Archives de la catégorie Publications

Un décret institue le CEE

Cela a été un des éléments les plus débattus de la loi Blanquer. JM Blanquer s’est battu pour supprimer le Cnesco et le remplacer par une instance d’évaluation qui ne mettrait plus son nez dans l’évaluation des politiques scolaires mais se limiterait au niveau des établissements. Et qui serait aussi bien plus obéissant. Des parlementaires de tout bord se sont battus pour le maintien d’une évaluation indépendante de l’Ecole. Mais le Cnesco a fini emporté par la majorité conservatrice du Sénat. Un décret publié au JO du 18 octobre institue le Conseil d’évaluation de l’école. On notera que ses avis et recommandations doivent être publiés dans un délai d’un mois et qu’il établit e rend public son programme de travail.

Le décret

Vifs débats sur le Cnesco

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Quel impact social du budget 2020 ?

L’IPP propose des éléments d’analyse des budgets depuis 2018 et de celui de 2020. Ce dernier est en rupture avec les précédents qui se traduisaient par une nette détérioration de la situation des plus démunis au profit des plus riches. C’était le temps du ruissellement. 2020 c’est le temps des gilets jaunes. Le budget redessine le graphique des transferts. Mais la situation ne  s’améliore pas en bas de la pyramide et continue à favoriser les plus aisés des riches.

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Amiante : les syndicats du 93 montent au créneau

C’est une large intersyndicale Sud, Fo, Cnt, Cfdt Interco, SnuTer qui alerte les enseignants et personnels contre le risque d’amiante. Le 3 juillet ils avaient eu confirmation que tous les collèges du 93 construits avant 1997 contiennent de l’amiante. Les syndicats demandent au Dasen d’envoyer aux personnels des fiches d’exposition. Ils exigent aussi un diagnostic amiante pour tous les établissements et le désamiantage. Libération avait révélé en mars la présence d’amiante dans la majorité des batiments scolaires. La question émerge.

Dans Libération

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Un nouveau rapport sénatorial détricote l’éducation prioritaire

« La ruralité est absente des statistiques de l’éducation nationale. Le critère territorial n’est pas pris en  compte dans la politique de priorisation de l’éducation nationale ». Chargés d’une mission sur « les nouveaux territoires de l’éducation », les sénateurs Laurent Lafon (UDI) et Jean-Yves Roux (PS) publient le 16 octobre un rapport qui propose de nombreux changements dans le fonctionnement de l’Education nationale. On retiendra la fin de la politique de labellisation de l’éducation prioritaire, la disparition des anciennes académies au profit des régions académiques et l’augmentation des pouvoirs de gestion des recteurs et Dasen. Des idées qui circulent dans d’autres rapports : Brisson Laborde sur le métier enseignant, celui de la Cour des comptes sur l’éducation prioritaire et, d’après des indiscrétions, dans le rapport Mathiot Azéma sur l’éducation prioritaire que le ministère n’a pas encore publié. Tout semble converger vers un but et peut-être une annonce prochaine :  la fin de la politique nationale d’éducation prioritaire.

Le succès relatif des écoles rurales

 Les sénateurs sont élus par un collège où les maires sont majoritaires et on comprend que la ruralité soit un souci constant de la Haute assemblée. Le rapport Lafon Roux ne s’en tient pas à la ruralité. Il prévoit aussi une refonte de l’éducation prioritaire et une réorganisation administrative de l’éducation nationale.

Les sénateurs relèvent l’absence d’études sur les résultats de l’école rurale. La dernière étude Depp aurait plus de 20 ans. En fait des études récentes ont été menées par l’observatoire éducation territoires sous la houlette de Pierre Champollion. Elles montrent que les écoles rurales ont des résultats meilleurs que la moyenne nationale. Mais que cet avantage se perd au moment de l’orientation.

Un nouvel indice pour favoriser les écoles rurales

Le souci des sénateurs Lafon et Roux c’est le maintien du maillage des écoles sur le territoire. On compte 50 492 écoles en France. Ce chiffre diminue d’environ 500 écoles par an, principalement en zone rurale. 4000 écoles ne comptent qu’une seule classe et 23 381 ont moins de 5 classes. D’après les sénateurs l’évolution démographique va encore pousser à la fermeture d’écoles alors que le maintien d’un maillage est important. Certes il y a la promesse d’E Macron de ne pas fermer d’école sans l’accord du maire. Mais les sénateurs voient au delà de 2022 et C Morin Desailly , présidente de la commission de l’éducation, rappelle que E Macron n’a pas respecté un engagement précédent  sur ce sujet.

La solution trouvée par L Lafon et JY Roux c’est de créer un indice d’éloignement qui entrerait dans le calcul de l’allocation des moyens. Cela leur parait « plus juste » et surtout plus susceptible de maintenir les écoles. Les sénateurs veulent aussi que des expérimentations puissent être faites facilement, sur accord du dasen ou du recteur, dans « l’organisation des écoles rurales  » et « l’évolution des structures » pour rendre ces écoles attirantes. « On ne va pas rouvrir la boite de Pandore » des EPSF, précise L Lafon. Mais il faut « soutenir les initiatives locales » qui « ne sont pas forcément à dupliquer ailleurs ». JY Roux cite en exemple le maintien d’une classe en créant une classe « sapeur pompier » qui attire de nouveaux élèves dans un collège rural. Il faut que ces expérimentations soient décidées sur place pour éviter les délais. Curieusement les mêmes rapporteurs sont pour la réforme territoriale et calquer l’organisation des académies sur les régions ce qui éloigne significativement le pouvoir local dans les grandes régions académiques.

Les sénateurs se soucient aussi d’attirer des enseignants. Ils souhaitent un parcours spécialisé dans la formation initiale pour les enseignants du rural, par exemple pour être capable d’exercer dans une classe multi niveaux. On verra qu’ils proposent des contrats de mission.

Maintenir les écoles rurales a un cout. On peut estimer que la fermeture de 500 écoles par an représente une économie d’un millier d’emplois soit une cinquantaine de millions. Mais le rapport ne chiffre pas ces dépenses. La suite des préconisations donne à penser que le financement de cette politique pourrait bien être trouvé dans le démantèlement de l’éducation prioritaire.

Délabelliser l’éducation prioritaire

La Cour des comptes a déjà demandé la délabellisation de l’éducation prioritaire. Ne seraient maintenus que les Rep+. En dessous il y aurait un indice d’affectation des moyens graduel sans label particulier. Les sénateurs, comme la Cour, lui trouvent deux avantages. Le premier c’est d’éviter l’effet de seuil qui bloque toute évolution de la carte. Le second c’est de mieux prendre en compte les écoles orphelines et les enfants défavorisés scolarisés hors Rep, soit 70% d’entre eux.

Le rapport recommande la sanctuarisation des Rep+ et une attribution graduelle des moyens pour les autres écoles et établissement. Ce serait la fin d’une politique nationale de l’éducation prioritaire , réduite à pas grand chose.  La nouvelle politique de distribution des moyens devrait être locale, pour les sénateurs. Et la disparition des Rep permettra de faire reconnaitre des critères non sociaux dans l’attribution des moyens, comme l’éloignement géographique ou la ruralité. Cette réforme transférerait des moyens massifs du social vers le territorial, des écoles de banlieue vers les zones rurales. Les sénateurs souhaitent aussi y voir entrer les établissements privés sous contrat.

L’étau se resserre autour de l’éducation prioritaire

Pour les enseignants, comme dans le rapport Brison Laborde, les sénateurs recommandent de multiplier des « contrats de mission » pour attirer des enseignants en zone rurale ou difficile. Les recteurs et Dasen auraient de nouveaux pouvoirs pour le recrutement et l’indemnisation des enseignants. Les collectivités locales auraient aussi un role plus important dans la politique éducative locale. « Elles financent un tiers de la dépense d’éducation dans  le 1er degré », rappelle L Lafon.

L’intéret de ce rapport c’est la convergence qui se crée sur l’éducation prioritaire. Alors que JM Blanquer n’a pas publié le rapport Mathiot Azema, on voit se multiplier les rapports qui préconisent la fin de la labellisation. C’était le cas avec le rapport de la Cour des comptes (hors Rep+). Le même schéma est proposé par le rapport Lafon Roux. Il semble que le rapport Mathiot Azema aille dans le même sens. Seul le souci des réactions des enseignants et de certaines municipalités semble expliquer l’absence de décision ministérielle jusque là.

La Mission Lafon Roux

Le rapport de la Cour des comptes

Education prioritaire : Quels objectifs pour le gouvernement ?

Azema Mathiot : la fuite

La FSU relance le débat

Le rapport Brisson Laborde

Les travaux de P Champollion

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Profs : «On se sent si seuls au quotidien»

Par Marie Piquemal , Noémie Rousseau et Mathilde Frénois

Sentiment d’impuissance, frustration, manque de reconnaissance, absence de soutien de la hiérarchie… Le suicide il y a près d’un mois d’une directrice d’école à Pantin a mis en lumière le malaise au sein des personnels de l’éducation nationale. Témoignages.

Au téléphone, elle parle d’une voix douce et un peu inquiète. Elle n’a pas l’habitude de s’épancher. «Je suis tourmentée par mon travail. Je suis très consciencieuse.» Annie (1) est enseignante depuis vingt ans et directrice d’une école élémentaire dans l’académie de Dijon. Cette rentrée, elle était confiante, c’est sa cinquième année comme directrice. «Je pensais que ce serait plus facile. Mais non. Le volume de travail augmente encore. On prend sur le temps à la maison, mais ça ne suffit pas, ça ne finit jamais.» Elle était à bout, son médecin l’a arrêtée pour huit jours. Elle continue malgré tout à travailler à distance, soucieuse de ne pas faire peser «la charge» sur ses collègues. «Je pensais tenir. Je n’ai pas réussi. La mort de Christine Renon m’a vraiment bouleversée.» Sa voix se trouble.

Le suicide de cette directrice d’une école maternelle de Pantin (Seine-Saint-Denis) le 21 septembre, et la lettre qu’elle a laissée pour expliquer son geste, a fait chanceler l’ensemble de la profession. Christine Renon avait pris la précaution d’adresser une copie de son courrier à chaque directeur d’école de sa ville et aux sections syndicales, pour s’assurer qu’il ne soit pas mis sous le tapis. Sa lettre circule depuis, sur Facebook et par mails, faisant le tour des écoles et des salles de profs. Certains passages semblent un peu décousus et obscurs pour les non-initiés. Pas pour les enseignants. Ils sont nombreux à se reconnaître dans ses mots, à s’identifier. Et tous postes confondus, qu’ils soient directeurs d’école comme Christine Renon, chefs d’établissement en collège et lycée ou bien enseignants, dans des quartiers difficiles ou non. Des profs des beaux quartiers ou des zones rurales souffrent aussi. D’autres cas de suicides (deux en septembre) ont depuis été relayés par les médias. Il faudra déterminer s’ils sont imputables au travail ou non.

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«On est tous des Christine», résumait une prof de Seine-et-Marne rencontrée lors d’un rassemblement en sa mémoire. En faisant de grands gestes, elle expliquait : «D’un coup, tout remonte. Tout ce que je supporte et que j’essaie d’enfouir en moi. Cette lettre, ça a fait tout sortir.» Et d’ajouter, dans un soupir : «Ça fait du bien de parler. On se sent si seuls au quotidien.»

«J’aurais pu en arriver là»

La parole se libère aussi à l’écrit. Depuis trois semaines, on ne compte plus les textes postés sur les réseaux, «les réponses à Christine», dont l’adhésion se mesure au nombre de likes ou de signatures sur les pétitions en ligne. «Combien serons-nous à mourir dans nos écoles ? interpelle Thérèse Descamps, directrice retraitée. Sa pétition a recueilli plus de 55 000 signatures. «Si je m’en suis sortie, écrit-elle, c’est parce que la maladie grave qui m’a éloignée de l’école m’a évité le burn-out. Moi aussi, j’aurais pu en arriver là.»

Le suicide de Christine Renon a ouvert les vannes d’une profession qui encaisse depuis longtemps. Le ministre faisait remarquer la semaine dernière dans l’hémicycle, que «le sujet» ne datait pas d’aujourd’hui. Sur ce point, il a raison. Le malaise enseignant est palpable depuis plusieurs années. Le sociologue Sylvain Broccolichi a beaucoup travaillé sur le sujet. Il a un peu de réticence à en parler, «c’est un sujet délicat, on est tous pris dans ce dilemme, de dire les choses telles qu’elles sont, sans toutefois abîmer encore plus l’image de la profession», et par ricochet de l’école publique. Dans ses travaux, il parle du «désenchantement» du métier, qui prend racine dès les années 80 selon lui. «Au moment où l’on a fixé comme objectif la réussite de tous les élèves. Beaucoup d’enseignants, responsabilisés en tant qu’acteurs, ont pris leur mission très à cœur. Ils se sont accrochés à cet espoir. Mais déchantent car l’institution ne leur donne pas les moyens de bien faire… En les plaçant en tant que responsables de cette situation.»

Cette frustration, très palpable dans les reportages, prend des formes différentes : la colère, le découragement. La culpabilité aussi, sans altérer l’engagement. Car il est aussi frappant de voir ces profs qui résistent tout en se disant épuisés. «Les deux sont liés. La souffrance est d’autant plus vive qu’ils sont très attachés au métier. Les enseignants ont le sentiment de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend d’eux, mais aussi par rapport à leurs idéaux. Ils ne sont pas ce qu’ils auraient voulu être. Pour les plus investis, c’est extrêmement douloureux.»

Paul, 32 ans, se souvient de ses premiers pas dans le métier, quand il a débarqué comme remplaçant en Seine-Saint-Denis. Auparavant, il avait travaillé quelques années dans l’urbanisme, ce qui lui donnait un autre regard. «Ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir tant des collègues investir leur propre argent dans le travail. Du sandwich que l’on paye pendant la sortie scolaire pour les élèves qui n’en ont pas à l’achat d’un vidéoprojecteur pour sa classe. Dans le métier, cela n’a rien d’exceptionnel.» Lui aussi a déjà dépensé 50 euros depuis la rentrée, pour l’achat de manuels pour les élèves. «Au dernier moment, le rectorat a rajouté des élèves dans mes classes. Si je voulais qu’ils aient les livres comme les autres, je n’avais pas le choix.»

Il raconte encore ces profs qui restent jusqu’à 19 heures pour préparer leur classe, «et encore, ils ne partiraient pas si les employés municipaux ne les mettaient pas dehors». Il est aussi surpris de ces échanges parfois très violents entre collègues, si l’un a le malheur de mettre en doute les pratiques de l’autre. «Longtemps, je ne comprenais pas qu’on puisse se mettre dans des états pareils pour des raisons professionnelles. Ils prennent pour eux les situations d’échec. Ils le vivent profondément, comme si c’était leur faute.» Lui jure avoir un peu de distance, du moins il essaie. «Je fais en parallèle un doctorat en psychologie. Je me réfugie souvent sous ma casquette de chercheur, c’est ma façon de me protéger.»

A bout de souffle

D’autres foncent à pieds joints, et ne se relèvent pas. Xavier, 62 ans, était jusqu’à peu principal d’un collège dans la campagne auvergnate. «On bosse, on est submergé, on s’use. On pense collège jour et nuit, même pendant les vacances.» Il souffre de la solitude aussi. «On partage nos galères parfois entre chefs d’établissement, mais faut ramer quand même. On reste discret sur la manière dont on vit nos échecs. Si on craque, ça fait mauvais effet pour avoir une bonne mutation.»

A bout de souffle, il a fait appel à un coach privé pour tenter de tenir. Mais fin août, il s’effondre, incapable de faire les emplois du temps du collège. Un ami, inspecteur à la vie scolaire, l’oblige à arrêter. «Il m’a dit stop, d’aller chez le médecin, que je n’étais pas seul dans cet état. Et que d’autres chefs d’établissement prennent des anxiolytiques, boivent ou fument pour tenir le coup.» Quand il a poussé la porte du cabinet, il raconte s’être «écroulé» avant même d’ouvrir la bouche. Arrêt maladie, antidépresseurs. Il a pris sa retraite anticipée. Une issue de secours. «Il me manquait beaucoup d’annuités, mais compter les jours avec l’impression chaque matin de se serrer un peu plus la corde autour du cou, ce n’est pas possible. Je me disais « t’es un incapable, tu vaux rien. »» La fable de la grenouille lui vient en tête. «On la plonge dans l’eau froide, on augmente progressivement la température et elle finit ébouillantée sans avoir un seul mouvement, sans s’en rendre compte. Voilà, on baigne là-dedans.»

Un autre chef établissement, en poste dans un gros lycée rural de l’est de la France, reconnaît lui aussi ces nuits à se réveiller toutes les heures parce qu’il pense à son établissement. «On est toujours le doigt sur la couture, pris entre le marteau et l’enclume. Il ne faut jamais lâcher, on est toujours sous stress.» Ça fait pourtant vingt-deux ans qu’il fait partie du personnel de direction. C’est un proviseur qui laisse la porte ouverte de son bureau, sa «façon de gérer». Et tous les problèmes finissent chez lui, qu’ils s’agissent des élèves, des parents, des profs, des locaux. «Je passe mon temps à régler des situations, c’est lourd. On n’a pas de RTT, on fait des heures pas possible, on se l’impose pour que ça tourne. Une fois j’avais râlé, la hiérarchie m’a dit que si je faisais 50 heures par semaine, c’est que j’avais un problème d’emploi du temps, que c’était à moi de m’organiser.» Il insiste sur ce ressenti, oppressant, du manque de soutien de l’institution. «Il ne faut pas faire de vagues. La hiérarchie est là pour donner des injonctions, c’est tout. Au niveau du ministère, c’est la com avant tout.»

La réforme du lycée est le parfait exemple, selon lui. Dans la quasi-totalité des lycées, les équipes, qu’elles soient d’accord ou non avec le fond de la réforme, déplorent le manque de préparation pour la mise en place. Résumé du proviseur : «Blanquer fait juste des vidéos, s’adresse directement aux parents pour expliquer la réforme du lycée, mais pour l’organisation concrète, on se débrouille seul.»

A l’autre bout de la France, dans un établissement cette fois huppé du Sud-Est, les profs du lycée Henri-Matisse de Vence acquiescent. «On a le sentiment que la hiérarchie fait tampon entre un ministère autoritaire et la base. Quand on est allés au rectorat pour demander des heures afin de mettre en place la réforme de manière correcte, on a été reçus comme des chiens», relate un enseignant syndiqué à la CGT. Ce lycée de centre-ville «qui recrute sur CSP plutôt aisées» pourrait pourtant sembler préservé. Mais les profs se retrouvent depuis la rentrée à composer avec les emplois du temps à trous, les nouveaux programmes et les différences de niveau des élèves. Il faut aussi faire face aux exigences des parents, tatillons sur les appréciations car désireux de construire un dossier favorable sur Parcoursup pour l’entrée dans le supérieur. «On ne vit pas tant une pression de la hiérarchie qu’un manque de solidarité. Le ministère disqualifie notre enseignement. Ça me fait penser à la lettre de Christine Renon. Si on ajoute une somme de petits tracas, ça finit par faire beaucoup.»

Ce sentiment d’entendre de «beaux discours formatés» au lieu de parler avec «honnêteté» pèse au quotidien. Dans le premier comme le second degré. C’est ce que montre une étude que viennent d’achever les sociologues de l’éducation Pascal Guibert et Pierre Périer, qui n’a pas encore été rendue publique. Dans le questionnaire, les 2 202 enseignants de collège et lycée interrogés devaient notamment répondre à cette question : «Qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre dans votre quotidien ?» Avant les classes surchargées et les problèmes de discipline, l’item le plus coché est «le manque de reconnaissance de l’institution»… Dans l’analyse des réponses, l’expression «lourdeur des tâches administratives» revient aussi comme un gimmick. De l’extérieur, il est difficile de comprendre quelles sont ces tâches qui empoisonnent tant la vie des profs. «Le logiciel Pronote, les réunions à n’en plus finir, puis tous ces documents à remplir, souvent pour prouver que je fais mon travail», explicite un professeur cité dans l’étude.

De son bureau de directrice d’école élémentaire, Annie cite, elle, ces enquêtes flash qui arrivent dans sa boîte mail chaque semaine. «L’administration nous demande de dire combien de rendez-vous on a pris pour l’accompagnement des enfants handicapés, par exemple. C’est « rien » comme on nous dit, « juste un petit mail ». Mais ça met la pression.» Elle parle aussi de ces protocoles de sécurité, notamment la procédure pour prévenir le risque d’intrusion dans l’établissement. Ces liasses de documents qu’il faut remplir sans toujours maîtriser les tenants et les aboutissants. Elle ironise : «Ah mais on est aidé. On a des guides ! Alors ça, des guides de-ci de-là, je peux vous dire, on n’en manque pas

Paperasse jugée inutile

Le sociologue Sylvain Broccolichi traduit : «Cette paperasse, les enseignants n’en voient pas l’intérêt. Comme l’institution n’investit pas, le moyen qu’elle a trouvé pour dire qu’elle agit, c’est de multiplier les documents à remplir. C’est une stratégie qui permet à l’institution d’avoir l’air de bien faire. L’enjeu premier, au fond, ce n’est pas réellement d’améliorer les choses mais de gérer la communication pour ne pas être tenu pour responsable.» A la paperasse jugée inutile s’ajoutent les misères informatiques, avec un réseau caillouteux et mal entretenu. Par exemple, au lycée Henri-Matisse, les élèves ont été équipés par la région en tablettes tactiles. Chic. «Sauf qu’on a un demi-poste en informatique pour gérer l’infrastructure et une enseignante référente qui fait ça en plus de son travail. Elles n’en peuvent déjà plus !»

Larmes aux yeux, un directeur d’une école maternelle de la région parisienne raconte que tous les matins, il part à l’école avec son ordi personnel sous le bras et qu’il utilise la connexion internet de son téléphone, faute de mieux. Ou encore cette enseignante de collège qui «tourne en bourrique» à cause de l’application pour les évaluations des sixièmes, qui est dans les choux depuis la rentrée. «Ça peut paraître anecdotique, mais c’est tout le temps. Quand vous perdez vingt minutes de cours sur une heure avant d’arriver à faire l’appel à cause d’une connexion, c’est à s’arracher les cheveux», insiste Anne-Charlotte Kiener, prof de français et coach pour enseignants.

Depuis 2017, le Snalc (syndicat minoritaire) a mis en place tout un programme spécial «souffrance au travail». Une ligne d’écoute expérimentée dans plusieurs départements et des séances de sophrologie et coaching pour leurs adhérents. Anne-Charlotte Kiener a déjà suivi une soixantaine de collègues «à bout de forces, aucun n’arrivant à concilier tout ce qu’on leur demande. Ces réformes incessantes, ces classes avec des élèves de niveaux très différents, et par-dessus le marché un matériel informatique vétuste. On a vite fait de perdre son ancrage.»

C’est d’autant plus difficile, dit-elle, que «la régulation entre collègues ne se fait pas, comme dans d’autres professions. Ils se croisent juste en salle des profs dix minutes, c’est peu». Elle s’étonne aussi des profils rencontrés. «Je vois de tout, des jeunes aussi. C’est un signe inquiétant. Ils ont l’impression de ne plus avoir leur place dans le métier. Comme on n’arrive pas à faire tout ce qu’on nous demande, on en vient à perdre le sens de ce que l’on doit faire.» Elle fait le rapprochement avec le personnel de l’hôpital, qu’il lui arrive de coacher aussi. «J’ai l’impression souvent d’entendre les profs. Ce sont les mêmes ressentis, les mêmes souffrances.»

Pour Maxime Reppert, le secrétaire national aux conditions de travail et au climat scolaire du Snalc, le sujet de la souffrance au travail reste un tabou très fort dans l’éducation nationale. Stéphane Crochet de SE-Unsa abonde : «Nous n’avons aucun chiffre officiel. Le nombre de suicides, même ceux qui ont été reconnus comme imputables au travail par les CHSCT, n’est pas communiqué !» Idem pour les burn-out. Malgré nos relances, le ministère n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais une réunion a été promise aux syndicats en novembre sur le sujet. Le problème de la souffrance au travail est d’autant plus invisible qu’il y a un manque criant de médecins du travail dans l’éducation nationale : à peine 87 médecins de prévention (soit 68 équivalents temps plein) pour… 1 million d’agents ! «Quand un collègue va mal, que faire ?» questionne Olivier, principal dans un collège d’éducation prioritaire dans l’est de la France. Dans son établissement «certains vont très mal […], ne devraient plus être en classe, ne sont plus aptes à être devant les élèves. Il y a des exclusions d’élèves à tire-larigot, parce qu’ils ne gèrent plus leur classe, ils sont fatigués».

«On fait avec»

Il a en tête cette enseignante sous antidépresseurs. «J’ai alerté le rectorat, mais le temps que ça se mette en place, qu’elle soit accompagnée… Et vers quoi ? Pour lui proposer quoi ? C’est un métier difficile dont les conditions de travail se désagrègent alors que la politique RH a été abandonnée.» Le seul dispositif qui existe, auquel le ministère participe financièrement, ce sont les espaces d’accueil et d’écoute mis en place par la MGEN, la mutuelle enseignante. Mais ils restent peu connus.

Claude Bisson-Vaivre, ex-médiateur de l’éducation nationale, a vite pris la mesure du problème. «Combien de fois j’ai entendu « vous êtes le premier à m’écouter et à recueillir ma parole ». C’est très important dans une organisation un peu broyante, il faut bien le dire.» Dans son rapport de 2015, il alertait déjà sur la nécessité de prendre des mesures urgentes pour limiter les risques psychosociaux des enseignants, notamment ceux liés aux relations entre pairs ou avec la hiérarchie.

Dans l’académie de Clermont-Ferrand, Chantal Vautrin siège dans les instances de représentation des personnels. Le mal-être, dit-elle, s’installe de façon insidieuse. «Les enseignants ne perçoivent pas tout de suite que ça ne va pas. On tolère. On supporte beaucoup de choses. On fait avec. On tient bon pour ses élèves. On va en classe la boule au ventre. Et puis un jour, on craque.» Elle dénonce les techniques managériales calquées sur les entreprises privées. «Cette pression qui vient d’en haut et redescend. Les chefs d’établissement ont dans les mains une enveloppe d’heures supplémentaires, qu’ils distribuent à leur guise. Selon que tu es dans leur camp ou pas.»

«Punching-ball»

Le manque de reconnaissance du métier dans la société revient aussi souvent dans les témoignages. Ces petites piques récurrentes : «toujours en vacances», «ça va, la vie», «jamais contents», «en grève à la moindre occasion». Elles s’ajoutent au millefeuilles. Les salaires, pas très élévés, n’aident pas non plus. Puis il y a la pression des parents d’élèves. Surtout en primaire. Christine Renon en parle dans sa lettre. Lors du rassemblement en sa mémoire, une instit d’une école du XVIIe arrondissement de Paris se compare à un «punching-ball». Ces parents qui se permettent tout, «qui vous insultent devant tout le monde» et «appellent l’inspection quand on ne leur ouvre pas la porte de l’école assez vite». Juliette, principale adjointe d’un collège en réseau priorité : «Ils se comportent comme des clients, comme si on leur devait quelque chose. J’ai l’impression de me battre contre des moulins à vent. On nous demande de plus en plus de choses, des missions éducatives nouvelles. L’école ne peut pas tout toute seule.»

Dans les conflits avec les parents, la hiérarchie est une fois encore absente. Par-dessus le marché, disent les enseignants, le ministère rajoute des problèmes là où il n’y en a pas : «Les déclarations du ministre sur les mères voilées pendant les sorties scolaires… On fait quoi maintenant ? On doit dire à ces mamans qui accompagnent leurs enfants et rendent les sorties possibles que l’institution ne les veut plus ? Comment peut-on tenir ce discours ? On vient encore une fois remettre ce sujet sur le tapis alors que ce n’est pas un souci. C’est jeter de l’huile sur le feu. Je ne leur dirai pas un truc pareil, je ne peux pas», dit une enseignante en colère près de Bordeaux.

Quand, à l’inverse, de réels problèmes se posent, les profs ont le sentiment que la priorité de leur hiérarchie est que l’affaire ne s’ébruite pas. Il faut qu’ils se taisent. C’est aussi ce que racontent les directeurs d’école de Pantin après le suicide de leur collègue. «On nous a demandé de ne pas rendre publique sa lettre. Comme si c’était ça le plus important.»

Pour cet article, tous les enseignants nous ont suppliés de garantir leur anonymat, avec une peur panique de représailles de leur rectorat. «De l’intérieur, on voit que ça dysfonctionne et on ne peut rien dire pour l’empêcher», soupire un directeur d’école. Une prof de lycée rencontrée la veille de la rentrée avait ces mots forts qui résument la situation : «Mon métier, c’était une vocation. Mais j’ai l’impression qu’on m’empêche de faire réussir nos élèves. On nous écartèle.»

(1) Les prénoms ont été changés.

«Dans l’éducation nationale, il y a une culpabilité monstrueuse à s’arrêter, c’est un problème»

Par Marlène Thomas

Pour Florence Gaboreau, psychologue dans un centre destiné aux personnels en souffrance, les enseignants ont du mal à laisser leurs élèves s’ils vont mal.

Ex-enseignante de philosophie, Florence Gaboreau a décidé après une vingtaine d’années de se reconvertir. Elle exerce à présent comme psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie du travail. Elle intervient chaque mercredi à l’Espace d’accueil et d’écoute d’Orléans, destiné aux personnels de l’éducation nationale en souffrance, intégré aux réseaux Prévention, Aide et Suivi (PAS). Un dispositif limité à trois séances par an, mis en place par le ministère et la Mutuelle générale de l’éducation nationale (MGEN).

Que faites-vous pour aider les enseignants qui vont mal ?

J’ai une fonction de conseil et d’orientation, il est exclu que je démarre une psychothérapie durant ces trois séances. Au moment où je les reçois, j’essaie dans un premier temps de les apaiser en écoutant ce qu’ils ont à dire, dans un lieu neutre où leur parole est complètement libre car tout est confidentiel. Ensuite, j’essaie d’identifier avec eux très précisément la nature de leurs difficultés, de manière à trouver où sont leurs ressources, tant en eux-mêmes que du côté de l’institution. Peut-il être pertinent de se tourner vers des interlocuteurs institutionnels, comme leur inspecteur, le médecin de prévention, la cellule ressources humaines de leur rectorat ? Parfois, il peut être intéressant de leur faire connaître l’existence de ces interlocuteurs que beaucoup ignorent. On peut aussi identifier des ressources personnelles à activer directement, notamment leur capacité à s’appuyer sur les pairs de l’établissement. Ou entreprendre une psychothérapie à l’extérieur.

Qu’est-il important de leur dire ?

J’essaie d’évaluer s’il y a une désaffection de l’activité professionnelle et si le désir de l’exercer est toujours là. C’est central. Ensuite, soit il s’agit de travailler sur ce qui empêche qu’on se sente bien, soit il faut poser la question d’une réorientation professionnelle ou du renouvellement de la manière de s’investir. Par exemple, certains enseignants voudraient enseigner comme le faisaient leurs professeurs quand eux étaient élèves. Ceux qui arrivent dans l’éducation nationale avec cette idée déchantent, car l’état d’esprit a changé, les politiques éducatives aussi. Ce n’est pas possible d’incarner le prof que l’on a adoré. Il y a une réflexion à mener sur ce qu’est aujourd’hui le métier d’enseignant. A noter qu’à la fin de ce processus, la plupart retournent en classe.

Est-ce adapté à des formes de mal-être aussi intenses que celui de la directrice de l’école de Pantin qui a mis fin à ses jours ?

Il m’est arrivé à deux reprises en six ans de voir des personnes dans un état tel qu’on a appelé [le Samu]. Elles ont été prises en charge médicalement, car elles me faisaient peur tant leur détresse était grande. Les séances à l’Espace d’accueil et d’écoute sont un moyen de repérer des cas où ça va très mal. Mais c’est rarissime. Dans d’autres situations, je me suis employée pendant toute la consultation à les persuader de demander un arrêt maladie long, j’ai parfois alerté avec leur accord le médecin de prévention. C’est ce qu’on peut faire, avoir une parole qui fait un peu autorité car on est spécialiste. Cela nous permet de leur dire qu’il est urgent qu’ils restent chez eux de longues semaines, car ça ne va plus. Il y a une culpabilité monstrueuse à s’arrêter dans l’éducation nationale. C’est un gros problème. Vous n’imaginez pas comment je dois ramer, parfois sur plusieurs consultations, pour persuader les personnes, alors qu’autour d’elles on leur dit de s’arrêter. Elles ne veulent pas laisser leurs élèves. Il y a un surmoi chez les enseignants qui est d’une sévérité extraordinaire.

Ces entretiens aident-ils vraiment ?

Les retours sont plutôt bons. On est dans une institution qui peut être vue comme trop peu soutenante. Ce dispositif contraste avec le reste. Mais je suis encore surprise d’accueillir des gens qui le découvrent et me disent «oh, mais c’est nouveau». Depuis une dizaine d’années, j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de cas de mal-être. Il y a une évolution globale de la société et l’éducation nationale en est une des caisses de résonance, comme l’hôpital et la police. Il y a un autre rapport à l’école, aux savoirs et aux apprentissages. Les profs ont perdu la considération dont ils pouvaient jouir il y a maintenant assez longtemps.

D’autres dispositifs d’aide aux enseignants existent-ils au sein de l’éducation nationale ?

Sur les solutions mises en place par l’employeur, hormis les médecins de prévention qui sont trop peu nombreux et le réseau PAS, je crois qu’il n’y a pas grand-chose d’autre. Des expérimentations ont été faites autour de groupes de pairs, où des enseignants échangent sur leurs pratiques. Mais c’est très ponctuel et ça n’a pas été généralisé. Ce serait bien de le faire, les enseignants pourraient ainsi mutualiser des problématiques et des remèdes expérimentés par certains. On ne se rend pas compte à quel point les profs sont seuls.

Jean-Michel Blanquer ou la stratégie de la diversion

Par Marie Piquemal

En alimentant la polémique sur le voile islamique, le ministre de l’Education allume un contre-feu opportun pour cacher la contestation.

La méthode est très efficace, en politique et ailleurs. La stratégie de la diversion. L’art d’allumer – et d’entretenir – des contre-feux, pour ne pas parler des vrais problèmes. En la matière, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a du talent. Dimanche, il a ainsi saisi la perche tendue par un élu du RN qui, deux jours avant, avait fait un esclandre en réunion du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, reprochant à une mère présente dans le public de porter le foulard alors qu’elle accompagnait des élèves de CM2 lors d’une sortie scolaire.

Sortie médiatique

Le droit est pourtant très clair en la matière : cela ne constitue pas une atteinte à la laïcité, comme le répète Nicolas Cadène, le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, à chaque fois que la droite ou l’extrême droite remettent ce non-sujet sur la table. Dimanche sur le plateau de BFM TV, le ministre a remis une pièce dans la machine : «La loi n’interdit pas cela, en revanche on peut inciter localement à ce que ça ne soit pas le cas. […] Le voile en soi n’est pas souhaitable dans notre société.» Jean-Michel Blanquer avait déjà exprimé cette position deux semaines auparavant. Mardi, pour la première fois, le Premier ministre l’a un peu recadré.

C’est exactement le genre de sortie médiatique qui dépite-décourage- hérisse bon nombre d’enseignants. Ils ont le sentiment que leur ministre, quand il s’exprime ainsi, s’adresse d’abord aux électeurs, sans penser une seconde à ses troupes. C’est ce ressenti, qui, début juillet lors de la grève du bac, a fait basculer dans le dur des profs peu habitués aux contestations. «Le ministre a quand même annoncé sur le plateau de BFM que la note du contrôle continu serait prise en compte pour les copies manquantes, sans même avoir pris la peine d’informer ses équipes avant !» s’indignait alors une prof de philo à Lyon. De rage, elle n’a pas rendu en temps et en heure les copies du bac qu’elle avait corrigées, acte qui lui était a priori impensable.

Brouillard

Cet état d’esprit est aussi partagé par les enseignants de lycée qui, l’hiver et le printemps derniers, ont tenté d’alerter sur les conséquences concrètes de la réforme du lycée. Ils répétaient : «Pourquoi ne pas nous écouter, on est sur le terrain…» Et ça n’a pas loupé. En cette veille de vacances de la Toussaint, les équipes et les élèves de première (ceux qui passeront pour la première fois le nouveau bac en 2021) sont sur les rotules. La rentrée a été chaotique, avec de gros changements faits dans la précipitation : il n’y a plus de classes (au sens de groupes), certains élèves ont dû changer de spécialités faute de place, alors que la réforme leur promettait totale liberté dans leurs choix… D’autres se retrouvent avec des heures de cours à plus 44 élèves ! Ou encore sans manuel dans certaines disciplines parce que «les finances du lycée ne le permettent pas»… Tous les programmes ont été modifiés à la fois, ce qui n’aide pas. Les nouvelles règles d’évaluation du contrôle continu collent un stress supplémentaire aux élèves – qui ne comprennent pas comment les choses vont s’organiser – comme aux profs, eux aussi dans le brouillard. Ce contexte contribue à expliquer l’émoi qui a gagné la profession après le suicide de Christine Renon. «Cet état d’épuisement» décrit par cette directrice d’école à Pantin (Seine-Saint-Denis) dans sa lettre, parle à tous.

Dans les jours qui ont suivi, le ministre a assuré avoir pris la mesure du problème, lié selon lui à la fonction de directeur d’école. Ce dernier est de fait très exposé, dépourvu du statut de chef d’établissement dont bénéficie un principal de collège ou un proviseur de lycée. Mais à entendre les directeurs d’école, ils ont surtout besoin d’aide pour la paperasse administrative et d’être plus écoutés. Pas de déclarations parasites comme celle sur les mères qui accompagnent les sorties scolaires.

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La réforme qui pourrait faire exploser le lycée

Mercredi, 16 Octobre, 2019Olivier Chartrain

Emplois du temps infernaux, classes éclatées, évaluations déstabilisantes : les deux premiers mois de mise en œuvre de la réforme du bac mettent à rude épreuve enseignants et élèves, au moral comme au physique. Pour les uns comme pour les autres, l’avenir s’inscrit dans un halo d’inquiétude. Décryptage.

1 . La classe : un collectif éparpillé façon puzzle

Christophe, professeur dans un grand lycée du Sud-Ouest, joue les comparaisons : « Pour la réunion parents-profs des secondes, on avait une dizaine d’enseignants. Pour celle des premières, comment faire avec 40 profs qui interviennent pour chaque classe ? » De fait, la disparition des filières et l’organisation autour d’un libre choix de trois spécialités en première, puis deux en terminale, ont eu définitivement raison du « groupe classe », ce noyau essentiel de l’éducation nationale nécessaire à la création de dynamiques autour de projets et d’apprentissages.

Faisons les comptes. Trois matières du tronc commun (français, histoire-géo et sport), normalement assurées par un seul enseignant ; les deux langues vivantes qui doivent se pratiquer par groupes de 20, ce qui, avec 30 à 35 élèves (voire plus) par classe, implique deux profs pour chaque langue ; un « enseignement scientifique », qui remplace à la fois les maths et les sciences, le tout avec des enseignants différents : nous dénombrons déjà neufs profs. Ajoutons les trois spécialités, dont certaines, composites (« histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques », « humanités, littérature et philosophie »…), impliquent au moins deux intervenants. Certains élèves, selon leurs choix, voient défiler en face d’eux une quinzaine, voire une vingtaine d’enseignants. Et comme, dans chaque classe, les choix de spécialités varient selon les élèves, les classes à 30 enseignants deviennent la règle. Le Snes-FSU pointe d’ailleurs un record : 50 profs ! Dans ces conditions, comment connaître tous les élèves et, surtout, assurer à chacun le suivi pédagogique auquel il a droit et dont les plus fragiles ont encore plus besoin ?

Dès lors, organiser le conseil de classe devient mission impossible. Ou alors, reprend Christophe, « certains profs seront là tous les soirs de 16 heures à 20 heures tout au long de la période des conseils », soit un mois à chaque trimestre. Des adaptations seront donc obligatoires, comme la présence des seuls profs du tronc commun (impliquant un lourd travail d’information et de coordination avec leurs collègues de spécialités), la réduction du nombre de conseils dans l’année (deux au lieu de trois), etc. Autre problème de taille : « Dès le conseil de classe du deuxième trimestre, en première, se joue un choix d’orientation capital pour l’avenir de l’élève, avec l’abandon d’une des trois spécialités. » Ainsi, les professeurs principaux pourront-ils assumer la mission de guider les choix d’orientation des élèves, qui leur incombe désormais, en plus du reste ?

2. Le quotidien des élèves : la course à l’échalote

Vous aimez les problèmes de maths ? Bienvenue dans le monde merveilleux de la réforme du lycée « à la carte », que vous ont mitonnée le chef Blanquer et sa brigade. Comment trouver 12 heures par semaine, des heures communes pour enseigner leurs trois spécialités, à raison de 4 heures chacune, à une bonne trentaine d’élèves qui peuvent provenir de quatre, cinq classes (ou plus) différentes ? Vous avez tout l’été pour résoudre l’équation, puisque c’est pendant les vacances que les proviseurs et (surtout) leurs adjoints ont dû constituer des emplois du temps. Si ceux-ci n’ont jamais été une sinécure, l’exercice a viré cette fois au casse-tête, niveau grand maître international. Sans surprise, les résultats ont été… très divers.

Principe devenu incontournable, il a fallu prioriser des créneaux pour ces spécialités. Moins difficile dans les lycées qui proposent le service minimum, soit sept spécialités. Carrément infernal dans les établissements qui offrent les douze spécialités. C’est le revers de la médaille pour ceux qui ont voulu jouer les bons élèves de la réforme et, surtout, éviter à leurs élèves de devoir changer de lycée pour aller suivre – sous réserve qu’on les y accepte – une spécialité inexistante. Les autres cours, ceux du tronc commun (français, histoire-géo, langues vivantes, sport et « enseignement scientifique »), qui représentent 16 heures au total, doivent être casés là où il reste du temps.

Résultat ? Des emplois du temps « à trous », comme on n’en avait encore jamais vu. Exemple : 2 heures de cours le matin, 2 heures de cours l’après-midi… mais rien entre les deux. Éric, parent d’élève dans l’Essonne : « Ceux qui habitent près du lycée peuvent rentrer chez eux. Ceux qui habitent dans les communes alentour, faute de transports en commun, vont au CDI ou traînent dans le centre commercial tout proche. »

Quittons les maths pour aborder la physique. Selon le principe des vases communicants, les journées n’étant pas extensibles, qui dit jours « à trous » dit aussi jours en surcharge, bien remplis de 8 heures du matin à 19 heures. Même des organismes jeunes et en pleine forme ont du mal à tenir le coup, surtout quand, en outre, ils n’ont plus le temps de manger. Nos confrères du Parisien ont ainsi recensé moult exemples d’élèves qui devaient choisir de sécher une heure de cours pour se restaurer, d’autres qui n’avaient que 25 minutes pour gober un sandwich – pas le temps de faire la queue au self – à l’extérieur du lycée car il est interdit de manger à l’intérieur ! Stress, fatigue, mauvaise qualité de vie et d’alimentation : sur ce plan, la réforme s’avère totalement indigeste.

3. Contrôle continu : ombres et brouillard

Sur le pont de la réforme, l’orchestre dirigé par Jean-Michel Blanquer joue sa partition sans faiblir et surtout sans (volonté de) voir l’iceberg qui approche. L’obstacle s’appelle « E3C », comme « épreuves communes de contrôle continu ». Dans le nouveau bac, le contrôle continu comptera pour 40 % de la note finale, dont 30 % pour ces nouvelles épreuves en trois séquences : janvier et juin en première, juin en terminale. Ainsi, en deux mois effectifs, les élèves devront composer sur l’histoire-géo et les deux langues vivantes (plus les maths en série technologique).

Le risque que font courir ces évaluations – préparées, organisées et corrigées localement – vis-à-vis du caractère national du diplôme est déjà bien identifié (voir l’Humanité du 10 octobre). Mais il n’est pas le seul problème posé aux élèves et aux enseignants. L’organisation de ces épreuves et leur rythmicité constituent en soi une difficulté. « On doit faire le programme sur 36 semaines, explique un prof de philo, mais on perd un grand nombre d’heures pour préparer ces évaluations. » La progression pédagogique elle-même devient un souci. « Les collègues de maths ou d’histoire-géo se disent que s’ils sont absents quinze jours d’ici à janvier, en formation ou pour maladie, leurs élèves seront en retard en janvier, ajoute-t-il. Cela met une pression terrible. Avec le contrôle terminal, on avait beaucoup moins de problèmes pour lisser la progression pédagogique sur toute une année. »

Mais notre interlocuteur voit poindre un autre danger. « Cela risque de niveler les évaluations par le bas, car, pour contourner ce problème, on n’évaluera plus sur la totalité du programme qui aurait dû être vu, mais seulement sur la partie commune. On dérivera ainsi vers un “bac maison”, selon les établissements. Et cela finira par se savoir et créer des différences entre les lycées. » De fait, la réforme prévoit que le caractère national et égalitaire du bac sera préservé avec la création d’une banque nationale de sujets (toujours pas disponible, selon nos informations, plus d’un mois après la rentrée). Mais tout comme l’organisation des épreuves, la correction sera bel et bien locale. Au Snes, on indique que les commissions académiques d’harmonisation œuvreront « uniquement sur des bases statistiques ». Autrement dit, pour faire coïncider les notes finales avec les résultats attendus par le ministère, afin de prouver le bien-fondé de sa réforme. Qui a dit que tout cela était mal préparé ? O. C.

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Appel : jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ? + communiqué LDH

Ce texte publié dans Le Monde et signé par 90 personnalités est ouvert à signature.

L’image a fait le tour des réseaux sociaux : celle d’une femme réconfortant dans ses bras son propre fils, en pleine assemblée plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, à Dijon, après son agression verbale par un élu d’extrême droite. Si l’image nous révolte tant, c’est parce que nous en sommes tous collectivement responsables.

Ce vendredi 11 octobre, Julien Odoul, président du groupe d’extrême droite Rassemblement national, s’en est pris violemment en public à cette dame en s’adressant à la présidente de région, la socialiste Marie-Guite Dufay. « Madame la Présidente, je vais vous demander, s’il vous plaît, au nom de nos principes laïcs, de bien vouloir demander à l’accompagnatrice qui vient d’entrer dans cette salle de bien vouloir retirer son voile islamique. Nous sommes dans un bâtiment public, nous sommes dans une enceinte démocratique. Madame a tout le loisir de garder son voile chez elle, dans la rue, mais pas ici, pas aujourd’hui. (…) C’est la République, c’est la laïcité. C’est la loi de la République, pas de signe ostentatoire. (…) C’est une provocation insupportable, la vigilance citoyenne, c’est aussi ça, madame la Présidente. » Juste avant de quitter l’assemblée comme il avait menacé de le faire, l’élu d’extrême droite a lancé : « On ne peut pas débuter la session par une minute de silence pour les victimes de la Préfecture de police et accepter ça. »

Disons-le d’emblée, comme l’a fait savoir, en pleine séance, la présidente du conseil régional : rien, ni dans le règlement ni dans la loi, ne justifiait que cette femme soit poussée vers la sortie de l’assemblée régionale. Elle avait tout à fait le droit d’y être, vêtue de son foulard. Cette scène, ces mots, ce comportement sont d’une violence et d’une haine inouïes. Mais par notre lâcheté, par nos renoncements, nous avons contribué, petit à petit, à les laisser passer, à les accepter.

Ils sont d’une violence et d’une haine inouïes pour tous ces enfants de CM2, âgés d’à peine 10 ans, venus assister à cette assemblée plénière de rentrée du conseil régional dans le cadre de l’opération Ma République et moi. Objectif de la démarche : initier les enfants à la vie publique.

Ils sont d’une violence et d’une haine inouïes pour ces instituteurs, soucieux, dans un souci de transmission du savoir, de donner à voir à leurs élèves l’illustration de l’exercice du débat démocratique. Quel fiasco…

Ils le sont encore plus pour le fils de cette femme, qui a assisté, impuissant, à l’humiliation de sa propre mère. Devant la haine de l’attaque, il n’a pu s’empêcher d’éclater en sanglots dans ses bras, avant de quitter l’assemblée. Qui se soucie du mal qu’il a subi ? Qui se préoccupe du traumatisme que peut représenter une telle agression dans la tête d’un gamin d’à peine 10 ans ? Quelles seront les conséquences d’une telle humiliation publique si ce n’est renvoyer à cet enfant qu’il demeure un citoyen de seconde zone, indigne d’être pleinement français et reconnu comme tel ?

Mais ils sont surtout d’une violence et d’une haine inouïes pour cette femme, victime d’un amalgame inacceptable associant la pratique de sa religion à l’attentat de la Préfecture de police de Paris. Une femme publiquement piétinée, chosifiée, déshumanisée, devant le groupe d’enfants qu’elle accompagnait bénévolement. Comme si elle pouvait être écrasée, bafouée dans sa dignité, sans que cela ne suscite la moindre indignation collective digne de ce nom. C’est pourtant ce qu’il s’est produit.

Où est l’indignation générale ?

Certes, quelques élus, des personnalités, des anonymes aussi ont usé de leur voix sur les canaux de leurs réseaux sociaux pour dire leur colère, mais où est l’indignation générale ? Où sont les émissions de télévision, de radio, hormis quelques billets et tribunes comme celle-ci pour condamner cette agression ? Où est la parole publique de premier niveau, celle de nos élus, des partis politiques, celle des ministres, celle du président de la République pour refuser l’inacceptable?

De fait, l’émotion légitime qui devrait s’exprimer dans l’opinion est aux abonnés absents : trop nombreux sont ceux qui se disent : «Elle l’a bien cherché », « Nous ne sommes plus chez nous », ou qui légitiment les stigmatisations envers les musulmans au nom de la lutte contre la radicalisation et le terrorisme. N’est-ce pas le ministre de l’intérieur lui-même, Christophe Castaner, qui a listé à l’Assemblée nationale « la pratique régulière et ostentatoire de la prière » et « la pratique exacerbée de la religion en période de ramadan » comme autant de « signes de radicalisation » à signaler, alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de conduites religieuses tout à fait banales chez les musulmans pratiquants ?

Ne nous y trompons donc pas. L’extrême droite a fait de la haine contre les musulmans un outil majeur de sa propagande, mais elle n’en a pas le monopole. Des membres de la droite et de la gauche dites républicaines n’hésitent pas à stigmatiser les musulmans, et en premier lieu les femmes portant le voile, souvent « au nom de la laïcité ». Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, voit ainsi dans le port du foulard par des mères d’élèves accompagnant bénévolement des sorties scolaires, en soutien des équipes enseignantes, du « prosélytisme » et du « communautarisme ». Interrogé par BFM-TV sur l’agression de la mère d’élève à Dijon par l’élu RN Julien Odoul, le ministre a certes condamné son comportement, mais a tout de même affirmé : « Le voile n’est pas souhaitable dans notre société. » N’est-ce pas ici l’illustration même d’une stigmatisation assumée jusqu’au plus haut niveau de l’Etat ?

La laïcité, consacrée par la loi de 1905, c’est certes la séparation de l’Etat et du religieux, mais c’est aussi la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d’exercer sa foi ou de ne pas l’exercer, la liberté de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public. Malgré les nombreuses alertes des associations et des militants, malgré le travail de déconstruction des universitaires, nous avons trop longtemps laissé la voie libre aux interprétations dévoyées du principe de laïcité, semant la division et la haine. Cette femme et son fils en payent le prix aujourd’hui, comme d’autres avant eux, mais qu’en sera-t-il demain ?

Jusqu’où laisserons-nous passer ces haines ? Des plateaux télé dans leur course au buzz et à l’audience permanente, de nos rangs d’élus et de décideurs avides de gains électoraux, sans parler de nos sphères privées elles aussi imprégnées d’intolérances, jusqu’à quand allons-nous accepter que des citoyennes, des citoyens soient insultés, agressés, attaqués, stigmatisés en raison de leur religion ? Jusqu’à quand allons-nous accepter que la laïcité, socle de notre République, soit instrumentalisée pour le compte d’une vision ségrégationniste, raciste, xénophobe, mortifère de notre société ? Acceptons-nous de nous laisser sombrer collectivement ou disons-nous stop maintenant, tant qu’il est encore temps ?

Hier, Latifa Ibn Ziaten, mère du militaire Imad Ibn Ziaten, victime des attentats de Mohamed Merah, huée lors d’un colloque à l’Assemblée nationale en raison de son foulard ; hier encore, une femme de 24 ans, portant elle aussi un foulard, poignardée devant son conjoint et leurs enfants à Sury-le-Comtal (Loire). Aujourd’hui, cette femme humiliée dans une assemblée de la République française. Aujourd’hui encore, l’université de Cergy-Pontoise qui demande à son personnel de lui faire remonter les « signaux faibles » de détection de radicalisation d’étudiants ou de collègues, ciblant uniquement les personnes de confession musulmane.

Parmi ces signaux : « l’arrêt de consommation de boissons alcoolisées », « l’arrêt d’utilisation des réseaux sociaux », « le port de la barbe sans moustache » ou encore « l’intérêt soudain pour l’actualité nationale et internationale »… Depuis, l’université a dit regretter « d’avoir pu heurter ou choquer », mais le mal est de nouveau fait. Et des questions demeurent : qui est à l’initiative de ce procédé infâme et gravissime ? A quand une enquête ? Est-ce donc cela « la société de la vigilance » qu’appelle de ses vœux le président de la République : un fichage et des dénonciations de personnes de confession musulmane au sein d’une institution publique française ?

Jusqu’où pouvons-nous tolérer encore ces discours et actes de haine contre une partie de nos concitoyens ? Que laisserons-nous passer demain ? Qu’expliquerons-nous à nos enfants lorsque, dans quelques années, ils nous demanderont, à juste titre : « Qu’aviez-vous fait ? »

Nous, personnalités d’horizons divers, unies par la devise de notre République, « liberté, égalité, fraternité », attachées au principe de laïcité tel qu’inscrit dans la loi, demandons urgemment au gouvernement français et au président de la République, Emmanuel Macron, de condamner publiquement l’agression dont cette femme a été victime devant son propre fils ; de dire, avec force, que les femmes musulmanes, portant le foulard ou non, et les musulmans en général ont toute leur place dans notre société ; de refuser que nos concitoyens musulmans soient fichés, stigmatisés, dénoncés pour la simple pratique de leur religion et d’exiger solennellement que cessent les discriminations et les amalgames envers une partie de notre communauté nationale. Il en va de l’avenir de notre pays.


Premiers signataires :

Mouloud Achour, journaloiste et animateur TV, Leïla Alaouf, journaliste ; Zahra Ali, sociologue ; Sarah Al-Matary, maîtresse de conférences en littérature française ; Hakim et Mustapha Amokrane, artistes membres du groupe Zebda ; Salah Amokrane, responsable associatif ; Rebecca Amsellem, fondatrice de la newsletter « Les Glorieuses » ; Chadia Arab, géographe, chercheuse au CNRS ; Meziane Azaïche, directeur du Cabaret sauvage ; Pénélope Bagieu, dessinatrice ; Béatrice Barbusse, sociologue ; Lauren Bastide, journaliste et productrice ; Julie Billy, productrice ; Isabelle Boni-Claverie, réalisatrice et scénariste ; Yassine Bouzrou, avocat ; Samira Brahmia, chanteuse et comédienne ; Isabelle Cambourakis, éditrice et enseignante ; Casey, artiste ; Samia Chabani, responsable associative ; Amelle Chahbi, comédienne, réalisatrice ; Chadia Chaibi-Loueslati, dessinatrice ; Hugues Charbonneau, producteur ; Aya Cissoko, auteure, triple championne du monde de boxe ; Valérie Damidot, animatrice TV, Laurence De Cock, historienne ; Cécile Delarue, Journaliste ; Christine Delphy, sociologue et directrice de recherches CNRS ; Vikash Dhorasoo, ancien footballeur, parrain d’Oxfam ; Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice ; Karima Dirèche, historienne, directrice de recherche au CNRS ; DJ Snake, artiste ; Nassira El Moaddem, journaliste ; Jules Falquet, sociologue, féministe ; Eric Fassin, sociologue, professeur à l’université Paris-8 ; Marina Foïs, actrice ; Sébastien Fontenelle, journaliste ; Geneviève Garrigos, défenseure des droits humains ; Florence Gastaud, productrice ; Romain Gavras, Réalisateur, Amandine Gay, réalisatrice ; Sébastien-Abdelhamid Godelu, journaliste, animateur TV ; Alain Gresh, journaliste ; Faïza Guène, autrice ; Nora Hamadi, journaliste ; Kaoutar Harchi, Sociologue et écrivaine, Nadia Hathroubi-Safsaf, rédactrice en chef du Courrierde l’Atlas, auteure, élue locale ; Jérôme Jarre, influenceur humanitaire ; Marion Jobert, juriste ; Georgi Joseph, basketteur professionnel ; Léopold Lambert, rédacteur en chef de The Funambulist ; Laurence Lascary, productrice ; Michel Leclerc, réalisateur ; Titiou Lecoq, journaliste et autrice ; Gwenaëlle Lenoir, journaliste ; Matthieu Longatte, humoriste ; Baya Kasmi, scénariste, réalisatrice ; Raphaël Kempf, avocat ; Kyan Khojandi, auteur ; Sofia Manseri, conseillère municipale d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) ; Tonie Marshall, réalisatrice, productrice ; Madjid Messaoudene, élu de Saint-Denis ; Guillaume Meurice, humoriste ; Marwan Mohammed, sociologue ; Rosa Moussaoui, grand reporter au journal L’Humanité ; Ron Mvouika, basketteur professionnel ; Géraldine Nakache, actrice et réalisatrice ; Nekfeu, artiste ; Judith Nora, productrice ; Danièle Obono, députée (La France insoumise) ; Océan, auteur et comédien ; Ugo Palheta, sociologue ; Cyril Pedrosa, auteur ; Matt Pokora, Artiste, Mabrouck Rachedi, écrivain ; Elisa Rojas, avocate ; Marina Rollman, humoriste; Aurélie Saada, chanteuse ; Ludivine Sagnier, actrice, Eros Sana, militant des quartiers populaires ; Céline Sciamma, réalisatrice, scénariste ; Fabienne Servan-Schreiber, productrice ; Patrick Simon, sociodémographe à l’INED ; Maboula Soumahoro, enseignante-chercheuse à l’université de Tours ; John Sulo, animateur TV ; Hélène Sy, présidente de l’association Cekedubonheur ; Omar Sy, acteur ; Amara Sy, basketteur professionnel ; Syra Sylla, journaliste sportive ; Ilhame Taoufiqi, grand reporter TV5 Monde ; Sylvie Tissot, sociologue, université Paris-8 ; Aïda Touihri, journaliste et productrice ; Shahin Vallée, économiste ; Naïma Yahi, historienne ; Raphäl Yem, animateur TV ; Camille Zabka, autrice ; Rébecca Zlotowski, réalisatrice.

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Un sondage traduit les doutes des français sur JM Blanquer

On n’est jamais trahi que par les siens. C’est SOS Education, une officine qui vit de l’exploitation des pires conservatismes sur l’Ecole et dont JM Blanquer fut très proche, qui publie un sondage IFOP sur son action. Il confirme ce que donnaient déjà deux sondages fin août : la majorité des français désapprouve JM Blanquer. Deux français sur trois ne le croient pas capable de faire face aux problèmes de l’école.

Selon le sondage Ifop Sos Education, 43% des français ont une bonne opinion de JM Blanquer. Un nombre à rapprocher du sondage Odaxu pour France inter donnant 46% d’opinions favorables en août. Ou encore du sondage Ifop Paris Match donnant 30% de bonne opinion et 33% de mauvaise. L’Ifop parle de « défiance personnelle » envers le ministre.

La moitié des français désapprouve sa gestion de la crise du bac. 68% ne le croit pas capable de résoudre le mal être enseignant,  67% la violence à l’école, 60% les inégalités sociales à l’école. 63% des parents pensent que le niveau baisse et la majorité recommande le redoublement, la responsabilité familiale face à la violence, le « retour » de l’autorité des enseignants etc. Mais finalement on est d’autant plus pessimiste qu’on n’est pas en éducation prioritaire. Et 6 parents sur 10 disent du bien de l’établissement de leur enfant, 85% son accueil, 84% sa mixité, 81% sa pédagogie.

Ce qui reste du sondage c’est bien la chute de JM BLanquer dans l’opinion. On savait depuis cet été qu’elle était très forte chez les parents d’élèves. Ce sondage le confirme. Nouveau paysage, vieux ministre…

Sur SOS education et JM BLanquer

Les derniers sondages sur la popularité de JM Blanquer

Nouveau paysage, vieux ministre

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Le ralentissement de la dépense d’éducation continue en 2018

Avec 6.7% du PIB la dépense d’éducation connait une hausse de 1.1% en 2018, soit plus de deux fois moins que 2017 (+2.4%). Le premier degré enregistre une hausse des dépenses par élève alors que dans le second degré les dépenses stagnent et qu’elles diminuent dans le supérieur. Régions et communes voient leurs dépenses d’éducation augmenter.

1.1% de croissance en 2018


Avec 157 milliards, la dépense intérieure d’éducation (DIE) reste à peu près stable par rapport à 2018 (155 milliards), annonce la Depp (division des études du ministère). La DIE réunit toutes les dépenses de l’Etats, des ménages, des entreprises et des collectivités territoriales pour l’éducation. Seulement la moitié (57%) est pris en charge par l’Etat (et par plusieurs ministères).

La dépense d’éducation a connu une forte hausse dans la première moitié des années 1990 où elle s’établissait à 7.7% du PIB. Elle a connu une forte décrue jusqu’à son minimum en 2007 avant de se stabiliser à 6.7% du PIB après 2010. Selon la Depp, son taux de croissance est passe de +3.1% par an entre 1980 et 1996 à 0.9% de 1997 à 2018. En 2017 avec une croissance de 1.1% elle augmente moins vite qu’en 2017 (3.8%).

Comment évoluent les niveaux d’enseignement ?


Plus parlante sans doute est la répartition par niveau. Le premier degré consomme 29.7% de la DIE (soit 0.6% de plus qu’en 2017), le second degré 38.6% (soit -0.2%), le supérieur 20.2% (soit -0.1%) et la formation professionnelle 11.5% (soit -0.1%).

Cela reflète l’évolution des dépenses par niveau. Le premier degré connait une forte hausse qui a commencé en 2017 même si on ne dépense que 6 820€ par élève. Pour 2018 c’est à peu près  150€ de plus par élève par rapport à 2017. Cette hausse correspond pour l’essentiel aux dédoublements. Le collège bénéficie de 8 780€ mais ce niveau de dépense est en faible hausse par rapport à 2017. Le lycée stagne aussi avec 11 200€ par élève. Le supérieur continue sa chute commencée en 2015 avec 11 470€ par étudiant. Cette chute reflète la forte progression du nombre d’étudiants.

Qui paye quoi ? Depuis 2018 la part de l’Etat a baissé : elle est passée de 57.8 à 57.4% de la DIE. Mais la baise la plus forte est du coté des collectivités territoriales. Elles dépensaient 24.1% de la DIE en 2008. Ce n’est plus que 23.4% en 2018. La part des entreprises au aussi un peu reculé ce qui n’est pas un bon signal pour le développement de l’apprentissage. Celle des ménages par contre augmente (de 7.5 à 7.8%).

Dans les collectivités territoriales, les communes sont les premiers acteurs avec 12% de la DIE. Les communes rémunèrent un personnel important : Atsem, agents chargés de l’entretien, de l’animation ou de la cantine. Après une chute de 2014 à 2016, leurs dépenses sont reparties à la hausse. Les régions connaissent aussi une forte hausse de leurs dépenses d’éducation : 10 milliards en 2014 et 12 en 2018. Ce qui augmente ce sont les dépenses de fonctionnement liées par exemple au transfert des transports scolaires.

La France dépense t-elle trop pour son éducation ?

La France dépense t-elle trop pour son système éducatif ? Comment comparer cette dépense avec celle des autres pays ? Comment se décompose cette dépense entre les niveaux et entre les personnels ? Regards sur l’éducation, une publication de l’OCDE, apporte des éléments nouveaux et même parfois surprenants. Comme la part de non enseignants dans la dépense d’éducation.

Un profil de dépense atypique


Quelle part de la richesse nationale les pays consacrent-ils à l’éducation ? Selon Regards sur l’éducation 2019, la part du PIB consacré à l’éducation peut varier du simple au double. Elle est de 3% en Russie contre 6% au Royaume-Uni. La France avec un taux un peu supérieur à 5% se situe légèrement au dessus de la moyenne de l’OCDE (5%).

Mais le pourcentage de jeunes varie selon les pays de façon sensible et on sait que la France fait exception en Europe par sa natalité. Aussi faut-il évaluer par élève la dépense. Si la France se situe presque à la moyenne de l’OCDE pour la dépense totale, par contre son profil de dépense est atypique. Les dépenses par élève sont plus élevées en France que dans la moyenne de l’OCDE dans l’enseignement secondaire mais plus faibles dans l’élémentaire. En effet, les dépenses annuelles par élève en 2016 sont plutôt faibles au niveau élémentaire (7 600 USD contre 8 500 USD), légèrement supérieures à la moyenne de l’OCDE au niveau du collège (10 600 USD contre 9 900 USD) et très élevées au niveau du lycée (14 100 USD contre 10 400 USD). Au niveau de l’enseignement supérieur, les dépenses annuelles (y compris les activités de recherche et développement) par élève s’établissent à 16 200 USD en France, contre 15 600 USD pour la moyenne des pays de l’OCDE.

Des dépenses qui diminuent relativement

Ces dépenses ont augmenté en moyenne de 5% depuis 2010 dans l’OCDE. Ce n’est pas le cas en France où les dépenses annuelles par élève ont très peu évolué au niveau élémentaire et secondaire (+1 % ) et elles ont baissé au niveau de l’enseignement supérieur (- 5 % comparé à + 8 % pour l’OCDE). Cette dernière baisse est due en partie à la forte augmentation du nombre d’étudiants (+ 11 %) entre 2010 et 2016 qui n’a pas été suivie par une augmentation des dépenses aussi forte (+ 5 %).

Surtout l’OCDE note que « entre 2010 et 2016, en France, les dépenses publiques d’éducation ont augmenté à un rythme moins soutenu que les dépenses publiques totales (1 % contre 6 %). Cette tendance s’observe également au niveau de l’OCDE, mais avec un écart moins prononcé : 4 % d’accroissement des dépenses publiques d’éducation, contre 6 % d’accroissement des dépenses publiques totales ».

Le poids important des non enseignants


Dernier point notable pour la France : ce ne sont pas les enseignants qui coutent cher. « En France, 58 % des dépenses courantes des établissements d’éducation publics de l’enseignement élémentaire et secondaire sont destinées aux salaires des enseignants », note l’OCDE. « Ce chiffre est inférieur à celui de l’OCDE ou de l’UE23 (63 %) ». La particularité de la France de consacrer une part plus importante au personnel non enseignant : 22 % contre 15 % pour l’OCDE et l’UE23. Ainsi en moyenne on dépense en France 8901 $ par élève du primaire et du secondaire pour les dépenses d’enseignement contre 8722 dans l’OCDE en moyenne. Mais le cout des services auxiliaires se montent à 1285 $ contre 635 dans l’OCDE.

Note Depp

Regards sur l’éducation

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Agricole : c’est pas ma faute !

« Cessons de culpabiliser ! » Syndicat de l’enseignement agricole, le Snetap Fsu lance une nouvelle campagne de communication en réaction aux reproches de l’administration. Le Snetap Fsu  » entend le discours culpabilisant de la DGER (Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche) en direction de tous les personnels, qu’ils soient enseignant.es, administratif.ves ou techniques, sur leur prétendue incapacité à recruter les élèves. Ce discours conduit à une « autoflagellation » de certains, se rendant responsables des difficultés, alors qu’elles ne sont que le fruit d’une politique budgétaire mal assumée de la part du gouvernement ». Alors le Snetap Fsu l’affirme : « c’est pas ma faute »…

La campagne

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Pour une sécurité sociale de l’alimentation – Lettre d’information n°3

Mobilisations en cours
L’idée d’une sécurité sociale de l’alimentation pour s’assurer de l’accessibilité pour tous et toutes à une alimentation choisie et en cohérence avec les messages des pouvoirs publics sur l’alimentation a été cité comme exemple dans la recommandation 9 de l’avis sur l’éducation à l’alimentation du CNA (conseil National de l’Alimentation). ISF-Agrista a été associé aux réunions préalables à la construction de cet avis.

Plus d’infos ici.

Retour sur les évènements passés
Les Amis de la Confédération paysanne organisent depuis décembre 2017 une campagne nommée “Décidons de notre alimentation”, qui vise à promouvoir l’idée d’une démocratie alimentaire. Les journées d’été des Amis de la Conf’ ont consacré une journée à ce sujet, dont une matinée à la présentation du projet de sécurité sociale de l’alimentation, sur lequel l’association s’implique !
La proposition de sécurité sociale de l’alimentation a été présentée au contre sommet du G7 à Hendaye, lors d’une conférence sur les alternatives, aux côtés de l’association Bizi et de la chambre d’agriculture alternative du Pays Basque.

Un grand nombre d’associations et de mouvements sociaux s’étaient en effet réunis pour dénoncer les politiques d’austérités à l’origine d’une augmentation des inégalités et d’inaction environnementale, et proposer des alternatives. La proposition d’une sécurité sociale de l’alimentation a fait écho et suscité de nombreux débats.

Pour voir l’intervention c’est ici (filmée et montée par un membre de réseau salariat).

Les estivales de Réseau Salariat sont chaque année un moment de formation entre les membres de l’association. Cette année, le thème principale était la sécurité sociale de l’alimentation et différents ateliers ont eu lieu afin d’imaginer comment pourrait s’organiser la démocratie alimentaire, de comprendre les contraintes du conventionnement des produits  et étudier les différentes pistes de financement de cette belle idée. 

Retour sur l’évènement ici.

ISF-Agrista a présenté la sécurité sociale de l’alimentation lors de la fête du Modef des Landes à Souston, suivi d’un débat (et du fameux Loto splash). Cette intervention a été l’occasion d’un article dans Sud Ouest, qui revient sur l’intérêt du président du Modef 40, Serge Morra, pour cette initiative : 

“Ce sujet nous a plu. Cela peut paraître idéaliste et utopique, mais l’idée mérite d’être creusée. C’est un peu comme cette histoire de revenu universel de Benoît Hamon. Au début, on a sourit, et puis ça a trotté dans la tête, et pas seulement chez des gens de sa mouvance politique.”

Ressources
« Pour une réforme de nos solidarités alimentaire » : Dominique Paturel et Nicolas Bricas signent un “So what ?” sur le site de la chaire unesco Alimentations du monde. L’occasion de revenir sur les problèmes engendrés par le système dominant d’aide alimentaire en France, ne répondant pas aux enjeux de précarités alimentaire.

L’article est ici.

Le Zoom du dernier Alteractif (journal de la fédération Ingénieurs sans frontières) propose 4 articles sur le projet de sécurité sociale de l’alimentation. Les deux premiers présentent les constats motivant la proposition d’une sécurité sociale de l’alimentation: l’insuffisance de l’aide alimentaire actuelle pour assurer le droit à l’alimentation et l’incohérence d’une dualité des systèmes alimentaires. Un troisième article retrace l’historique du projet, projet qui est présenté dans un quatrième article.

L’ensemble du dossier est ici.

Vous pouvez retrouver le document initial de présentation du projet de sécurité sociale de l’alimentation rédigé par ISF-Agrista ici .

 

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Roubaix : les difficultés dues aux enseignants ?

Drole de rapport que le rapport interministériel sur « l’efficacité des politiques publiques mises en oeuvre à Roubaix ». Etrange rapport parce que, rédigé par les inspections générales de l’éducation nationale, de l’administration, des affaires sociales et de l’agriculture, il s’agit davantage d’une juxtaposition d’études que d’une synthèse. Curieux aussi par ses conclusions en ce qui concerne l’éducation qui toutes pointent les enseignants.

Ainsi, après avoir relevé le faible niveau des élèves en CP et CE1 tel qu’indiqué par les évaluations nationales, le rapport donnent l’explication :  » ce sont les pratiques pédagogiques associées à ces dédoublements qu’il faudra interroger lors des prochaines évaluations ». Et d’ajouter que « des outils à destination des enseignants ont été créés afin d’accompagner les équipes pédagogiques dans la compréhension du sens des exercices… » Un peu plus loin si Devoirs faits est décevant c’est aussi du fait des enseignants :  » Lors des entretiens conduits par la mission, les équipes enseignantes n’ont que très rarement évoqué les réponses pédagogiques qu’elles peuvent apporter. Or, l’implication des enseignants dans le dispositif constitue une belle opportunité ». Une des particularités de Roubaix est un taux de décrochage élevé et là aussi c’est la faute des profs :  » La mission a rarement entendu parler d’« accrochage scolaire », d’adhésion aux apprentissages ou d’enseignement explicite ». Car  » Les réponses sont avant tout pédagogiques ». Or le rapport , dans ses différentes parties, donne une image précise du développement de la misère et de la précarité à Roubaix. La ville connait un taux de pauvreté de 44% (25% de plus que l’agglomération de Lille) avec de nombreuses familles monoparentales et « une tendance au repli communautaire » pour une partie de la population , d’ailleurs accompagné de la non scolarisation des enfants. Le rapport montre des enfants en mauvaise santé et mal alimentés. Dans la population il n’y a pas que le renoncement à l’école.Il y a aussi le renoncement aux soins et une mortalité prématurée supérieure de 67% au taux national. Notons qu’à Roubaix aussi l’institution scolaire s’avère incapable d’assumer la visite obligatoire des 6 ans. Toute une partie de la population est dans une situation de précarité telle qu’elle n’attend plus rien de l’Etat et qu’elle a décroché de tout. A la lecture du rapport on comprend mieux pourquoi…

 

Le rapport

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12 bonnes raisons de NE PAS se mettre en grève illimitée le 5 décembre

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Le ministère fait exploser le bac !

Le SNES-FSU a été reçu ce vendredi 4 octobre au ministère sur la question particulière des épreuves communes de contrôle continu. Il se confirmerait un calendrier des épreuves de bac réparties tout au long du cycle terminal sans interruption de janvier au mois de juin de l’année suivante, avec des épreuves de spécialités en Terminale dès le retour des vacances de février ! Ce serait un véritable parcours du combattant.

Le ministère persiste dans sa volonté de renvoyer au local le cadre de l’examen laissant chaque établissement décider de l’organisation des épreuves de contrôle continu. On peut aisément concevoir l’ampleur de la désorganisation des enseignements et de la dégradation des conditions d’exercice des métiers de l’éducation, enseignants et non enseignants.

Le projet de note émanant de la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) confirme le projet ministériel d’un baccalauréat à géométrie variable et la volonté de mettre au pas des enseignants soumis aux logiques bureaucratiques d’une évaluation permanente et standardisée.

Un refus de cadrage national ou même académique pour l’organisation des épreuves
- Une organisation locale des épreuves, avec étalement des épreuves tout au long de la période concernée, sur 3 mois et demi pour la première session par exemple.
- Pas de salle format examen
- Surveillance assurée par le professeur habituel ou tout autre personnel, pas besoin de surveillant supplémentaire
- Dans ce schéma, il n’y aurait pas de banalisation des cours prévue , ni pour les élèves, ni pour les enseignants correcteurs
- Possibilité de donner des sujets différents selon les classes et/ou ne pas les faire composer simultanément

Une confusion volontaire entre les différents types d’évaluation, formative et certificative
-  L’élève aurait accès à sa copie corrigée car la notation est pensée « à l’appui de la progression de l’élève »
-  « L’évaluation continue des élèves ne doit pas donner lieu à des périodes successives de « bachotage » : elle accompagne le lycéen dans son parcours et lui permet d’acter naturellement sa progression. Inscrites dans le cours normal de sa scolarité, les épreuves communes lui permettent de cumuler régulièrement ses acquis pour l’obtention du baccalauréat. »
-  barèmes de correction mentionnés sur les sujets ou grilles d’évaluation prévues dans les définitions des épreuves

Un formatage de l’acte pédagogique
-  standardisation obligatoire des progressions pédagogiques

Une bureaucratisation de l’évaluation
-  Banque nationale de sujets dont les sujets les plus souvent choisis seraient retirés ; le niveau équivalent des sujets garantirait seul l’égalité de traitement, selon le ministère.
-  Sujet choisi par le Proviseur, avec l’appui de l’équipe pédagogique
-  Dématérialisation des corrections avec un outil (Santorin) pour assurer l’anonymisation des copies et leur éventuel brassage entre les correcteurs de l’établissement ou à l’échelle d’un bassin (archivage et répartition en lots vers les correcteurs désignés) ; notes à saisir dans Cyclades
-  Surveillance des correcteurs en ligne (alertes en cas de distorsion avec la moyenne académique pour un même sujet)
-  Commission académique d’harmonisation (composition fixée par arrêté rectoral, avec IPR et enseignants), à chaque fin de session pour « corriger un éventuel effet correcteur ou établissement »

Le SNES-FSU a pointé toutes les contradictions d’un projet qui soumet les élèves comme les personnels à la pression constante de l’évaluation tout en faisant disparaître le sens même d’épreuves de baccalauréat. Il a rappelé la situation d’impréparation totale de l’administration pour l’organisation de ces épreuves dont les sujets ne pourront bénéficier des protocoles de vérification en vigueur. Le retard pris dans la constitution de la BNS (banque nationale de sujets), toujours inaccessible à ce jour, est inquiétant. Où est l’égalité de traitement quand les épreuves d’une même discipline se dérouleront, par exemple, sur le temps ordinaire des cours en janvier pour les uns, et en mars pour les autres ? Le ministère semble aussi ignorer le degré de pression qui peut exister sur des correcteurs quand ceux-ci sont aisément identifiables et qu’il s’agira d’exploiter pédagogiquement la copie corrigée à laquelle l’élève aura accès dès le retour de la commission d’harmonisation (car c’est de cela dont il s’agit quand on préconise d’inscrire la note d’épreuve comme un outil de progression). Le ministère semble aussi tout ignorer de la réalité du quotidien d’un lycée : sans banalisation des cours, les E3C d’une durée de 2 heures vont se superposer à des séquences de cours de 55minutes, ce qui va considérablement désorganiser l’établissement (retard prévisible des élèves et des professeurs aux cours qui vont suivre, surcharge de travail pour les vies scolaires etc…)
A toutes ces interrogations, le ministère a concédé la possibilité d’un accès à la banque de sujet élargi à l’ensemble des enseignants et d’une rémunération spécifique sans autre précision. A toutes les autres objections du SNES-FSU, il répond souplesse et renvoi au local, affirmant que ces épreuves sont du contrôle continu.

A titre transitoire, le SNES-FSU demande l’annulation de la première session d’épreuves communes qui doit avoir lieu à partir de janvier et la transformation de la session de juin en épreuves nationales. Il est temps que le ministère prenne la mesure du danger d’une désorganisation des enseignements telle que le sens même du métier enseignant et la santé de tous seraient mis en péril.

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COMPTE-RENDU INTERSYNDICAL DU CHSCT 93 EXTRAORDINAIRE CONVOQUÉ SUITE AU SUICIDE DE NOTRE COLLÈGUE CHRISTINE RENON : COLÈRE, RÉVOLTE, INDIGNATION

Les propos tenus par les services académiques lors du CHSCT 93 extraordinaire du jeudi 3/10 (voir en fin de mail) convoqué suite au décès de notre collègue de Pantin Christine Renon sont d’une extrême gravité.
 
Ils vont en effet jusqu’à remettre en cause la parole de notre collègue, pourtant rendue publique malgré les pressions hiérarchiques (puisque le DASEN du 93 ne voit « aucune remise en cause de la hiérarchie dans le courrier de Christine Renon »). 
 
Ne restons pas isolés face à l’indignité et à l’inhumanité de notre hiérarchie.
Toutes et tous en AG commune 1er et 2nd degré Île-de-France ce jeudi 10/10 à 18h 30 (le lieu sera confirmé par mail dès que possible) pour échanger ensemble sur la situation puis discuter et décider des suites possibles après la grève et le rassemblement massifs du jeudi 3/10.
Il y a urgence à stopper la machine à broyer.
Compte-rendu du CHSCTD extraordinaire du 3 octobre 2019
Ce jeudi 3 octobre 2019 s’est tenu un CHSCT départemental extraordinaire, à la demande des organisations syndicales représentatives suite au suicide de Christine Renon, directrice de l’école maternelle Méhul, à Pantin.
En parallèle, en cette journée de mobilisation, plus de 200 écoles étaient fermées dans le département. 65 % de collègues étaient en grève. Et nous étions plus de 2000 personnes venues de plusieurs départements sous les fenêtres des bureaux de la DSDEN 93. Tou·tes attendaient des réponses aux questions posées par l’acte de notre collègue qui a décrit précisément son épuisement professionnel lié à ses conditions de travail ainsi que son manque de confiance en l’institution.
« Je ne suis pas sourd ni aveugle »
 
Pourtant, c’est bien l’image que le Directeur Académique de Seine Saint-Denis a renvoyé à toutes les organisations syndicales :
2h30 de CHSCT-D pour presque rien.
En effet, le DASEN de Seine-Saint-Denis, qui présidait l’instance, n’a entendu aucune de nos revendications et surtout n’y apporte aucune réponse en défaussant systématiquement sa responsabilité sur l’Académie, le Ministère ou la municipalité de Pantin…
Pas de réponse sur la question du rétablissement des aides administratives. En revanche, le DASEN évoque la communication ministérielle indigne qui remet sur la table une évolution du statut de directeur, comme unique réponse au suicide de Christine Renon.
Pas de réponse sur la demande d’une réelle enquête auprès des enseignants de Pantin sur la question de la semaine de 4 jours et demi. M. Chaleix refuse de porter la question devant le CDEN dont ce ne serait pas le domaine de compétence.
Pas de réponse sur la demande de décharge totale pour tous les directeurs. Cela relève du rectorat et du ministère. Le DASEN n’a pas d’avis (!). Il nous invite à le faire apparaître dans les préconisations du CHSCTD afin « d’alimenter le débat national ».
Pas de réponse sur les APC. Cela ne relève pas de l’échelon départemental.
Réponse sur la gestion centralisée des remplacements : il ne s’agit pas d’une gestion centralisée, mais « mutualisée ».
Réponse sur la protection des personnels : il y a 2 médecins de prévention pour le personnel du département, soit 40 000 collègues.
Réponse sur la question de reconnaissance d’accident de service pour les collègues de Christine Renon qui ont dû se mettre en arrêt maladie : ils doivent suivre la procédure habituelle. Où est l’aide de l’institution ? Nous demandons que les collègues soient informés et aidés pour leurs démarches et qu’aucun jour de carence ne leur soit retiré.
Son seul engagement a porté sur l’installation d’un IEN pérenne sur la circonscription de Pantin à la rentrée 2020. C’est bien maigre au regard du nombre de revendications portées par les collègues de Pantin mais aussi tou·tes les collègues du département qui déplorent la dégradation des conditions de travail et qui attendaient des réponses concrètes de l’Institution.
La présence de la secrétaire générale académique du rectorat n’a pas permis d’apporter plus de réponses, en dehors de la pérennisation de l’IEN sur Pantin.
En revanche, son annonce d’une enquête conjointe du CHSCT Académique et du CHSCT Départemental nous a fait craindre le dessaisissement du CHSCTD.
Le DASEN quant à lui, lors de son introduction, a tenu à rappeler le cadre du CHSCTD comme lui le voit, sans s’appuyer sur le code du travail. Selon lui, il s’agit d’« un lieu d’écoute et d’échange, de recueils et de questionnements  mais ce n’est pas un lieu où on va chercher des responsabilités » . Il a ajouté qu’il n’y avait aucune remise en cause de la hiérarchie dans le courrier de Christine Renon.
La Secrétaire générale de la DSDEN a elle aussi tenu à rappeler que le rôle du CHSCTD était d’être « force de propositions, de co-construction, de préconisation », pour justifier que les représentants de l’administration présents ne pouvaient pas apporter de réponse.
Pour nous au contraire, membres des organisations syndicales représentatives au CHSCTD, notre rôle est d’établir les responsabilités de l’organisation du travail dans ce suicide.
Nous engageons une enquête CHSCT-D pour établir le lien entre le suicide de notre collègue et ses conditions de travail, avec la possibilité d’être accompagné·es par une délégation du CHSCT-Académique. Le CHSCT-D a acté le recours à un cabinet d’expertise indépendant pour assister les délégué·es dans l’enquête.
Toutes les modalités de l’enquête seront décidées par les membres des organisations syndicales représentées au CHSCTD.
Les organisations syndicales continueront à porter les revendications de tou·tes les collègues afin que ce type de drame ne se reproduise jamais.

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Sciences : la réforme du collège et la baisse des résultats

 » La baisse des résultats des élèves en fin de collège est-elle liée à la réforme qui en 2016 a mis en concurrence les enseignements pratiques interdisciplinaires, l’accompagnement personnalisé et les dédoublements, notamment en sciences ? », écrit le Snes suite à la publication des résultats de l’enquête CEDRE. « Seuls 39 % des professeurs déclarent faire manipuler leurs élèves régulièrement. Les dédoublements se sont raréfiés et les préconisations institutionnelles portent davantage sur la compréhension de la démarche scientifique que sur la manipulation. Dans ces conditions, comment les élèves pourraient-ils maîtriser « des gestes manipulatoires fins », alors que cet objectif n’est plus recherché ? »

 

Communiqué Snes Fsu

Cedre : les résultats

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Christine Renon articles Libé : Après le suicide de Christine Renon, le silence qui dérange

Par Marie Piquemal 

Le geste de la directrice d’école a touché nombre de ses collègues, qui se sont reconnus dans son ras-le-bol et son état d’épuisement. Les syndicats enseignants ont appelé à des grèves et des rassemblements devant les rectorats.

«Le geste désespéré de Christine, directrice de l’école Méhul à Pantin (Seine-Saint-Denis), bouleverse toute notre profession.» En quelques heures, une pétition lancée mercredi par les syndicats enseignants dépassait déjà les 73 000 signatures en fin de journée. La moitié des écoles du département devraient être fermées ce jeudi, des appels à la grève ont aussi été lancés dans d’autres : Finistère, Haute-Garonne, Haute-Corse… Ailleurs, des rassemblements sont prévus devant les rectorats «pour rendre à Christine Renon l’hommage qu’elle mérite».Le 21 septembre, cette directrice d’école maternelle a mis fin à ses jours dans son établissement. Sur place, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs courriers écrits de sa main pour expliquer son geste. L’un d’entre eux, qu’elle a glissé elle-même dans les boîtes aux lettres des directeurs des écoles de Pantin pour être sûre qu’ils le reçoivent, tourne désormais en boucle sur les réseaux sociaux. Christine Renon, «directrice épuisée», comme elle l’a écrit, voulait que ça se sache, que son geste serve, au moins, libère la parole.De fait, les enseignants se sont largement reconnus dans son propos. Et, à l’effet calque ressenti, vient s’ajouter la colère devant le silence de l’institution ces derniers jours. A Pantin, lors d’un hommage organisé dans la cour de l’école jeudi dernier, professeurs et parents d’élèves s’indignaient de l’absence de représentants officiels. «Le ministre est juste venu faire une visite express avec le maire, mais à part ça, rien. Pas un mail de compassion de notre direction académique ou de la municipalité. Comment ne pas y voir une marque évidente de mépris ?», questionne un enseignant sous anonymat. Il ajoute, avec cynisme : «Enfin, non, je mens. On a reçu un mail. Il commençait par « hommage »… J’y ai cru ! En fait, c’était la minute de silence pour Jacques Chirac. Ecœurant, non ?» Dans un communiqué, le Snuipp, principal syndicat du primaire, remet une couche : «La disproportion entre la demande de minute de silence à effectuer lundi en hommage à Jacques Chirac et le silence assourdissant de l’Education nationale autour du décès de notre collègue Christine Renon est choquante.»

Interrogé, l’entourage de Jean-Michel Blanquer répond au contraire avoir pris toute la mesure du problème. «Le ministre est allé à l’écoute des équipes. Un questionnement est apparu, que nous avions déjà identifié : celui d’une évolution de la gouvernance du premier degré et la place du directeur d’école.» Pour le ministère, si ce suicide met à jour un dysfonctionnement, c’est celui de la fonction particulière du directeur d’école. Dans l’état actuel des choses, il n’a pas le statut de chef d’établissement comme l’est le principal de collège ou le proviseur de lycée. Le directeur est donc sur un pied d’égalité avec le reste de l’équipe, c’est un prof parmi les autres avec des tâches de direction en plus. «Nous avons conscience de cette difficulté de la fonction depuis longtemps déjà», insiste le cabinet du ministre, citant un rapport remis à l’été 2018 par une députée En marche, Cécile Rilhac.Quelques mois après ce rapport, le gouvernement avait introduit en catimini un amendement au projet de loi sur l’école de la confiance visant à permettre les regroupements d’écoles et collèges dans des «établissements publics des savoirs fondamentaux». Ce qui, par ricochet, donnait le statut de chef d’établissement adjoint au directeur d’école… Loin de séduire, la mesure a fait sortir de leurs gonds (et dans la rue) beaucoup de directeurs d’école, forçant le ministre à reculer. «Jean-Michel Blanquer avait convenu en effet que ce n’était pas mûr et qu’il remettait le sujet à la discussion de l’agenda social cet automne. Nous y sommes», annonce le cabinet du ministre. Pas sûr que ce soit la réponse qu’attende aujourd’hui l’ensemble de la profession, ébranlée par ce suicide et ce qu’il symbolise.Dans sa lettre, Christine Renon décrit le travail d’un directeur : toutes ces petites tâches du quotidien qui s’accumulent et remplissent vite une journée. Elle met en cause la municipalité, l’institution aussi. «Je ne fais pas confiance au soutien et à la protection que devrait nous apporter notre institution. […] L’idée est de ne pas faire de vague et de sacrifier les naufragés dans la tempête !» Dans certains passages, le texte peut paraître abscons pour le grand public mais il touche au cœur de la profession d’enseignants. Des bancs de la maternelle aux chaires de l’enseignement supérieur, des directeurs d’école aux chefs d’établissement du secondaire jusqu’aux profs dans leurs classes, beaucoup, dans des contextes pourtant très différents, se reconnaissent dans cette fatigue lourde qu’elle décrit, ce sentiment d’être pris en étau dans un tourbillon de réformes qui partent dans tous les sens. L’émoi provoqué dépasse son entourage proche ou les cercles militants. Il se propage : ce suicide est en passe de devenir le symbole de la souffrance des enseignants, qui s’entremêle avec la passion du métier.

«On parle parfois du mal-être des enseignants. C’est inexact : la situation me paraît bien pire»

Par Antoine le Blanc , Professeur de géographie à l’université du Littoral- Côte-d’Opale, président du Comité national français de géographie 

Pour Antoine Le Blanc, président du Comité national de géographie et professeur, le suicide récent d’une directrice d’école est le visage d’une souffrance plus généralisée du corps enseignant, épuisé par l’accumulation des réformes et les injonctions contradictoires du ministère.

Le 21 septembre, Christine Renon, directrice d’école à Pantin (Seine-Saint-Denis), a mis fin à ses jours. Dans plusieurs lettres, elle met en cause l’institution – la surcharge de travail, le manque d’écoute, l’accumulation de processus urgents et contradictoires, les impacts sur tous les plans professionnels. Quelques jours plus tard, je reçois un SMS de la maîtresse de l’un de mes enfants, en maternelle : elle qui ne prend jamais de congé maladie, ce jeudi, elle sera absente, en soutien, en mémoire, en colère. Ces mots et ces gestes résonnent particulièrement aujourd’hui, mais ils s’inscrivent dans un mouvement, lent, massif, à tous les niveaux de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur.

A LIRE AUSSIDirectrice d’école à Pantin : «Non, ce n’était pas une personne fragile. Ce n’est pas ça»

Un écrasement, un piétinement par le «système», perçu comme une sorte de machine, qui broie à coups de protocoles, de modifications de procédures, de «simplifications», qui sont autant de changements à mettre en place sans laisser de temps aux personnes, bien humaines, pour prendre un peu de recul, pour digérer, pour se reposer. Les mots de la directrice de l’école de Pantin me rappellent ceux de collègues du secondaire et du supérieur, de titulaires et de précaires, de jeunes et de plus expérimentés. Des mots qui sont dits et criés, qui ont été publiés, diffusés parfois largement ; mais des mots et des épuisements qui sont au final peu visibles, et pratiquement pas entendus, car la machine à broyer est lente, et ses effets sont géographiquement éparpillés.

En tant qu’enseignant, géographe, président du Comité national français de géographie, mais surtout citoyen, j’ai vu passer un nombre de «réformes» et d’ajustements réglementaires qui est absolument ébahissant. Comment se mobiliser dans ce contexte, alors que les énergies sont au bord de l’épuisement et dispersées sur tant de sujets ? Prenons quelques exemples, et j’en passe bien d’autres. Les gouvernements, les uns après les autres, modifient en profondeur l’enseignement au collège, puis au lycée, remodèlent la carte des réseaux d’éducation prioritaire. Et plus récemment, l’exécutif a entrepris de changer la philosophie de l’éducation nationale ; au lieu de lutter contre les inégalités, il met en place des processus qui les aggravent. En conséquence, des enseignants se mobilisent depuis des mois, manifestent, organisent des grèves, publient des tribunes. Mais leur parole est noyée.

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La structure des enseignements et les programmes du secondaire ont été bouleversés cette année. Parmi les échos que j’ai entendus : il faut bien le faire, c’est la loi, mais les élèves de première sont quasiment devenus des étudiants. Ils changent constamment de lieu de cours et d’enseignant, en classes recomposées par options, décomposées et recomposées sans cesse dans les premières semaines de la rentrée, beaucoup n’ont pas pu choisir ce qu’ils désiraient, ils ont peur ; et ils pleurent. Et les enseignants, et les chefs d’établissement, essaient d’absorber. A l’université, le gouvernement a mis en place des tarifs multipliés par 10 ou 20 pour freiner (attirer, paraît-il ?) l’inscription d’étudiants ne provenant pas de l’Union européenne. Une mobilisation intense a été mise en œuvre l’hiver dernier, et s’est éteinte au printemps, faute de relais, car, au fond, les principaux intéressés sont loin. Mais que de batailles menées pour un résultat nul !

Et que dire du système Admission post-bac (APB), devenu Parcoursup, de ses protocoles, espoirs déçus, interstices qui deviennent des abîmes pour les étudiants qui y tombent ? En bout de parcours, les doctorants et jeunes docteurs se retrouvent dans des files d’attente quasi insurmontables pour obtenir des postes, et finissent par multiplier les contrats précaires, tandis qu’ils sont refusés dans le privé, conséquence d’une image désastreuse de l’université. A une autre étape du parcours, dans le secondaire, faute cette fois de candidats, les filières recrutent des personnels non formés, enseignant dans des disciplines qui ne sont pas les leurs…

Du primaire au supérieur, c’est la guerre des protocoles. Les enseignants ainsi que les personnels administratifs sont les soldats de cette guerre – ou les marionnettes. Mutés au gré d’un calcul de points, sous surveillance, évalués de manière multiple et constante, nous avons du mal à tenir, nous qui sommes censés être passionnés, transmettre non seulement un savoir mais une distanciation. Nous avons du mal à absorber, en plus de tout cela, les «innovations» incessantes, la course à «l’excellence», et la charge des inégalités sociales – car, nous dit-on encore, c’est à l’école de donner «l’égalité des chances»… Ce serait donc l’école – comprendre les enseignants – qui est fautive si cette égalité n’est pas atteinte. A l’école primaire, dans le secondaire, dans le supérieur, on parle parfois (souvent ?) du «mal-être» des enseignants. C’est inexact : la situation me paraît bien pire. Pour y remédier il faut des moyens, certes. Mais aussi – réellement – de la considération, et du temps.

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[Cerises] Démocratie et organisations

En avril dernier, dans le cadre des débats entre « Ceux qui se fédèrent », se tenait, à Paris, une journée sur le thème « Démocratie et organisations ». Des extraits des échanges ont déjà été publiés dans Cerises, la coopérative. Dorénavant, comme cela a été le cas pour les autres sujets, vous trouverez ici l’intégralité du verbatim de la journée.

Dans quelques jours, paraîtra le numéro 8 de Cerises, la coopérative, dont le dossier (« Horizon d’émancipation ») sera consacré à la question des retraites,. En pleine actualité. Retraite? Après le travail? C’est le moment d’aller relire le numéro de décembre de Cerises qui consacrait son dossier à « Travail-Hors travail ».

Bonne lecture

A bientôt

L’équipe de rédaction de Cerises, la coopérative


Cerises
www.ceriseslacooperative.info/
14 square de Tanouarn
Rennes, 35700

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Sécurité sociale, une histoire de la Solidarité – webdocumentaire par le Comité Aquitain d’Histoire de la Sécurité Sociale

Depuis 1945, la sécurité sociale fait partie intégrante de notre vie quotidienne. La banalisation de cette institution nous fait souvent perdre de vue qu’elle constitue l’une des grandes conquêtes de la République Française. Elle constitue en effet l’aboutissement de plusieurs siècles d’initiatives privées ou publiques dont le but était de répondre au besoin de sécurité de l’Homme et lui permettre d’affronter tout au long de sa vie des situations qu’il ne pouvait supporter correctement par lui-même. La nécessité de se prémunir contre les hasards de la vie est aussi ancienne que la société humaine et s’est très tôt manifestée par l’organisation de la solidarité. « Sécurité sociale : une histoire de la solidarité » est un webdocumentaire retraçant l’histoire de la sécurité sociale de ses prémices à nos jours et revient sur les grandes étapes historiques, les grandes idées et les manifestations de cette solidarité.

http://webdoc.musee-assurance-maladie.fr

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Des inspecteurs écrivent à E Macron

« Aujourd’hui, nous attirons votre attention sur les risques que font courir au système français d’éducation des réformes hâtives aux orientations libérales, sans autres visées qu’à court terme », écrit le SIA, un syndicat d’inspecteurs IPR, à E Macron. « Les maux du système français d’éducation sont pourtant bien connus : il est un des systèmes les plus inégalitaires au monde… S’attaquer à ces maux, ce serait s’attaquer à la ghettoïsation de certains établissements scolaires et à l’absence dans nos écoles de mixité sociale, ce serait aussi s’attaquer à cette anomalie française qui fait que nos professeurs sont parmi les moins bien formés et rémunérés des pays de l’OCDE, ce serait également modifier le nombre d’élèves par classe qui, lorsque l’on a exclu les options diverses, nous place également au fond du classement des nations comparables. Au lieu de cela, la politique de l’éducation prioritaire est laissée en jachère, les conditions d’application de la réforme du lycée vont augmenter mécaniquement le nombre d’élèves par classe et rendre impossible l’ouverture d’options, voire de spécialités, dans bon nombre d’établissements. L’inégalité territoriale en est aggravée ».

La lettre

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