Archives de la catégorie Publications

L’école du socle adoptée au bulldozer

Toute l’organisation du système éducatif du premier degré vient d’être dynamitée par la loi Blanquer. L’assemblée nationale a adopté en quelques minutes par 35 voix contre 7 l’établissement public des savoirs fondamentaux, autrement dit l’école du socle. Là où les collectivités locales et le recteur le voudront, les collèges et les écoles seront regroupées. Ce regroupement devrait libérer des milliers de postes et faire sauter la plupart des directeurs.

Peut-on transformer profondément l’éducation nationale sans consulter les organisations professionnelles, sans même prendre l’avis du Conseil d’Etat et sans aucune étude d’impact ? C’est ce que JM BLanquer vient de faire . L’adoption de l’école du socle s’est faite en quelques minutes. Il aura fallu plus de temps le 15 février pour voter le rectorat de Mayotte.

Ce qui a été décidé

Les établissements publics des savoirs fondamentaux sont constitués de classes du premier degré et du premier cycle du second degré. Ils regroupent les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situés dans le même bassin de vie.

« Ces établissements sont créés par arrêté du représentant de l’État dans le département sur proposition conjointe du département et des communes ou établissements publics de coopération intercommunale de rattachement du collège et des écoles concernés, après conclusion d’une convention entre ces collectivités.

Les établissements publics des savoirs fondamentaux sont dirigés par un chef d’établissement qui exerce les compétences attribuées au chef d’établissement par l’article L. 421-3. Un directeur-adjoint exerce, sous l’autorité du chef d’établissement

L’établissement est administré par un conseil d’administration qui exerce les compétences définies à l’article L. 421-4. La composition de ce conseil d’administration est fixée par décret et permet notamment la représentation des personnels du premier degré et des communes ou établissements publics de coopération intercommunale parties à la convention.

L’amendement 904 adopté le 15 février organise le transfert des biens entre les collectivités locales. Les amendements 993 et 1173 de la majorité précisent la gestion de la nouvelle structure.

« Le présent amendement prévoit que le directeur-adjoint travaille aux côtés du chef d’établissement. Il est nommé par le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) comme faisant fonction de directeur-adjoint. Cependant, il n’y a bien qu’un seul chef d’établissement qui est l’unique ordonnateur et responsable de l’exécution du budget de l’établissement. Cet amendement prévoit la possibilité de nommer plusieurs directeurs-adjoints si l’établissement rassemble un grand nombre de classes du premier degré – ce qui pourra être le cas si plusieurs écoles primaires de grande taille s’associent avec un collège, notamment dans un réseau d’éducation prioritaire ». L’amendement suivant impose que  le directeur adjoint soit issu du premier degré.

Ce que ça change

Partout où les collectivités locales voudront faire des économies de locaux et où le recteur voudra récupérer des postes, et pas seulement en zone rurale même si celles ci sont celles où la nouvelle gestion est la plus juteuse, on pourra imposer ces regroupements.

Il ne sera nul besoin de ‘lavis du conseil d’école ou du CDEN (qui sera modifié aussi par la loi Blanquer).

L’intéret de cette formule, comme le signale très bien Sylvie Plane  dans cet article , c’est celui du regroupement. En regroupant administrativement les classes on économise beaucoup de postes. F Reiss (LR), favorable a ces écoles l’explique très bien à l’Assemblée le 15 février : « là où j’ai 7 professeurs avec le regroupement je n’an ai plus que 6 ».

Sylvie Plane donne une idée des économies. « En effet, si une entité accueille 105 élèves et que le ratio fixé est d’un poste d’enseignant pour 25 élèves, l’entité dispose de bons arguments pour obtenir non pas quatre mais cinq postes d’enseignants. Cet ajustement permet que le nombre moyen d’élèves par classe dans le primaire public soit actuellement de 23,6 élèves. Mais si on change d’échelle, et que l’entité prise en compte est plus importante, on élève les seuils d’attribution de postes. Au niveau national, le profit escompté n’est pas mince puisque 46,6% des écoles primaires publiques comportent actuellement de deux à quatre classes, et les regrouper dans de grands établissements est donc bien tentant pour l’administration centrale. »

Qu’en est il des directeurs. « Une première lecture a pu donner à penser aux directeurs d’école qu’ils allaient enfin être reconnus et que serait créé, en quelque sorte, un corps de « personnel de direction » de l’enseignement primaire, à l’instar de l’enseignement secondaire : les principaux de collège, les proviseurs de lycée et leurs adjoints sont des « perdirs », écrit S Plane. « Mais ce n’est pas ce que dit le texte de l’amendement. On peut en effet y lire « L’établissement public des savoirs fondamentaux est dirigé par un chef d’établissement […]. Un directeur-adjoint exerce, sous son autorité, les compétences attribuées au directeur d’école par l’article L. 411-1 » Cet article L 411-1 du code de l’éducation est tout simplement celui qui définit actuellement les tâches du directeur d’école. Autrement dit, le dispositif défini par l’amendement ne définit toujours pas de statut pour les directeurs. En revanche, il en fait des subalternes des principaux de collège. »

Les amendements adoptés le 15 février montrent qu’iln’y aura plus qu’un directeur adjoint sauf regroupement de grosses écoles. C’est d’ailleurs dans la logique administrative puisqu’il n’y a plus qu’un établissement.

Il y a bien eu des interventions à l’Assemblée pour défendre le maintien des directeurs.L’UDI a proposé un conseil de directeurs adjoints du principal. Le gouvernement a fait écarter cette proposition.

Le gouvernement a par contré prévu ce qui se passe en cas de grève.  » Les élèves des classes maternelles et élémentaires bénéficient du service d’accueil prévu aux articles L. 133-1 à L. 133-10. Pour l’application de l’article L. 133-4, le taux de personnes ayant déclaré leur intention de participer à la grève s’apprécie au regard de l’ensemble des enseignants qui interviennent dans les classes du premier degré. »

Un procédé d’une rare violence

Le procédé utilisé par le gouvernement pour faire passer ce texte est ingénieux mais d’une rare violence.

En faisant passer cette réforme fondamentale par le biais d’un amendement, le gouvernement évite l’avis du Conseil d’Etat et l’étude d’impact.

Il s’est affranchi aussi de toute consultation des organisations professionnelles ou des élus locaux. L’adoption du texte s’est faite en quelques minutes (moins d’une demi heure) . L’assemblée a mis plus de temps pour étudier la passage de Mayotte d »un vice rectorat a un rectorat.

Au final cet article a été adopté par 35 voix contre 7, c’est à dire par une assemblée vide, un jour où les députés sont dans leur circonscription.

Et maintenant

Le dynamitage est-il définitif ? Le texte doit maintenant être adopté par le Sénat. LREM n’y est pas majoritaire. Mais l’adhésion des Républicains au texte donne à penser que cet article passera sans problème.

L’avenir de l’école est maintenant dans les mains de ses acteurs. Combien de maires s’opposeront à cette réforme ? Combien d’enseignants ? Combien de démocrates tant l’adoption de ce texte respecte la forme de la loi mais viole l’esprit de dialogue et de consensus qui sous tend la démocratie.

La séance en vidéo

Le point de vue de S Plane

Le dossier sur la loi Blanquer

Poster un commentaire

Lycée pro : le Snuep Fsu réagit à la publication des programmes

« Comment amener vers l’excellence quand moins de temps de formation sera octroyé aux jeunes ? Quand les enseignements généraux seront ramenés à des compétences utilitaristes ? Quand les dimensions citoyennes et émancipatrices de la formation seront une nouvelle fois réduites ? », écrit le Snuep fsu après la publication par le CSP des projets de programme du lycée professionnel.  » En français, le programme proposé entérine un appauvrissement synonyme de renoncement à de véritables ambitions culturelles et citoyennes. Il rejoint nos pires craintes d’un enseignement général purement fonctionnel. En bac pro, le nombre d’objets d’étude diminue d’un tiers, notamment ceux à portée philosophique, et le nombre d’œuvres intégrales obligatoires presque de moitié… Pour les langues vivantes, les nouveaux programmes allègent et simplifient les deux axes utilitaristes préexistants consacrés à un usage des langues dans la vie quotidienne et au travail. L’examen devient plus axé sur le professionnel au détriment de la culture. Cela confirme l’abandon de la double finalité du Bac pro. »

Communiqué

Poster un commentaire

Article Le Monde, la nuit des lycées du 12 février

Le Monde
https://www.lemonde.fr/education/article/2019/02/13/nuitdeslycees-jusqu-ou-faudra-t-il-aller-pour-que-ce-gouvernement-nous-entende_5423122_1473685.html

#Nuitdeslycées : «Jusqu’où faudra-t-il aller pour que ce gouvernement nous entende?»

Une trentaine de lycées ont fait l’objet d’occupations – ou de tentatives – le 12 février par des enseignants et des parents.

Par Mattea Battaglia Publié aujourd’hui 

Article réservé aux abonnés

« Ce n’est qu’un début », martelait-on mardi 12 février au soir, d’une « salle des profs » occupée à une autre. Dans la trentaine d’établissements qui ont pris part, selon le recensement des enseignants mobilisés, à l’opération « nuit des lycées » en Ile-de-France, les sacs de couchage n’ont pas (ou peu) servi : la plupart des occupations – ou des tentatives d’occupation – ont pris fin aux alentours de minuit.

« On ne nous a pas laissé le chauffage, explique-t-on sur le parvis de la cité scolaire Marie-Curie de Sceaux (Hauts-de-Seine), l’un des cinq lycées du département déclaré comme mobilisé, où une quarantaine d’enseignants et presque autant de parents se sont réunis pour débattre du « devenir de leurs gamins ». Inquiets, mais dans une ambiance bon enfant. « Ce serait dommage qu’un mauvais rhume disperse le mouvement ! », souritune enseignante de français [tous les professeurs cités ont requis l’anonymat].

Portes closes

Au lycée Michelet de Vanves (Hauts-de-Seine), lui aussi recensé comme occupé, les participants sont moins nombreux qu’annoncé : les élèves et leurs parents ont trouvé portes closes en début de soirée. « L’opération de tractage en direction des jeunes n’a pas plu au proviseur, raconte Thibaut, qui y enseigne. On nous oppose l’argument de la sécurité. Mais ce sont quand même nos élèves qui sont les premiers concernés par la réforme. Pourquoi ne seraient-ils pas au centre des débats ? »

Dans cet établissement aux portes de Paris, la « nuit des lycées » s’est transformée en « réunion entre collègues », poursuit Thibaut : « On a quand même pu discuter avec une dizaine de parents, dont des élus de Malakoff, devant la grille de l’établissement. » Au lycée Jean-Renoir de Bondy (Seine-Saint-Denis), « une vingtaine de mamans nous ont rejoints après avoir couché leurs enfants », témoigne Jérôme, qui compte parmi les vingt-cinq enseignants mobilisés. A Paul-Valéry, établissement du 12e arrondissement de Paris, très peu de parents étaient présents, mais une quinzaine d’enseignants sont restés « résolument en veille », observe Alain, qui participe au mouvement.

Cet établissement parisien compte parmi la douzaine de lycées qui, depuis le 5 février, tente jour après jour de faire vivre une grève présentée comme « reconductible ». « Nous pensons que la gravité des attaques que subit le service public d’éducation à travers les réformes du lycée général et technologique, du baccalauréat, du lycée professionnel et Parcoursup, justifie une mobilisation d’ampleur », peut-on lire dans leur communiqué impliquant des enseignants de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Pontault-Combault (Seine-et-Marne), Bondy (Seine-Saint-Denis), Stains (Seine-Saint-Denis) et Paris.

« Après les heures de cours… »

Ces enseignants sont lucides : ils n’ignorent pas que leur mobilisation est « éparse », « variable », « évolutive ». Elle s’appuie sur les relais syndicaux dans certains départements, mais les tient à distance dans d’autres. Elle peut s’agréger aux « gilets jaunes » – comme cela s’est vérifié à Rennes – ou s’en tenir à distance. Elle revendique parfois une appellation – comme celle des « stylos rouges » –, ou peut rejeter toute étiquette. « L’ampleur de la contestation est d’autant plus difficile à mesurer que son expression, lycée par lycée, dépend beaucoup de l’attitude du proviseur qui n’est pas censé tolérer notre présence après les heures de cours », explique Mathieu Logothétis, du SNES-FSU 93, syndicat majoritaire dans le secondaire.Dans le lycée de Villemomble (Seine-Saint-Denis) où ce syndicaliste enseigne, un « débat apéro » avec les parents était prévu mardi soir. « Ambiance festive, invitation au dialogue : on est loin des occupations pures et dures », fait valoir M. Logothétis.

Rue de Grenelle, on se dit « attentif à ce qui se passe ». Dans les rectorats, on assure simplement « surveiller ».

Rue de Grenelle, on se dit « attentif à ce qui se passe ». Dans les rectorats, on assure simplement « surveiller ». « Avec Montreuil et Bagnolet qui frémissent en Seine-Saint-Denis, Vitry et Villejuif dans le Val-de-Marne, c’est la carte habituelle des mobilisations, très politique, qui se dessine, murmure-t-on au rectorat de Créteil. ça bouge dans des territoires où la France insoumise et le PCF sont très implantés. » Pas de remontées particulières au rectorat de Versailles. « Deux enseignants qui tractent devant un lycée, ça ne fait pas une mobilisation », souffle-t-on au rectorat de Paris.

Les participants, eux, veulent croire en une « montée en puissance ». Une première « nuit des lycées »,le 8 février, avait concerné une vingtaine d’établissements à Paris, Toulouse, Créteil, Dijon ou encore Lyon. Après la nuit du 12 au 13 février, un troisième épisode est évoqué. Des enseignants de Montpellier pourraient s’y associer. « Notre ministre affirme que les enseignants le soutiennent. Mais nous sommes déjà plus de 200 collectifs d’établissements mobilisés en France. Nous ne sommes pas la queue de comète mais bien l’avant-garde du mouvement », défend-on sur le parvis du lycée Marie-Curie de Sceaux. Sans donner plus de détail sur ce que recoupe, concrètement, un « collectif d’établissements ». 

Des tensions entre disciplines

Cette cité scolaire n’a pas de « tradition » de mobilisation, racontent les enseignants présents. « Ici, on a plutôt l’habitude d’encaisser, confieune enseignante d’histoire-géographie. Mais nous imposer cette réforme dans un calendrier politique qui n’est pas le nôtre, en prétendant qu’elle a notre aval, c’est inacceptable. » Autour d’elle, les enseignants acquiescent, puis évoquent à leur tour des « collègues excédés », « au bord des larmes », « sur le point d’exploser »… Des tensions entre professeurs de différentes disciplines, qui se sentent « mis en concurrence ».

« Nous imposer cette réforme dans un calendrier politique qui n’est pas le nôtre, en prétendant qu’elle a notre aval, c’est inacceptable », confie une enseignante.

Le contexte « n’aide pas », souligne un parent d’élève : « Entendre parler d’une « loi confiance » débattue à l’Assemblée [le projet de loi Blanquer], et voir tomber, au même moment, des dotations horaires [moyens en heures d’enseignement pour l’année scolaire à venir] qui nous mettront en difficulté à la rentrée, c’est incompréhensible. On nous caresse dans le sens du poil politiquement ; mais sur le terrain, on se sent floué, s’indigne ce parent. Jusqu’où faudra-t-il aller pour que ce gouvernement nous entende ? »

La plupart reconnaissent ne pas ou ne plus répondre aux appels à la grève lancés par les syndicats. Le dernier, le 24 janvier, n’a concerné que 8 % des professeurs selon le ministère de l’éducation, un tiers selon le SNES-FSU. « J’ai quatre enfants ; faire grève, je ne peux pas me le permettre, explique un professeur de mathématiques du lycée Curie. Et puis ça fait dix ans que le gouvernement ne réagit plus à nos défilés… Pour être écoutés, il nous faut nous mobiliser autrement, aux côtés des parents, des élèves. » « En trente-sept ans de carrière, je me suis mobilisée deux fois seulement, raconte l’une de ses collègues de français. La première fois, c’était contre Allègre [ministre de l’éducation de 1997 à 2000] ; la deuxième fois… c’est aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que contre Allègre aussi, le mouvement avait démarré localement. Et très progressivement… »

A défaut de « faire masse » sur le terrain, ces personnels ont bien compris que la bataille se jouait aussi sur le plan de la communication : sur les réseaux sociaux, les hashtags #stopreformesblanquer, #nuitdesetablissements ou #nuitdeslycées donnent à voir des salles des profs occupées. Ils donnent aussi à lire des listes d’établissements mobilisés ou susceptibles de s’agréger au mouvement.

Mattea Battaglia

Poster un commentaire

[FCPE] Réforme du lycée : le flou artistique !

Politiques éducatives

Cette année est marquée par la mise en place de la réforme du lycée qui se poursuivra jusqu’en 2021. Si le changement était attendu, les modalités de mise en œuvre, pensées à la va-vite, font craindre grand nombre de déconvenues. Revue de détails.

Bâtir un lycée où chaque élève aurait pu choisir ses matières en fonction de ses intérêts et aspirations, voilà ce que la FCPE espérait de la réforme initiée par le ministère de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, force est de constater que si l’intention d’un lycée des parcours personnalisés se reflète dans la nouvelle organisation – un tronc commun de matières auquel s’ajoutent des enseignements de spécialité –, la mise en place prend des allures de flou artistique le plus total, et commence à inquiéter fortement les parents d’élèves.
« C’est une réforme qui a été construite à l’envers. On a le sentiment que tout a été conçu pour répondre au fonctionnement particulier de l’enseignement supérieur. C’est, ni plus ni moins, le chemin d’un système éducatif de plus en plus sélectif et compétitif », résume la FCPE.

De nombreux points posent encore question, et les éclaircissements ne semblent pas à l’ordre du jour. Très ennuyeux, quand on sait que les élèves qui sont entrés en seconde en cette rentrée feront donc les frais de cette improvisation ministérielle. En effet, ils devront passer le baccalauréat nouvelle formule en 2021, mais cette année, ils ne bénéficieront pas des heures dédiées à l’aide à l’orientation prévues par les nouveaux textes. Qui les aidera à choisir leurs enseignements de spécialité pour leur année de première et terminale ? Mystère.

Auront-ils par ailleurs réellement le choix des trinômes en première et binômes en terminale ? Seront-ils libres de leur combinaison ? Par exemple, un élève pourra-t-il opter pour « Mathématiques »,  « Humanités, littérature et philosophie », et « Sciences économiques et sociales » ou sera-t-il empêché dans son idée, jugée trop farfelue et non cohérente avec les formations de Parcoursup ? La note de service publiée le 26 septembre 2018 assure qu’il n’y aura pas de « bouquets » imposés par les lycées, mais qu’en sera-t-il dans la pratique ? Si toutes ces possibilités tombent à l’eau, autant dire que l’on revient au système des séries que la réforme devait abolir. La filière technologique n’a quant à elle fait l’objet d’aucune réflexion dans ce sens, puisque les séries ont été conservées, et l’organisation n’a été modifiée que pour correspondre un tant soit peu aux épreuves du baccalauréat.

Qui plus est, à côté de cette « guerre des disciplines », se profile aussi une « guerre des territoires ». Alors qu’à l’origine du projet, tous les établissements étaient censés offrir une palette de 12 spécialités, la note de service du 6 septembre 2018 a précisé qu’ils n’auraient obligation de garantir que 7 spécialités sur les 12 prévues initialement. Le même texte promet que les élèves pourront suivre une partie des enseignements dans un autre établissement s’ils le souhaitent, mais sur le terrain, la mesure risque d’être difficilement applicable. « Il nous est expliqué que l’ensemble des spécialités seront proposées aux élèves à l’échelle de l’académie, mais c’est un leurre, indique la FCPE. On sait très bien que tout le monde n’aura pas le loisir d’aller dans tel ou tel établissement. Les modalités de mise en œuvre semblent complexes : pour quelques heures par semaine, les élèves se rendront d’un lycée à l’autre ? Cela semble peu probable ».

Enfin, dernier reproche à formuler sur cette réforme et non des moindres, la pression imposée aux élèves. Le baccalauréat 2021, qui mixte contrôle continu et épreuves finales, devait permettre de sortir d’une logique d’examen couperet. Mais là non plus, la promesse n’a pas été tenue. Le ministère a imaginé un marathon sans fin pour les lycéens, avec une multiplication d’épreuves en cours d’année. Le bachotage a donc de belles heures devant lui !

Article publié le 23 octobre 2018.

Ressources

Le mode d’emploi “Réforme du lycée” de la FCPE (117.15 Ko)La classe de 2e générale et technologique (512.20 Ko)La classe de 2e STHR (sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration) (508.74 Ko)Le cycle terminal de la voie générale (538.07 Ko)Le cycle terminal de la voie technologique (556.23 Ko)Le nouveau baccalauréat de la voie générale (505.62 Ko)Le nouveau baccalauréat de la voie technologique (507.27 Ko)Les langues dans la réforme du lycée (379.03 Ko)Les outils d’information du ministèr

Poster un commentaire

[FCPE] « Tout est mis en œuvre pour réintroduire un tri social »

Politiques éducatives

La réforme de la voie professionnelle entrera en vigueur dès la rentrée 2019. Au grand dam de nombre de professeurs, lycéens et parents d’élèves qui en dénoncent la visée utilitariste. L’éclairage de Laurence De Cock, professeure et historienne, membre du conseil scientifique de la FCPE.

Quels sont, selon vous, les principaux dangers de cette réforme ?
Laurence De Cock : Le premier danger est qu’elle minore les enseignements généraux, via la réduction du volume horaire des matières comme le français, l’histoire-géographie, les maths ou la physique-chimie. Il s’agit d’une signal inquiétant qui consiste à penser qu’une catégorie d’élèves – 30 % environ de la jeunesse de notre pays – n’a pas besoin de poursuivre, au-delà du collège, des enseignements de nature à nourrir son orientation et surtout à lui apporter un savoir éclairant. Cela revient à dire : vous allez faire un métier manuel, vous allez devenir des agents économiques, alors pourquoi vous enseignerait-on l’histoire du monde ou les pièces de Molière ? Outre la déconsidération que cette mesure jette sur les élèves de la voie professionnelle, elle risque de porter préjudice à leur parcours.


En quoi la minoration des enseignements généraux porte-t-elle préjudice au parcours des élèves ?
Elle a pour conséquence d’enfermer chaque élève dans une voie dont il ne pourra plus sortir. En effet, faute de savoirs généraux suffisants, il n’aura plus la possibilité de bifurquer vers l’université, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Or, il n’est pas rare que des élèves « choisissent » la voie professionnelle à un moment de leur vie où ils sont en rupture avec l’école, traversent une passe difficile, tout en prenant conscience quelques années plus tard que ce n’était pas ce qu’ils souhaitaient. À cause de l’orientation précoce induite par la réforme, ces élèves-là seront désormais condamnés à rester dans une voie professionnelle. Là encore, cela revient à leur dire : vous avez 14  ans – un âge où par définition personne n’est encore déterminé sur ce qu’il veut faire plus tard – mais nous allons décider pour vous de la voie qui vous est destinée.


Par ailleurs, la réforme vise à développer les partenariats avec le monde de l’entreprise et à renforcer le rôle des régions, que faut-il comprendre selon vous ?
L’idée sous-jacente est que l’État se déleste progressivement de sa responsabilité éducative sur les régions, elles-mêmes soutenues par des financements issus d’organismes privés comme les chambres de commerce. L’objectif à moyen terme est de sortir de l’Éducation nationale une partie de la jeunesse pour la faire entrer dans l’apprentissage qui devient central. Mais attention, cette réforme de la voie professionnelle n’est pas à considérer isolément du reste. Elle fait partie d’une politique publique éducative globale, qui va de la maternelle jusqu’à l’université – avec Parcoursup, par exemple, qui ferme la porte de l’université aux profils atypiques – et qui réintroduit de manière assumée un tri social. Autrement dit : on bat en brèche l’idée-maîtresse qui a toujours guidé les réformes de l’Éducation nationale, à savoir la démocratisation de l’éducation et un égal accès aux savoirs quels que soient son appartenance sociale, son sexe ou ses origines culturelles.

Ressources

Fiche 1 : Les réformes de la voie professionnelle en brefFiche 2 : Organisation des enseignements du bac et du CAP en lycée professionnelFiche 3 : Les parcours en bac pro et CAPFiche 4 : Les familles de métiers

Poster un commentaire

« Ce qui se passe ici, cette entraide, je n’avais jamais vu ça » : reportage à la maison du peuple de Saint-Nazaire

par Nolwenn Weiler 14 février 2019

A Saint-Nazaire, les gilets jaunes ont leur quartier général : la « maison du peuple », un ancien bâtiment du Pôle emploi qu’ils occupent depuis la fin novembre. Dans le bouillonnement des discussions, des débats et des actions, travailleuses précaires, retraités, chômeuses ou SDF s’y politisent à grande vitesse. Dans ce territoire marqué par une forte culture ouvrière, leur action s’articule avec celle des syndicats, dont ils reçoivent le soutien. Après bientôt trois mois d’une mobilisation nourrie par cette force collective, tout retour en arrière leur semble impossible : « Le mépris et la violence n’ont fait qu’accroître notre détermination. » Reportage.

L’après-midi touche à sa fin à la « maison du peuple » de Saint-Nazaire. Ce bâtiment de 900 m2 est occupé depuis deux mois par des gilets jaunes. Les manifestants, qui battent le pavé depuis le petit matin, ce 5 février, jour de « grève générale », arrivent au compte-goutte. Certains repartent illico rejoindre leurs « collègues », qui improvisent des soirées festives sur les ronds points occupés. Pour la première fois depuis le début du mouvement, la CGT avait appelé à rejoindre les gilets jaunes pour cette journée de mobilisation. Chacun fait part de son expérience : est-ce qu’il y avait du monde ? Comment cela s’est-il passé avec les syndicats ? Y avait-il beaucoup de policiers ? Les vannes fusent. Tout le monde rit. « C’est tellement agréable, après une journée de manif dans le froid de revenir à la maison du peuple. Il fait bon, il y a du café, et tous les gens », se réjouit Céline, qui a rejoint le mouvement courant décembre.

« Chaque fois que l’huissier se pointe pour que l’on dégage, les dockers menacent de se mettre en grève »

Héritière des bourses du travail et des usines occupées, espace d’élaboration politique et d’organisation d’actions, la maison du peuple (MDP) de Saint-Nazaire a éclos le 24 novembre. Ce jour-là, les manifestants se dirigent vers la sous-préfecture locale pour y tenir une assemblée citoyenne, comme dans bien d’autres endroits en France [1]. Ils trouvent porte close et décident alors de se diriger vers l’ancien bâtiment du Pôle emploi, inoccupé depuis des années. « Nous avons décidé d’y aller pour tenir notre assemblée. Et nous y sommes restés. C’est devenu un lieu d’organisation du mouvement, dit Philippe, habitué des luttes sociales et encore étonné de cette action très spontanée. Ce n’était pas du tout prévu. Peu de gens, parmi nous, avaient déjà occupé des lieux. »Je lis, j’aime, je vous soutiens

Pour rester en accès libre, Basta ! a besoin de vous, lecteurs !Soutenez l’indépendance de Basta! en faisant un don.

Si fin novembre, beaucoup de gilets jaunes battent le pavé pour la première fois, plusieurs sont aussi syndiqués depuis longtemps. « Nous sommes dans un bassin ouvrier important. Avec une forte tradition syndicale », remarque Philippe. Plus de deux mois après le lancement du mouvement, les rangs se tiennent bien serrés. Deux des ronds points occupés dans la zone portuaire ont encore des cabanes. Et personne n’a l’intention de les laisser être détruites. « C’est grâce au soutien des dockers et des travailleurs portuaires que l’on tient depuis si longtemps, assure Philippe. Chaque fois que l’huissier se pointe pour que l’on dégage, ils menacent de se mettre en grève et la direction renvoie l’huissier chez lui. » Début décembre, le maire de Donges, commune limitrophe de Saint-Nazaire, avait également refusé de détruire les cabanes situées dans la ville, ce que le préfet lui avait demandé.

« Des mères au foyers, des chômeurs, des intérimaires font partie des piliers de la maison du peuple »

Les liens noués entre gilets jaunes et syndicats se sont faits plus formels depuis peu. Le rassemblement du 5 février est la première action conjointe officielle. Avant cela, « on a organisé des rencontres ici, à la maison du peuple. Chacun a fait part de sa méfiance et de ses attentes », se remémore Philippe. Les gilets jaunes craignaient d’être trahis et de voir la lutte centrée autour du travail, alors que leurs mobilisations parlent aussi du handicap, des services publics, des minima sociaux. « Des personnes éloignées du travail – mères au foyers, chômeurs, intérimaires… – font partie des piliers de la maison du peuple », ajoute Philippe. Côté syndical, on se demandait où étaient les gens en 2016, lors des gros mouvements qui ont agité la France contre la loi Travail. Ils avaient aussi peur de la casse.

Finalement, chacun a accepté les limites des autres. Et il a été décidé de profiter de cette situation pour inventer autre chose. « Les syndicats ont une implantation dans les entreprises que nous n’avons pas. Il y a parmi nous des travailleurs éloignés des syndicats qui peuvent, du coup, se rapprocher d’eux. Voire envisager de créer une section syndicale dans leur entreprise, parce qu’ils réalisent en discutant que c’est une façon de faire respecter leurs droits. » Les syndicats permettent de grossir les rangs des rassemblements qui se tiennent devant les tribunaux quand des gilets jaunes sont convoqués par la Justice, tandis que la maison du peuple offre à tout le monde une solide base arrière pour organiser des actions. « Le blocage du port, ce n’est pas une mince affaire. Il faut bloquer six entrées et cela demande pas mal de boulot. »

Le 5 février, deux ronds points ont été bloqués sur le port. Défilant à proximité d’un gigantesque paquebot sur le point d’être mis à l’eau, les manifestants ont tâché de débaucher les travailleurs d’Arcelor Mittal. Ils ont pu entrer dans l’entreprise, le temps de glisser un mot aux travailleurs, et de montrer que non, ils n’avaient pas l’intention de tout casser. « C’était fort de rentrer comme ça sur les lieux de travail », notent des retraités eux-aussi mobilisés ce 5 février. « Allez-y rentrez, c’est chez nous ! », glissait un gilet jaune aux manifestants intimidés de passer la porte de l’entrepôt.

« Ici il y a des gens qui bossent et qui dorment dans leur bagnole. On est dans le concret de la précarité »

Au fil des soirées à refaire le monde et des actions menées sur les ronds points, les liens se resserrent. « Je n’avais jamais vu ça. Tellement de gens différents dans un mouvement, dit « Jojo », un habitué des luttes sociales qui a notamment passé du temps sur la zad de Notre-dame-des-Landes. Yann, chômeur mobilisé dès le début du mois de novembre, et présent aux premiers jours de la Maison du peuple, lui renvoie le compliment : « Je me retrouve avec des jeunes qui se sont battus sur la zad. Je n’ai jamais compris le sens de leur lutte là bas. Et je ne comprends toujours pas, d’ailleurs. Mais on est là, ensemble, on discute, on s’engueule, on s’embrasse. Ce qui se passe ici entre nous, cette entraide, je n’ai jamais vu ça. C’est incroyable. C’est devenu comme une drogue. » « C’est la première fois que je côtoie des SDF au quotidien, raconte Céline, qui est institutrice. Avant, tisser des liens avec eux aurait été impensable pour moi. »

« Ici, il y a beaucoup de cabossés de la vie, ajoute Yann. Perso, je suis un enfant de la Dass, j’ai connu la violence. Quand j’écoute les anciens parler entre eux, ce que j’entends me fait mal. Il y en a qui ont eu des vies vraiment dures. » « Il y a beaucoup d’histoires personnelles de précarité, reprend Jojo. Un travailleur handicapé, qui fait 35h par semaine, nous a amené sa fiche de paie : 633 euros. Ça nous a fait bizarre. Il y a des gens qui bossent et qui dorment dans leur bagnole. On est vraiment dans le concret de la précarité. Ça pique. » Les vingt chambres de la maison du peuple sont occupées par des personnes en galère. Jojo habite l’une d’elles depuis le premier jour. « C’est mon premier logement, dit-il. En attendant que ma demande de logement social aboutisse. »

« J’étais dans ma petite vie, vautré dans mon canapé en train de regarder BFM. Ici, mon cerveau s’est remis à fonctionner »

« On fait beaucoup de social, reprend Yann. Les restos du cœur, le 115, les maraudes, ils viennent toquer chez nous. Mais on a dû clarifier les choses quand même, et dire que les gens étaient les bienvenus, y compris ceux qui avaient besoin de dormir au chaud, mais en précisant qu’ils étaient ici pour la lutte. On ne voulait pas que ce soit le bordel. » Très ordonnée, et bien tenue, la maison du peuple ne tolère ni drogue, ni alcool.

Autant qu’une base arrière pour les actions, la maison du peuple est devenue un lieu de formation. L’endroit fourmille de discussions en tout genre, d’échanges plus ou moins informels, d’ateliers, de conférences et d’assemblées générales. Il y a aussi des pièces de théâtre, des soirées cinéma, des dîners collectifs. « Ici c’est vivant H24, décrit Jojo. On parle de politique à longueur de journée, alors qu’avant les gens s’en foutaient. » « J’étais dans ma petite vie, vautré dans mon canapé en train de regarder BFM, s’esclaffe Yann. Ici, mon cerveau s’est remis à fonctionner. » Ce qui soude les gens, politiquement, est une volonté farouche de voir les richesses mieux partagées, et un effarement total face aux milliards de l’évasion fiscale.

« Ça fait douze semaines que ça dure. On dirait que les gens sont infatigables »

« On ne se rendait pas compte, avant, qu’il y avait tant et tant d’argent public volé, explique Céline. Ce n’est pas possible pour nous d’être traités d’enfants gâtés alors que les plus riches se gavent. Dans le débat national, il nous est clairement demandé quel service public il faut supprimer. Ils n’ont vraiment rien compris à ce que l’on veut. On lutte pour le maintien de tous les services publics. » « Il y a largement de quoi financer tout ça, si on arrête de filer le pognon aux riches », glisse Denis, ouvrier dans une entreprise d’insertion. Eric intervient et parle de « ces gros patrons qui négocient leurs primes de départ au moment où ils sont embauchés et avant même d’avoir prouvé quoi que ce soit ». Eric, Yann et Céline approuvent, évoquant aussi « les entreprises qui font des bénéfices et qui licencient quand même ».

« D’habitude, on entend une info, ça nous écœure, et puis on retourne au boulot. On reprend le rythme. Maintenant, on est dans la lutte. On se dit que ce n’est vraiment pas possible, tempête Céline. Et plus on est informés, plus on trouve ça injuste et écœurant. » La motivation s’aiguise au fil de la formation politique informelle et collective que les uns et les autres reçoivent à la maison du peuple. « Les ouvriers et ouvrières qui viennent à la maison ou sur les ronds points avant ou après leurs journées de travail sont increvables, admire Jojo. Ça fait douze semaines que ça dure. On dirait que les gens sont infatigables. »

Pour Céline, « le mépris et la violence n’ont fait qu’accroître notre détermination ». « Nous avons eu deux blessés graves ici », affirme Yann. Philippe est l’un d’eux : « Le 8 décembre, j’ai reçu un tir de LBD qui m’a provoqué une grave hémorragie interne. Je suis resté deux semaines à l’hôpital. » Le 29 décembre, un autre vent de panique a secoué le cortège des gilets jaunes. Le bruit a couru un instant qu’une personne de la maison du peuple était morte, frappée par un tir de LBD. « Tout le monde s’est tu. On a senti une grande angoisse, c’était terrible », se souvient « Kiki », un adolescent de 14 ans, le « bébé révolutionnaire » de la maison du peuple. Adrien, 22 ans, n’est pas mort ce jour là. Mais il a été salement amoché, avec plusieurs fractures au crâne [2]. « En janvier, quatre membres actifs de la maison du peuple ont été interpellés chez eux ou au travail. Trois d’entre eux passent au tribunal jeudi 14 février pour dégradations », ajoute encore Philippe.

L’autre menace judiciaire, c’est le risque d’expulsion, réclamée par le promoteur qui possède les lieux. Une audience aura lieu à la fin du mois de février, après avoir été reportée deux fois. « Ce qui se vit ici est tellement fort que même si le mouvement est écrasé, il en restera quelque chose », relativise Jojo. « La maison du peuple n’est pas qu’un bâtiment, elle se déplace avec nous », affirment plusieurs habitants dans une vidéo publiée le 1er février, qui appelle tous les gilets jaunes à ouvrir des maisons du peuple partout en France, « pour s’organiser durablement face à un pouvoir de plus en plus répressif. »

Côté action, la prochaine grande échéance, à Saint-Nazaire, est l’organisation de la seconde « assemblée des assemblées » au début du printemps [3], dans la droite ligne de la dynamique initiée, dans la Meuse, par les gilets jaunes de Commercy.

Nolwenn Weiler

Sur le même sujet :
 Gilets jaunes : « La grève générale illimitée, c’est la seule façon de gagner dans l’Histoire »
 A l’assemblée des gilets jaunes à Commercy : « On va continuer parce qu’il y en a marre de cette vie de merde »
 Violences : « Comparer des voitures brûlées avec les ravages du néolibéralisme depuis 40 ans est absurde »

Et aussi :
 Être docker, à l’heure de la mondialisation des produits toxiquesJe lis, j’aime, je vous soutiens

Pour rester en accès libre, Basta ! a besoin de vous, lecteurs !Soutenez l’indépendance de Basta! en faisant un don.

Notes

[1] Ce projet d’assemblée locale citoyenne a été lancé sur Facebook le 20 novembre. La vidéo a été vue un million de fois. Les gilets jaunes de la zone portuaire de Saint-Nazaire appelaient toutes les villes de France à organiser le même jour à la même heure une assemblée dans les lieux d’exercice du pouvoir exécutif. « Nous demandons aux autorités publiques de laisser le peuple entrer dans ces locaux qui sont les siens, qu’il a construit de ses mains », disaient-ils.

[2] Voir la conférence de presse donnée par sa mère ici.

[3] La première assemblée des assemblées s’est tenue à Commercy, dans l’est le 26 janvier dernier. Voir notre reportage.

Poster un commentaire

Les profs s’initient à de nouvelles façons de protester Libé

«Course de désorientation», évaporation de notes, abandon de galons… un vent d’inventivité souffle sur la mobilisation enseignante.

La grève ne mobilise plus? Qu’à cela ne tienne, les profs mobilisés contre la réforme du lycée, tentent d’autres modes d’actions. Toutes les idées sont postées sur la page Facebook «la chaîne des bahuts», pour donner des idées à d’autres «collègues». Ça marche plutôt bien. La semaine dernière, des profs ont organisé une soirée pyjama dans leur établissement, alors qu’ailleurs, s’organisait «une course de désorientation»… Revue de quelques initiatives vindicatives.

à Vence, ça dénote

La dernière fois qu’il a consulté ses notes en ligne, Léo, élève de seconde, est «resté bloqué» sur l’écran : «Toutes les notes d’anglais avaient disparu», raconte-t-il. Le lendemain, c’était au tour de celles de maths de s’évaporer. «Mercredi, on n’avait plus aucune note, sauf en sport et en SES (sciences économiques et sociales)… On est à la fin du deuxième trimestre et on n’a presque plus aucune trace de notre travail.»

Ce n’est pas un bug informatique auquel font face Léo et les autres élèves du lycée Henri-Matisse de Vence, dans les Alpes-Maritimes. Mais à la protestation des professeurs. Depuis une semaine, pour s’opposer à la réforme des lycées, ils font de la rétention de notes. «On travaille, on donne des contrôles, on corrige, on rend les copies. Mais on n’entre pas les notes sur le logiciel Pronote», explique Pierre Hély. Ce professeur d’histoire-géographie fait partie des 90 % d’enseignants présents à avoir validé le mouvement lors d’une assemblée générale il y a dix jours. «Les élèves non plus ne connaissent pas leurs notes, pointe-t-il. Seule l’appréciation est laissée.» Une compensation qui ne rassure ni les lycéens ni leurs parents. «Léo est un gamin qui fait hyper attention à sa moyenne, dit sa mère, Patricia. Là, il me dit qu’il ne sait plus où il en est. Il est dans le flou et l’inquiétude. Ça le perturbe un peu.»

Toucher aux sacro-saintes notes, c’est ce que recherchaient les professeurs du lycée de Vence. Un levier de pression qu’ils ont actionné pour faire parler d’eux et de leurs revendications. «Nous n’avons pas les moyens d’appliquer la réforme, affirme Pierre Hély. Actuellement, dans notre lycée par exemple, les groupes de langues sont allégés. L’année prochaine, les élèves risqueront de se retrouver à 35.» Le prof d’histoire-géo cite aussi le manque de directives précises pour préparer les terminales au nouveau «grand oral» du bac réformé, la «mise en concurrence des matières entre spécialités» et le manque de moyens pour l’accompagnement à l’orientation. «On nous a répondu qu’on pouvait effectuer ces 54 heures gratuitement, peste-t-il. Rien n’est prévu.»

Le lycée de Vence, c’est 1 000 élèves et 75 enseignants qui passent le portail chaque jour. Dans les couloirs de l’établissement jusqu’aux réseaux sociaux, on parle déjà de lycéens «pris en otage». «On utilise les armes dont on dispose», se défend Pierre Hély, par ailleurs au Snes, syndicat majoritaire chez les enseignants du secondaire. Il maintient que le gel des notes durera jusqu’à l’apport d’une enveloppe supplémentaire pour appliquer la réforme de Jean-Michel Blanquer «dans de bonnes conditions». «O n n’est pas en grève, on n’a pas cessé de corriger, insiste-t-il. On continue d’être au boulot.» Mais au retour des vacances de février, si rien ne change, les profs ont prévenu : le bac blanc sera supprimé.

à Toulouse, des profs moins principaux

L’idée est née d’un lycée toulousain, avant de s’étendre. A Déodat-de-Severac, la quasi-totalité des professeurs principaux, qui ont pour mission d’aider les élèves de seconde dans leur orientation, ont jeté l’éponge fin janvier. Depuis, sept autres lycées les ont suivi dans la démarche. «Faut dire que cette réforme nous plonge dans une telle situation…, explique Vincent Paret, professeur de maths à Deodat. Les collègues se retrouvent à conseiller des jeunes de 15 ans sans avoir d’informations précises à leur donner ! Les spécialités qu’ils choisissent aujourd’hui vont pourtant déterminer leurs chances dans Parcoursup. Or, on ne sait même pas ce que les universités vont leur demander.» Il explique que démissionner de cette fonction est une façon pour les enseignants de refuser de porter «la responsabilité d’envoyer ses élèves au casse-pipe.» Accepter d’être prof principal n’est pas une obligation de service, les profs «démissionnaires» ne sont donc pas passibles de poursuites disciplinaires. Il leur en coûte en revanche leur prime mensuelle de 100 euros.

à Rennes, jonction avec les gilets jaunes

Samedi après-midi à Rennes, en lieu et place des habituelles pancartes«Macron démission», c’est une grande banderole «Blanquer démission», du nom du ministre de l’Education nationale, qui s’est retrouvée en tête du cortège des gilets jaunes…Des profs du «collectif 35 contre les réformes du bac des lycées et contre Parcoursup» ont enfilé la fameuse veste fluo. «Entre les gilets jaunes et notre mobilisation, les revendications de fond sont les mêmes, explique Clément Cordier, membre du collectif et professeur en sciences économiques et sociales en Ille-et-Vilaine. Il s’agit d’égalité et de justice sociale. Les réformes de Jean-Michel Blanquer vont limiter l’accès à l’enseignement supérieur pour les élèves des zones rurales et des classes populaires.» En cause notamment, la réforme du bac, dont une partie sera en contrôle continu et donc susceptible d’avoir une valeur différente selon les établissements. Mais aussi celle des lycées, avec l’abandon des filières remplacées par le choix, pour l’élève, de trois «spécialités». «Certains lycées n’offriront pas le même éventail de spécialités et ce sont encore les familles les plus favorisées et les mieux informées qui pourront développer des stratégies pour leurs enfants, déplore Alice, prof de maths à Combourg .

En se rapprochant des gilets jaunes, le collectif espère également donner une meilleure visibilité à ses revendications et un nouvel élan à une mobilisation en recherche d’un second souffle. Clément Cordier explique : «En manifestant en dehors des jours de travail, on peut toucher davantage l’opinion.»

Poster un commentaire

Loi Blanquer : la confiance ne se décrète pas !

La loi Blanquer dite de « l’école de la confiance » qui avait  pour but essentiel d’abaisser l’âge de la scolarisation obligatoire à 3 ans est devenue un véritable fourre-tout au service du projet idéologique du gouvernement. La FSU y lit la volonté du Ministre de l’éducation d’imposer des transformations importantes tant dans l’organisation de l’École que dans les contenus à enseigner.

Depuis plusieurs mois, la FSU a exprimé au Ministre de l’Éducation ses réserves et ses inquiétudes sur ce projet. Elle a formulé de nombreuses propositions et amendements notamment lors du Conseil supérieur de l’Éducation. Aucun n’a été intégré. La FSU dénonce un projet de loi qui ne prend pas en compte les avis de la communauté éducative. Et elle s’inquiète de ces articles disparates qui ouvrent la voie à d’autres réformes profondes pouvant être décidées par ordonnances ou textes réglementaires.

Les sujets de préoccupations de la FSU sont nombreux et la FSU alerte les parlementaires sur les choix qu’ils sont amenés à faire.
Ainsi, alors que la loi de 1983 présente des garanties d’équilibre entre les droits et les obligations des fonctionnaires, l’article 1 du projet cherche à renforcer le contrôle de l’expression des agent-es. Pour la FSU, l’obligation de neutralité des fonctionnaires ne peut pas se transformer en une atteinte à la liberté d’expression et de fait à une contrainte au silence.

Sous les apparentes générosités d’un développement d’une scolarité en maternelle, les articles 2 à 4 servent en réalité de prétexte pour contraindre les collectivités territoriales à financer les écoles maternelles privées. Cette obligation de financer les écoles privées se fera aux dépens des écoles publiques. Pour la FSU, il est indispensable de préserver le financement des écoles publiques.

La création d’établissements publics des savoirs fondamentaux serait lourd de conséquences tant sur les personnels que sur les usagers en transformant l’organisation scolaire, les statuts des personnels et en recentrant les enseignements dispensés sur le fameux “lire-écrire-compter-respecter autrui”.

Pour la FSU, l’évaluation des établissements prévue (article 9) demanderait à s’exercer sous l’autorité d’une instance indépendante. C’est au contraire à des personnes choisies par le ministre de l’Éducation nationale et la majorité parlementaire que cette mission pourrait être confiée. N’offrant aucune garantie d’indépendance, cette évaluation risque d’être instrumentalisée pour légitimer les choix politiques ministériels.

Avec la création des nouveaux instituts du professorat (articles 10-12) basée sur une conception du métier d’enseignant réduite à des fonctions d’exécution et des enseignements centrés sur les « fondamentaux », rien ne garantit l’amélioration de la formation initiale des enseignants. Et La FSU n’acceptera pas le recours de recourir aux étudiants pour effectuer des remplacements dans les classes.

Enfin, il serait inacceptable pour la FSU de renoncer à l’instruction obligatoire pour les enfants étrangers (modification à l’article 2).

Si la FSU a exprimé sa satisfaction sur le renoncement du Ministre à la fusion des académies, elle constate que l’article 17 offre un blanc-seing inacceptable, par le biais d’ordonnances, permettant des réorganisations dont les perspectives ne sont pas fixées par la loi et un renforcement des pouvoirs des recteurs de régions.

Ce projet de loi ne répond pas à l’exigence de démocratisation du système éducatif ni à la nécessité d’améliorer le service public d’éducation pour assurer la réussite de tous les élèves et l’élévation du niveau de qualification. L’amélioration de notre système éducatif exige une construction commune, concertée et ambitieuse.
La FSU demande aux parlementaires de ne pas voter cette loi et l’ouverture  de discussions.

Poster un commentaire

Loi Blanquer : un débat nauséeux

« On ne parle pas d’éducation, on parle chiffon ». La formule de la députée S Rubin (LFI) résume assez bien la deuxième journée de débats sur la loi Blanquer. Mais il faudrait ajouter : « chiffon puant ». Car les 8 heures de débat ont été accaparées par l’examen d’amendements particulièrement réactionnaires déposés par la droite et l’extrême droite. Une nouvelle fois le ministre n’a pas su résister à son attirance vers ce camp. Comme le 11 février pour les drapeaux, les députés LR et JM Blanquer ont fait amendement commun le 12 février. Au petit matin du 13 février, le débat en était encore à l’article 1 de la loi. Le 1bis n’est toujours pas atteint. Il reste encore 850 amendements et quasiment tous les articles à examiner.

Un uniforme pour les profs ?

En principe c’est une loi sur l’école. En réalité la seconde journée du débat sur la loi Blanquer a été l’occasion du déballage des idées les plus réactionnaires sur l’éducation, dans une sorte de surenchère permanente entre droite LR et extrême droite. Face à ces offensives outrancières, le ministre a marqué ses inclinaisons, répondant avec tact et légitimant les idées les plus mortifères pour l’école de la République.

La première journée de débat, le 11 février, s’était terminée par un accord LR et LREM sur l’obligation d’installer des drapeaux dans chaque salle de classe. La seconde journée a démarré sur la Marseillaise. L’hymne national est appris à l’école primaire. La question c’était l’apprentissage dans le second degré et la fréquence des chants. D’autres amendements ont posé la question du salut aux couleurs ou encore  l’affichage dans chaque salle de classe d’une carte de France. Une dizaine d’amendements ont porté  sur l’uniforme. Ainsi cet amendement 124 de Mme Trastour-Isnard (LR) demandant l’uniforme pour les élèves et aussi que « le chef d’établissement veille à ce que le corps enseignants porte une tenue conforme à l’autorité que doit inspirer un enseignant ».  « Un drapeau qui se lève, des uniformes, un hymne qui se chante. Ca ne me dit rien qui vaille pour notre démocratie », réagit le député M Larive (LFI).

Proximité idéologique LR – Blanquer

Face à ces amendements, JM Blanquer ne se braque pas. Bien au contraire, il répond avec beaucoup de tact. « Vous avez raison il faut une carte de France « , répond-il à D Lorion(LR). « L’amour du pays doit être partagé et c’est mon rôle de ministre de l’éducation. Mais ce débat nous amènerait à tapisser toutes les salles de classe de nos bonnes intentions ». Sur l’uniforme : « j’ai vu les bienfaits de l’uniforme. Je continue à l’encourager ». La proximité idéologique est telle qu’une députée LR, Mme Kuster, invite JM BLanquer à la rejoindre. « Vous vous retenez. Lâchez vous. Allez jusqu’au bout. On a besoin de vous ».

L’occasion est rapidement trouvée de secondes retrouvailles. Les Républicains et la majorité se mettent d’accord sur un amendement commun sur des sanctions pour les harceleurs  (amendement 1134).

Aussi l’amendement de V Petit (LREM) en faveur des parents homosexuels passe t-il sans autre réaction que celle ,indignée, de Mme Thill (LREM). Cet amendement demande que les questionnaires de l’éducation nationale parlent de « parent 1  » et « parent2 » au lieu de père et mère (834).

Lors de la seconde séance , le débat se porte sur l’histoire nationale, ou plutôt le roman national, et la priorité donnée aux familles en éducation sur l’Etat. A Ramadier veut qu’on apprenne les grands hommes de l’histoire de France et JM Blanquer rappelle qu’il a changé les programmes. L’EMC est particulièrement ciblée car portant une éducation morale qui devrait rester l’apanage des parents. Ce qui est enseigné à l’école doit l’être « dans le respect de l’éducation qu’il reçoit dans sa famille ». « Personne ne nie le rôle primordial des parents », répond JM Blanquer.

De nouveau le voile

Le point culminant est atteint avec un amendement d’E Ciotti (LR) pour interdire les mères voilées dans les sorties scolaires. «  »Il y a des quartiers où la majorité des mamans sont musulmanes et elles font confiance à l’école de la République. Si dans ces quartiers on exclut les mères alors il n’y aura plus de sorties et de parents au conseil d’école », explique F Pupponi. « Les écoles salafistes diront à ces parents : venez chez nous ».

« Je me suis déjà prononcé , j’ai recommandé aux directeurs d’école de ne pas avoir de signes ostentatoires lors des sorties scolaires » , répond JM Blanquer. « On a commencé à agir et on n’est pas en faveur du port du voile ».  

Les députés de gauche ont pu faire passer deux amendements. R. Juanico a fait reconnaitre l’importance de l’EPS dans la formation des élèves (amendement 697, article L 111-2 du code de l’éducation). G Serville (GDR) a fait passer un amendement inscrivant « la France d’outre mer » dans la diversité enseignée à l’école (amendement 1069).

Globalement la capacité des Républicains à dominer les débats est affirmée. Cette position de force est possible grâce à la connivence , transparente ou pas, avec JM Blanquer.

François Jarraud

Le dossier législatif

La première journée

Amendement 791

Amendement 1134

Amendement 697

Amendement 834

Amendement 1069

Poster un commentaire

Fonction publique : une nouvelle lettre des syndicats au gouvernement

Les 8 syndicats de la Fonction publique (Cgt, Cfdt, Unsa, Fsu, Solidaires, Fa-Fp, Cgc et Cftc) ont rédigé une lettre commune au premier ministre le 7 février. Dans ce document, « elles exigent une revalorisation salariale » et soulignent la politique salariale négative du gouvernement (gel du point qui était dégelé depuis 2016, jour de carence etc.). L’intersyndicale demande « la suspension du projet de loi relatif à la Fonction publique ». La politique de réforme de la fonction publique a été présentée par le premier ministre en juin 2018. E Philippe annonçait le recrutement de contractuels, la rémunération au mérite et la fin du paritarisme. En aout E Philippe avait été plus précis dans la ligne du rapport Cap 22.  Cette politique est e train d’être mise en oeuvre.

Le rapport Cap 22

En juin

En aout

Sa déclinaison en éducation

Et aussi ici

Poster un commentaire

Marseille : le programme de construction des écoles annulé par le tribunal administratif

C’était un programme de près d’un milliard d’euros. En octobre 2017, la ville de Marseille décidait de reconstruire 28 écoles et d’en construire 6 nouvelles.  Pour financer cette opération, JC Gaudin optait pour un partenariat public privé (PPP). La ville s’engageait à verser un important loyer pendant 25 ans à un grand groupe du bâtiment en échange de la livraison des 34 écoles. C’était sans compter contre trois personnes, Alain Beitone, un professeur de SES bien connu, Christian Bruschi et Gérard Perrier. Scandalisés par le programme municipal ils ont déposé un recours en annulation contre la délibération municipale. Avec l’aide d’un collectif auquel participent les syndicats enseignants, ils ont porté plainte devant le tribunal administratif de Marseille. Celui-ci leur a donné raison le 12 février. La délibération du conseil municipal de Marseille est annulée. La mairie n’a pas pu prouver la supériorité du PPP sur une gestion en maitrise d’ouvrage public. Voilà son programme annulé. L’état de délabrement de nombreuses écoles marseillaises a été souvent dénoncé. Il y  a urgence pour la ville de construire un autre programme.

Une intersyndicale contre la mairie

Le site des opposants

Poster un commentaire

Loi Blanquer : l’Assemblée adopte l’article 1 et glisse à droite

Au terme de longs échanges entre le ministre, la rapporteure AC Lang et les députés, l’Assemblée nationale a adopté le 11 février vers 23h l’article 1 de la loi Blanquer. Le texte a été légèrement modifié par un nouvel amendement de la majorité qui ne change ni la portée ni la signification du texte. La discussion a été marquée par un net raidissement de la majorité qui a défendu cet article avec acharnement. La majorité a aussi adopté un amendement d’E Ciotti imposant le drapeau tricolore dans chaque salle de classe. Avec la loi Blanquer, la majorité a ainsi basculé à la droite de la droite et versé dans le populisme et l’autoritarisme.

Des racines et des ailes

« Par ce projet, mesdames et messieurs les députés, nous souhaitons donner à nos enfants des racines et des ailes, leur faire ressentir la fierté d’être des citoyens de France et la fierté d’être eux-mêmes. Alors, nous pourrons croire à notre destin, parce que nous aurons préparé celui de nos enfants sur la seule base qui vaille : celle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ». Jean Michel Blanquer a présenté en ces termes son projet de loi devant l’Assemblée le 11 février.

Mais cet élan lyrique va se briser sur l’article 1. Cet article, si emblématique de ce texte et du ministre,  est devenu l’objet de débats, bien plus que tous les autres articles. L’étude d’impact de la loi, un document officiel du ministère, a démontré que derrière la rédaction anodine de cet article, il y a une définition du métier enseignant visant à imposer à tous les enseignants un devoir de réserve réservé aux cadres du système éducatif.

Communication orwellienne

La majorité a défendu cet article 1 en niant cette dimension ou alors, on le verra, en l’assumant pleinement. « Je comprends naturellement l’attachement des enseignants à leur liberté d’expression, et je la partage. Mais… quand le ministre s’engage, devant les députés, à ce qu’il ne serve pas à sanctionner les personnels, quand nous-mêmes votons en commission un amendement visant à préciser qu’il n’instaure aucune obligation nouvelle, pourquoi persévérer dans cette défiance ? » s’étonne la rapporteure (LREM) AC Lang. Même déni sur le nouveau conseil d’évaluation de l’école. « J’entends la question de l’indépendance, soulevée à maintes reprises, mais est-ce vraiment l’enjeu central ? Ce qui compte surtout, me semble-t-il, c’est l’objectivité, c’est-à-dire le caractère scientifique et indiscutable des travaux réalisés par cette nouvelle instance ».

Cette position a été combattue en termes vifs par l’opposition. Ainsi Elsa Faucillon (GDR) : « Vous êtes passé maître dans la communication orwellienne tant les mots pour promouvoir la loi sont à la distance des faits. Vous parlez de justice sociale quand on trouve des pressions sur l’expression des professeurs, des écoles pour les Brexiters ».

« Combien de rapports de l’Inspection générale sont sur votre bureau et n’ont pas obtenu le nihil obstat », demande P Hetzel (LR) au ministre pour marquer la nécessité d’une évaluation indépendante. « La question de l’autonomie scientifique et de l’indépendance politique de l’instance d’évaluation se pose. Vous voulez que cette évaluation se fasse sous votre tutelle ».

« L’article 1er a été perçu comme une volonté de mise au pas de la communauté éducative dans sa capacité à exercer sa liberté d’expression : silence dans les rangs ! Il doit être complètement récrit voire supprimé, conformément à l’avis du Conseil d’État », estime R Juanico (PS). « L’article 4 mérite également d’être retravaillé. Nous avons demandé en vain une estimation précise du surcoût pour les finances de l’État et des collectivités territoriales de la compensation du forfait maternel à l’enseignement privé découlant de l’obligation d’instruction à trois ans : un montant de 150 millions d’euros est évoqué, ce n’est pas rien. Quant au CNESCO, créé il y a seulement cinq ans dans la loi de refondation de l’école, il sera remplacé par le conseil d’évaluation de l’école, une instance ministérielle, qui n’offrira pas les mêmes garanties d’indépendance ni une évaluation préalable approfondie. Le flou demeure quant au devenir du CNESCO ».

S’ensuit un échange vif autour de deux amendements de suppression de l’article 1 (présenté par LFI) et de renvoi en commission (présenté par LR). « Quand on veut créer la confiance on discute de comment recréer de l’attractivité pour le métier enseignant ou de la revalorisation. Des sujets dont on n’a pas assez débattu », estime P Hetzel. D’autres interventions dénoncent la volonté de réduire l’expression des enseignants, l’incapacité à évaluer leur engagement ou leur exemplarité ou encore l’inutilité de l’article 1.

La riposte de LREM

Mais la majorité a prévu de riposter avec ses membres venus du corps enseignant. C’ets le cas de la rapporteure AC Lang pour qui l’article 1 améliore le bien être et favorise la réussite des élèves. Géraldine Bannier estime que cet article « met l’accent sur quelque chose qui s’est effiloché : la confiance entre les enseignants et les parents d’élèves ». Catherine Osson , ancienne directrice d’école, « est fière du droit de réserve des enseignants ». Danielle Brulebois, autre députée LREM, en rajoute : « les enseignants devraient se montrer exemplaires dans le respect des institutions de la République. Ce qu’on lit sur les réseaux sociaux montre que l’article 1 est nécessaire ».

JM Blanquer n’est pas en reste. « Nous nous sommes autorisés un article de principe… Si on me dit que les professeurs doivent être exemplaires, je suis fier d’être professeur ».

Article 1 :le texte adopté

Au final, un amendement LREM soutenu par la rapporteure et le ministre est adopté. Il réécrit très légèrement le texte de l’article 1 en parlant de respect « mutuel ».

L’article 1 se lit ainsi maintenant :  » Dans le respect de la loi n° 83‑634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative et notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels. « 

Cette nouvelle rédaction ne change rien aux menaces que porte cet article 1 pour les enseignants. JM Blanquer, qui s’était engagé à lever toute ambiguïté de cet article a finalement respecté formellement sa promesse de modification et sur le fond levé l’ambiguïté. Avec cet article il s’est donné une arme contre les enseignants.

Le drapeau obligatoire dans votre salle de classe

Tard dans la nuit, après 6 amendements proposant l’instauration de l’uniforme, la suppression des allocations familiales, l’Assemblée a accepté un amendement d’Eric Ciotti (LR).   » Art. L. 111‑1‑2. – La présence de l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, du drapeau européen ainsi que des paroles du refrain de l’hymne national est obligatoire dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés, publics ou privés sous contrat ». Cette présence pourrait être matérialisée par une affiche dans chaque classe.

JM Blanquer considère que cet amendement est « un progrès par rapport aux objectifs pédagogiques celui de l’apprentissage effectif de l’hymne national. Il est important de montrer que l’enseignement des éléments de l’EMC sont présents ».

Le vote a lieu sans débat et sans explication de vote pour la gauche dans la protestation des députés PS, GDR et LFI au prix d’une suspension de séance. « Ce qu’on doit apprendre à l’école c’est l’ouverture », explique M Larive (LFI). E Faucillon (GDR) conteste le déroulé de la séance. Une seconde délibération à la fin du texte est demandée par B Studer sur cet amendement. Elle aura lieu à la fin du texte.

Ainsi se clôt une longue journée de débat. Il est facile d’en trouver la logique. Cette première journée d’étude de la loi Blanquer a amené la majorité à soutenir un projet de loi bien ancré à droite et à défendre une loi autoritaire. L’adhésion de l’amendement de M Ciotti clarifie ce glissement des députés En Marche vers la droite.

Pourquoi l’article 1 est dangereux

A l’issue de la commission

L’étude d’impact

Amendement Ciotti

Amendement Freschi

Poster un commentaire

L’APHG interpelle le ministre sur le lycée professionnel

« Nous dénonçons avec énergie une réforme néfaste en tout point et conduisant à l’exact contraire de ce que le ministre prétend : un appauvrissement considérable de la culture générale dispensée à des élèves qui en ont autant besoin que les autres, et une dégradation accrue de la mission des enseignants dévoués à la cause de leurs élèves », écrivent Iris Naget et Vincent Magne pour le bureau national de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG) dans le JDD. « Que le ministère reconsidère de fond en comble son projet de réforme dont les conséquences, sinon, seront désastreuses tant d’un point de vue pédagogique que moral : nos élèves de baccalauréat professionnel méritent un enseignement de qualité à la hauteur de l’ambition d’excellence que brandit le ministre. Une tout autre voie est à prendre pour que ‘vive l’enseignement professionnel’. »

Dans le JDD

Poster un commentaire

Education : vœu de «confiance», bonjour l’ambiance

Par Marie Piquemal — 10 février 2019 à 20:56 Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer (à droite), et son secrétaire d’Etat, Gabriel Attal (à gauche), étaient à Etang-sur-Arroux (Saône-et-Loire), jeudi, pour le grand débat national. Photo ALBERT FACELLY

Le projet de loi «pour une école de la confiance» arrive ce lundi à l’Assemblée, au moment où la grogne monte, notamment dans les lycées excentrés qui s’inquiètent de voir les inégalités renforcées.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, parle tout le temps de «confiance». Il lui a d’abord consacré un livre (Construisons ensemble l’école de la confiance) et maintenant un projet de loi «pour une école de la confiance». Motivé par la scolarisation obligatoire dès 3 ans, le texte qui arrive ce lundi à l’Assemblée agrège de façon hétéroclite d’autres mesures, du prérecrutement des enseignants au recours (encouragé) aux expérimentations pédagogiques. Plusieurs suscitent de l’inquiétude (lire ci-dessus).

Et puis il y a ce hic : alors que le ministre, longtemps au top des sondages d’opinion, menait jusque-là ses réformes sans forte contradiction, la partie se corse. Au moment où Blanquer va défendre son école de la confiance devant les députés, de plus en plus d’enseignants expriment leur défiance. A commencer par les profs de lycée, qui découvrent la mise en place concrète de la réforme du bac adoptée l’an dernier et la complète réorganisation des enseignements qui l’accompagne (1). Ecueil supplémentaire pour le ministre, la colère ne vient pas que des syndicats d’enseignants, faciles à caricaturer. Cette fois, la défiance vient de la base : des profs de terrain, pas forcément militants dans l’âme, pas forcément affiliés à un syndicat, qui s’activent dans des endroits peu habitués à la lutte.

Ralliement

La carte de la mobilisation est sociologiquement intéressante : on y trouve surtout des lycées de petites villes ou ruraux qui s’inquiètent que les inégalités territoriales se creusent encore plus avec cette réforme, alors que le gouvernement assure le contraire. Très mobilisés aussi, les lycées de banlieue, via notamment le collectif Touche pas à ma ZEP qui tempête depuis des années contre une inégale répartition des moyens. L’ampleur du mouvement reste toutefois difficile à appréhender. Les indicateurs classiques (taux de grévistes, épaisseur des cortèges) ne semblent plus opérants. Le dernier appel à la grève, mardi, n’a rassemblé que 5 % des troupes, selon les chiffres du ministère. Frédérique Rolet, la secrétaire générale du Syndicat des enseignements du second degré (Snes, majoritaire) le reconnaît, un peu dépitée : «Les rendez-vous nationaux ne rassemblent plus autant qu’avant, la grève est devenue difficile, comme dans les autres corps de la fonction publique.»

La contestation prend, de fait, une forme plus diffuse. Une «chaîne des bahuts» s’est mise en place, regroupant près de 200 établissements (sur 4 200) et des collectifs locaux. Son fonctionnement fait penser à celui des gilets jaunes : pas de porte-parole, une organisation qui se veut «horizontale, asyndicale et apolitique». «C’est une mise en réseau pour relayer les mobilisations des uns et des autres et coordonner des actions communes», explique Mathieu Forgues, professeur à Gaillac, dans le Tarn. Et il indique que, dans plusieurs lycées, les discussions portent sur le ralliement ou non avec les gilets jaunes. Certains profs, à titre individuel, en font partie mais, pour l’instant, seul le collectif des enseignants d’Ille-et-Vilaine a sauté le pas vendredi (lire page 4).

Décalage

Cette mobilisation peut-elle déstabiliser Blanquer ? Difficile à évaluer. Une certitude en revanche : ce mouvement de colère contrarie la volonté affichée du ministre de rétablir un climat de confiance avec les enseignants. Le projet de loi examiné ce lundi ne va pas aider.

La semaine dernière, la députée LREM Anne Brugnera, membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée, et visiblement missionnée par la majorité pour répondre à la presse, s’étonnait de l’émoi suscité : «Les lois portant sur l’école sont toujours une matière sensible, on le sait. Mais là, on nous prête des intentions qui vont bien au-delà du texte. C’est très surprenant.» Une méfiance excessive ? Quand on a testé jeudi, pour voir, le mot «confiance» dans une salle des profs de Seine-et-Marne, la réponse a fusé : «Comment avoir confiance quand on vit le décalage entre ce que les ministres de l’Education [Blanquer et ses prédécesseurs, ndlr] répètent dans les médias et les moyens dont on dispose concrètement !» Une remarque qui revient sans cesse dans les reportages sur le terrain.

Les trois points qui font tiquer :

La scolarisation à 3 ans, un cadeau pour le privé ?

La scolarisation obligatoire à 3 ans est la mesure phare – et grand public – de ce projet de loi. Le président Macron l’a annoncée tout feu tout flamme, le 26 mars 2018. «J’ai décidé de rendre obligatoire l’école maternelle et d’abaisser de 6 à 3 ans l’obligation d’instruction.» Une mesure symbolique, qui donne toute son importance à l’école maternelle dans les apprentissages. Consensuelle – comment être contre ? Et a priori simple à mettre en œuvre vu que 98,9 % des 3-6 ans vont déjà à l’école en métropole – l’enjeu est donc essentiellement pour l’outre-mer, en Guyane par exemple où 82 % des moins de 6 ans sont scolarisés. Alors, pourquoi ferait-elle débat dans l’Hémicycle ?«Il le faut. Le texte ne doit pas passer en l’état», interrompt Damien Berthilier, président du Réseau français des villes éducatrices, qui rassemble des élus soucieux de leurs politiques éducatives. Très inquiet, il assure que «cet article d’apparence simple va avoir des répercussions énormes que personne ne maîtrise… De nature à relancer la guerre scolaire entre privé et public !»

Depuis des mois, il s’active en coulisse pour alerter. Car en rendant la maternelle obligatoire, l’Etat va, de fait, obliger les communes à verser de l’argent aux maternelles privées sous contrat. Un héritage de la loi Debré de 1959 : les municipalités sont tenues de participer dans les mêmes proportions aux frais de scolarité pour les enfants de leurs communes, qu’ils soient dans des écoles publiques ou privées sous contrat. Jusqu’ici, cette obligation ne valait que pour les écoles élémentaires vu que l’instruction n’était obligatoire qu’à partir de 6 ans. Désormais, la donne change. «Avec cette mesure, le gouvernement signe un chèque de 150 millions pour les écoles privées

[qui accueillent environ 300 000 enfants en maternelle, ndlr]

, avec l’argent des collectivités locales», alertent plusieurs organisations dont le Comité national d’action laïque et la Fédération des conseils de parents d’élèves.

«L’Etat compensera les sommes engagées pour les communes, sur le principe de l’extension de compétences», défend Anne Brugnera, députée LREM, qui s’étonne de telles inquiétudes. Damien Berthilier rétorque : «L’Etat ne compensera que pour les communes qui, aujourd’hui, ne donnent rien du tout aux maternelles privées. Or, on sait que les deux tiers d’entre elles participaient tout de même un peu. Demain, ces municipalités-là vont devoir payer sans aide de l’Etat…» Avec des répercussions en cascade, présage-t-il : « Les municipalités vont devoir trouver de l’argent, et pourraient être forcées d’économiser sur les écoles publiques ! Vous mesurez le non-sens ?» Il espère que la pression sera assez forte dans l’Hémicycle pour modifier le texte. Deux issues existent selon lui : réduire la portée du texte en commençant par une expérimentation en outre-mer, «pour gagner du temps». Et «rouvrir la discussion sur la loi Debré, cette obligation faite aux communes de participer au financement des écoles privées.» Rien que ça.

L’évaluation de l’école : que devient l’actuel Cnesco ?

L’article 9 met sur pied un «conseil d’évaluation de l’école», avec pour objectif principal d’évaluer les établissements scolaires. Jean-Michel Blanquer, pour qui l’évaluation scientifique est une clé du progrès dans les politiques menées, notamment en éducation, y voit un signe de «modernité». Or, gros débat en commission des lois. Pas tant sur le projet d’évaluer des établissements, mais sur le sort réservé à l’actuel Cnesco (Conseil national d’évaluation des politiques scolaires) que ce nouveau conseil va remplacer. Peu connu du grand public, le Cnesco évalue depuis sa création en 2013 l’efficacité des politiques éducatives. Fort d’un réseau de chercheurs en France et à l’étranger, il a nourri le débat public avec des études poussées sur des sujets peu documentés. Récemment, celle sur les inégalités territoriales a montré, chiffres à l’appui, que l’éducation nationale donne moins qualitativement aux élèves de l’Ile-de-France défavorisée qu’à ceux des beaux quartiers parisiens. Anne Brugnera, députée LREM, se veut rassurante : «Le Cnesco ne disparaît pas. Ses missions seront transférées à une chaire universitaire.» Ses neuf postes à temps plein seront-ils maintenus ? Interpellé à plusieurs reprises, Jean-Michel Blanquer n’a pas répondu. Vendredi, les deux principales fédérations de parents d’élèves (Peep, FCPE) et une ribambelle de syndicats lui ont adressé une nouvelle demande écrite, «pour que les députés puissent voter en connaissance de cause».

Le devoir d’exemplarité, pour contrôler la parole des profs ?

L’article 1 commence ainsi :«Par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leurs familles au service public de l’éducation.» A priori, pas de quoi faire des bonds. D’ailleurs, fin novembre, Jean-Rémi Girard du Snalc (minoritaire) qualifiait l’article 1 de«bla-bla» permettant au ministre d’inscrire son mot fétiche («confiance») dans une loi «pour laisser sa trace dans le code ». L’inquiétude a surgi plus tard, après un article du Café pédagogique, média spécialiste de l’éducation. Et si cet article 1 visait in fine à mieux contrôler la parole enseignante, notamment sur les réseaux sociaux ? Anne Brugnera, députée LREM, membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée, se dit très étonnée de tant de suspicion : «Cet article est avant tout une réaffirmation de la confiance réciproque.»De fait, il n’apporte rien de supplémentaire en droit, assure Antony Taillefait, professeur spécialiste du droit des fonctionnaires. Qui ajoute cependant : «La question est «pourquoi ce rappel à la loi à ce moment précis de notre histoire ?»» Les agents publics ont en effet depuis la IIIe République une obligation d’obéissance et de loyauté envers leur institution, «ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas la possibilité de s’exprimer ! Il faut simplement un ton correct et la critique argumentée», rappelle le juriste.

(1) Les filières classiques (L, S et ES) disparaissent, remplacées par des «spécialités». Il en existera douze, mais elles ne seront pas proposées dans tous les établissements.Marie Piquemal

Poster un commentaire

Le jour du dépassement de la finance

Florian Botte et Thomas Dallery 06/02/2019

Calculer le jour de l’année à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier montre que la Bourse est au service des rentiers, pas de l’investissement.

Quelle est la fonction de la finance ? La réponse à cette question pourrait sembler triviale puisque le nom incarne ici la fonction : la finance finance. Mais que finance-t-elle ? L’économie pardi ! Telle est sa justification la plus souvent mise en avant. La finance regrouperait les investisseurs qui financent l’économie grâce à leurs placements dans les entreprises, placements sans lesquels ces dernières ne pourraient investir et créer des emplois. Étonnamment, rares sont ceux qui défendent cette idée à l’aide de données chiffrées. Les chiffres, on leur fait dire ce que l’on veut, mais pas cette fois.

Emmanuel Macron figure parmi ceux qui mobilisent volontiers cet argument pour justifier la place de la finance, comme l’a noté Frédéric Lordon dans une récente vidéo.

La finance est-elle au service des entreprises ou des actionnaires ?

Si la critique est justifiée, Frédéric Lordon accorde encore trop de crédit à l’utilité sociale du système financier. Il avance que les émissions d’actions ne représentent qu’une part tout à fait contenue du financement de l’investissement des entreprises et c’est exact : en moyenne, les émissions d’actions ne couvrent que 7,4% du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 2000-2017.

Les actions représentent une faible part du financement des entreprises…

Investissement (formation brute de capital fixe) des entreprises françaises (milliards d’€) et part des émissions d’actions dans cet investissement (%) Source : Comptes nationaux, Eurostat, base 2014 / Banque Centrale Européenne.

Cette proportion peut paraître modeste, eu égard à la vigueur avec laquelle nos gouvernants défendent la figure de l’actionnaire comme étant le preneur de risque qui porte à bout de bras l’économie française. Mais les chiffres sont têtus : les entreprises se financent essentiellement par ressources propres (autofinancement), ensuite par endettement (crédits bancaires et obligations), et de façon marginale par émissions d’actions.

Une contribution peau de chagrin

Aussi résiduel qu’il puisse paraître, le financement que les entreprises lèvent sur les marchés boursiers est encore plus faible en réalité. En effet, les entreprises procèdent à des opérations de rachats d’actions afin de soutenir le cours de l’action et d’accroître le dividende par action. Si la pratique est beaucoup moins développée en France qu’aux Etats-Unis, elle est loin d’être négligeable. Lorsque l’on retire les rachats d’actions du montant levé grâce aux émissions d’actions, la contribution de la bourse aux entreprises se transforme en peau de chagrin : en moyenne, les émissions nettes d’actions ne représentent plus que 3,8% du coût de l’investissement productif des entreprises sur la période 1993-2017.

… Et une part encore plus faible lorsque l’on retire les rachats d’action

Investissement (formation brute de capital fixe) des entreprises françaises (milliards d’€) et part des émissions nettes* d’actions dans cet investissement (%)

* Emissions nettes d’actions = différence entre les émissions d’actions et les rachats d’action.

Source : Comptes nationaux, Eurostat, base 2014 / Banque Centrale Européenne, calculs des auteurs

De plus, qui dit financement par actions, dit nécessairement versement des dividendes. À la manière des militants écologistes qui calculent chaque année le jour du dépassement (ou Earth Overshoot Day) – soit le jour de l’année à partir duquel les  humains vivent à crédit du fait d’une pression sur les ressources naturelles supérieure à ce que la planète peut endurer –, nous proposons de calculer ici un Finance Overshoot Day (FOD), un jour à partir duquel les entreprises distribuent plus de dividendes qu’elles n’ont reçu de financement boursier.

Pour l’année 2017, ce jour s’établit au 10 août. Autrement dit, en 2017 tout s’est passé comme si à partir du 10 août les entreprises français avaient reçu moins de financement qu’elles n’avaient versé de dividendes aux acteurs boursiers. Précisons d’emblée que nous raisonnons ici en flux de dividendes nets. Autrement dit, nous retranchons des dividendes distribués par les entreprises, les dividendes qu’elles ont reçus, de manière à ne pas faire de double comptage lié à la structuration des entreprises en réseau de maison-mère / filiales. Il convient aussi de mentionner que les données récentes sur les dividendes sont sujettes à caution, le passage en base 2014 n’ayant fait qu’aggraver les incertitudes nées du passage en base 2010.

Au service des rentiers

Au bout du compte, la contribution nette du secteur financier aux entreprises est strictement négative. La finance est une charge pour le secteur productif : même si le FOD se situe plus ou moins tôt dans la saison selon l’année considérée, le montant des dividendes nets est toujours plus élevé que le montant des émissions nettes d’actions, ce qui contribue in fine à l’augmentation de l’endettement des entreprises

La bourse ne finance pas l’investissement ; elle n’est donc pas au service des entreprises. La fonction de la bourse est de rendre deux services aux actionnaires rentiers : premièrement, leur permettre de valoriser leur patrimoine mobilier et, deuxièmement, organiser à tout moment une gigantesque brocante pour revendre ce patrimoine. Il en découle que la suppression de l’ISF décidée par l’exécutif n’est sûrement pas faite pour faciliter l’investissement des entreprises, mais bien plutôt pour privilégier l’intérêt des actionnaires rentiers.

Florian Botte et Thomas Dallery sont enseignants-chercheurs, respectivement à l’université de Lille et à l’université du Littoral Côte d’Opale, et membres du Clersé.

Poster un commentaire

Les Possibles – No. 19 Hiver 2019 : « Des gilets jaunes aux migrations et discriminations »

Les Possibles Revue éditée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac No. 19 Hiver 2019

Éditorial : Le fond de l’air est jaune, rouge et vert par Jean-Marie Harribey, Jean Tosti lire en ligne

Dossier : Des migrations et discriminations aux Gilets jaunes Migrations dans le monde par Catherine Withol de Wenden En ce début du XXIe siècle, les migrations internationales se sont mondialisées : presque tous les pays du monde sont concernés par les départs, les arrivées et le transit, certains étant les deux ou les trois à la fois. Ces migrations atteignent 260 millions de personnes, un nombre qui a été multiplié par trois depuis les années 1975 et qui a doublé depuis la fin du XXe siècle. L’aspect le plus significatif concernant les migrations est leur globalisation, comme tendance structurelle du monde, et leur régionalisation. lire en ligne

Sur la situation des migrants dans le capitalisme absolu par Etienne Balibar Dans une conférence prononcée le 24 Décembre 2017 pour la radio nationale canadienne, le juriste François Crépeau, ancien rapporteur pour l’ONU des droits humains des migrants dans le monde, a exprimé l’opinion que « rien n’empêcherait jamais les gens d’émigrer », sinon l’extrême violence, et encore celle-ci n’est-elle pas capable d’arrêter totalement les mouvements migratoires, qui font depuis toujours partie de la condition de l’humanité. À l’en croire, c’est l’institution frontalière qui transforme la migration en un problème insoluble et un site de violences. lire en ligne

Comment la théorie de la « ruée vers l’Europe » a pris son envol : Stephen Smith ou le Trump des études africaines par Julien Brachet Les médias aiment les duels, et ils ne sont pas les seuls. C’est sans doute ce qui fait que le débat scientifique et idéologique autour de la théorie de la « ruée vers l’Europe » a récemment tourné – en France – à l’affrontement de deux personnalités. Mettant de côté les autres protagonistes de l’histoire, on nous présente un « bras de fer » entre « deux spécialistes des migrations africaines ». D’un côté, l’essayiste Stephen Smith, ancien journaliste, spécialiste de l’Afrique, mais pas des migrations. De l’autre, celui qui a été désigné « sommité de la démographie », François Héran, universitaire, spécialiste des migrations, pas spécialement africaines. lire en ligne

La souveraineté étatique contre la liberté de circulation par Danièle Lochak En juillet 1997, à l’initiative du Gisti, six organisations signaient une « Lettre ouverte à Lionel Jospin », alors Premier ministre, publiée dans la revue Plein droit, sous le titre : « Tout bien réfléchi, la liberté de circulation ». Il s’agissait, déjà à l’époque, d’affirmer et de démontrer que la fermeture des frontières ne pouvait tenir lieu de politique. Si cette politique s’est poursuivie et intensifiée au cours des vingt années écoulées, l’idée dénoncée au départ comme utopique ou dangereuse n’en a pas moins fait parallèlement son chemin. lire en ligne

Le délit de solidarité : une figure de la répression des mouvements sociaux par Philippe Wannesson En France, ce qu’on appelle le « délit de solidarité » est à l’origine lié à l’article L 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), qui réprime le fait d’avoir « par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France », lorsque cette répression s’exerce sur des personnes agissant par solidarité avec des personnes étrangères sans contrepartie financière. Son « abolition » a été plusieurs fois annoncée, dernièrement en lien avec une décision du Conseil constitutionnel donnant une effectivité juridique au principe de fraternité énoncé par la devise de la République. Pourtant, le « délit de solidarité » n’a pas disparu, d’autant moins que la répression de la solidarité utilise d’autres moyens juridiques et d’autres techniques d’intimidation que les seuls outils qu’offre le CESEDA. lire en ligne

Accueil des migrants : enjeux de civilisation par Roger Martelli Le 25 octobre 2018, à l’appel de plusieurs médias, près d’un millier de personnes réunies au Cent-Quatre de la rue d’Aubervilliers, à Paris, ont validé un serment faisant de l’accueil des migrants et des réfugiés un principe fondamental, opposé aux logiques dominantes de la clôture. Cette initiative était justifiée par l’urgence d’une situation structurée par trois grands enjeux, humanitaire, géostratégique et politique. lire en ligne

« Pacte mondial sur les migrations » : réalités et fantasmes par Marie-Christine Vergiat Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, dit « Pacte de Marrakech », a déchaîné un flot d’amalgames et de mensonges d’une rare violence. Il a finalement été adopté à New York, par l’Assemblée générale des Nations unies, le 19 décembre dernier.
Alors que, selon ses propres termes, la mission de l’ONU est de « prendre des mesures pour résoudre un grand nombre de problèmes auxquels est confrontée l’humanité », on pourrait s’étonner que cela n’ait pas été fait plus tôt et que l’organisation n’ait jusqu’alors adopté aucun document global sur la migration. lire en ligne

Causes et effets des migrations contemporaines : propositions altermondialistes par Claude Calame, Alain Fabart Assurément, l’histoire de l’humanité est marquée par les mouvements migratoires. Les motivations des migrations ont été et sont encore aussi variées que différenciées.
S’interroger sur les causes et les effets des flux migratoires auxquels nous sommes confrontés actuellement implique de prendre en compte le sens de l’évolution globale dans lequel le présent se situe. Dans le contexte d’une mondialisation organisée sur les bases politiques que l’on va analyser, il s’agit de définir l’originalité et la particularité des mouvements migratoires d’aujourd’hui, d’en identifier les nombreuses causes et d’en tirer les conséquences pour notre action politique, dans une perspective altermondialiste. Nous nous concentrerons sur les mouvements migratoires qui touchent l’Europe et qui sont le prétexte de différentes discriminations. lire en ligne

Une fabrique pour deux questions nationales… par Pierre Cours-Salies Au sujet des « étrangers d’origine », aujourd’hui en France, bien des colères et déchirements amènent à poser une question : la politique des gouvernements successifs a-t-elle produit un socle commun suffisant pour une démocratie, où subsisteraient de simples inégalités « résiduelles », à combattre avec énergie ? Ou bien, prenons un peu de recul, nous trouvons-nous devant des questions nationales, construites pour durer, et exigeant de réagir, face aux politiques gouvernementales, au travers de véritables ruptures politiques ?
Comprenons comment elles existent, si nous voulons pouvoir faire tomber de telles stigmatisations. lire en ligne

La gauche allemande et les défis des migrations par Peter Wahl Depuis que la chancelière allemande a suspendu l’accord de Dublin en septembre 2015, permettant ainsi l’entrée d’un million et demi de réfugiés au cours des dix-huit mois suivants, le thème de la migration a joué un rôle spectaculaire dans la politique allemande. Il y avait beaucoup de spéculations sur les motivations de Merkel. Était-ce une stratégie à long terme contre le déclin démographique et le vieillissement de la population ? Un plan pour la garantie financière des pensions ? Ou s’agissait-il plutôt de remédier aux pénuries de main-d’œuvre ? Ou encore une attaque néolibérale contre les salariés, utilisant les migrants pour le dumping salarial et social ? Ou bien la chancelière est-elle peut-être véritablement guidée par des motifs humanistes, quasiment la Mère Teresa des migrants ? lire en ligne

Les discriminations racistes et la construction des frontières intérieures par Saïd Bouamama Après de nombreuses décennies de négation, la question des discriminations racistes est depuis près de deux décennies l’objet de nombreuses publications, théorisations et recherches. Quelques constats et conclusions récurrents ressortent de ce progrès récent du savoir et de la recherche : les discriminations racistes existent, elles sont massives et systémiques, elles ont un impact particulièrement destructif pour les sujets qui les subissent, et elles ne se limitent plus aux « étrangers » ou « immigrés », mais s’étendent désormais à des citoyens de nationalité française, caractérisés par certains marqueurs « identitaires » (nom, couleur, religion, etc.). Après avoir apporté quelques précisions conceptuelles, nous nous pencherons sur l’ampleur du phénomène, son inscription dans l’histoire, sa fonction sociale et économique et enfin ses effets sur les victimes, mais aussi sur l’ensemble de notre société. lire en ligne

De la lutte contre les discriminations par Samy Johsua La réalité des discriminations dans notre pays ne fait guère de doute. Et pourtant elles demeurent mal cernées et mal connues. La manière de lutter contre leurs effets délétères est loin de faire consensus, en plus du fait que les valeurs de référence pour cela sont elles-mêmes l’objet de débats vigoureux. Dans cette contribution je me limiterai à l’une des ces discriminations souvent qualifiée « d’ethno-raciale ». En précisant, pour éviter tout faux débat, que de « races » humaines la biologie ne trouve pas trace. Il s’agit donc de la construction sociale correspondante. D’ailleurs, même le concept « d’ethnie » ne va pas de soi tant celle-ci est pour l’essentiel le résultat d’une construction historique. Mais, dans le cadre limité de cet article, je m’en tiendrai donc au terme « d’ethno-racial ». lire en ligne

Pour une école et une société inclusives par Martine Boudet La crise économique dans le cadre de l’Union européenne, les conflits armés et les migrations subséquentes sur les rives de la Méditerranée et dans le continent africain le démontrent tragiquement au quotidien : développement, démocratie et paix civile sont désormais en jeu à nos portes. La France, encore protégée par son statut international et ses acquis socio-politiques, vit elle-même une période de marasme et de désenchantement. lire en ligne

Éléments sur le mouvement social des Gilets jaunes par Conseil scientifique d’Attac France Texte préparé par Jean-Marie Harribey à la suite d’une discussion au sein du Conseil scientifique d’Attac France À l’automne 2018 a surgi en France le mouvement social des Gilets jaunes, inédit par sa forme et son contenu. Il a pris au dépourvu un gouvernement totalement acquis aux dogmes néolibéraux et engagé dans des réformes exclusivement à l’avantage de la classe dominante et des riches. Il a également surpris l’ensemble des médias et des observateurs, ainsi que la plupart des chercheurs en sciences sociales et politiques. Et il a laissé quasiment sans voix les responsables des confédérations syndicales, les uns parce qu’ils sont depuis plusieurs décennies englués dans l’« accompagnement » des mutations néolibérales, les autres soit parce qu’ils sont très méfiants vis-à-vis des mouvements qui partent en dehors d’eux, ou parce qu’ils s’avèrent impuissants à inverser un rapport de force défavorable aux travailleurs. lire en ligne

La somme des colères fait-elle un mouvement social ? par François Dubet 1. L’irruption (ou l’éruption !) du mouvement des Gilets jaunes s’est produite au moment où toutes les luttes sociales échouaient à modifier le cours des politiques néolibérales. En quelques semaines à peine, il a fait reculer le pouvoir qui avait auparavant facilement imposé loi travail et réforme de la SNCF sans fléchir, malgré une mobilisation syndicale importante. Que signifient ce recul syndical et au contraire la montée de mouvements sans organisation structurée, sans référence au travail ni à l’histoire de celui-ci, sans aucun ancrage sociologique homogène ? lire en ligne

Couvrez ces classes qu’on ne saurait voir par Jean-Marie Harribey La France de l’hiver 2018-2019 vit un moment social inédit. Les Gilets jaunes ont gagné rues, routes et ronds-points pour faire entendre une voix (des voix) qui, durant plusieurs décennies, avai(en)t été étouffée(s) sous les injonctions de mondialisation heureuse, de compétitivité, et sous le mépris d’élites économiques se gavant d’argent et de pouvoir. Le couvercle de la marmite a sauté et les Gilets jaunes ont pris au dépourvu un gouvernement imbu de lui-même, une presse fascinée par l’idéologie néolibérale et des experts économiques au discours perpétuellement univoque,appelant à surtout ne pas augmenter le Smic pendant que les hauts revenus s’envolent. lire en ligne

Débats Ele não par Jacques Cossart C’est par ce cri, teinté d’effroi, qu’un très grand nombre de manifestants, et plus encore de manifestantes, s’étaient mobilisés, sur de très nombreuses places brésiliennes, pour tenter de s’opposer à l’élection de Bolsonaro en lançant ce puissant impératif « Non, pas lui ».
Malgré cet élan, le 1er janvier 2019, la fonction de président de la République du Brésil a été transmise de Michel Temer, englué dans de très lourdes affaires de corruption et qui a dirigé ce que plusieurs considèrent comme un complot aboutissant à la destitution de la Présidente Dilma Rousseff, à Jair Bolsonaro. lire en ligne

Bolsonaro président : comment en est-on arrivé là ? par Janette Habel Cinquante-sept millions de Brésiliens ont élu un apprenti dictateur président de la première puissance régionale latino-américaine. Un juge, Sergio Moro, grand pourfendeur de la corruption, célébré pour son « indépendance » et sa « probité » a accepté sans hésitation le poste de ministre de la justice et de la sécurité publique que lui a proposé le nouveau président favorable à la torture, à la peine de mort, à la généralisation du port d’armes, et qui profère des insultes sexistes, homophobes et racistes. lire en ligne

La science économique, cette fourmi de dix-huit mètres… par Renato Di Ruzza Tous les enfants le savent depuis le cours préparatoire, quand ils apprennent cette poésie de Robert Desnos : une fourmi de dix-huit mètres, ça n’existe pas, ça n’existe pas… Comment comprendre alors que la plupart des citoyens, des journalistes, des commentateurs, voire des « sachants » ou « savants », croient que « la science économique », ça existe, ça existe… L’objet de cet article est d’essayer, encore une fois, de les convaincre qu’ils se trompent, et qu’« on » les trompe : « la science économique » est une fourmi de dix-huit mètres, monstrueuse donc, qui parle « latin et javanais » avec « un chapeau sur la tête », mais qui met le doute (« et pourquoi pas ? »). Tentons de dire pourquoi cela ne peut pas exister. lire en ligne

L’émergence d’un libéralisme disciplinaire : Compte rendu du livre de Grégoire Chamayou, La société ingouvernable par Michel Cabannes Grégoire Chamayou, agrégé de philosophie et chercheur au CNRS, publie La société ingouvernable, Une généalogie du libéralisme autoritaire (Paris, La Fabrique, 2018), un ouvrage important sur l’histoire philosophique du néolibéralisme. La trajectoire néolibérale plonge ses racines dans la « crise de gouvernabilité » des années 1960-1970 (André Gorz, 1988 ; Michel Foucault, 2004). Les milieux conservateurs, qui y voyaient le signe d’une « société ingouvernable », ont lancé une contre-offensive théorique et pratique, préparée dans les années 1970 et déployée dans les années 1980, afin de discipliner les individus et les États et de les soumettre à la logique du marché. « L’État providence comme base matérielle de l’hégémonie, l’intervention publique comme mode de régulation sociale, la démocratie représentative comme dialectique de la société civile et de l’État : tout cela allait devoir être remis à plat » (p. 212). lire en ligne

À la naissance du capitalisme, il y eut l’expansion commerciale et coloniale par Jean-Marie Harribey Sur le livre d’Alain Bihr,Le premier âge du capitalisme (1415-1763) Comment le capitalisme est-il né et quelles sont les conditions qui ont permis son développement général à partir du XVIIIe siècle ? Marx avait le premier exploré ces conditions. Il avait forgé le concept d’accumulation primitive. Dans le Livre I du Capital, il indique que, « au fond du système capitaliste, il y a d’abord la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production ». Puis, « les différentes méthodes d’accumulation primitive que l’ère capitaliste fait éclore se partagent d’abord, par ordre plus ou moins chronologique, entre le Portugal, l’Espagne, la Hollande, la France et l’Angleterre, jusqu’à ce que celle-ci les combine toutes au dernier tiers du XVIIe dans un ensemble systématique, embrassant à la fois le régime colonial, le crédit public, la finance moderne et le système protectionniste » lire en ligne

Rendez-vous raté d’un « décryptage lumineux » par Gilles Rotillon Daniel Cohen est un économiste réputé. Professeur à l’École normale supérieure, conseiller multi-cartes, c’est aussi un auteur à succès qui publie régulièrement des livres pour le grand public, où il tente de brosser à grands traits l’évolution de nos sociétés. Son dernier livre, Il faut dire que les temps ont changé, sous-titré Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète (Albin Michel, 2018), se propose, si l’on en croit la quatrième de couverture, de décrypter en iconoclaste d’une façon lumineuse des événements dont le sens nous échappe parfois. C’est dire l’ambition du propos, à laquelle il faut rapporter la réussite du livre. lire en ligne

Attac et la démocratie : retour sur les textes fondateurs par Patrick Braibant « Il est formé […] une association […] qui a pour objet de produire et communiquer de l’information, ainsi que de promouvoir et mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde ». Cet extrait (toujours en vigueur) de l’article 1 des statuts votés en 1998, qui définit l’objet d’Attac et donc ce qui lui fait obligation, désigne la démocratie comme l’unique horizon de l’activité de l’association naissante. Mais il ne fait pas que cela. lire en ligne

Revue des revues Revue des revues par Jacques Cossart La France se « débat » avec les Gilets jaunes, le Royaume-Uni est plongé dans un profond désordre brexitien, l’Italie a viré à l’extrême droite, plusieurs pays d’Europe centrale également, le Brésil, pire encore, le Venezuela est dans le chaos, Israël surenchérit à droite si c’était encore possible, les massacres continuent en Syrie, Érythrée, Éthiopie et au Mali. Tout va bien donc ! Pendant ce temps, le déni climatique gagne du terrain et les profits financiers aussi. Le monde tel qu’il va est raconté au travers de ces deux derniers points. lire en ligne
  Numéro 19-Hiver 2019

À l’attention des lecteurs, note sur le statut de la revue Les Possibles La revue Les Possibles a maintenant quatre ans d’âge et sa diffusion progresse régulièrement. Nous rappelons qu’elle fut créée à l’initiative du Conseil scientifique d’Attac pour être un lieu de débat théorique sur la nécessaire transformation de la société, aujourd’hui minée par le capitalisme néolibéral. Dès lors, ouverte à toutes les personnes qui s’inscrivent dans cette perspective, elle est indépendante de l’association Attac, le contenu des articles est de la responsabilité de leurs auteurs et n’engage pas l’association. La diversité des sujets, des auteurs et des disciplines témoigne de la volonté de garantir le pluralisme des idées. Le choix des thèmes et le respect des règles du débat scientifique et démocratique sont assurés par un comité éditorial dont la composition figure à la fin du sommaire.
Le comité éditorial Adresse Attac, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris Directeur de la publication Jean-Marie Harribey Secrétariat de la rédaction Isabelle Bourboulon, Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey, Esther Jeffers, Frédéric Lemaire, Christiane Marty, Pascal Paquin, Jeanne Planche, Dominique Plihon, Jean Tosti, Aurélie Trouvé Responsables techniques Edgard Deffaud, Serge Gardien, Éric Le Gall, Wilfried Maurin, Pascal Paquin, Tom Roberts, Rémi Sergé, Olivier Tétard Comité éditorial Sylvie Agard, Christophe Aguiton, Verveine Angeli, Paul Ariès, Geneviève Azam, Daniel Bachet, Jacques Berthelot, Catherine Bloch-London, Martine Boudet, Isabelle Bourboulon, Thierry Brugvin, Thierry Brun, Alain Caillé, Claude Calame, Christian Celdran, François Chesnais, Francoise Clement, Pierre Concialdi, Jacques Cossart, Thomas Coutrot, Christian Delarue, Vincent Drezet, Cédric Durand, Guillaume Duval, Mireille Fanon-Mendès-France, Daniel Faugeron, David Flacher, Fabrice Flipo, Pascal Franchet, Bernard Friot, Jean Gadrey, Susan George, Jérôme Gleizes, Gérard Gourguechon, André Grimaldi, Janette Habel, Nicolas Haeringer, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Isaac Johsua, Pierre Khalfa, Serge Le Quéau, Frédéric Lemaire, Christiane Marty, Gus Massiah, Antoine Math, Dominique Méda, Georges Menahem, Denise Mendez, Pascal Paquin, René Passet, Évelyne Perrin, Dominique Plihon, Thierry Pouch, Daniel Rallet, Jean-Claude Salomon, Catherine Samary, Denis Sieffert, Vicky Skoumbi, Jean-Louis Sounes, Daniel Tanuro, Bruno Tinel, Michel Thomas, Jean Tosti, Éric Toussaint, Stéphanie Treillet, Aurélie Trouvé, Patrick Viveret Contact avec la revue et soumission d’articles Les propositions d’articles nouveaux ainsi que les contributions répondant à des textes publiés dans les numéros précédents de la revue doivent être adressées au secrétariat de la revue : revue-cs-secretariat@list.attac.org La revue a noué un partenariat avec Mediapart à travers une « édition » créée sur ce site : http://blogs.mediapart.fr/edition/la-revue-du-conseil-scientifique-dattac. À chaque parution trimestrielle de la revue, un des articles sera mis en ligne sur Mediapart.
 
  Attac France — 2019
Twitter |  Facebook |  Viméo

Attac France 21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

Poster un commentaire

Si cet email ne s’affiche pas correctement, vous pouvez consulter directement la page. Newsletter Février 2019
  A LA UNE
  Philippe Martinez : « Nous devons réfléchir autrement » Et maintenant, l’acte syndical ? La CGT a décidé de ne plus attendre l’unité pour appeler, pour la première fois depuis le début du mouvement des gilets jaunes, à la mobilisation des salariés, dans la rue et par des assemblées générales et des grèves, partout où c’est possible. Rendez-vous est pris pour le 5 février. L’occasion d’un examen de conscience exigeant avec Philippe Martinez, qui revient pour Politis sur un mouvement qui éclaire d’un jour nouveau les difficultés de la désormais deuxième organisation syndicale française.
  Annick Coupé ancienne porte-parole de l’Union syndicale Solidaires et actuellement engagée dans Attac. Alors que le mouvement des Gilets Jaunes est en phase de dépasser les records de longévité du mouvement social en France, la CGT et Solidaires ont appelé à une journée de grève interprofessionnelle le 5 février. L’équipe du Fil a rencontré Annick Coupé pour discuter de l’avenir du mouvement syndical et social. }
  Pour le CDFN de la FSU, projet de société et mouvement syndical sont interrogés Texte voté au CDFN des 22 et 23 janvier.
Notre pays, comme beaucoup d’autres pays en Europe et dans le monde, traverse actuellement une crise profonde qui trouve ses origines dans la crise économique et sociale qui a explosé en 2008. Il s’agit aujourd’hui, d’une crise multiforme économique, sociale, culturelle, politique à laquelle s’ajoutent la crise climatique et ses conséquences. Les inégalités n’ont, depuis plusieurs années, cessé de se creuser. Le taux élevé de chômage ne se réduit pas et la précarité s’installe. Cette situation est accentuée par un dialogue social déficient dont la responsabilité incombe pleinement au gouvernement dans sa volonté de contourner les organisations syndicales représentatives.
  Emmanuel Macron face à une France pessimiste et divisee Pour mieux comprendre l’état d’esprit des Français, Ipsos a réalisé pour Challenges une grande enquête sur leur moral, leur perception de l’état du pays et leurs attentes. Quelles perspectives pour les Français ? Quels sont les grands sujets au cœur de leurs préoccupations ? Quel regard portent-ils sur le chef de l’État ?
  L’INSTITUT
  C’est une chance et un espoir. Qu’est-ce qui jette hors de chez eux chaque samedi des dizaines de milliers de personnes, malgré le froid, la fatigue et les risques sérieux encourus ?
Que manquait-il aux syndicats pour toucher et mettre ainsi en mouvement ces personnes, dont les revendications en matière de pouvoir d’achat et de démocratie rejoignent très largement les leurs ?
Peut-on se contenter de répondre par l’inégalité, certes évidente, de traitement médiatique ? Lire la suite
   » La formation est un sujet important que l’on porte à la FSU… » Stage « Formation continue : un enjeu syndical ? » – 31 janvier 2019. Intervention liminaire de Bernadette Groison, Secrétaire Générale de la FSU
« Je voulais être avec vous ce matin parce que la formation est un sujet important que l’on porte à la FSU, avec beaucoup d’insistance, à tous les niveaux : en demandes de formation, de plans de formation, d’amélioration de la formation. Parce qu’aujourd’hui il y a un vrai déficit de formation dans la Fonction publique, de manière globale. Lire la suite
  Une vraie alternative à l’enfermement des enfants La liberté Le Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, le Syndicat de la Magistrature, le Syndicat des Avocat.e.s de France, l’Observatoire International des Prisons organisent à Lyon le 15 février une conférence débat. Librairie Le Bal des Ardents 17 Rue Neuve 69001 LYON Lire la suite
  ON A VU
  En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic par Casilli L’essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s’en alarment, d’autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d’émancipation fondée sur la participation, l’ouverture et le partage. Lire la suite
  « Le mouvement des ’stylos rouges’ ouvre une page nouvelle dans les mobilisations enseignantes » par B. Geay « Le mouvement des ’stylos rouges’ ouvre une page nouvelle dans les mobilisations enseignantes », estime Bertrand Geay, sociologue, professeur de sciences politiques à l’université de Picardie et spécialiste du syndicalisme enseignant et des actions collectives dans le monde éducatif, dans une interview à AEF info le 9 janvier 2019. Lire la suite
  Grand débat national L’INSEE met à disposition sa bibliothèque Pour éclairer les grands débats locaux qui vont s’ouvrir au mois de janvier au niveau local, l’INSEE a pris l’initiative de compiler tous les travaux et publications de la statistique publique susceptibles d’éclairer la crise sociale récente. Fractures territoriales, émissions de de CO2, fiscalité écologique, taux de pauvreté, pouvoir d’achat, consommation, mobilités, sentiment de déclassement, bien-être… les nombreuses études proposées en ligne permettent un diagnostic approfondi de la France et de ses territoires. Lire la suite
  En mémoire de la « République populaire de Longwy » G.Noirel On commémore en ce moment dans le bassin de Longwy, le quarantième anniversaire du puissant mouvement social qui a transformé pendant plusieurs mois cette région en une « République populaire de Longwy » comme le signalait le Monde du 23 mars 1979. Jeune enseignant dans un collège de cette ville, j’ai moi-même participé à cette lutte collective. A l’heure où les médias dominants ne cessent de dénoncer la « violence » des gilets jaunes, je voudrais rappeler ce qu’était la lutte des classes quand le mouvement ouvrier n’avait pas encore été démantelé par le capitalisme financier mondialisé. Lire la suite
  AGENDA
  9 Février – 10 Mars Vacances de printemps – par zones.
  Jeudi 14 février à Lyon Bourse du travail Réunion de l’intersyndicale « Uni-es contre l’extrême droite »
  Vendredi 15 fév. 19h – 21h Conférence débat Une alternative à l’enfermement des enfants Librairie Le Bal des Ardents 17 rue Neuve 69001 Lyon
  PUBLICATIONS
  Regards Croisés N°28 ART
JOËL POMMERAT CIE LOUIS BROUILLARD Ça ira (1). Fin de Louis
DOSSIER
Obligation scolaire et droit à l’éducation
ENTRETIEN
Marc Bablet Lire la suite
  Pourquoi joindre l’inutile au désagréable ? Après « Manager ou servir » voilà un livre qui décrypte avec précision et humour les dogmes du nouveau management public et ses effets sur le travail
Un ouvrage qui se nourrit de nombreux témoignages d’agent.es de la fonction publique
Des propositions pour promouvoir des pratiques différentes expérimentées par les collectifs de travail Lire la suite

Poster un commentaire

Claude Lelièvre : quid de l’amendement sur « les établissements publics des savoirs fondamentaux »?

Pour en saisir le sens, on est a priori tenté de le situer dans le long fil de la question de l' » »école du socle commun ». Mais sans doute bien à tort. Et c’est ce qui est le plus préoccupant.

 D’abord parce que cette proposition adoptée le 30 janvier dernier par la Commission de l’Assemblée nationale  chargée d’examiner le projet de loi  »Blanquer » a été déposée  notamment par Cécile Rilhac (députée LREM) qui avait remis en août 2018 (avec la députée LR Valérie Bazin-Malgras) un rapport préconisant de créer un corps nouveau de directeurs d’école recrutés sur concours à qui seraient confiées des écoles de plus de 10 classes, les autres étant regroupées et confiées à la gestion des principaux de collège. A l’évidence, l’amendement reprend le deuxième volet de la préconisation faite en août 2018 par les deux députées dans leur rapport (qui ne se souciait nullement dans son ensemble de résoudre des problèmes de continuité entre le primaire et le collège dans le cadre d’une  »école du socle commun »)   » Le présent amendement vise à permettre le regroupement d’écoles avec un collège au sein d’un même établissement public local d’enseignement […] Cela permettra à de très petites écoles ( la moitié des 45000 écoles de France comptent moins de 4 classes) d’atteindre une taille critique rendant possible certains projets pédagogiques ainsi que des collaborations entre enseignants de cycles différents » est-il écrit dans  »l’exposé sommaire » de l’amendement.

Ensuite parce toutes les principales études qui se sont réclamées d’une  »école du socle » n’ont été nullement centrées sur la question des  »établissements publics » loin s’en faut. Par exemple, il est caractéristique que le premier numéro de la revue de l’AFAE ( l’Association française des acteurs de l’éducation)  intitulé « l’Ecole du socle » (édité en juin 2012 ) n’en parle pas du tout, et que son deuxième numéro là-dessus, sorti en juin 2018 et intitulé  »Vers l’école de demain: les professeurs de l’école du socle commun »,  très peu.

Dans la même veine, on peut noter que le rapport de  »Terra Nova » de 2014 « Pour une école commune du cours préparatoire à la troisième » ( où l’on relève notamment les noms de Jean-Pierre Obin et de Claire Krepper) insiste surtout sur les questions de rapprochement  entre le corps des professeurs des écoles et celui des certifiés (dans leurs formations et leurs fonctionnements) en préconisant sur le plan institutionnel des  »réseaux écoles-collèges » constituant des unités d’enseignement. Il ne recommande nullement de fondre école et collège dans une même structure: « le meilleur moyen d’aborder un aspect aussi complexe n’est sans doute pas de viser un stade administratif  »idéal » en créant ex-nihilo un nouvel établissement public rassemblant école et collège »

Enfin, le plus signifiant est l’absence de référence au  »socle commun ». Cela n’avait été nullement le cas (bien au contraire) pour la proposition de loi enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 15 février 2011, « visant à créer à titre expérimental des établissements publics du socle commun  » (déposée par les députés Frédéric Reiss, Dominique Le Mèner, Jacques Grosperrin, Guy Geoffroy et Claude Greff ).

Exposé des motifs: « Les enseignements qui permettent l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences sont dispensés dans deux entités, l’école et le collège, qui sont distinctes administrativement et pédagogiquement. La création d’établissements publics du socle commun permettrait de mettre fin à ce hiatus et de favoriser la continuité pédagogique et la mutualisation des moyens. Le socle commun de connaissances et de compétences, défini par la loi du 23 avril 2005 et complété par le décret du 11 juillet 2006 est une avancée considérable dans la lutte contre l’échec scolaire. Ainsi le livret personnel de compétences s’inscrit dans le continuum pédagogique de 6 à 16 ans. La continuité éducative au cours de chaque cycle et tout au long de la scolarité sera favorisée par des échanges d’enseignement entre le premier et le second degré ; des enseignants du second degré pourraient ainsi contribuer à l’apprentissage précoce des langues vivantes et des professeurs des écoles, véritables généralistes de l’enseignement, pourraient apporter leur expertise aux élèves ayant besoin d’un suivi individualisé en 6° et 5°, dans le cadre d’un PPRE (plan personnalisé de réussite éducative) ou non ».

L’amendement qui vient d’être retenu  est à l’évidence nouveau, aussi bien dans son objet et son contenu que dans son libellé: « établissements publics des savoirs fondamentaux ». Quand on se rappelle les longues discussions et affrontements à propos du  »socle commun  »ou de la  »culture commune « , l’inscription dans la loi  »Fillon » d’avril 2005 du « socle commun de connaissances et de compétences » puis dans la loi  »Peillon »  de juillet 2013 du  »socle commun de connaissances, de compétences et de culture » on ne peut qu’être sidéré de voir entrer ( par la petite porte) dans le projet de loi   »Blanquer »  une référence aussi évanescente qu’étriquée: « les savoirs fondamentaux ».

Lors de la publication des quatre circulaires en date du 26 avril 2018, les recommandations pédagogiques faites avaient été présentées comme devant « faciliter l’apprentissage des savoirs fondamentaux: lire, écrire, compter, respecter autrui ». Et cela est devenu le mantra de l’actuel ministre de l’Education nationale. Ceci explique sans doute cela?

Claude Lelièvre

Dans le Café : La loi Blanquer impose l’école du socle

Poster un commentaire

Déclaration AG parisienne du 06/02

AG des établissements parisiens #3

Mercredi 6 février 2018 – Salle Louise Michel à la Bourse du travail

Etaient représentés :

Collège Pailleron, Lycée S. Weil, Lycée Paul Valéry, Lycée Duruy, Lycée Jules Ferry, Lycée Quinet, Lycée Gabriel Fauré, Lycée Rodin, Lycée Voltaire, Lycée autogéré, Lycée Colbert.
Egalement présents : Parent d’élève FCPE Turgot, étudiante de Paris I, des représentants SNFOLC 75, puis en cours d’ag présence de représentants syndicaux CGT, SUD et FO ayant participé à l’intersyndicale 2nd degré.

Etat de la mobilisation :

– 3 établissements ont reconduit la grève à Paris ce mercredi : Lycée Duruy, Lycée Rodin, Lycée Paul Valéry.
4 autres établissements ont reconduit : Balzac à Mitry-Mory, Macé à Vitry-sur-Seine, Jaurès à Montreuil et Olympe de Gouges à Noisy-le-sec. (Mise à jour : ce jeudi ils ont tous reconduit et ont été rejoints par S. Weil à Paris, E. Galois à Noisy-le-Gd, Renoir à Bondy et Utrillo à Stains. Soit 11 établissements en reconductible en IdF)
– Un communiqué commun à 5 établissements partis mercredi en reconductible a été diffusé.
– Plusieurs établissements se positionnent pour les nuits des lycées des 7 et 12 février.
– A Rodin, 10 AED ont reconduit la grève mercredi.
– Blocage des universités Tolbiac et Sorbonne mardi 5, sur l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers. AG vendredi.
– L’intersyndicale parisienne du second degré, SNES-CGT-FO-SUD, réunie ce jour, soutient les établissements en grève reconductible et appelle les établissements à se réunir en AG pour décider toute forme de mobilisation, y compris la grève. L’intersyndicale de Créteil appelle elle clairement à la grève reconductible.

Nous exigeons dès maintenant :

► Le retrait de toutes les réformes Blanquer-Vidal-Pénicaud-Macron du lycée professionnel, du lycée, du bac, de Parcoursup, des concours de recrutement des enseignants (Capes notamment) ou des transformations du statut des AED.

►  La titularisation de tous les contractuels par des concours ad-hoc mettant un terme à la précarisation des métiers.

►  Une augmentation immédiate des traitements et des salaires, des pensions et des retraites de 300 euros pour toutes et tous, ainsi que leur indexation sur l’inflation.

► Une norme de 25 élèves par classe dans tous les niveaux (quand la réforme du lycée prévoit la généralisation de 35 élèves par division) et des seuils légaux et nationaux de dédoublement sur des critères pédagogiques permettant l’activité et le suivi de chaque élève.

► L’abandon du projet consistant à imposer une seconde heure supplémentaire.

► Des horaires et des rythmes scolaires nationaux, une nouvelle politique nationale de l’éducation et du temps libre garante de l’égalité et de l’accessibilité de toutes et tous aux loisirs sportifs et éducatifs.

► Une véritable  gratuité de l’éducation publique pour l’équipement des lycén-ne-s professionnel-le-s comme pour les étudiant-e-s (des frais de scolarité égaux pour toutes et tous, y compris les étudiant-e-s étrangers).

► Une nouvelle reconnaissance des droits syndicaux et politiques des lycéen-ne-s et étudiant-e-s, des droits de réunion, d’information.

► Le respect de la liberté d’expression menacée par la loi Banquer, ainsi que le respect du droit de manifester menacé par la loi dite « anti-casseur ».

► L’abandon du projet d’un 2e et 3e jour de carence dans la fonction publique.

L’AG des établissements parisiens :

 Condamne le choix du gouvernement qui est celui de la répression envers les manifestants, notamment par l’usage des LBD et de grenades de désencerclement. Dernière victime en date sur une longue liste de manifestants réprimés et meurtris, Louis Boyard, représentant du syndicat lycéen UNL.

 Appelle les établissements à se mobiliser en organisant des occupations lors des nuits des lycées des 7 et 12 février, en y invitant autant que possible les parents d’élèves.

 Soutient les collèges qui se mobilisent contre les baisses de DHG.

 Soutient les établissements qui sont d’ores et déjà entrés en grève reconductible.

 Appelle les établissements à se réunir en assemblée générales pour débattre de la grève reconductible.

 Appelle à participer massivement à L’AG Ile de France du vendredi 8 février à 19h, bourse du travail de République

Poster un commentaire

Communiqué établissements en reconductible IdF

A diffuser sur les réseaux, merci !

Communiqué des enseignants en grève reconductible en Ile de France – JOUR #2

Jeudi 7 février

Nous sommes enseignants à Balzac à Mitry-Mory, Jean Macé à Vitry-sur-Seine, Olympe de Gouges à Noisy-le-sec, Rodin, Duruy et Paul Valéry à Paris. Nous avons décidé de reconduire la grève mercredi 6. Aujourd’hui, jeudi 7 février, le lycée Camille Claudel à Pontault Combault, le collège Renoir à Bondy, le Lycée Evariste Galois à Noisy-le-Grand, le lycée Utrillo à Stains et le lycée Simone Weil à Paris nous rejoignent dans la grève.

Nous pensons que la gravité des attaques que subit le service public d’éducation à travers les réformes du lycée général et technologique, du baccalauréat, du lycée professionnel et Parcoursup, justifie une mobilisation d’ampleur.

Monsieur Blanquer affirme que les enseignants soutiennent ses réformes. Pourtant, partout en France, plus de 200 collectifs d’établissements sont déjà mobilisés et organisent la lutte contre ces reculs inacceptables, inacceptables pour les usagers du service public d’éducation, inacceptables pour les conditions de travail des agents du service public, titulaires ou non, que nous sommes.

Ces réformes vont amplifier les inégalités territoriales dans l’offre éducative, dégrader les conditions de travail des élèves et des enseignants, sacrifiées sur l’autel des réductions budgétaires. En témoignent les 2650 suppressions de postes dans le secondaire programmées pour la rentrée 2019, les 400 suppressions de postes administratifs et les heures supplémentaires qui se multiplient.

Nous appelons les enseignants à nous rejoindre dans la grève reconductible, les parents, les élèves et tous les citoyen-ne-s à nous soutenir. L’éducation est l’affaire de tous.

contact : collectifpvenlutte@vivaldi.net  (06 18 40 51 99 ;  06 78 57 13 34)

Poster un commentaire