintien du pouvoir d’achat des retraités, comme c’est le cas aujourd’hui ».

  • Les partenaires sociaux vigilants

Les préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites ont reçu jeudi un accueil mitigé des partenaires sociaux consultés. La CFDT, qui « revendique une réforme globale du système de retraites », note « positivement un certain nombre d’avancées » pour un « système plus redistributif qui privilégiera d’abord ceux qui ont une carrière hachée, l’extension des droits familiaux dès le premier enfant ». Laurent Berger a toutefois jugé « totalement stupide de fixer un âge de liquidation de la retraite complète à 64 ans ». Pour sa part, l’UNSA, qui exige « que les partenaires sociaux déterminent les paramètres du régime de retraite », rappelle « son attachement à un âge d’ouverture des droits à 62 ans », s’opposant à « la mise en place d’un âge pivot à 64 ans ».

Très opposée à cette réforme, la CGT dénonce « une réforme injuste, individualiste et qui poussera une grande partie des retraités à vivre dans la précarité et les travailleurs à s’épuiser au travail avant de pouvoir partir à la retraite »« Nous avons joué le jeu, nous avons fait des propositions concrètes, et aucune n’a été retenue », a déploré Philippe Martinez, dénonçant, à l’inverse de la CFDT, une réforme qui pénalisera davantage les « carrières hachées ». Comme lui, son homologue de FO Yves Veyrier entend déjà mobiliser à la rentrée contre une réforme qui « n’incitera pas » mais « imposera » de travailler plus longtemps.

D’ores et déjà, « le Medef soutiendra les grands principes de cette réforme » a fait savoir son patron, Geoffroy Roux de Bézieux, « saluant » son « ampleur ». Mais il sera « vigilant » sur la question de la gouvernance du nouveau régime et le sort des « réserves » financières accumulés par les « régimes fourmis ».

FIGARO :

C’est le grand jour, un jour attendu depuis plus de dix-huit mois. Ce jeudi, le Haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a enfin dévoilé ses préconisations pour le futur « système universel » qui doit remplacer les 42 régimes en place aujourd’hui. Fruit de très longues heures de négociations et de consultations, ce rapport, qui a été présenté aux syndicats puis remis au premier ministre Edouard Philippe en fin de matinée, est attendu au tournant. Le Figaro fait le point sur les principaux éléments à retenir.

  • «Restaurer la confiance», donner «les mêmes droits à tous les Français»

C’est la base du système, qui remplacera les 42 régimes existant. Les «régimes spéciaux seront fermés», salariés du privé comme du public, fonctionnaires, parlementaires… tous partageront les mêmes règles. Le système reste par répartition, où chaque jour travaillé permettra d’acquérir des points. Mais la retraite ne sera plus calculée sur la base des 25 meilleures années (pour le privé) ou des six derniers mois (pour les fonctionnaires).

Quel que soit votre statut professionnel, un euro cotisé permettra d’acquérir le même nombre de points, et chaque point engrangé augmentera le niveau de sa retraite. Dix euros de cotisation donneront droit à un point. La valeur du point a été fixé : un point vaut 0,55 euro brut de retraite par an à taux plein. Au total, 100 euros cotisés donneront donc droit à 5,50 euros de retraite par an.

Concrètement, un salarié gagnant 1,5 fois le smic, soit 2281 euros brut par mois cotisera 577, 5 par mois, soit 6930 euros par an. Il accumulera donc 693 points par an. Sur 43 ans de carrière, il accumulera donc 29.799 points, pour une retraite établie à 16.389 euros bruts par an, soit 1265 euros net par mois. Un taux de remplacement net de 70% par mois.

Les salariés du privé, des régimes spéciaux et du public auront des cotisations identiques, avec un taux fixé à 28,12% partagé entre l’employeur (60%) et le salarié (40%). «La valeur du point ne pourra pas baisser dans le temps» et un «Fonds de réserve universel» garantira l’équilibre du système et la valeur du point. Par ailleurs, la revalorisation de la valeur «tiendra compte de l’évolution des revenus moyens en France, plus favorable que l’inflation».

  • L’âge de départ reste fixé à 62 ans, mais un âge d’équilibre instauré à 64 ans

Il sera toujours possible de partir en retraite à 62 ans, comme l’avait promis Emmanuel Macron. Pour autant, il s’agit d’un âge minimal : un mécanisme de décote/surcote, qui n’a pas encore été arbitré, «incitera au prolongement de l’activité». L’âge du taux plein, qui permettra de bénéficier d’un taux de rendement de 5,5%, devrait être le même pour tous : 64 ans à partir de la génération 1963. C’est «l’âge d’équilibre du système», considère Jean-Paul Delevoye. Toutefois, cet âge devrait continuer à évoluer «comme l’espérance de vie», et reculera donc si celle-ci augmente dans les années à venir.

Ainsi, dans un exemple cité dans le rapport du haut-commissaire, une personne souhaitant partir deux ans avant son âge du taux plein devrait avoir un taux de rendement inférieur à 4,95%, par exemple, contre 5,225% si elle part un an avant l’âge, et jusqu’à 6,05% si elle part deux ans après l’âge du taux plein. Sa retraite peut donc passer de 1237 euros par mois, dans le pire des cas, à 1512 euros si elle travaille jusqu’à deux ans de plus.

Dans un autre exemple, une personne née en 1980 et travaillant depuis ses 22 ans, rémunérée au salaire moyen par tête observé par année, pourra partir à 62 ans. Elle gagnera alors 1710 euros par mois. A 64 ans, elle touchera 2069 euros net par mois, et jusqu’à 2468 euros à 66 ans. Une différence de 758 euros, donc. Un travailleur au smic passera quant à lui d’un peu moins de 900 euros net par mois à 62 ans à 1065 euros à 64 ans, et 1459 euros net par mois à 66 ans. Là encore, la différence est notable, le système étant prévu pour gonfler considérablement les petites pensions.

  • Un minimum de retraite augmenté à 85% du smic

Le système préconisé par Jean-Paul Delevoye conseille d’augmenter le minimum de retraite à 85% du smic net, contre les 81% actuels pour les salariés et 75% pour les agriculteurs. Un niveau qui «permettra de valoriser le travail, avec un écart plus significatif qu’aujourd’hui avec le minimum vieillesse».

  • Des «points de solidarité» pour les périodes d’inactivité subies

Autre point : le haut-commissaire conseille de mettre en place des «points de solidarité» attribués pour les périodes de chômage, maternité, invalidité et maladie. D’une valeur identique aux points attribués durant l’activité, ils seront valorisés systématiquement au moment du départ à la retraite. Les proches aidants pourront également bénéficier de tels points de solidarité.

  • Une majoration pour chaque enfant

Dans le nouveau système, des avantages sont également prévus pour les familles : une majoration de 5% des points, attribuée dès le 1er enfant et pour chaque enfant, contre 10% actuellement pour les parents de trois enfants et plus. Ces points supplémentaires pourront être répartis entre les parents, mais seront par défaut attribués à la mère, les femmes, qui «ont une pension moyenne inférieure de 42% à celle des hommes», devant être «les principales bénéficiaires des mesures de solidarité liées aux droits familiaux». Il n’y a pas de plafonnement du nombre d’enfants, a précisé le haut-commissaire. En cas de divorce, les

  • Un dispositif unique pour les pensions de réversion

Enfin, un dispositif de réversion unique sera mis en place pour tous. Il garantira pour le conjoint survivant, en cas de décès de son partenaire, un niveau de vie égal à 70% du total des retraites perçues par le couple. Ainsi, une retraitée en couple qui touchait 850 euros par mois et dont le conjoint percevait 2000 euros (pour un total de 2850 euros) obtiendra 1995 euros de pension si son conjoint décède. Ces nouvelles règles ne s’appliqueront toutefois pas aux retraités actuels.

  • Fin des régimes spéciaux mais des spécificités conservées

L’âge légal sera le même pour les salariés du public comme du privé. Les départs anticipés des régimes spéciaux seront «progressivement fermés». Pour autant, certains départs anticipés à 60 ans seront garantis pour les assurés ayant effectué une carrière longue. La pénibilité sera également prise en compte : le compte professionnel de prévention (permettant d’acquérir jusqu’à deux ans de départ anticipé, à cause d’une exposition à un risque professionnel) sera étendu aux fonctionnaires et régimes spéciaux. Les militaires et fonctionnaires aux fonctions dangereuses «dans le cadre de missions régaliennes» conserveront également leurs départs anticipés.

  • Une mise en place en 2025

Le système doit être mis en place de manière «très progressive», à partir de 2025. Il s’appliquera au plus tôt aux personnes nées en 1963. La transition sera «adaptée à chacun des régimes», et sera achevée «15 ans environ après l’entrée en vigueur du système».

  • Un système qui doit rester à l’équilibre

Le système sera «à l’équilibre», promet Delevoye, en 2025. Des modalités permettant de ne pas finir dans le rouge «seront concertées avec les partenaires sociaux». De plus, le système sera «à enveloppe constante», c’est-à-dire que le poids des recettes du système sera maintenu constant, de même que celui des dépenses. Une «règle d’or d’équilibre» doit être mise en place pour garantir la pérennité financière du système : elle devra garantir un solde cumulé positif ou nul par période de cinq ans.

  • Une route encore longue avant la réforme

Les propositions de Jean-Paul Delevoye visent à guider la future réforme des retraites promise par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, en 2017. Rien ne dit toutefois que le gouvernement reprendra toutes les pistes proposées par le haut-commissaire. Une concertation avec les partenaires sociaux s’ouvre dès la semaine prochaine, afin de définir le projet de loi à proprement parler. Le projet final devrait être présenté en conseil des ministres d’ici la fin de l’année, pour un examen au Parlement après les élections municipales de mars 2020.

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Retraites : la justice illusoire d’un système individualiste (Mediapart)

18 JUILLET 2019 | PAR ROMARIC GODIN
Le nouveau système par points renverse la logique du système de retraite en conduisant à un ajustement par le niveau de vie des retraités. Injuste par sa négation des différences d’espérance de vie, il ouvre grand la voie à la capitalisation.
En apparence, tout est bon et beau dans cette réforme des retraites dont les préconisations seront présentées ce jeudi 18 juillet par Jean-Paul Delevoye. Mais c’est un principe récurrent de ce quinquennat : la vitrine est alléchante, mais le produit final beaucoup moins réjouissant. Et la réforme des retraites n’échappera pas à cette règle qu’ont inaugurée, entre autres, la réforme du marché du travail et celle de l’assurance-chômage. On se souvient, durant la campagne présidentielle, de la référence sans cesse martelée à la « flexisécurité » danoise, des grands principes sur la sécurité qui viendrait en compensation de la flexibilité, du refus de la stigmatisation de « l’assistanat » et de la chance qu’offrirait la réforme de la formation. Résultat : le marché du travail est plus flexible, l’assurance-chômage sera plus difficile d’accès et les aspects « sécurité » et formation sont dérisoires, voire inexistants.
Selon le même procédé, la réforme des retraites a été présentée par l’exécutif comme un acte de justice. Le 25 avril, le président de la République annonçait que cette réforme représentait « une transformation radicale qui doit remettre de la confiance, de la justice, de l’efficacité dans notre système de retraite ». Le 12 juin, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre voyait dans le nouveau système universel un moyen de « permettre à la fois de renforcer l’équité entre les générations, la protection des plus fragiles et la confiance des Français ». Qui pourrait s’opposer à un tel projet ? Mettre à bas un système actuel qui, selon Édouard Philippe, n’est « ni simple ni juste » et le remplacer par un système unique fondé sur un principe simple : un euro cotisé donne lieu aux mêmes droits pour tous, n’est-ce pas louable ?
Voilà pour l’emballage qui, effectivement, brille de mille feux. Mais il y a également la réalité, qui est beaucoup moins claire et beaucoup moins simple. Car avec cette réforme, la France change de logique pour son système de réformes. Dans le système par annuités actuel, les salariés cotisent pour financer une « prestation définie », autrement dit un taux de remplacement des salaires en pensions, une fois atteint un certain nombre d’annuités de cotisations. Il est certes toujours possible de modifier ce taux, mais dans un tel système, la logique tend plutôt vers sa préservation et, donc, vers un ajustement par les cotisations ou les durées de cotisation. Depuis 1993, les cinq grandes réformes des retraites ont donc principalement joué sur la durée de cotisation, l’âge de départ à la retraite et le taux de cotisation. Le calcul du taux de remplacement n’a été modifié qu’en 1993, avec le passage aux vingt-cinq meilleures années pour son calcul plutôt qu’aux dix dernières dans le système précédent.
Ce système est en partie personnalisé : la retraite est le reflet de la carrière des salariés et de leur durée d’activité, mais la personnalisation est limitée par deux facteurs. D’abord, en établissant des prestations définies, ce système établit une solidarité intergénérationnelle puisque l’ajustement se fait par le travail. Les actifs garantissent ces prestations aux retraités par leurs cotisations et leur temps de travail et espèrent que la solidarité de la génération suivante fera de même. La retraite est alors ouvertement un salaire socialisé. Ensuite, parce qu’il existe de forts mécanismes de solidarité qui accompagnent le système et réduisent son caractère personnel. C’est au prix de ces deux mécanismes que le niveau de vie des retraités en France est devenu proche de celui du reste de la population.
Le nouveau système renverse entièrement la logique. Au nom d’une équité formelle, on individualise fortement la retraite. Les cotisations seront converties en points qui donneront lieu ensuite à des prestations. La valeur du point changera chaque année au regard de l’équilibre du système, notamment de « l’espérance de vie ». Ce système ne garantit pas un taux de remplacement, mais garantit que chaque point donne les mêmes droits formels pour tous. Ce sont les cotisations qui sont définies, pas les prestations. La promesse est donc celle d’une épargne : on doit récupérer sa mise sachant que plus on aura de points, plus la pension sera élevée. Le système engage donc le salarié à faire un choix individuel : quel retour souhaite-t-il sur ses cotisations ? Si le retour proposé ne lui convient pas, il « choisira » alors de travailler plus. Un peu comme un épargnant regarde le niveau du rendement de son produit financier pour savoir s’il réalise ou non sa fortune accumulée. C’est on ne peut plus logique : plus sa vie serait longue, plus on serait capable de travailler longtemps pour faire fructifier son petit pécule de points. Dans ce schéma, chacun est donc sur le papier responsable de sa retraite, il n’y a pas de prestation garantie.
Ce système est typique d’une vision néolibérale. Outre la prise en compte et même l’encouragement de la précarité, elle affirme une équité formelle entre les individus et une responsabilité (ou une « liberté ») de chacun dans la constitution de sa pension. Dès lors, l’effet de solidarité tend à disparaître : le système laisse croire que l’on cotise pour son propre compte, ce que laisse bien penser le concept de « compte notionnel », ce relevé de points accumulés, qui accompagne la carrière du salarié. On passe du salaire socialisé au salaire différé. Mes cotisations représentent non pas la garantie du fonctionnement du système, mais ma future pension. Dans la Weltanschauung néolibérale, la justice est respectée puisque chacun obtient ce qu’il mérite en fonction de ce qu’il a choisi.
L’illusion de la liberté de choixMais cette conception est évidemment trompeuse. Pour diverses raisons. La première est que, évidemment, le « choix » de sa carrière est largement illusoire. Les parcours dépendent pour beaucoup des éléments socio-économiques de départ et, partant, chacun n’a pas les mêmes capacités intrinsèques de cumuler des points. De plus, tous les métiers n’ont pas la même pénibilité et ce facteur a une conséquence sur l’espérance de vie. Les ouvriers vivent moins longtemps que les autres, et moins longtemps en bonne santé. Est-il alors « juste » qu’ils paient la durée de vie des catégories sociales plus aisées et qu’on leur demande une « gestion de carrière » fondée sur la fiction d’une espérance de vie qui n’est pas la leur ? En passant, on notera que cette différence était une des justifications des régimes spéciaux. Sans doute faudrait-il les revoir mais notons que, du moins, le système universel fait mine quant à lui d’ignorer cette réalité au nom de grands principes idéologiques.
Rappelons, au reste, que le problème n’est pas que celui des ouvriers. Selon l’Insee, l’espérance de vie à la naissance et en bonne santé est pour les hommes, en 2018, de 62,6 ans. C’est un niveau qui baisse depuis 2014 : on est revenu au niveau de 2005. Sauf qu’alors, la différence entre l’espérance de vie en bonne santé et l’espérance de vie moyenne était inférieure de 2,5 années. Pour les femmes, la situation s’est améliorée en 2018 à 64,9 ans, mais elle se dégradait aussi jusqu’alors. Reste cependant que l’écart pour les femmes entre l’espérance de vie en bonne santé et l’espérance de vie est près de trois ans plus élevé que pour les hommes (19,6 ans pour les femmes, 16,9 ans pour les hommes). Et que la situation va sans doute s’aggraver puisque les gains d’espérance de vie se concentrent désormais sur la baisse de mortalité aux âges les plus élevés.
Autrement dit, l’argument avancé par Emmanuel Macron devant une retraitée en octobre 2018 affirmant qu’« on ne se rend pas compte de la chance qu’on a, on vit de plus en plus vieux dans notre pays en bonne santé » est simplement faux. Il ne saurait, en tout cas, justifier le système par points où l’on fait payer au salarié une espérance de vie en santé précaire, le forçant à travailler au-delà de l’âge où l’on est en bonne santé. Lorsque sa santé se dégrade, on n’a pas le choix de gérer sa carrière, on a le choix entre pouvoir vivre de sa retraite pour se soigner et devoir encore travailler malgré son état de santé. Ce n’est pas un choix. Derrière l’argument de la liberté se cachent une réelle contrainte et une dégradation des conditions de vie.
D’autant que le système d’ajustement de la retraite à points n’est pas le même que dans le système actuel. Si sur le papier, il est toujours possible de relever le taux de cotisation, le système se fonde bien sur une « contribution définie ». La cotisation ne peut donc plus être le mode de prélèvement privilégié, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas soumis au « choix » de l’individu. Le gouvernement a, de fait, été très clair sur ce point : le taux de cotisation restera constant et sera unifié aux alentours de 28 %. On retrouve dans ce projet le caractère uniforme et individualisé. L’ajustement se fera donc principalement par la valeur du point, autrement dit par le niveau de vie des retraités. Cette valeur du point peut évidemment permettre de jouer sur le levier de la durée du travail puisque, si le point est de faible valeur, les salariés devront travailler davantage pour s’assurer d’un niveau de vie. Ce dernier principe peut encore s’accentuer avec un système de décote, qui est actuellement au centre des débats par la mise en place d’un « âge pivot ».
La retraite par points crée l’illusion de l’épargne et de l’individualisation. Mais ce n’est qu’une illusion car, pour tout système de retraite, on ne fait que cotiser pour les retraités actuels et pas pour soi. Sauf que cette illusion n’est pas neutre, elle modifie l’approche du système. Désormais, les mécanismes de solidarité ne pourront plus réellement jouer puisque la retraite sera un « choix ». Pour sauvegarder le niveau de vie des retraités existants, il sera difficile de faire appel à une hausse des cotisations des salariés qui, dès lors, pourrait en « demander plus pour leur argent » et donc déséquilibrer le système à l’avenir. La seule solution sera donc d’accepter une baisse du niveau de vie des retraités.
Mais alors, la réforme prend tout son sens. Jusqu’ici, ce sont les actifs qui préservaient le niveau de vie des retraités. Ce système conduisait naturellement à une demande salariale plus importante et donc à une répartition capital-travail plus favorable au deuxième. Ce système était logique puisque les retraités ne peuvent guère agir pour améliorer leurs revenus, ce qui n’est pas le cas des travailleurs. Si la croissance de la productivité était solide, cela ne poserait pas de problème. Mais elle ne l’est pas. Dès lors, le gouvernement, toujours soucieux de préserver les intérêts du capital, entend renverser la logique : désormais, il faut maintenir un taux de cotisation stable afin de ne pas influer sur les demandes salariales. Et ce sont les retraités qui s’ajusteront par leur niveau de vie et qui viendront ainsi payer les effets de la baisse de la productivité et préserver la part du capital dans le partage des richesses.
Mais il y a un autre étage alors à la réforme. Cette baisse du niveau de vie a un effet d’exemplarité pour les salariés. Pour ne pas subir le sort des retraités et pour pouvoir mieux gérer leur carrière et leur retraite, ils se dirigeront naturellement vers une épargne par capitalisation. Ce n’est, du reste, pas un hasard si la loi Pacte adoptée au printemps prévoit d’améliorer la défiscalisation de ces produits d’épargne-retraite. L’illusion de l’épargne de la retraite par points mène tout droit à la constitution réelle de l’épargne-retraite. Et cela ne pourrait pas être mieux soutenu que par la stabilité des cotisations. En entrant dans la logique individualisée, on réduira l’envie d’une hausse de cotisation pour faire jouer la solidarité. Les salariés préféreront conserver cette hausse pour se constituer une épargne personnelle. Un des rêves les plus fous du secteur financier français deviendra donc réalité : le développement d’une retraite par capitalisation.
Jean-Paul Delevoye a beau jurer être opposé à cette évolution, le ver est dans le fruit et le cadre financier contraint y mène tout droit. Car c’est aussi une autre particularité des réformes à la mode Macron : elles voient loin. Et elles vont toujours dans le même sens : celui de la destruction de la solidarité et du renforcement de l’individualisation et de la marchandisation de la société.

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Retraites : le gouvernement repousse les économies de court terme – Le Monde

Reculer pour mieux sauter ? Un temps envisagée, l’idée de réaliser dès 2020 des économies sur le système de retraites, avant la mise en place du régime universel promis par Emmanuel Macron, semble aujourd’hui écartée. Cette hypothèse avait été explorée durant plusieurs semaines, afin de reconstituer des marges de manœuvre budgétaires, qui s’étaient dégradées sous l’effet des mesures prises en réponse au mouvement des « gilets jaunes ». Finalement, l’exécutif ne devrait pas donner de tour de vis dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour l’an prochain. L’information, révélée par Les Echos, a été confirmée au Monde par plusieurs sources concordantes.

Pour autant, il ne faut surtout pas voir dans cet arbitrage un renoncement. Le gouvernement maintient son intention de réclamer des efforts, mais ceux-ci seront légèrement décalés dans le temps et étalés sur plusieurs années. « La question essentielle à résoudre est de savoir comment on s’organise pour que le futur régime universel de retraites soit fondé en 2025 sur des bases saines », explique un des artisans de la réforme en cours d’élaboration. « L’objectif est de remettre le système actuel à l’équilibre d’ici [six ans], au moment de la bascule [vers le nouveau dispositif] », ajoute un autre fin connaisseur du dossier.

Publiées en juin, les dernières prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR) ont montré que les comptes de nos régimes de pension, pris dans leur globalité, resteraient dans le rouge à hauteur de 0,4 % du PIB en 2022, ce qui équivaut à un déficit d’environ 10 milliards d’euros. L’enjeu est donc d’atteindre la ligne de flottaison en 2025. « Tout le monde s’accorde sur cette cible, qui est, pour le président de la République et le premier ministre, une condition sine qua non à la mise en œuvre de la réforme », complète cette même source, en précisant qu’une nouvelle concertation sera lancée « sur les modalités pour y arriver » : « Le tout figurera dans le projet de loi retraites en 2020. »

Ne pas « polluer » les municipales

Ce texte est censé s’inspirer des recommandations que Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, doit remettre le 18 juillet. Il les dévoilera aux partenaires sociaux puis au premier ministre, Edouard Philippe. Le projet de loi, lui, pourrait être présenté en conseil des ministres cet automne avant d’être débattu au Parlement en 2020 – peut-être après les municipales prévues en mars, afin de ne pas « polluer » la campagne avec un sujet hautement inflammable.

Pour M. Delevoye, l’absence de mesures dans le PLFSS 2020 peut, à première vue, être analysée comme une victoire. Le haut-commissaire était, en effet, très réticent à l’idée que les paramètres du système actuel puissent être changés à très court terme, dans une optique purement budgétaire : une telle démarche aurait été contraire aux engagements de M. Macron et à ceux que le haut-commissaire a pris vis-à-vis des partenaires sociaux, dans le cadre des consultations menées pendant plus d’un an.

Parmi les pistes d’économies qui ont récemment circulé, il y a notamment l’accélération du calendrier de la loi Touraine de 2014 : ce texte prévoit d’augmenter graduellement la durée de cotisation requise pour obtenir une pension à taux plein en la portant à 172 trimestres en 2035 ; l’un des schémas sur la table aurait consisté à avancer cette échéance de dix ans, en 2025, donc.

Mises en garde

Autres scénarios à l’étude, auxquels M. Delevoye était hostile : une minoration accrue de la pension de base des salariés du privé qui réclament leur pension avant d’avoir acquis tous leurs trimestres pour le taux plein. Ou encore l’instauration, dès 2020, d’un âge pivot autour de 64 ans (une décote étant appliquée à ceux qui partent avant cet âge). Le haut-commissaire estimait que de tels dispositifs pouvaient provoquer une levée de boucliers et mettre en péril le vaste chantier qu’il pilote depuis l’automne 2017.

Crainte non dénuée de fondement. Ces derniers jours, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a multiplié les mises en garde : si l’annonce du 18 juillet comporte « une mesure applicable dès 2020, par exemple l’augmentation de la durée de cotisation, la discussion sera terminée », a-t-il déclaré dans Ouest-France, le 7 juillet. Un avertissement qui a sans doute pesé dans la décision de l’exécutif de renoncer à des dispositions paramétriques dans le PLFSS 2020. Un parlementaire macroniste de premier plan observe :

« Si ce choix était confirmé, il serait pour partie la conséquence de la mobilisation des députés de la majorité et des syndicats, très attachés à faire aboutir la réforme systémique promise aux Français. »

Reste maintenant à voir comment les préconisations de M. Delevoye s’inscriront dans cette volonté d’assainir les comptes de nos régimes de pension. « Le haut-commissaire a toujours dit qu’il voulait mettre le système à l’équilibre en 2025, rappelle une source proche du dossier. Cela n’impliquerait pas forcément des mesures d’économies, le choix des mesures n’est d’ailleurs pas du tout acté. » On y verra, peut-être, plus clair le 18 juillet.

Bertrand Bissuel et Raphaëlle Besse Desmoulières

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La retraite par points, machine à diminuer les pensions

La concertation s’est achevée sans la moindre présentation de projections des pensions dans le nouveau système.

En l’absence de simulations, la FSU révèle ses propres chiffres, calculés à partir des régimes existants (agirc arco). Certes, on pourra nous objecter que ces chiffres ne seront véritablement valables que pour des personnes dont on calculerait complètement la pension dans un système par points, c’est à dire dans plusieurs dizaines d’années au vu des modalités de transition prévues. Il n’empêche, la baisse drastique des pensions qu’induit un système par points est significative, inquiétante et de nature à renforcer notre opposition à la réforme en préparation.

Professeur certifié ayant en moyenne sur sa carrière 10% de primes et heures supplémentaires (taux moyen constaté)

C’est surtout la dernière ligne qu’il faut regarder puisque, de plus en plus, la carrière sera de 38 ans donc avec des décotes, et un taux de liquidation à peine au-dessus de 50% du traitement indiciaire brut, 56,25%. Ce taux est donc déjà fortement dégradé par rapport au taux plein de 75%. Or avec un système par points, on aboutit pour une même carrière à un taux de 41,6% de l’ensemble des rémunérations, primes comprises, et donc une perte de 400 euros par mois !

Toutes ces projections montrent que la prise en compte des primes n’est absolument pas une compensation de la perte subie, en particulier dans des corps ayant peu de primes. Pour les professeurs des écoles, les professeurs documentalistes, les CPE, les PSY-EN, la perte serait encore pire puisque nous avons pris ici une moyenne de 10%, le taux de primes pour ces corps est beaucoup plus bas, autour de 4%.

Détails du calcul :

Pour les corps de certifiés, PE, CPE, PEPS, PSY-EN, etc, dont la carrière en classe normale est parcourue en 26 ans avec un passage à la hors-classe obtenue après 6 mois au 11ème échelon. La carrière est donc estimée se terminer au nouveau 7ème échelon de la hors-classe (indice 821) avec une ancienneté dans cet échelon allant ainsi de 3,5 ans à 8,5 ans.

On considère que le salaire est composé de 10% de primes sur toute la carrière (c’est déjà un taux de primes élevé, il correspond par exemple pour un certifié au fait d’avoir une heure supplémentaire et une indemnité de professeur principal sur quasiment toute les années de sa carrière). Dans le projet par points, on est censé cotiser sur la totalité de la rémunération à hauteur de 28 % se répartissant en 11,2% pour le salarié (40%) et 16,8% pour l’employeur (60%). On s’appuiera sur la situation de l’Arrco et l’Agirc qui avaient un taux d’appel de 125 % (127% depuis le 01/01/19) où donc 78,74 % des cotisations (1/127 %) des cotisations versées produisent des points. C’est l’équivalent de frais sur versements de 21,26 %.

.ARRCOAGIRC
Valeur en 20185,8166 €16,7226 €
Valeur service en 20180,4378 €1,2588 €

Le rendement instantané est défini comme le montant de retraite annuel acquis en contrepartie d’une cotisation contractuelle d’un euro payée la même année. Concrètement, il est calculé comme le rapport entre la valeur de service du point et la valeur d’achat du point (majoré du taux d’appel). Ce rapport est considéré ici constant dans la durée en supposant que la valeur annuelle des paramètres du régime varie dans le même rapport. Pour mémoire, les rendements AGIRC-ARRCO ont diminué au fil des années. En 2018, le rendement des deux régimes est de 5,93 % contre 13,65 % à l’AGIRC (soit une division de 2,2) et 11,09 % à l’ARRCO (soit une division de 1,9) en 1973. Autrement dit, un cotisant acquiert dans les faits deux fois moins de droits en 2018 qu’il en acquérait en 1973 pour le même euro de cotisation.

Bien évidemment, le rendement ne détermine pas à lui seul le montant de la pension correspondante. En effet, deux régimes de retraite avec des rendements identiques peuvent aboutir à des montants différents, notamment en cas d’indexation sur les prix ou les salaires. D’ailleurs, il est même possible d’obtenir des niveaux de pension inférieurs avec des rendements supérieurs. C’est pourquoi, il est nécessaire d’associer au rendement la série des valeurs de service du point (ou des valeurs d’achat) afin d’évaluer le niveau des pensions avec exactitude. L’augmentation la valeur du point sur une longue période est un facteur important du rendement actuariel des versements de cotisations. Le rendement instantané peut donner une fausse idée de ce rendement actuariel.
Par exemple, le tableau ci-contre montre que pour un même rendement instantané de 5,93 % dans deux régimes, la pension dans le cas 2 est plus élevé de 6,1%.

Voir aussi :

Les publications FSU :

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Attac et la Fondation Copernic – Réforme des retraites : « Après les salaires flexibles, voici les pensions flexibles ! » (tribune Le Monde)

En présentant ses propositions au « grand débat », la majorité LRM prétend améliorer le pouvoir d’achat des retraités les plus modestes en indexant leurs pensions sur l’inflation. Ce mode d’indexation est présenté comme favorable, ce qui a toujours été contesté par les syndicats et par de nombreux experts (« Vingt ans de réformes des retraites : quelle contribution des règles d’indexation ? », Insee Analyses, 2014).

Avant 1987, les pensions étaient indexées sur le salaire moyen dans le régime général, et dans la fonction publique jusqu’en 2003, elles suivaient l’évolution du point d’indice. La situation était beaucoup plus favorable pour les retraités puisque leur pouvoir d’achat suivait celui de la population active. Mais pour baisser la dépense, elles ont été indexées sur l’inflation.

La compréhension de ces mécanismes a été brouillée par le fait que les gouvernements successifs ont cessé de respecter les lois de 1993 et de 2003 garantissant l’indexation des pensions sur les prix. Ainsi, les pensions ont été gelées à deux reprises sous le quinquennat Hollande ; gelées à nouveau en 2018, alors qu’elles ont subi la hausse de la CSG. En août 2018, le premier ministre a annoncé que les pensions ne seraient revalorisées que de 0,3 % en 2019 et en 2020, au lieu de 1,8 % (inflation en 2018) et 1,6 % (inflation attendue pour 2019). Une sous-indexation de 1,3 point au minimum, encore plus sévère que celle appliquée depuis 2017 sur les pensions complémentaires Agirc et Arrco, qui n’est « que » de 1 point de moins que l’inflation.

Face à cette dégradation, la proposition qui émerge est le retour à l’indexation des pensions sur les prix. Cependant, ce mode d’indexation pose un vrai problème. Il aboutit au décrochage du niveau de vie des retraités par rapport à celui de la population active, car les revenus du travail progressent plus vite que les prix. Ce problème est connu, il était pointé par le rapport Moreau de la Commission pour l’avenir des retraites (2013), qui indiquait que « les décrochements du pouvoir d’achat relatif des retraités peuvent être considérables ». L’écart de niveau de vie s’accroît tout au long de la retraite et peut devenir énorme. Le rapport ajoutait que « le taux de pauvreté des plus de 75 ans est en nette augmentation. Au sein de cette population, les femmes isolées (notamment les veuves) sont surreprésentées ».

Paupérisation programmée
L’indexation des pensions sur les prix peut certes être opposée à la sous-indexation en cours et à la hausse de la CSG. Mais à moyen terme, elle est problématique. Pour empêcher la paupérisation des retraités pendant la durée de leur retraite, l’indexation des pensions sur l’évolution du salaire moyen par tête est une nécessité. Il faut y ajouter la garantie d’une évolution au minimum qui ne pourrait être inférieure à celle des prix.

Ce n’est pas du tout la direction prise par le Haut-Commissariat à la réforme des retraites. Dans un document distribué aux syndicats, il suggère une indexation sur la masse salariale ou sur le salaire moyen par tête… mais corrigée par un facteur tenant compte de l’espérance de vie et de la croissance économique. Après les salaires flexibles, voici les pensions flexibles ! L’indexation sur le salaire moyen ne serait en réalité qu’une indexation sur le salaire diminué de quelque chose (un ou plusieurs points) ! On passerait de la sous-indexation sur l’inflation à une sous-indexation sur le salaire.

L’objectif affiché est de plafonner à sa valeur actuelle la part des dépenses de retraite dans le PIB (13,8 %). Mais sachant que la part des retraités dans la population augmentera dans les prochaines années, décider de bloquer la part de leur revenu dans la richesse produite signifie programmer mécaniquement leur paupérisation ! Est-ce acceptable ? Les retraites relèvent d’un choix de société, donc du débat public sur la répartition de la richesse produite. Quel partage de la valeur ajoutée entre masse salariale et profits ? Et quelle répartition au sein de la masse salariale, entre revenus de la population active et retraitée, c’est-à-dire quelle solidarité entre les générations ?

par Christiane Marty, Daniel Rallet

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Retraite : la réforme fera baisser nettement les retraites des enseignants

Les enseignants seront-ils les grands perdants de la réforme des retraites  C’est l’avis de la FSU qui publie des évaluations de retraite selon le régime par points envisagé par le gouvernement.

 » La concertation s’est achevée sans la moindre présentation de projections des pensions dans le nouveau système. En l’absence de simulations, la FSU révèle ses propres chiffres, calculés à partir des régimes existants (agirc arco) », écrit la FSU qui dénonce une  » baisse drastique des pensions ».

Ainsi selon son calcul un professeurs certifié ayant en moyenne 10% de primes et heures supplémentaires toucherait avec 38 ans de carrière 1762 € au lieu de 2164 et avec 40 ans 1889€ au lieu de 2452.

 » Toutes ces projections montrent que la prise en compte des primes n’est absolument pas une compensation de la perte subie, en particulier dans des corps ayant peu de primes. Pour les professeurs des écoles, les professeurs documentalistes, les CPE, les PSY-EN, la perte serait encore pire puisque nous avons pris ici une moyenne de 10%, le taux de primes pour ces corps est beaucoup plus bas, autour de 4% », écrit la FSU.

La simulation

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11 AVRIL, ENCORE UNE FOIS LES RETRAITÉS ÉTAIENT MOBILISÉS

On peut déjà recenser plus de 160 rassemblements et manifestations dans toute la France. Par exemple ils étaient 25 000 à manifester à Paris ou 3 000 à Marseille, plus d’un d’un millier à Bordeaux. Toutes ces initiatives expriment la colère des retraités.

Le gouvernement, mais surtout Monsieur MACRON vont-ils rester sourds … dingues face à la colère de centaines de milliers de retraités ?

Pour eux, 2 mois de pension en moins en 3 ans, et pour les riches des centaines de milliards d’aides diverses, cela est insupportable. Salariés et retraités ne supportent pas le dédain du président de la République.

Selon les études du ministère du travail, entre décembre 1999 et septembre 2018, le salaire moyen a augmenté de 47,2 % et les pensions de retraite seulement de 26,7 %. Cette situation s’est aggravée depuis avril 2013, elle s’est accentuée avec le blocage des pensions et les dispositions fiscales prises ces dernières années.

Le 0,3% de revalorisation des retraites en janvier 2019, bien en-deçà de l’inflation qui s’est établie à 1,8% en 2018 reste au travers de la gorge des retraités, eux qui sont déjà échaudés par la hausse de la CSG et un quasi-gel des pensions depuis 2013.

Le gouvernement en difficulté promet une revalorisation des petites retraites. Mme la ministre des Solidarités Agnès Buzyn a même déclaré : « Le gouvernement a entendu aujourd’hui les demandes des retraités modestes ». Elle a même redit qu’une réindexation des petites pensions sur l’inflation était sur la table. Ces déclarations n’ont pas calmé la colère. « En plus on sait ce que les promesses valent ».

Les retraités veulent pouvoir vivre décemment.

Ce que veulent les retraités, c’est une réelle revalorisation de toutes les pensions. Le gouvernement veut-il opposer les petites pensions à l’ensemble des autres retraités. Avec 1 200 € on n’est pas un riche !

Il faut augmenter toutes les retraites. La retraite n’est pas une allocation que l’on donne un jour aux plus pauvres ou que l’on augmente au bon vouloir du Président. Nous refusons de voir mettre en cause le principe de nos systèmes de retraite solidaires par répartition, dans lequel le fait de cotiser donne droit à une pension et une revalorisation.

Pouvoir d’achat, Santé, Sécurité Sociale, Services publics, nous sommes tous confrontés aux mêmes reculs de société mis en œuvre par ce gouvernement.

Le 11 avril, les retraités étaient massivement dans la rue. Ils poursuivront leurs actions en portant les cartes pétitions unitaires au Président de la République à la mi-juin, en continuant de se rassembler sur les marchés et les lieux de vie, en allant à la rencontre des maires de nos cités pour proposer aux conseils municipaux des motions de soutiens.

Notre nouvelle réunion unitaire du Groupe de 9, le 18 avril, précisera ces prolongements utiles à l’action des retraités.

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Jeudi 11 avril, nouvelle journée nationale de mobilisation des retraité.e.s

Le jeudi 11 avril prochain, les retraité.e.s sont invités à une nouvelle journée nationale de mobilisation pour imposer le maintien de leur pouvoir d’achat.

Cette nouvelle journée de mobilisation se concrétisera sur notre département par des rassemblements

  • à Saint Nazaire, 10h, Fontaine République
  • et à Nantes, 14h30, place Royale (suivie d’une marche jusqu’à la Préfecture puis au marché de Talensac).

Nous vous joignons le tract d’invitation à cette journée de mobilisation rédigé par nos huit organisations départementales et actuellement diffusé aux retraité.e.s de nos syndicats et associations ainsi que sur les principaux marchés des agglomérations nazairienne et nantaise,

L’intersyndicale départementale CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR, LSR

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Réforme des retraites : tous et toutes perdant.e.s

La réforme des retraites préparée dans les concertations avec le Haut-commissaire Jean-Paul Delevoye fait périodiquement les gros titres de la presse parce que le gouvernement lance des ballons d’essai qui sont chaque fois autant d’occasions pour l’exécutif de communiquer et préparer le terrain idéologique à des reculs fondamentaux.

retraitecgt

Dernier coup de com’ en date, le recul de l’âge de la retraite ou l’allongement de la durée de cotisation avec cette fois une nouvelle thématique glissée dans le débat : la dépendance. Ce risque qui relève non pas de l’arrêt de la vie professionnelle, mais de la dégradation de l’état de santé devrait tout naturellement être couvert par l’assurance maladie. C’est un risque qui n’est d’ailleurs pas spécifique au grand âge puisqu’il peut résulter du handicap. L’irruption de ce sujet de la perte d’autonomie dans le débat, alors que peu ou prou tous les Français.e.s le connaissent ou l’ont connu dans leur entourage n’est évidemment pas le fruit du hasard mais d’un calcul politicien sordide. Il s’agit d’alourdir la barque pour exiger qu’à la fin on sacrifie quelqu’un ou quelque chose afin de rester à flot. La crise des Ehpad avec la révélation de l’indignité des conditions de travail des personnels et la maltraitance institutionnelle dont sont victimes les personnes âgées en fin de vie ne saurait être traitée ainsi.


En tous cas, les Français.e.s ne sont pas prêts à accepter un report de l’âge de la retraite. Selon une étude Harris (ajouter le lien si possible), 2 personnes sur 3 s’y opposent et dans la même proportion les Français.e.s ne veulent pas envisager de cotiser plus longtemps. Alors que la borne d’âge est désormais à 62 ans, les Français.e.s estiment déjà qu’avec la décote imposée à l’âge pivot il leur faudra dans les faits travailler au moins jusqu’à 64 ans. Ce qui s’apparente à de la lucidité nous est présenté comme une liberté nouvelle : celle d’arbitrer chacun notre futur niveau de vie. Foutaise ! La majorité des Français.e.s préfère partir à 60 ans, comme cela était le cas avant 2011.


La réforme Macron-Delevoye s’annonce comme une révolution avec la transformation en retraite universelle par points, habilement présentée par le candidat Macron comme égalitaire et juste : un euro cotisé donnant les mêmes droits pour tous et toutes… Les mêmes droits ? Mais lesquels ? On devrait connaître dans les jours à venir le sort réservé aux mécanismes de solidarité, c’est-à-dire aux droits non contributifs attribués aujourd’hui, afin de mutualiser les risques d’une vie de travail : chômage, maladie, handicap, bas salaires… de compenser des interruptions d’activité incontournables : maternité… ou des pertes de revenus impactant fortement les ressources des retraités, ainsi en est-il aussi des pensions de réversion. Pour rappel, les pensions de réversion permettent actuellement de réduire de 15 points les écarts entre la pension des hommes et celle des femmes.


L’objectif premier de la réforme n’est pas de faciliter la lecture de nos droits futurs, mais bien de bloquer la part du PIB dévolue au financement des retraites à 14 %, les prestations devenant alors la variable d’ajustement. Les projections du Conseil d’Orientation des Retraites sont claires : alors que le nombre de retraité.e.s va augmenter, sans nouveau financement pour les retraites, le niveau de vie des retraité.e.s baissera de 20 % à 35 % d’ici à 2050. Pour les ingés, cadres et tech, la conséquence sera immédiate : si le système par répartition ne garantit plus le maintien du niveau de vie, celles et ceux qui le peuvent se tourneront vers des systèmes d’assurance individuelle, par capitalisation. On touche ainsi l’enjeu principal de la réforme, dont Macron ne s’est d’ailleurs jamais caché : orienter les fonds (importants) dévolus aux retraites vers la finance, à l’image de ce qu’ont fait Reagan et Thatcher dans les années 80. Avec comme résultat pour les salarié.e.s la loterie. Et c’est bien la supercherie de la réforme annoncée : sur la question clé des salarié.e.s : « à quel âge je vais pouvoir partir avec quel niveau de pension ? » : silence. Et pour cause : le système à « cotisation définie » prôné par Macron détermine une seule chose : le niveau maximum des cotisations, les prestations variant à la baisse. Pour faire dérailler ce scénario, faisons toute la transparence sur ses conséquences. Et débattons du vrai sujet : notre pays qui n’a jamais été aussi riche ne le serait-il pas assez pour garantir le niveau de vie de ses futur.e.s retraité.e.s ?

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT

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Le système des retraites en Europe

La plupart des pays européens ont procédé à des réformes de leur système de retraite. Le Haut-commissariat à la réforme des retraites a rencontré les représentants des gouvernements ainsi que les représentants des syndicats de ces pays. mercredi, 28 novembre 2018 | Actualités Tweeter Partager Partager Envoyer Imprimer Version .pdf

Son objectif est de puiser dans les différentes expériences en laissant supposé un assentiment des syndicats pays concernés.

La présentation des expériences étrangères étant souvent incomplète, la CGT a organisé le 26 septembre dernier une journée de débats sur les réformes des retraites en Europe avec des représentants de syndicats allemands (DGB), italien (CGIL), et suédois (LO).

L’Allemagne, la Suède, et l’Italie avaient des systèmes de retraite par annuités et sont passés à des systèmes par points ou par comptes notionnels. En Belgique, une réforme semblable au projet d’Emmanuel Macron est en cours, qui ambitionne de passer d’un système par annuités à un système par points.

EN SUÈDE

En Suède, le premier pilier obligatoire et en répartition est commun aux salariés du privé et aux fonctionnaires. Au niveau du second pilier (capitalisation), il y a 4 grands régimes de retraite basés sur des conventions collectives (cadres et techniciens du privé, ouvriers et employés du privé, fonctionnaires des collectivités locales et fonctionnaires d’Etat). Les deux niveaux sont gérés selon le principe de la cotisation définie.

L’objectif annoncé de la réforme était d’atteindre sur le premier pilier 60 % de taux de remplacement en lien avec une durée minimale de cotisations de 47 années à temps plein, sur le 2ème pilier le taux de remplacement avancé était de 10 à 12 %.

Aujourd’hui, le taux de remplacement réel est beaucoup plus bas qu’attendu entre 45 et 50 % sur le premier plier et de 10 à 15 % sur le 2ème pilier.

Ceci est principalement dû à l’augmentation de l’espérance de vie (+2 ans depuis 1995), qui n’a pas correspondu à l’augmentation de l’âge de départ en retraite de 64,5 ans en moyenne.

Selon LO, les cotisations finançant le 1er pilier doivent être augmentées. En même temps, les conditions de travail (postes de travail, heures de travail, temps plein/temps partiel, emploi permanent/précaire, formation) doivent être améliorées. Les salariés en situation de pénibilité doivent avoir droit à leur pension dès l’âge de 60 ans. En Suède, les salariés estiment qu’il est impossible de travailler au-delà de 65 ans.

EN ALLEMAGNE

Les réformes initiées en Allemagne, notamment depuis 1992, ont, selon certains, produit une situation enviable, constituant ainsi une boite à outils dans laquelle il serait judicieux de puiser. A commencer par le report de l’âge à 67 ans en vigueur chez nos voisins. En réalité, il n’y a aujourd’hui, plus guère qu’en France que l’on considère le système allemand comme un modèle à suivre.

Il n’est pas possible de comparer l’exigence de 67 ans en Allemagne contre 62 ans en France pour 2 raisons essentielles. En premier lieu, sous certaines conditions, notamment de carrières longues, nombres de salariés allemands partent avant cet âge pivot, sans décote s’ils comptent 45 années de cotisations, aves décote à partir de 35 années. En second lieu, cette application du taux plein à 67 ans ne sera requise en Allemagne qu’en 2031 (pour la génération 1964). Alors qu’en France, elle sera dès 2022 (génération 1955).

Aujourd’hui, l’âge de départ sans décôte est de 64 ans et 10 mois en Allemagne et alors qu’il est de 65 ans et 9 mois en France. Les conditions d’âge sont donc, en réalité, plus dures en France qu’en Allemagne.

Enfin, relevons que l’âge effectif de départ à la retraite est plus élevé en France (61,8 ans pour les hommes et 62,30 pour les femmes) qu’en Allemagne (61,4 ans pour les hommes et 61,2 ans pour les femmes).

Si la retraite « standard » affiché devait s’élever à 1 287 € en 2014, dans les faits les chiffres réels moyens effectivement versées par la caisse vieillesse allemande semblent comparables à ceux versées par la CNAV soit 734 € en Allemagne et 677 € en France. Mais s’ajoute en France la retraite complémentaire mais qui est obligatoire contrairement à l’Allemagne et aux taux de remplacement bien plus bas.  

Aujourd’hui, l’Allemagne est classée, parmi les 34 pays de l’OCDE, au 33ème rang pour son taux de remplacement.

EN BELGIQUE

En Belgique comme en France, le gouvernement a décidé le principe d’une réforme des retraites avec, notamment, le passage du mécanisme actuel en annuités vers un mécanisme en points.

Selon la réforme actuellement en débat, le principe du système à point est que chaque salarié disposerait d’un compte alimenté par des points tout au long de sa carrière.

Si le budget est insuffisant la condition de durée de la carrière pour pouvoir bénéficier d’une pension complète serait durcie.

Pour chaque année pendant laquelle il perçoit le « revenu moyen » de référence, il recevrait un point. Le « revenu moyen » n’est pas celui perçu par le salarié mais par l’ensemble des travailleurs dans chacun des régimes (salariés, fonctionnaires et indépendants).

En cas de déséquilibre budgétaire, économique ou démographique, le système à points allongerait la durée de cotisations car les conditions d’accès à une pension complète serait relevée.

Si l’on sait combien de points chaque salarié accumule, en revanche le montant de la pension est par nature imprévisible dans un système à comptes notionnels.

On ne connaitra la valeur de chaque point accumulé que l’année précédant le départ en retraite.

Concrètement, si vous partez à la retraite quand la conjoncture économique est mauvaise, si vous appartenez à une génération qui compte un nombre de retraitables nombreuses, ou encore si le budget est en déficit, cela pourrait générer un gel de la valeur du point créant ainsi des inégalités importantes.

L’analyse de la FGTB est partagée par les deux autres confédérations syndicales belges la CSC (sensibilité chrétienne) et la CGSLB (de sensibilité libérale). Les trois organisations ont largement diffusé un dossier commun, à la fois technique et politique « les pensions en questions » dans lequel l’analyse, les revendications et les mesures de financements sont portées de manière unitaire.

Extraits du numéro spécial « Retraite » du Peuple de septembre 2018.

Voir aussi :

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Réformes des retraites en France et conséquences sur les cadres

L’enjeu majeur de la réforme des retraites est celle du financement. Les projections actuelles du Conseil d’Orientation des Retraites prévoient à paramètres constants une forte dégradation du niveau des pensions sur une période qui commencera dès 2020 pour toutes les générations qui partiront en retraite jusqu’en 2070. mercredi, 28 novembre 2018 | Actualités Tweeter Partager Partager Envoyer Imprimer Version .pdf

Concrètement, sans augmentation des sources de financement, les pensions baisseront durablement de 20 à 30 %. Pour rappel, en 2016, le montant moyen des pensions, après prélèvements sociaux, s’élevait à 1 294 € nets (hors impacts de l’augmentation de la CSG intervenue en 2017).

Des nouvelles ressources sont donc nécessaires pour financer le système des retraites. Or, la réforme annoncée vise à maintenir la part relative des retraites dans le PIB à 14 % alors que la population.

Selon les projections démographiques de l’INSEE, le nombre de personnes de plus de 65 ans va progresser au moins jusqu’en 2040 à 25 % de la population totale contre 18 % en 2013, soit une augmentation de 30 %.

Le maintien à 14 % de la part des retraites dans le PIB sachant que la proportion du nombre de retraité va augmenter de 30 % fera mécaniquement chuté le montant des pensions des générations de retraités à venir.

Conséquences majeures sur les cadres

Selon les principes définis par le Haut-Commissaire à la Réforme des Retraites, le système actuel par annuités et cotisations définies sera remplacé par un système à points en compte notionnels. Un plafonnement du futur régime universel est également prévu à 9 333 € bruts de rémunération mensuelle. L’objectif affiché est de maintenir le taux actuel de 14 % que représente le financement des retraites dans le PIB. Ces principes auront trois conséquences majeures pour les cadres :

Un changement de la base de calcul des retraites défavorable aux cadres

Le montant des pensions sera calculé sur l’ensemble de la carrière, sur les 43 annuités cotisées, au lieu des 25 meilleures années dans le privé et des 6 derniers mois dans le public. Ceci pénalisera directement les cadres qui ont une progression de carrière et donc de leur niveau de rémunération, au contraire des non cadres qui ont une courbe de rémunération relativement plate.

Pour les femmes cadres : la double peine

Les femmes sont payées en moyenne 26 % de moins que les hommes et touchent une pension 40 % plus faible. Ces inégalités sont en partie compensées par les droits familiaux, avec la validation des congés maternité et parental et les pensions de réversion en cas de décès du conjoint. Ces droits ont pour objectif de maintenir le niveau de vie, ils sont donc accessibles à toutes les femmes quel que soit leur niveau de salaire, et leur montant est proportionnel au salaire. Le gouvernement veut les remplacer par un filet de sécurité minimum, limité aux femmes dont les carrières sont les plus précaires et dont les critères d’attribution restent à déterminés.

Inciter les cadres à recourir à la retraite par capitalisation

La volonté de baisser le niveau des pensions, et celles des ingénieurs, cadres et techniciens en particulier, vise à généraliser les retraites par capitalisation comme complément de retraites. Cette incitation sera encore plus forte pour les cadres supérieurs qui ne pourront plus cotiser dans le système commun (ni percevoir de pension) au-delà de 9 933 € de rémunération brute mensuelles contre 26 488 € aujourd’hui. Pourtant, les expériences étrangères et la crise financière ont montré à quel point les retraites par capitalisation sont risquées et peuvent s’évaporer en cas d’effondrement boursier (explosion de la bulle internet en 2001, crise des subprimes de 2008..).  Ajoutons qu’elles contribuent à la financiarisation de l’économie, détruisent de l’emploi par des stratégies de court terme et alimentent la spéculation au détriment de nos entreprises. 

Voir aussi :

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