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Programme commun de la Nupes : accord sur le social et la 6e République, dissensions sur l’Europe

par Rédaction

Le programme de coalition de la Nouvelle union populaire écologique et sociale propose des centaines de mesures pour la transitons écologique, la hausse du Smic, la retraite à 60 ans… Mais il reste des points de désaccord entre les partis de gauche.

Huit chapitres, des centaines de mesures… La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) a présenté son programme commun d’union de la gauche le 19 mai. Un « programme partagé de gouvernement » dans la perspective d’une possible majorité de l’union des gauches après les législatives des 12 et 19 juin. La France insoumise, le Parti socialiste, les Verts, le Parti communiste et Générations se sont mis d’accord sur une série de propositions, et écrit mis noir sur blanc leurs désaccord sur plusieurs sujets.

Assurance-chômage : cesser les radiations à tout-va

La Nupes rejette la réforme de l’assurance chômage d’Emmanuel Macron, qui réduit l’indemnisation de nombreux chômeurs. Au contraire, le programme des gauche veut indemniser les chômeurs dès le premier jour de la fin de contrat, supprimer l’obligation d’accepter une soi-disant « offre raisonnable d’emploi », cesser la radiation des demandeurs d’emploi indemnisés à la première absence à un rendez-vous et « en finir avec la logique de radiation au moindre prétexte pour faire baisser artificiellement les chiffres du chômage ».

Par ailleurs, la Nupes souhaite mettre ne place une « garantie d’emploi » : « Tout chômeur de longue durée pourra se voir proposer un emploi utile », « rémunéré au moins au SMIC, financé par l’État et cohérent avec ses qualifications, son parcours professionnel et ses souhaits », ou « suivre une formation qualifiante prise en charge à 100 % ».

Vie au travail : vers la semaine de 32 heures

Parmi les propositions du programme contre la souffrance au travail, sont listées : la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle qui n’est pour l’instant que reconnu au cas par cas et si ses conséquences pour le salarié sont très graves [1], le doublement des effectifs de l’inspection du travail, qui compte actuellement 1800 inspecteurs et agents de contrôle, « soit un pour 1000 entreprises et 10 000 salariés », selon la CGT ; restaurer les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), supprimés par Emmanuel Macron.

La Nupes propose également de « créer un droit de préemption pour permettre aux salariés de reprendre leur entreprise sous la forme d’une coopérative », de donner plus de pouvoir aux salariés lors des procédures de redressement et de liquidation d’entreprise, d’accorder aux comités d’entreprise un droit de veto suspensif sur les plans de licenciements. La Nupes envisage aussi de rétablir la durée effective hebdomadaire du travail à 35 heures (les équivalents temps plein travaillent, en moyenne, plus de 40h par semaine), par la majoration des heures supplémentaires ; passer immédiatement aux 32 heures dans les métiers pénibles ou de nuit – Un tiers des salariés sont exposés aux postures pénibles ou fatigantes durant le travail – et leur généralisation par la négociation collective ; remettre en cause les autorisations de travail le dimanche.

Retraites : taux plein à 60 ans

La Nupes reprend le programme de Jean-Luc Mélenchon de la retraite à 60 ans à taux plein pour toutes et tous « après quarante annuités de cotisation ». Elle veut aussi rétablir la prise en compte des facteurs de pénibilité supprimés par Emmanuel Macron, prendre en compte le RSA pour valider des trimestres en vue de la retraite.

Transition énergétique : divergences sur le nucléaire

Le programme dit vouloir « planifier le passage à 100 % d’énergies renouvelables et la sortie du nucléaire », et abandonner les projets de réacteurs nucléaires EPR. La Nupes refuse par ailleurs la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz. Elle veut stopper la privatisation des barrages hydroélectriques, créer un pôle public de l’énergie incluant EDF et Engie, qui seraient renationalisé, « ainsi que des coopératives locales ». Le programme commun ambitionne de rénover 700 000 logements par an pour les rendre moins consommateurs d’énergie, contre, actuellement, quelques dizaines de milliers de rénovation avec réelle efficacité énergétique.

Sur la politique énergétique, plusieurs désaccords sont exprimés. Sur le nucléaire, « le Parti communiste français proposera une trajectoire qui combine les énergies renouvelables à l’énergie nucléaire et ne s’associera pas à l’objectif 100 % renouvelables et à l’abandon des projets d’EPR ». Par ailleurs, Le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts ne soutiennent pas la renationalisation d’Engie.

Agriculture : sortie progressive des pesticides

La Nupes veut « refondre la politique agricole commune (PAC) », en réorientant les aides vers « les exploitations intensives en main-d’œuvre » – celles qui emploient davantage de travailleurs plutôt que de recourir intensivement à la mécanisation et aux produits chimiques – et l’agriculture écologique et paysanne, avec l’objectif d’atteindre 30 % de la surface agricole utile en agriculture biologique en 2030 (à peine 10 % actuellement selon l’Agence bio) et 100 % en 2050. Le programme entend luttercontre l’artificialisation des sols « pour empêcher la disparition de surfaces agricoles utiles ». Sans donner de calendrier précis, le programme dit vouloir « planifier la sortie progressive des engrais et de pesticides de synthèse », et interdire immédiatement le glyphosate et les néonicotinoïdes.

Droit au logement : baisser et encadrer les loyers

C’est un autre sujet crucial, qui pèse sur les revenus des ménages, et qui reste un impensé du nouveau gouvernement, sans ministère dédié. Le programme commun veut interdire les expulsions locatives sans proposition de relogement public, mettre en place une garantie universelle des loyers créant un filet de sécurité contre les impayés de loyers pour les locataires, comme pour les propriétaires ; encadrer les loyers partout sur le territoire et à la baisse dans les grandes villes ; construire 200 000 logements « publics » par an pendant cinq ans (contre environ 80 000 mis en chantier actuellement) ; relever le seuil minimal de logements sociaux par commune à 30 %, et augmenter les sanctions contre les communes hors la loi. La Nupes entend également « utiliser le droit de réquisition » (qui existe dans la loi depuis 1945 mais n’est jamais utilisé par l’Etat) pour lutter contre les logements vacants et les remettre en location.

Santé : rouvrir les services d’urgence

Alors que les services d’urgences et les lits d’hôpitaux ferment partout, le programme promeut la réouverture des services d’urgences, des maternités et des Ehpad publics « assurant un service de santé public de proximité à moins de trente minutes de chaque Français » ; revaloriser les métiers et les revenus et augmenter les capacités d’accueil des établissements de santé publics, notamment les hôpitaux. Contre les déserts médiaux, il est proposé : la création de centres de santé publics, des coopératives médicales, un conventionnement sélectif (limiter l’installation de nouveaux médecins dans les zones déjà largement dotées), des obligations temporaire d’installation.

Enseignement supérieur : supprimer Parcoursup

Sur les universités et l’accès aux études supérieurs, les mesures envisagées sont : la suppression de la sélection à l’université aggravée par Parcoursup ; la création de nouvelles places d’études en particulier en première année et dans les formations courtes ; abroger l’augmentation des frais d’inscription décidée par Emmanuel Macron pour les étudiants étrangers ; recrutement de 30 000 personnels statutaires dans l’enseignement supérieur et la recherche en cinq ans ; titularisation des personnels précaires qui effectuent des missions pérennes ; abrogation de la dernière loi de programmation de la recherche qui prévoyait plus d’emplois précaires dans les universités ; construction de 15 000 logements étudiants supplémentaires par an.

Réformes des institutions : vers une 6e république

Dans l’optique d’éventuellement gouverner, mais en coalition avec le président Macron, le programme de la Nupes veut renforcer les pouvoirs du Parlement face au président. Et passer à la 6e République, « qui soit un régime parlementaire stable », avec une nouvelle constitution adoptée par référendum, pour « en finir avec la monarchie présidentielle ». Ainsi, la Nupes propose d’abolir « les procédures qui brident les droits du Parlement », comme l’article 49.3 qui permet au gouvernement de passer des lois sans vote.

Le programme des gauche entend par ailleurs renforcer les pouvoirs de contrôle du Parlement notamment sur les opérations militaires extérieures. Parmi les autres propositions : instaurer le référendum d’initiative citoyenne (RIC), droit de vote à 16 ans, reconnaissance du vote blanc, droit de vote des résidents étrangers aux élections locales ; une procédure de parrainages citoyens pour l’élection présidentielle en alternative aux 500 parrainages d’élus. En outre, la Nupes amnistiera les « citoyens, syndicalistes, militants écologistes, politiques, associatifs et Gilets jaunes » qui ont été condamné pour avoir « exercé leur droit de manifester ».

Changer la police

Après un quinquennat où la questions des pratiques et violences policières ont régulièrement fait les gros titres, la Nupes veut aussi réformer la police : interdire les armes mutilantes, les techniques d’immobilisation létales et la technique de la «  nasse  » ; rétablir la police de proximité ; supprimer les primes aux résultats « qui encouragent la politique du chiffre » ; abroger la loi Sécurité globale ; remplacer l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) et l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) par une « autorité indépendante incluant des magistrats, des universitaires, des citoyens ».

International : divisions sur l’Europe et l’Otan

C’est le domaine où les désaccords entre les différents partis de la Nupes sont les plus nombreux. Sur l’Union européenne, « nous partageons l’objectif commun de mettre fin au cours libéral et productiviste de l’Union européenne et de construire un nouveau projet au service de la bifurcation écologique, démocratique et solidaire, même si nos histoires avec la construction européenne diffèrent », dit le programme. Mais alors que la France insoumise et le Parti communiste se disent « héritiers du non de gauche au Traité constitutionnel européen en 2005 », le PS « est attaché à la construction européenne et ses acquis », et EELV « historiquement favorable à la construction d’une Europe fédérale ». Les partis se sont cependant mis d’accord pour « mener les batailles au sein du Conseil de l’Union européenne » pour « constituer des alliances pour obtenir des majorités sur des textes favorisant le progrès social et écologique, former des minorités de blocages sur des textes qui y sont contraires, opposer notre droit de veto aux accords de libre-échange ».

Sur l’invasion russe en Ukraine, le programme affirme « défendre la souveraineté et la liberté de l’Ukraine et du peuple ukrainien ainsi que l’intégrité de ses frontières, dans un contexte international de tensions et de guerre sur le continent européen et face aux crimes de guerre décidés par Vladimir Poutine ». Sur l’Otan, LFI demande toujours « le retrait immédiat de la France du commandement intégré de l’Otan puis, par étapes, de l’organisation elle-même ». La demande est soutenu par les communistes, qui veulent même la « dissolution » de l’Otan.

Le PS et EELV quant à eux, « soutiendront le renforcement de la coopération militaire au niveau de l’Union européenne, la création d’un commandement militaire opérationnel européen, ainsi que l’intensification des livraisons d’armes à l’Ukraine et la mise en place d’un embargo total et immédiat sur les importations russes de pétrole, de charbon, de combustible nucléaire et de gaz. » Ces dissensions seront à discuter au sein du Parlement, dit le programme. La Nupes assure n’avoir « rien voulu cacher » sur les désaccords. Reste à voir si ce grand chantier de réflexion sur la politique internationale de la France, ses principes fondateurs, ses alliances et les moyens de sa défense, sera sérieusement ouvert.

Notes

[1Un salarié en burn out peut être indemnisé par l’Assurance maladie si son trouble est directement lié au travail et a provoqué une incapacité permanente partielle (IPP) d’au moins 25 %.

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Entre opposition pugnace et force de proposition : le bilan du groupe LFI à l’Assemblée nationale

par Ivan du Roy, Rachel Knaebel

On ne peut pas leur reprocher leur inactivité : le groupe des député.e.s, dont nombre de novices en politique, de La France insoumise a beaucoup questionné et proposé ces cinq dernières années, souvent en vain.

Des « néo-bolcheviques », une alliance « d’extrême gauche », « déshonorante », qui provoquera un « désastre » : la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) semble faire craindre le pire à certains commentateurs habitués des plateaux télés (voir le sympathique condensé réalisé par Blast). C’est que l’alliance réunissant insoumis, écologistes, socialistes et communistes a de bonnes chances de faire élire plus de 150 député.e.s à l’Assemblée après les élections législatives de juin (voir notre carte des circonscriptions que la gauche peut gagner). Lors de la précédente législature, les partis désormais membres de l’union des gauches ne comptaient que 62 députés : aucun pour les Verts, 15 pour le Parti communiste, 28 pour les socialistes, et La France insoumise (LFI), alors nouvelle venue, 17.

La gauche, autour de LFI, pèsera donc a priori bien plus dans la prochaine Assemblée. Et si les nouveaux députés sont aussi actifs que leurs prédécesseurs, ce sera plutôt rassurant pour le débat démocratique et pour faire remonter à l’Assemblée des situations et des revendications souvent ignorées par la majorité présidentielle. Le groupe des député.e.s LFI sortants, quoi qu’on pense de leurs propositions, ont largement participé au travail de fond, porté des débats et des propositions d’intérêt général au sein de l’hémicycle. Voici un panorama de l’action de ces parlementaires « néo-bolcheviques »…

Caroline Fiat, la voix des soignantes

Caroline Fiat a consacré une bonne partie de son mandat à porter la voix des soignant.e.s de l’hôpital public et des Ehpad. Logique : elle est elle-même aide-soignante de profession, en Moselle. Et la seule élue « ouvrière » de la santé à l’Assemblée, aux côtés d’une trentaine de médecins. En 2018, elle rédige avec une députée LREM, Monique Iborra, un rapport sur les Ehpad. Les deux élues proposent de fixer le nombre de soignants (infirmiers et aides-soignants) à 6 équivalents temps plein pour 10 résidents. Soit le double de ce qui est pratiqué actuellement en Ehpad. Ce rapport débouche, en 2021, sur une proposition de loi qui vise à mettre en place une obligation d’encadrement minimal dans les Ehpad. Le projet est soutenu par le reste du groupe LFI.

Elle planche également en 2019 sur un texte pour interdire les dépassements d’honoraires médicaux, afin de garantir un meilleur accès au soins. Puis, en janvier 2021, elle propose d’attribuer la même prime « post covid » aux personnels soignants des établissements médico-sociaux, « oubliés » du Ségur de la santé, qu’à ceux des hôpitaux. Un mois plus tard, le ministre de la Santé d’alors, Olivier Véran, annonce accorder cette prime de 183 euros aux autres professions médico-sociales qui en étaient initialement exclues.

François Ruffin aux côtés des aides-ménagères

François Ruffin, journaliste, fondateur du journal picard indépendant Fakir et député de la Somme, s’est aussi engagé pour les travailleuses et travailleurs du soin, dans deux propositions de loi en 2020. La première tentait de faire « reconnaître les métiers du lien », pour améliorer les conditions de travail et garantir une rémunération minimum aux auxiliaires de vie sociale et aux AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), en prévoyant par exemple qu’elles puissent être recrutées en CDI.

L’autre proposition ambitionne de mieux encadrer la sous-traitance dans le recours au personnel de ménage, en garantissant l’égalité de salaire et une majoration de 50 % des heures de soir et de nuit. Le député de la Somme a également proposé une loi pour étendre le RSA au jeunes de 18 à 25 ans.

Écologie : transférer l’aérien vers le train, en finir avec l’intoxication au glyphosate

Sur les questions écologiques, François Ruffin s’est attaqué dès 2019 au sacro-saint transport aérien. Il a proposé de remplacer les vols intérieurs par le train « quand c’est possible… », c’est-à-dire quand le trajet équivalent en train ne prend pas plus de deux heures de plus que le trajet en avion. Les vols domestiques (Outre-mer compris) génèrent 20 % des émissions de CO2 du secteur aérien en France. Dans la proposition, les vols Paris-Rennes, Paris-Brest, Paris-Marseille, Brest-Rennes (entre autres) auraient été transférés vers le rail. François Ruffin a aussi proposé d’instaurer un quota carbone individuel pour limiter l’usage de l’avion. Deux ans plus tard, la suppression des vols domestiques, dont le trajet était réalisable en moins de 4 heures de train, sera l’une des mesures phares de la Convention citoyenne pour le climat. Sans succès également.

Autres combats des députés insoumis pour l’environnement : l’interdiction des pesticides à base de glyphosate, la non-prolifération des « fermes-usines » (une proposition déposée par Bénédicte Taurine, enseignante et élue de l’Ariège), et la création d’un délit d’obsolescence programmé et d’une garantie de disponibilité des pièces détachées, a minima sur la durée de garantie légale (par le député de Gironde, Loïc Prud’homme).

Bannir les armes et techniques policières dangereuses

Autre spécificité des insoumis : ils et elles font partie des rares élus à porter au sein de l’hémicycle la lutte contre les violences policières arbitraires ou illégales. La députée de Paris Danièle Obono en 2019, puis l’année suivante François Ruffin, ont ainsi tenter de légiférer pour bannir les techniques dangereuses d’immobilisation : celles dites du plaquage ventral et du pliage – quand un interpellé est entravé, plaqué au sol, la tête immobilisé, contraint parfois de supporter le poids d’un ou plusieurs policiers [1]. Ces techniques d’interpellation ont provoqué des asphyxies respiratoires, et sont notamment mises en cause dans la mort de Cédric Chouviat, livreur de 42 ans, mort en janvier 2020 lors d’un contrôle par des agents de la police nationale.

Alexis Corbières, député de Seine-Saint-Denis, a demandé en 2019, dans la foulée du mouvement des Gilets jaunes et de sa brutale répression, que les forces de l’ordre ne soient plus équipées de lanceurs de balles de défense et de « grenades lacrymogènes instantanées de type F4 ». Les premiers sont la cause de l’éborgnement d’une trentaine de manifestants pendant le mouvement des Gilets jaunes (sans oublier toutes celles et ceux qui en ont fait les frais, dans les quartiers populaires ou les mouvements sociaux précédents). Les secondes, du fait de la charge de TNT qu’elles contiennent, sont responsables de plusieurs mutilations et pertes de membres (mains arrachées). Ces grenades controversées ne sont, officiellement, plus censées faire partie de l’arsenal du maintien de l’ordre depuis 2021.

Le groupe insoumis est aussi à l’initiative d’une demande de commission d’enquête sur la « composition chimique des grenades utilisées par les forces de sécurité intérieure et ses conséquences sur la santé des personnes exposées » et d’une demande de créer « une commission d’enquête sur la violation des droits humains aux frontières françaises », au regard des traitements réservés aux exilés dans la région de Calais ou le long la frontière franco-italienne. Face à la question des contrôles de police discriminatoires à répétition, Éric Coquerel (député de Seine-Saint-Denis), a déposé une proposition de loi « relative à l’instauration d’un récépissé dans le cadre d’un contrôle d’identité ».

Face aux violences d’extrême droite qui s’intensifient, la députée de l’Hérault Muriel Ressiguier dépose une proposition de résolution en 2018 sur « la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France ». Elle y invite « le gouvernement à dissoudre les groupuscules d’extrême droite qui sévissent sur notre territoire ». Elle a aussi réalisé un rapport sur le sujet.

Victoire sur l’endométriose

C’est une des rares propositions du groupe de La France insoumise qui a finalement été adoptée par la majorité présidentielle. Fin 2021, la députée Clémentine Autain dépose une proposition de résolution visant à reconnaître comme une affection longue durée l’endométriose, une maladie chronique qui touche de nombreuses femmes et peut provoquer des douleurs invalidantes. Cette reconnaissance doit permettre une prise en charge à 100 % par l’Assurance-maladie. La mesure est votée à l’Assemblée début 2022, à la suite d’une annonce de Macron pour une stratégie nationale de prise en charge de diagnostic de la maladie.

Référendums d’initiative citoyenne, contrôle parlementaire des exportations d’armements…

Le groupe LFI n’a pas chômé sur la question de la réforme des institutions politiques françaises. Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbières ont déposé une série de propositions de loi sur le sujet : pour instaurer la proportionnelle intégrale au scrutin législatif, pour ouvrir la possibilité de référendums d’initiative citoyenne, pour un droit de révocation des élus ; ou encore pour renforcer le contrôle par le Parlement sur les exportations d’armements militaires, un sujet sur lequel le député Sébastien Nadot, dissident précoce du parti présidentiel, a également été très actif. Mais, ce dernier, élu de Haute-Garonne, ne se représentera pas.

Pendant le Covid : pôle public du médicament et nationalisations de secteurs stratégiques

Tout au long de la pandémie, les député.es LFI ont proposé des mesures pour faire face aux conséquences du Covid. En avril 2020, Jean-Luc Mélenchon demande un moratoire sur les loyers pendant l’épidémie, la création d’un pôle public du médicament, la réquisition des entreprises du secteur du textile au profit de la fabrication de masques, et la nationalisation des sociétés Luxfer Gas Cylinders, fabricant d’oxygène médical et Famar, producteur de médicaments, un sujet en théorie partagé par Emmanuel Macron qui assure alors « rendre à la France son indépendance sanitaire ». En mai 2020, Adrien Quatennens, député du Nord, tente de faire reconnaître le Covid-19 comme maladie professionnelle pour les travailleuses et travailleurs, au-delà des soignants, susceptibles d’avoir contracté le virus dans leur activité professionnelle.

Otan : la question qui fâche

C’est l’un des sujets qui divisera probablement les futurs élus de l’alliance de gauche : la question de l’Otan, des alliances militaires et des moyens à consacrer à la défense. Fin 2021, Bastien Lachaud, élu LFI de Seine-Saint-Denis, demande, à l’occasion de la crise diplomatique provoquée par l’annulation de la vente de sous-marins par l’Australie, au gouvernement de retirer la France de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan). Les député.e.s insoumis considèrent alors, au vu des interventions passée dans les Balkans (ex-Yougoslavie), en Afghanistan et en Libye, que l’alliance comporte un « caractère belliciste », reste largement dominée par les intérêts des États-Unis et que « la France dispose, en toute autonomie, des moyens de sa défense nationale ».

Nucléaire : sûreté des installations et amélioration du statut des sous-traitants

Sur la question des installations nucléaires françaises, la députée LFI Mathilde Panot (élue du Val-de-Marne) a déposé deux demandes de commission d’enquête en 2021 : sur la fuite de documents confidentiels relatifs à la sécurité du site de l’EPR de Flamanville et sur la sûreté et la sécurité de la centrale nucléaire de Tricastin. Elle essaie aussi de faire avancer la cause des travailleurs sous-traitants du nucléaire, pour qu’ils « disposent d’un suivi médical identique à celui des agents statutaires des exploitants du secteur nucléaire », et que le responsable d’une installation nucléaire soit « responsable pénalement des maladies professionnelles ayant pour origine le niveau d’exposition des travailleurs, tous statuts confondus ». Comme la quasi-totalité des mesures proposées par LFI dans l’opposition, cette demande a été ignorée par la majorité.

La soixantaine de députés de gauche (LFI, PS, PC) de la précédente législature ont par ailleurs souvent bataillé ensemble contre plusieurs projets gouvernementaux, avec parfois quelques succès à la marge. Ils se sont opposés de concert à l’affaiblissement du droit du travail, à la suppression de l’ISF, ou à la loi sécurité globale et son pendant sur les « séparatismes ».

À l’issue des élections législatives, la coalition de gauche nouvellement créée, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), devrait au minimum doubler le nombre de ses députés à l’Assemblée, avec le renfort d’un groupe parlementaire écologiste, et le triplement des élus insoumis. Même sans disposer d’une improbable majorité, les élus de la Nupes, bien plus nombreux, seront en mesure de mettre davantage de propositions de loi à l’ordre du jour, donc d’obliger la majorité macroniste à en débattre, et, qui sait, à les faire adopter.

Ivan du Roy, Rachel Knaebel

CC BY-NC-ND 2.0 Magali
via flickr
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Contre les offensives libérales, s’organiser !

Contre les offensives libérales, s’organiser !

Communiqué 25 mai 2022

Bonjour,

Le fossé ne cesse d’élargir entre riches et pauvres, entre puissant.es et précaires, entre pays du Nord et du Sud, à l’échelle de la planète et au sein de nos sociétés. L’instabilité mondiale poussée par les conflits, la pandémie Covid19 et la crise climatique accélère ces inégalités. Face à ce constat, Attac a besoin de vous pour intensifier son combat !

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Une crise systémique


Deux grandes offensives idéologiques apportent leurs réponses radicales à cette situation inédite. L’une promeut un repli nationaliste et xénophobe et l’autre, un ultralibéralisme autoritaire dont l’austérité est l’arme principale.
Toutes deux sont porteuses de recul des droits et des solidarités et s’avèrent incapables de répondre à la crise écologique.
L’élection d’Emmanuel Macron annonce une offensive de démantèlement des services publics, de nos systèmes de retraite et de nos systèmes de protection sociale. Le tout, au service des plus riches, des multinationales et de leurs dirigeants.
La période qui s’ouvre est marquée par une tentative d’imposer de manière irréversible une politique nocive pour les populations !

Face à l’offensive, s’organiser !


Le mouvement contre les retraites de fin 2019 à début 2020, stoppé par le Covid, a su défendre un système de retraites solidaire pour tous·tes. La naissance du collectif « Plus Jamais ca », inédit à bien des égards, a su livrer porter des proposition sociales, économiques et écologiques cohérentes tout en obtenant des victoires, notamment avec le sauvetage de la Chapelle d’Arblay !
Attac a pris sa part dans ces luttes avec des mobilisations et actions fortes visant à dénoncer les profiteurs de crise, l’évasion fiscale tout en s’impliquant dans les mobilisations du mouvement social.
Face aux annonces de Macron, le mouvement social doit se renforcer et s’organiser !

Plus que jamais, la justice fiscale, sociale et écologique !


Attac prendra toute sa part au sein des mouvements sociaux dont le rôle doit être de porter un message d’espoir, de résistance et de rupture avec le néolibéralisme. Notre capacité à jouer notre rôle de contre-pouvoir dépend majoritairement du soutien et de la générosité des personnes.
En soutenant Attac mensuellement, vous agissez concrètement en donnant à notre association les moyens d’agir maintenant et sur le long terme partout en France. Vous nous permettez de renforcer notre rôle de contre-pouvoir, d’assurer notre indépendance financière, de produire de l’expertise, de développer l’éducation populaire, de passer à l’action et de construire, avec d’autres, des rapports de force indispensables.
Nous ne sommes pas résigné·es et sommes déterminé·es, plus que jamais, à contribuer à la transformation sociale et écologique !

D’avance, nous vous remercions.
L’équipe d’Attac

Informations complémentaires

Les adhésions et dons en ligne auprès d’Attac France sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66 % dans la limite de 20 % de vos revenus imposables. Pourtant, Attac n’est pas une niche fiscale ! Notre association est en effet reconnue d’utilité publique dans sa mission d’éducation populaire. La dépense fiscale liée à cet abattement contribue à financer ces activités d’éducation populaire, qui pourraient relever d’un service public, à travers des réunions publiques dans toute la France, des publications, des campagnes et des initiatives… notamment sur la thématique de la justice fiscale.

Attac France — 2022
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Illettrisme : Un rapport demande une vraie mobilisation de l’éducation nationale

 » C’est plus de 10 % de nos élèves, « qui ont toujours été en retard sur les compétences affichées », qui empruntent « ce couloir de l’illettrisme ». Un tel scénario a beau être connu, il reste de l’ordre de l’impensé pédagogique », estime le rapport des inspecteurs généraux  Renaud Ferreira de Oliveira et Catherine Mottet. « De la maternelle – voire avant – jusqu’en 3e, des alertes sont ignorées, des seuils mal négociés, des apprentissages essentiels manqués, creusant d’année en année des écarts devenus irréversibles. Cet échec programmé est souvent vécu par les élèves, leurs familles et les enseignants comme une fatalité, chacun s’habituant à ce qu’une partie des élèves reste au bord du chemin ». Le rapport décrit en détail comment l’illettrisme est mal pris en charge au collège et reste « un impensé pédagogique ». « Des mesures structurelles, des dispositifs et des outils existent déjà à la main de l’institution, de ses acteurs et partenaires pour détecter les risques d’illettrisme et y remédier au plus tôt. Ils restent diversement mis en oeuvre et insuffisamment partagés », estimele rapport. « S’attaquer efficacement à ce mal insidieux, dont il importe de reconnaître les formes spécifiques, passe par la coordination et la cristallisation des ressources et énergies (en matière de pilotage national et académique) afin de développer et d’accompagner l’acquisition de mesures-réflexes adaptées tout au long de la scolarité des élèves, et tout particulièrement au plus tôt : détecter et tester finement, classer les difficultés pour y remédier instantanément, suivre attentivement. Cela passe également par la mobilisation massive d’outils nouveaux et l’encouragement de gestes professionnels encore minorés. La formation raisonnée des acteurs, en lien avec les avancées de la recherche et les initiatives des partenaires, revêt de ce point de vue un rôle déterminant dans le traitement d’un mal qui prospère essentiellement du fait de la négligence et de la méconnaissance ». Le rapport préconise de créer un Conseil scientifique et pédagogique et de renforcer le pilotage national et académique de façon à permettre « une prise en charge adéquate  » dans l’instant.

 

Le rapport

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Baromètre Unsa : L’éducation au fond du trou

« Combien de temps encore ça va durer ? » Commentant le 23 mai les résultats du « Baromètre Unsa », Frédéric Marchand , secrétaire général de l’Unsa Education, s’inquiète des tensions dans l’Ecole. Si les enseignants aiment leur métier, un tiers déjà trouve qu’il n’a plus de sens. Un tiers aussi envisage de changer totalement de métier. Et seulement 16% conseilleraient l’enseignement à leur enfant. Autre révélation de cette très large enquête (plus de 40 000 participants), le rejet de la politique ministérielle, déjà massif depuis 2018, ne cesse decroitre. 2022 voit une nouvelle baisse avec seulement 5% des enseignants en accord et pas plus d’un quart des cadres. Blanquer a laissé l’éducation au fond du trou.

Sonder les coeurs de 43 000 personnels d’éducation

De mars à avril 2022, pour sa 10ème édition, 43 000 personnels d’éducation ont répondu aux questions du « Baromètre » de l’Unsa Education. Un nombre très important qui donne à cette enquête une vraie représentativité. D’autant que les adhérents ou sympathisants Unsa ne représentent que 33% des participants. La moitié se déclarent proches d’aucun syndicat.

Le baromètre sonde les coeurs des personnels de l’éducation, et comme il le fait depuis 10 ans on voit les évolutions se dessiner et les préoccupations apparaitre. Et cela on le voit aussi pour les différents métiers de l’éducation.

Malaise, défiance, rejet de la politique éducative du gouvernement

« Le malaise et la défiance envers le ministre JM Blanquer se sont encore amplifiés », explique Frédéric Marchand, secrétaire général de l’Unsa Education. Si globalement 92% des répondants aiment leur métier, 29% ne trouvent plus de sens à ses missions. C’est le cas de 33% des enseignants, 32% des IPR (inspecteurs du 2d degré) et 42% des IEN (inspecteurs du 1er degré). 33% des enseignants envisagent de quitter l’éducation pour travailler dans le secteur privé (hors enseignement). Ils étaient deux fois moins nombreux en 2016. C’est aussi le cas de 24% des personnels de direction, 20% des IEN et 12% des IPR. Voilà qui laisse augurer d’une autre crise du recrutement, d’autant qu’un pourcentage plus important encore souhaite quitter son métier pour un autre dans le secteur public. Un personnel sur quatre seulement se sent reconnu dans son travail, soit deux fois moins aussi qu’en 2016 (27 et 46%). Seulement 19% des enseignants sont dans ce cas.

Une autre image de la situation est donnée par le degré d’approbation de la politique éducative du ministre. 86% des personnels de l’éducation sont en désaccord avec cette politique. Un pourcentage qui ne cesse de croitre depuis 2018. En 2017 le taux était à 67%. Il est passé à 83% en 2019.

Ce rejet n’est pas le fait que des enseignants même s’il est au maximum chez eux. Ainsi seulement 5% des enseignants approuvent la politique ministérielle. Chez les cadres le taux est plus fort mais pas plus d’un cadre sur 4 ne souscrit aux idées de JM Blanquer : 26% des IPR, 32% des IEN et 24% des personnels de direction. Ce divorce avec les cadres est apparu en 2018. JM Blanquer a réussi à faire une large majorité contre lui.

La revalorisation avant tout

Il reste des différences entre les cadres et les enseignants. Ainsi la moitié( mais la moitié seulement) se sent reconnu dans sa vie professionnelle contre un enseignant sur cinq. Les cadres sont plus satisfaits de leurs perspectives de carrière même si le taux est faible (30% des IPR, 22% des personnels de direction, 10% des enseignants). Seulement 7% des enseignants sont satisfaits de leur rémunération contre 28% des IPR, 16% des IEN et 12% des personnels de direction. Des taux très bas de toute façon.

Le premier motif de mécontentement c’est le pouvoir d’achat :68% demandent une amélioration urgente (70% des enseignants, 58% des personnels de direction) devant la charge de travail, les carrières et les relations hiérarchiques.

Des personnels favorables au programme de la NUPES

Le Baromètre montre aussi que les personnels de l’éducation sont nettement plus favorables aux propositions de la NUPES que d’E. Macron. Ainsi 89% des personnels (93% des enseignants, 89% des IEN, 85% des personnels de direction) sont pour recruter 160 000 personnels. 52% sont contre la paye au mérite. Sur ce point enseignants et cadres s’opposent, ces derniers étant majoritairement favorables (60% des IPR, 71% des personnels de direction, 30% des professeurs). 66% sont pour conditionner le financement du privé (69% des enseignants, 83% des IEN et personnels de direction). 50% sont pour supprimer Parcoursup (55% des enseignants). 54% sont contre la fin du collège unique. 48% sont contre davantage d’autonomie au lycée et au collège : 19% des enseignants y sont favorables contre 81% des personnels de direction et 41% des IPR.

« On a des sujets à porter lors de la prochaine rencontre avec le ministre », dit F Marchand. Ces sujets  sont bien repérés : la revalorisation, la charge de travail, les carrières et aussi « un besoin d’apaisement ». « Ce qui nous inquiète c’est combien de temps ça va encore durer », dit-il. « On voit les tensions. Il est urgent de respecter les personnels et de les associer ».

Selon le Baromètre un tiers des personnels n’attendent déjà rien du nouveau quinquennat. E Macron a annoncé une autre méthode. « L’état d’esprit des personnels se dégrade : en effet, seuls 59% des personnels attendent encore quelque chose du prochain gouvernement », estime F Marchand. « Les réponses aux questions d’actualité, sur les priorités éducatives et sur les propositions qui ont émergé dans le débat électoral, témoignent du besoin urgent d’un débat apaisé, loin des caricatures et des coups de pression. Les personnels veulent être reconnu·es et respecté·es, et attendent des politiques cohérentes et ambitieuses sur le long terme pour de nombreux sujets tels que l’inclusion, la transition écologique ou encore le climat scolaire… Il faut prendre le temps de parler.

On a besoin de débats qui permettent d’associer les personnels,  à condition que les conclusions ne soient pas écrites à l’avance ». Au niveau de délabrement moral où les 5 années de JM Blanquer laisse l’Ecole, sans réel changement le gouvernement prend le risque de voir l’Ecole s’effondrer.

 

Les résultats

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Pas d’amélioration du climat dans les établissements selon l’ASL

« Le nombre de dossiers ne baisse pas. Après la crise de la Covid-19, le nombre de dossiers d’accompagnement juridique et de conseil en 2021  revient à ce que l’on connaissait avant crise. Cela montre clairement qu’il n’y a pas d’amélioration de la situation et que les relations ne s’apaisent pas depuis plus de 5 ans » dans les établissements annonce l’Autonome de solidarité laïque, un organisme qui soutient les enseignants en cas de conflit. « Ce sont toujours les diffamations (cette année à hauteur de 33 %) et les insultes / menaces (30 %) que l’on retrouve toujours au tout premier plan. Ces deux catégories restent les plus importantes, ce qui permet de relever un climat scolaire continuellement défavorable et pesant au quotidien. Les agressions représentent quant à elles 7,5 % des dossiers, une baisse de 0,5 % ». L’ASL relève que la police refuse souvent les plaintes des enseignants. « Comment les personnels peuvent-ils être rassurés lorsque le traitement judiciaire des actes du quotidien semble les minorer ? Bien entendu, les actes de violence extrêmes, les agressions physiques sont bien traitées par la justice mais, même s’ils sont dramatiques, ils restent plus rares. Une action des pouvoirs publics est bel et bien nécessaire pour montrer l’intérêt qu’ils portent aux personnels d’éducation dans l’exercice quotidien de leur métier », déclare l’ASL.

 

Le Baromêtre de l’ASL

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L’OZP fait le bilan des cités éducatives

L’Observatoire des zones prioritaires organise le 8 juin une rencontre sur le bilan des cités éducatives. « Cette rencontre se tiendra en présence d’Annie Tobaty, IGEN honoraire, et de Richard Merra, élu de Gennevilliers et vice président du réseau des villes éducatrices. Trois années après leur mise en place, où en sont aujourd’hui les Cités Éducatives et qu’elles en sont les perspectives pour les prochaines années ? Deux experts, membres du Comité National d’Orientation et d’Evaluation (Cnoé), témoigneront à cette occasion ».

 

Le programme

Un rapport souligne les problèmes de pilotage

Une réforme de droite pour Marc Bablet

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L’environnement des enfants des pays pauvres menacé par les pays riches

« La majorité des pays riches créent des conditions de vie délétères et dangereuses pour les enfants du monde entier », annonce le Bilan Innocenti publié par l’UNICEF. Le Bilan Innocenti 17, intitulé Places and Spaces: Environments and children’s well-being (Lieux et espaces : Environnements et bien-être des enfants), analyse dans quelle mesure 39 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Union européenne (UE) offrent aux enfants un cadre de vie sain, en s’appuyant sur toute une série d’indicateurs tels que l’exposition à des substances polluantes nocives (pollution atmosphérique, pesticides, humidité du domicile, plomb) ; l’accès à la lumière, aux espaces verts et à des routes sûres ; et les contributions des pays à la crise climatique, à la consommation des ressources et à la production de déchets d’équipements électroniques et électriques (DEEE). Selon ce rapport, si chaque individu sur le globe vivait comme un Français, il faudrait 2,9 planètes pour couvrir l’ensemble des besoins de l’humanité. Aucun des pays de l’OCDE et de l’UE ne parvient à fournir des environnements sains à tous les enfants du monde sur l’ensemble des indicateurs étudiés. La France est l’un des pays de l’OCDE et de l’UE ayant le moins d’espaces verts récréatifs à disposition des citadins. « Non seulement la majeure partie des pays riches ne parvient pas à fournir à ses propres enfants un cadre de vie sain, mais pire, ils contribuent à la destruction de celui d’autres enfants, ailleurs dans le monde », estime Gunilla Olsson, directrice du Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF. « Par ailleurs, certains pays offrant des environnements relativement préservés à leur propre jeunesse contribuent fortement à la pollution qui détériore les conditions de vie des enfants dans d’autres pays. »

 

Le rapport

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Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce

Inflation : les salariés, éternels dindons de la farce
23 mai 2022 | Par Romaric Godin
Avec la poussée inflationniste, les salariés sont sommés d’accepter un recul de leurs revenus réels pour éviter l’emballement des prix. Mais lorsque les prix étaient bas, les salariés devaient accepter la modération salariale au nom de l’emploi. Un jeu de dupes que seules les luttes pourront renverser.
« Vous semblez oublier mes amis que vous n’êtes que des salariés, les êtres les plus vulnérables du système capitaliste. […] C’est pourquoi, si vous avez des revendications de salaires à formuler, vous me faites une note écrite, je la mets au panier et on n’en parle plus. » Cette réplique célèbre de Michel Audiard tirée du nanar Un idiot à Paris, sorti en 1967, et prononcée par Bernard Blier, qui campe le patron autoritaire d’un abattoir face à une grève sauvage, semble résumer à elle seule la situation dans laquelle les salariés se trouvent depuis quatre décennies.
Avec l’accélération des prix en 2021 et encore plus au début de 2022, la priorité des politiques menées en France, mais aussi dans la plupart des pays avancés, est la même : contenir les salaires nominaux pour éviter la fameuse « boucle prix-salaires ». Il est donc demandé aux salariés d’amortir le choc.
L’inflation exige la modération salariale
Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau exhorte les salariés à la raison : « Tout le monde serait perdant en cas de hausses de salaire », a-t-il déclaré le 11 mai sur France 5. En attendant, ce sont les salariés qui trinquent. Les salaires réels se sont effondrés : selon la Dares, durant le premier trimestre 2022, le salaire mensuel de base du secteur privé a reculé de 2,3 %.
On peine à prendre conscience du choc que cet « ajustement » représente. Au cours des douze dernières années, les baisses de salaires en termes réels, autrement dit en prenant en compte l’inflation, ont été des phénomènes exceptionnels. Les salaires nominaux ont plutôt stagné quand les prix, eux, restaient faibles. C’est pour cette raison que le phénomène actuel est particulièrement rude pour les salariés : la baisse du salaire réel atteint un niveau inédit depuis longtemps. La réalité de la politique actuelle de lutte contre l’inflation se traduit donc par la plus grande violence sociale.
Évolution des prix à la consommation et du salaire mensuel de base du secteur privé. © Dares
C’est face à cette réalité qu’il faut comprendre la stratégie du précédent gouvernement et du nouveau. Le « chèque énergie », le nouveau « chèque alimentation », annoncé dans le prochain collectif budgétaire, ou même le « bouclier tarifaire » ne sont, en réalité, que des mesures d’accompagnement visant à faire accepter cette baisse de revenus réels.
Évidemment, en période de campagne électorale, les bras s’agitent et les moulinets succèdent aux effets de manche. Ce lundi 23 mai, Bruno Le Maire a réuni le patronat pour demander aux entreprises de faire quelque chose. Mais les « demandes » de Bercy sont surtout et avant tout le reflet de son impuissance volontaire. D’ailleurs, dans son entretien inaugural du dimanche 22 mai au Journal du Dimanche, la première ministre Élisabeth Borne, n’a même pas daigné évoqué la question des salaires.
En face, les entreprises ont beau jeu de faire valoir la compétitivité, l’investissement, leurs intérêts et le rapport de force décrit par Bernard Blier ci-dessus pour renvoyer le ministre à ses chères études. Tout le monde est content : le ministre a essayé, mais ce n’est pas possible. Aux salariés, donc, de continuer à ajuster. Si l’on cherche un adjectif pour qualifier ce type de politique économique, on pourrait aisément tomber sur le terme « cynique ».
L’inflation faible exige la modération salariale
Mais il y a davantage. Car la position des salariés n’est, en réalité, guère plus enviable lorsque l’inflation est modérée. On peut aisément s’en souvenir, cela ne date que de quelques années. Lorsque la hausse des prix est modérée ou basse, la « modération salariale » est de rigueur. Il en va bien sûr de notre compétitivité et, faute de hausse des prix, il faut bien pouvoir assurer les bénéfices par la compression des salaires.
Le 14 juillet 2020, lors de son entretien suivant la nomination de Jean Castex au gouvernement et alors que l’inflation était au plus bas, le président de la République avait d’ailleurs revendiqué cette politique de « modération salariale ». Dans cet entretien, Emmanuel Macron faisait aussi rêver les salariés en leur promettant en retour de leurs « efforts » de l’intéressement et de la participation. « Si on accepte de la modération salariale pour un temps, moi, je souhaite qu’elle s’accompagne et on a mis en place ces dispositifs, d’intéressement et de participation », affirmait-il. Ce que le salarié perd en salaire, il le gagnerait en forme de dividende.
Mais comme avec les chèques divers distribués en période d’inflation, le salarié lâche alors la proie pour l’ombre. Il abandonne la rémunération de son travail, fondement de la valeur, pour un partage avec les actionnaires, de la plus-value, autrement dit ce qu’il a travaillé pour le capital. À ce petit jeu, la perte est assurée.
C’est donc un bien à un jeu de dupes que les salariés sont désormais soumis : pile, ils perdent, face, ils perdent.
Au reste, la « grande modération » de l’inflation a un bilan très décevant en termes de revenus réels. Il est d’ailleurs intéressant de se plonger dans l’historique de l’Insee des évolutions du « pouvoir d’achat », autrement dit du revenu disponible brut réel par unité de consommation. On constate que, entre 1960 et 1980, ce revenu a progressé de 100,8 %. Mais entre 1980 et 2020, soit sur une période deux fois plus longue, ce même revenu a, lui, progressé de 45,5 %, soit plus de quatre fois moins vite. Dans la deuxième décennie du XXIe siècle, la situation a même été désastreuse : entre 2011 et 2013, la chute a été telle qu’il a fallu attendre 2017 pour revenir au niveau de 2010. Sans inflation, cette fois.
Comme on peut donc le constater, la promesse de la modération salariale est une fausse promesse : elle se traduit par des gains faibles ou négatifs en termes de revenus réels. Dès lors, ce que demandent aujourd’hui les économistes orthodoxes, le patronat et le gouvernement revient à demander aux salariés de perdre du pouvoir d’achat pour pouvoir ne pas en gagner par la suite.
C’est donc bien à un jeu de dupes que les salariés sont désormais soumis : pile, ils perdent, face, ils perdent. Inflation ou désinflation, ils doivent renoncer à toute revendication de hausse des salaires. Et le tout en supportant un discours dominant qui fait du salariat une sinécure pleine de sécurité et d’avantages face à un entrepreneur qui, lui, « prendrait des risques » et « jouerait sa vie ».
Évidemment, une telle situation n’est pas le fruit du hasard. En désarmant le monde du travail à force de « réformes structurelles » et de répressions syndicales, on a renforcé cette fameuse « vulnérabilité » structurelle du salarié dont parle Audiard. Il suffit de faire jouer la crainte du chômage pour faire accepter une politique unilatéralement favorable au capital. Car, bien sûr, cette politique de répression des salariés ne se fait jamais qu’au nom de « l’emploi » et de la « valeur travail ». Ce lundi 23 mai encore, Élisabeth Borne pouvait ainsi se lancer dans un éloge abstrait du travail qui « libère » et « rend digne ». À condition, évidemment, qu’il reste bon marché.
La situation actuelle agit naturellement comme un révélateur de la condition salariale que le consumérisme du dernier demi-siècle avait cherché à dissimuler. Du point de vue du capital, les salaires sont toujours trop élevés et les salariés toujours trop gourmands et trop paresseux. Cette règle ne signifie pas qu’il puisse y avoir des exceptions, mais lorsque, comme c’est le cas aujourd’hui, la croissance de la productivité du travail est faible, la lutte pour le partage de la valeur est nécessairement plus intense. Mais lorsque cette lutte n’est pas menée par un des deux camps, ici le travail, ce dernier devient nécessairement la dernière roue du carrosse économique.
Vers une prise de conscience par la lutte sociale ?
Si les années 1950-1970 peuvent, de ce point de vue, apparaître comme une exception, c’est en raison d’une triple conjoncture exceptionnelle dans l’histoire du capitalisme : une croissance inédite de la productivité, un besoin d’élargir la consommation de masse pour renforcer la rentabilité du secteur privé et un rapport de force unique en faveur d’un travail revendicatif et organisé.
Une fois cette exception passée, la réalité du statut salarial (qui d’ailleurs n’avait jamais complètement disparu) revient dans toute sa violence. Seuls les salariés de soutien direct au capital (les PDG des grandes entreprises) sont protégés, précisément parce qu’ils sont les artisans de cette soumission des salariés (le dernier bilan du CAC 40 publié par l’Observatoire des multinationales pour 2021 permet de s’en rendre compte). Mais cette réalité rappelle aussi que la lutte sociale est plus que jamais indispensable. Et c’est bien l’intérêt de cette période.
La démission de l’État semble complète. Ce lundi 23 mai, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, a déclaré que « le gouvernement n’a pas le pouvoir direct d’augmenter les salaires des Français en appuyant sur un bouton ». C’est précisément ce que l’on peut lui reprocher. En refusant de restaurer tout mécanisme d’indexation, qui avait permis de sauvegarder les revenus réels jusqu’à sa suppression en 1982, le gouvernement renonce à protéger des salariés qu’il a, par ailleurs, en 2016 et 2017, encore affaiblis avec les ordonnances travail.
Laissés seuls face aux employeurs et à la violence de l’ajustement qui leur est demandé, les salariés n’ont d’autre option que de lutter pour maintenir leur niveau de vie. Ce combat se répand déjà dans les entreprises, que ce soit parmi les secteurs à bas salaires (lire ici l’article de décembre 2021 de Khedidja Zerouali) ou dans des secteurs plus « haut de gamme » comme chez Thales.
Ce mouvement est celui d’une nouvelle prise de conscience qui, après quatre décennies de répression et de guerre culturelle, sera forcément progressive. Mais elle peut permettre aussi d’interroger cette condition de salariés qui, à chaque variation de la conjoncture, devraient toujours s’oublier. Ce qui revient avec la particularité de l’inflation actuelle, c’est la remise en avant de la guerre sociale au cœur de la dynamique capitaliste, de cette lutte de classes que des générations de politiques ont voulu nier.
En 1847, un an avant la grande vague de révolutions qui emportera l’Europe avec, pour la première fois, un contenu social, Marx répondait à Proudhon dans sa Misère de la philosophie sur la défense des grèves et des « coalitions » que le penseur anarchiste critiquait si vivement. Pour le Trévois, les luttes sociales sont toujours politiques, elles permettent de mener ce combat interne au système productif et de modifier ainsi l’ordre social. Sans elles, l’ordre règne, au détriment du salariat.
On comprend donc l’intérêt du gouvernement à faire croire que quelques chèques régleraient le problème et permettraient d’oublier la violence de la politique actuelle qui n’est rien d’autre qu’une politique de classe. « Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n’y a jamais de mouvement politique qui ne soit social en même temps », écrivait Marx dans le texte qu’on a cité. Peut-être le vrai combat politique se joue-t-il alors sur ce nouveau front des salaires.

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Quand la souffrance rapporte gros (Oxfam)

Un nouveau rapport d’Oxfam montre que la pandémie a vu émerger 573 nouveaux milliardaires, au rythme d’un milliardaire toutes les 30 heures. Selon les estimations, 263 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté extrême cette année, au rythme d’un million de personnes toutes les 33 heures.

Les grandes entreprises ont elles aussi enregistré des bénéfices records. Dans le secteur de l’agroalimentaire, on compte 62 nouveaux milliardaires alors que les prix du pain, de la farine ou de l’huile flambent !

La fortune des milliardaires explose, le coût de la vie aussi

La fortune des milliardaires a augmenté davantage en deux ans de pandémie que lors des 23 dernières années. Les milliardaires détiennent au total l’équivalent de 13,9 % du PIB mondial. Ce pourcentage a triplé depuis 2000 !

Les milliardaires possédant des parts dans l’énergie, l’industrie pharmaceutique, la technologie et l’agroalimentaire ont particulièrement profité de la crise.

La richesse des milliardaires des secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie a augmenté de 453 milliards de dollars ces deux dernières années, soit 1 milliard tous les deux jours.

Pour les autres, c’est le coût de la vie qui explose. Farine, huile de cuisson, carburants, électricité… Dans le monde entier, les prix s’envolent. Partout, les gens n’ont d’autre choix que de réduire leurs dépenses ou d’affronter le froid plutôt que de chauffer leur maison.

Lire le rapport

Pour le secteur agroalimentaire, des bénéfices record !

Il y a désormais 62 nouveaux milliardaires dans le secteur de l’agroalimentaire. Dans ce secteur, la famille Cargill, qui contrôle avec 3 autres acteurs 70% du marché de l’agro-alimentaire, a vu sa fortune augmenter de 20md$ par jour depuis le début de la pandémie grâce à sa position dominante sur le marché. L’année dernière, avec un revenu net de 5 milliards, Cargill a enregistré les bénéfices les plus importants de son histoire et a versé 1,13 milliard de dollars de dividendes, dont la majeure partie a bénéficié aux membres de la famille. À elle seule, la famille Cargill compte 12 milliardaires. Ils étaient 8 avant la pandémie.

Cette augmentation de fortune, n’est pas le résultat de la main invisible du marché. Cargill a profité des aides publiques mais aussi de sa position dominante pour spéculer sur les prix de l’alimentation.

Ces bénéfices historiques du secteur agroalimentaires, qui profitent aux PDG et aux actionnaires, font échos avec la hausse insupportable des prix des denrées alimentaires observées en France et dans le monde depuis plusieurs mois. Ainsi, en France, en un an, le prix du pain a augmenté de 3,8%, la farine et autres céréales ont augmenté de 9,7%, les pâtes de 12,3% et les huiles alimentaires (hors huile d’olive) de 15% !

Les demandes d’Oxfam

Oxfam appelle le gouvernement à :

  • Faire contribuer ceux qui se sont enrichis grâce à l’action publique pendant la crise : les ultra-riches. Une taxe exceptionnelle sur les profits des multinationales devrait être mise en place, accompagnée du rétablissement d’un véritable impôt sur les grandes fortunes pour faire contribuer les milliardaires de manière juste.
  • Instaurer un blocage des prix temporaire sur certains produits de première nécessité, notamment sur les denrées alimentaires.
  • Adopter les 15 mesures de notre Manifeste fiscal au plus vite.

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Physique – Chimie : Une discipline en difficulté

« Les objectifs de formation sont de plus en plus ambitieux dans un cadre horaire de plus en plus contraint, en particulier dans les séries S et STI2D – où les pertes horaires sont très marquées entre 1997 et 2019 pratiquement l’équivalent d’une année de formation –, ces séries ayant paradoxalement comme mission première de former des scientifiques ». Réalisé en juin 2021, le rapport très complet des inspecteurs généraux Dominique Obert et Laurent Mayet, qui sort seulement, montre un enseignement en difficulté du primaire au lycée, avec des résultats en chute. Pour autant, les solutions proposées, notamment l’enseignement intégré, sont elles à la hauteur des enjeux ?

Les mauvais résultats des élèves français

« Les résultats des élèves français aux enquêtes internationales s’appuient sur des tests passés au niveau CM1 (TIMSS 4 en 2015), à l’âge de quinze ans (PISA 2006 et 2015 – majeure culture scientifique) et en terminale scientifique (TIMSS advanced en 2015)… Les résultats des élèves français sont globalement dans la moyenne des pays de l’OCDE en culture scientifique (concernant PISA 2015 le score de la France pour les systèmes physiques est de 492, il est de 493 pour l’OCDE) ou très significativement inférieurs à la moyenne en science (à TIMSS 4 la France obtient un score de 482 en sciences physiques, il est de 522 pour l’Europe) et notamment en physique (à TIMSS advanced le score de la France est de 373, il est de 450 pour le groupe des pays médians et de 508 pour le groupe des pays les plus forts) ».

Depuis l’écriture de ce rapport, TIMSS 2019 est publié et montre des résultats détestables en sceinces au primaire où la France est en queue de classement et nettement sous la moyenne au collège.  Mais déjà TIMSS advanced de 2015, cette étude portant sur les terminales, montrait une nette chute des résultats (95 points !) entre 1995 et 2015.

A ces résultats moyens s’ajoutent des traits inquiétants : « PISA, un taux important d’élèves dans les niveaux faibles et peu d’élèves dans les niveaux les plus forts. Ainsi 22 % d’élèves se situent à des niveaux inférieurs au niveau 2 considéré comme le seuil de compétence en culture scientifique ; une différence de scores entre les élèves issus de milieux très défavorisés et très favorisés, la plus grande parmi les pays d’économie comparable ».

Globalement, « les enquêtes internationales confirment les résultats des évaluations nationales et révèlent notamment la fragilité des connaissances en physique-chimie et des capacités à les mobiliser pour résoudre une tâche lors de la scolarité obligatoire, puis à nouveau un déficit de connaissances et une difficulté dans les applications qui engagent la maîtrise de langages scientifiques et notamment mathématiques en fin d’enseignement secondaire scientifique ».

La chute des horaires disciplinaires

Le rapport donne une partie des explications. « Les objectifs de formation sont de plus en plus ambitieux dans un cadre horaire de plus en plus contraint, en particulier dans les séries S et STI2D… En fin de collège le nombre d’heures dispensées a augmenté sur la période considérée – il passe de 128 heures en 1997 à 144 heures en 2018, avec un maximum de 160 heures entre 2000 et 2016. Dans la série scientifique de la voie générale, avec ou sans spécialité, ce nombre a considérablement diminué, perdant environ une centaine d’heures entre 1997 et 2018, soit l’équivalent de plus d’une année complète de physique-chimie en première S actuelle. La diminution est encore plus marquée pour les parcours technologiques de production comme la filière STI/STI2D, qui a perdu environ 160 heures d’enseignement de physique-chimie sur la même période ».

Une démarche d’investigation qui n’a pas fait ses preuves

Autre indication : la mise en place de la démarche d’investigation dans les programmes de 2009. Elle n’est pas critiquée par le rapport , bien au contraire. Mais il souligne « des objectifs de formation de plus en plus ambitieux ». Pourtant cette démarche est critiquée par Pisa 2015, ce que le rapport aurait pu mentionner.  » Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’existe aucun système d’éducation dans lequel les élèves ayant déclaré être fréquemment exposés à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation (qui leur demande d’effectuer des expériences ou des travaux pratiques) obtiennent un score plus élevé en sciences. Après contrôle du statut socioéconomique des élèves et des établissements, une exposition plus importante à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation est corrélée à de moins bons résultats des élèves en sciences dans 56 pays et économies », dit le rapport.

Le manque d’enseignants

Autre difficulté signalée par le rapport , le manque d’enseignants titulaires. « Depuis plus de dix ans, le recours aux professeurs contractuels est récurrent pour la spécialité mathématiques – physique-chimie en lycée professionnel ; il a connu, depuis quatre ans, une croissance très rapide dans la spécialité physique-chimie en collège et en lycée général et technologique ». En 2009 dans le second degré on comptait moins de 400 contractuels et ils étaient descendus à presque 200 en 2012. En 2017 ils étaient 1400.  Leur présence est particulièrement importante dans les académies de Versailles et Créteil. Ils réprésentent 7% des effectifs nationalement mais 14% à Versailles et 13% à Créteil. Cela malgré la baisse du niveau au capes. Ainsi en 2019, « pour la première fois depuis longtemps tous les postes n’ont pas été pourvus, puisque seuls 263 postes ont été pourvus sur un total de 385 postes mis au concours. Ce bilan est en partie imputable à l’érosion continue des résultats obtenus dans l’épreuve de mise en situation professionnelle, liée à un manque de maîtrise par les candidats des compétences expérimentales mais aussi des connaissances de base dans la discipline ».

Les inégalités filles / garçons

Un autre point noir de la discipline tient à la place des filles. L’inspection  » note une moindre représentation des filles dans les parcours scientifiques, des performances des filles en physique-chimie légèrement inférieures à celles des garçons et une appétence plus faible pour les sciences attestée par les enquêtes nationales et internationales. Il est enfin relevé que les actions d’information et de sensibilisation pour développer l’appétence et lutter contre les stéréotypes en sciences peinent à faire évoluer les taux d’orientation des filles vers les sciences ».

Le rapport se penche aussi sur l’équipement pour montrer que les salles de travaux pratiques sont « conformes aux attentes » en lycée général et technologique public mais pas en lycée professionnel et au collège. Résultat : « la réalité quantitative des pratiques expérimentales observées n’est globalement pas à la hauteur des préconisations des programmes, notamment au collège et au lycée professionnel ». Les  conditions de stockage des produits se sont améliorés mais on frémit en entendant qu’il y a des problèmes de sécurité pour les produits radioactifs présents dans les établissements.

Des préconisations qui ne remettent rien en cause

Les préconisations de ce rapport explique sa publication tardive. L’Inspection recommande le lancement d’un « plan science » à l’école et au collège, préconisation récupérée politiquement par le ministre en mars 2022. Le rapport ne remet pourtant rien en cause, ni sur les horaires ni sur la pédagogie recommandée.

« Au niveau du collège, la mission recommande de renforcer la dynamique du travail interdisciplinaire concernant l’enseignement de sciences et technologie en classe de sixième ; elle constate une régression significative de la pratique expérimentale au collège qui concentre, du point de vue des conditions matérielles, de nombreuses difficultés, et présente la nécessité de rédiger des repères de formation pour l’enseignement de sciences et technologie en troisième prépa-métiers. La mission propose donc de relancer un Plan sciences centré sur l’école et le collège et le suivi de sa mise en œuvre par un chargé de mission au niveau national ». L’Inspection appelle à renforcer l’enseignement intégré en 6ème en misant sur les chefs d’établissement pour pousser cette transformation. Il appelle à « promouvoir la démarche d’interdisciplinarité ». Il n’y a donc pas de remise en cause de principes d’enseignement qui n’ont toujours pas fait leurs preuves.

 

Le rapport

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La richesse, héritage et diplômes…

« Les enfants de familles aisées ont trois fois plus de chances d’être parmi les 20 % les plus aisés que ceux issus de familles modestes », affirme l’Insee avec la publication d’une enquête mesurant la mobilité intergénérationnelle.  » Les inégalités se reproduisent donc en partie d’une génération à l’autre. Cependant, pour un même niveau de revenu des parents, les revenus des enfants varient fortement. En 2018, parmi les jeunes issus des familles les 20 % les plus modestes, 12 % sont parmi les 20 % les plus aisés de leur classe d’âge. Toutes choses égales par ailleurs, la mobilité ascendante est d’autant plus forte que les parents ont des revenus du capital élevés, sont diplômés du supérieur, sont immigrés, ont été mobiles géographiquement, ou que les enfants résident en Île-de-France à leur majorité ». Le role du diplôme reste important. « La mobilité varie beaucoup selon le diplôme du parent ayant le plus haut revenu : la mobilité ascendante est de 17 % pour les enfants de diplômés de l’enseignement supérieur et les titulaires du baccalauréat, contre 11 % pour ceux de parents titulaires de diplômes inférieurs au baccalauréat et 10 % pour ceux de parents non diplômés. La mobilité ascendante est encore plus élevée pour les enfants d’immigrés diplômés : elle est de 20 %, contre 9 % pour les immigrés non ou peu diplômés. Toutes choses égales par ailleurs, les enfants de parents diplômés du baccalauréat ou du supérieur ont significativement plus de chances de faire une mobilité ascendante élargie (1,3 à 1,4 fois). »

 

Enquete Insee

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Rire en faisant sa déclaration d’impôt, c’est possible !

Rire en faisant sa déclaration d’impôt, c’est possible !

Livre du mois 19 mai 2022

Il y a tout juste un an, Attac publiait Impôts : idées fausses et vraies injustices, un petit manuel de desintox qui s’attaque aux idées fausses souvent propagées par les éditorialistes en tout genre et autres responsables politiques opposés à toute notion de justice fiscale. En plus d’aller contre ces discours, ce livre réhabilite l’impôt, propose des solutions concrètes en faveur de la justice fiscale, et s’amuse du sujet grâce aux illustrations de Fred Sochard. Il n’est donc pas trop tard pour se le procurer… et remplir sa déclaration d’impôt avec optimisme et sourire !
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« Les pauvres ne paient pas d’impôts et les riches en paient trop ! », « La France est un enfer fiscal ! »… Face aux idées reçues diffusées par le discours dominant, Attac contre-attaque avec son livre Impôts : idées fausses et vraies injustices.

150 pages pour analyser et déconstruire les idées reçues sur les impôts, les taxes et notre système social plus généralement. Il a pour objectif de poser les termes d’un débat rigoureux, toujours plus nécessaire face aux crises que nous traversons, sur la hausse des inégalités et les besoins en matière de politiques publiques.

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144 pages. Prix public : 10€. Frais de port pour la France métropolitaine : 2,50€. 

Rédigé sous la responsabilité d’Attac et illustré avec humour par Fred Sochard, cet ouvrage est à mettre entre toutes les mains. Il vise à donner à chacun·e les outils pour mieux comprendre les enjeux de la fiscalité. Avec des propositions concrètes et applicables pour une meilleure justice fiscale afin de réhabiliter l’impôt solidaire et consenti !

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Informations complémentaires

En achetant les livres d’Attac sur notre boutique en ligne, vous soutenez aussi l’association financièrement. Merci !

Attac France — 2022
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Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

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17 000 établissements en moins : pourquoi plus d’un quart des écoles ont fermé en France en quarante ans ?

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/05/17/17-000-etablissements-en-moins-pourquoi-plus-d-un-quart-des-ecoles-ont-ferme-en-france-en-quarante-ans_6126542_4355770.html (graphiques uniquement sur leur site)

Evolutions démographiques, politiques territoriales et choix politiques se mêlent pour expliquer cette baisse du nombre d’établissements.

Par et

Publié hier à 20h22, mis à jour à 12h40

A Sauvebœuf (Dordogne), à Bolbec (Seine-Maritime), à Blaincourt-sur-Aube (Aube), à Abbeville (Somme), des mobilisations sont en cours contre la fermeture d’une école. Les mesures de carte scolaire, annoncées en février et éventuellement renégociées jusqu’à la rentrée, font l’objet de tensions entre les différents échelons de l’éducation nationale, les élus locaux, les syndicats enseignants et les parents d’élèves.

Chaque année, depuis 1963 et la création de la carte scolaire, l’offre scolaire est rationalisée en fonction des prévisions démographiques et des postes d’enseignants disponibles, ce qui implique souvent de regrouper, fusionner ou fermer des écoles. En découle le nombre annuel d’immatriculations d’écoles, qui recouvre des situations diverses (des établissements réunis administrativement tout en conservant leur site, de nouvelles constructions, des écoles closes…).

Selon des données fournies au Monde par le ministère de l’éducation nationale, on comptait 61 373 établissements scolaires publics de niveau maternelle ou élémentaire immatriculés en France en 1982, et seulement 44 312 à la rentrée 2021, soit une baisse de 17 061 écoles en quarante ans. Or, pendant cette même période, le nombre d’enfants d’âge scolaire est resté globalement stable.

  • Une tendance historique à la baisse du nombre d’écoles

Au XIXe siècle, les lois Guizot (1833) et Goblet (1886) imposent à toute commune de plus de 500 habitants d’entretenir une école. Mais, dès les années 1960, la baisse démographique en milieu rural incite les autorités politiques à diminuer le nombre de petits établissements. Par exemple, la circulaire du 28 juillet 1964 préconise de fermer les classes ou écoles de moins de seize élèves. Si cette orientation s’assouplit ensuite, face aux réalités de terrain – notamment en zone montagneuse –, la tendance est d’inciter les petits établissements à se regrouper pour survivre dès les années 1970.

Apparaissent ainsi des « regroupements pédagogiques intercommunaux » (RPI), qui incitent les communes à faibles effectifs scolaires à coopérer. Le regroupement peut être plus ou moins formel selon l’accord signé entre les communes et reposer sur des locaux « dispersés » (maternelle et CP dans l’école d’une commune, du CE1 au CM2 dans une autre) ou « concentrés » (un seul bâtiment est conservé et entretenu par plusieurs communes).

Malgré cette politique de regroupements, les petits établissements sont toujours nombreux : on compte 3 483 écoles publiques à classe unique, 5 204 écoles à deux classes et 5 890 écoles à trois classes.

A partir des années 1980, les RPI se développent fortement en milieu rural et rurbain. On s’éloigne de la logique selon laquelle chaque commune devrait avoir son école. D’autant qu’en 1992, le rapport Mauger préconise la généralisation des écoles à trois classes en arguant du manque d’efficacité des classes uniques ou de niveaux regroupés qui caractérisent les petits établissements. Si un moratoire vient conditionner, en octobre 1993, toute fermeture de service public à l’autorisation des communes concernées, la tendance est clairement à la baisse du nombre de petites écoles.

Dans les années 2000, un grand plan de modernisation de l’administration publique (la « révision générale des politiques publiques », RGPP), se traduit par d’importantes suppressions de postes dans la fonction publique, dont l’école. En 2003, la loi prévoit la création obligatoire d’un RPI pour toutes les communes comptant moins de quinze élèves, contraignant les municipalités distantes de moins de 3 kilomètres à se regrouper scolairement. « Dans le premier degré, si les élus locaux sont associés au processus, ce sont les acteurs étatiques des administrations scolaires déconcentrées qui sont chargés d’évaluer les besoins et restent maîtres du nombre de postes d’enseignants. En supprimant un ou plusieurs postes, ils peuvent procéder à une fermeture de classe ou d’école, sans nécessairement solliciter l’accord des élus communaux », détaille Malorie Ferrand, historienne de l’aménagement scolaire du territoire rattachée à l’université Lyon-II.

Si le président de la République, Emmanuel Macron, a souvent affiché sa volonté de « ne pas fermer d’école primaire en milieu rural sans l’accord du maire », la tendance en cours reste d’éviter les écoles de petite taille et de tendre vers « l’équité territoriale ». S’y ajoutent quelques objectifs apparus durant le dernier quinquennat, comme le dédoublement des classes dans les réseaux d’éducation prioritaires et le seuil maximum, partout en France, de vingt-quatre élèves par classe en grande section, CP et CE1.

Ainsi l’école de Ponthoile, village de la Somme de 611 habitants, ne rentrait plus dans les cases. « Nous avions deux classes, l’une allant de la maternelle au CP, l’autre du CE1 au CM2. Les effectifs se sont progressivement étiolés pour atteindre vingt-cinq élèves en tout, en 2017 », rappelle le maire, Henri Poupart. Le couperet tombe en 2018 : l’inspection académique décide de supprimer un poste, l’école est condamnée. « On a tenté de se regrouper avec d’autres communes, ça n’a pas fonctionné », déplore l’édile, qui regrette surtout de perdre le fil avec la jeunesseL’attention médiatique n’y changera rien. Malgré le succès de la chanson Les Oubliés de Gauvain Sers, dont le clip est tourné entre les murs de l’école, celle-ci est close et va être transformée en centre culturel.

  • De grandes disparités territoriales

Le résultat de cette dynamique historique est un territoire marqué par de grandes disparités, y compris à l’intérieur des zones rurales. Un épais rapport sur la scolarité en milieu rural remis par le sénateur socialiste Alain Duran en 2016 le soulignait déjà. « Les communes rurales, dans leur ensemble, ne perdent pas de population depuis trente ans, l’“exode rural” est achevé depuis les années 1970. Mais elles n’en gagnent que lorsqu’elles sont situées à proximité d’une ville, et d’autant plus que cette ville est grande », pointe M. Duran en citant un rapport de l’Insee, avant d’insister sur l’augmentation rapide du nombre de communes se retrouvant sans école depuis les années 1990, surtout dans les académies rurales.

Selon nos données, certains départements voient ainsi leur réseau d’écoles se resserrer de manière drastique. Entre 1990 et 2018, l’Orne a enregistré une baisse du nombre d’enfants de moins de 10 ans de 27 % pour atteindre 29 350 enfants tandis que le nombre d’écoles immatriculées chutait de 58 %, à 175 établissements. Dans l’Est, la population d’enfants de Haute-Marne baissait de 39 % (17 482 enfants de moins de dix ans), et le nombre d’écoles tombait à 162, une baisse de 59 %. Le Cantal a vu sa population enfantine diminuer de 27 % sur la même période, et le nombre d’écoles baisser de 45 % pour tomber à 144 écoles.

Cette « rationalisation » se poursuit. En témoigne l’histoire de La Cabanasse, commune de 681 habitants située dans la partie montagneuse des Pyrénées-Orientales (département dont les 0-10 ans ont augmenté de 18 % entre 1990 et 2018 mais où le nombre d’écoles a diminué de 10 %). Elle appartient actuellement à un « regroupement pédagogique intercommunal dispersé » de quatre petites écoles, dans des villages limitrophes, qui ont chacune leurs locaux et leur direction. Celles-ci seront bientôt « fusionnées » selon les mots de la directrice de l’école de La Cabanasse, Ingrid Sarda, une transformation d’abord prévue pour la rentrée 2023 mais retardée du fait de la crise sanitaire. « Nos écoles vont fermer et nous serons transférés dans un seul et même bâtiment neuf construit à La Cabanasse, un pôle enfance aux normes, équipé d’une cantine et d’une garderie », raconte l’enseignante. L’accord n’a pas été facile à trouver, car les communes perdant leur école se sont inquiétées d’un déclin général de leur bourg.

« Au niveau pédagogique, on y voit des avantages et des inconvénients. Il n’y aura plus qu’un poste de directeur d’établissement, donc moins de cumuls de fonctions. Les collègues isolés le seront moins, les difficultés d’apprentissage parfois plus faciles à appréhender. Mais le risque est de se retrouver dans un engrenage menant à des fermetures de classe. Si, en fusionnant, on se retrouve en moyenne à vingt élèves par classe quand l’objectif national est de vingt-quatre, il est possible que nous perdions un poste. Localement, c’est toujours un événement difficile à encaisser », s’inquiète-t-elle.

Lorsqu’on interroge l’éducation nationale, du ministère aux recteurs d’académie, personne ne le nie. « Même si les évolutions d’effectifs s’anticipent et se discutent sur le long terme, les décisions quant aux suppressions de poste ne sont jamais évidentes à prendre », dit Catherine Moalic, inspectrice de l’académie des Ardennes. « Il est alors crucial de faire comprendre qu’on travaille dans un souci d’équité entre les territoires », explique-t-elle. Dans son département des Ardennes, où le nombre d’enfants est en baisse constante depuis les années 1990, la « mue » vers des écoles regroupées est ainsi presque terminée. Sur 449 communes, seules 130 possèdent une école. Aucune ne fermera cette année.

Mise à jour le 18 mai : retrait d’une mention indiquant que le taux d’encadrement était identique dans des territoires de nature différente.

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Lettre d’information « Reprise en main » de Gilles Perret

Au cinéma le 19 octobre

Cher(e)s ami(e)s

Vous suivez mes films depuis longtemps déjà et je vous en remercie.

Je tenais donc à vous prévenir en priorité quant à la sortie prochaine de mon dernier film. Il s’agit d’un film de fiction, c’est une première pour moi, intitulé « Reprise en main ». C’est une comédie sociale tournée dans la Vallée de l’Arve, près de chez moi, dans les mêmes usines que mon premier documentaire « Ma Mondialisation » et sur fond de montagne et d’amitié. Une aventure dense, vécue au sein d’une équipe formidable et dotée d’un très bon casting !

Le tournage a eu lieu d’août à septembre 2021 et maintenant, après 7 mois de post-production, « Reprise en main » est enfin terminé ! Il sortira partout en France le 19 octobre prochain. Nous débuterons les avant-premières début septembre dans les salles de la Vallée de l’Arve et de Haute-Savoie où il a été tourné, avant de parcourir le reste de la France. Nous passerons forcément près de chez vous à un moment donné et on espère vous croiser !

D’ici là, l’été sera propice à le présenter dans divers festivals de cinéma afin de découvrir le potentiel du film auprès du public et faire naitre le buzz autour de lui (nous l’espérons!).

La thématique sociale du film étant d’actualité, permettra les débats en salles, et je compte sur vous pour en parler en amont le plus largement possible à votre cinéma, vos associations, votre syndicat, votre parti politique, vos amis, votre famille « all over the world ». Préparons au mieux la vie du film, de manière à ce qu’il rencontre son public!

Amicalement.

Gilles Perret

 

Avec :

Pierre Deladonchamps, Laetitia Dosch, Grégory Montel, Vincent Deniard, Finnegan Oldfield, Rufus, Jacques Bonnaffé, Marie Denarnaud, Yannick Choirat, Sophie Cattani, Samuel Churin, Mohamed Brikat, Sabrina Ali Benali, et bien d’autres…

Résumé « Reprise en main » :

Cédric, ouvrier passionné, travaille dans une des nombreuses entreprises de mécanique de précision de la vallée de l’Arve en Haute-Savoie. Son usine est détenue par un fonds d’investissement à la gestion calamiteuse. A l’annonce d’une revente prochaine à un autre fonds, il décide de  reprendre la main sur son destin. Aidé de ses copains d’enfance, il choisit de se draper en financier pour reprendre la société afin de la remettre aux mains des salariés. Leur détermination, et parfois leurs maladresses, donnent un air de comédie sociale, parfois dramatique, à ce film tourné au sein d’une communauté où tout le monde se connaît, où les histoires d’amour de jeunesse et les clivages sociaux d’antan ne sont jamais très loin. Un Robin des bois au pays de Goldman Sachs.

Un film produit par : 

Elzevir Films

Distribué par : 

Jour2fête

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Plan maths : Un programme politique menacé d’enlisement…

 » Les objectifs du plan, très ambitieux, ne sont pas encore atteints. La proportion de professeurs des écoles formés est, dans la plupart des académies, en deçà des attentes initiales ; l’impact sur les pratiques d’enseignement, sur le travail collectif des enseignants, et, en fin de compte, sur les apprentissages des élèves, est encore modeste ». Le rapport des inspecteurs généraux Ghislaine Desbuissons et Oilivier Sidokpohou montre comment le plan maths s’enlise dans les réalités de l’éducation nationale. Alors que JM Blanquer quitte l’éducation nationale, les objectifs sont loin d’être atteints. Et l’avenir du plan maths loin d’être assuré.

Le plan politique et la réalité de l’institution

19 octobre 2017 : sur RTL JM Blanquer annonce  » une méthode de Singapour à la française… « Je demande à C Villani et C Torossian ce qu’il fat faire pour donner envie aux enfants de faire des maths ». Après les résultats très mauvais des jeunes français en maths, l’impulsion politique est donnée. Le rapport est remis en février 2018. Il aboutira à la conception du « plan maths », dans la suite du « plan français », déployé dans toutes les académies en 2019. Le rapport de Ghislaine Desbuissons et Oilivier Sidokpohou fait un bilan de ce plan exceptionnel qui devait changer les pratiques de tous les professeurs des écoles en 5 ans.

Le plan maths c’est d’abord un réseau de formateurs avec l’organisation de formations des professeurs des écoles (PE) en « constellation », à l’image de ce qui se pratique pour le français. Chaque constellation est suivie par un référent lui-même formé dans une formation nationale. Dès le début le rapport Torossian Villani a fixé précisément le contenu des formations, ce qui deviendra finalement un des problèmes rencontrés.

Le rapport montre comment la montée en puissance du plan se heurte à la réalité de l’éducation nationale. Chaque année des ajustements sont mis en place pour tenir compte des contraintes. Ainsi en 2020, il est demandé de confier l’accompagnement des constellations aux conseillers pédagogiques de circonscription (CPC) en plus des référents. L’offre de formation est revue et l’effort de formation est étendu. Alors que le plan initial prévoyait de former tous les PE sur 5 ans, jusqu’à 2024, à raison de 20% par an, l’échéance est repoussée à 2027.

Des moyens humains insuffisants

Outre les traditionnels problèmes de pilotage, le rapport montre les problèmes de recrutement des référents (RMC). Non seulement le vivier de formateurs est trop faible mais les financements ne sont pas à la hauteur :  » les enseignants qualifiés pour la fonction de RMC doivent souvent renoncer à d’autres fonctions au régime indemnitaire plus favorable ».

Petit à petit les CPC remplacent les référents dans l’accompagnement des constellations; alors même que certains ont un niveau faible en maths. Comme l’écrit le rapport,  » Dans les académies, le constat est fait d’un écart – parfois qualifié de « fossé » – de compétences mathématiques au sein du réseau des RMC, d’autant plus préoccupant que les journées de formation académiques qui étaient prévues pour les nouveaux en 2020-2021 n’ont généralement pas pu se tenir en raison de la crise sanitaire… Rarement dotés d’une lettre de mission cadrant les priorités de leur travail, les CPC se plaignent de manière récurrente de l’accumulation de leurs missions, la décharge, lorsqu’elle existe, ne compensant pas le temps réellement passé à l’accompagnement des enseignants, auquel s’ajoute celui consacré à leur autoformation. Cela contribue à alimenter un renouvellement des CPC qui, du fait d’un manque de « reconnaissance » et d’attractivité indemnitaire de leur mission au regard de la charge de travail, repartent sur des postes de directeurs d’école ou de PEMF ».

Le plan maths se heurte à la difficulté des moyens de remplacement. Pour chaque référent c’est 80 jours de remplacement par an. En 2021, avec la montée à 16% de professeurs formés,  » Dans toutes les académies, le souci du remplacement des enseignants a été mentionné ; dans certains départements sont décrites des situations de « très forte tension sur le remplacement », aggravée encore par la crise sanitaire, avec une brigade départementale « exsangue ». » La solution envisagée par le rapport c’est la formation sur le temps des congés scolaires, une mesure prévue par un décret de 2019. Mais les responsables des formations hésitent  » au regard des problèmes de motivation des PE en constellation » !

Au final les moyens humains s’avèrent très insuffisants. Alors que le rapport Villani Torossian demandait 1500 ETP, on a en 2020 seulement 586 ETP engagés pour accompagner 5260 constellations. En moyenne seulement 12% des PE suivent le plan maths contre 20% prévus au départ.

Des constellations menacées par le plan lui-même

Le principe de la constellation lui-même pose problème. Elles ont été accueillies avec méfiance. En principe la constellation travaille des questions souhaitées par les enseignants, rappelle le rapport. Mais enfait le rapport Villani avait déjà ciblé des thèmes précis.  » Dans la pratique, le choix des thématiques de formation des enseignants a pu prendre des voies variées, conjuguant à des degrés divers l’expression des souhaits des enseignants, l’analyse de leurs besoins, selon la connaissance qu’ils ont des équipes et les rendez-vous de carrière, et les priorités institutionnelles sur « nombre et calcul » et la « résolution de problèmes », fortement représentées dans les thématiques de travail des constellations ». Comme le souligne le rapport,  » Le schéma de formation du Plan mathématiques est à la croisée entre une logique d’offre de formation institutionnelle et une logique d’adaptation de la formation aux besoins des enseignants. Un décalage est souvent noté sur le terrain entre les choix des thématiques de formation, qui sont fondés du point de vue institutionnel, et les demandes des PE. » En fait dans les deux tiers des constellations le choix des sujets n’a pas été libre.

Objectifs de formation non atteints

Finalement les objectifs du plan ne sont pas atteints.  » L’objectif des 16 % de professeurs des écoles formés est loin d’être atteint dans la moitié environ des départements », note le rapport. Son impact est en dessous des attentes. Si l’on en croit les référents, les deux tiers des PE formés ont changé leurs pratiques. Si l’on en croit les PE  seulement 30% déclarent un changement de pratiques.  » Les professeurs des écoles observés par la mission sont en grande majorité dans une phase intermédiaire de l’évolution de leurs pratiques : une prise de conscience amenée par la formation, une mise en oeuvre de nouvelles pratiques, et les premières analyses. Mais la troisième phase, où les nouvelles pratiques sont pleinement intégrées dans le travail quotidien des enseignants n’est pas encore présente ». Les modifications sont parfois « superficielles » estime le rapport. La même observation vaut pour le développement du travail en équipe.

Finalement le rapport préconise un contrôle encore plus étroit des enseignants. Cela commence par le teaching for the test.  En vue de TIMSS 2023 (TIMMS est une évaluation internationale en maths), le rapport préconise de mettre le paquet sur l’entrée en cycle 3 aux dépens des autres années. Il demande aussi à créer une évaluation en début de cycle 3 pour appuyer les effets des formations. Le rapport souhaite doter les IEN d’un guide permettant de mieux suivre l’évolution des pratiques des enseignants. Pour les auteurs, le plan a besoin de « consolidation » notamment en le dotant des moyens de remplacement nécessaires.

 

Le rapport

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Proche d’Emmanuel Macron et condamné pour violences conjugales, Jérôme Peyrat se fait une place aux législatives

16 mai 2022
La candidature aux législatives de Jérôme Peyrat, ex conseiller d’Emmanuel Macron, mais aussi condamné pour violences conjugales en 2020, fait des remous côté LREM. Un cas embarrassant alors que l’égalité femmes-hommes est toujours censée être la grande cause du nouveau quinquennat.

Condamné pour violences conjugales… et maintenu malgré tout.

Le cas Jérôme Peyrat est-il en passe de devenir un symbole de l’impunité des hommes accusés de violences sexistes et sexuelles ? Des voix s’élèvent dans les rangs de LREM pour protester contre cette investiture, en témoigne le communiqué de militants de plusieurs comités en Dordogne. Ces derniers protestent contre le fait que l’actuelle députée de la circonscription, Jacqueline Dubois, ne va pas être réinvestie par le parti : « Pourra-t-il défendre la grande cause du quinquennat, justement celle des femmes ? »

La parlementaire envisage toutefois de présenter malgré tout sa candidature.

Un proche de Macron, mis en retrait après sa condamnation… et rapidement réhabilité

Mais si l’affaire crée autant de remous, c’est aussi à cause des casseroles judiciaires que traîne Jérôme Peyrat. Un candidat gênant, et un silence de la part de la tête de son parti qui l’est encore plus.

Les faits ont eu lieu en décembre 2019 : suite à une dispute en voiture, l’ex-compagne de Jérôme Peyrat aurait arraché ses lunettes, et, essayant de la « maîtriser » selon ses dires, il lui aurait asséné un « coup au menton ». Il avait alors démissionné de son poste de conseiller au cabinet d’Emmanuel Macron. En septembre 2020, il avait été condamné à 3000 euros d’amende avec sursis.

Mediapart souligne dans un article détaillé que le principal intéressé a grandement minimisé son geste, et que le certificat médical de l’ex compagne de Jérôme Peyrat fait état d’« une douleur au niveau de la mâchoire “avec limitation de l’ouverture de bouche”, “un hématome de la face vestibulaire de la lèvre inférieure droite”, ainsi qu’“un syndrome de stress et d’anxiété post-traumatique à surveiller pendant une période minimale de trois mois” ».

La mise en retrait de Jérôme Peyrat aura été de courte durée : en janvier 2021, il est revenu par la grande porte, devenant conseiller politique à la délégation générale du parti.

Quel signal le parti d’Emmanuel Macron envoie-t-il lorsqu’il choisit d’investir un homme, non pas accusé ou soupçonné, mais bien condamné par la justice pour violences conjugales ? Alors que l’affaire Taha Bouhafs, qui est accusé de violences sexuelles, a montré qu’un parti pouvait réagir de façon rapide et mesurée pour recueillir la parole des victimes présumées et demander la mise en retrait du candidat, l’affaire Jérôme Peyrat montre une toute autre méthode.

Maintenir coûte que coûte un candidat reconnu coupable, persister à ignorer les protestations des militants du parti n’est pas juste une marque d’impunité, c’est aussi envoyer le signal que les personnalités politiques peuvent s’accommoder d’exemplarité.

À lire aussi : Qui veut faire taire le mouvement #MeTooPolitique ?

Crédit photo : Clapra, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Violences conjugales : les ressources

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez est victime de violences conjugales, ou si vous voulez tout simplement vous informer davantage sur le sujet :

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Angleterre : Les écoles municipales ont de meilleurs résultats que les écoles privées

Voilà qui est fort contrariant pour le gouvernement britannique. Alors qu’il inscrit dans son programme annuel la transformation de toutes les écoles encore municipales (« council based ») en écoles autonomes privées (« academies »), une étude montre que les écoles municipales ont de meilleurs résultats aux évaluations nationales. 92% d’entre elles sont jugées « bonnes » ou « excellentes » à ces évaluations contre 85% des academies. 80% des établissements secondaires et 40% des écoles primaires sont déja des « academies ». Les academies sont des écoles autonomes privées mais financées par l’argent public.

 

Dans le Guardian

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« Je n’ai jamais vu une aberration pareille » : le chaos de la dématérialisation des Caf raconté de l’intérieur

Ma vie au travail

par Rachel Knaebel

Entre les bugs des logiciels, les réformes incessantes, et l’obligation de passer le moins de temps possible avec les allocataires, la dématérialisation et la réduction des coûts pèsent aussi sur les travailleuses et travailleurs des Caf.

Les allocataires des Caf doivent s’y contraindre depuis des années : les démarches se font, presque exclusivement, en ligne. Cette numérisation à marche forcée pèse aussi sur les agentes des Caf, techniciennes conseil et travailleuses sociales.

« La numérisation s’est faite progressivement, mais cela s’est accéléré dans les années 2010. C’est aussi à ce moment-là que s’est accéléré le turnover des CDD, des personnes formées en trois semaines qui ne peuvent pas répondre dans le détail aux demandes, raconte Lise Charlebois, travailleuse sociale à la Caf du Doubs et déléguée syndicale Sud. L’objectif de l’État, c’est que les allocataires gèrent seuls leur dossier complètement en numérique. Mais ce n’est pas possible. »

Les démarches en ligne, « c’est compliqué pour beaucoup d’usagers, constate aussi Marie-Odile Chauvin, travailleuse sociale et délégué Sud dans l’Indre. Nous sommes dans un département rural. Ceux qui habitent dans des zones blanches non desservies par internet ne peuvent rien faire en ligne. Et s’ils font une erreur de saisie, ils peuvent se retrouver à devoir rembourser des indus. Beaucoup de personnes ne veulent donc plus faire les saisie seules, car elles ont peur d’être accusées de fraude si elles se trompent. Et quand elles essaient de joindre la Caf, elles n’y arrivent pas toujours. J’ai encore parlé à quelqu’un ce matin qui m’a dit qu’il a essayé d’appelé la Caf pendant deux heures et qu’il n’a jamais eu personne. Alors, les gens abandonnent au bout d’un moment. »

« La dématérialisation a généré plus de contrôles »

Lise Charlebois a commencé à travailler à la Caf en 1995. À cette époque, « on pratiquait le calcul manuel », se souvient-elle. Aujourd’hui, « toutes les allocations sont calculées par les logiciels. Mais quand il y a un bug, on doit de nouveau rentrer tous les éléments à la main pendant des heures, et parfois au moment d’enregistrer, tout est effacé. »

« Le calcul informatique permet un gain de temps, mais quelquefois, le calcul se fait à tort et doit être repris manuellement, signale aussi Rachel Muller-Lerognon, gestionnaire conseil à la Caf du Doubs et déléguée syndicale Force ouvrière. Cela prend du temps et nécessite parfois l’aide d’un référent technique. La dématérialisation a aussi généré plus de contrôles et plus de prestations à régulariser, car les informations que les allocataires doivent saisir sont complexes et ne sont pas les mêmes pour toutes les prestations. Par exemple, pour une déclaration trimestrielle de ressources pour les allocataires du RSA ou de la prime d’activité, il faut déclarer le net à payer. Mais pour une déclaration trimestrielle concernant l’allocation adulte handicapé (AAH) c’est le net imposable… » Une erreur est donc vite arrivée.

Début 2021, la réforme des aides au logement (APL) décidée par le gouvernement a mis sens dessus dessous nombre de Caf, nous disent aussi les trois femmes. « Suite à la réforme de l’aide au logement, notre système informatique à montré ses failles, indique Rachel Muller-Lerognon. Il n’était pas possible de passer certains dossiers, et ce pendant des mois. Encore à ce jour, les problèmes sont moindres mais subsistent… »

La réforme des APL, « ça bugue toujours »

« La réforme des aides au logement, je n’ai jamais vu une aberration pareille, renchérit Marie-Odile Chauvin, de l’Indre. Elle a été mise en place en janvier 2021 et ça bugue toujours. La réforme a changé les modes de calcul de l’aide et les plafonds de ressources ont bougé aussi. Mais le logiciel n’était pas en capacité d’absorber ce changement. Depuis plus d’un an, les conditions de travail des salariés de la Caf en sont devenues affreuses. Les techniciens conseil peuvent se retrouver à refaire le dossier deux ou trois fois et ça ne fonctionne toujours pas. Ça renvoie aux techniciens l’image qu’ils font mal leur travail alors que le problème, c’est qu’ils n’ont pas les outils pour le faire. »

Même les travailleuses sociales, dont le métier est d’accompagner directement les allocataires, parfois chez eux, se retrouvent contraintes de les renvoyer « vers Caf.fr », déplore Marie-Odile Chauvin. « Parce que c’est ce qu’on nous dit de faire. De toute manière, les dossiers sont traités plus rapidement si les gens passent par le site caf.fr, car les courriers papier partent loin et le temps qu’ils soient scannés dans les dossiers, ça demande dix jours. Mais nous, les travailleurs sociaux, pouvons tout de même encore voir les personnes, et nous scannons ensuite leurs documents pour les intégrer à leur dossier numérique. »

Parfois, même après ses longues années d’expérience, Marie-Odile ne comprend pas les notifications que reçoivent les allocataires qu’elle suit. « Je demande aux techniciens conseil de me les expliquer. Certaines ne veulent rien dire. Des gens peuvent recevoir des notifications comme quoi ils doivent rembourser une somme d’APL, ils ne savent pas pourquoi. Alors, on leur dit de faire une requête à la commission de recours amiable pour demander une remise totale ou partielle de la dette », explique-t-elle.

Cette commission est submergée, elle prend du retard à traiter les dossier. Et les allocataires en font les frais. « Normalement quand vous faites une demande de recours amiable, votre retenue est suspendue, mais en ce moment, elles continuent à être prélevées sur les prestations des personnes à cause du retard au niveau de la commission. »

« Les législations sur les prestations sont de plus en plus complexes et les prestations plus nombreuses, ajoute Rachel Muller-Lerognogn. Il faut sans cesse rechercher la bonne législation, aller chercher certaines informations sur les « portails » de nos partenaires, CPAM, Pôle emploi… Le fait de chercher sans arrêt des informations prend du temps alors qu’on subit aussi une pression de “production”. Il est difficile de faire vite et bien. »

Comme pour les autres administrations publiques, l’État demande aux Caf de réduire les coûts, en particulier de personnel. « Depuis 1995, nous sommes liés à l’État par une convention d’objectifs et de gestion, renouvelée tous les cinq ans, par lesquelles le gouvernement nous impose des façons de travailler », rappelle Lise Charlebois. La dernière convention, qui court de 2018 jusqu’à la fin de cette année, prévoie la suppression de 2100 emplois dans les Caf sur la période. « Les Caf sont priées de réduire leurs effectifs, et cela impacte tous les services, logistique, social, prestation, informatique… mais il n’y a pas moins de travail. », ajoute Rachel Muller-Lerognon.

« Deux minutes pour répondre à quelqu’un au téléphone »

Conséquence : les agents ont toujours moins de temps à consacrer aux allocataires. « Aujourd’hui, nous avons seulement deux minutes pour répondre à quelqu’un au téléphone, dix minutes en rendez-vous physique, explique Lise Charlebois. La dernière convention de gestion imposent aussi aux Caf des objectifs de constat des fraude, et veut augmenter le taux de réclamations traitées dans un délai de dix jours, de 60 % à 80 %. « Chaque contrôleur a aussi des chiffres à atteindre. En même temps, pour faire ces chiffres, il faudrait plus de salariés », pointe la déléguée syndicale du Doubs. « Les techniciens conseil sont aussi surveillés, ajoute Marie-Odile Chauvin. Tous leurs chiffres sont analysés et on les leur met devant le nez au moment des entretiens d’évaluation. »

Le manque de temps et la demande adressée aux allocataires de tout faire en ligne ne facilite pas le contact avec les usagers. « Les relations en accueil sont parfois tendues car il y a de longs délais de traitement, environ deux mois. Les allocataires attendent leurs prestations qui ne sont pas versées, observe Rachel Muller-Lerognon. On constate également de plus en plus d’incivilités et d’agressivité dues aux changements de législations incompréhensibles par les allocataires. »

Face au déni des directions des Caf, des allocataires confrontés à ces dysfonctionnements commencent aussi à s’organiser en collectif. « La dématérialisation ne doit pas signifier la disparition du téléphone et de l’accueil dans les services publics. Le problème est là : les réclamants ne peuvent plus aller voir quelqu’un », rappelait également à basta) la Défenseure des droits, Claire Hédon, très consciente du problème.

Dans ces conditions difficiles, les délégués syndicaux qui partent bientôt en retraite peinent à trouver la relève dans les Caf. « Pour beaucoup, le collectif, c’est derrière, regrette la déléguée Sud de l’Indre Marie-Odile Chauvin. Les gens n’ont pas envie d’investir du temps au niveau du travail. »

Rachel Knaebel

Dessin : Rodho

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Rémunérations des PDG, dividendes pour les actionnaires : le CAC 40 bat encore des records

Après plus de deux ans de pandémie et plus de deux mois de guerre en Ukraine, les grandes entreprises françaises transfèrent plus de 80 milliards d’euros à leurs actionnaires. Soit une hausse de 57 % par rapport à l’année dernière.

Fi de la guerre, de la pandémie, de l’inflation et du dérèglement climatique ? Dans un contexte pourtant marqué par des crises multiples et une remise en cause des fondements de l’ordre économique international, les groupes du CAC40 ont abordé leurs assemblées générales annuelles 2022 sur l’air de « Tout va très bien, madame la marquise ».

Records de bénéfices, records de dividendes, records de rachats d’actions, records de rémunérations patronales… Cela ressemble à une véritable curée, rendue possible par l’argent public avec la bénédiction du pouvoir exécutif. Dans le même temps, les suppressions d’emplois se poursuivent dans la plupart des multinationales tricolores, à l’exception de quelques groupes de services à distance (Teleperformance, Capgemini) dont l’effectif explose… à l’international.

L’adage selon lequel « les bons résultats du CAC40 seraient les emplois de demain », repris en boucle par l’exécutif, ne résiste pas à l’épreuve des faits. Dans un contexte de guerre en Ukraine et de fin sans fin de l’épidémie de Covid 19, les groupes du CAC40 ont continué à profiter à plein de dizaines de milliards d’aides publiques.

100 % des groupes du CAC40 ont profité au moins d’une des nouvelles aides mises en place pour faire face à la pandémie et à ses conséquences – et le plus souvent de plusieurs aides. Aux dispositifs d’urgence (prêt garanti par l’État, chômage partiel, reports de charges et cotisations) se sont ajoutés des plans sectoriels, le plan de relance qui a profité de manière disproportionnée aux grandes entreprises, la baisse des impôts de production, les achats de dette des banques centrales, le plan France 2030, de nouvelles aides à l’embauche, les aides aux industriels sur les prix de l’énergie, et les nombreux autres plans mis en place au nom de la « relocalisation » et de la « souveraineté économique ».

Stellantis, TotalEnergies, Sanofi : des champions très aidés

Ce qui n’empêche pas les milieux d’affaires de réclamer aujourd’hui de nouvelles aides et de nouvelles baisses d’impôts. Cela forme un contraste saisissant avec la situation des ménages confrontés aux conséquences de l’inflation. La richesse du CAC40 est très peu redistribuée, les négociations de revalorisation salariale ayant patiné dans de nombreux groupes. Les grandes entreprises françaises ont profité de la manne sans faire grand-chose pour se préparer aux crises futures et à leurs répercussions, que ce soit à court terme avec la guerre en Ukraine et les tensions d’approvisionnement venues s’ajouter à celles déjà existantes du fait de la pandémie, ou à court, moyen et long terme avec le dérèglement climatique.

On constate que certains des groupes les plus aidés du CAC40 sont aussi ceux qui suppriment le plus d’emplois et gâtent le plus leurs patrons et actionnaires. Sur les six groupes du CAC40 qui versent le plus de dividendes au titre de l’année 2021, cinq ont encore supprimé des milliers d’emplois au cours de l’année écoulée (Total, BNP Paribas, Axa, Sanofi, Stellantis). Ces mêmes groupes figurent aussi souvent parmi ceux qui versent les rémunérations les plus astronomiques à leur PDG.

Alors que la rémunération de Carlos Tavares (19,1 millions d’euros) fait scandale et que plus de 3 milliards d’euros de dividendes doivent être versés aux actionnaires, PSA/Stellantis a supprimé plus de 17 000 emplois dans le monde en 2021 et a déjà annoncé d’autres suppressions en 2022. Or PSA/Stellantis a bénéficié des dispositifs du chômage partiel, de baisses d’impôts de production, du plan automobile et d’autres programmes des plans de relance et France 2030, ainsi que du soutien de la BCE pendant la pandémie.

Après son bénéfice record de 14 milliards d’euros en 2021, TotalEnergies conserve la médaille d’or des dividendes du CAC40 en versant près de 6,8 milliards d’euros à ses actionnaires, à quoi s’ajoutent 1,8 milliard de rachats d’actions. Le groupe prévoit déjà d’augmenter le dividende pour 2022 (+5 %) et son programme de rachats d’action (+3 milliards d’euros). Bien que TotalEnergies ait profité du plan automobile et du plan hydrogène, ainsi que du soutien de la BCE et de la baisse des impôts de production, la multinationale a tout de même supprimé des emplois en 2020 (-2300) et en 2021 (-4167).

Malgré ces suppressions d’emplois dans le monde en 2021, dont 700 en France, Patrick Pouyanné a touché en 2021 la jolie somme de 5,9 millions d’euros (+52 % par rapport à 2020). Le groupe engrange à nouveau un bénéfice record au premier trimestre 2022 grâce à la hausse des prix de l’énergie provoquée par la guerre russe en Ukraine – et ce alors même que le groupe est étroitement lié au régime poutinien, et fait tout ce qu’il peut pour préserver ses investissements dans le pays.

Jackpot du côté du secteur financier

Tête de gondole des profiteurs de crise, Sanofi, qui avait affiché un bénéfice de 12 milliards la première année de pandémie, distribue plus de 4 milliards d’euros à ses actionnaires au titre de 2021. Son PDG, Paul Hudson se voit rémunéré à la hauteur de près de 11 millions d’euros. Pourtant en 2021, Sanofi aura supprimé presque 4000 emplois, dont une petite centaine en France. Pire encore, la firme pharmaceutique a bénéficié du chômage partiel, d’un plan pour la relocalisation du médicament, de baisse d’impôts de production, et du soutien de la BCE pendant la crise Covid.

BNP Paribas et Axa versent respectivement 4,5 milliards et 3,7 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2021, avec plus de 3500 suppressions de postes dans le monde chacun. Les deux groupes ont largement profité de la baisse des impôts dits de production, ainsi que des largesses de la BCE.

Grand luxe pour Bernard Arnault cette année, qui touchera presque 8 millions d’euros en tant que PDG, sans compter les dividendes sur les actions LVMH qu’il détient en direct et via son groupe familial. Le 21 avril dernier, LVMH a voté un dividende de 5 milliards d’euros, soit le deuxième plus gros dividende (derrière TotalEnergies) du CAC40. À l’image d’autres grandes entreprises, LVMH s’est vu accorder le chômage partiel, des baisses d’impôt de production et le soutien de la BCE.

Plus de 80 milliards pour les actionnaires

Les deux tiers du CAC40 ont battu en 2021 leurs records historiques de profits, avec une poignée de groupes dépassant les 12 milliards d’euros : TotalEnergies, Stellantis, LVMH et ArcelorMittal [1].

Des profits qui ont été rendus possibles, au moins indirectement, par les dizaines de milliards d’euros d’aides publiques débloquées pour les « sauver » durant la crise. Aides dont elles continuent à bénéficier aujourd’hui alors qu’elles ne sont manifestement pas dans le besoin. Noyé dans l’argent public, le CAC n’a pas choisi d’utiliser ses profits pour investir dans la transition, créer de l’emploi ou augmenter les salaires, mais a une nouvelle fois priorisé ses actionnaires.

D’abord en rachetant des actions propres en vue de les annuler, afin d’entretenir à la hausse la valorisation boursière du groupe et de satisfaire les actionnaires. Un record historique a été atteint dans ce domaine, avec 23 milliards d’euros en 2021 (un chiffre qui n’inclut pas les programmes de rachats d’actions annoncés fin 2021 et qui se sont poursuivis en 2022).

Ensuite en augmentant à nouveau leurs versements de dividendes. Les dividendes proposés aux AG 2021 par les groupes du CAC40 s’élèvent à 57,5 milliards d’euros – également un record historique, alors même que deux poids lourds de l’indice parisien, Renault et Unibail, n’ont pas repris leurs versements aux actionnaires. C’est une augmentation de 33 % par rapport à 2020. Cela représente au total une gratification de 80 milliards d’euros pour les actionnaires du CAC40 au titre de l’année 2021.

Les principaux bénéficiaires de ces versements de dividendes et de ces rachats d’actions sont comme d’habitude le groupe Arnault (2,4 milliards d’euros de dividendes pour 2021) et BlackRock (plus de 2 milliards d’euros). Ils sont suivis par l’État français (en incluant Bpifrance et hors Caisse des dépôts et consignations) et les familles Bettencourt et Pinault. Près de 237 millions d’euros pour les patrons Les patrons du CAC40 seront en moyenne rémunérés à hauteur de 5,9 millions d’euros en 2021, pour une moyenne de 4,8 millions en 2020 (+23 %). Globalement, ce sont 236,8 millions d’euros qui ont été versés aux patrons du CAC40 à titre de rémunération.

Les champions dans ce domaine sont les habitués Bernard Charlès (Dassault Systèmes, 44 millions), Daniel Julien (Teleperformance, 19,5 millions), Carlos Tavares (Stellantis, 19,1 millions) ou encore Paul Hudson (Sanofi, 10,9 millions). Certains estiment même la rémunération du PDG de Stellantis à 66 millions d’euros en comptant les actions et rémunérations qui doivent lui être versées sous condition de performance [2].

Pendant ce temps, la majorité du CAC40 continue de tailler dans ses effectifs

Dans la foulée de l’épidémie de Covid-19, et dans la lignée de leur stratégie de réduction de l’emploi depuis des décennies, la majorité des groupes du CAC40 continue de tailler dans leurs effectifs.

Stellantis a donc effacé plus de 17 000 emplois en 2021, ArcelorMittal et la Société générale plus de 9000, TotalEnergies, Axa, Sanofi et BNP Paribas autour de 4000. Tous ces groupes figurent pourtant en tête du classement des profits réalisés en 2021. Se distinguent également Vivendi, Bouygues et Danone. Au niveau des effectifs français, pour lesquels nous ne disposons que d’une information partielle (25 groupes sur 40 seulement donnent ce chiffre), on enregistre la suppression de 17 613 emplois en 2021.

Au niveau global du CAC40, ces suppressions d’emplois sont compensées par l’explosion continue des effectifs de Teleperformance (+35 000) et Capgemini (+55 000), principalement pour des emplois à bas salaire situés dans des pays comme l’Inde. Globalement, le CAC40 supprime des emplois industriels en Europe et crée des emplois de services ailleurs dans le monde, emplois caractérisés par une main d’œuvre très jeune, relativement plus mal payée qu’en France et un fort turn-over.

Depuis le printemps 2020, le gouvernement a systématiquement refusé de conditionner les aides publiques nouvelles créées pour faire face à l’urgence et pour la relance à des critères stricts en termes de protection de l’emploi, de transition climatique, de transparence fiscale et de suspension des dividendes et de rachats d’actions. La solidarité nationale a ainsi été mise au service des actionnaires et des patrons du CAC40, sans contrepartie.

Le gouvernement continue de créer de nouvelles aides et refuse de mettre en cause le maquis des aides publiques au secteur privé, qui ne cesse de s’accroître depuis plus de 15 ans. Aujourd’hui, alors que les résultats de son refus d’agir s’étalent devant les yeux de tous, le gouvernement s’illustre par un autre refus : celui de mettre en œuvre une taxation exceptionnelle des profits et des dividendes des grands groupes pour payer au moins une partie de la facture de la crise.

Olivier Petitjean et Mélissandre Pirchon, de l’Observatoire des multinationales

Graphiques : Guillaume Seyral

Pour en savoir plus : Le site d’Allo Bercy
À lire :

{Un pognon de dingue mais pour qui ? L'argent magique de la pandémie}, Maxime Combes, Olivier Petitjean.

Un Pognon de dingue, mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie (coédition Seuil/Don Quichotte, mai 2022), de Maxime Combes et Olivier Petitjean, de l’Observatoire des multinationales.

Notes

[2Ces chiffres incluent les rémunérations attribuées au PDG ou au DG au titre de l’année 2021 (ou 2020-2021 pour Alstom et Pernod-Ricard), sur l’ensemble du périmètre du CAC40, sans les éventuelles rémunérations futures sous condition de performance (dont bénéficie cette année par exemple Carlos Tavares).

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