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1400 postes non pourvus aux concours 2019

JM Blanquer est peut-être « le ministre des professeurs », il n’est pas celui de leur recrutement. Près de 1500 enseignants vont manquer à la rentrée. La crise du recrutement des enseignants connait une accélération sans précédent en 2019. Le ministère a beau réduire fortement le nombre de postes offerts, il arrive de moins en moins à trouver le nombre d’enseignants fixés. Les concours de 2019 montrent une dégradation rapide du recrutement aussi bien dans le premier que dans le second degré. Une situation qui n’arrive pas par hasard. Le gouvernement veut augmenter la nombre de contractuels, pas celui des fonctionnaires.

865 postes non couverts dans le 1er degré

Dans le premier degré, le Snuipp évalue à 865 le nombre de postes non pourvus à la rentrée (concours externes, seconds concours internes et 3ème concours).  C’était 775 postes en 2018 et 564 en 2017. On a donc une dégradation nette de la situation. Cela se lit dans les résultats académiques. 6 académies sont maintenant en déficit : Créteil avec 483 postes, Versailles avec 368, la Corse (-9), Orléans Tours (-6), Nice (-4), et Montpellier et Nancy Metz (-1). L’académie de Créteil pourrait compenser la perte des 483 postes avec le concours spécial offrant 500 postes. Ce ne sera pas le cas de Versailles où le concours spécial n’offrira que 200 postes.

Cette dégradation de l’attractivité du métier est d’autant plus nette que le nombre de postes mis aux concours régresse. En 2017 on comptait 13 287 postes pour ces concours, 12 303 en 2018 et maintenant 11 485. Il y a en pourcentage deux fois plus de postes non pourvus en 2019 (7.5%) qu’en 2017 (4.2%), année pourtant record pour le recrutement.

532 postes vacants au seul capes externe

Ce n’est pas mieux dans le second degré. Les résultats d’admission au capes externe sont publiés et ils montrent, là aussi, une dégradation rapide qui concerne aussi bien les disciplines littéraires que scientifiques. Si tous les postes sont pourvus en lettres modernes, c’est le cas de moins de la moitié des emplois en lettres classiques. On compte seulement 65 reçus pour 145 postes. En allemand seulement 150 postes sont pourvus sur 250 proposés. En maths 972 enseignants sont recrutés pour 1200 postes proposés. Il en manque donc 228. Et cette année c’est aussi le cas en physique chimie. Pour la première fois cette discipline entre dans le rouge : on compte 263 postes pourvus pour 385 emplois offerts.

Au total 532 certifiés vont manquer à la rentrée.  En 2017, il manquait 342 certifiés et 1233 en 2017. Mais le capes externe de 2017 proposait 7315 postes contre 5833 en 2018 et 5460 en 2019. Autrement dit , malgré une diminution très importante des postes proposés, le ministère n’arrive plus à les remplir.

La baisse des postes nourrit celle des candidats

En 2018, le ministère avait justifié la baisse du nombre de postes mis aux concours par la volonté d’avoir un budget « sincère » et d’ajuster le nombre de postes ouverts à la réalité de l’offre. Mais au final on constate que l’offre reste supérieure à la demande et que la baisse continue.

Comment expliquer cette situation ? On constate depuis 2017 une baisse rapide du nombre de candidats présents aux concours depuis 2017, alors qu’on avait une hausse entre 2013 et 2017. Autrement dit, la réduction du nombre de postes proposés depuis 2017 a cassé la difficile reconquête qui avait été opérée par le gouvernement précédent. On est rentré à nouveau dans un cycle de déclin des candidatures à l’enseignement comme celui qu’on a connu sous Sarkozy. Pour que les étudiants s’orientent vers le métier d’enseignant il faut leur garantir une certaine stabilité de recrutement. Ou alors il faut réduire la formation à une seule année… On peut difficilement faire entrer des étudiants dans une tunnel de formation de 2 ans si chaque année on diminue le nombre de postes.

Une autre raison est bien sur à trouver dans les conditions d’exercice des enseignants. Les salaires enseignants sont inférieurs de 26% à ceux des cadres équivalents de la fonction publique. Et ils le sont encore davantage pour ceux du privé. Les éventuels candidats voient aussi les conditions d’exercice du métier menacées. Il n’est question que de réduction des congés et du temps libre, que d’augmenter la durée du travail, que de diminuer les libertés dans le métier. Les enseignants ne s’y trompent pas qui ne recommandent très majoritairement pas à leurs enfants leur métier.

Le gouvernement veut-il rendre le métier attractif ?

Cela peut-il évoluer positivement ? Le ministre ne cesse de parler de revalorisation. Mais il est clair qu’elles se limiteront au mieux à l’application des engagements pris par le gouvernement précédent (PPCR) moins la hausse du point Fonction publique, qui avait été dégelé en 2016 et 2017 avant d’être à nouveau bloqué après les présidentielles. La dernière négociation salariale s’est terminée par le maintien du gel.

Mais pourquoi il y aurait il une évolution ? Le ministère a envoyé une réponse claire en imposant une seconde heure supplémentaire dans le second degré, évitant ainsi de créer des postes. La politique officielle du gouvernement est d’encourager la contractualisation, comme le porte la loi de transformation de la fonction publique. Pour lui tous ces postes non pourvus sont une occasion pour recruter des contractuels en place des fonctionnaires.

Gageons que la situation devrait connaitre une nouvelle dégradation en 2020 : le transfert du master 2 en fin de m2 va imposer la suppression du statut de fonctionnaire stagiaire. Les futurs enseignants ne seront plus que des étudiants et le métier va perdre encore un rare élément d’attractivité : pouvoir être payé en M2.

Etude Depp sur les concours

La croissance exponentielle des contractuels

Les enseignants trop payés ?

Le gouvernement poursuit le gel

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Manipulation des rectorats, intimidation des professeurs, notes trafiquées… 2019, le bac de la honte

Même Valeurs Actuelles s’y met…

Confronté à une opposition unanime des syndicats de professeurs à sa réforme “école de la confiance”, le ministère de l’Education nationale a usé de stratagèmes douteux pour faire croire que le baccalauréat 2019 s’est bien passé. Résultat : le bac le plus injuste et absurde depuis 1968. Récit, de l’intérieur, d’un professeur anonyme.

Contestée massivement, malgré les démentis du ministère, la réforme du baccalauréat et du lycée, réforme baptisée “Ecole de la confiance” a contre elle, chose rare, tous les syndicats d’enseignants. Ironie de l’histoire, l’Education nationale et une partie de l’administration manient l’antiphrase avec le même brio que les ministères de 1984, car l’institution n’a jamais montré une telle défiance à l’endroit de ceux qui assurent l’enseignement au quotidien. On les a peu consultés et pas du tout entendus. On s’apprête à faire enseigner aux professeurs de Lettres et de philosophie une spécialité nouvelle baptisée HLP (Humanités, Littérature, Philosophie) pour laquelle aucun n’a été formé et dont l’objet et la finalité restent tout à fait nébuleux. Sourds à toutes les demandes de dialogues, le ministre et le gouvernement ont joué la politique du pire. La voici : le bac le plus injuste, le plus absurde depuis 1968.

Les syndicats avaient tous appelé à une grève du baccalauréat. Cela a commencé par une grève importante des surveillances, grève minorée par le gouvernement qui adressa à la presse le nombre de grévistes à… 7 heures le matin, avant qu’on ait pu savoir combien de professeurs et de surveillants manqueraient à l’appel. Ils furent nombreux. Dans certains lycées, la surveillance fut insuffisante (un seul surveillant au lieu de deux), dans d’autres des parents d’élèves furent engagés à la hâte pour surveiller. Quel sérieux attendre de telles dispositions ? C’est au prix de tels dispositifs à la limite de la légalité que le ministre put crier victoire. Toujours la confiance dans le tripatouillage. Sur le même sujet Fuites au bac : le ministère de l’Éducation porte plainte

Intimidation des professeurs par le ministère

Beaucoup de jurys dans toute la France refusèrent cette mascarade : certains refusèrent purement et simplement de siéger, certains acceptèrent de statuer sur les candidats dont on avait toutes les notes, mais refusèrent d’être partie prenante d’une opération qui semblait rompre l’équité entre les candidats. Certains acceptèrent certes la mascarade. Pour faire pression sur les membres des jurys, les rectorats exigèrent que les jurys revotent, nominativement, pour la motion choisie. Il y eut souvent un refus de cette intimidation.

Dans les cas où les jurys avaient refusé de siéger ou avaient refusé de statuer sur les candidats  “incalculables”, il fut annoncé que le chef de centre – un proviseur (nullement habileté pédagogiquement à évaluer les élèves, qui ne peut être ni président (un universitaire normalement), ni vice-président (un professeur du secondaire) et un professeur du secondaire volontaire ou désigné. Voilà donc des personnes qui souvent n’ont corrigé aucun des candidats et qui vont leur attribuer des notes qui sont sans rapport avec l’examen. Sur le même sujet Éducation : les profs français passent trop de temps à faire la loi

Conclusion : cette année, il y aura les candidats qui auront un bac qui sera le résultat de leurs performances à l’examen dans toutes les matières et des candidats dont certaines notes seront tirées de leur livret scolaire ou de leurs autres notes. Ou quand une note en EPS et en anglais peut décider de votre note en philosophie ou en mathématique !

Bac soviétique

L’URSS pratiquait le plan quinquennal : on décidait d’objectifs à atteindre pour les cinq années à venir. Si les objectifs n’étaient pas effectivement atteints, on faisait comme s’ils l’étaient. M. le ministre Blanquer a inventé le bac soviétique : il faut pouvoir dire que tout s’est bien passé. On confie donc le travail à ceux qui ne sont pas qualifiés, mais qui ont la qualité attendue : la docilité face à l’injustice et à l’absurdité. Sur le même sujet 1800 postes en moins à l’Éducation nationale : Blanquer, caricature de Macron

La confiance est donc nulle dans le travail des correcteurs et devrait être moins que nulle chez les candidats et leurs parents qui ne seront pas de quelle manière ils furent traités. Certains, nombreux, réussissent mieux l’examen que les travaux de l’année, car ils ont bien révisé : ceux-là seront réévalués si leur note d’examen se révèle, après récupération de la copie, meilleure que dans le contrôle continu ou dans la moyenne établie. Ceux au contraire qui ont moins bien réussi l’examen que leurs travaux de l’année conserveront la note factice.

Il y aura donc les bacs réguliers et les bacs bricolés. Voilà ce qu’on peut appeler le bac de la honte. Il aurait été si simple d’ouvrir un dialogue pour éviter cet épisode digne d’Ubu Roi. Qui peut avoir confiance dans une institution qui manie la manipulation des notes, la menace à l’endroit de gréviste (droit constitutionnel) et le mensonge sur les conditions effectives des résultats ? Si confiance est une antiphrase, alors oui, cette école qui s’annonce avec ce premier cru du bac trafiqué, est bien une  “école de la confiance”, mais Kafka et Ionesco ne sont pas loin.

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La loi Blanquer adoptée au Sénat sur fond de grève du bac

Après l’Assemblée nationale, le Sénat a adopté le 4 juillet la loi Blanquer.  » La nouvelle rédaction de l’article premier rappelle l’exigence d’exemplarité des professeurs, la met au service de leur autorité, et affirme le respect qui leur est dû. Le Sénat a également réaffirmé la place centrale des valeurs de la République – drapeau, devise, hymne – au sein même de l’école », a déclaré Max Brisson (LR)  , rapporteur de la loi.

Jean Michel BLanquer a surtout parlé du conflit avec les enseignants.  » La décision de certains professeurs – 2 000 sur 175 000 – de ne pas rendre les notes du bac montre qu’une ligne rouge a été franchie. Je rends hommage aux 173 000 autres qui ont le sens du service public chevillé au corps. On peut certes avoir des désaccords avec son ministre, mais les élèves n’ont pas à en être les victimes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Les Indépendants, UC et Les Républicains) »

 » Entendez le mécontentement des enseignants, qui tremblent pour l’avenir de l’Éducation nationale ! Parcoursup, réforme du lycée, du bac, des lycées professionnels, suppression de postes aux concours… La défiance règne. La confiance ne se décrète pas, elle se construit !Votre réforme qui ne vise qu’à réduire les coûts va creuser les inégalités. Nous défendons une autre vision de l’école de la République », a répliqué Marie Pierre Monnier (PS).

Pour Jacques Grosperrin (LR) « de fausses rumeurs avaient allumé un débat inutile, peut-être alimenté par ceux qui aujourd’hui retiennent les notes, prenant les élèves en otage. Je regrette que le syndicalisme gagne en radicalité quand il perd en représentativité… Cela mérite des sanctions disciplinaires, car les copies appartiennent à l’État ».

Les débats

Loi Blanquer : le dossier

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Salaire : le gouvernement poursuit le gel et introduit le mérite

Alors que la commission mixte paritaire doit examiner le 4 juillet la loi de transformation de la fonction publique, le rendez vous salarial obligatoire du 2 juillet s’est révélé très décevant. Pourtant l’Insée calcule un écart significatif entre les salaires enseignants et ceux des autres fonctionnaires.

 » Le gouvernement refuse une nouvelle fois d’augmenter les salaires des agent-es de la Fonction publique ! Pas de dégel de la valeur du point d’indice, pas de mesures générales, pas d’abrogation du jour de carence… Quand aux non-titulaires, ils devront également attendre… », note la Fsu. Seule l’application des mesures du PPCR (850 millions pour toute la fonction publique en 2019 selon le gouvernement) est prévue. Ces accords ont été signés en 2015 par le gouvernement précédent. La Garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA) sera reconduite en 2019 et, à titre exceptionnel pour 2020 uniquement, la compensation de l’indemnité compensatrice de la hausse de la CSG (IE-CSG).

Le gouvernement de son coté se félicite de l’arrivée de la rémunération au mérite « avec la création d’un « bonus » pour les agents publics titulaires et contractuels… Au sein de l’Etat, un accompagnement méthodologique et financier spécifique sera mis en place pour déployer prioritairement ce nouveau bonus, modulé sur la base d’objectifs individuels et collectifs, au bénéfice des agents les moins primés et de leurs administrations ».

Ces décisions sont prises alors que l’Insee publie une étude de la rémunération des fonctionnaires en 2017. Selon l’Insee, « le salaire net moyen des enseignants de catégorie A est inférieur de 25.8% à celui de leurs homologues non enseignants ». L’étude montre pourtant qu’en 2017 le salaire des enseignants a augmenté trois fois plus vite (1.6%) que celui des non enseignants (0.5%). Une situation qui avait déja été constatée en 2016 avec la revalorisation des enseignants du premier degré et la hausse de la prime ISAE. Mais la politique de gel salarial mise en place après les élections de 2017 n’a pas renouvelé ce rattrapage en 2018. Les enseignants français restent parmi les plus productifs et les moins bien payés selon l’OCDE.

Fsu

Communiqué gouvernemental

Insee Première

En 2016

Les enseignants sont-ils trop payés ?

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Plus de 1000 postes manquants à la rentrée

Plus d’un millier de postes ne seront pas pourvus à la rentrée. Les premiers résultats du capes externe montrent qu’il y a moins de disciplines en déficit que les années précédentes dans le second degré. Mais près de 200 postes ne sont pas pourvus dans le second degré et  900 dans le premier.

865 postes dans le 1er degré

Dans le premier degré, le Snuipp évalue à 865 le nombre de postes non pourvus à la rentrée (concours externes, seconds concours internes et 3ème concours).  C’était 775 postes en 2018 et 564 en 2017. On a donc une dégradation nette de la situation. Cela se lit dans les résultats académiques. 6 académies sont maintenant en déficit : Créteil avec 483 postes, Versailles avec 368, la Corse (-9), Orléans Tours (-6), Nice (-4), et Montpellier et Nancy Metz (-1). Cette dégradation de l’attractivité du métier est d’autant plus nette que le nombre de poste smis aux concours régresse. En 2017 on comptait 13 001 postes pour ces concours, 11 840 en 2018 et maintenant 10 785. Créteil devrait compenser la perte des 483 postes avec le concours spécial offrant 500 postes. Ce ne sera pas le cas de Versailles où le concours spécial n’offrira que 200 postes.

Déjà 182 dans le second

Dans le second degré la crise du recrutement s’améliore en apparence. Les résultats du concours externe sont connus dans plusieurs disciplines. En langues, tous les postes sont pourvus en anglais et espagnol. Mais seulement 150 postes ont trouvé preneur en allemand pour 250 postes. En lettres, si tous les postes sont pourvus en lettres modernes, ce n’est pas le cas en lettres classiques où seulement 63 postes sont pourvus pour 145 postes. Il manquera donc au moins 182 postes à la rentrée. Les résultats des disciplines scientifiques sont encore attendus.

Résoudre la crise du recrutement par sa suppression ?

En apparence c’est beaucoup mieux que les 1233 chaises vides de 2017 ou les 342 de 2018. Mais le nombre de postes offerts a considérablement diminué dans les disciplines qui ne sont pas en déficit. Ainsi en lettres modernes, 1440 postes étaient offerts en 2017, 1040 en 2018, 843 en 2019. En anglais on est passé de 1190 à 949 puis 832. Autrement dit, pour réduire la crise du recrutement le ministère n’a trouvé que réduire le recrutement. Dans les classes, ces chaises vides s’ajouteront aux 2600 postes supprimés alors que 40 000 nouveaux  élèves , qui nécessiteraient 1500 postes supplémentaires, arrivent dans les établissements.

Résultats capes externe

Snuipp Fsu

Plus de 1100 postes non pourvus

Concours PE  dans les académies

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Le rapport accablant de la Cour des comptes sur le plan numérique

« La conception de cette politique doit être profondément revue ». Dans un rapport à paraitre  que le Café pédagogique s’est procuré, la Cour des comptes fait le bilan du plan numérique lancé en 2015 et plus globalement de la politique numérique menée depuis 2013. Doté d’un milliard, appuyé par la création d’une Direction du numérique éducatif , ce plan aurait du faire basculer l’Ecole dans une nouvelle ère numérique. La Cour en dresse pourtant un bilan très sévère. Alors que le ministère semble avoir abandonné depuis 2017 le terrain numérique, la Cour appelle à une autre politique qui prend le contre pied de celle menée entre 2013 et 2017. Elle s’oppose à celle des collectivités locales. Cette réorientation des investissements numériques tire un trait sur 6 années de fort développement numérique et renvoie les élèves à leur smartphone.

Un rapport qui condamne

Le Café pédagogique s’est procuré le rapport de la Cour des Comptes sur « le déploiement du numérique pour l’éducation : un défi encore à relever ». La version que nous partageons date de février 2019 et elle n’est pas définitive. Mais c’est un texte déjà très finalisé et prêt à paraitre. Le rapport final devrait être peu modifié. Il sera diffusé par la Cour début juillet.

Ce rapport se situe 6 ans après la création du « service public du numérique éducatif » inscrit dans la de refondation de l’Ecole en 2013. En 2014, le ministère créait la Direction du numérique éducatif. Puis en 2015, F Hollande lançait un grand plan numérique doté d’un milliard d’euros, censé changer la donne éducative. Ce plan a été stoppé net dès l’alternance de 2017.

Avec ce rapport , la Cour des comptes tire un trait sur tout ce qui s’est fait en numérique éducatif depuis le grand plan de 2015. La conclusion de la Cour est éloquente : « Il s’agit maintenant d’instaurer une gouvernance qui permette à l’État, en concertation avec les collectivités, de déployer le service public de manière beaucoup plus homogène sur le territoire, afin de corriger des inégalités scolaires dont les politiques publiques sont responsables ». On le verra, rien n’échappe à la critique de la Cour, souvent solidement argumentée. Ni la mise en place du DNE, ni les choix stratégiques faits par l’Etat, ni  les politiques des collectivités locales. Seul le vide échappe à la critique, en l’occurrence l’absence de politique numérique depuis 2017. Pourtant , et c’est un paradoxe, la Cour semble la dernière institution à croire que le numérique change radicalement la donne scolaire.

L’échec du plan Hollande lié à son mode de finacement

La Cour s’intéresse d’abord au pilotage par l’Etat qu’elle juge « insuffisamment novateur pour conduire la transition numérique ». Le rapport se livre à une analyse approfondie du fonctionnement de la Direction du numérique pour l’Education créée en 2014 pour porter le service public du numérique éducatif.  Pour la Cour, la DNE n’a pas réussi à faire l’unité entre le service des systèmes d’information (« le bastion des ingénieurs » pour la Cour) et le service pédagogique du numérique, infiniment moins nombreux et moins richement doté (environ 100 millions pour les systèmes d’information du ministère contre 10 millions pour la production pédagogique). Et là la DNE est en contradiction avec « l’ambition initiatrice » souligne la Cour. Cette fracture se retrouve au niveau des rectorats où les équipes DSI (placée sous l’autorité du secrétaire général) et DAN (placé sous celle du recteur) restent bien séparées.

Mais il y a pire et c’est un des apports importants du rapport :  » le pilotage financier des actions dont elle est chargée lui échappe en grande partie », note la Cour. « La DNE n’a en fait jamais disposé de la maîtrise directe de l’essentiel des crédits alloués à la politique dont elle est chargée ». La Cour parle de « leviers dérisoires ». En effet, le grand plan numérique lancé par F Hollande le 7 mai 2015 , doté d’un milliard d’euros, est financé par le programme d’investissement d’avenir (PIA) en complément des apports des collectivités locales. Or il apparait que ce circuit financier est complexe, à la limite de la régularité financière selon la Cour, et par suite long. Le délai moyen pour voir une décision trouver son budget était de 18 mois. Résultat, selon la Cour, seulement 307 millions ont été effectivement dépensés avant le gel imposé par JM Blanquer sur le milliard prévu. La Cour conteste d’ailleurs que le PIA puisse financer de l’équipement numérique (les tablettes pour les collégiens) car ce sont des dépenses de fonctionnement et non d’investissement. C’est une des raisons pour lesquelles la Cour demande l’abandon de la politique d’équipement des élèves.

Changer les rapports entre le ministère et ses opérateurs

Le rapport critique aussi la façon dont l’Education nationale pilote ses opérateurs numériques, Canopé, le Cned et l’Onisep. La Cour salue le développement du Cned (dont on apprend que le contrat d’objectifs et de performance est suspendu alors qu’il aurait du être signé fin 2017) et Canopé. C’est à l’Onisep, déjà frappé par la loi Avenir professionnel, que la Cour adresse ses reproches. « Le constat peut sembler paradoxal : le site http://www.onisep.fr draine, en effet, actuellement un volume significatif 47,6 millions de visites par an. Or, les publications numériques sont proposées à la vente uniquement via la librairie web. Elles représentent un chiffre d’affaires d’environ 100K€ à mettre en regard du budget de 41 M€ de l’ONISEP ».

Mais le rapport souligne surtout le mélange des rôles entre opérateurs et ministère. Le ministère passe des commandes imprévues qui perturbent les opérateurs. Surtout il concurrence les opérateurs en réalisant, via la Dgesco et Eduscol, des ressources concurrentes à celles des opérateurs.  » La Cour recommande donc d’éclaircir le rôle de chacun des opérateurs du service public du numérique éducatif, la manière dont ils  doivent coopérer entre eux et avec l’administration centrale, et d’élaborer une stratégie globale du ministère, partagée avec les opérateurs, pour la production de ressources et services numériques. Il conviendrait, à cette occasion, de préciser les missions de service public des opérateurs et d’éclaircir l’intérêt de leurs interventions dans le champ concurrentiel ». Et la Cour recommande un grand portail unique de ressources éducatives, mirage régulièrement poursuivi dans l’Education nationale…

Le choix du BYOD

Le principal reproche de la Cour c’est d’avoir sacrifié les réseaux et l’investissement à l’équipement des élèves , les fameuses tablettes. L’objectif était de doter chaque élève de 5ème d’une tablette ou de financer des classes mobiles. Finalement pour la Cour, ce plan a été une aubaine pour les collectivités locales qui ont saisi l’occasion pour équiper leurs établissements avec le soutien financier de l’Etat. On est passé de 2 millions dépensés en achat de tablettes par les départements à 20 millions en 2016 et 2017. Des départements ont atteint la tablette par élève (comme la Corrèze, les Bouches du Rhône ou les Landes). Pour la Cour cette politique était inutile car les jeunes sont déjà équipés de smartphones et tablettes. Il aurait suffi de cibler sur des publics spécifiques et de faire appel au BYOD.  » La Cour suggère de mettre en place des dispositifs d’aides ciblées, en faveur des élèves qui en font la demande, et  qui satisfont à des critères sociaux ».

De ce fait l’Etat a accentué les inégalités entre établissements. Pour la Cour le choix de la méthode d’appels à projet pour équiper les collèges « connectés » a accentué les inégalités. Pour la Cour,  » le ministère aurait pu rechercher davantage d’homogénéité, et viser la mise en place d’un socle minimum d’outils et pratiques numériques dans l’ensemble des établissements, en favorisant leur convergence… A l’heure actuelle, l’accès au numérique n’est pas garanti pour tous les élèves, et au cours de son parcours scolaire, un élève n’a pas l’assurance, tant s’en faut, de bénéficier d’une continuité pédagogique : le numérique est peu développé à l’école élémentaire, puis inégalement déployé au collège et au lycée ».

Les ENT dépassés

La Cour souligne un investissement insuffisant dans les réseaux, les collectivités ayant plutot acheté des tablettes à cause de la politique nationale. Elle souligne les « résultats décevants des ENT » qui n’ont pas réussi à devenir les supports d’usages pédagogiques comme on l’avait imaginé.  » Entre 7 et 8 enseignants sur 10 déclarent ne jamais utiliser les ressources ou les services de l’ENT pour préparer leurs cours, personnaliser l’accompagnement des élèves, produire des contenus pédagogiques avec les autres enseignants ou encore faire collaborer les élèves entre eux », note le rapport. Les enseignants préfèrent d’autres outils pour collaborer. Pour la Cour il est clair que les ENT sont dépassés.  » L’efficacité des espaces numériques de travail (ENT) en termes de sécurité et d’usages s’avérant décevante, leur pérennité, dans un environnement technologique qui a beaucoup évolué depuis leur création mérite aujourd’hui d’être réinterrogée ».

La Cour s’aventure encore dans l’édition privée pour craindre pour la sécurité et la souveraineté. Si le risque de récupération des fichiers élèves par les Gafam est bien réel, la Cour est très inquiète de la domination d’entreprises privées en ce qui concerne les notes des élèves.  » Dans presque tous les établissements du 2nd degré, la confection des emplois du temps repose désormais sur un unique logiciel externe qui expose potentiellement toute l’institution à un risque de vulnérabilité », note le rapport.  » La DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat)  partage le constat d’une quasi-dépendance du ministère de l’Éducation nationale s’agissant des logiciels de gestion de la vie scolaire. Cette situation doit, selon cette direction, conduire à interroger « des choix technologiques profonds au ministère de l’Éducation nationale ». En clair, la Cour recommande d’interdire ou de racheter Pronote.

Un socle numérique de base

Tout cela amène la Cour à demander de « réorienter la politique numérique » et à faire des recommandations. Pour assurer un déploiement égal du nuémrique, la Cour recommande de définir un « socle numérique de base » pour chaque catégorie d’établissement. Elle souhaite le rétablissement de la certification numérique des enseignants. Elle souhaite aussi que le soutien public à l’achat d’équipements individuels soit ciblé sur critères sociaux. La principale recommandation concerne la politique d’ensemble :  » S’inscrire dans la doctrine d’emploi du programme d’investissements d’avenir en ne mobilisant ses financements, dans le domaine du numérique éducatif, que vers des actions traduisant une véritable logique d’investissement ou de soutien à l’expérimentation et à l’innovation pédagogiques ». Et donc abandonner le plan tablettes, de fait d’ailleurs déjà mort.

Des recommandations déjà périmées ?

Le bilan de la Cour est donc très sévère pour le plan numérique Hollande et les politiques menées entre 2013 et 2017. Curieusement la Cour évoque très peu (uniquement à l’occasion de la RGPD) ce qui se fait depuis 2017 , c’est à dire l’absence de toute politique numérique, l’abandon des acteurs à eux mêmes, la mise en difficulté des entreprises  et le gel des dépenses.

La Cour a sans doute raison de souligner les inégalités d’équipement, criantes dans le premier degré, encore importantes dans le second. Elle est quand même bien sévère pour les collectivités locales qui se sont particulièrement emparées du numérique, parfois sans soutien réel de l’Etat, et qui ont fait oeuvre de pionniers.

Elle a raison de dire que « la mise en oeuvre du service public du numérique éducatif et du plan numérique pour l’éducation de 2015 a souffert d’un diagnostic initial insuffisamment étayé par l’étude des besoins ». Mais à vrai dire quelle politique de l’Education nationale, à l’exception peut-être de l’éducation prioritaire avant 2017, écoute les besoins du terrain ?

Par contre la réorientation politique voulue par la Cour semble totalement déconnectée de la réalité. Après des mois de gel numérique, 5 grandes régions viennent tout d’un coup d’investir massivement dans l’équipement des lycées. Ainsi l’Ile de France annonce 160 000 tablettes pour les lycéens franciliens à la rentrée. Si elles le font c’est qu’elles n’ont aps le choix. Pour pouvoir maintenir la dotation gratuite en manuels scolaires, les régions sont contraintes par la politique ministérielle à passer au manuel numérique. Et comme elles y sont obligées à très grande échelle elles ont aussi amenées à revoir les réseaux numériques pour les renforcer. Sur ce terrain le rapport est déjà décalé avec la réalité.

Il y a un autre décalage peut-être encore plus important. C’est la croyance de la Cour dans le fait que le numérique va changer radicalement l’Ecole.  » Le développement très rapide de l’intelligence artificielle, qui permet une exploitation algorithmique de données massives, ouvre pour les prochaines années la perspective d’une amélioration des processus d’apprentissage fondée sur l’étude des « traces numériques » des élèves qui utilisent des outils numériques en situation d’apprentissage. Le numérique doit ainsi faciliter la mise en place d’une pédagogie plus différenciée ». Presque 40 ans après le lancement du premier plan numérique, on sait que le numérique ne change pas l’Ecole. Il n’est pas pour autant inutile car les élèves vivent dans une société numérique où la culture est numérique. Il peut aussi y avoir des usages pédagogiques extrêmement pertinent du numérique. Mais globalement le numérique ne va ni sauver l’Ecole, ni supprimer les difficultés scolaires, ni changer le paradigme scolaire. Il est intéressant de voir que la Cour, si critique du plan numérique de F Hollande, en partage finalement les convictions.

Le rapport

Plan nuémrique : le dossier

Le Cndp et le Clemi sous pression de la Cour

Le Sénat demande un nouveau plan nuémrique

Numérique éducatif, pourquoi ça ne marche pas ?

A Ludovia Blanquer parle du numérique mais ne le finance pas

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Réforme du bac et du lycée : ce que Blanquer ne vous a pas dit (et les profs non plus)

L’article que nous attendions tous et toutes pour rétablir la vérité sur les réformes Blanquer (Ou pas)

L’Obs (site web) Education, lundi 24 juin 2019 – 13:03 UTC +02:00 4859 mots

Réforme du bac et du lycée : ce que Blanquer ne vous a pas dit (et les profs non plus) L’Obs,
Jean-Michel Blanquer transforme le lycée de fond en comble, suscitant la colère des syndicats. Mais est-ce une révolution salutaire ou une réforme
inique, inspirée par des considérations budgétaires ? « L’Obs » fait le point.




Qui croire ? Partout où il passe, Jean-Michel Blanquer répète que sa réforme du lycée – qui s’appliquera dès la rentrée prochaine en classe de première – offrira des « opportunités merveilleuses » aux élèves. Finie la « voie obligée » de la terminale S, choisie par plus de la moitié des élèves (dont nombre de littéraires frustrés) afin de s’ouvrir un maximum de portes dans le supérieur : le nouveau lycée à la carte doit permettre « enfin » aux élèves de « suivre leurs goûts et leurs centres d’intérêt » tout en se préparant au supérieur et en se posant des « questions salutaires » pour leur vie d’adulte et de citoyen. Les documents du ministère se conforment à cette ligne officielle, en vantant « + de liberté, + de choix et + d’accompagnement pour + de réussite ». Du côté des opposants, et notamment du SNES, majoritaire chez les enseignants, la suppression des filières S, ES et L au nom de la « liberté de choix » ne bénéficierait qu’aux « premiers de cordée » des classes favorisées. Et derrière un habillage généreux, la réforme répondrait uniquement à de basses visées budgétaires. Vrai ? Faux ? « L’Obs » répond à toutes ces questions.
1. La réformedubac offre-t-elle vraiment davantage de choix, de liberté ?
C’est son principe de base : ne plus contraindre les élèves à s’inscrire dans des filières littéraire, scientifique ou économique et sociale, mais leur permettre de se concocter des parcours à la carte. Soit une triplette de spécialités en première (3×4 heures) puis une doublette en terminale (2×6 heures) qui s’ajouteront à un tronc commun de 16 heures (EPS, LV1 et 2, histoire-géographie, enseignement scientifique, français en première puis philosophie en terminale). Ces spécialités sont à choisir parmi un choix assez large de matières (entre 6 et 12 selon les établissements). Sur le papier, ce libre choix permet une diversification extrême des parcours : pas moins de 165 pour un lycée proposant 11 spécialités. Dans les faits, les voeux des élèves se sont concentrés le plus souvent sur une trentaine de combinaisons, dont la moitié s’éloignent sensiblement des programmes des anciennes séries. Ce qui, pour une première année de mise en oeuvre, est plutôt encourageant. De leur côté, les proviseurs – qui devaient arbitrer entre les désirs des élèves et leurs contraintes logistiques – ont plutôt joué le jeu de la réforme. Prenons l’exemple du lycée Grandmont à Tours : l’établissement a opté pour une liste fermée de 14 triplettes (20 en fait avec les différentes déclinaisons de la spécialité arts), répondant « seulement » à 75 % des demandes de ses 430 secondes. Insuffisant, comme l’affirme le SNES ? Sûrement, mais c’est toujours mieux que les trois filières actuelles. D’autant que la majorité de ces combinaisons sont totalement inédites : maths-arts-langues, maths-économie-SVT… Pour les élèves qui n’ont pas pu obtenir entière satisfaction, le ministère a clairement indiqué la marche à suivre. On leur proposera au choix : 1) de rejoindre un lycée voisin dans la limite des places disponibles 2) de suivre des cours par correspondance 3) d’opter pour une quatrième spécialité « de secours ». On peut juger ces propositions en décalage avec le principe de libre choix, les élèves – notamment les plus modestes – étant peu enclins à changer d’établissement. Mais on peut aussi souligner que ces cas sont finalement minoritaires et que le système des filières créait lui aussi son lot de frustrations.
2. L’égalité entre établissements est-elle garantie ?
C’est un leitmotiv : le lycée Blanquer creuserait un peu plus les inégalités entre établissements, et donc entre territoires. D’un côté, les privilégiés en centre-ville ; de l’autre les éternels losers en banlieue ou dans le monde rural. De fait, le risque était réel de voir les lycées de taille modeste limiter leur offre de spécialités, pour ne pas se retrouver avec de toutes petites classes lourdes à financer : les dotations en heures d’enseignement sont en effet calculées sur la base de classes de 35 élèves, pas de 12 ! Qu’en est-il dans les faits ? Certains établissements ont bien proposé des choix de spécialités restreints, mais, contrairement à ce qui était craint, ils se trouvent plutôt en coeur de métropoles. Ainsi du lycée Pauline-Roland à Chevilly-Larue en proche banlieue parisienne, qui doit se contenter de six spécialités. Il paie sa petite taille et la proximité de deux grands lycées à moins de deux kilomètres, l’un spécialisé dans les sciences, l’autre dans les lettres. Dans les préfectures de province et plus encore dans les petits lycées ruraux, où les déplacements sont compliqués, les rectorats, en revanche, ont accompli de vrais efforts pour offrir un choix maximal de spécialités. Et, si possible, privilégier les établissements dits « périphériques ». L’exemple de l’académie d’Orléans-Tours est éloquent : tous les lycées généraux y proposent entre 8 et 10 disciplines, quels que soient leurs effectifs. Et les spécialités rares sont régulièrement implantées dans des sous-préfectures au détriment des grandes villes de la région : cinéma à Dreux, Vierzon ou Vendôme (plutôt que Chartres, Bourges ou Blois), théâtre à Issoudun et Luisant (plutôt que Châteauroux et Chartres), allemand à Amboise ou Argenton… Le ministère se prévaut d’ailleurs de ces efforts pour prendre le contre-pied des syndicats : « Aujourd’hui, 84 % seulement des lycées publics offrent les trois séries. A la rentrée 2019, 92 % proposeront au moins sept enseignements de spécialité. » Reste à voir si toutes ces disciplines seront bien proposées. Les premiers retours des établissements montrent que certaines spécialités rares (langues et civilisations de l’antiquité, allemand, espagnol…) ne seront pas ouvertes faute de candidature. Mais le ministère pourra prétexter que c’est la faute des élèves. Ou des enseignants, qui n’ont pas su les motiver !
3. Les maths sont-elles sacrifiées ?
Quelle mouche a donc piqué Jean-Michel Blanquer ? En s’attaquant aux sacro-saintes mathématiques, le ministre ne pouvait que susciter la polémique. Outil de sélection des élèves tout au long de leur scolarité, les maths étaient jusqu’alors incontournables : à l’exception d’une poignée de bacheliers, tous les lycéens s’y frottaient. En version intensive pour les S ou light pour les ES et la majorité des L. Désormais, elles seront rétrogradées au rang d’enseignement de spécialité. Autrement dit : elles pourront être abandonnées dès la fin de la seconde par les élèves les plus rétifs à la discipline. Horreur ! L’association des professeurs de mathématiques (APMEP), relayée par des scientifiques de renom, a crié au scandale pédagogique et démocratique. Tandis que les syndicats fustigeaient la logique bassement budgétaire du gouvernement – les profs de maths, c’est un fait, sont de plus en plus rares et coûteux à recruter. Face à ces critiques, le gouvernement a réagi vivement, s’appuyant sur la caution scientifique du député LREM (et médaille Fields) Cédric Villani. Mot d’ordre de la contre-offensive : les maths n’ont « jamais été aussi valorisées » que dans le nouveau lycée. Celui-ci permettra en effet de s’adapter aux besoins de chacun. Soit six heures de maths en terminale pour les lycéens ayant pris la spécialité, neuf heures pour les fondus d’équation cumulant la spé et l’option maths expertes, et trois heures pour les petits appétits se cantonnant à l’option maths complémentaires. Quant aux allergiques, ils manieront toujours les nombres, mais de manière plus « diffuse », plus « concrète » à travers les deux heures d’« enseignement scientifique ». Dans cet argumentaire, le ministre oublie toutefois deux choses. D’abord, que cet « enseignement » inscrit au tronc commun ne comprend que très peu de mathématiques. Il s’agira essentiellement d’un cours de culture générale scientifique animé par les professeurs de SVT. Cédric Villani en a manifestement pris conscience et s’en est inquiété dans une lettre ouverte au ministre qu’il a pris soin d’envoyer à toutes les rédactions. Ensuite, la gradation 3h-6h-9h ne sera proposée qu’en terminale. En première, les élèves pourront seulement choisir la spécialité maths dont les programmes sont jugés encore plus denses que ceux de la première S par les enseignants. Autrement dit, ce sera tout ou rien. La conséquence a été immédiate. Effrayés par le « tout », 30 % des lycéens ont choisi le « rien ». Est-ce si grave ? Certains profs de maths relativisent la situation en soulignant qu’une bonne partie des élèves de première/terminale « subissaient la discipline » et n’en retenaient pas grand-chose. Les syndicats soulignent néanmoins plusieurs contradictions : le contenu de la spécialité SES très populaire (près de la moitié des élèves l’a choisie) mais réorientée vers la microéconomie et donc difficilement accessible aux non-matheux. Ou l’absence d’enseignement adapté à des élèves se destinant au professorat des écoles. Le ministre souhaite en effet rehausser le niveau en maths de nos futurs instits, jugé aujourd’hui beaucoup trop fragile. Force est de le constater : le nouveau lycée ne devrait guère y contribuer.
4. Les prépas et grandes écoles vont-elles s’adapter à la diversité des profils ?
Le lycée à la carte se veut émancipateur. A écouter le ministre, les élèves pourront en effet suivre sans crainte leurs inclinations, les formations du supérieur s’adaptant « naturellement » à la nouvelle donne. Une seule exception : les maths sup, ces fleurons de la méritocratie républicaine, qui de fait « pourront difficilement déroger sur le niveau en maths et en physique ». Pour le reste, le champ des possibles serait entièrement ouvert. Une charte « pour une orientation progressive et accompagnée au service de la liberté de choix et de la réussite des lycéens » (sic) a même été signée par la Conférences des Grandes écoles et celle des Présidents d’université sous la pression du gouvernement. Elle stipule clairement que les formations du supérieur ne pourront pas exiger des lycéens aspirant à les rejoindre qu’ils aient suivi tel parcours ou telle spécialité. Tous les enseignants et les parents – notamment les CSP + les plus au fait des chausse-trappes du supérieur – ne partagent pas toutefois cet optimisme. Certes, plusieurs formations (les IEP, les écoles de commerce post-bac, les écoles d’architecture) se réjouissent de la diversité de profils offerte par le nouveau bac. Mais, dans nombre de portes ouvertes de facs, d’écoles ou de prépas, le discours tenu par les responsables est bien différent de celui des institutions : les maths – ou a minima les sciences – y sont présentées comme une condition de réussite première, sinon nécessaire. C’est le cas des prépas HEC, qui – en dépit de la charte évoquée plus haut – ont annoncé qu’elles exigeraient une maîtrise avancée des mathématiques. Mais aussi de plusieurs filières universitaires « en tension » – médecine, STAPS, économie-gestion, psychologie, biologie ou même sciences de l’éducation – qui, depuis la mise en place de Parcoursup, sont autorisées à sélectionner leurs étudiants. Comment les professionnels du supérieur comptent-ils se sortir de ces contradictions ? Dans un premier temps, sous la pression ministérielle, beaucoup devraient se conformer à la charte. « On jouera le jeu et on prendra aussi des non-matheux, même si je doute de leur réussite », dit ainsi Frédéric Dardel, le président de Paris-V-Descartes, une des universités parisiennes les plus cotées. « Ceci dit, si, après quelques années, nous constatons des taux d’échec trop conséquents dans des filières comme l’économie ou la psychologie, on deviendra sûrement plus prescriptif. » A bon entendeur…
5. Les tâtonnements de l’adolescence sont-ils pris en compte ?
Les adolescents sont embêtants : ils sont affectifs et versatiles. Le ministre en est visiblement conscient et assure que les lycéens pourront « naturellement » changer de spécialité en cours de scolarité. Las, les services de la rue de Grenelle sont un peu moins affirmatifs. A mi-mot, ils reconnaissent qu’il sera très complexe – vu les contraintes organisationnelles des lycées – de revenir sur les choix faits, mêmes si « pour des lycéens extrêmement motivés, des solutions au cas par cas sont toujours possibles ». Cette irréversibilité pose problème. Pour les élèves les moins mûrs (ou les moins guidés) qui peuvent décider d’abandonner une matière sur un coup de tête, mais également pour les bons élèves de nature indécise (et c’est peu dire qu’ils sont nombreux !). Les profils comme celui de Candice, lycéenne inscrite en terminale S, qui à la mi-mars hésitait encore entre « des études de droit, de médecine, d’ingénieur, de psychologie ou de commerce », ne seront plus possibles. Dans la nouvelle architecture du lycée, Candice devrait choisir dès la fin de sa première entre une doublette maths + physique (ou informatique ou sciences de l’ingénieur) lui ouvrant les portes d’une maths sup. Ou une doublette maths + géopolitique ou science éco, plus adaptée à une prépa HEC. Vu sous cet angle, on en regretterait presque l’ancien système des filières. Les bacs ES et L avaient bien des défauts mais, avec leurs programmes contraints, ils laissaient plus de place aux tâtonnements et aux maturations tardives.
6. La liberté de choix va-t-elle profiter d’abord aux enfants bien nés ?
Amener des jeunes de 15 ans – dont certains en pleine crise d’adolescence – à se « projeter dans leur avenir professionnel » – est déjà en soi un sacré pari. Mais le pari devient une gageure s’il s’agit d’assurer une stricte égalité entre enfants de milieux différents. Si les mieux informés pourront se projeter plus tôt dans leurs études supérieures en mêlant maths et sciences humaines (pour une prépa HEC) ou maths et numérique (pour une école d’informatique post-bac), le risque est réel (et déjà avéré) de voir des enfants moins cornaqués faire des choix peu stratégiques (des sciences sans maths, par exemple). Conscient de la problématique, le père du nouveau bac, Pierre Mathiot, a prôné et obtenu que 54 heures soient consacrées chaque année, de la seconde à la terminale, à « préparer les choix de parcours et, à terme, l’entrée dans l’enseignement supérieur ». Le problème, c’est que la mise en oeuvre de ce nouveau dispositif reste très aléatoire. Les 54 heures doivent être prises sur les marges d’autonomie des établissements, ces horaires laissés à la libre appréciation des proviseurs. Or, ces derniers, soumis aux injonctions multiples du ministère, se fixent souvent d’autres priorités. Pierre Mathiot n’en disconvient pas. Mais, comme son ministre, il veut croire que les établissements prendront conscience de l’enjeu. Et que les enseignants du supérieur et du secondaire sauront se mobiliser. Les uns « en descendant davantage dans les lycées » au contact de leurs futurs étudiants, les autres en « étant aussi efficaces avec leurs élèves qu’ils ne le sont avec leur progéniture ». Puisse-t-il être entendu…
7. La réforme va-t-elle réduire le nombre d’enseignants ?
Le gouvernement n’en fait pas mystère : il souhaite rééquilibrer l’effort en matière éducative vers le primaire, les dédoublements de classes en CP, CE1 (et bientôt en grande section) étant extrêmement gourmands en effectifs enseignants. Conséquence directe : alors qu’il connaît un big-bang organisationnel sans précédent, le lycée va devoir rendre des postes l’année prochaine. Jean-Michel Blanquer n’est pas particulièrement disert sur le sujet – on peut imaginer qu’il aurait préféré disposer d’un peu plus de marge pour mettre en place sa réforme -, mais, quand on l’interpelle, il assume cette inversion des priorités, rappelant, à raison, que le lycée français (contrairement au primaire) est plutôt bien doté en comparaison internationale. Le Premier ministre, Edouard Philippe, lui, est plus direct : non seulement, la réforme doit se faire « à budget contraint » (autrement dit avec moins d’argent), mais, grâce au nouveau bac, « nous pouvons réorganiser le secondaire de façon à mettre le paquet sur le primaire. C’est un choix et nous l’assumons », expliquait-il sur France-Inter en septembre 2018. Comment le ministère de l’Education nationale compte-t-il s’y prendre ? En mettant davantage en cohérence ses ressources humaines avec la demande des élèves. « Le sujet n’est pas tellement les moyens supplémentaires que la manière intelligente de les répartir, argumente ainsi Jean-Michel Blanquer. Jusqu’à aujourd’hui, vous aviez des classes de S à 35 et des classes de L à 15. Ce n’est pas raisonnable. C’est le genre de choses qui vont changer. » Le nouveau lycée a en effet bien des vertus d’un point de vue logistique. Il permet de regrouper tous les lycéens dans les mêmes classes pour les seize heures du tronc commun. D’accroître les effectifs dans les spécialités littéraires réservées jusqu’alors aux terminales L. Et… de fermer éventuellement des spécialités quand elles ne sont pas suffisamment attractives. Des matières comme le français et la philosophie, qui, en L, étaient enseignées face à des petits groupes d’élèves sur des horaires très lourds, pourraient se voir ainsi « optimisées ». Les besoins en effectifs enseignants devraient s’en trouver nettement réduits. D’autant que la spécialité humanités, littérature et philosophie n’a été choisie que par 23 % des élèves. Les lycéens à profil littéraire lui préférant des spécialités plus « utilitaires » : les sciences économiques et sociales (48 %), l’histoire-géographie-géopolitique (41 %) ou encore l’anglais (34 %). Autre point d’inquiétude pour les enseignants : la situation des disciplines rares, auxquelles le ministère avait octroyé une spécialité, mais qui, mises en concurrence avec des matières plus « bankables », ne sont pas parvenues à faire le plein. Chez les profs de lettres classiques, c’est ainsi la soupe à la grimace. La satisfaction d’avoir été entendus par le ministre (qui ne cesse de clamer son attachement au latin-grec) a laissé place à une inquiétude très vive. Et pour cause : le nombre d’établissements proposant la spécialité littérature, langues et cultures de l’Antiquité (12 % sur le papier) se réduit comme peu de chagrin, faute de candidats. « Cette réforme, c’est un peu le baiser de la mort », déplore un militant de la cause antique en banlieue. « Elle devait nous valoriser. Et finalement, elle nous fragilise auprès des collègues en démontrant notre faible attractivité. »
8. Les élèves fragiles risquent-ils d’être moins accompagnés ?
Le gouvernement, on l’a vu, demande l’impossible aux proviseurs, censés offrir les choix de parcours les plus larges et mieux accompagner les élèves dans leurs choix d’orientation. Tout en continuant à offrir des options rares (latin-grec, LV3, théâtre…), des cours de langues en petits groupes, des TP de sciences et de l’accompagnement personnalisé. Pierre Mathiot, le père de la réforme, le reconnaît : les dotations horaires des lycées n’y suffisent pas. Interviewé par « l’Obs » en décembre dernier, il exprimait tacitement ses préférences : « Probablement, les établissements devront faire des choix. » En l’occurrence « agir dans l’intérêt de tous », plutôt que « privilégier des options rares ne concernant que quelques-uns ». En réalité, dans bien des établissements, lesdites options rares ont souvent été préférées aux dispositifs de soutien pédagogique (cours en petits groupes, accompagnement personnalisé). Les proviseurs considérant que les élèves les moins scolaires ont désormais vocation à rejoindre les filières technologiques où les taux d’encadrement sont plus élevés. Au cabinet du ministre, on assure toutefois que la situation est sous contrôle. « Il est vrai que certains établissements sont pris dans des équilibres anciens, sédimentés de longue date. Mais la réforme doit être l’occasion de remettre les choses sur le tapis. Et tout en laissant les établissements exercer leur autonomie, nous contrôlerons leurs décisions a posteriori. L’accompagnement des élèves les plus fragiles doit rester une priorité. » Dont acte.
9. La réforme va-t-elle produire un bac à deux vitesses ?
Si Jean-Michel Blanquer refaçonne en profondeur le lycée, il bouleverse également le bac en y introduisant une grosse part de contrôle continu (40 % de la note finale). L’objectif visé est pédagogique – inciter les élèves à s’investir davantage dans leurs études – mais également budgétaire – l’organisation des épreuves terminales coûte affreusement cher et fait perdre de nombreuses heures d’enseignement aux élèves. Cette petite révolution qui remet en cause deux principes fondamentaux de la méritocratie républicaine – l’anonymat et le caractère national des épreuves – a suscité un tollé. Jean-Michel Blanquer étant accusé ni plus ni moins de mettre en place un bac pour les riches (noté durement) et un bac pour les pauvres (noté avec laxisme), et d’accroître ainsi un peu plus les discriminations à l’entrée du supérieur. Disons-le clairement : ces accusations, fréquemment relayées à gauche, comme à droite, avec des arguments curieusement semblables, sont peu étayées. Et pour cause : les résultats du bac ne sont absolument pas pris en compte – et ne l’ont jamais été – par les formations sélectives, les décisions d’affectation étant prises en mai, bien avant la tenue des examens, sur la seule foi des bulletins de première et de terminale, donc… du contrôle continu. Autrement dit, en l’état actuel du calendrier, quelle que soit la manière dont sera évalué le futur bac, cela n’aura strictement aucun impact sur le devenir des lycéens. Si dommage il y a, il sera plutôt de nature symbolique. Dans une tribune publiée par le site Lundimatin, l’enseignant André Leys (un pseudo) rappelle que « le baccalauréat a été, pendant plus d’un demi-siècle, l’épreuve initiatique de passage à l’âge adulte pour la classe moyenne ». Et un sésame habilitant psychologiquement les plus défavorisés à se projeter dans des études supérieures. La suppression des épreuves terminales relèverait ainsi d’une entreprise d’« infantilisation » et de « mise au pas » des jeunes Gaulois réfractaires.
10. Le nouveau bac va-t-il stresser davantage les élèves ?
Vaut-il mieux passer le bac au contrôle continu ou par le biais d’épreuves regroupées à la fin de la scolarité ? Dans les lycées, les avis divergent. Lorsqu’on les interroge, les élèves se disent plutôt favorables aux nouvelles règles du jeu qui réservent les épreuves terminales au français (en fin de première), à la philosophie, aux deux enseignements de spécialité et à un grand oral portant essentiellement sur lesdites spécialités. D’autant que « les notes du bac, c’est vraiment la loterie », estime Hugo, élève de terminale qui aurait bien aimé « profiter du nouveau système ». Précisons-le toutefois : ces adeptes du contrôle continu sont bien souvent de bons élèves ou du moins des élèves impliqués dans leurs études. Ceux qui comptaient sur leur vista (et les redressements de notes opérés par les académies…) pour obtenir leur sésame malgré des bulletins médiocres voient les choses avec un peu moins d’optimisme. Du côté des enseignants, les avis sont également tranchés. Certains soulignent que les modalités choisies pour évaluer les élèves, au lieu de réduire le bachotage, vont encore le renforcer. Le « contrôle continu », tel que conçu par le ministère, se compose en effet de trois séquences d’épreuves portant sur les matières du tronc commun et débutant dès le second trimestre de première. Autant dire qu’entre ces galops – organisés au sein des lycées en puisant dans une banque de sujets nationaux – et les vraies épreuves du bac, les élèves risquent de passer plus de temps à réviser qu’à approfondir les notions ou à exercer leur esprit critique. Ces modalités ont toutefois été réclamées par les syndicats enseignants qui craignaient, comme on l’a vu, pour la « valeur certificative » du bac.
11. Les nouveaux programmes sont-ils plus musclés ?
Qui dit nouveau bac dit nouveaux programmes et qui dit nouveaux programmes dit énième polémique sur leur contenu… Le bac Blanquer n’échappe pas à la règle. Le cursus est jugé trop chronologique et trop centré sur le roman national en histoire, trop abrupt (et trop à droite !) en sciences économiques et sociales, où l’entrée par les concepts microéconomiques risque de rebuter les élèves à profil littéraire ; trop classique et prescriptif aussi en français où les professeurs se verront imposer une liste limitée d’oeuvres (essentiellement patrimoniales). Les critiques fusent d’autant plus que, contrôle continu oblige, les enseignants pourront difficilement prendre des libertés avec lesdits programmes. Pour le reste, les promesses de concision, comme d’habitude, n’ont pas été tenues. En philosophie, nos jeunes néophytes, de moins en moins rompus à la lecture, étudieront toujours 21 notions (contre 29 précédemment) et une liste d’auteur élargie de 12… à 55 penseurs dont Zhuangzi et Nagarjuna, grand maître bouddhiste de la vacuité. Ils vont adorer ! Comme Jean-Michel Blanquer s’y était engagé, les programmes des spécialités sont par ailleurs d’un niveau relevé. Les maths proposent un cursus beaucoup plus dense que celui de l’actuelle filière S. La physique-chimie revient à une démarche plus théorique, « laissant moins de place au bricolage », se réjouit Mickaël Prost, le président de l’Union des professeurs de classes préparatoires scientifiques. Et les spécialités littéraires comme humanités, langues anciennes ou géopolitique permettent des approches transversales et réflexives dignes du supérieur. Autrement dit, comme le souligne un proviseur, « pour les élèves peu scolaires, rétifs à la lecture, à la synthèse et à l’abstraction, ça risque d’être vraiment compliqué ».
12. La réforme va-t-elle revaloriser l’oral au lycée ?
C’était censé être la grande innovation pédagogique du nouveau bac. Pour lutter contre l’inhibition des petits Français, Jean-Michel Blanquer a inscrit un grand oral de vingt minutes au programme de l’examen. Et annoncé : 1) que cet exercice ferait l’objet d’une préparation tout au long de la scolarité 2) que les enseignants seraient formés en « mobilisant tout le monde du théâtre et de l’art oratoire », afin que l’épreuve ne soit pas (trop) discriminante socialement. LIRE AUSSI > En 2021, ils essuieront les plâtres du grand oral du bac : voici ce qu’ils en disent Depuis plus rien. Ou plutôt pas grand-chose. Dans le discours ministériel, la préparation du Grand O a même été renvoyée au dernier trimestre de terminale, la programmation précoce des épreuves de spécialité (a priori en mars) permettant, de fait, de libérer des heures d’enseignement en fin d’année. Un petit espoir vient de renaître toutefois avec le rapport remis mercredi 19 juin par Cyril Delhay. L’ancien directeur du programme égalité des chances de Sciences-Po, estime qu’une quinzaine d’heures étalées tout au long de la scolarité suffirait à former les élèves à l’art oratoire. Sera-t-il entendu, sachant, comme il le souligne, que « le système scolaire français est particulièrement en retard sur la valorisation de l’oral » ? Là encore, il faut l’espérer. 13. Va-t-elle mettre en concurrence les enseignants ?
La réforme a eu une conséquence peu documentée – mais tout sauf anodine : en permettant aux élèves de choisir leurs spécialités, elle instaure une concurrence entre enseignants. Pour les profs, dont la discipline disparaît du tronc commun, cela crée naturellement une forme d’inconfort. « Les maths tombent de leur piédestal, pour les collègues qui ne faisaient aucun effort de pédagogie, ça va faire tout drôle », s’amuse un prof de lettres classiques, habitué à faire de la retape pour remplir ses heures d’option latin-grec. Reste que les profs de maths vont être également chargés d’enseigner une nouvelle discipline plutôt populaire – numérique et sciences informatiques – et que la proportion d’élèves inscrits dans leur spécialité ne devrait guère diminuer en terminale. Ils devraient donc grosso modo préserver leurs heures. On ne peut pas en dire autant des SVT qui vont se retrouver en concurrence frontale avec les autres sciences expérimentales à l’issue de la première. « Comme les élèves ne pourront conserver que deux spécialités, on craint forcément qu’ils fassent des choix utilitaristes », s’inquiète une biologiste, pourtant acquise aux bienfaits de la réforme. « La physique-chimie est annoncée comme une matière obligatoire à l’entrée des prépas scientifiques. Nous, non. Dans un tel contexte, il y a vraiment un risque pour nous en termes de postes. » Ces logiques concurrentielles commencent même à provoquer des tiraillements dans les salles de profs. « L’affect joue un rôle dans les décisions des élèves, et certains enseignants savent en jouer », souligne la proviseure d’un petit lycée rural en Centre-Val-de-Loire. « Des collègues font même des appels du pied pour remplir leurs spécialités », confirme une prof nîmoise rebutée par cette « logique publicitaire ». « Dans une de nos secondes, tous les bons élèves ont pris maths-physique-histoire-géo. Le collègue de SVT n’en revenait pas. Son collègue historien faisait sa promo en distribuant des bonnes notes depuis six mois. Mais il n’avait rien vu venir. » Se faire aimer de ses élèves ou perdre son poste : le nouveau dilemme des professeurs de lycée ?
14. Obligera-t-elle les enseignants à être davantage présents au lycée ?
L’examen du baccalauréat nouvelle formule, on l’a vu, sera beaucoup moins étoffé, contrôle continu oblige. Mais il risque d’être également beaucoup plus précoce. Le ministère réfléchit en effet à programmer les deux épreuves de spécialité avant les vacances de printemps, soit fin mars-début avril. Ceci afin que les formations du supérieur puissent prendre en compte la quasi-totalité des résultats dans leurs procédures de sélection. Ce serait un joli pied de nez à tous ceux qui reprochent à Jean-Michel Blanquer de démonétiser le bac. Et l’occasion de faire durer un peu plus l’année scolaire, la plupart des lycées (publics) fermant leurs portes dès début juin pour se transformer en centres d’examen. Interrogé sur ce point précis, le cabinet du ministre répond que la mesure doit encore faire l’objet d’une concertation et refuse donc de s’avancer sur le nombre d’heures d’enseignement qui pourraient être récupérées. Plus discrètement, une autre évolution pourrait affecter dès l’année prochaine les conditions de travail des enseignants. Jusqu’à présent, ceux-ci pouvaient faire des voeux pour disposer d’une ou plusieurs demi-journées de liberté. Avec la tuyauterie affreusement complexe du lycée à la carte, ces petits arrangements auront du mal à tenir. Dans de nombreux établissements, les proviseurs ont clairement annoncé la couleur à leurs troupes : les emplois du temps des enseignants devront s’adapter aux voeux des élèves, et non le contraire. Sans même avoir mis le dossier sur la table des négociations, Jean-Michel Blanquer réussirait ainsi à imposer une mesure que tous les ministres de droite ont rêvée sans jamais l’obtenir : augmenter le temps de présence des profs au sein des établissements. Cela colle entièrement à son objectif de « réinstitutionnaliser l’école » en faisant en sorte que les adultes y soient davantage présents et disponibles (pour l’accompagnement, l’orientation). Reste à réaménager les salles des professeurs en véritables espaces de travail suffisamment vastes – et informatisés. Vu l’état du bâti, ce n’est pas gagné ! Cet article est paru dans L’Obs (site web)

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Près d’un millier de postes non pourvus dans le premier degré

C’est sans précédent. Selon le Snuipp Fsu, 858 postes ne seront pas pourvus dans le premier degré en 2019. Le syndicat demande au ministre de faire appel aux listes complémentaires et d’entamer des discussions pour sortir le recrutement de sa crise.

858 recrutements manquants

« La plupart des résultats d’admission sont maintenant connus et ce sont d’ores et déjà 858 recrutements qui seront perdus, sur l’ensemble des concours, pour la session 2019 du CRPE », écrit le Snuipp dans une lettre adressée à JM BLanquer le 24 juin. Un chiffre provisoire qui devrait augmenter avec les admissions en Guyane et à Mayotte. Ce nombre global de recrutements perdus est en augmentation après 775 pertes en 2018 et 569 en 2017. Cette année encore, les 700 places offertes aux concours supplémentaires de Créteil et Versailles ne suffiront pas à le compenser ».

Appel aux listes complémentaires

« Nous vous demandons donc de garantir, partout, que les listes complémentaires soient abondées et que les rectorats puissent y avoir recours à hauteur des besoins, y compris pour le concours supplémentaire de Créteil et Versailles, afin d’endiguer le recours aux contractuels », écrit le Snuipp. Selon lui on compterait 682 personnes sur liste complémentaire.

Les raisons de la crise

Comment expliquer cet effondrement rapide du recrutement des enseignants ? Paradoxalement d’abord par la baisse aussi rapide du nombre de postes mis aux concours. Après des années de hausse du nombre de postes, entre 2012 et 217, le gouvernement a inversé la tendance. Tout en tenant un discours sur « la priorité au primaire » il a diminué le nombre de postes offerts : 13 663 postes proposés en 2017, 12127 en 2018, 9798 en 2019 pour l’externe.

Les effets de ce mouvement de baisse sont connus : les étudiants se détournent des concours de l’enseignement. La Depp vient de publier une Note qui montre cette inversion de tendance et le retour à la politique menée sous Sarkozy. Le nombre de candidats présents aux concours , après avoir augmenté après 2012, s’est stabilisé.

Compte aussi bien évidemment les conditions d’exercice du métier. Le métier d’enseignant n’est plus attractif pour son niveau de recrutement. Même si un récent sondage estime que les professeurs sont assez payés, les candidats votent avec leurs pieds vers d’autres professions où les conditions d’exercice sont meilleures. Avoir monté le niveau de recrutement à celui de master 2, globalement plus élevé que dans les autres pays, sans avoir revalorisé la profession devait fatalement conduire à cette situation.

Dans cette situation, la France fait comme les autres pays de l’OCDE qui connaissent eux aussi cette crise de recrutement : on baisse les exigences. Mais la Note de la Depp montre que même en baissant le seuil de recrutement en dessous de 8 , on n’arrive pas à avoir un nombre de reçus équivalent à celui des postes. Alors on les baisse encore en faisant un appel de plus en plus important aux contractuels. En 2018 on comptait déjà 2671 contractuels dans le premier degré.

L’appel aux listes complémentaires ne suffira pas à compléter le déficit du recrutement. IL faudrait une autre politique. Celle ci semble hors de portée le gouvernement souhaitant favoriser le recrutement de contractuels dans la fonction publique. Il faut donc s’attendre à de nouvelles baisses de postes mis aux concours.

En 2018

Les postes mis aux concours 2019

Note Depp

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Les enseignants sont-ils vraiment trop payés ?

Qu’est ce qui peut bien pousser Les Echos et Opinion Way à interroger les français sur le salaire des enseignants ? Alors qu’avec la grève des examens les enseignants prennent le risque de l’impopularité, ce sondage tombe à point nommé pour les montrer du doigt. Car quand on demande aux Français si leur voisin est assez payé, on est sur de la réponse…

Des questions orientées

 Selon le sondage, les Français ont une opinion positive des enseignants. Trois Français sur quatre ont une très bonne ou assez bonne opinion des enseignants.  C’est particulièrement vrai des jeunes (18-24 ans). Mais l’élément dominant semble politique : plus on va à droite moins on aime les enseignants : 43% des lepenistes ont une mauvaise opinion des enseignants, 35% des partisans de F Fillon.

Le métier est perçu comme difficile par 80% des Français, le métier n’est pas assez valorisé pour 69%. La surprise c’est que 56% des Français jugent que les enseignants sont suffisamment payés. Il faut dire que la question est assez tendancieuse. A la question : « Selon vous ces salaires sont trop importants, pas assez importants ou comme il faut « , les sondés se voient proposer : « 2067 euros bruts mensuels pour un enseignant en maternelle ou primaire pour 24 heures devant élèves » ou « 2067 euros bruts pour un enseignant non agrégé en collège ou lycée pour 18 heures devant élèves ». La rédaction des questions pousse à penser que les enseignants ne travaillent que 24 ou 18 heures. D’ailleurs le taux de « trop important » suit le nombre d’heures de cours du PE à l’agrégé. Mais là aussi il y a une nette corrélation entre l’orientation politique et l’opinion sur le salaire enseignant. 50% des partisans de Mélenchon jugent que le salaire n’est aps assez important contre 20% des lepènistes. 38% des Français jugent que les enseignants ne travaillent pas assez mais 54% des lepènistes.

L’influence de la communication gouvernementale

Mais cette opinion ne résulte pas que de la rédaction de la question. La communication gouvernementale y est aussi pour beaucoup. JM Blanquer n’arrête pas de dire que les enseignants vont gagner 1000 euros de plus , sans préciser qu’il s’agit de 1000 euros annuels résultant des accords PPCR pris par le gouvernement précédent. A force de répéter que le gouvernement veut augmenter les enseignants, les gens vont bien finir par croire qu’il les a augmentés..

En janvier 2019, en pleine crise des Stylos rouges, le gouvernement avait déclaré qu’il « travaille depuis 18 mois pour améliorer le pouvoir d’achat et les conditions de travail des enseignants ». Un joli bobard car le communiqué oublie le blocage du point Fonction publique (débloqué en 2016 et 2017) mis en place dès l’arrivée au pouvoir d’E. Macron, suivi du report d’un an des accords PPCR.

Et le gouvernement de promettre dans sa communication un milliard sur le quinquennat pour les professeurs et 700 millions consacrés à l’avancement des enseignants chaque année. Ce dernier chiffre était grossi car le glissement vieillesse technicité ne correspond qu’à 379 millions et non 700. L’application des accords PPCR représente 264 millions en 2019. Le tout pour plus de 800 000 enseignants et un million de fonctionnaires au total. Mais 4 fois 264 ça fait bien un milliard…

Des salaires plus bas que la moyenne OCDE

Ce qui est bien réel c’est que les salaires des enseignants français sont nettement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, sans même parler de nos voisins.

Comme le montre Regards sur l’éducation 2018, en moyenne, dans l’OCDE le salaire annuel d’un professeur des écoles s’établit à 32 258 $ en début de carrière et 41 884 au bout de 15 ans de service contre 29 516 et 35963 en France. L’écart est donc significatif et défavorable. Il reste négatif au collège : 33 948 en début de carrière contre 31 003 et 46 780 au bout de 15 ans contre 37450. Au lycée l’écart perdure : 34 943 contre 31 003 en début de carrière et 48697 contre 37 450 au bout de 15 ans. En fait 19 pays sur 37 ont un salaire des enseignants plus élevé que celui versé en France. Ainsi pour un enseignant de collège en début de carrière, le salaire va de 79 551 $ au Luxembourg à 14 267 en république slovaque en passant par 63 555 en Allemagne, 39 707 aux Etats Unis et 30 739 en Italie.

Plus compliqué, l’OCDE calcule aussi le coût salarial moyen des enseignants. Celui ci varie selon le niveau des salaires mais aussi selon la durée de l’enseignement et bien sur la taille des classes. On a alors une image de la vraie considération d’une société pour ses enseignants.

Un coût salarial particulièrement bas


La France se trouve dans les pays de l’OCDE avec le coût salarial le plus faible. Ainsi un enseignant coute en moyenne par élève 2936 $ dans l’OCDE contre 1827 en France dans le premier degré. Au collège c’est 3604 et 2615 et au lycée 3723 contre 2999. Plusieurs facteurs expliquent cet écart. Non seulement les enseignants français sont moins bien payés mais le temps d’instruction est généralement plus long en France (comprenez : on les fait travailler davantage) et surtout les classes plus chargées.

En effet en France on compte davantage d’heures de cours : 8100 heures pour l’école obligatoire contre 7500 dans l’OCDE et même 7250 pour l’UE. C’est surtout à l’école élémentaire que l’écart est fort : 864 heures en France contre 793 dans l’OCDE.

Parlons de la taille des classes. Au primaire en France c’est 23 élèves en moyenne contre 21 dans l’OCDE et au collège 25 contre 23. Cette taille des classes a augmenté en France depuis 2005 ce qui n’est pas le cas de tous les pays…

Dernière particularité : depuis 2005 les salaires des enseignants ont augmenté dans les pays de l’OCDE en moyenne de 8% au primaire, 7% en collège et 5% en lycée. La France fait partie, avec la Grèce, l’Angleterre, l’Espagne, le Japon et le Danemark, des exceptions. Chez nous le salaire a diminué. Et ça continue.

Le sondage Les Echos Opinion Way

Comment le ministère tente de discréditer les stylos rouges

Des salaires en dessous de la moyenne OCDE

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ADP : pas d’union syndicale autour du RIP, Le Monde

Elles partagent la même position sur le fond, mais avancent en ordre dispersé. Les organisations syndicales sont contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), mais elles n’ont pas opté pour la même stratégie pour s’opposer à cette disposition de la loi Pacte votée en avril. A l’heure actuelle, seules la CGT et l’UNSA ont officialisé leur soutien au processus visant un référendum sur le sujet en appelant leurs adhérents et sympathisants à apposer leur paraphe sur la plate-forme mise en ligne par le ministère de l’intérieur le 13 juin.

Quelque 4,7 millions de signatures seront nécessaires, d’ici à mi-mars 2020, pour que ce référendum d’initiative partagée (RIP), projet inédit lancé par des parlementaires de droite et de gauche, voie le jour. L’objet de l’éventuelle consultation : une proposition de loi affirmant le caractère de « service public national » des aérodromes de Paris afin d’en prévenir la privatisation. S’il aboutit, le processus fera échec à ce projet défendu par l’exécutif.

La CGT, dirigée par Philippe Martinez, a été la première à se lancer et revendique même la paternité de la démarche. « Sans la CGT d’ADP et la mobilisation des salariés puis le travail de la Fédération des transports et de la Confédération, l’action n’existerait pas, assure Nathalie Verdeil, du bureau confédéral. Ce sont plusieurs rencontres [avec les parlementaires] et un dossier bien ficelé qui les ont convaincus, mais cela ne remet pas en cause leur action politique. » Contrairement à plusieurs de ses homologues syndicaux, la CGT ne voit « aucun souci » à participer à cette bataille aux côtés de partis politiques sur cette procédure. « C’est la seule solution », avance Mme Verdeil qui rappelle que seuls les députés et les sénateurs pouvaient lancer le processus.

Comptages indépendants

Dans un communiqué envoyé mercredi 19 juin, la centrale a appelé la Place Beauvau à mettre en place « sous le contrôle du Conseil constitutionnel, un compteur quotidien » de signatures, « seul gage de contrôle de l’expression démocratique ». Des comptages indépendants, réalisés par le service Checknews de Libération ou le site ADPRip, faisaient état lundi matin de plus de 338 000 signatures. « C’est un assez bon début, juge Mme Verdeil. Si nous pouvions être à 1 million de signatures à la rentrée de septembre, ce serait une grosse étape de franchie. »

L’UNSA a récemment emboîté le pas. « Nous étions déjà engagés dans la bataille de contestation avant que la loi soit votée et que cette démarche soit initiée, c’est la suite de la mobilisation », explique Laurent Escure, son secrétaire général. Ce dernier se veut pragmatique et voit dans cet outil « une opportunité pour que les Français puissent trancher », et tant pis si ce sont les politiques qui en sont à l’origine. « Nous ne sommes ni complaisants, ni opposants et nous revendiquons notre indépendance, mais puisque la plate-forme existe, pourquoi s’en priver ? », souligne M. Escure.

« Sujet très sensible »

Pour la CFDT, pas question de se mélanger avec des partis politiques. « On en a discuté et on ne fera pas d’appel », indique Marylise Léon, la numéro deux de la centrale. Selon elle, « il n’y a aucun intérêt à privatiser ADP si ce n’est pour l’Etat de se faire un peu de cash », mais pour la Confédération, participer à cette campagne référendaire reviendrait à donner une consigne de vote et à « sortir du rôle d’organisation syndicale ».

Cet argument est aussi avancé par François Homméril, le président de la CFE-CGC, pour qui « dès lors que c’est à l’initiative de partis politiques, le sujet est très sensible »« Donc c’est probable qu’on ne s’inscrira pas dans cette démarche », ajoute-t-il. D’autant que les dossiers s’accumulent sur la table de travail des syndicats, entre la réforme de l’assurance-chômage ou celle à venir des retraites. « Aujourd’hui, pour moi, il n’y a pas la place dans les débats que l’on a », reconnaît M. Homméril.

La question se pose encore en d’autres termes pour Force ouvrière (FO). Très attachée à la démocratie représentative, la centrale de l’avenue du Maine, à Paris, n’est pas favorable à l’outil référendaire. « Ce n’est pas notre tasse de thé », glisse un haut gradé de la centrale. En 1969, FO avait pourtant appelé à voter contre la fusion du Sénat et du Conseil économique et social proposée par le général de Gaulle. « Ça serait d’autant plus facile aujourd’hui avec une privatisation, ajoute ce dirigeant de Force ouvrière. Conjoncturellement, le référendum peut être un moyen de peser sur un dossier où sur le fond, nous sommes très clairement contre. » Pour l’heure, le sujet n’a pas été débattu en interne. Article réservé à nos abonn

Raphaëlle Besse Desmoulières

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Loi sur la fonction publique : le retour des amendements Brisson

Annualiser le service enseignant, soumettre son affectation au bon plaisir du chef d’établissement : Max Brisson, sénateur LR et rapporteur de la loi Blanquer au Sénat, n’avait pu inscrire ces idées dans la loi Blanquer. Il commence à y réussir dans la loi de transformation de la fonction publique, examinée par le Sénat le 20 juin.

Rejetés lors de la commission mixte paritaire sur la loi Blanquer, les amendements présentés par Max Brisson (LR), rapporteur de la loi Blanquer  au Sénat, tentent de revenir à l’occasion de l’examen de la loi de transformation de la fonction publique. Ce texte porte déjà de nombreux éléments négatifs comme la quasi suppression des commissions paritaires et les « nouveaux leviers manageriaux » accordés aux chefs d’établissement. Max Brisson s’est parfaitement ajusté à l’esprit de la loi en proposant l’amendement 202. Celui-ci donne au chef d’établissement un droit de regard sur l’affectation des enseignants :  « Il est associé à la décision d’affectation dans son établissement d’un enseignant ou d’un personnel d’éducation ». Les commissions paritaires n’étant plus à même d’intervenir sur l’affectation, les enseignants seraient donc affectés selon le bon plaisir de l’administration  académique et des chefs d’établissement. Cet amendement a été adopté par le Sénat. Max Brisson a retiré d’autres amendements  qui visaient à augmenter le nombre d epostes à profil, rétablir le « contrat de mission » envisagé pour la loi Blanquer et empêcher que les professeurs agrégés soient nommés en collège.

Le Sénat va examiner le 25 juin l’article 18 de la loi de transformation de la fonction publique pour lequel Max Brisson a déposé un amendement instaurant l’annualisation du service des enseignants du second degré (amendement 203) : « Les obligations de service des enseignants du second degré sont définies sur une base annuelle ». Selon M Brisson,  » la définition hebdomadaire du service d’enseignement entraîne la perte d’un grand nombre d’heures de cours ». Il s’agit de les faire faire aux enseignants…

Amendement 202

Amendement 203

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Le ministère décidé à supprimer une semaine de congés

Le Comité technique ministériel a une seconde fois examiné le projet de décret imposant la formation continue durant les congés dans la limite de 5 journées par an. Le texte avait été présenté une première fois le 13 juin. Le décret précise : « Une allocation de formation est attribuée aux personnels enseignants de l’éducation nationale qui bénéficient lors des périodes de vacance des classes, à l’initiative de l’autorité compétente ou après son accord, d’actions de formation professionnelle relevant du 2°, du 3°, du 4° et du 5° de l’article 1 du décret du 15 octobre 2007, et qui ont été approuvées par le recteur. Dès lors qu’elles sont réalisées à l’initiative de l’autorité compétente, ces actions de formation n’excèdent pas, pour une année scolaire donnée, cinq jours lors des périodes de vacance de classes ». A nouveau le ministère a refusé les amendements syndicaux réservant cette mesure aux volontaires. Et à nouveau les syndicats présents (Fsu, Unsa , Sgen Cfdt et Snalc) ont voté contre le texte. Le ministère semble décidé à passer en force ce texte qui supprimera une semaine de congés pour tous les enseignants.

Le texte présenté le 13 juin

Le projet de décret

Notre article du 15 avril

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L’enseignement catholique réticent sur le SNU

« Il n’est aujourd’hui pas possible aux ministres du culte, de quelque religion que ce soit, d’entrer dans les enceintes et de célébrer les cultes. La loi de 1905 qui garantit la liberté de culte n’est pas respectée » , a déclaré le secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand, le 20 juin sur la chaine KTO. IL a aussi demandé les moyens nécessaires à la limitation des classes à 24 élèves de la GS au CE1 promise par le président de la République.  » Il va falloir recruter des enseignants et les rémunérer », précise t-il , ce qui est « en contradictions avec les orientations budgétaires de 2018 et 2019 ».

Sur La Croix

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L’OCDE demande une autre formation pour les enseignants

Présentant les résultats de Talis le 19 juin, Ludger Shuknecht, secrétaire général adjoint de l’OCDE, Karine Tremblay et Noémie Le Donné, analystes, ont mis l’accent sur la nécessité  de soutenir davantage les enseignants débutants, de revoir l’offre de formation continue et d’encourager les enseignants « à être les moteurs de la société de demain ». Des recommandations qui imposent une refonte de la formation initiale et continue.

Une formation inadaptée

« La formation initiale n’est pas ajustée à ces défis ». Les propos de Ludger Shuknecht ciblent la difficulté des enseignants français à prendre en charge les enfants à besoins particuliers. Ils visent aussi les problèmes de discipline plus importants en France que dans la plupart des autres pays de l’OCDE.

Moins d’un quart des enseignants français ont suivi une formation à la gestion de classe, un taux qui est le plus faible de l’enquête Talis. C’est aussi en France que le pourcentage d’enseignants ayant participé à de la formation continue est le plus faible.

L’OCDE fait trois recommandations pour la France. La première c’est « un meilleur soutien enseignants étudiants et débutants ». L’OCDE lie ainsi la formation initiale et les premières années d’exercice, une vision qui s’est imposée aussi dans la réforme de la formation portée par la loi Blanquer.

Renforcer la gestion de classe


« La France a un profil atypique de formation car les enseignants commencent par préparer un diplôme supérieur axé sur un contenu disciplinaire avant de se spécialiser dans l’enseignement », explique K. Tremblay. « De ce fait, la préparation aux aspects professionnels du métier est plus faible ». 20% des enseignants français n’ont une formation que disciplinaire ce qui est « unique » pour K Tremblay. Pour elle, la loi Blanquer avec la pré professionnalisation des étudiants est « intéressante ». « Elle accompagne les enseignants dans la découverte du métier de façon progressive. Cela rapproche le modèle français de celui des autres pays ».

L’OCDE demande un renforcement de la formation initiale en pédagogie, gestion de la classe et prise en charge des élèves à besoins particuliers. Cette demande va dans le sens de ce qu’annonce JM BLanquer, notamment quand avec l’appel à des enseignants de terrain pour former les enseignants dans les futures INSPE.

Revoir l’affectation des enseignants

Mais les recommandations OCDE vont plus loin. L’organisation demande à « revoir l’affectation des enseignants débutants et expérimentés pour leur premier poste ». Talis montre que les enseignants débutants ont plus de mal à gérer les élèves et qu’ils sont affectés dans des collèges difficiles. L’OCDE en conclut qu’il faut revoir les règles d’affectation des débutants et aussi des expérimentés.

Jusque là le ministère a opté pour une autre solution : dégager du temps pour la formation des enseignants dans les établissements les plus défavorisés (rep+) et y encourager le travail en équipe. Changer les règles d’affectation alors que celles-ci participent de la reconnaissance de l’ancienneté et du travail des enseignants supposerait que le ministère puisse récompenser autrement les enseignants, ce qui n’est pas acquis.

L’OCDE souhaite aussi que le tutorat soit développé et que la collaboration entre enseignants soit encouragée. Là aussi les Rep+ apparaissent comme un laboratoire. Mais généraliser la mesure a un coût.

Prendre en compte l’avis des enseignants pour la formation continue


L’OCDE souhaite revoir « l’offre et les modalités » de la formation continue. L’enquête Talis montre que les demandes de formation des enseignants comme des chefs d’établissement ne sont pas prises en compte. Alors que l’enquête montre que les enseignants préfèrent les formations de pair à pair et répondant à leur demande.

L’OCDE souhaite des incitations à la participation à la formation continue. On sait que la loi Blanquer la rend obligatoire.

Enfin l’enquête Talis insiste sur l’innovation pédagogique. Les enseignants français font partie des professeurs qui croient le moins dans la capacité d’innovation de leurs collègues. Pour N Le Donné, la France pourrait s’inspirer du Portugal où la collaboration entre enseignants est encouragée et où les enseignants réfléchissent ensemble à des pratiques pédagogiques innovantes. L’objectif pour les enseignants français serait de les aider à « tirer plus de profit de la diversité des classes ».

C’est donc un appel à la transformation de la formation, mais aussi des règles de fonctionnement de l’Ecole française, que lance l’OCDE au moment où la loi Blanquer arrive en fin de parcours. Si le Parlement a renoncé à changer les règles d’affectation, les recommandations de l’OCDE rejoignent la réforme de la formation menée par JM BLanquer.

Le rapport

Talis : Revoir la formation

Talis : les pratiques pédagogiques des enseignants français

Talis : L’indiscipline

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Revoir la formation des enseignants

Parmi les 33 pays participant à l’enquête de l’OCDE Talis sur la formation des enseignants, la France est un cas à part. C’est le seul pays où la formation des enseignants ne débute qu’au niveau master. Et on verra que cela a à voir avec les difficultés de l’École française. Le problème n’est pas la nomination des directeurs des Espé, comme l’affirme la loi Blanquer, mais de savoir si la France veut vraiment s’offrir des enseignants formés…

« Parmi les 33 pays et économies dont les données sont disponibles, la plupart des enseignants ont une formation à l’enseignement reposant sur une approche « simultanée » qui octroie aux futurs enseignants un diplôme unique pour des études dont le contenu disciplinaire, la pédagogie et les autres cours relatifs à l’enseignement débutent dès le début de leurs études supérieures. La France fait figure d’exception car ses enseignants obtiennent le plus fréquemment leur diplôme à l’issue d’une formation à l’enseignement reposant sur une approche « consécutive » qui exige que les futurs enseignants suivent deux phases d’études supérieures : une première phase avec un enseignement universitaire axé sur une discipline et une deuxième phase axée sur la pédagogie et les stages pratiques », explique l’OCDE. La France est aussi le pays ayant le plus d’enseignants formés seulement à une discipline (19 contre 10%).

Résultat, les enseignants français sont moins formés à la pédagogie et aux pratiques de classe, assure Talis : seulement 66% d’entre eux contre 79% en moyenne. Et les enseignants français sont aussi parmi ceux qui expriment le plus leur manque de formation pédagogique : 50%. « Il faut noter également qu’en France, seulement 55% des enseignants ont été formés à la gestion des comportements des élèves et de la classe au cours de leur formation initiale, ce qui est nettement en dessous de la moyenne de l’OCDE (72%). Ils sont encore moins nombreux (22%) à se sentir bien ou très bien préparés dans ce domaine à l’issue de leur formation initiale », affirme l’OCDE. Ils sont aussi parmi ceux qui sont le moins suivis dans leurs premières années, un point que la loi Blanquer pourrait améliorer si des crédits sont affectés à cela.

Malheureusement, ce qui suit cette formation initiale insuffisante n’est pas non plus au standard des pays développés. Les enseignants français ont le plus faible taux des 33 pays pour  la formation continue. De plus cette formation est moins diversifiée que dans les autres pays.

L’OCDE enfonce le clou en observant la qualité de la formation dans des termes choisis. « La participation à des cours et séminaires en présentiel est l’un des types de formation continue les plus répandus parmi les enseignants au sein de l’OCDE. En France, 50% des enseignants participent à ce type de formation, tandis que 20% des enseignants participent à des formations basées sur l’apprentissage et le coaching entre pairs. Il est intéressant de noter que les enseignants, dans l’ensemble de l’OCDE, déclarent que la formation continue basée sur la collaboration et les approches pédagogiques collaboratives compte parmi le type de formations qu’ils jugent les plus efficaces ».

Un exemple, la formation à l’enseignement des élèves à besoin particulier

Un exemple particulièrement éclairant est donné par Talis à propos de l’enseignement aux élèves « à besoins particuliers ». On sait que depuis 2005, la scolarisation de ces enfants est effective dans le premier degré. Elle l’est maintenant au collège, cible de Talis.

La situation française est parfaitement présentée dans ce graphique proposé par Talis.

En France 40% des enseignants ont des classes comptant au moins 10% d’élèves à besoins particuliers ce qui est supérieur à la moyenne de Talis (27%). La moitié des enseignants déclarent avoir été formés en formation initiale à l’enseignement à ces élèves. Mais seulement 25% se sentent réellement préparés, un taux parmi les plus faibles de Talis. Les enseignants français sont aussi ceux qui ont bénéficié le moins d’une formation continue en ce domaine. Ils sont pourtant parmi ceux qui demandent le plus cette formation. C’est aussi une priorité pour les chefs d’établissement. Mais tout cela semble peu compter aux yeux de l’institution scolaire…

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Talis : l’indiscipline, le mal qui ronge les collèges français

Chaque année, les élèves des collèges défavorisés français perdent une semaine de cours par rapport à leurs camarades favorisés. C’est l’indiscipline qui explique cet écart. En France plus d’un tiers des enseignants des collèges signale des problèmes de discipline, un taux supérieur à la moyenne de l’OCDE (28%). Et qui se concentre sur les collèges défavorisés. . C’est un des principaux enseignements de l’enquête Talis menée auprès de 3000 enseignants et 200 principaux de collège par l’OCDE. Talis pointe la ségrégation sociale dans les collèges et les conditions d’affectation des enseignants en France. Les enseignants eux se déclarent de moins en moins compétents pour faire face.

Une croissance du harcèlement

En apparence tout va bien. 94% des enseignants français déclarent avoir de bonnes relations avec leurs élèves, un pourcentage conforme à la moyenne des 48 pays de Talis. Les enseignants français sont aussi dans la même moyenne d’âge que leurs collègues des 48 autres pays (43 ans).

Mais 27% des principaux signalent des actes d’intimidation ou de harcèlement dans leur établissement, soit le double de la moyenne OCDE. Ce pourcentage a nettement augmenté depuis 2013. Ce qui fait dire à l’OCDE que « ce problème nécessite une étroite surveillance et des mesures ». Il faut sans doute aussi prendre en compte une prise de conscience plus importante depuis 2013 et les nombreuses campagnes contre le harcèlement.

10 minutes de perdues à chaque cours

Du côté des enseignants, 71% déclarent devoir fréquemment calmer des élèves contre 65% pour la moyenne OCDE. En moyenne, les professeurs passent 17% du temps des cours à gérer la discipline de la classe, ce qui est au dessus de la moyenne de l’OCDE (13%). Ce temps moyen a augmenté de 1% depuis 2013 ce qui représente, selon l’OCDE, 3 jours de classe de perdu . Il reste environ 75% de temps pour l’enseignement, à comparer avec 80% en Finlande, 79% au Japon ou 86% en Russie. Seulement 5 pays passent plus de temps à rétablir l’ordre en classe que la France parmi la quarantaine de pays qui ont répondu à cette question. Par exemple le Brésil et la Turquie.

Des profs qui n’en peuvent plus ?

Tout se passe comme si les enseignants français baissaient les bras sur ce terrain : 87% déclarent faire respecter les règles de la classe en 2018 contre 98% en 2013. Le sentiment d’être compétent en ce domaine a fortement chuté. Seulement 73% des enseignants français s’en sentent capables. Ils étaient 94% en 2013. 85% des enseignants en moyenne s’en sentent capables dans l’Ocde.

Talis pointe la faible mixité sociale des collèges et la formation

Comment expliquer cette situation difficile et qui se dégrade ? Talis donne des pistes. D’abord les enseignants français ont des classes beaucoup plus hétérogènes que les autres pays. Selon Talis, 42% des professeurs déclarent avoir un tiers des élèves issu de milieu défavorisé, contre 20% en moyenne dans l’OCDE. 32% ont un élève sur dix issu de l’immigration contre 17% dans l’OCDE. L’OCDE pointe nettement un effet ségrégatif dans le système scolaire français qui regroupe les élèves favorisés sur certains collèges.

L’autre effet ségrégatif est au niveau des enseignants. Si 73% des enseignants se sentent capables de contrôler le comportement des élèves, c’est 76% pour les plus expérimentés et seulement 58% pour les débutants. Or la particularité de la France c’est aussi de regrouper les enseignants débutants sur les collèges où le pourcentage d’élèves défavorisés est le plus fort.

Enfin Talis pointe les insuffisances de la formation des enseignants français dans la  gestion de la classe. Si juste après les Japonais, ils se déclarent les moins aptes à rétablir l’ordre, c’est aussi qu’ils sont les moins formés à gérer une classe des 48 pays participants. Les enseignants français sont aussi parmi ceux qui demandent le plus de formation en ce domaine (6ème rang).

Une semaine de classe en moins pour les enfants défavorisés

Le résultat se lit dans l’écart du temps d’instruction des élèves. En moyenne les élèves français ont perdu 3 jours de classe du fait de leur indiscipline croissante depuis 2013. Mais l’écart entre les collèges favorisés et défavorisés est plus important. Chaque heure de cours on perd trois minutes de cours de plus dans les collèges défavorisés par rapport aux favorisés simplement pour établir l’ordre dans la classe. Cela fait 7.5 jours de classe en moins par an pour les collèges défavorisés. Des journées de classe manquantes auxquels s’ajouteront, on le sait, les remplacements non pourvus.

Pisa avait déjà montré le lien entre réussite scolaire climat positif dans la classe. Pour l’OCDE il s’agit d’un climat discipliné où les élèves peuvent se concentrer en classe et où les enseignants peuvent proposer un enseignement calme et ordonné. Pour l’OCDE « suivre des classes où l’ordre règne bénéficie à tous les élèves mais davantage aux plus vulnérables ». Mais le climat scolaire a aussi à voir avec la façon dont la société organise son école.

La discipline force principale de l’École ?

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Classes à horaire aménagé et ségrégation scolaire

« Les élèves de milieu favorisé sont surreprésentés dans les dispositifs d’horaires aménagés CHAM et CHAD (soit 21 000 des 24 000 élèves de ces classes). Ainsi, plus de 4 élèves sur 10 sont issus d’un milieu social très favorisé (contre 23,0 % en moyenne pour l’ensemble des collégiens). De même, les élèves de milieu défavorisé représentent moins de 25 % des effectifs de ces classes à horaires aménagés alors qu’ils représentent près de 40 % des effectifs de collège », note la Depp dans une nouvelle publication.  » Dans les collèges qui proposent un enseignement artistique, les disparités de milieu social sont importantes entre les élèves concernés et les autres élèves de l’établissement : la part de PCS très favorisées varie du simple au double (42 % contre 20 %)  selon que les élèves sont inscrits ou non dans une classe à horaires aménagés ». Cette mise à l’écart sociale est tempéré par le mélange des élèves dans les classes. « Mais ces différences sociales ne se retrouvent pas dans les divisions où ces élèves sont scolarisés. En effet, dans ces divisions, 18,4 % des collégiens non inscrits en CHA sont issus d’un milieu très favorisé ; 45 % sont issus d’un milieu défavorisé ». Ainsi le dispositif est un marquer social qui dans les collèges publics ordinaires signale des élèves au parcours particulier. Marqueur social qui se retrouve ensuite dans un parcours scolaire différent de celui de leurs camarades. Ces classes sont peu développées dans le privé qui n’a pas besoin de ce marqueur.

La note

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TRIBUNE DE SOUTIEN PARENTS À LA GRÈVE DU BAC PUBLIÉE DANS MEDIAPART « À nos enfants » : « Nous, parents donnons raisons aux profs en grève pour les examens de fin d’année. »

https://blogs.mediapart.fr/louise-thierry/blog/170619/nos-enfants

TRIBUNE DE SOUTIEN PARENTS À LA GRÈVE DU BAC PUBLIÉE DANS MEDIAPART « À nos enfants » : « Nous, parents donnons raisons aux profs en grève pour les examens de fin d’année. »

Tribune d’un Collectif de parents d’élèves de Paris mobilisés contre la Loi Blanquer publiée dans Mediapart
« Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en serai fier », Jean-Michel Blanquer, Avignon, 25 mai 2017 – Paris, 19 février 2019 : Adoption en première lecture, après engagement de la procédure accélérée, du projet de Loi « Pour une école de la confiance » – Nous, parents donnons raisons aux profs en grève pour les examens de fin d’année.
« Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en serai fier », Jean-Michel Blanquer, Avignon, 25 mai 2017
Paris, 19 février 2019 : Adoption en première lecture, après engagement de la procédure accélérée, du projet de Loi « Pour une école de la confiance »
Paris, 17 juin 2019
Parents d’enfants scolarisés dans des établissements publics parisiens – élus ou non dans les conseils d’écoles ou conseils d’administration des collèges et lycées, regroupés ou non en associations – nous souhaitons réaffirmer, comme nous l’avons fait à maintes reprises et sous diverses formes, depuis plusieurs mois, notre opposition au projet de loi « Pour une école de la confiance ».
Depuis l’adoption de ce texte en première lecture par  l’Assemblée nationale, les actions des parents d’élèves se sont en effet multipliées : distributions de tracts, rassemblements, défilés, manifestations, occupations, réunions, assemblées générales, réalisations d’affiches et de banderoles visibles sur les façades des établissements… De nombreuses opérations « écoles et collèges déserts » ont été menées au cours desquelles les taux d’absence des enfants ont oscillé entre 50 et 80% dans les écoles maternelles et élémentaires et dépassé les 90% dans les collèges : ces chiffres, à eux seuls, donnent la mesure du rejet massif de cette loi par les parents d’élèves.
Au cours de ces mois de mobilisation, les différents points de vue échangés en assemblées ou sous forme d’écrits convergent immanquablement vers le même constat : ce texte constitue une atteinte d’une gravité inédite aux principes fondamentaux qui structurent l’éducation publique. Le premier est celui d’une enseignement qui soit le mêmes pour tous, seul garant d’une égalité de traitement, quels que soient les territoires et les milieux sociaux dont les élèves sont issus. On nous rétorque que la société est de fait profondément inégalitaire : raison de plus pour ne pas creuser davantage les inégalités au sein du système éducatif par une mise en concurrence des établissements, doublée d’une mise en compétition sans cesse accrue des enfants et adolescents (création d’étalissement ultra-sélectifs et multiplication des évaluations dès la maternelle, mise en place de plateformes organisant le tri et l’exclusion sous couvert d’orientation à l’issue du collège et du lycée, etc.). L’éducation que nous souhaitons pour nos enfants n’a pas pour finalité de produire efficacement des « compétences » quantifiables pour le marché du travail, mais de former des citoyens, d’éveiller leur conscience critique. La concurrence ne doit pas tenir lieu de politique éducative : cette orientation constitue une entorse criante au principe constitutionnel d’égalité entre les humains, gravé au frontispice de nos établissements.
De nombreux aspects de la loi (mutualisation des services et des personnels, mise en situation professionnelle de personnels peu qualifiés et précarisés, inclusion et absence de traitement spécifique pour les élèves en situation de handicap…) concourent à une diminution des moyens financiers et humains préoccupante, dont on conçoit mal qu’elle puisse concourir en quoi que ce soit à améliorer les conditions d’enseignement alors que de nombreux établissements sont au bord de la rupture (faire plus et mieux avec toujours moins…).
Réunis en commission paritaire le 13 juin, les députés et sénateurs se sont accordés sur un texte très légèrement remanié qui ne modifie en rien l’esprit de la loi. Le maintien du rappel du devoir d’exemplarité à l’article1, largement dénoncé comme contrevenant à la liberté d’opinion, sonne  bien plutôt comme une menace …
Pour toute réponse, face à cette mobilisation inédite des parents d’élèves et de l’ensemble de la communauté éducative, Jean Michel Blanquer s’est déclaré, le 31 mai dernier, « serein », autant dire sourd et aveugle. Parents d’élèves mobilisés à Paris pour la défense de l’enseignement public, nous soutenons l’appel à la grève des examens lancé par la quasi-totalité des syndicats enseignants le 6 juin dernier, relayé par les principales organisations lycéennes.
    Paris – Collectif de parents d’élèves mobilisés contre la Loi Blanquer
    Contact : parentspasconfiants[at]gmail.com
https://blogs.mediapart.fr/louise-thierry/blog/170619/nos-enfants

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Décisions de l’AG Éducation IDF du 18 juin : la grève continue, temps fort ce jeudi 20 juin

Malgré les délais extrêmement courts de convocation depuis hier soir, l’AG Éducation Île-de-France a réuni environ 70 collègues en provenance de 45 établissements ou regroupements d’établissements (AG de villes ou de bassins), de scollègues ayant participé aux AG de philosophie des trois académies, ainsi que des représentants des Stylos Rouges et de Bloquons Blanquer.

L’AG a donné lieu à des débats riches et pointus sur les prochaines échéances, et a adopté les trois motions suivantes.


1) « L’AG Éducation Île-de-France interdegrés qui s’est réunie ce jour appelle à reconduire le mouvement de grève pendant la période des examens (Bac, Bac pro, Brevet), et appelle à un nouveau temps fort de grève ce jeudi 20 juin, avec manifestation commune à l’Île-de-France et AG le soir. »

(Unanimité moins 2 abstentions et 1 NPPV.)

L’AG a mandaté quelques collègues pour déposer le parcours de manifestation et réserver la salle. Nous vous tiendrons informés dès que nous aurons confirmation pour la manif et pour l’AG.



2) « L’AG Éducation Île-de-France salue la grève majoritaire des corrections de BEP en Seine-Saint-Denis, et les décisions des AG ayant lieu à l’occasion des réunions d’entente de philosophie d’Île-de-France (non-retrait reconductible des copies à Versailles, rétention des notes à Créteil, et appel à toutes les disciplines à agir sur les opérations de Bac à Paris).

L’AG Éducation IDF appelle à suivre leur exemple et à étendre notre mouvement à des actions sur les opérations du Bac dans toutes les disciplines (non-retrait des copies, rétention des notes, action sur les jurys et la notation, etc.).

À cet effet, l’AG Éducation IDF appelons :

– à des piquets de grève lors des corrections du Bac pro (24-25 juin), à l’exemple des corrections de BEP en Seine-Saint-Denis

– à une AG interdisciplinaire des correcteurs et correctrices d’Île-de-France le lundi 24 juin à partir de 18h à Paris (salle en cours de réservation), pour discuter et décider de nos actions sur les opérations du Bac (corrections, notation, jurys, etc.). La réussite de cette AG nécessite les efforts de toutes et de tous pour mobiliser nos réseaux personnels, les syndicats et les associations disciplinaires à tous leurs niveaux. »

N’hésitez pas à diffuser cette information au plus vite, sans attendre la confirmation du lieu de l’AG, qui vous sera communiqué dès que possible !

La date et l’heure précises de cette AG ont donné lieu à une discussion minutieuse, et la date du lundi 24 juin à partir de 18h a été choisie afin d’inclure les collègues de lycée pro qui seront en grève de correction ce jour et les collègues de lycée GT de toutes les disciplines (notamment ceux de lettres, avec leurs épreuves anticipées de français, etc.), et pour se laisser un délai raisonnable pour assurer le succès de cette AG (communication vers les syndicats et associations disciplinaires, travail sur le cadrage juridique, etc.).



Nous rappelons que l’intersyndicale nationale d’hier lundi 17 juin appelle « les personnels à continuer à se réunir en assemblées générales et à poursuivre la grève là où elle a été ou sera décidée collectivement. (…) Des préavis de grève sont déposés sur toute la période des examens et concours. »

La grève du Bac a démarré le 17 juin, elle a continué aujourd’hui : maintenant le bras de fer est vraiment engagé avec le ministère.

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Bac : en grève sans «déranger les élèves»,Par Marie Piquemal , Sarah Finger, (à Montpellier) et Marlène Thomas Libé

Le faible taux de grévistes affiché par le ministère de l’Education lundi a pu atteindre 50 % dans certains lycées, les profs se refusant toutefois à perturber réellement l’épreuve.

Le scénario était écrit à l’avance. Pour le ministre de l’Education, l’appel à la grève des enseignants pour le premier jour des épreuves du bac devait se solder par un fiasco. Jean-Michel Blanquer l’avait répété en boucle, «les épreuves du bac se dérouleront sans difficulté». Résultat : «Pas une seule épreuve bloquée, tout va bien», a frétillé dès la mi-journée son entourage.

Légitimité

Les chefs d’établissement avaient, il est vrai, carte blanche pour mobiliser des surveillants supplémentaires, destinés à remplacer les profs grévistes… Les plans B (de tout genre) ont parfaitement fonctionné. Peut-être faudra-t-il les réactiver pour les prochains jours. Réunie en fin de journée lundi, l’intersyndicale devait déposer un préavis de grève pour les enseignants qui par endroits décideraient de poursuivre le mouvement. Un appel à la grève est par ailleurs lancé pour le premier jour du brevet, le 27 juin.

Le ministère parviendra-t-il à réitérer le sans-faute affiché lundi ? A dire vrai, les enseignants grévistes l’ont cette fois plutôt aidé. Aucun n’avait envie d’empêcher leurs élèves de passer cet examen final à forte portée symbolique. «Ce n’est pas facile d’être là et de ne pas surveiller. J’ai deux classes de terminale que je prépare au bac depuis un an», confiait Alain, prof de maths gréviste croisé devant son lycée Paul-Valéry, dans le XIIe arrondissement à Paris. Où le piquet de grève était assez original : pas de barrage, ni de blocage filtrant. Ni même slogan, ou coup d’éclat. «L’idée n’est pas de déranger les élèves pendant l’épreuve. On ne veut pas faire de bruit.» Autre situation peu commune : à Montpellier, le proviseur du lycée Jean-Mermoz était sur le perron de son établissement, dans un calme olympien au point de saluer la «responsabilité» des grévistes : «Ce matin, 846 élèves passent l’épreuve de philosophie sans problème de surveillance. On a convoqué plus d’enseignants, autrement dit on a surbooké. Les grévistes ont fait preuve de responsabilité, ils nous ont avertis.»

Au bas des marches, à l’ombre de quelques drapeaux SUD, les intéressés affichent un calme identique. Mais tous sont certains de la légitimité de leur mouvement. «C’est notre devoir de faire grève. On s’élève contre cette réforme Blanquer parce qu’elle entraîne une dégradation profonde des inégalités et de notre système scolaire», résume Françoise, prof de lettres, syndiquée au Snes-FSU (majoritaire dans le secondaire). A ses côtés, Eric, prof de philo et lui aussi adhérent au Snes, acquiesce : «La question des inégalités est centrale dans notre mouvement. On va se retrouver avec un bac à valeur locale, l’orientation des élèves se fera en fonction d’examens locaux… Un bac passé chez moi, à Lunel, n’aura pas la même valeur qu’un bac décroché à Henri-IV.» Marine Trégan, cosecrétaire académique de SUD, insiste quant à elle sur l’ampleur de ce mouvement : «Nous avons des profs mobilisés de la maternelle à l’université. La réforme Blanquer affecte en effet tout le parcours de l’éducation.»

Invisibilité

Les premières estimations de la mobilisation, communiquées par le ministère à la mi-journée, étaient de l’ordre de 5,3% d’enseignants grévistes dans le secondaire (englobant donc collèges et lycées). «On était 50% de grévistes à Van Dongen ce lundi. Ça ne veut rien dire 5 %, il avait annoncé ce chiffre avant ! peste Elizabeth, prof d’histoire-géo en Seine-et-Marne (lire page 5). Même si l’épreuve a eu lieu, c’est un succès qui montre bien qu’on a le sentiment que notre ministre ne nous écoute pas.» Ces derniers jours, plusieurs enseignants interrogés craignaient une invisibilité de leur mouvement, à l’image de leurs actions ces derniers mois. D’où cette grève le jour du bac, avec l’espoir que parce que c’est symbolique, les médias en parlent.

Des rassemblements étaient prévus dans plusieurs villes. A Paris, le rendez-vous était rue du Bac (le prof est blagueur), dans le VIIe arrondissement. Des bureaux de classe étaient installés dans la rue pour l’occasion. Ils étaient, selon l’AFP, quelques centaines de manifestants, à se convaincre que cette mobilisation était utile. L’ambiance était plutôt bonne, avec du soleil (rare), des chants («Même si Blanquer ne le veut pas, nous, on est là») et des pancartes («Avec tes économies Blanquer, le lycée prend cher»). Repérée aussi, à partir du sujet de philo du matin : «Les lois peuvent-elles faire le bonheur ? Pas la vôtre, monsieur Blanquer.» La mobilisation a failli tourner au vinaigre boulevard Raspail. Un cordon de policiers barrait la route du cortège. Célestine, membre du collectif Stylo rouge : «Ils nous ont placés loin, là où il n’y a personne, alors on essaie de se faire entendre.»

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