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APPEL DE LA COORDINATION NATIONALE DES COLLECTIFS ET ASSEMBLÉES GÉNÉRALES CONTRE LES RÉFORMES BLANQUER — SAMEDI 15 JUIN 2019

GRÈVE HISTORIQUE DES EXAMENS :
SOYONS À LA HAUTEUR DES ATTAQUES CONTRE L’ÉDUCATION

La coordination nationale des collectifs et assemblées générales contre les réformes et la loi Blanquer (la Chaîne des Bahuts) s’est réunie samedi 15 juin 2019 à Paris à deux jours du Bac 2019, avec des Stylos Rouges, la plateforme BloquonsBlanquer.fr, et des parents d’élèves. Elle confirme les revendications adoptées aux précédentes coordinations nationales.

Les échos de nos régions soulignent tous que la grève des examens prend corps telle une traînée de poudre, en particulier dans des établissements qui n’étaient pas massivement mobilisés jusque là. L’existence et la portée inattendue de cette grève des examens a déjà contribué à infléchir le rapport de force avec le gouvernement.

Ainsi, M. Blanquer a été forcé d’en rabattre : les très nombreuses décisions d’AG d’établissements d’être en grève lundi 17 juin, voire au-delà, et le succès de la grève et des piquets pour les corrections du BEP dans le 93 et dans l’académie de Toulouse, sont déjà un désaveu pour le ministre, avant même le 17 juin. Plus de 50 ans après 1968, les personnels osent agir massivement sur les examens, consommant la rupture historique du corps enseignant avec l’institution, ses injonctions et ses chantages.

D’ores et déjà, à la faveur de la commission paritaire mixte entre l’Assemblée nationale et le Sénat, le gouvernement et les parlementaires ont été obligés de reculer – très partiellement – sur un certain nombre de mesures de la loi Blanquer, compte tenu de la mobilisation des personnels et des parents jusqu’à présent et du risque de mettre le feu aux poudres à quelques jours du Bac.

C’est la preuve que notre mobilisation n’est pas une vaine agitation,
qu’elle a déjà commencé à faire reculer un ministre méprisant et autoritaire,
et que c’est le moment d’amplifier la grève pour gagner !

Il est frappant de constater que ce qui a été conservé par le Parlement et qui constitue le cœur de « l’école de la confiance », ce sont précisément les mesures qui ménagent l’élite sociale en instituant officiellement une école à deux vitesses (d’un côté les filières bilingues de la maternelle au lycée avec sélection des élèves et financement par le mécénat privé, de l’autre la mutualisaton des AESH et le remplacement de professeurs par des AED pour gérer la pénurie), et les mesures managériales de flicage des personnels (« exemplarité » dans l’article 1, conseil d’évaluation des écoles et établissements, caporalisation par le ministère de la formation initiale, etc.).

À cette dernière mouture de la loi pour une « école de la confiance » s’ajoutent toujours les contre-réformes calamiteuses des lycées généraux, technologiques et professionnels, du Bac 2021, de Parcoursup, ainsi que la casse à brève échéance du service public avec la loi de « transformation de la Fonction Publique ». Ces chantiers libéraux, analysés et combattus depuis des semaines et des mois, se combinent en un puzzle qui dessine une école du tri sélectif, livrée à la marchandisation, à la concurrence et au flicage permanent des personnels, des élèves et des parents.

Pour amplifier les premiers reculs de Blanquer et Macron et mettre en échec cette politique de casse de l’éducation, la coordination nationale contre les réformes Blanquer appelle :

·            à une grève massive des examens (Bac, Bac pro, BEP, Brevet) à partir du lundi 17 juin, et à participer à toute forme d’action décidée en assemblée générale

·            à la solidarité de tous les personnels (enseignant-e-s de lycée et de collège, vie scolaire, personnels administratifs et techniques) qui pourraient être appelés à remplacer des grévistes, en refusant de casser la grève le cas échéant

·            à faire remonter les perturbations, quelles qu’elles soient : https://frama.link/perturbations-bac-2019

·            à converger dès le matin vers les centres d’examens afin d’inciter le maximum de collègues hésitant encore au dernier moment à rejoindre la grève (rassemblements à proximité des centres d’examens, piquets de grève filtrants, dans le strict respect des décisions propres à chaque AG d’établissement), et / ou en direction des instances administratives (DSDEN, rectorats…).

(On pourra notammentse filmer en continu pour éviter certaines pressions et répressions,
et envoyer rapidement des photos des rassemblements sur les réseaux sociaux.)

·            à participer massivement aux rassemblements et manifestations appelés localement (pour information, un rassemblement aura lieu à 14h proximité du ministère à Paris, métro Rue du Bac)

Pour approfondir et amplifier le rapport de force au-delà du 17 juin, la coordination nationale appelle :

·            à participer aux assemblées générales de coordination locale (par ville, département, académie ou région) le lundi 17 juin, et à y mettre en débat la reconduction de la grève au-delà du 17 juin*

·            à demander aux syndicats nationaux et aux intersyndicales d’appeler à poursuivre la grève au-delà du 17 juin et de soutenir et relayer les décisions de la coordination nationale (en particulier l’intersyndicale nationale qui se réunira le 17 au soir)

·            à continuer de mener des actions et des happenings destinés à rendre visible notre mobilisation durant toute la semaine

·            à envisager la poursuite des mobilisations durant les opérations du Bac et du Brevet (grève du Brevet, rétention des notes, jurys d’examens, etc.)

Alors que Blanquer est déjà sur tous les plateaux de télé ou de radio pour dénigrer une mobilisation historique qu’il n’a jamais su écouter, nous dénonçons le fait que le ministère préfère maintenir les épreuves de Bac dans de mauvaises conditions sur le dos des élèves (par exemple avec un seul surveillant par salle, avec les risques dus aux fortes chaleurs) plutôt que de devoir reporter certaines épreuves, ce qui pour les élèves aurait certainement beaucoup moins dde conséquences.

Nous rappelons à cet effet le soutien des syndicats lycéens (« Lettre à nos profs » de l’UNL, proposition du MNL de brassards rouges pour les élèves pendant les épreuves, soutien de la FIDL), et de parents d’élèves (la FCPE 76 « réitère son soutien aux enseignants mobilisés », et une tribune de parents d’élèves mobilisés est en cours de parution dans la presse). Nous invitons à témoigner tous les usagers (élèves, majeurs de préférence, et parents d’élèves) qui auront été victimes de dysfonctionnements mettant en danger l’équité d’un examen national, voire éventuellement à utiliser leurs possibilités de recours.

L’administration cherche à briser la grève en exerçant de plus en plus de pressions sur les personnels enseignants et en mobilisant le personnel administratif pour assurer les surveillances, et ainsi entraver le droit de grève pour tou-te-s. En EPLE ou en services déconcentrés, ces pressions et autres actes d’intimidation ne sont pas acceptables et mettent gravement en danger le droit de grève.

La coordination nationale dénonce à nouveau les pressions et sanctions contre les personnels engagés dans les mobilisations. Nous assistons à une véritable dérive autoritaire et anti-démocratique qui, à l’image des méthodes mises en œuvre pour réprimer les Gilets Jaunes, expose les personnels à l’arbitraire au mépris des droits démocratiques et syndicaux. Nous ne laisserons pas faire et sommes solidaires des collègues visés par les pressions et répressions administratives (Bobigny, Nîmes, Lodève, Le Havre, Dijon, Sombernon, Chelles, Montreuil, Paris…), et par la répression policière et judiciaire (Toulouse, Nice, Paris…).

La coordination nationale rappelle à cet effet que des *préavis de grève nationaux ont été déposés par l’intersyndicale pour tout le mois de juin, voire pour toute action de grève jusqu’aux vacances, et que ces préavis couvrent tous les personnels de l’enseignement public et privé (y compris agricole), notamment les personnels administratifs et les AED. Les très difficiles conditions de lutte des urgentistes en grève depuis 3 mois doivent nous convaincre des possibilités légales que nous avons encore, nous prévenir des conditions de travail qui nous attendent à terme, et nous renforcer dans notre détermination.

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Outre la conférence de presse de Bloquons Blanquer à l’EHESS le 12 juin, diverses tribunes ont pris position :

·      C’est la faute à Blanquer, exigeons le bac et le brevet pour tou-te-s cette année :
https://blogs. mediapart. fr/louise-thierry/blog/120619/c-est-la-faute-blanquer-exigeons-le-bac-et-le-brevet-pour-toutes-cette-annee

·       Appel des profs aux citoyen-ne-s encore debout :
https://blogs. mediapart. fr/louise-thierry/blog/190519/appel-des-profs-aux-citoyen-ne-s-encore-debout

·       Pas de tri sélectif dans l’École de la République :
https://www. liberation. fr/debats/2019/06/11/pas-de-tri-selectif-dans-l-ecole-de-la-republique_1733061

Twitter : www. twitter. com/STOPreformes / Facebook : www.facebook.com/groups/422548111511799
Mailing-list nationale : intercollectifs_onyva@framalistes.org

Plateforme Bloquons Blanquer : www.bloquonsblanquer.fr

Pétition de la coordination nationale : www.change.org/p/ministre-de-l-education-nationale-pour-une-école-plus-égalitaire-abrogation-des-réformes-blanquer-et-de-parcoursup

Caisse de lutte : www.lepotcommun.fr/pot/tdnghgr1
Touche pas ma ZEP : www.facebook.com/touchepasmazep

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Éducation en lutte: l’AG des grévistes de Toulouse lance l’appel du 17 Juin

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La FIDL, 3ème syndicat lycéen national à soutenir la grève du Bac après l’UNL et le MNL ! Soutien de parents mobilisés

Quelques nouvelles du côte du soutien des élèves ou des parents à notre grève du Bac des examens à partir du 17 juin :
-Information à diffuser et à partager au plus vite largement à nos collègues (et sur nos listes de ville, de bassin, syndicales, etc) : après l’UNL et le MNL (ex UNL-SD), c’est au tour d’un troisième syndicat lycéen national de publier un communiqué pour nous apporter son soutien : « La Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) apporte son soutien à l’appel à la grève des surveillances du baccalauréat du 17 juin 2019 lancé par les professeur.e.s. » (voir appel avec logo en PJ avec ceux de l’UNL et du MNL et des extraits en fin de mail)
-Par ailleurs, une autre bonne nouvelle, Youth For Climate France, le réseau d’étudiants et de lycéens qui avaient appelé à la grève pour le climat en France « s’engagent également contre les réformes Blanquer » et a même participé et relayé la conférence de presse organisée par le collectif « Bloquons Blanquer » ce mercredi 13 juin, voir ici : https://twitter.com/e_planete/status/1138730320352727041
-Enfin, une information importante : un collectif de parents mobilisés a rédigé et soumis à publication dans la presse une tribune de soutien à la grève du Bac. Nous vous la diffuserons au plus vite.
Extraits du communiqué de la FIDL :« (…) L’appel à la grève des surveillances des épreuves du baccalauréat n’est pas un appel à prendre à la légère. Il traduit une inquiétude profonde grandissante sur notre système éducatif. Une inquiétude que nous, lycéen.ne.s et étudiant.e.s, partageons. Le manque de moyens flagrant,
l’accentuation des inégalités sociales avec Parcoursup, la réforme du baccalauréat visant à créer
un diplôme à plusieurs niveaux, la loi Blanquer facilitant une privatisation de l’éducation, la
réforme de la fonction publique : c’est une véritable destruction de notre système éducatif que
nous constatons. (…) »
« (…) Cette grève sera et est déjà vivement critiquée mais nous demandons à ceux qui condamnent votre action : Le vrai danger n’est-il pas présent ailleurs que dans cette grève ? Si ne nous battons pas maintenant, par les occasions qui se présentent, quand le ferons-nous ?(…) »

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Loi Blanquer : le compromis final tient compte de la mobilisation enseignante…mais ce n’est pas assez !

« La commission mixte paritaire est conclusive donc on a trouvé un bon accord ». La formule du député Alexandre Freschi (LREM) résume la facilité avec laquelle les deux chambres qui avaient rendu des projets de loi aussi différents ont finalement trouvé un accord. Négocié en amont par le rapporteur du Sénat, Max Brisson, et la majorité, l’accord des deux chambres a été trouvé en moins de 4 heures. Au final, le texte initial est largement modifié et tient compte de la contestation enseignante. L’EPSF n’est pas réapparu. L’autorité du directeur d’école, l’annualisation des services enseignants , la formation obligatoire sur temps libre sont supprimés. La loi institue une formation continue obligatoire pour les  enseignants du second degré sur temps scolaire, une situation que l’Education nationale n’a jamais réussi à faire vivre jusque là.

EPSF et article 1

 Composée de 7 députés et 7 sénateurs, la commission mixte paritaire sur la loi Blanquer s’est réunie le 13 juin après midi entre 13 h et 16h30. Elle aboutit, comme le Café pédagogique l’avait annoncé, à un compromis.

L’article de la loi Blanquer instituant les établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF) , qui avait tant mobilisé les enseignants, n’a pas été rétabli. Le projet d’EPSF est donc enterré pour le moment.

L’article 1, qui avait lui aussi mobilisé les professeurs, est maintenu dans la rédaction du Sénat légèrement modifiée qui évoque une « exemplarité des personnels de l’éducation nationale » qui contribue « au  lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation ».

Les articles sur le métier enseignant

En ce qui concerne le métier enseignant, le Sénat avait inscrit la formation continue obligatoire des enseignants en dehors des heures d’enseignement. La CMP est revenue sur cet article. L aloi instaure une formation continue obligatoire pour les enseignants, ce qui est une nouvelle obligation pour les professeurs du 2d degré. Mais les alinéas de l’article 14bis qui prévoyait de faire ces formations en dehors des obligations de service sont supprimés par la CMP. Le contrat de mission permettant de déroger aux règle normales d’affectation est supprimé (art 14 ter). L’affectation des enseignants après avis du chef d’établissement disparait également. L’article qui donnait un pouvoir hiérarchique aux directeurs d’école et les faisait participer à l’évaluation des enseignants est aussi supprimé.

L’annualisation des services enseignants renforcée par le Sénat pour les expérimentations est strictement encadrée : ce sera « sous réserve de l’accord des enseignants concernés ».

Les mesures contre les familles

Le Sénat avait inscrit dans la loi des articles permettant de supprimer les allocations familiales aux parents d’enfants absentéistes.  Un autre article interdisait le port de signes religieux pour les parents accompagnateurs de sorties scolaires. Ces deux articles sont supprimés.

Par contre l’article 1bis I interdisant le prosélytisme autour des écoles et établissements est maintenu dans une nouvelle rédaction : « les comportements constitutifs de pressions sur les croyances des élèves ou de tentatives d’endoctrinement de ceux ci sont interdits dans les écoles publiques et les établissements publics locaux d’enseignement à leurs abords immédiats et pendant toute activité liée à l’enseignement ». Si les « abords » bénéficient d’une définition juridique, les « comportements constitutifs » restent eux à définir.

La compensation pour les maternelles privées

Concernant l’obligation d’instruction à 3 ans, elle reste bien sur dans la loi. La CMP a modifié la compensation communale que le Sénat avait étendu à toutes les communes. On revient à la rédaction de l’Assemble qui la réserve aux communes qui ne versaient pas déjà un soutien aux écoles maternelles privées. « E Philippe a fait une déclaration d’amour au territoire le matin (devant le Sénat) mais ça ne s’est pas traduit l’après midi », nous a dit Céline Brulin, sénatrice PC. Le Sénat avait introduit la possibilité d’aménager le temps scolaire des 3 ans. Cela a été maintenu.

Les jardins d’enfant bénéficieront d’un délai de 5 ans pour s’adapter à l’obligation d’instruction à 3 ans. Ils ne pourront plus accueillir d’enfants entre 3 et 6 ans au delà de ce délai. Là aussi la CMP est revenue sur un article adopté par le Sénat qui pérennisait les jardins d’enfants.

Eplei et Cnesco

Les établissements locaux d’enseignement international créés par la loi sont maintenus. Ils permettront une scolarisation des élites sociales dans des établissements spécifiques dotés de davantage de moyens et dérogeant aux règles pédagogiques habituelles. Avec eux on revient aux « petits lycées » du début du 20ème siècle et on enterre l’idée d’un seul système scolaire pour tous les enfants.

La CMP a confirmé le remplacement du Cnesco par un Conseil d’évaluation de l’école sous dépendance ministérielle. Les Espe deviennent Inspe là aussi sous le regard de directeurs nommés par les ministres. Et des assistants d’éducation pourront bien intervenir « progressivement » dans les classes.

Un bon accord ?

« Je suis inquiète pour l’école inclusive alors qu’un consensus s’était fait pour un vrai statut des accompagnants et pour que les prescriptions soient faites  par la MDPH. Cela disparait du texte », nous a dit Céline Brulin (PC). « Les besoins de l’institution vont primer sur ceux des enfants ».

« Le Sénat avait adopté des positions très marquées idéologiquement et cela ne nous satisfaisait pas », nous dit Alexandre Freschi (LREM). « On a eu un bon travail des deux chambres. Certains points qui avaient engendré des interprétations qui ont crispé la communauté éducative ont été supprimés. La commission mixte paritaire est conclusive donc on a trouvé un bon accord ».  

La mobilisation a payé

Que va t-il maintenant se passer ? L’adoption en CMP du texte de la loi fait que les parlementaires ne peuvent plus amender le texte sans accord du gouvernement.  Seul le gouvernement garde un droit d’amendement. Le texte va repasser pour vote devant chaque chambre. Et , s’il n’y a pas d’amendement, il pourra être adopté en bloc très rapidement.

Si bien des points de la loi sont négatifs pour l’avenir de l’école, particulièrement la suppression du Cnesco, les protestations des enseignants ont été entendues. Ils ne pourront pas dire que la mobilisation ne paye pas.

Loi Blanquer : notre Dossier

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La loi Blanquer : vers un compromis

Les acteurs de l’éducation retiendront leur souffle le 13 juin au moment où la commission mixte paritaire examinera la loi Blanquer. Sortie en deux versions nettement différentes de l’Assemblée et du Sénat, la loi devrait pourtant devenir définitive le 13 juin. D’après les indiscrétions recueillies par le Café pédagogique, la commission devrait trouver un compromis sur le texte de la loi. A cet article de tenter d’en définir les termes.

Un parcours plein de surprises

La loi Blanquer sera allée de surprise en surprise tout au long de son parcours , de son examen à l’Assemblée en février à son adoption au Sénat en mai. La première surprise a été la découverte dans l’étude d’impact de la finalité de l’article 1 qui paraissait si anodin. Puis lors de l’examen à l’Assemblée la surenchère nationaliste sur l’équipement « patriotique » des salles de classe et la sortie via un amendement de l’école publique des savoirs fondamentaux (EPSF). Enfin au Sénat, les élus ont ajouté pas moins de 28 articles. La loi a servi de plateforme pour mettre en application les rapports sénatoriaux, notamment celui de J Grosperrin. Ils ont aussi recalé certains articles dont celui créant les EPSF. Il est vrai que de février à mai, une très forte mobilisation des enseignants et des maires contre les EPSF et ce qu’ils signifient comme rupture pour les écoles est passée par là.

Ainsi le texte venu de l’Assemblée et adopté par la majorité LREM a été totalement réécrit par la majorité sénatoriale, associant Les Républicains et des centristes. A l’issue du vote au Sénat, le 21 mai, 200 amendements sénatoriaux ont largement modifié le texte. Comment concilier les deux textes ?

La réunion de la CMP du 13 juin

C’est tout le travail de la  Commission mixte paritaire qui se réunit le 13 juin. On y retrouve les ténors qui ont porté la loi. Pour l’Assemblée nationale, Bruno Studer, président de la commission de l’éducation (LREM), F Chevrier et AC Lang (LREM), rapporteures, A Freschi (LREM), N Essayan (Modem) , F Reiss et M Minot (LR) le premier auteur de plusieurs rapports sur l’éducation. Parmi les sénateurs, M Brisson (LR), rapporteur, J Grosperrin (LR), qui a apporté les principaux amendements au texte, C Morin Desailly (centriste) présidente de la commission de l’éducation du Sénat, L. Darcos (LR), M Blondin et MP Monier (PS), A Karam (LREM). A ces 14 membres titulaires s’ajoutent 14 suppléants dont certains ont joué un rôle important dans la fabrication de la loi : F Laborde (RDSE), R Juanico (PS), C Brulin (PC), C Rilhac (LREM), S Rubin (LFI), par exemple.

Une analyse rapide de la commission mixte paritaire montre que le sort de la loi va se jouer entre Républicains et LREM. On pouvait imaginer une vraie bataille des sénateurs LR contre la majorité après les annonces présidentielles sur la réforme du Sénat. On pouvait imaginer que la majorité sénatoriale refuse tout compromis sur la loi Blanquer comme il vient de le faire à propos de la loi sur Notre Dame. Après tout on trouve dans la loi Blanquer la même règle dérogatoire aux marchés publics qui a nourri l’opposition du Sénat à la loi sur Notre Dame. Résultat : en l’absence de compromis en commission mixte paritaire, la loi doit repasser devant les deux assemblées, ce qui va prendre du temps. Pour la loi Blanquer, un tel scénario repousserait l’application de la loi à la rentrée 2020 au lieu de la rentrée 2019.

Les bases d’un compromis

Mais la victoire de la majorité aux européennes pèse sur ce débat. Les indiscrétions que nous avons recueillies nous dessinent un autre scénario pour la journée du 13 juin, celui du compromis. Le rapporteur LR Max Brisson, inspecteur général, et JM Blanquer auraient défini un accord. Tous les termes n’en sont pas connus. Mais on peut en dessiner les grands traits.

Le principe de l’obligation scolaire à 3 ans, c’est à dire du versement de 100 à 150 millions à l’enseignement privé par les communes, celles ci étant compensées par l’Etat, est acquis. Rappelons que c’est pur cadeau : les 27 000 enfants de 3 ans non encore scolarisés ne le seront pas plus demain et encore moins dans le privé. Environ 10 000 sont accueillis en jardin d’enfant et le compromis pourrait porter sur la pérennisation de ces jardins avec interdiction d’en ouvrir de nouveaux. Environ 7000 enfants sont en Guyane et à Mayotte où il n’y aura ni batiments ni enseignants pour les accueillir avant longtemps. Les autres relèvent souvent de l’éducation spécialisée. Comme la compensation par l’Etat va mettre du temps (probablement 2 ans), la mesure va probablement impacter le budget des écoles publiques au moment où le privé pourra améliorer sa concurrence avec le public en baissant ses tarifs grace à cet apport inattendu d’argent public.

Les EPSF ont été supprimés par le Sénat. Ils ne reviendront pas, nous disent nos sources. La mobilisation enseignante a fait reculer les élus mais aussi le ministre qui a reconnu devant le Sénat que le moment n’était pas encore venu.

L’article 1 , qui a aussi mobilisé les enseignants, sera maintenu avec tout ce que ce maintien va entrainer pour les enseignants. La jurisprudence sur « l’exemplarité » des enseignants va avoir force de loi.

La question de l’avenir du Cnesco pour maintenir une évaluation indépendante de l’Ecole a réuni des élus de tous bords, des Républicains aux communistes. JM Blanquer devrait avoir satisfaction. On mesurera probablement dans quelques années à quel point cela va changer radicalement l’avenir de l’Ecole. Sans le Cnesco, il n’y aura plus de débat argumenté , associant chercheurs et praticiens, sur l’Ecole, plus d’information nuancée et fiable de ce niveau sur les questions éducatives.  

La création des EPLEI, ces établissements d’élite à recrutement socialement favorisé, sera actée. Le gouvernement va pouvoir reconstituer les petits lycées et une scolarisation totalement à part pour les plus favorisés comme cela existait sous la IIIème République.

Les amendements les plus extrêmes portés par la majorité du Sénat , la suspension des allocations familiales pour les parents d’élèves absents, l’interdiction du voile pour les accompagnatrices, ne devraient pas être repris dans le texte de la loi. Ce devrait être le cas aussi pour le pouvoir hiérarchique donné aux directeurs ou l’affectation sur contrat de mission.

Des points encore en débat

Restent le terrain des concessions. L’annualisation du temps de travail des enseignants, grâce aux expérimentations, devrait passer. La formation continue des enseignants obligatoire sur le temps des congés pourrait bien aussi être actée. JM BLanquer a donné un avis défavorable au Sénat mais ses services ont préparé le décret d’application.

Voilà ce que pourrait être le compromis du 13 juin. Mais tout dépendra aussi des enseignants. Leur mobilisation a fait reculer le ministre sur les EPSF. Elle peut encore avoir un impact sur le texte de loi. Un syndicat national, le Snuipp , a déposé un préavis de grève pour le 13 juin. Des régionales de plusieurs autres syndicats ont fait de même. Les stylos rouges ont aussi écrit aux élus pour rappeler leur refus de la loi Blanquer. L’adoption d’une loi Blanquer qui prendrait à rebrousse poils les enseignants pourrait bien accroitre la mobilisation contre la politique éducative et les réformes.  

Notre dossier sur la loi Blanquer

Le dossier législatif

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Pas de tri sélectif dans l’école de la République tribune Libération

La réforme Blanquer repose, de la maternelle au lycée, sur une application du libéralisme économique à l’éducation. Le projet de loi creuse encore les inégalités. Pire, il les érige en principe.

Tribune. L’école est une chose trop grave pour la confier au seul ministre de l’Education nationale. Elle est un bien commun. Que nous ayons des enfants ou pas, elle nous concerne. Elle est de ces enjeux cruciaux pour ce qui fait une société : la transmission, la lutte contre les injustices sociales, l’émancipation des êtres en devenir, l’aspiration à l’égalité. Bien sûr, elle ne saurait à elle seule faire face aux iniquités qui structurent notre monde et, sournoisement, s’érigent en système. Mais elle occupe, pour y résister, une place essentielle, celle qui rend possible pensée critique et action sur le monde.

Le projet de loi Blanquer suscite depuis des mois l’indignation et l’opposition des enseignantes et enseignants. Nous avons entendu leur cri d’alarme et leur appel : «La guerre est déclarée à tous les cancres de Prévert et autres Tistou les pouces verts.» Et nous leur répondons : oui, nous les soutenons, comme des milliers de parents d’élèves le font déjà. Cela nous paraît déterminant, surtout quand on voit se multiplier les sanctions et les atteintes à leur liberté d’expression. L’assignation à l’exemplarité martelée par l’article 1 du projet est une façon de jeter la suspicion sur le corps enseignant. Loin de la «confiance» ressassée comme un sésame par le ministre de l’Education, c’est plutôt une méfiance qui leur est adressée. Il y est question de ne pas critiquer l’institution. Pourtant, cette capacité critique est nécessaire pour ne pas accepter le monde tel qu’il est et tel qu’il va, pour ne pas ingérer sans broncher les «réformes» comme si elles allaient de soi. A Dijon, une enseignante a été convoquée pour avoir expliqué dans une lettre son opposition à Emmanuel Macron. A Lodève, un enseignant a reçu une admonestation pour avoir pointé du doigt la suppression de directrices et directeurs d’école avec le projet de loi. Au Havre, une directrice d’école a été blâmée et mutée pour avoir critiqué la réforme en écrivant aux parents. Beaucoup d’autres ont reçu des courriers de mise en garde contre l’expression de leur contestation. Ce n’est rien de moins qu’une mise au pas. «Rappel à l’ordre», disent les sanctions : il s’agit bien de cela. Rappel à un ordre contestable, qui trop souvent nous enjoint de nous taire et d’accepter sans autre forme de procès.

Cette nouvelle «réforme» repose, de la maternelle au lycée, sur une application du libéralisme économique à l’éducation. En imposant la scolarité dès l’âge de 3 ans, le projet oblige les communes à financer les écoles privées. C’est inacceptable quand les services publics sont de plus en plus attaqués. Le ministre nous dit que l’école inclusive sera la norme. Mais comment l’imaginer possible quand la réforme prévoit la mutualisation de leurs accompagnants entre plusieurs élèves en situation de handicap dans les classes ? Dès la maternelle, des établissements publics internationaux viendront concurrencer les «établissements des savoirs fondamentaux». Un tri social sera alors organisé à l’entrée de l’école. A tous les niveaux, tandis que l’on supprime des postes et que des classes sont fermées, des assistantes et assistants d’éducation pourront enseigner pour faire face à la pénurie de moyens humains, sans formation et avec des salaires au rabais. Et, comme on le sait, les drapeaux imposés dans toutes les salles de classe ne sauront être les garants d’un «liberté, égalité, fraternité» bien abîmé. Ou peut-être serviront-ils à masquer des murs de classe bien défraîchis ? Mesures-masques, rustines et rafistolages…

Au lycée, le projet de loi exige que les élèves choisissent au plus vite des «spécialités» : mais dans beaucoup d’établissements, certaines d’entre elles n’existent pas, tout simplement. Voilà qui va encore accentuer les inégalités. Le baccalauréat en portera la marque : avec le contrôle continu et les formules à la carte, il n’aura plus la même valeur ici et là. Dans ce prolongement, à l’université désormais, Parcoursup impose une sélection drastique, répand l’anxiété et l’exclusion parmi les jeunes et dans leurs familles, d’abord parmi les moins dotées. Nous savons bien que, en l’état actuel, il y a déjà des «délits d’initiés» – dans le choix des établissements scolaires, dans l’orientation et les filières. Il ne s’agit pas de s’arc-bouter sur l’existant ni de s’y agripper désespérément. Mais le projet de loi en creuse encore les inégalités. Plus encore, il les érige en principe.

Le tri sélectif, c’est sans doute bien pour l’environnement ; mais c’est une catastrophe démocratique pour l’enseignement. Nous en avons assez de ce monde marchand, de la mise en concurrence et de la compétitivité, dont les critères et les fausses valeurs entendent s’imposer partout, à la façon d’un rouleau compresseur. Il y a urgence à résister. C’est pourquoi nous disons ici notre pleine solidarité aux enseignantes et enseignants qui déploient depuis des mois une mobilisation constructive et opiniâtre contre ce projet de loi, pour une école émancipatrice. Une société plus juste et plus humaine, soucieuse d’égalité, se doterait sans conteste d’autres piliers que la sélection et la compétition. C’est à cette société que nous aspirons ; c’est à cette société que nous voulons travailler.

Signataires :

Etienne Balibar (philosophe), Ludivine Bantigny (historienne), Dominique Cabrera (cinéaste), Patrick Chamoiseau (écrivain), Laurence De Cock (historienne), Annie Ernaux (écrivaine), Mathilde Larrère (historienne), Philippe Mangeot (militant associatif), Guillaume Mazeau (historien), Gérard Mordillat (écrivain), Anna Mouglalis (actrice), Gérard Noiriel (historien), Antoine Peillon (journaliste), Joël Pommerat (auteur et metteur en scène), Thomas Porcher (économiste), Denis Robert (journaliste et écrivain), Pierre Schoeller (cinéaste), Barbara Stiegler (philosophe), Bertrand Tavernier (cinéaste), Sophie Wahnich (historienne). Pour alimenter la caisse de grève : Bloquonsblanquer.fr/caissesdegreve

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Référendum sur la privatisation du Groupe ADP : « Une bataille est engagée, nous signons et nous ferons signer » Le Monde

Dans une tribune au « Monde », seize personnalités, dont le député LFI François Ruffin et la militante écologiste Claire Nouvian, suivies par une centaine d’autres signataires, réclament « une épidémie de pétitions ».

Un long chemin avant un référendum

Le dispositif de recueil des signatures pour le référendum d’initiative partagée (RIP) contre la privatisation du groupe ADP (Aéroports de Paris) doit être présenté le 13 juin par le ministère de l’intérieur. Ce dispositif sera ouvert pendant 9 mois. Les promoteurs du référendum doivent recueillir le soutien de 10 % des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit 4 717 396 Français, a précisé le Conseil constitutionnel dans sa décision du 9 mai, validant la proposition de loi référendaire déposée le 10 avril par 248 parlementaires de tous bords politiques.

Si le nombre de signataires est atteint, le Parlement devra, dans un délai de 6 mois, se prononcer sur cette proposition de loi. Si l’Assemblée nationale et le Sénat mettent tous deux ce texte à leur ordre du jour, le référendum n’aura pas lieu. Mais si une seule des deux chambres se prononce, ou aucune d’entre elles, alors le président de la République sera tenu de l’organiser. La privatisation d’ADP, dont le capital est détenu à 50,6 % par l’Etat, a été adoptée par le Parlement le 11 avril lors du vote de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), promulguée le 22 mai.

Tribune. C’est maintenant à portée de main : un référendum, enfin. Un référendum sur la vente de Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris). Un référendum pour ne pas laisser ce trésor à Vinci, qui a déjà emporté nos autoroutes. Un référendum, surtout, sur l’avenir : l’avenir que nous refusons, l’avenir que nous désirons.

D’emblée, le premier ministre, Edouard Philippe, s’est étranglé : « Cela pose un vrai et grave problème démocratique ! […] Cela créerait une situation dangereuse ! »Ils suffoquent, lui, les autres. Car ce n’est pas la question, seulement, des aéroports de Roissy, d’Orly, qui est soulevée. Cela va bien au-delà. C’est l’occasion d’un coup d’arrêt, d’un « non » franc et massif, d’un désaveu géant : nous ne voulons plus du monde qu’ils incarnent, qu’ils promeuvent.

Des mots cadavres

« Concurrence », « croissance », « compétition », « déficit », « mondialisation »… Ces mots nous sont répétés pour vendre les aéroports. Ces mots nous sont répétés depuis quarante ans pour vendre à la découpe le gaz, l’électricité, la santé et bientôt les retraites. Ces mots nous sont répétés comme des mantras, pour guider la société et nos existences. Ces mots sont désormais des mots cadavres. Nous n’y croyons plus. Nous n’en voulons plus : ils creusent notre tombe écologique. Nous aspirons au contraire à la coopération, à l’entraide, à placer les humains et la planète avant les chiffres, il en va de notre survie commune.

« Pour nous, la démocratie, c’est la reprise en main de notre destin commun »

Car le premier ministre a bien raison : c’est la « démocratie » qui est en jeu. Pour lui, pour eux, la démocratie, c’est quand ils s’arrangent en famille, quand ils confient les bijoux de l’Etat à leurs amis, et qu’ils en retirent des prébendes et des dividendes. La voilà, la démocratie qu’ils apprécient : la démocratie sans le peuple ! Ni dans la rue, ni sur les ronds-points, ni dans les urnes. Ou alors, une fois tous les cinq ans. Et entre-temps, circulez, braves gens ! Pour nous, au contraire, la démocratie, c’est la reprise en main de notre destin commun. Et il faut bien commencer par un bout, même petit : alors allons-y par le bitume des aéroports de Paris. Avant de passer à nos écoles, nos champs, nos hôpitaux, nos tribunaux, nos forêts…

Maintenant, une bataille est engagée. Nous, nous signons. Surtout, nous ferons signer, parmi nos collègues, dans les bureaux, dans les associations, dans les usines, dans les facultés, à la Fête de la musique et à la Fête des voisins, dans les vestiaires du club de foot et dans les colloques universitaires. Et cette belle bataille, populaire, démocratique, nous invitons à la mener ensemble, tous ensemble, par-delà les chapelles et les querelles, les « avec gilet » et les « sans gilet », les encartés et les non-encartés, les syndiqués et les non-syndiqués, unis dans une action. Unis pour produire une contagion de signatures, une épidémie de pétitions, et qu’on parvienne aux 4,7 millions. Aux stylos, citoyens ! Marchons ! Signons !

Les 16 premiers signataires : Daniel Bertone, secrétaire général CGT d’ADP ; François Boulo, avocat « gilets jaunes » ; Dominique Bourg, philosophe ; Pauline Boyer, porte-parole d’Alternatiba ; David Cormand, secrétaire national de EELV ; Anny Duperey, comédienne ; Annie Ernaux, écrivaine ; Sébastien Jumel, député PCF ; Guillaume Meurice, humoriste ; Claire Monod, coordinatrice nationale de Génération.s ; Claire Nouvian, cofondatrice de Place publique ; Michel Onfray, philosophe ; Patrick Pelloux, médecin urgentiste ; François Ruffin, député LFI ; Marie Toussaint, eurodéputée EELV, initiatrice de « L’Affaire du siècle » ; Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac.

Hakim Amokrane, musicien 
Mouss Amokrane, musicien 
Salah Amokrane, militant associatif (Takticollectif)
Philippe André, syndicaliste (SUD Energie)
Paul Ariès, politiste 
Manon Aubry, députée européenne (LFI)
Clémentine Autain, députée (LFI)
Alain Badiou, philosophe 
Guillaume Balas, coordinateur national de Génération.s 
Gilles Balbastre, documentariste 
Karim Baouz, réalisateur et journaliste 
Grégori Baquet, acteur 
Pierre-Emmanuel Barré, humoriste 
Stéphane Barré, maire d’Oissel-sur-Seine (PCF)
Fouad Ben Ahmed, militant associatif 
Esther Benbassa, sénatrice (EELV)
Chantal Benoit, maire du Caule-Sainte-Beuve (PCF)
Ugo Bernalicis, député (LFI)
Judith Bernard, metteure en scène
Patrick Bernard, syndicaliste (CGT Métallurgie)
Aurélien Bernier, militant associatif 
Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste 
Laurent Binet, écrivain 
Fabienne Bock, historienne 
Jacques Bonnaffé, metteur en scène 
Séverine Botte, conseillère départementale du canton de Saint-Etienne-du-Rouvray (PCF)
François Boulo, avocat gilet jaune 
Dominique Bourg, philosophe
Marie-Hélène Bourlard, syndicaliste (CGT retraités)
Pauline Boyer, Alternatiba
Youcef Brakni, collectif « Vérité pour Adama » 
Moethai Brotherson, député (GDR)
Céline Brulin, sénatrice (PCF)
Marie-George Buffet, députée (PCF)
Boris Chenaud, militant associatif (La Carmagnole)
Tayeb Cherfi, militant associatif (Takticollectif)
Jean-Paul Civeyrac, cinéaste 
Eric Coquerel, député (LFI)
Alexis Corbière, député (LFI)
David Cormand, secrétaire national de EELV 
Laurence De Cock, historienne 
Anne De Haro, syndicaliste (CGT)
Laurent Degousée , syndicaliste (SUD commerce)
Stéphane Delepeyrat, conseiller régional de Nouvelle Aquitaine (Génération.s)
Thomas Dietrich, militant associatif 
Laetitia Dosch, comédienne, auteur, metteuse en scène 
Jean-Paul Dufrègne, député (PCF)
Anny Duperey, comédienne 
Cédric Durand, économiste 
Annie Ernaux, écrivain 
Txetx Etcheverry, Bizi 
Jérôme Ferrari, écrivain 
Gérard Filoche, militant 
Bernard Friot, économiste 
Jean Gadrey, économiste 
Khaled Gaiji, Les Amis de la Terre 
Pascal Greboval, rédacteur en chef de Kaizen 
Alain Guiraudie, cinéaste 
Myriam Illouz, psychanalyste 
Laurent Jacques, maire du Tréport (PCF)
Régis Juanico, député (Génération.s)
Sébastien Jumel, député PCF
Razmig Keucheyan, sociologue 
Pierre Khalfa, Copernic 
Philippe Labarde, journaliste 
Fabrice Lallement, syndicaliste (CGT Métallurgie)
Nicolas Lambert, comédien, metteur en scène 
Aude Lancelin, journaliste 
Nicolas Langlois, maire de Dieppe (PCF)
Mathilde Larrère, historienne 
Yvan Le Bolloc’h, musicien 
Patrick Le Hyaric, ex-député européen (PCF)
Olivier Leberquier, directeur général délégué de la coopérative Scop-Ti. 
Patrick Lehingue, politiste 
Noël Levillain, maire de Tourville-la-Rivière (PCF)
Pierre Lieutaghi, écrivain et ethnobotaniste 
Frédéric Lordon, philosophe 
Benjamin Lucas, secrétaire général de Génération.s 
Roxane Lundy, membre du Collectif national de Génération.s 
Corinne Masiero, comédienne 
Caroline Mecary, avocate aux barreaux de Paris et du Québec 
Jean-Luc Mélenchon, député (LFI)
Sébastien Menesplier, secrétaire général CGT Mines – Energies 
Daniel Mermet, journaliste 
Guillaume Meurice, humoriste 
Jean-Claude Michéa, philosophe 
Claire Monod, coordinatrice nationale de Génération.s 
Marion Montaigne, autrice 
Gérard Mordillat, cinéaste, auteur 
Corinne Morel-Darleux, Conseillère régionale, écologiste 
Chantal Mouffe, politiste 
Philippe Mühlstein, syndicaliste (Solidaires)
Benoît Murraciole, militant associatif (ASER)
Hervé Naillon, militant écologiste 
Marielle Nicolas, universitaire 
Gérard Noiriel, historien 
Claire Nouvian, co-fondatrice de Place publique 
Agathe Novak-Lechevalier, maître de conférences en littérature française 
Luc Offenstein, militant contre les nuisances du transport aérien
Michel Onfray, philosophe 
Jean Ortiz, écrivain 
Jon Palais, ANV-Cop21 
Mathilde Panot, députée (LFI)
Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic 
Patrick Pelloux, médecin urgentiste
Pascal (Imhotep) Perez, musicien 
Gilles Perret, cinéaste 
Pierre Pica, linguiste 
Michel Pinçon, sociologue 
Monique Pinçon-Charlot, sociologue 
Thomas Portes, syndicaliste (CGT Cheminots)
Christine Poupin, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste 
Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste 
Christophe Prudhomme, médecin hospitalier syndicaliste 
Denis Robert, journaliste 
Roberto Romero, conseiller régional d’Ile de France, adjoint au Maire de Bagneux (Génération.s)
Bertrand Rothé, auteur 
François Ruffin, député France Insoumise
Germain Sarhy, Emmaus Lescar Pau 
Pierre Schoeller, cinéaste 
Guy Sénécal, maire d’Arques-la-Bataille (PCF)
Léonor Serraille, cinéaste 
Pablo Servigne, auteur, collapsologue 
Alexis Spire, sociologue 
Eric Stemmelen, écrivain 
Sophie Taillé-Polian, sénatrice (Génération.s)
Baptiste Talbot, syndicaliste (CGT services publics)
Jacques Testart, biologiste 
Annie Thebaud-Mony, sociologue 
Marie Toussaint, eurodéputée EELV, initiatrice de l’Affaire du siècle
Aurélie Trouvé, co-présidente d’Attac
Emmanuel Vire, syndicaliste (SNJ CGT)
Florian Vivrel, médecin hospitalier syndicaliste 
Eric Vuillard, écrivain 
Hubert Wulfranc, député (PCF)

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Grève du 17 juin : des enseignants s’engagent

 » Non, Monsieur Blanquer, nous ne sommes pas des magiciennes, ni des magiciens. Nous ne ferons croire à personne qu’avec moins de cours nous ferons mieux. En vérité, vous sacrifiez ici la maîtrise de la langue, l’ouverture sur le monde et ses contradictions ainsi que l’esprit critique et contestataire. Nous persistons à penser qu’ils sont indispensables à tout progrès intellectuel et social. Nous prétendons que nos élèves ont le droit d’avoir une formation initiale solide et ouverte sur un monde complexe à appréhender ». Dénonçant le « sacrifice des classes populaires » par la réforme du lycée professionnel, 171 professeurs de lycée professionnel du 93 publient une tribune où ils s’engagent à « refuser la correction des examens » , BEP et Bac. De son coté, l’Apses, l’association qui réunit les professeurs de SES, soutient la grève du 17 juin en réaction à la réforme du lycée.  Enfin, le Snes Fsu publi eun guide juridique du gréviste du 17 juin face aux menaces de réquisition.

171 professeurs du 93

Apses

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Bilan social : explosion des non titulaires et des démissions !

La publication du Bilan social de l’éducation nationale répercute avec un peu de retard les évolutions liées à la politique gouvernementale. Néanmoins, le Bilan 2019 souligne des orientations cohérentes avec la loi de transformation de la Fonction publique : la montée des contractuels et les départs « volontaires » des enseignants. Cette année comme les années précédentes l’éducation nationale n’évite ni les inégalités salariales ni celles de genre.

Doublement des démissions

Signalée par le Café pédagogique dès 2016 à la suite d’un rapport du sénateur Carle, les démissions d’enseignants sont en hausse rapide à l’éducation nationale.  Le Bilan social propose une évolution depuis 2011-2012. Dans le premier degré on est passé de 322 démissions cette année là à 532 en 2015-16 , 694 en 2016-17 et 861 en 2017-18. Dans le second degré on comptait 447 démissions en 2011-12 et 351 en 2014-15. Mais dès 2015-16 ça repart à la hausse : 441 puis 527 et enfin 538 démissions en 2017-18. Ces chiffres ne concernent que les titulaires.

Dans la rubrique « seconde carrière » du Café pédagogique, nous avons souvent croisé des enseignants démissionnaires. Ainsi G Perret, expliquait  » J’ai eu des classes difficiles à tenir, des parents d’élèves peu coopératifs, situation très déstabilisante psychologiquement. Certains se permettaient de venir faire la discipline dans les classes de mes collègues, d’autres voulaient interférer sur la pédagogie en indiquant à notre place comment enseigner les programmes aux élèves, etc. Je n’avais pas de soutien des parents pour mener des projets avec les élèves, peu de soutien de la part de la hiérarchie », en 2012. C Malaussena évoque ainsi ses dernières années d’enseignante dans le 1er degré :  » Les dernières années, au niveau du primaire, vu toutes les réformes auxquelles on a été soumis sans qu’on en comprenne toujours le sens, vu le poids de plus en plus lourd qui a commencé à se faire sentir sur le plan purement administratif, j’ai commencé à ressentir la perte de sens dans mon travail, comme si le système m’obligeait à brider ma créativité et m’imposait de plus en plus de contraintes ».

Pour le Bilan social, cette évolution des démissions « reste peu significative au regard des effectifs enseignants ». Elle est à mettre en rapport avec le nombre d’enseignants : 356 000 dans le 1er degré public et 402 500 dans le 2d degré.

Les taux français restent bien en dessous de ceux qui existent par exemple au Royaume-Uni. Une étude de la National Foundation for Educational Research (NFER) en 2016 montrait que 8% des enseignants avaient démissionné en 2015 contre 6% en 2011. Remis à l’échelle de la France cela représenterait près de 68 000 enseignants chaque année !

L’étude anglaise est aussi éclairante par les motifs qu’elle donne à ces départs. Les professeurs s’en vont parce qu’ils ont trop de travail et, entre autre à cause de réformes jugées trop fréquentes.  Ils partent aussi car ils ont trop de pression hiérarchique ou parce qu’ils sentent que leur métier se dévalorise. Ces raisons semblent un peu universelles…

Il faut donc se demander pourquoi les taux de départ ne sont pas aussi forts en France. Il y a à cela des raisons administratives. Le nombre de démissions dépend d’abord des autorisations de l’administration. Or, jusque là, elle préfère garder les enseignants. Ainsi le décret de 2014 qui a restreint l’accès à l’indemnité de départ volontaire à partir de 2014, a surement freiné la hausse du nombre de démissions.

Mais le principal facteur de frein reste le statut de fonctionnaire, statut qui n’existe pas pour les enseignants outre-Manche. En ce sens la montée des contractuels et la remise en cause du statut pourraient bien être accompagnés d’une montée encore plus forte des démissions. D’autant que la loi de transformation de la fonction publique introduit la rupture conventionnelle du contrat de travail et le passage au privé en bloc de services entiers.

L’explosion du nombre de contractuels

La généralisation de la contractualisation est un des points forts de la loi de transformation de la fonction publique adoptée récemment en première lecture par l’Assemblée. Elle devrait concerner tous les emplois y compris ceux de direction. Pourtant la dernière décennie a déjà vu une montée spectaculaire du nombre de contractuels dans l’enseignement. Selon le Bilan social, 8% des enseignants et 54% des non enseignants du ministère de l’éducation nationale sont déjà des non-titulaires.

Ainsi en 2008 on comptait 2730 enseignants non titulaires dans le 1er degré, un chiffre resté stable jusqu’en 2016 où il monte à 3110 puis 4092 en 2017. Dans le second degré on passe de 24 282 enseignants non titulaires en 2008 à 33 668 en 2011 , chiffre resté à peu près stable jusqu’en 2016 (36 201) et 2017 (39 791). Si on regarde l’évolution du nombre d’enseignants dans le public de 2016-17 à 2017-18 le nombre de titulaires a  légèrement régressé (de 377 postes !) alors que celui des contractuels a augmenté de 12% ! L’augmentation du nombre d’enseignants est donc totalement portée par le recours aux non titulaires.

Dernier point à souligner : la plupart de ces contractuels sont sur des contrats précaires. Sur 43 883 contractuels enseignants publics seulement 8 380 sont en CDI et 35 459 en CDD. On compte même 44 vacataires dans l’enseignement public.

Un écart aussi important souligne l’échec des plans de titularisation. Le faible taux de couverture des concours réservés illustre aussi ce phénomène. Mais il faut aussi prendre en compte la mauvaise volonté de certaines académies pour passer en CDI les contractuels.  

Lors d’une table ronde des contractuels organisée par la Fsu le 6 mai, les enseignants présents montraient la grande variété des situations. Ainsi Paul, contractuel sur Clermont Ferrand depuis 1993 n’a jamais été « dans les clous » pour aucun des plan de titularisation. Aurélie, contractuelle à Reims depuis 2013 perd sa possibilité de CDIsation pour 4 jours fort opportuns de décalage… Marie, professeure dans l’académie de Montpellier cumule un CDI à temps incomplet et trois CDD, les quatre contrats aboutissant à un bulletin de salaire unique. Cette situation rend très compliquée sa vie professionnelle écartelée entre 4 établissements. Mais ça perturbe aussi fortement l’accès à ses droits sociaux , les organismes sociaux ne comprenant pas des situations aussi exotiques.

La loi fonction publique vise à doubler au moins le taux de contractuels très rapidement. Sur ce terrain l’éducation nationale pourrait prendre modèle sur l’enseignement agricole. Selon F Cardon, secrétaire général adjoint du Snetap, le syndicat de l’enseignement agricole de la Fsu, on compte environ 6 000 enseignants titulaires dans l’enseignement agricole, 1500 contractuels nationaux et 4500 contractuels payés sur les budgets des établissements.

Cela a un impact fort sur les conditions de travail des enseignants y compris titulaires. « Les agents titulaires en ont assez de voir des collègues qui tournent tout le temps », nous a dit Julie Charnet , coordinatrice Snetap des commissions paritaires des contractuels. « Le travail en équipe en souffre.

La montée des contractuels s’accompagne d’une remise en cause des statuts. « Les académies n’appliquent pas les textes relatifs aux contractuels », nous a dit Benoit Teste, secrétaire général adjoint du Snes Fsu. Elles évitent de reconnaitre les droits au CDI et même les textes relatifs à la progression des rémunérations des contractuels. Dans l’enseignement agricole, ce sont les textes sur les dédoublements automatiques des classes  qui sont remis en question. Les syndicats du public et du privé de l’enseignement agricole ont appelé à la grève des examens pour cette raison.

On est là devant un paradoxe. L’Etat veut développer la contractualisation des enseignants. Certaines académies font des efforts pour attirer des contractuels. Ainsi l’académie de Versailles cherche à identifier les berceaux où trouver des contractuels et, par exemple, va recruter directement en Espagne des professeurs d’espagnol. Mais d’autres académies misent sur un turn over incessant de contractuels. C’est semble t-il la solution préconisée par la loi Blanquer qui va recruter massivement des étudiants pour les mettre dans les classes.

Des inégalités hommes – femmes maintenues

Le troisième point intéressant de ce Bilan social renvoie aux inégalités hommes – femmes. « Dans le premier degré public, le salaire net des hommes est supérieur de 11 % à celui des femmes (5 % dans le secteur privé) et, dans le second degré public, de 8 % (7 % dans le secteur privé) », note le Bilan social. « Quels que soient le corps et le secteur, les hommes enseignent davantage à temps plein et sont plus avancés dans leur carrière. Le niveau et la part des primes sont également plus élevés pour les hommes. Parmi les professeurs des écoles du public, l’écart de primes est de 43 % entre hommes et femmes, en lien avec une relative surreprésentation des hommes dans les directions des écoles et sur des établissements de plus grande taille (la prime de direction étant en partie liée à la taille de l’établissement). Dans le second degré, public comme privé, et plus encore parmi les professeurs agrégés et de chaire supérieure, les hommes perçoivent en moyenne 26 % (dans le privé) à 29 % (dans le public) de primes de plus que les femmes. Ces derniers ont en particulier une plus grande propension à effectuer des heures supplémentaires, percevant, en moyenne 45 % (dans le privé) à 51 % (dans le public) de rémunérations pour heures supplémentaires de plus que les femmes ».

On aura compris que le pourcentage de femmes décroit avec l’accès aux catégories d’enseignants ou de non enseignants les mieux rémunérées.

Mais il est intéressant de constater que même les disciplines d’enseignement ont un sexe. Ainsi on compte 83% de femmes chez les professeurs de langues, 79% en lettres, 86% en santé environnement et même 91% en paramédical. Mais seulement 4% en génie, 9% en informatique et STI et 44% en maths.

Bilan social

Sur les démissions

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La retraite par points, machine à diminuer les pensions

La concertation s’est achevée sans la moindre présentation de projections des pensions dans le nouveau système.

En l’absence de simulations, la FSU révèle ses propres chiffres, calculés à partir des régimes existants (agirc arco). Certes, on pourra nous objecter que ces chiffres ne seront véritablement valables que pour des personnes dont on calculerait complètement la pension dans un système par points, c’est à dire dans plusieurs dizaines d’années au vu des modalités de transition prévues. Il n’empêche, la baisse drastique des pensions qu’induit un système par points est significative, inquiétante et de nature à renforcer notre opposition à la réforme en préparation.

Professeur certifié ayant en moyenne sur sa carrière 10% de primes et heures supplémentaires (taux moyen constaté)

C’est surtout la dernière ligne qu’il faut regarder puisque, de plus en plus, la carrière sera de 38 ans donc avec des décotes, et un taux de liquidation à peine au-dessus de 50% du traitement indiciaire brut, 56,25%. Ce taux est donc déjà fortement dégradé par rapport au taux plein de 75%. Or avec un système par points, on aboutit pour une même carrière à un taux de 41,6% de l’ensemble des rémunérations, primes comprises, et donc une perte de 400 euros par mois !

Toutes ces projections montrent que la prise en compte des primes n’est absolument pas une compensation de la perte subie, en particulier dans des corps ayant peu de primes. Pour les professeurs des écoles, les professeurs documentalistes, les CPE, les PSY-EN, la perte serait encore pire puisque nous avons pris ici une moyenne de 10%, le taux de primes pour ces corps est beaucoup plus bas, autour de 4%.

Détails du calcul :

Pour les corps de certifiés, PE, CPE, PEPS, PSY-EN, etc, dont la carrière en classe normale est parcourue en 26 ans avec un passage à la hors-classe obtenue après 6 mois au 11ème échelon. La carrière est donc estimée se terminer au nouveau 7ème échelon de la hors-classe (indice 821) avec une ancienneté dans cet échelon allant ainsi de 3,5 ans à 8,5 ans.

On considère que le salaire est composé de 10% de primes sur toute la carrière (c’est déjà un taux de primes élevé, il correspond par exemple pour un certifié au fait d’avoir une heure supplémentaire et une indemnité de professeur principal sur quasiment toute les années de sa carrière). Dans le projet par points, on est censé cotiser sur la totalité de la rémunération à hauteur de 28 % se répartissant en 11,2% pour le salarié (40%) et 16,8% pour l’employeur (60%). On s’appuiera sur la situation de l’Arrco et l’Agirc qui avaient un taux d’appel de 125 % (127% depuis le 01/01/19) où donc 78,74 % des cotisations (1/127 %) des cotisations versées produisent des points. C’est l’équivalent de frais sur versements de 21,26 %.

.ARRCOAGIRC
Valeur en 20185,8166 €16,7226 €
Valeur service en 20180,4378 €1,2588 €

Le rendement instantané est défini comme le montant de retraite annuel acquis en contrepartie d’une cotisation contractuelle d’un euro payée la même année. Concrètement, il est calculé comme le rapport entre la valeur de service du point et la valeur d’achat du point (majoré du taux d’appel). Ce rapport est considéré ici constant dans la durée en supposant que la valeur annuelle des paramètres du régime varie dans le même rapport. Pour mémoire, les rendements AGIRC-ARRCO ont diminué au fil des années. En 2018, le rendement des deux régimes est de 5,93 % contre 13,65 % à l’AGIRC (soit une division de 2,2) et 11,09 % à l’ARRCO (soit une division de 1,9) en 1973. Autrement dit, un cotisant acquiert dans les faits deux fois moins de droits en 2018 qu’il en acquérait en 1973 pour le même euro de cotisation.

Bien évidemment, le rendement ne détermine pas à lui seul le montant de la pension correspondante. En effet, deux régimes de retraite avec des rendements identiques peuvent aboutir à des montants différents, notamment en cas d’indexation sur les prix ou les salaires. D’ailleurs, il est même possible d’obtenir des niveaux de pension inférieurs avec des rendements supérieurs. C’est pourquoi, il est nécessaire d’associer au rendement la série des valeurs de service du point (ou des valeurs d’achat) afin d’évaluer le niveau des pensions avec exactitude. L’augmentation la valeur du point sur une longue période est un facteur important du rendement actuariel des versements de cotisations. Le rendement instantané peut donner une fausse idée de ce rendement actuariel.
Par exemple, le tableau ci-contre montre que pour un même rendement instantané de 5,93 % dans deux régimes, la pension dans le cas 2 est plus élevé de 6,1%.

Voir aussi :

Les publications FSU :

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L’UNL soutient la grève des examens

« Nous mêmes nous avosn tout essayé : pétitions, blocages, manifestations, mais rien l’y fait… Aussi nous partageons le même constat : ce n’est que par l’escalade dans la radicalité de nos actions que nous saurons les faire descendre de leur tour d’ivoire ». L »UNL soutient l’apel à la grève des 11 syndicats d’enseignants le 17 juin. « Ces épreuves, même si elles étaient annulées nous pourrions les repasser. En revanche cette occasion de bloquer Blanquer jamais nous ne retrouverons une telle opportunité ».

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JM Blanquer, le Medef et le CNEE

Quand on signe une convention avec le Medef , à l’éducation nationale, il faut préciser que c’est un renouvellement. Le 4 juin, JM Blanquer ne s’y trompe pas en paraphant avec Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, une nouvelle « convention de coopération ». Mais s’agit-il vraiment d’un renouvellement ou d’une nouvelle ère ? Quelle place le ministère veut-il garder alors que la coopération avec les entreprises pour l’éducation est largement transférée aux régions ? Et que reste-il du Conseil national éducation économie (CNEE) quand l’Etat signe avec le Medef ?

D’une convention l’autre

 « Le rapprochement école entreprise est nécessaire en France comme dans les autres pays », explique JM Blanquer le 4 juin, à l’occasion de la signature de la convention avec le Medef. Le rapprochement éducation nationale Medef n’est pas récent. En 2005 François Fillon, ministre de l’éducation nationale, et le Medef  signent une première convention qui pérennise la semaine école entreprise. Elle prévoit déjà une information des collégiens sur les entreprises. C’est cette convention fort courte que JM Blanquer et Geoffroy Roux de Bézieux renouvellent le 4 juin 2019 avec un texte beaucoup plus long.

Valoriser l’entreprise

La nouvelle convention fixe trois « axes de coopération : valoriser auprès des élèves l’entreprise pour leur faire découvrir les métiers au travers d’actions d’information et d’orientation et leur donner l’envie d’entreprendre ; favoriser l’accueil et l’immersion des jeunes en formation et des personnels de l’Education nationale dans les entreprises et la synergie des voies de formation professionnelle ; faciliter l’insertion professionnelle des jeunes ».

Les publics visés sont les collégiens mais aussi les lycéens et les décrocheurs. Le medef pourra intervenir dans l’information des élèves sur l’orientation. « On aura besoin de salariés formés et bien orientés », a dit Geoffroy Roux de Bézieux. Ces interventions auront lieu dès 2019 sous controle des régions à qui la loi avenir professionnel a confié l’orientation. L’entrée des entreprises dans les établissements aura lieu sur les 36 ou 54h destinées à l’orientation , éventuellement avec du personnel régional. « Les entreprises pourront faire connaitre les opportunités » a déclaré JM Blanquer.

L’éducation à l’entreprenariat

La convention veut aussi « donner envie d’entreprendre ». On touche là à une campagne que le Médef souhaite lancer depuis des années sur l’éducation à l’entreprenariat. « Le développement de l’esprit d’entreprendre, et plus largement des compétences entrepreneuriales (esprit d’initiative, créativité, etc.), s’inscrit dans le cadre du parcours Avenir au collège et du cycle terminal professionnel », précise la convention. Elle permettra de « favoriser l’accueil et l’immersion des jeunes en entreprise ».

Enfin , la convention tient compte de la nouvelle définition de l’enseignement professionnel. « La réforme de l’enseignement professionnel , on la soutient » affirme G Roux de Bézieux. La loi avenir professionnel a confié aux branches professionnelles, et donc aux entreprises, la responsabilité de la formation en apprentissage, ce qui satisfait le Medef. Le ministre souligne la progression des orientations en apprentissage (+40%) et dans la voie professionnelle (+5%).

Le Medef se dit pret à aider à la mise en place des nouveaux campus des métiers annoncés par le ministre. Leur carte sera publiée d ‘ici la fin de l’année scolaire a précisé JM BLanquer. Le medef pourrait créer des « maisons de l’entreprise » sur les campus et expertiser les dispositifs d’insertion professionnelle.

On le voit la convention doit beaucoup aux choix récents du gouvernement, à la loi Avenir professionnel et à la réforme de l’enseignement professionnel.  C’ets cette loi qui a donné l’apprentissage aux branches professionnelles et l’orientation aux régions.

De nouvelles opportunités pour le Medef

Du coup de nouvelles opportunités de développer son influence dans les établissements se dessinent pour le Medef.

Le Conseil national éducation économie, sommeillant depuis 2018, est dissous , annonce JM Blanquer en réponse à une question du Café. Il sera remplacé par un « Comité stratégique national éducation entreprises campus ». D’après l’entourage du ministre sa composition devrait rependre celle du CNEE et comporter notamment les syndicats enseignants.

Pour JM BLanquer le ministère garde un rôle « d’impulsion » dans l’ application de la convention avec le Medef. Mais la loi a largement transféré les responsabilités ailleurs. Aux régions pour l’orientation Aux régions, aux recteurs de région académique et aux sections régionales du Medef pour l’entrée des entreprises dans les établissements dans le cadre de la nouvelle orientation et de l’éducation à l’entreprenariat.  

Reste  le non-dit. Dans un article de la Revue française en sciences sociales n°140, Sylvain Starck parle de « divorce à la française » sur les rapports éducation entreprise. L’éducation à l’entreprenariat , bien implantée dans le supérieur, a du mal à entrer dans le second degré même déguisée en  » esprit d’entreprendre » et cela malgré son inscription dans le socle sous la forme du  « sens de l’engagement et de l’initiative ». Pour S Starck  »  le milieu enseignant veille à son indépendance vis-à-vis des exigences du monde professionnel et des pressions que celui-ci peut exercer sur les finalités et les contenus d’enseignement ». Jusque là l’éducation à l’entreprenariat avançait masquée. La réforme de l ‘orientation, en la transférant aux régions ouvre une nouvelle ère pour l’organisation patronale. De quoi justifier une nouvelle convention.

Convention 2005

Convention 2019

Formation à l’entrepreneuriat : Un divorce à la française ?

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Carrière des enseignants : osons la comparaison européenne…

C’est une Note très originale que la Depp, division des études du ministère, publie le 4 juin. Elle est consacrée à « la carrière des enseignants en Europe ». Nous n’avons pas retrouvé de Note antérieure sur ce sujet à la Depp alors même que la source, une étude européenne d’Eurydice, en est à sa troisième publication. Cet intérêt soudain pour la situation des enseignants dans les autres pays européens renvoie aussi aux politiques françaises…

Qu’en est il de la formation continue obligatoire ?

La Note d’information de la Depp synthétise les principaux points de l’ouvrage publié par Eurydice, le système statistique européen, en février :  » Les carrières enseignantes en Europe: accès, progression et soutien ». Mais les thèmes abordés renvoient aux débats très actuels sur l’éducation en France

Ainsi,  » le développement professionnel continu est obligatoire et avec un nombre d’heures défi ni pour tous les enseignants en primaire et secondaire dans près de la moitié des systèmes éducatifs (21 sur 43) », ce qui renvoie directement au débat sur la loi BLanquer. Rappelons qu’en France il n’est obligatoire que dans le premier degré. La Depp akoute , en se basant sur Talis, que  » le caractère obligatoire de la formation continue n’entraîne pas automatiquement un fort taux de participation des enseignants. À l’inverse, certains pays présentent un taux élevé sans pour autant imposer aux enseignants de participer à des actions de formation continue ». A noter que le choix des thèmes de formation est le plus souvent effectué au niveau local. « Dans 28 systèmes éducatifs, les écoles bénéficient de subventions  des autorités publiques pour la fourniture de leurs propres activités de FPC ».

Eurydice aborde aussi la question de l’indemnisation de ces formations, un sujet qui va bientot se poser en France de façon vive si la formation continue devient obligatoire et hors temps scolaire comme cela est prévu par la loi Blanquer. La Depp oublie de le signaler mais cette formule est loin d’être majoritaire en Europe : « Les enseignants peuvent assister aux activités de FPC pendant leurs heures de travail dans 36 systèmes éducatifs » (sur 41).

Des enseignants fonctionnaires ?

La Note aborde aussi l’évaluation des enseignants, sujet qui va évoluer avec la loi de transformation de la fonction publique.  » Au sein de l’établissement, cette responsabilité incombe au chef d’établissement dans plus des trois quarts des systèmes éducatifs, tous niveaux confondus », note la Depp qui ajoute que dans la majorité des systèmes cette responsabilité est partagée par le chef d’établissement avec un autre acteur. « Les évaluateurs ont de plus en plus recours à l’autoévaluation des enseignants comme source complémentaire d’information. Tandis que cette pratique était peu répandue en 2011-2012 (seuls 20 % des systèmes éducatifs étaient engagés dans cette voie), elle est utilisée dans plus de la moitié des systèmes en 2016-2017 et imposée dans un tiers des pays », note la Depp.

La loi de transformation de la fonction publique et la loi Blanquer donnent aussi plus de pouvoir au chef local pour le recrutement des enseignants.  » Dans le modèle majoritaire, les établissements scolaires occupent le rôle d’employeur des enseignants en poste. Ils sont directement responsables de la nomination des enseignants, ils définissent leurs conditions de travail (souvent en collaboration avec d’autres partenaires) et veillent au respect de ces conditions », note la Depp. Mais c’est que le système d’un corps national avec recrutement par concours est minoritaire en Europe. Evidemment le développement de la contractualisation (prévu par la loi de transformation) devrait remettre ce système en cause. La note de la Depp montre que le statut de fonctionnaire est minoritaire en Europe.

Le relativisme tranquille de cette intéressante Note s’arrête sur une question qui concerne la carrière des enseignant et qui a fait l’objet d’un autre ouvrage d’Eurydice cette année : il s’agit des salaires enseignants. On y voit une Europe coupée en deux avec l’est qui affiche des salaires nettement inférieurs à l’ouest. Mais quand on regarde de plus près on voit que 24 systèmes éducatifs européens sur 41 payent leurs enseignants mieux que la France. Ainsi pour les professeurs des écoles, le salaire de départ en France est de 23 401€ . Il n’est que de 8493€ en Bulgarie. Mais il est de 44 327 € en Allemagne, 31 879en Espagne, 58 476 au Luxembourg, 47 591 en Suisse, 31 336 aux Pays Bas etc.

La note Depp

Eurydice : carrière

Eurydice : salaire

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Comment l’apartheid social se développe en Ile-de-France depuis 2000

Le rapport « Gentryfication et paupérisation au coeur de l’Ile de France » éclaire de façon remarquable le travail et les mécanismes d’éclatement de la société dans la région la plus riche de France.  » L’analyse des évolutions 2001-2015 atteste, en premier lieu, dans un contexte de montée des inégalités entre communes et quartiers, d’un renforcement des contrastes entre secteurs extrêmes avec une polarisation toujours plus marquée entre secteurs aisés et secteurs pauvres au coeur de l’agglomération. Les écarts de revenu continuent de se creuser au coeur de l’agglomération… Dans 44 des communes parmi les plus pauvres de la région, où vivent 15 % des Franciliens, le revenu médian en euros constants a baissé entre 2001 et 2015. Les cadres sont toujours aussi peu nombreux à s’y installer. Ils continuent à canaliser la progression des ménages immigrés en Ile-de-France. La concentration d’actifs peu qualifiés, souvent immigrés, plus exposés à la montée du chômage et aux emplois précaires, et l’augmentation des familles monoparentales (en lien avec l’importance du parc social) contribuent à la stigmatisation et à la détérioration des situations financières des résidents… La période 2000-2015 est aussi marquée par une forte valorisation de la centralité parisienne par les cadres, qui s’implantent de plus en plus dans les secteurs mixtes centraux et certains quartiers de communes pauvres proches de Paris… Ces évolutions s’accompagnent d’une accentuation des contrastes entre quartiers qui se gentrifient et ceux qui concentrent des logements sociaux ou de faible qualité ». Le rapport s’appuie sur un excellent travail cartographique et de nombreuses statistiques. Il intéressera bien sur les professeurs d’histoire-géo. Mais au delà tous les enseignants participant à une éducation citoyenne des élèves.

Le rapport

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Brevet : triple échec d’un examen

C’est maintenant officiel. La Depp publie les résultats définitifs du brevet 2018. Ceux ci sont marqués par le triple échec de la nouvelle formule de l’examen mise en place en octobre 2017.  Un examen qui fait échouer davantage de candidats, qui est marqué par de fortes inégalités sociales et qui demande des semaines de travail pour un diplôme inutile. Quel échec !

Le premier échec c’est le recul du taux de réussite qui baisse de deux points aussi bien au brevet « normal » qu’au diplôme professionnel. Le brevet devrait marquer simplement la réussite aux compétences attendues en fin de collège et donc être largement réussi. Or la nouvelles formule faut régresser le taux de reçus sans qu’on sache davantage ce que savent faire les candidats.

Car le deuxième échec c’est sa complexité renforcée depuis octobre 2017. A l’origine de la réforme de 2017, la volonté de revenir sur la situation absurde crée par la réforme précédente. Après celle ci la majorité des candidats arrivait aux épreuves finales avec suffisamment de points pour avoir déjà le brevet. Cette situation étrange résultait de l’absence de choix par le ministère entre deux formules d’examen. Le brevet est il un diplôme délivré par un examen final ou correspond il à la validation du socle commun  ? Faute d’avoir choisi, avant 2017 le ministère avait privilégié la validation du socle et la plupart des élèves avaient assez de points pour avoir le brevet avant les épreuves finales. Conséquence : celles ci ne comptaient que pour les élèves les plus faibles qu’elles éliminaient… En octobre 2017 le nouveau ministre veut renforcer l’examen sans revenir sur le socle. Le balancier repart dans l’autre sens. JM Blanquer prolonge la vie du monstre à trois têtes dans une formule où il y a validation du socle, épreuve orale et examen classique avec un poids plus lourd accordé à certaines disciplines. Au final personne ne veut de ce monstre administratif qui est massivement rejeté par le CSE le 19 octobre. Mais JM Blanquer n’écoute pas et impose son projet.

Le troisième échec c’est que cet examen entretient les inégalités sociales.  » La série présentée au DNB est très marquée socialement et scolairement, tout comme la réussite à l’examen. 63 % des candidats de la série professionnelle ont du retard dans leur scolarité lorsqu’ils se présentent à l’examen », écrit la Depp. « C’est le cas de 12 % des candidats de la série générale. En termes de réussite, 97 % des enfants issus d’un milieu très favorisé réussissent leur examen contre 79 % des enfants issus d’un milieu défavorisé, soit près de 20 points d’écart ».

Le bilan c’est l’écart entre la complexité du monstre bureaucratique issu de la décision d’octobre 2017 et son utilité sociale. Faute d’avoir tranché entre examen final et validation du socle, le brevet version 2017 demande les deux dans une formule que seul le futur bac va dépasser en complexité. Le résultat se lit cette année avec une baisse de 2 points du taux de reçus. Le brevet nécessite des semaines de préparations et il obère une bonne partie du mois de juin. Et tout ça pour quoi ? Pour un examen qui n’a pas d’utilité par rapport à l’orientation, décidée sur la seule vue du socle. Et qui n’en a pas non plus pour la société où il ne jouit d’aucune reconnaissance.  Sa seule utilité semble être d’entretenir la méfiance envers l’école et l’apprentissage précoce des inégalités sociales. Est-ce la raison du maintien de ce monstre inutile ?

La note de la Depp

Brevet : Baisse des résultats

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La circulaire de rentrée et ses « recommandations »

C’est tout un ensemble de documents concernant le premier degré et le collège que l’éducation nationale a publié en bloc le 29 mai. Signés par le ministre, il recadrent fortement les pratiques enseignantes. Ainsi le ministère publie des « attendus » pour chaque année d’enseignement de l’école et du collège. La circulaire de rentrée ne porte que sur le premier degré. L’école élémentaire voit les instructions données par JM Blanquer en 2018 reprises et renforcées. Mais c’est surtout l’école maternelle qui est nettement réorientée vers une instruction des fondamentaux dominée par la phonologie et le lexique. Des « recommandations » sur l’enseignement du langage, des nombres et des langues étrangères en maternelle complètent ce dispositif.

Un texte adouci mais plus prescriptif

 Le Café pédagogique avait publié le 16 avril le projet de la circulaire de rentrée 2019. Par rapport à ce texte, la version définitive a nettement adouci les angles, retirant les formulations les plus malheureuses (par exemple « management » est devenu « pilotage). Des points importants sont ajoutés au texte : le développement affectif des enfants, la place des parents, des arts, des langues, l’école inclusive. La partie qui annonçait un controle systématique des enseignants a été retirée. Mais au final, la circulaire est plus précise sur ce que doivent faire les enseignants dans leurs pratiques pédagogiques. Et ceci est renforcé par les « recommandations » pédagogiques qui accompagnent la circulaire.

La circulaire débute par un plaidoyer pour l’action gouvernementale qui viserait « une société plus juste » grâce à « la priorité » au primaire. Le texte rappelle « l’investissement » fait au primaire avec les dédoublements et les 2300 créations de postes à la rentrée. Elle oublie de dire que ces créations de postes sont compensées par autant de suppression dans le second degré. Elle évoque les « effets significatifs » des mesures gouvernementales, alors même que ceux ci sont décevants.

La circulaire et le recadrage de la maternelle

La première partie de la circulaire concerne la maternelle. La nouvelle rédaction rappelle l’importance de la relation avec les parents et de s’adapter « aux besoins du jeune enfant » durant les « 24 heures d’enseignement ».  Mais l’essentiel du texte reste « renforcer la préparation aux apprentissages fondamentaux » (le projet de texte parlait « d’actualiser les pratiques »). « Les acquisitions progressivement réalisées à l’école maternelle sont déterminantes pour la maîtrise future des savoirs fondamentaux », affirme la circulaire ce qui donne le ton de cette nouvelle approche « instructionniste » de la maternelle.

La circulaire énumère les domaines de ce renforcement en mettant d’abord l’accent sur la phonologie. « la construction d’une conscience phonologique est régulièrement travaillée. Elle se structure jusqu’à la grande section par des activités appropriées. La connaissance du nom des lettres et du son qu’elles produisent est progressivement enseignée ». La priorité est « l’enseignement structuré du vocabulaire oral » :  » Ce déficit de vocabulaire, qui entraîne un défaut de compréhension orale, constitue par suite un frein très important pour l’apprentissage de la lecture ».

Ensuite est annoncé une formation spéciale pour les enseignants de maternelle. Elle est « destinée aux professeurs néo-titulaires (T1-T2-T3) nommés sur un poste en école maternelle, comme aux professeurs enseignant en école élémentaire et débutant en maternelle. La formation est construite et mise en œuvre en académie, à partir d’un cahier des charges national (à paraître prochainement).. On insistera particulièrement sur les connaissances en matière de phonologie, de syntaxe et de lexique ».

Le calendrier des évaluations de CP et CE1 en 2019

La deuxième partie concerne l’école élémentaire avec le rappel des évaluations nationales.  » À la rentrée scolaire 2019, comme en 2018, tous les professeurs de CP et de CE1 assureront la passation des évaluations nationales pour leurs élèves. Afin de mettre plus rapidement à disposition des professeurs les résultats complets, le calendrier a été adapté. Les passations auront lieu du 16 au 28 septembre 2019. Les saisies pourront être réalisées du 16 septembre au 11 octobre. Les professeurs pourront disposer des résultats de leurs élèves à compter du 7 octobre, en même temps que des fiches à destination des parents », annonce la circulaire.  On sait pourtant que ces évaluations sont critiquées par exemple par R Goigoux. Leurs résultats et les conditions réelles de passation sont aussi criticables.

Des instructions pour chaque année du CP au CM2

La circulaire donne ses instructions pour chaque année de l’école élémentaire, gommant totalement les cycles. Ainsi en CP les élèves s’approprient les nombre sde 1 à 10 et « le sens des 4 opérations », formule ambigüe. Mais les « attendus » ne demandent pas de division ou de multiplication en CP. Deux heures quotidiennes sont réservée à la lecture et écriture   » avec, deux à trois fois par jour, des phases courtes et denses d’usage du code ». Le texte insiste sur la phonologie, le lexique, l’automatisation du décodage, le vocabulaire qui sont le crédo ministériel tout au long de la circulaire. Les autres niveaux font l’objet d’instructions.

La circulaire se fait plus souple sur le « pilotage » que la version première. Elle précise qu’en 2019 encore les 18 heures de formation seront réservées au français et aux maths en s’appuyant sur les évaluations nationales. Pour les cadres seront créées des « commissions départementales » associant conseillers techniques, dasen, et « partenaires institutionnels »  » pour étudier les points de tension qui leur seraient soumis par les membres de la communauté éducative, et envisager les mesures les plus adaptée ».

Des « recommandations » pour la maternelle

Trois « recommandations » complètent la circulaire pour la maternelle. Elles fixent encore plus précisément le recadrage de la maternelle.

Celle sur le langage traite du langage oral. Elle demande « un enseignement structuré et systématique ».  » Il est nécessaire d’accorder autant d’attention au lexique qu’à la syntaxe et à la phonologie », précise le texte. Suit tout un développement pour l’apprentissage du vocabulaire oral. La partie sur la lecture recommande un coin lecture et explique comment l’enseignant doit lire aux élèves. :  » éviter d’asseoir tous les élèves par terre »,  » il sollicite l’attention des élèves » (avec des exemples) toutes recommandations sans doute très utiles… La circulaire invite aussi à un travail sur la compréhension. Toute une partie traite de la consciences phonologique auquel s’ajoutent le principe alphabétique, l’apprentissage des syllabes et du nom des lettres. Enfin le texte décrit aussi l’enseignement du geste graphique.

La recommandation sur le nombre invite à « stabiliser la connaissance des nombres jusqu’à 10″.  » Dénombrer est une compétence complexe qui met en lien plusieurs connaissances et compétences qui s’acquièrent en parallèle. La connaissance de la suite orale des noms de nombres ne suffit pas pour qu’un élève parvienne à dénombrer ou constituer à coup sûr une collection d’objets d’une quantité donnée. Au-delà de la capacité de faire abstraction de certaines propriétés des objets de la collection à dénombrer (compter une grosse bille comme une petite, une bille bleue comme une rouge, etc.) et de la connaissance du principe du cardinal (le dernier mot-nombre énoncé fait référence au nombre total d’objets comptés et pas à un objet particulier), l’enfant doit maîtriser la synchronisation du pointage des éléments de la collection avec la récitation des noms des nombres et apprendre à énumérer tous les éléments de la collection (pointer une et une seule fois, sans en oublier). Cette compétence d’énumération s’acquiert dans l’action, en dénombrant activement, et il est déterminant de concevoir, et proposer aux élèves, des situations permettant des manipulations nombreuses et variées, en prenant le temps nécessaire chaque jour et dans la continuité du cycle 1″, écrit le texte.

PLus inattendue, la troisième recommandation traite des « langues vivantes étrangères en maternelle ».  » L’éveil à la diversité linguistique recouvre deux volets, d’une part un éveil à la pluralité des langues et d’autre part, une première découverte d’une langue singulière, dont l’apprentissage permet de poser les jalons d’un parcours linguistique cohérent et en lien avec le cours préparatoire. La démarche consiste à exposer régulièrement les élèves à des temps courts et variés durant lesquels le professeur les met au contact des langues. Ainsi, peu à peu, ces moments où l’on joue, écoute, bouge, répète, parle, chante dans une LVE deviennent des moments familiers et attendus de la vie de la classe ». Le texte énumère les moments de la journée où pratiquer cet éveil aux langues et les pratiques à mettre en oeuvre.

La maternelle, une école comme les autres ?

Par cette circulaire, les trois recommandations et les attendus du CP (par exemple 50 mots de fluence), ces nouvelles instructions ministérielles recadrent fortement l’école maternelle. Celle-ci a toujours été une école où les enseignants veillaient à l’apprentissage du vocabulaire, faisaient découvrir la correspondance graphème phonème ou encore les premiers nombres.

Mais les instructions ne traitent que de cela. Elles ne parlent ni des autres disciplines ni de l’éducation qui est donnée en maternelle. Au contraire elles donnent des instructions très précises sur ce qui doit être enseigné en maternelle. On y retrouve les points forts de la pédagogie signée par JM Blanquer mais dont les véritables auteurs restent anonymes : le langage oral et l’enseignement du vocabulaire, une approche strictement phonologique, la répétition, l’entrainement à la fluence.

Même enrobée par le rappel à la bienveillance, cette course scolaire imposée dès 3 ans, rythmée par des évaluations puis par des attendus annuels à l’école élémentaire, ne peut que creuser les inégalités entre les enfants. Un paradoxe surgit dans ces instructions : alors que tous les textes convergent vers la transformation de la maternelle en une petite école élémentaire dédiée à l’instruction, le ministère veut mettre en place une formation spécifique pour les professeurs de maternelle.

Tous les textes dans le BO du 29 mai 2019

Blanquer normalise la maternelle

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Fonction publique : la loi est adoptée par l’Assemblée nationale

« Comment demain un enseignant pourra t-il muter d’un département à un autre ? Il sera entièrement dans les mains de sa hiérarchie sans garantie d’équité ». Olivier Marleix (LR) salue ainsi le projet de loi de transformation de la fonction publique adopté par l’Assemblée nationale en première lecture le 28 mai. Ce texte modifie profondément le fonctionnement de la fonction publique en généralisant le recours aux contractuels, en éliminant le contrôle syndical et en préparant le départ de nombreux fonctionnaires individuellement  ou en bloc.

De nouveaux leviers manageriaux

Suffit-il de six jours pour changer les règles des fonctions publiques ? Apparemment oui. Du 13 au 23 mai, en 6 journées, l’Assemblée a défini le texte d’un projet de loi qui ouvre des opportunités importantes de démantèlement de la fonction publique.

Le 28 mai, les différents groupes de l’Assemblée disposaient de quelques minutes pour peser sur le vote. Du coté des partisans du projet de loi, Guillaume Gouffier-Cha souligne que le projet de loi est fait pour « assurer un meilleur fonctionnement de la fonction publique, la rendre plus réactive » et moderniser le statut. « Cette loi met en place des leviers manageriaux pour une action publique plus efficace », ajoute-il. « On ne doit plus avoir peur de parler de management ». En effet la loi retire aux commissions administratives paritaires tout controle sur les mutations et l’évaluation qui reposent dorénavant sur le supérieur hiérarchique direct à travers un entretien annuel. Celui ci peut aussi prendre des sanctions directement jusqu’à l’exclusion de 3 jours.

Dans le même esprit, Laurence Vichnivesky, pour le Modem, souligne la « simplification » apportée par la loi qui « fluidifie le dialogue social en recentrant le rôle des commissions paritaires » et « ouvre le recrutement ». Elle fait allusion à la généralisation de la contractualisation, possible dorénavant même pour des postes de direction. La loi institue aussi un « contrat de projet » permettant de recruter des contractuels pour le temps d’une mission définie.

LREM et le Modems sont les seuls groupes à soutenir le projet de loi qui a réuni les oppositions de droite et de gauche contre lui. Les députés d’extreme droite se sont abstenus.

Retour au clientélisme

Pour B Vallaud (PS) le projet de loi « n’est pas une addition de modifications techniques mais une rupture… Vous faites du contrat un parangon de modernité et le pivot de l’efficacité de l’action publique. J’y vois, à trop l’étendre, le risque de sa corruption. Le statut n’est pas d’abord protecteur des agents : il est, avant tout, protecteur de l’ordre républicain et de l’intérêt général ».

Pour B. Vallaud le gouvernement pourrait faire passer le taux de contractuels dans la fonction publique de 20 à 40% d’ici la fin du quinquennat grâce à la loi.  » Avec le contrat, concurrent du concours, vous prenez le risque de l’arbitraire, de la rupture d’égalité, du clientélisme dans le recrutement. Avec le contrat ouvert à la très grande majorité des emplois de direction des trois versants de la fonction publique, vous prenez le risque de la confusion entre les intérêts publics et les intérêts privés, à la faveur du pantouflage ou du rétro-pantouflage, et vous affaiblissez de concert les perspectives d’évolution professionnelle des fonctionnaires. Avec le contrat et ses avatars – ils sont nombreux dans votre projet de loi –, avec la possibilité de recourir aux ruptures conventionnelles ou de déplacer d’office certains fonctionnaires dans le privé en cas d’externalisation, vous ouvrez la voie au rétrécissement de l’action publique ».

Une loi d’extinction de la fonction publique

Ugo Bernalicis (LFI) reprend le thème et va plus loin. « Cette réforme se fait contre la fonction publique. Vous n’aimez ni les fonctionnaires, ni les syndicats, ni l’État, ni les collectivités locales. Vous n’aimez pas le secteur public. Pour vous, les usagers sont des consommateurs et les services publics des prestations de service comme d’autres. La banalisation du contrat risque de conduire à la « benallisation » de la République ».

Stéphane Peu (PC) a longuement combattu le projet en séance. Il y voit  » projet de loi d’extinction de la fonction publique… quand vous ne confiez pas au privé les missions du public, vous injectez dans le public les méthodes du privé. C’est l’esprit et la lettre de votre projet de loi que l’État soit « géré comme une entreprise » – pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron… Comme dans le privé, vous supprimez les CHSCT et réduisez les prérogatives des commissions administratives paritaires. En réalité, votre texte est la « loi Travail » de la fonction publique ». La loi permet en effet des « ruptures conventionnelles » pour les fonctionnaires et même le passage d’office au privé par service entier si l’Etat le souhaite. Avec la généralisation de la contractualisation, et en l’absence d’engagements et même de réponse du gouvernement aucune limite n’est apportée par la loi au taux de contractuels.

Doute sur l’objectif de  la loi

Pascal Brideau (UDI) se montre lui aussi adversaire de la loi.  » Avant le texte, la fonction publique bénéficiait d’un cadre de dialogue social clair, que s’étaient approprié les employeurs publics et les représentants du personnel. Avec la suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail – CHSCT – et avec des commissions administratives paritaires réduites aux acquêts, vous proposez un dialogue social vidé de sa substance, déstructuré, déséquilibré et source potentielle de contentieux accrus », dit-il.  » À l’issue de cette première lecture, nous pouvons dresser un bilan des changements induits par le texte, mais personne n’est capable de dire quel est l’objectif final du Gouvernement, ni quel avenir vous préparez pour la fonction publique ».

Des fonctionnaires livrés à leur hiérarchie directe

Olivier Marleix (LR) regrette que la loi  » n’engage pas, en effet, la réforme systémique qu’un certain nombre de pays ont eu le courage de mener à bien… Votre texte se borne à deux évolutions : faciliter le recours au contrat d’une part, vider de leur contenu les CAP de l’autre… S’agissant du recours aux contractuels, la question posée est celle de l’avenir que vous proposez aux jeunes qui entrent dans la fonction publique en préparant des concours, par exemple pour des postes d’attaché ou d’ingénieur. Ces jeunes subiront, y compris pour des emplois de direction, la concurrence que vous ouvrez, de façon un peu désordonnée, avec des contractuels ».

 » Quant aux CAP, elles ont tous les défauts qu’on veut, mais elles garantissent de la transparence et de l’équité au sein du système. Leur suppression pure et simple – puisque vous les videz totalement de leur contenu – suscite des inquiétudes auxquelles vous n’avez pas répondu. Comment, demain, un enseignant ou un fonctionnaire de police pourra-t-il être muté d’un département à un autre ? En réalité, il sera entièrement entre les mains de sa hiérarchie, sans aucune garantie de traitement équitable de son cas ; c’est évidemment regrettable ».

Le projet de loi est finalement adopté par 351 voix contre 156 et 53 abstentions. Se sont abstenus une vingtaine de députés LR et autant d’UDI ainsi que les élus Front national. Ont voté pour la loi les députés LREM (sauf deux) et Modem (sauf deux). Le texte a réuni droite et gauche contre lui. Tous les députés PS, LFI et GDR (PC) ont voté contre ainsi que 77 Républicains. Une vingtaine de Républicains se sont abstenus (dont Genevard, Ciotti, Carrez) et 5 ont voté pour le texte.

Analyse de la loi

Le dossier législatif

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Blanquer, les EPSF et la circulaire de rentrée

« Jean-Michel Blanquer dévoile à La Croix le contenu de sa circulaire de rentrée » titre le quotidien alors que les lecteurs du Café pédagogique en ont eu l’exclusivité le 16 avril 2019… JM Blanquer expose dans La Croix la normalisation qu’il organise pour la maternelle. « Cette circulaire et les documents qui l’accompagnent détaillent ce que chaque élève doit acquérir pour mieux préparer encore l’entrée au CP…Il faut travailler sur les familles de mots, les synonymes, les antonymes. De même, les élèves doivent pouvoir lire l’écriture chiffrée jusqu’à dix, ordonner les nombres et dire combien il faut ajouter ou soustraire pour obtenir des quantités ne dépassant pas dix… Les évaluations de début de CP nous montrent de trop grandes disparités en matière de vocabulaire – la reine des batailles –, de maîtrise des correspondances entre lettres et sons, de connaissance des nombres ». Interrogé, le ministre confirme qu’il ne souhaite pas le retour des EPSF dans la loi Blanquer.  » Les débats ont montré en effet que le sujet n’était pas totalement mûr. Dans un tel contexte, je préférerais que cette disposition soit écartée ». La circulaire devrait être publiée par le ministère  ce 29 mai.

Dans La Croix

Dans le Café : Une rentrée bien normalisante

La loi Blanquer dans l’attente du compromis final

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De nouveaux programmes de terminale

Le Conseil supérieur des programmes publie de nouveaux programmes de terminale notamment en physique chimie (programme et proposition d’épreuves), enseignement scientifique, sciences de l’ingénieur,  biochimie biologie (STL).

Les programmes

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Violences policières : des experts de l’ONU souhaitent que le gouvernement sorte du « déni de réalité »

Mercredi 22 mai 2019 à 18:32 – Par Damien Mestre, France Bleu Bourgogne

Une manifestation de soutien aux Gilets jaunes blessés. /Photo d'illustration.
Une manifestation de soutien aux Gilets jaunes blessés. /Photo d’illustration. © Radio France – Anne Fauvarque

Une réunion informelle s’est tenue ce jeudi entre des experts des Nations Unies et des représentants de la société civile, dont le syndicaliste dijonnais Elie Lambert (Solidaires). Les rapporteurs regrettent que la réponse apportée par le gouvernement soit dans une forme de « déni de la réalité ».

Nous vous en parlions, une réunion informelle s’est tenue ce jeudi à Paris, entre deux rapporteurs de l’Organisation des Nations unies (ONU) et des représentants de la société civile. Parmi eux, des syndicalistes, comme le Dijonnais Elie Lambert, secrétaire général de Solidaires 21 (également élu au niveau national). 

L’objectif était de faire le point sur d’éventuelles atteintes aux libertés fondamentales, dans le contexte de la crise des Gilets jaunes. A la suite de la réunion, les experts de l’ONU tirent à nouveau la sonnette d’alarme. « Au vu des nombreux cas qui nous ont été rapportés, il y a une vraie inquiétude à avoir« , résume Michel Frost, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme.

« La France s’honorerait à mieux répondre à nos questions »

Les experts se disent non satisfaits de la réponse du gouvernement français. « La France s’honorerait à mieux répondre à nos questions. Ce qui est frappant c’est que malgré les témoignages ou le travail de David Dufresne qui recense les yeux percés, les membres arrachés… et bien il y a un déni de réalité : on nous répond que la France est un Etat de droit et que par conséquent il n’y a pas de violences policières », complète Michel Frost. 

Interdire le LBD ?

L’usage des armes dites non-létales a été évoqué durant la réunion. « Nous estimons que le dispositif de maintien de l’ordre français a des défaillances, notamment en ce qui concerne les armes qui sont utilisées« , détaille Clément Voulé, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de manifester. 

Les experts estiment que la violence des manifestants n’est pas une raison suffisante pour employer des armes telles que les LBD. « Les black blocs, qu’on accuse souvent à juste raison d’être les auteurs de violences envers la police, sont présents partout en Europe. Pour autant, la réponse donnée par les autres pays est bien différente. Nous pensons qu’il existe d’autres logiques de gestion des manifestations« .

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