Archives de la catégorie Internationale

Communiqué commun AFPS, CCFD – Terre solidaire, Fair finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haq : « Un rapport dévoile les liens entre cinq banques et assurances françaises et les colonies israéliennes »

Communiqué commun : Association France Palestine solidarité, CCFD – Terre solidaire, Fair finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haq

Paris, le 29 mars 2017

Plusieurs organisations (Association France Palestine solidarité, CCFD – Terre solidaire, Fair finance France, FIDH, LDH, Solidaires, CGT et Al-Haq) publient aujourd’hui un rapport sur « Les liaisons dangereuses des banques et assurances françaises avec la colonisation israélienne ». Il met en lumière les liens entre certaines banques et assurances françaises et des banques et entreprises israéliennes impliquées dans le maintien et le développement des colonies israéliennes.

La colonisation israélienne dure depuis cinquante ans. Illégale au regard du droit international, elle ne cesse de s’accélérer. La planification de six mille nouveaux logements depuis janvier 2017 en est la dernière manifestation. Dans la continuité de ses résolutions antérieures, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, le 23 décembre 2016, la résolution 2334 [1], exigeant notamment d’Israël « qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est ».

Cette colonisation ne pourrait exister sans la contribution des banques israéliennes qui financent les constructions, et des sociétés israéliennes qui fournissent services et infrastructures dans les colonies. Le système bancaire israélien constitue un outil essentiel de la politique de colonisation, et les entreprises israéliennes contribuent au maintien et au développement des colonies israéliennes. En 2013 déjà, une mission d’enquête indépendante des Nations unies dénonçait le rôle primordial des banques israéliennes dans la colonisation et les conséquences en termes de violations des droits de l’Homme.

L’enquête menée par nos organisations révèle des liens financiers entre ces entités israéliennes et les groupes bancaires français suivants : BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole (et sa filiale LCL), BPCE (et sa filiale Natixis) et AXA.

Chacune de ces sociétés détient plusieurs participations minoritaires, de manière directe ou indirecte, dans des banques ou entreprises actives dans les colonies israéliennes [2]. Au- delà de ces participations, ces sociétés financent des projets d’entreprises directement impliquées dans la colonisation. Ce fut notamment le cas lors de l’octroi d’un prêt en 2004 de deux cent quatre-vingt-huit millions d’euros par un consortium de banques (dont BNP Paribas, Société générale, Crédit lyonnais et Natixis) à l’Israel Electric Corporation (IEC). Cette entreprise approvisionne directement les colonies en électricité.

Les banques et assurances françaises concernées ont toutes adhéré à des lignes directrices internationales et pris des engagements relatifs au respect des droits humains. Mais la pratique ne suit pas. Tant qu’elles persisteront à financer des banques et entreprises israéliennes actives dans le maintien et développement des colonies israéliennes, elles continueront à soutenir et cautionner ces dernières.

De nombreuses institutions financières étrangères [3], publiques ou privées, se sont d’ores et déjà publiquement désengagées de banques et entreprises israéliennes actives dans les colonies. Par leur refus de prendre un engagement public fort, les banques et d’assurances françaises concourent à la poursuite de la colonisation et aux violations des droits humains qu’elle induit. Et ce, malgré les différentes interpellations des organisations auteures de l’étude.

La responsabilité du gouvernement français est également pointée dans le rapport. En effet, la France soutient la politique européenne de « différenciation » territoriale entre Israël et ses colonies. Cette politique met en garde les entreprises sur les risques juridiques, économiques et réputationnels, d’entretenir directement ou indirectement des liens financiers et économiques avec les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé. Le Parlement vient par ailleurs d’adopter la loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre, qui s’applique aux banques et aux assurances. Celles-ci seront obligées de publier un plan de vigilance identifiant les risques potentiels que leurs activités et leur chaîne d’approvisionnement sont susceptibles de provoquer sur les droits humains et l’environnement.

L’Etat français, en laissant les institutions financières françaises financer les entreprises impliquées dans le maintien et le développement des colonies israéliennes, soutient indirectement la colonisation. Le gouvernement français doit faire pression sur les banques et assurances pour leur demander de mettre fin à l’ensemble de leurs soutiens. Par ailleurs, l’implication directe d’Alstom dans des grands projets d’infrastructures dans les colonies israéliennes est plus que problématique [4]. Là encore, l’Etat, en tant qu’actionnaire, doit intervenir pour y mettre fin.

[1] https://www.un.org/webcast/pdfs/SRES2334-2016.pdf

[2] http://www.fairfinancefrance.org/media/373618/links-between-french-banks-and-companies-profiting-from- the-occupation-of-160628.pdf http://www.fairfinancefrance.org/media/373619/links-between-french-fis-and-israeli-banks-160614.pdf

[3] C’est notamment le cas du fonds de pension du Gouvernement norvégien (2010), du fonds de pension néerlandais PGGM (2013), du fonds de pension luxembourgeois FDC (2014) des banques danoise et allemande, Danske Bank (2014) et Deutsche Bank (2014) et du fonds de pension de l’Eglise méthodiste américaine (2016).

[4] Centrale électrique avec Israel Electric Corporation (IEC) ; tramway de Jérusalem

Lire le rapport : Les liaisons dangereuses de banques françaises avec la colonisation israélienne mars 2017

Poster un commentaire

Ce que Pisa nous apprend pour améliorer l’enseignement des sciences

Quelles méthodes, quelles organisations sont les plus efficaces pour améliorer l’enseignement des sciences ? Intitulé « Politiques et pratiques pour des établissements performants », le volume II des résultats de Pisa 2015 vient de sortir. Il propose des analyses fines des différents facteurs  qui influent sur le niveau en sciences. Certains concernent l’organisation du système éducatif comme le nombre d’heures de cours ou d’élèves en classe, ou encore le salaire du professeur. D’autres renvoient à ce qui se passe en classe depuis la discipline aux méthodes utilisées.

Des résultats globaux inquiétants

Publiés en décembre 2016, les premiers résultats de Pisa 2015, la grande évaluation commune des systèmes éducatifs des pays de l’OCDE, ont été accueillis avec un relatif soulagement. c’est la stabilité qui l’emporte avec des scores qui tournent autour de la moyenne de l’Ocde. Si les résultats arrêtent une dégringolade qui a commencé au début du siècle, les écarts entre les disciplines augmentent. Alors que le niveau en français se redresse, celui des sciences ne bouge pas mais le niveau en maths décroche. Surtout, les écarts se creusent entre les élèves favorisés et les défavorisés, entre les autochtones et les immigrés, entre la filière professionnelle et la générale. Avec Pisa 2015, au pays de l’égalité revendiquée, le système éducatif français montre encore un peu plus le chemin des inégalités…

En sciences, qui est la matière principale dans Pisa 2015, la France est un peu au dessus de la moyenne Ocde (493) avec 495 points. Un niveau stable. On compte 29 % d’élèves performants et très performants, soit un peu plus que la moyenne. Mais on a 22% d’élèves en difficulté (21% en 2006); ce qui est un peu plus que la moyenne Ocde. On observe là l’éclatement du système éducatif.

La publication en français du volume II des analyses de Pisa donne l’occasion d’aller voir plus loin et de dégager les facteurs qui influent sur ces résultats. L’OCDE va ainsi jusqu’à avancer des recommandations pour les politiques éducatives

Quelles méthodes d’enseignement sont efficaces ?

Quelles méthodes pédagogiques sont efficaces pour enseigner les sciences ?  » Les résultats de l’enquête PISA montrent que lorsque les enseignants expliquent et démontrent fréquemment les concepts scientifiques, et discutent des questions des élèves (une méthode d’enseignement appelée communément l’enseignement dirigé par l’enseignant), les élèves obtiennent de meilleurs résultats en sciences, affichent de plus fortes convictions par rapport au bien-fondé de la démarche scientifique (ou convictions épistémiques) et sont plus susceptibles d’envisager exercer une profession scientifique à l’âge adulte. Lorsque les enseignants adaptent leurs pratiques aux besoins des élèves, par exemple en apportant une aide personnalisée quand un élève a des difficultés à comprendre un sujet ou un exercice, ou en modifiant leurs cours quand la plupart des élèves trouvent le sujet difficile à comprendre, les élèves obtiennent de meilleurs scores en sciences et affichent de plus fortes convictions épistémiques. « , affirme le rapport.

Le rapport valide aussi la pratique du feedback, sous ses 5 formes :  » « le professeur me dit quels sont mes résultats à ce cours » ; « le professeur m’indique quels sont mes points forts dans cette matière » ; « le professeur me dit dans quels domaines je peux encore m’améliorer » ; « le professeur me dit comment je peux améliorer mes résultats » ; et « le professeur me donne des conseils sur la façon d’atteindre mes objectifs scolaires »… Dans les pays de l’OCDE, plus les élèves estiment que leurs enseignants leur fournissent fréquemment un feedback, plus ils sont susceptibles d’envisager une carrière scientifique et plus leurs convictions épistémiques sont importantes ».

Inversement la démarche d’investigation, fortement promue en France, n’est pas efficace selon l’OCDE.  » Aussi surprenant que cela puisse paraître, il n’existe aucun système d’éducation dans lequel les élèves ayant déclaré être fréquemment exposés à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation (qui leur demande d’effectuer des expériences ou des travaux pratiques) obtiennent un score plus élevé en sciences. Après contrôle du statut socioéconomique des élèves et des établissements, une exposition plus importante à l’enseignement fondé sur une démarche d’investigation est corrélée à de moins bons résultats des élèves en sciences dans 56 pays et économies », dit le rapport.

La pédagogie différenciée, sous ses trois formes (« le professeur adapte son cours aux besoins et aux connaissances de la classe » ; « le professeur apporte une aide personnalisée quand un élève a des difficultés à comprendre un sujet ou un exercice » ; et « le professeur modifie son cours quand la plupart des élèves trouve le sujet difficile à comprendre ») est perçue positivement. Le gain serait de 20 points. Or c’est un point où la France est particulièrement mal placée puisque seuls le Luxembourg et la Belgique font moins appel que nous des 54 pays ou zones étudiés par Pisa.

Heures d’enseignement et discipline

On le savait déjà mais Pisa permet de l’évaluer précisément. Il y a un lien direct entre l’exposition à l’enseignement et la discipline en cours et les résultats en sciences.

En moyenne les élèves des pays de l’OCDE ont 3h30 d’enseignement en sciences par semaine et autant en maths. Chaque heure d’enseignement supplémentaire entraine un gain moyen de 5 points. Les clubs science, les compétitions de sciences sont fortement corrélés à des résultats supérieurs (+21 points).

Les experts de l’OCDE ont par contre calculé que les heures de travail en dehors du cadre scolaire sont contre productives. Plus le temps de travail en sciences  hors école est long moins bons sont les résultats. Voilà qui fait réfléchir…

Mais un autre critère prend une grande importance dans la réussite : c’est la discipline. L’absentéisme en cours est fortement lié à des résultats faibles. C’est vrai pour les élèves absentéistes :en moyenne leurs résultats sont inférieurs de 45 points, presque une année, à ceux de leurs camarades. Mais c’est vrai aussi pour les autres élèves de la classe. L’absentéisme a un effet négatif sur la progression de tous. La France est un pays où il est supérieur à la moyenne OCDE mais plus faible que chez beaucoup de nos voisins.

Par contre nous sommes les champions du retard. La France fait même partie des pays où il augmente le plus.  » En moyenne, dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les élèves étant arrivés en retard à l’école au moins une fois durant les deux semaines précédant l’enquête PISA ont obtenu, lors des épreuves de sciences, un score inférieur de 27 points à celui des élèves n’ayant jamais été en retard, et de 23 points après contrôle du profil socioéconomique des élèves et des établissements », note l’OCDE.

Cette constatation invite à poser la question de la discipline en général.  » Les élèves qui ont déclaré connaître un meilleur climat de discipline dans leurs cours de sciences obtiennent de meilleurs résultats en sciences, après  contrôle du statut socioéconomique des élèves et des établissements. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, chaque augmentation d’une unité de l’indice du climat de discipline dans les cours de sciences (équivalent à un écart-type) est corrélée à une hausse du score de 11 points dans les épreuves de sciences, après contrôle du statut socio-économique des élèves et des établissements », écrit l’OCDE. Or la France avant dernière, juste avant la Tunisie, en ce qui concerne le climat de discipline dans les établissements. Concrètement cela se traduit par une partie importante du temps de classe perdu pour assurer l silence et le suivi du cours.

Petites classes et salaires des enseignants

Il y -a-t-il un lien entre taille de la classe et résultats en sciences ?Il ne saute pas aux yeux. Car les classes des filières d’élite sont les plus chargées et ont de très bons résultats. Mais ce qu’indique l’OCDE , c’est que  » en moyenne les élèves dans des classes moins denses ont indiqué plus fréquemment que les élèves dans des classes plus denses que leurs enseignants adaptent leur enseignement en fonction de leurs besoins, de leurs connaissances et de leur niveau de compréhension ». Or ça on a vu que c’était efficace.

Beaucoup plus net est le lien entre salaire des enseignants et résultats des élèves. On peut toujours trouver des exceptions. Par exemple les salaires élevés des enseignants au Mexique ou en Colombie (par rapport au salaire local) ne sont pas associés à des résultats élevés. Inversement Macao ou la république tchèque obtiennent de bons scores avec des enseignants mal payés. Mais globalement le spays qui ont de bons résultats en sciences sont ceux qui payent correctement leurs enseignants. C’est le cas par exemple de Singapour, le Japon,  Hong Kong.

Dernier point auquel l’OCDE tient beaucoup: l’autonomie des établissements.  » Dans les systèmes d’éducation où les chefs d’établissement ont davantage de responsabilités dans la gouvernance des établissements, les élèves obtiennent un score plus élevé en sciences », écrit l’OCDE. Mais l’OCDE nuance elle même cette appréciation.  » Les élèves accusent un score plus élevé en sciences tout particulièrement lorsque leur chef d’établissement dispose d’une plus grande autonomie en matière de ressources, programmes et autres politiques scolaires  et, notamment, dans les pays où il existe un suivi ou une publication des résultats scolaires au fil du temps et où les chefs d’établissement s’investissent davantage dans la direction pédagogique. Dans une certaine mesure, ce constat suggère également que lorsque les chefs d’établissement n’ont ni la préparation, ni les capacités nécessaires pour assurer la direction, le transfert du pouvoir aux établissements peut malencontreusement nuire aux élèves, dans la mesure où le personnel des établissements peut, dans ce cas, être privé des ressources et de l’expertise disponibles à des niveaux supérieurs du système. Les élèves obtiennent également un score plus élevé en sciences dans les pays où davantage d’enseignants jouissent d’une certaine autonomie en matière de programmes. Ces résultats soulignent l’importance de tirer parti de l’expertise des enseignants ».

Pour mieux réussir en sciences il ne suffira pas de multiplier les managers et de désétatiser comme le promettent plusieurs candidats à la présidentielle. C’est une autre gouvernance, associant les enseignants, qui est efficace. Si l’on en croit l’OCDE…

Pisa 2015 Volume II

Résultats de Pisa 2015

Dossier Pisa

Poster un commentaire

L’immigration réussit à l’école londonienne

L’immigration est un facteur principal de la réussite de l’école londonienne qui obtient de meilleurs résultats que la moyenne anglaise. C’est ce qu’a rappelé Michael Gove, l’ancien ministre travailliste de l’éducation, au moment où le Royaume Uni vit la tentation de l’enfermement avec le Brexit. Il reprend là les résultats d’une étude de Simon Burgess (Bristol University) que le Café pédagogique a fait connaitre en 2015. Il a démontré que les bons résultats des écoles de Londres (10%au dessus de la moyenne) sont liés aux aspirations des familles migrantes et à la capacité intégratrice de ces écoles.

 

Article BBC News

Quand la diversité ethnique fait la réussite de l’école

Poster un commentaire

La lettre d’Attac – L’argent est là !

L’argent est là ! Lettre d’information — 2 mars 2017

Dans un contexte où l’on nous dit qu’« il n’y a pas d’argent » pour répondre aux urgences sociales et écologiques, alors que des candidat·e·s à l’élection présentielle défient la justice après avoir détourné des centaines de milliers d’euros au profit de leurs proches ou de leurs partis, il est plus qu’urgent de démontrer que l’argent est là, accumulé, dissimulé, évadé par les plus riches et les multinationales.

Attac va publier un rapport pour montrer qu’il est possible de récupérer plusieurs dizaines voir plusieurs centaines de milliards d’euros par an. Comment ? Par des mesures balisées et crédibles, qui pourraient être mises en œuvre par un gouvernement volontariste et poussé par les citoyen·ne·s, associations, mouvements et syndicats mobilisés en ce sens.

La sortie de ce rapport sera suivi d’une mobilisation citoyenne qui débutera par des actions menées partout en France à l’occasion de la semaine mondiale d’action contre l’évasion fiscale #EndTaxHavens du 1er au 7 avril prochain. Pour y participer, passez à l’Attac !

Actualité

Université européenne des mouvements sociaux : plus altermondialistes que jamais !

mercredi 15 février 2017, par Aurélie Trouvé, Dominique Plihon

Un rendez-vous incontournable pour toutes les personnes engagées dans la construction d’un monde plus juste. Du 23 au 27 août prochain nous vous invitons à l’Université Toulouse Jean Jaurès pour débattre des bouleversements considérable que connaissent l’Europe et le monde et préparer ensemble les mobilisations à venir !

lire en ligne

Réponse à ceux qui nient l’importance de renforcer les moyens de combattre la fraude fiscale

jeudi 2 mars 2017, par Vincent Drezet

Le raisonnement visant à relativiser, voire nier, qu’un renforcement des moyens, notamment humains, alloués à la lutte contre la fraude fiscale est au mieux ignorant de certaines réalités, au pire fallacieux et délibérément orienté. Une réponse à un article publié par Alexandre Delaigue sur le site « francetvinfo.fr ».

lire en ligne

Campagnes

La chambre de commerce de Paris occupée !

mardi 28 février 2017, par Nos droits contre leurs privilèges

Dimanche 26 février, plusieurs centaines de personnes ont rendu publique l’occupation de la chambre de commerce de Paris 11 rue Léon Jouhaux à deux pas de la Place de la République. Ce bâtiment vide de 10 000 mètres carrés, était occupé discrètement depuis le vendredi 24 février. Cette occupation spectaculaire et massive avait deux objectifs : installer un QG des mouvements sociaux pour faire entendre leurs voix dans la période électorale et mettre à l’abri une trentaine de familles et célibataires du DAL, sans abri ou hébergées de manière très précaire (foyers, hôtels, hébergement chez des tiers…) pouvant être mises à la rue à tout moment.

lire en ligne

Les Faucheurs de chaises ouverts au dialogue avec BNP Paribas et déterminés à poursuivre les actions

mercredi 1er mars 2017, par Action non-violente COP21, Attac France, Bizi !, Les Amis de la Terre, Solidaires Finances publiques

Les Faucheurs de chaises maintiennent l’appel aux actions et à la mobilisation pour le procès de Florent Compain le 11 avril à Bar-le-Duc. La déclaration de BNP Paribas de ne pas se porter partie civile n’annule pas le procès, et n’apporte pas de réponse aux activités de la banque favorisant l’évasion fiscale et aggravant le dérèglement climatique. Les Faucheurs de chaises se déclarent disponibles pour un dialogue constructif avec BNP Paribas sur ces différents sujets.

lire en ligne

Lire

Revenu d’existence universel : un état des lieux

jeudi 2 mars 2017, par Christiane Marty, Daniel Rome, Esther Jeffers, Huayra Llanque, Jean-Marie Harribey

Le revenu universel refait surface en France dans le débat politique à l’occasion de l’élection présidentielle, alors que dans ce pays parmi les plus riches de la planète la pauvreté s’étend. Appelé aussi revenu inconditionnel, revenu d’existence, revenu social, allocation universelle, revenu de citoyenneté, voire salaire à vie, cette revendication est donc maintenant dans l’air du temps, mais cette idée n’est pas nouvelle. Dans ce dossier, nous vous proposons un état des lieux pour mieux apréhender les débats sur cette question.

lire en ligne

Nouveau petit guide ! « Un million d’emplois pour le climat »

vendredi 17 février 2017, par Plateforme « emplois-climat »

Nous sommes confronté·e·s à deux crises d’ampleur, climatique et sociale. La création massive d’emplois « climatiques », c’est-à-dire dans les secteurs nécessaires à une transition écologique est une réponse à cette double crise. Après la publication d’un premier rapport en janvier 2017, la Plateforme « emplois-climat », dont Attac est membre, publie un petit guide pour permettre au plus grand nombre de s’emparer de cette question.

lire en ligne

Agenda

#8mars15h40 en grève

  • > Organisé par : Collectif
  • > Mercredi 8 mars à Partout dans le monde

Depuis plus d’un siècle, la journée internationale des femmes est l’occasion pour les femmes du monde entier de se rassembler, de manifester et de se mobiliser pour leurs droits. Au Nord comme au Sud, la lutte des femmes s’inscrit au cœur du combat alter mondial, contre les politiques néolibérales. Cette année, en France, les organisations féministes, des syndicats et des associations, dont Attac, appellent les femmes à faire grève le 8 mars à partir de 15 h 40, soit l’heure à partir de laquelle le travail est effectué gratuitement par les femmes, dont le salaire est, en moyenne, inférieur de 26 % à celui des hommes.

lire en ligne

Attac marchera le 19 mars pour la justice et la dignité

  • > Organisé par : Attac France, Collectif
  • > Dimanche 19 mars à 14h00 à Paris, place de la Nation

Les violences policières, et le viol présumé, subis par Théo à Aulnay-sous-Bois, ont mis à jour une réalité trop souvent niée dans notre pays. Contrôle au faciès, insultes, harcèlements et humiliations restent le quotidien de beaucoup de jeunes des quartiers populaires. Et cela peut conduire à la mort de certains : Ziad, Bouna, Adama Traoré, Ali Ziri, Amine Bentousi, Lamine Dieng… C’est pour dénoncer cette situation qu’une grande Marche est organisée à Paris le dimanche 19 mars, à l’appel des familles et avec le soutien de nombreuses organisations et personnalités.

lire en ligne

Make Love Not CETA, Strasbourg 14 & 15 février 2017

+ vidéo

Make Love Not CETA, Strasbourg 14 & 15 février 2017

N'attends pas la prochaine crise pour te révolter, passe à l'Attac (...)

+ vidéo

N’attends pas la prochaine crise pour te révolter, passe à l’Attac !

Le CETA ratifié au Parlement Européen le 15 février 2017

+ photos

Le CETA ratifié au Parlement Européen le 15 février 2017

Boutique en ligne : dernières publications

Cette crise qui n’en finit pas : par ici la sortie

La crise est l’expression d’un système économique capitaliste à bout de souffle, qui épuise le travail et la nature. Ce livre décrypte les causes de cette crise globale et pointe les raisons profondes (…)

janvier 2017, 12 €
Attac France

acheter en ligne

Notre monde à changer !

Notre monde change, mais pas dans la bonne direction. Le fossé ne cesse de s’élargir entre riches et pauvres, entre puissants et précaires. Le climat et la nature se dérèglent chaque année davantage (…)

janvier 2017, 18 €
Attac France, Civic city

acheter en ligne

Attac France — 2017
Twitter | Facebook | Viméo
Adhérer à Attac | Faire un don


Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

Poster un commentaire

L’Ecole anglaise face à ses premières coupes budgétaire

La dépense éducative est en train de baisser en Angleterre annonce l’Institute for Fiscal Studies, selon le Guardian. Le pays devrait connaitre ses vraies premières coupes budgétaires depuis les années 1990. L’IFS annonce une baisse de 6.5% sur la période 2017-2020.  La tranche des 16-18 ans devrait être la grande perdante. Selon l’IFS elle a été davantage impactée par les coupes budgétaires des années 1990, n’a pas connu de réel redressement ensuite  et subit à nouveau les principales économies budgétaires.

 

Dans Le Guardian

Poster un commentaire

La domination masculine dans l’espace public

http://simonae.fr/au-quotidien/societe/la-domination-masculine-dans-lespace-public/

La domination masculine dans l’espace public

Immeubles type HLM.

« Vous ne croyez pas en la domination masculine? En 2010, le temps consacré au travail domestique est de 66% pour les femmes et 34% pour les hommes. Les femmes réalisent 75% des accompagnements des enfants et des personnes âgées. Les équipements sportifs d’accès libre mis en place dans la ville sont occupés à 95% par les garçons. Les femmes pratiquent deux fois moins une activité sportive que les hommes. Elles sont deux fois moins à se déplacer en vélo pour leurs trajets quotidiens. […] 16% des maires de France élues en 2014 et 8% des présidentes de Conseil Départemental élues en 2015 sont des femmes. 98% des noms de rues, places ou avenues sont attribués à des hommes. » Yves Raibaud.

La domination masculine dans l’espace public

La domination masculine est tellement présente dans l’espace vécu des femmes qu’il en devient difficile d’en repérer les preuves concrètes. Un exercice intéressant de prise de conscience de la place des femmes dans l’espace public, et plus précisément l’espace urbain, m’a été proposé en cours de sociologie cette année. Le professeur nous a demandé de retracer mentalement une journée, et de se demander à quel moment nous avons été en contact avec des femmes. Ainsi, nous pouvons décrire une journée-type : en partant le matin de mon immeuble, je croise la femme du gardien qui passe le balai dans le hall. Dans le métro, j’observe que des femmes se contentent d’un demi-siège pour ne pas gêner le manspread de leur voisin. En prenant le bus, je me rends compte que seules des femmes se lèvent pour les personnes âgées et les femmes enceintes ayant besoin de s’asseoir. En allant faire les courses, je ne rencontre que des femmes derrière les caisses. Au sein de mon lieu d’étude la majorité des professeurs et des chargé·e·s de TD sont des hommes, alors que la majorité des élèves sont des femmes. À la sortie des écoles, je vois une majorité de mères chercher les enfants, et presque exclusivement que des nourrices ou baby-sitters femmes. Dans le parc, ce sont les femmes qui surveillent. Si on fait attention aux objets, on peut se souvenir que les smartphones ou les vêtements sont sûrement produits par des femmes en Asie. Quand je rentre chez moi et allume la télévision, toutes les personnalités présentées sont des hommes, et le peu de femmes invitées au JT se font systématiquement couper la parole (le fameux manterrupting). Au coucher, on se rend compte qu’à aucun moment de la journée l’occupation de l’espace physique mais aussi symbolique (télévision) n’a présenté les femmes en position de pouvoir, de domination. Les femmes qui ont été croisées occupent des emplois précaires, des positions sociales considérées inférieures, et il est plus probable de croiser des mères dans l’espace public que des femmes d’affaire. La société patriarcale a donc clairement une empreinte visible au quotidien.

Dès lors, on peut se demander si la conception et l’usage de l’espace public répond à des codes sexués. Yves Raibaud, dans son ouvrage La ville faite par et pour les hommes, constate en 2015 que la domination masculine se lit dans notre manière de construire l’espace urbain.

Par exemple, 98% des noms de place et de rue en France sont attribués à des hommes. Cette inégalité dans la signalétique peut sembler anecdotique, mais elle nourrit l’idée selon laquelle les grandes avancées politiques, techniques, économiques, scientifiques, sociales, ont été perpétuées par des hommes. « Ces inégalités spatiales sont rendues invisibles par un discours sur la ville qui se dit neutre (d’intérêt général), porté par des élus, des architectes, des aménageurs, des directeurs de service qui sont encore souvent majoritairement des hommes », explique Yves Raibaud.

Cette réalité en terme d’aménagement et d’urbanisme est, selon le CNJU (Collectif National des Jeunes Urbanistes), vouée à changer : 75% des urbanistes sont de genre féminin en 2014. En attendant, d’Haussmann à Le Corbusier, la plupart des dessinateurs du paysage urbain sont des hommes.

Pendant longtemps, les urbanistes ont avant tout pensé la ville en termes d’esthétisme et de fonctionnalité. Après les problèmes d’hygiène, pris en compte à la fin du XIXe, la préoccupation sécuritaire est apparue à partir des années 2000. S’est alors posée la question de prévenir les risques d’émeute dans les villes, mais sans aborder la question de la mixité des espaces publics. Si l’on considère souvent que l’aménagement est abordé de manière neutre, il existe autour de nous plusieurs preuves de son adaptabilité aux hommes cis :

⦁ Omniprésence de pissotières dans les toilettes publics
⦁ Très peu de rambardes pour les handicapés qui servent aussi à la circulation des poussettes.
⦁ Peu de garages à poussettes dans les restaurants en France (très fréquent en Scandinavie)
⦁ Peu de bancs ou de chaises pour les femmes enceintes
⦁ Distributeurs de capotes mais pas de protections hygiéniques
⦁ Poubelles qui ne sont pas nécessairement présentes tout le temps dans les toilettes.
⦁ Occupation des terrains de sport publics en majorité par des hommes
⦁ Rues pavées et escaliers qui ne sont pas prévus pour des talons (pourtant obligatoire dans le milieu professionnel)
⦁ Ceintures de sécurité pas toujours confortables pour les seins
⦁ Peu de tables à langer ou d’équipements bébé. Quand ils existent, ne sont présents que du côté des femmes.

On constate dès lors que beaucoup d’espaces publics nécessaires ramènent la femme soit à sa condition de mère, soit à son aspect « gênant ». Les espaces publics participent à l’obligation qu’ont les femmes de cacher toute trace visible de féminité. Cet extrait de We Should All Be Feminists de Chimamanda Ngozi i Adichie l’exprime mieux que moi:

“We teach girls to shrink themselves, to make themselves smaller. We say to girls, you can have ambition, but not too much. You should aim to be successful, but not too successful. Otherwise, you would threaten the man. Because I am female, I am expected to aspire to marriage. I am expected to make my life choices always keeping in mind that marriage is the most important. Now marriage can be a source of joy and love and mutual support but why do we teach girls to aspire to marriage and we don’t teach boys the same? We raise girls to see each other as competitors not for jobs or accomplishments, which I think can be a good thing, but for the attention of men. We teach girls that they cannot be sexual beings in the way that boys are. »

Nous apprenons à nos filles à se rétrécir, à se faire plus petites. Nous leur disons qu’elles peuvent avoir de l’ambition, mais pas trop. Tu dois viser le succès mais ne pas réussir de trop. Sinon tu menacerais l’homme. Parce que je suis une femme, on attend de moi que je me marie. On attend de moi que je fasse mes choix de vie tout en gardant à l’esprit que le mariage est le plus important. Maintenant le mariage peut être source de joie,d’amour et de support mutuel mais pourquoi n’inculquons nous pas nos garçons de la même manière ? Nous élevons nos filles pour qu’elles considèrent les autres comme des compétiteurices, non pas pour le travail ou les réalisations, ce qui pourrait, je le pense être une bonne chose, mais pour l’attention masculine. (surtout) Nous apprenons à nos filles qu’elles ne peuvent pas avoir la même sexualité que les hommes.

Pour les femmes; des mobilités entravées par la peur de l’espace public

La domination masculine dans l’espace public s’exprime également de manière plus insidieuse. Elle peut se ressentir dans la peur de l’espace public et des déplacements à certaines heures que ressentent les femmes. Une étude de 2005 (Stéphanie Condon, Marylène Lieber, Florence Maillochon, « Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines », 2005.) réunit dans un tableau les différentes attaques que subissent les femmes françaises :

Taux des différentes formes de violence dans les espaces publics au cours des 12 derniers mois

Ce tableau démontre que la construction sociale de la peur des violences se manifeste dans la division socio-sexuée de l’espace. En effet, la plupart des femmes ont vécu dans les lieux publics une expérience de nature sexuelle alarmante : être suivie, confrontée à un exhibitionniste, avoir reçu des insultes ou propos sexistes, des regards qui dérangent, des attouchements. Ces expériences modifient le sentiment de légitimité à fréquenter certains espaces à cause du monopole masculin dans l’espace public.

Cette peur de l’espace public est surtout liée à une forme de violence symbolique. L’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) montre que la moitié des Femmes entre 20 et 59 ans expriment des craintes à l’idée de sortir la nuit, alors que statistiquement, leur taux de victimation est relativement faible. D’après l’Enveff, c’est davantage la dimension sociale de la nuit qui incitent les femmes à rester sur le qui-vive plus qu’un manque d’aménagement (comme la lumière, la signalétique, etc).

Griffin et Hammer (1977) montrent que la peur du viol limite la liberté d’aller et venir, et que les femmes utilisent quotidiennement des tactiques pour circuler dans l’espace urbain. En effet, les stratégies d’évitements et d’auto-exclusion face aux espaces publics sont fréquentes, et sortir la nuit implique une préparation:
⦁ choix d’itinéraires = certains quartiers sont plus rassurants que d’autres, notamment à cause d’une présence masculine plus forte la nuit en bas des tours ou à la sortie des boîtes et bars.
⦁ restriction vestimentaires : beaucoup de femmes ont des tenues de rechange pour ne pas être vues dans des tenues “aguichantes” (merci la culture du viol). Il y a chez certaines un choix conscient de porter des tenues qui permettent de se mouvoir vite comme des baskets. Une autre tactique est celle de cacher tout ce qui peut vous faire repérer comme femme: porter un pantalon, une doudoune, une capuche, les cheveux attachés. => comme si s’afficher comme femme dans l’espace public c’était déjà se mettre en danger.
⦁ accompagnement: nécessité de se mouvoir en groupe ou accompagnées d’un homme pour se sentir rassurées.

Pourtant, les violences surviennent généralement dans des circonstances banales qui relèvent d’un usage habituel des espaces publics : 75.5% d’entres elles se produisent dans des endroits fréquentés régulièrement. Il y a donc un décalage entre la représentation des espaces dangereux et la réalité, puisque les violences dans la sphère publique ne dépendent pas d’un contexte spécifique, mais font, au contraire, partie du quotidien.

Ainsi, la domination masculine est tellement ancrée dans l’imaginaire collectif que les lieux publics n’apparaissent pas uniquement comme un espace de violence physique, mais aussi symbolique et psychologique. Un certain nombre d’interactions qui s’y jouent portent une menace qui conditionne le sentiment de bien-être et sécurité.

Comment construire une ville plus sécurisante et plus adaptée aux besoins des femmes ?

Ces vingt dernières années, le facteur du sentiment d’insécurité au sein des espaces publics est de plus en plus pris en compte non seulement par les politiques (avec certains discours discutables) mais aussi par les aménageurs.

Ainsi, l’un des objectifs des politiques de Rénovation Urbaine était de métamorphoser les espaces collectifs des grands ensembles qui avaient été victimes de mésusage.
L’une des caractéristiques des cités HLM est, par exemple, la présence de grands espaces vides et très éclairés entre les différentes tours. Cet espace, qui au moment de la conception architecturale des cités était dédié au rassemblement et à la communion des différentes familles, est devenu un espace menaçant pour les femmes qui le traversent. En effet, être seule dans un espace immense et en pleine lumière renforce le sentiment d’insécurité dans la mesure où l’attaque peut venir de tous les côtés et qu’il n’y a pas d’endroits proches où se réfugier en cas d’agression. Dans un sondage effectué en 2013 pour dresser un bilan de la loi BORLOO sur la Rénovation Urbaine (2003), les femmes confessent que la destruction des Grands Ensembles au profit de petits collectifs ou habitats individuels a renforcé leur sentiment de sécurité. Le fait que les distances aient été raccourcies entre les immeubles rend les déplacements moins anxiogènes pour la plupart des femmes, alors que les hommes, au contraire, se plaignent de ne plus avoir de “coins sombres” où se réunir (les pauvres).
La multiplication des marches exploratoires permet aux aménageurs de repérer ce qui crée en ville un sentiment d’insécurité pour les femmes. Une marche exploratoire est un processus guidé et participatif avec des animateurices, au cours duquel les participant·e·s réalisent un «diagnostic en marchant» et élaborent des propositions. Sont prévus chemin faisant, des ateliers, des débats et des forums. Ce diagnostic se traduit par des préconisations que la collectivité territoriale devra prendre en compte par des mesures appropriées en matière d’aménagement de l’espace public ou d’animation de cet espace.

Par exemple, une marche commandée par la Mairie de Paris au tramway Porte de Vanves en mars 2015 se déroule de la façon suivante:
⦁ Pour chaque marche : 8 à 10 spots
⦁ Temps de parcours : 2h à 3h
⦁ A chaque étape, réponse au questionnaire, recueil des perceptions, discussions et élaboration de recommandations.
⦁ Après la marche, une réunion de débriefing a lieu autour d’une boisson chaude (1 heure environ). Chaque participant·e donne son point de vue sur le déroulement de la marche ainsi que ses impressions principales. Certains points discutés pendant la marche sont remis en débat. Les principales propositions sont également discutées.
⦁ Un rendez-vous est pris pour préparer la restitution

L’importance de la signalétique, de la lumière, et de la construction des routes est ainsi mise à l’épreuve. En effet, on se rend compte qu’il est plus difficile pour une femme de demander son chemin ou l’heure, ce qui rend une signalétique claire et omniprésente obligatoire. La non-mixité des terrains de jeux et de sport est aussi montrée du doigt. L’éclairage urbain, perçu comme étant synonyme de sécurité, fait débat parmi les femmes : certaines le trouvent anxiogène la nuit.

Cette approche par le genre permet collectivement d’améliorer les pratiques en matière d’aménagement urbain. Cet outil de démocratie participative permet aux urbanistes et responsables politiques de se rendre compte de la manière dont est vécu l’espace au quotidien. On peut plus facilement repérer les défauts d’un quartier, et ce qu’il reste à améliorer pour que le sentiment de sécurité soit optimal.

L’association Genre et Ville sensibilise ainsi depuis deux ans les aménageurs et des élus à travers des conférences et des formations. Fin 2016, ils publient sous la direction d’Anne Hidalgo le fascicule “Genre et Espace Public” accessible à tous ici.

En terme d’innovation, les villes étrangères ont des leçons à donner aux aménageurs français. L’association Womenability choisit chaque année d’envoyer ses membres visiter vingt-cinq villes dirigées par des femmes. Dans chaque villes, les fondateurices de l’association rencontrent des associations, des féministes et des élus locaux. Le véritable enjeu de cette expérience est de ramener en France les initiatives pertinentes. Petit tour du monde:
⦁ à New York, des cabines d’allaitement dans les aéroports.
⦁ à Hambourg, des Velibs avec siège enfants.
⦁ à Malmö, tous les lundis, les rampes pour les poussettes et les skateparks sont réservées aux filles
⦁ au Japon, des cours de jujitsu (art martial de défense) gratuits sont offerts aux femmes.
⦁ à Bombay, des images de divinités indiennes sont collées sur les murs pour dissuader les hommes d’uriner dans l’espace public
⦁ à Montevideo (Uruguay) une asso distribue à des femmes des pistolets à eau pour arroser les harceleurs

La ville de Vienne reste le plus bel exemple et un modèle pour beaucoup d’urbanistes féministes. En 2008, les Nations Unies incluent la planification urbaine de la ville dans leur registre des meilleures pratiques d’amélioration du cadre de vie. En effet, depuis les années 1990, elle suit ce qu’on appelle une politique de « gender mainstreaming », dont le but est de créer des aménagements adaptés spécifiquement aux femmes. En pratique, l’administration de la ville crée des lois, règles et régulations qui profitent à la fois aux hommes et aux femmes. Le but est de proposer un accès strictement égalitaire aux ressources de la ville. Par exemple, le complexe Women-Work-City est une série d’appartements entourée par un jardin adapté aux familles : des places fleuries permettent aux parents et aux enfants de passer du temps dehors sans trop s’éloigner de la maison. Le complexe est équipé d’une crèche intégrée, d’une pharmacie et d’un cabinet médical.

Ainsi, même si elle est à première vue anecdotique, cette question de la domination masculine dans l’espace public concentre tous les aspects de l’oppression patriarcale, y compris les plus insidieuses. Le fait que l’espace urbain ait été construit par et pour les hommes sous couvert de neutralité est symptomatique de l’invisibilisation des femmes dans notre société. Non seulement elles sont ramenées à un statut soit disant inférieur dans leur vie professionnelle et sociale, mais elles doivent également s’adapter à un paysage quotidien qui n’a pas été conçu pour elles. La représentation psychologique de l’espace public comme synonyme de violence et d’exclusion est une dimension qu’il est important de prendre en compte lorsque l’on étudie les inégalités genrées. En tant que future urbaniste, je pense qu’il s’agit d’un enjeu majeur dans l’élaboration des villes du futur, au même titre que les questions environnementales et l’enjeu du numérique. À ce propos, la prise en compte de l’avis des concerné·e·s par le biais d’outils d’enquête et de démocratie participative est une avancée significative. On peut espérer que les études qui ont été réalisées ces dix dernières années alimenteront les plans urbanistiques de demain et les programmes des élus locaux. Il faut en effet ne pas oublier que l’espace public et urbain n’est jamais figé et que les villes sont en perpétuelle transformation pour s’adapter à NOS besoins, alors n’hésitez pas à faire entendre votre voix !

Pour aller plus loin

⦁ Des géographes qui travaillent sur le sujet : Claire Hancock, Sylvette Denèfle, Stéphanie Condon, Marylène Lieber.
⦁ Associations: FéminiCité, Genre et Ville, Womenability.
⦁ Deux émissions sur France Culture:
La ville est-elle un espace séxué ?
L’espace urbain est-il machiste ?

Bibliographie

Comment les femmes vivent-elles l’espace public?
⦁ Yves Raibaud, la ville faite par et pour les hommes, 2015.
⦁ Stéphanie Condon, Marylène Lieber, Florence Maillochon, Insécurité dans les espaces publics : comprendre les peurs féminines, 2005.
⦁ Sylvette Denèfle (dir.), Utopies féministes et expérimentations urbaines, Presses universitaires de Rennes, coll. « Géographie sociale », 2009, 213 p.
Collectif Genre et Ville
Association Womenability

Poster un commentaire

Communiqué du Forum citoyen pour la RSE : « Adoption de la loi sur le devoir de vigilance : un premier pas historique pour le respect des droits humains par les multinationales »

Adoption de la loi sur le devoir de vigilance : un premier pas historique pour le respect des droits humains par les multinationales

Communiqué du Forum citoyen pour la RSE

21 Février 2017. Les député-e-s français-e-s ont adopté définitivement la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre. Ce texte marque une avancée historique vers le respect des droits humains et environnementaux par les entreprises multinationales. Nos organisations appellent désormais les pays européens et la communauté internationale à s’inspirer de cette disposition et à développer des législations qui vont dans le même sens. 

Il y a cinq ans, le candidat François Hollande déclarait vouloir «(…) que soient traduits dans la loi les principes de responsabilité des maisons-mères vis-à-vis des agissements de leurs filiales à l’étranger lorsqu’ils provoquent des dommages environnementaux et sanitaires. ». La loi « devoir de vigilance », l’une des dernières lois adoptée sous son quinquennat, répond à cette promesse.

En obligeant les grands groupes à publier un plan de vigilance et en prévoyant la possibilité de saisir un juge par les victimes ou par les personnes ayant un intérêt à agir, cette loi, soutenue par une très large majorité de citoyen-ne-s, permettra de mieux prévenir les risques qui pèsent sur les droits humains et environnementaux résultant de l’activité des entreprises multinationales.

Le texte aurait pourtant pu être plus ambitieux.  Ainsi, une centaine de grands groupes seulement sont couverts par le texte. La charge de la preuve incombe toujours aux victimes, ne disposant souvent pas des moyens suffisants pour l’établir et accentuant encore l’asymétrie de pouvoirs entre ces grands groupes et les populations victimes. Il est aussi important de rappeler que si un dommage survient alors que la société mère a bien mis en œuvre un plan de vigilance adéquat, sa responsabilité ne sera pas engagée : elle n’a pas à garantir le résultat mais seulement qu’elle a fait tout son possible pour éviter le dommage.

C’est désormais aux niveaux européen et international que la construction de législations contraignantes doit se poursuivre. La France doit dorénavant « passer le relais » en portant cette loi au niveau européen et en s’impliquant dans les processus supranationaux qui vont dans le même sens, tel que le projet de Traité onusien sur les multinationales et les droits humains, afin de garantir une mondialisation plus respectueuse des populations et de notre planète.

Poster un commentaire

2016 année terrible pour les droits de l’Homme selon Amnesty International

2017 pourrait être encore pire ! Mais 2016 a été  » une année terrible pour les droits humains », estime Amnesty International qui lance depuis Paris le 22 février son rapport annuel. C’est l’instabilité de la situation française qui justifie ce lancement parisien…

« Les dirigeants du monde entier ont multiplié les discours de haine et de peur favorisant le repli identitaire, développant une rhétorique du « nous contre eux ». Des discours souvent prononcés à des fins électoralistes menacent directement les droits et libertés de milliers de personnes », note le rapport. Amnesty souligne que de grandes puissances sont revenues sur leurs engagements.  » Les États les plus puissants se replient sur leurs intérêts nationaux au détriment de la coopération et de la solidarité internationales qui fondent l’ordre mondial depuis la Seconde Guerre mondiale. La majorité des États même s’ils prétendent encore défendre les droits humains font en fait marche arrière, renient leurs engagements. »

En ce qui concerne la France,  » l’année 2016 a été une année extrêmement préoccupante en France pour les droits humains. Au nom de la sécurité, le respect des droits fondamentaux de pans entiers de la population a été relativisé, dans les discours comme dans les actes. Or, une société qui s’en prend aux droits de certaines catégories de la population, pour ce qu’elles sont (réfugiés et migrants, Roms ou de confession musulmane) ou pour ce qu’elles expriment à l’égard des autorités (manifestations) s’en prend aux valeurs qui la fondent. Et c’est la « patrie des droits de l’Homme » qui se livre à ce dangereux exercice », rappelle Amnesty.

« L’année 2017 est une année d’importantes échéances électorales en France. Le risque est grand de voir des droits essentiels être remis en cause au nom de prétendues attentes de la population », ajoute l’organisation. « Amnesty International demande ainsi aux candidats de s’engager sur dix points relatifs aux  droits humains en France, notamment le respect des libertés individuelles et l’accueil des réfugiés ».

Rapport annuel

Poster un commentaire

Le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU appellent à la mobilisation pour soutenir Pinar Selek et les universitaires de Turquie

Le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU appellent à la mobilisation
pour soutenir Pinar Selek et les universitaires de Turquie
Prenant prétexte du putsch militaire de juillet 2016, le président Erdogan et son gouvernement se sont lancés dans une entreprise de restriction des libertés fondamentales. Un virage autoritaire et l’exercice d’un pouvoir arbitraire se sont manifestés, entre autres, par des purges massives dans la fonction publique, dont des milliers d’enseignants, d’universitaires et de chercheurs ont été les victimes. C’est dans ce contexte, dénoncé par nos syndicats dès le mois de novembre, que nous avons appris que le procureur de la Cour de cassation de Turquie avait requis contre notre collègue Pinar Selek, l’annulation de son acquittement de 2014 ainsi que la prison à perpétuité.

De telles réquisitions suscitent notre inquiétude et notre plus vive indignation. Il convient en effet de rappeler que Pinar Selek est persécutée par les autorités turques depuis 19 ans, qu’on lui attribue la responsabilité d’un attentat qui n’a jamais existé, et qu’elle a été acquittée à quatre reprises. Réfugiée en France depuis 2012, ayant bénéficié d’un large soutien de la communauté de recherche et d’enseignement, cette écrivaine et sociologue a soutenu sa thèse en 2014 à l’université de Strasbourg et a été faite Docteur honoris causa par l’ENS de Lyon. Pinar Selek est aujourd’hui membre associée d’un laboratoire du CNRS à l’université de Nice.

Porte-drapeau des combats pour les Droits humains, incarnant exemplairement par son œuvre la défense de la liberté d’expression et de recherche, chercheuse et militante engagée aux côtés des minorités, Pinar Selek mérite un soutien qui soit à la hauteur des valeurs qu’elle incarne et qu’elle défend avec courage depuis de longues années. C’est pourquoi nos organisations syndicales interpellent le gouvernement afin que des mesures soient prises rapidement pour sécuriser sa situation professionnelle et personnelle.

Mais, au-delà du cas individuel de Pinar Selek, nous appelons aussi le gouvernement français et l’Union européenne à exercer des pressions diplomatiques fermes en direction du gouvernement turc. Celui-ci doit cesser son entreprise de destruction systématique des libertés fondamentales et rétablir l’état de droit. Nous demandons en particulier que les universitaires suspendus soient rétablis dans leurs fonctions, et que les libertés académiques et la libre circulation des chercheurs soient garanties.

Le SNESUP-FSU et le SNCS-FSU appellent enfin la communauté universitaire à amplifier la mobilisation en soutien à Pinar Selek et à tous nos collègues de Turquie, en créant dans les établissements et laboratoires des comités de soutien universitaires, en œuvrant avec les équipes de direction à l’accueil des chercheurs turcs et en prenant toutes les initiatives nécessaires au développement des échanges avec la Turquie.

Signez et faites signer la pétition « Soutien à Pinar Selek, pour un acquittement définitif »

Paris, le 8 février 2017

Poster un commentaire

Communiqué EuroMed Droits : « Maroc : Harcèlement judiciaire à l’encontre de sept défenseurs des droits humains »

MAROC : Harcèlement judiciaire à l’encontre de sept défenseurs des droits humains

Copenhague, 3/02/17 – Le procès de sept défenseurs des droits humains marocains a été reporté une nouvelle fois le 25 janvier dernier. EuroMed Droits, qui a déjà interpellé le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à leur sujet, dénonce le non-respect de l’application du délai raisonnable et la violation de leur droit à un procès équitable.

Maâti Monjib, Hisham Almiraat, Hicham Mansouri, Mohamed Essabr, Abdessamad Ait Aicha, Rachid Tarik et Maria Moukrim, journalistes, militants des droits humains et/ou responsables d’ONG attendent leur procès depuis l’automne 2015. A chaque audience, le procès est reporté. Le 25 janvier 2017, le procès a été reporté une sixième fois par le tribunal de Rabat[1], toujours sous le même prétexte : trois des sept prévenus n’auraient pas reçu leur convocation[2]. La prochaine audience est fixée au 24 mai 2017.

Le procès s’est ouvert il y a plus d’un an, le 19 novembre 2015, devant la Cour de première instance de Rabat. Cinq de ces sept défenseurs sont poursuivis pour « atteinte à la sécurité de l’État » en raison de leurs activités de défense des droits humains. Ils risquent entre un et cinq ans d’emprisonnement, sur la base de l’article 206 du Code pénal marocain. Les deux autres défenseurs sont accusés d’avoir reçu un financement de l’étranger pour le compte de leur ONG, sans en avoir notifié la réception au secrétariat général du gouvernement. Si les charges sont confirmées, ils risquent une amende pouvant aller jusqu’à 10.000 dirhams (environ 1.000 euros), sur la base de l’article 8 de la Loi de 1958 réglementant le droit d’association.

EuroMed Droits, qui a déjà interpellé le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à leur sujet[3], dénonce le harcèlement judiciaire à l’encontre de ces défenseurs et demande aux autorités marocaines de se conformer à leur obligation en matière de droit à un procès équitable, en particulier l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiquesrelatif au Droit à l’égalité devant les tribunaux et les cours de justice et à un procès équitable. En maintenant les sept prévenus sous la coupe de la justice, sans leur laisser la possibilité de s’exprimer sur les faits qu’on leur reproche au cours d’un débat public et contradictoire et dans des délais raisonnables, les autorités marocaines enfreignent clairement les droits de la défense.

[1] Le procès a été reporté une première fois du 9 novembre 2015 au 27 janvier 2016, puis au 23 mars 2016, au 29 juin 2016, au 26 octobre 2016 et au 25 janvier 2017.

[2] Il s’agit de MM. Hisham Almiraat, Hisham Mansouri et Abdessamad Ait Aicha.

[3] Voir nos deux interventions les 22 septembre 2015 et 15 mars 2016.

 

Poster un commentaire

Belgique : le Pacte d’excellence paralysé

La réforme de l’éducation lancée parle gouvernement francophone de Belgique « s’embourbe » , écrit La Libre Belgique du fait du rejet par les enseignants. Marc Demeuse, professeur à l’université de Mons,  parle de  » propositions auxquelles (la base) n’adhère pas du tout » et  » de l’absence d’objectifs chiffrés clairement annoncés », qui « a fini par refroidir le terrain. Car quand tout n’est pas réglé, tout fait craindre le pire. Et c’est bien ce qui est arrivé ». POur président du syndicat CGSP , la réforme « ne dit pas concrètement en quoi  elle aidera les profs. Du coup, ils ont de nouveau le sentiment d’être de la piétaille que l’on envoie au front exécuter des ordres venus d’en haut, sans qu’on leur ait fourni les armes indispensables au combat « .

 

Article La Libre Belgique

Poster un commentaire

Grèce: l’effondrement à bas bruit de tout un pays 2 FÉVRIER 2017 PAR MARTINE ORANGE (Médiapart)

La crise grecque est toujours là. Les responsables européens et le FMI ont lancé un nouvel ultimatum à Alexis Tsipras. Il a trois semaines pour présenter de nouvelles mesures d’austérité. Épuisé, le pays est au bord de l’effondrement financier, économique et moral. Des responsables de Syriza parlent de sortir de l’euro.

Après avoir repoussé l’idée pendant plus de deux ans, Syriza semble prêt à penser l’impensable : sortir de la zone euro. Même si les responsables gouvernementaux n’en parlent pas ouvertement, des figures éminentes du parti de gauche en évoquent publiquement l’hypothèse. Pour l’ancien ministre des affaires européennes de Syriza, Nikos Xydakis, la question de la sortie de l’euro, en tout cas, ne doit plus être considérée comme « taboue ». « Il ne doit pas y avoir de tabou quand nous parlons du destin de la nation. Nous sommes arrivés au point où le peuple est au bout de son endurance. Je crois que nous avons besoin d’une discussion politique nationale en profondeur. Et cette discussion, naturellement, a besoin de commencer au parlement », a-t-il déclaré mardi 31 janvier.

Depuis, les observateurs se perdent en conjectures. Est-ce un ballon d’essai personnel de l’ancien ministre ? Cette intervention a-t-elle pour but de desserrer l’étau du gouvernement Syriza, au moment où celui-ci se retrouve à nouveau dans une impasse face à ses créanciers ? Ou l’hypothèse d’une sortie de l’euro est-elle vraiment un scénario discuté par le gouvernement, épuisé de ne trouver aucun soutien et aucune solution ?

La crise grecque a disparu des écrans-radars depuis le troisième plan de sauvetage, arraché après la capitulation de Syriza en juillet 2015. Tout a même été mis en œuvre pour soigneusement enterrer le sujet, afin de ne pas rouvrir les divisions européennes, dans l’espoir que le temps finirait par faire oublier la Grèce. Les responsables européens ne veulent surtout pas remettre sur le devant de la scène le sujet, alors que les Pays-Bas, la France puis l’Allemagne sont appelés à voter cette année.

Cette tentative de mise en sourdine a presque fonctionné. Mais la crise grecque est toujours là. Plus que jamais : le troisième plan de sauvetage, comme redouté, n’a apporté aucune solution, aucun répit à Athènes. Et le cas grec pourrait se réinviter très rapidement dans tout le débat européen, si les événements continuent à ce rythme.

À chaque déboursement de crédits supplémentaire prévus dans le plan, les créanciers se montrent toujours plus exigeants. La dernière réunion de l’Eurogroupe qui s’est tenue le 26 janvier en présence de responsables du FMI, n’a pas échappé à la règle. Alors qu’Athènes attend un déblocage des crédits européens pour l’aider à refinancer environ 6 milliards de dettes en juillet, la discussion a donné lieu aux mantras habituels, où il n’est question dans la novlangue chère aux responsables que « de tenir les engagements, de mettre en œuvre les réformes, de diminuer les déficits, de retrouver une croissance soutenable, etc. ». Elle s’est achevée par une nouvelle humiliation pour la Grèce.

Un nouvel ultimatum vient d’être lancé à Athènes. Le premier ministre grec Alexis Tsipras a trois semainespour trouver un accord avec les créanciers du pays. Lors de la réunion européenne du 22 février, tout doit être bouclé. D’ici là, une ébauche complète du plan proposé par Athènes doit être présenté à Bruxelles le 6 février. « Disons que la fenêtre d’opportunité est une fenêtre qui est encore ouverte, mais qui va bientôt se refermer parce qu’il y a des échéances électorales » aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, a rappelé le ministre français des finances, Michel Sapin, à l’issue de la réunion des ministres des finances européens. Comme pour bien rappeler à la Grèce qu’elle ne saurait s’inviter dans les élections européennes, et que par la suite, elle risque de trouver des « partenaires européens » moins disposés à son endroit.

La dispute porte comme d’habitude sur ces fameux ratios financiers qui tiennent lieu de politique pour les responsables européens et du FMI. Alors que le gouvernement grec est parvenu, dans un effort budgétaire surhumain, a réalisé un excédent budgétaire (avant paiement de la dette et des frais financiers) de 1,5 % en 2016, les responsables européens ont conditionné leur nouvelle aide de juillet à un surplus budgétaire primaire de 3,5 % à partir de 2018 et ce pendant au moins vingt ans !

Jusqu’alors le FMI soutenait qu’un tel niveau d’excédent budgétaire était irréaliste voire contre-productif. Mais lors de ces dernières semaines, le FMI a changé totalement de position. Non seulement, il soutient l’objectif de 3,5 % d’excédent budgétaire mais il exige en plus des garanties. L’organisation internationale conditionne son soutien au plan de sauvetage à l’adoption préventive par le gouvernement grec de mesures d’austérité supplémentaires, qui viendraient s’ajouter à celles déjà prévues dans le plan de sauvetage. Celles-ci devraient être automatiquement mises en œuvre au moindre dépassement budgétaire.

Alors que le gouvernement Syriza a déjà porté la TVA à 24 %, diminué de 40 % les retraites, augmenté les impôts, notamment fonciers, décidé de nouvelles taxes sur les voitures, les télécommunications, les télévisions, l’essence, les cigarettes, le café, la bière, annoncé de nouvelles réductions de 5,6 milliards sur les salaires publics, il se refuse à adopter ces lois préventives qui imposeraient de nouvelles baisses des salaires publics et des retraites et de nouvelles hausses d’impôt. Au nom des derniers lambeaux de souveraineté nationale qu’il reste à la Grèce. « Demander de telles mesures alors que les recettes de l’État sont meilleures que prévu est non seulement extrême mais absurde. Aucune nation ne peut consentir à de tels dispositifs », a expliqué le ministre grec des finances Euclide Tsakalotos, soulignant le caractère anti-démocratique des mesures exigées.

Il n’a trouvé aucun soutien auprès de ses homologues européens. L’Allemagne faisant de la présence du FMI au plan de sauvetage grec un préalable à sa propre participation, Berlin est prêt à accepter les conditions imposées par l’institution internationale. D’autant qu’elles ne lui semblent pas exorbitantes. Tous les Européens se sont alignés sur la position allemande.

Cela n’empêche pas les différends entre le FMI et les Européens. Ce week-end, l’institution internationale a fait fuiter de nouveaux documents sur la situation financière de la Grèce. Comme elle l’avait déjà dit en 2013, 2014, 2015, 2016, celle-ci réaffirme que la dette grecque est « explosive ». Selon ses derniers calculs, elle s’élèverait à 260 % du PIB en 2060. « La Grèce ne peut pas repousser son problème d’endettement. Athènes a besoin d’un substantiel allégement de sa dette de la part de ses partenaires européens pour retrouver un niveau acceptable d’endettement », est-il écrit dans ces documents.

Fallait-il vraiment attendre les calculs du FMI jusqu’en 2060 pour affirmer que la dette grecque est insoutenable ? Elle l’est déjà depuis très longtemps. Alors que le niveau d’endettement de la Grèce était de 120 % du PIB en 2010, il atteint désormais les 180 % du PIB. Soit quasiment deux fois la production annuelle de richesse nationale. Depuis des années, de nombreux économistes, quelle que soit leur obédience, plaident pour une restructuration profonde voire une annulation complète de la dette de la Grèce. Seule condition, à leurs yeux, pour remettre le pays sur des rails économiques.

Cela n’empêche pas les responsables européens de faire la sourde oreille. Lors de la réunion du 26 janvier, ils ont à nouveau nié le problème face aux responsables du FMI. « Il n’y a aucune raison de tenir de tels propos alarmistes sur la situation de la dette grecque », soutient dans un communiqué le Mécanisme européen de stabilité, chargé de gérer les crédits européens à la Grèce. Compte tenu de l’abaissement des taux et de l’allongement des maturités consentis à la Grèce, l’inquiétude, selon les responsables européens, n’est pas de mise et encore moins le moindre allégement à Athènes. La seule chose que le gouvernement grec doit faire, répètent-ils, est d’« appliquer les deux tiers des réformes » prévues qu’il n’a pas encore mises en œuvre.

Un pays épuisé

La vacuité de toute cette politique d’austérité déterminée par certains ratios financiers saute aux yeux. Les responsables européens ont beau soutenir que leur plan de sauvetage fonctionne, se féliciter du redressement de la Grèce et des excédents budgétaires réalisés, la situation est tout autre : nous assistons, passifs, à l’effondrement à bas bruit de tout un pays.

Alors que les prévisions tablaient sur un rebond de l’économie grecque en 2016, avec une croissance de 2,6 % au moins, celles-ci risquent une nouvelle fois de se révéler fausses. Si un léger sursaut a été enregistré au début de l’année, il n’a cessé de se tasser. Dans les derniers mois, le moteur paraît avoir même calé. Selon les chiffres de Markit publié le 1erfévrier, l’activité manufacturière a enregistré en janvier sa plus forte baisse depuis 15 mois. « La baisse est liée tant au déclin de la production que des nouvelles commandes. Tandis que la hausse des prix des importations s’accélère pour atteindre leur plus haut niveau depuis 70 mois, les entreprises néanmoins baissent leurs prix de vente », explique l’institut économique et financier, pointant la chute de la consommation et l’absence de débouchés à l’extérieur.

En sept ans, le PIB de la Grèce a diminué d’un tiers. Le chômage touche 25 % de la population et 40 % des jeunes entre 15 et 25 ans. Un tiers des entreprises ont disparu en cinq ans. Les coupes successives imposées partout au nom de l’austérité mordent désormais dans toutes les régions. Il n’y a plus de trains, plus de bus dans des parties entières du pays. Plus d’écoles non plus, parfois. Beaucoup d’établissements secondaires ont dû fermer dans les coins les plus excentrés, faute de financement. Les dépenses de santé par habitant ont diminué d’un tiers depuis 2009, selon l’OCDE. Plus de 25 000 docteurs ont été renvoyés. Les hôpitaux manquent de personnel, de médicaments, de tout.

Le coût humain et social de cette politique d’austérité ne figure pas dans les tableaux Excel de l’Eurogroupe. Mais il est payé cash par la population. Un cinquième de la population vit sans chauffage ou sans téléphone. 15 % de la population est désormais tombée dans la grande pauvreté contre 2 % en 2009.

La banque de Grèce, qu’on ne peut soupçonner de complaisance, a dressé un bilan sur la santé de la population grecque, dans un rapport publié en juin 2016. Les chiffres qu’elle donne sont accablants : 13 % de la population sont exclus de tout soin médical ; 11,5 % ne peuvent acheter les médicaments prescrits ; les personnes souffrant de problèmes chroniques de santé sont en hausse de 24,2 %. Suicides, dépression, maladie mentale enregistrent des hausses exponentielles. Pire : alors que la natalité a baissé de 22 % depuis le début de la crise, le taux de mortalité infantile a quasiment doublé en quelques années pour atteindre 3,75 % en 2014.

Au terme de sept ans de crise, d’austérité, de plans européens, le pays est épuisé, financièrement, économiquement, physiquement. « La situation ne cesse de s’aggraver. Ce dont nous avons le plus besoin maintenant, c’est de nourriture. Cela montre que les problèmes portent sur l’essentiel et non la qualité de la vie. Il s’agit de subsistance », dit Ekavi Valleras, responsable de l’ONG Desmos. Et c’est à ce pays que l’Europe demande en plus d’assumer seul ou presque l’accueil des réfugiés venant en Europe.

Dans un premier temps, les observateurs ont analysé l’intransigeance réitérée des responsables européens comme un coup politique contre Syriza. Au bout de deux ans de gouvernement, après la volte-face sur le référendum de juillet 2015 puis le nouveau plan de sauvetage, le gouvernement d’Alexis Tsipras est au plus bas dans l’opinion publique. Exiger de lui de nouvelles mesures d’austérité, le mettre dos au mur et l’obliger à déclencher de nouvelles élections était analysé comme une ultime manœuvre pour le défaire politiquement, lui faire payer une dernière fois son affront de 2015 et le remplacer par un gouvernement beaucoup plus acceptable.

Ce scénario politique semble un peu court pour d’autres économistes. Pour eux, c’est l’addition de la gestion européenne de la crise grecque qui va bientôt être présentée. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, qui n’a jamais caché sa volonté de faire sortir la Grèce de l’euro mais avait vu sa ligne battue en juillet 2015, est en train de gagner, remarquent des observateurs. Peu à peu, les responsables européens, lassés de ce problème qui défie leurs solutions, se rallient à sa thèse. Le FMI qui cherche lui aussi à se sortir du bourbier grec, prône également un Grexit, seule solution susceptible, selon lui, de redonner l’oxygène monétaire au pays.

L’ennui est que personne ne veut assumer la responsabilité historique de cette rupture et ses conséquences. Car exclure un pays de la zone euro revient à dire que la monnaie unique n’est plus intangible, comme cela a été affirmé lors de sa création. D’autres, volontairement ou non, pourraient suivre l’exemple. Déjà, les financiers sont aux aguets. La dette grecque fait l’objet à nouveau de spéculations intenses, faisant passer ses taux au-dessus de 7 %. Au-delà, tout le marché obligataire européen se retrouve sous tension, poussant les taux italiens, espagnols, français à la hausse, malgré les interventions de la BCE.

L’attitude des dirigeants européens et du FMI ces dernières semaines est stupéfiante, tant elle s’inscrit dans un contretemps historique. Pousser la Grèce dehors au lieu de lui accorder la restructuration nécessaire de sa dette, au moment où les tensions géopolitiques n’ont jamais été aussi fortes, où Donald Trump attaque explicitement la construction européenne et parie sur son éclatement, paraît incompréhensible. Alors que l’Histoire frappe à la porte, ils n’ont comme réponse que celles de boutiquiers. Comme toujours depuis le début de la crise grecque.

Poster un commentaire

CAC 40 : augmentation record des dividendes en 2016 avec 56 milliards d’euros

par Olivier Petitjean 30 janvier 2017

Les entreprises du CAC40 ont distribué 56 milliards d’euros en dividendes et rachats d’actions en 2016. Un niveau record depuis la crise financière de 2008 [1]. Ce sont 13 milliards de plus qui ont été versés aux actionnaires comparé à 2015 (43 milliards d’euros). En moyenne, les grandes entreprises françaises ont ainsi redistribué 57 % de de leurs bénéfices aux actionnaires, contre 51 % en 2015.

Trois entreprises représentent à elles seules les deux tiers de ce montant : Sanofi et Total, les deux principales capitalisations boursières françaises, ainsi que Vivendi. Le groupe de médias et de divertissement a reversé en tout 9,6 milliards, dont 3,8 milliards de dividende exceptionnel ! Dans le cas de Vivendi, ces chiffres sont le résultat de l’arrivée de Vincent Bolloré, qui a puisé dans la trésorerie de Vivendi pour accroître les dividendes versés aux actionnaires – dont lui-même – ou acquérir des participations ailleurs [2].

Le groupe Sanofi (6,7 milliards de dividendes en 2016) est de son côté exposé à des affaires de sécurité sanitaire, comme celle de la Dépakine et de ses effets secondaires sur les femmes enceinte et leurs bébés, comme le rappelle Novethic,. Ces affaires pourraient lui coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros pour indemniser les victimes (lire cet article de l’Observatoire des multinationales).

Pour le pétrolier Total (5,9 milliards), les dividendes distribués chaque année constituent un pari sur sa capacité à extraire du pétrole et de gaz malgré leur rôle dans la crise climatique. C’est également autant d’argent qui ne sera pas consacré à une véritable transformation du modèle de Total pour répondre aux exigences de la transition énergétique (sur ce sujet, voir notre récent rapport Total : une stratégie climat en trompe-l’œil).

Deux fois plus de dividendes que d’investissement

Plusieurs observateurs ont souligné les risques intrinsèques à l’explosion des dividendes au détriment notamment des investissements, qui assurent la pérennité à long terme des firmes. Selon les calculs de Christian Chavagneux pour Alternatives économiques, les entreprises non financières françaises ont distribué en 2016 deux fois plus de dividendes qu’elles n’ont consacrées à l’investissement – une proportion inversée par rapport aux années 1980. Contrairement à un argument parfois invoqué, ces dividendes ne contribuent que très modérément à entretenir la prospérité de l’économie et de la société française dans son ensemble, au vu de la faible taxation du capital et du fait que plus de 50 % des actionnaires du CAC40 sont étrangers.

La hausse ininterrompue des dividendes illustre donc une nouvelle fois la manière dont les entreprises sont de plus en plus gérées uniquement dans l’intérêt immédiat de leurs actionnaires, au détriment de leur stratégie industrielle et de leurs travailleurs. Sans oublier la question de la prise en compte des coûts sociaux et environnementaux de leurs activités, qu’illustrent chacun à leur manière les exemples de Total et Sanofi.

Si, comme le rappelle Libération, les investissements et la part des salaires sont eux aussi repartis à la hausse, les profits générés par les entreprises restent très majoritairement consacrés à la rémunération du capital et des actionnaires. Malgré leurs discours sur le besoin d’investir sur le long terme, les fonds financiers comme BlackRock continuent à prioriser la distribution de dividendes. Plusieurs entreprises, dont EDF, doivent même s’endetter sur les marchés pour distribuer des dividendes, dont le premier bénéficiaire est en l’occurrence l’État actionnaire…

Olivier Petitjean

Notes

[1Le record historique de distributions de dividendes par les sociétés du CAC40 s’établit à 57,1 milliards d’euros. C’était en 2007, juste avant la crise financière globale.

[2Lire les articles de Libération ici et .

Poster un commentaire

Communiqué EuroMed Droits : Israël/Palestine – Une étape de plus vers la normalisation de l’occupation

Israël/Palestine – Une étape de plus vers la normalisation de l’occupation

26 janvier 2017

EuroMed Droits condamne fermement l’annonce du gouvernement israélien le 24 janvier 2017 de construire 2500 nouveaux logements en Cisjordanie et son accord deux jours auparavant pour délivrer des permis de construire pour 566 nouvelles habitations dans le territoire occupé de Jérusalem-Est. Ces décisions sont les dernières d’une série d’efforts concertés qui ont pour objectifs de fragmenter les Territoires Palestiniens Occupés et sa population et de normaliser l’occupation prolongée d’Israël.

En décembre 2016, la Knesset israélienne adoptait en première lecture le projet de « loi de régularisation », qui s’il était voté légaliserait rétroactivement un certain nombre de constructions israéliennes non autorisées sur le territoire palestinien. Ceci serait une étape dangereuse vers l’annexion de la Cisjordanie car elle autoriserait Israël à étendre sa souveraineté sur les colonies en Cisjordanie.

De telles décisions vont à l’encontre du droit international, à l’encontre du droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à l’encontre du consensus international majoritaire à l’égard de la politique de colonisation d’Israël jugée illégale. Tel que réitéré par la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la politique de colonisation d’Israël est une violation flagrante du droit international et, en vertu du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, est considérée comme un crime de guerre.

L’Union européenne et ses Etats membres doivent répondre de manière claire à cette politique de colonisation effrénée, et plus encore s’ils veulent défendre les objectifs qu’ils se sont définis dans la région. À cet égard, la politique européenne doit aller plus loin lorsqu’il s’agit de la « non-reconnaissance » des colonies israéliennes qui a été récemment renforcée par le Conseil de Sécurité des Nations Unis. L’UE doit prendre plus de mesures pour faire une distinction dans ses échanges entre le territoire de l’Etat d’Israël et les Territoires Palestiniens Occupés, y compris en s’assurant que les produits issus des colonies, n’aient pas accès au marché européen. L’UE et ses Etats membres doivent également conditionner sans équivoque tout développement de leurs relations avec Israël à un engagement d’Israël conforme aux valeurs communes européennes et au respect du droit international, comme il est prévu dans le présent Plan d’action UE-Israël. Les violations du droit international commises par les autorités israéliennes et leur impunité perpétuent l’instabilité dans la région et minent les efforts nécessaires à la construction d’une paix durable.

Poster un commentaire

Mobilisons-nous pour faire échouer le traité des multinationales (CETA)

Mobilisons-nous pour faire échouer le traité des multinationales (CETA)

Appel à mobilisation 12 janvier 2017

Cher·e ami·e,

Après une énorme mobilisation autour du premier procès d’un Faucheur de chaise à Dax le 9 janvier, Attac ne baisse pas sa garde et enchaîne avec la dernière ligne droite de la mobilisation contre le traité des multinationales : le CETA !

Le Parlement européen doit voter le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada le 14 ou 15 février prochain : il nous reste peu de temps si nous voulons bloquer une fois pour toutes ce texte dangereux pour l’environnement, les salarié·e·s, notre santé et notre démocratie.

Interpellons nos euro-député·e·s !

Deux outils ont été mis en place par le collectif Stop TAFTA, l’un permettant de faire pression en ligne sur votre eurodéputé·e, l’autre permettant de récupérer l’ensemble des coordonnées des parlementaires pour les interpeller par téléphone, courriel, ou via les réseaux sociaux ou lors de leur déplacements dans leur circonscription.

Interpellez vos eurodéputé⋅e⋅s

21 janvier : une journée d’actions partout en France contre le CETA

Le 21 janvier se tient la dernière journée européenne de mobilisation contre le CETA avant son vote au parlement Européen, le 14 ou 15 février prochain. Cette journée d’action sera décentralisée avec des initiatives diverses dans de nombreuses villes de France.

Liste de toutes les mobilisations en France

L’actualité du CETA

CETA, un traité pour les transnationales : les raisons de s’y opposer

Attac revient pour vous sur quelques idées reçues qu’on nous matraque, à propos d’un traité qu’on veut nous imposer !

lire en ligne

CETA : un traité pour les multinationales !

Voici les réactions et les commentaires des représentants des plus grosses multinationales et de leur lobbies d’Europe et du Canada au lendemain de la signature du CETA.

lire en ligne


Adhérez à Attac !

Comme 50 000 personnes dans plus de 40 pays… venez agir au sein d’un réseau altermondialiste, national, européen et international. Adhérez en ligne.

Attac France — 2017
Twitter | Facebook | Viméo


Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

Poster un commentaire

La lettre d’Attac – Nouvelle année, nouveaux défis

Nouvelle année, nouveaux défis Lettre d’information — 5 janvier 2017

D’abord, en finir avec les paradis fiscaux. À quelques jours du procès de l’évasion fiscale, lundi 9 janvier à Dax, il nous manque encore 6 700 € pour le financer ! Nous appelons un maximum de monde à se mobiliser pour nous aider en faisant en don en ligne.

Ensuite, stopper le CETA, le traité des multinationales qui doit être ratifié par le Parlement européen le 2 février. Pour y arriver, des mobilisations se préparent dans toute l’Europe et une journée d’actions décentralisées est prévue samedi 21 janvier.

Enfin, dès le mois de février, lancer une mobilisation offensive et ouverte vers les citoyen·ne·s qui ne se reconnaissent pas ou plus dans la façon de faire de la politique et qui voudront se mobiliser pour la fin de l’impunité fiscale, le rejet des accords de libre-échange, la création de centaines de milliers d’emplois pour la transition écologique et sociale, mais aussi sur d’autres sujets clés qui seront au cœur des débats de ces élections.

Évasion fiscale

Le programme du 9 janvier à Dax

mercredi 4 janvier 2017, par Action non-violente COP21, Attac France, Bizi !, Les Amis de la Terre, Solidaires Finances Publiques

Des centaines de personnes sont attendues à Dax à l’occasion du premier procès d’un faucheur de chaises, Jon Palais de Bizi ! et ANV COP 21. Découvrez le programme détaillé de cette journée au cours de laquelle nous ferons le procès de l’évasion fiscale.

lire en ligne

Un mouvement toujours plus populaire contre l’évasion fiscale

mercredi 4 janvier 2017, par Attac France

La lutte contre les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ) est un axe majeur d’intervention d’Attac depuis sa création, car les PFJ sont les trou noir de économie mondiale et ruinent toute tentative de mise à pas de la finance. Depuis plusieurs années, nous ciblons particulièrement les banques, qui sont des rouages essentiels dans l’industrie de l’évasion fiscale.

lire en ligne

#EndTaxHeaven : une semaine d’action mondiale contre l’évasion fiscale

mercredi 4 janvier 2017, par Teresa Marshall

Le réseau Attac coordonne avec l’Alliance mondiale pour la justice fiscale (Global Alliance for Tax Justice) la « Semaine mondiale d’action contre les paradis fiscaux » qui aura lieu du 3 au 9 avril 2017. Entretien avec Teresa Marshall, coordinatrice de l’Alliance mondiale pour la justice fiscale.

lire en ligne

Lire

Par ici la sortie : cette crise qui n’en finit pas

mardi 3 janvier 2017, par Attac France

La crise est l’expression d’un système économique capitaliste à bout de souffle, qui épuise le travail et la nature. Ce livre décrypte les causes de cette crise globale et pointe les raisons profondes de la permanence de cette situation. Dans ce nouvel ouvrage, Attac propose des voies pour une véritable sortie de crise en considérant que l’épuisement du système économique et social dominant constitue une opportunité historique pour opérer le basculement vers un système alternatif.

Coordonné par Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Frédéric Lemaire, Dominique Plihon

lire en ligne

Chômage, précarité : Halte aux idées reçues

lundi 19 décembre 2016, par Collectif

Les vingt-cinq organisations réunies dans ce livre ont en commun de lutter, chacune dans leur domaine, contre le chômage et la précarité, ces réalités qui minent la société française depuis plus de quarante ans. Dans le prolongement de leur action, elles prennent ici la plume pour contrecarrer idées reçues et contrevérités, présenter des expériences novatrices et montrer le vrai visage des chômeurs, victimes et non coupables, mais surtout acteurs et citoyens engagés de notre société. Une invitation à la solidarité pour multiplier les initiatives et porter ensemble, grâce à une large mobilisation citoyenne, un véritable changement !

Coordonné par Jean-François Yon, préface de Ken Loach

lire en ligne

Agenda

CETA : Appel pour une journée européenne d’actions décentralisées le 21 janvier.

Nous, la société civile, les organisations de base, les mouvements syndicaux, les agriculteurs, les groupes environnementaux et sociaux de toute l’Europe, appelons à une journée européenne d’actions décentralisées contre l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (le CETA, ou AECG en français) le 21 janvier et à d’autres actions décentralisées et mobilisations avant le vote du Parlement européen le 2 février.

lire en ligne

Multimédia

Eva Joly à la défense ! Soutien aux Faucheurs De Chaises

+ vidéo

Eva Joly à la défense ! Soutien aux Faucheurs De Chaises

#LuxLeaks procès en appel

+ vidéo

#LuxLeaks procès en appel

Soutien d'Edgar Morin aux #FaucheursDeChaises

+ vidéo

Soutien d’Edgar Morin aux #FaucheursDeChaises

Attac France — 2017
Twitter | Facebook | Viméo
Adhérer à Attac | Faire un don


Attac France

21 ter rue Voltaire
75011 PARIS
France

Poster un commentaire

La Finlande expérimente le revenu de base pendant 2 ans

2 000 citoyens finlandais tirés au sort recevront de la part de l’État un peu moins de 600 € par mois, sans contre-partie. Le but de l’expérience étant de déterminer les conséquences économiques du revenu universel.
Ils seront 2 000 chômeurs à être tirés au sort pour recevoir pendant au moins deux ans 560 € par mois, qu’ils trouvent du travail ou non durant cette période. Alors que le concept politique de revenu de base continue de faire le tour du monde, et est toujours plus plébiscité pour la réponse qu’il apporterait aux mutations du travail dues à la technologie, la Finlande a décidé de tester en situation une variante d’un tel revenu..

finlandedrapeau.jpg

En France, la primaire de la gauche semble avoir remis le concept de revenu universel au cœur du débat politique, et pourtant, les pays pratiquant une telle mesure sont encore rares. Mais certains territoires tentent des expérimentions afin d’en tirer des enseignements qui vaudront autant pour l’évaluation de la mesure dans un pays, que dans l’ensemble des démocraties qui penchent vers une telle mesure. De fait, l‘exemple finlandais est intéressant pour les défenseurs de la mesure.

Un revenu de base pour combattre le chômage

Dans le pays scandinave, c’est le gouvernement de centre-droit qui a lancé en janvier 2017 la première expérimentation du revenu universel à une telle échelle. En choisissant 2 000 citoyens pour son test grandeur nature, le gouvernement finlandais s’érige en modèle.

Avec un taux de chômage avoisinant les 8,1 %, la Finlande tente là une nouvelle approche pour accompagner les personnes sans emploi. Le revenu pourrait ainsi permettre aux chômeurs d’aborder de nouveaux projets et des emplois auxquels ils n’auraient pas pu accéder s’ils n’avaient pas un complément de revenus. Ainsi, plutôt que de laisser les chômeurs se résigner et avoir peur de se lancer dans une nouvelle carrière, le revenu de base doit apporter la sécurité financière nécessaire à un nouveau départ. Or, le fait qu’il ne soit pas suspendu dès que le chômeur accède à un emploi devrait encourager de nouvelles dynamiques économiques dans le pays.

euro-argent
CC Skitter

Pour le gouvernement, tout l’enjeu est là : découvrir comment ce nouveau revenu va changer le comportement de ceux qui le reçoivent. Car en dehors des théories et des prédictions des économistes, la Finlande veut voir quelle impulsion économique une telle mesure peut avoir sur des individus.

Enfin, le projet finlandais, s’il donnera des résultats concrets sur l’efficacité du revenu de base lorsqu’il s’agit du retour à l’emploi, ne permettra pas de vérifier qu’une telle mesure sera bel et bien la solution de demain pour une société qui pourrait voir l’emploi disparaître dans une plus importante mesure. Les débats entre les défenseurs et les contempteurs de ce revenu sont donc loin d’être terminés, en Finlande comme en France.

Poster un commentaire

Proche-Orient : le grand bouleversement (Le Monde)

Alep, Mossoul. Deux batailles distinctes, avec des coalitions différentes, voire antagonistes, dans deux pays ­séparés. Et pourtant nul ne peut s’empêcher de dresser des parallèles, de chercher des similitudes. Dans le chaos de la guerre, tirer les fils de l’histoire pour comprendre ce qui se passe. La rébellion d’Alep-Est – où les groupes djihadistes étaient minoritaires et l’organisation Etat islamique (EI) absente – a succombé aux coups de boutoir de l’armée ­syrienne, de l’aviation russe, des gardiens de la révolution iraniens et des miliciens chiites venus du Liban, d’Irak et d’Afghanistan. A Mossoul, l’armée irakienne, appuyée par des peshmergas kurdes et des milices chiites qu’encadrent des officiers iraniens, mène une bataille avec le soutien aérien de la coalition internationale contre l’EI pour arracher la deuxième ville d’Irak aux griffes du mouvement djihadiste, qui l’avait érigée en capitale de son « califat ».

Depuis les révolutions arabes de 2011, l’histoire s’est accélérée au Proche-Orient. Pour le meilleur, a-t-on voulu croire au début. Pour le pire, par la suite. Depuis un siècle, les guerres se sont succédé sans répit dans cette région. D’où vient, alors, cette impression que les conflits en cours sont d’une autre nature ? Qu’ils vont décider de l’orientation politique des Etats, mais aussi de leurs frontières et de leur survie ?

La Syrie et l’Irak sont les deux pays qui englobent les mosaïques communautaires les plus complexes (à l’exception du Liban) de cette région. Tous deux ont été dirigés par des juntes baasistes et confessionnelles. L’une, sunnite, de Saddam Hussein en Irak (jusqu’en 2003), et l’autre, alaouite, des ­Assad, qui s’accroche encore au pouvoir en Syrie, ont volé en éclats.

En Irak, la chute a commencé dès la défaite de Saddam Hussein dans la guerre du Golfe de 1991. L’instauration par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France d’une zone d’exclusion aérienne, au nord puis au sud du pays, pour protéger les populations kurdes et chiites qui s’étaient soulevées, a brisé le tabou de la souveraineté des Etats. Et, pour la première fois, une autonomie – celle des Kurdes d’Irak – a pu prospérer.

L’invasion américaine de 2003, décidée dans la foulée des attaques du 11-Septembre, achève de mettre à bas l’Etat irakien, tout en déchaînant des forces incontrôlées. Côté syrien, le retrait forcé du Liban, en 2005, puis le soulèvement populaire de 2011 ont irrémédiablement ébranlé le pouvoir central et sa férule sur la société. Cet affaiblissement sans précédent des Etats ­va-t-il conduire à leur démembrement et à un processus de recomposition des frontières régionales ?

Les frontières sont-elles remises en cause ?

Enivré par sa conquête surprise de Mossoul en juin 2014, l’EI a proclamé un califat universel et l’abolition des frontières coloniales fixées par les accords Sykes-Picot. Ce moment « historique » est mis en scène dans une vidéo montrant un bulldozer en train de détruire un poste-frontière entre l’Irak et la Syrie – la fameuse ligne Sykes-Picot, tracée au cordeau dans le désert –, réunifiant ainsi les terres arabes. La démonstration est fallacieuse et tronquée, mais l’EI met le doigt sur une anomalie majeure : la séparation artificielle entre Alep et Mossoul, plus proches – culturellement, commercialement, religieusement – l’une de l’autre que de leurs capitales respectives.

Si le califat de l’EI s’était limité à un « sunnistan » répondant aux aspirations des sunnites d’Irak et de Syrie, opprimés par les pouvoirs de Bagdad et Damas, peut-être aurait-il eu une chance de survie. A la condition, aussi, de trouver des appuis parmi ses voisins, à commencer par la Turquie et l’Arabie saoudite, les deux grandes puissances sunnites régionales, ainsi qu’auprès des Kurdes, majoritairement sunnites. Mais l’EI, en s’attaquant à tous, n’a pas su pérenniser son projet d’Etat et a provoqué une mobilisation générale contre lui.

Aujourd’hui, alors que l’organisation djihadiste est sur le point de perdre Mossoul et que son fief syrien de Rakka est menacé, la disparition des Etats irakien et syrien ne semble plus à l’ordre du jour. Même affaiblis, délégitimés et sans contrôle sur leur territoire, ils demeurent des fictions nécessaires. Ne serait-ce que parce qu’ils procurent des passeports indispensables – même si l’on se prépare à une vie de réfugié, en Europe ou ailleurs. Six décennies d’histoires nationales ont abouti à la formation d’identités et de récits nationaux.

Les frontières, partiellement gommées et régulièrement violées, demeurent elles aussi des fictions nécessaires. Les redessiner ouvrirait la voie à d’interminables remises en cause. L’Etat turc, qui revendique les villes irakiennes de Mossoul, de Tal-Afar et de Kirkouk au nom de son passé ottoman, ne saurait remettre en cause les frontières de l’Irak sans se voir poser, en boomerang, la question d’un Etat kurde dans le sud-est de son propre territoire.

Même l’Iran, qui passe son temps à déstabiliser ses voisins par le truchement de milices, est devenu le chantre de la souveraineté des Etats hérités de la colonisation – notamment en Syrie, justifiant ainsi son soutien au régime d’Assad. En fin de compte, la seule menace réelle pesant sur les frontières est celle posée par la question d’un éventuel Etat kurde.

Y aura-t-il un Etat kurde ?

Les Kurdes ont été les grands lésés du découpage de l’Empire ottoman après la première guerre mondiale. La promesse d’un Etat kurde, faite à Sèvres (1920) au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a été reniée à Lausanne (1923) au nom de la restauration de l’Etat turc. Près d’un siècle plus tard, la perspective d’un Etat kurde n’a jamais été aussi favorable. Les pouvoirs centraux d’Irak et de Syrie ont abandonné le contrôle des territoires de peuplement kurde. Quant aux pays occidentaux, peu désireux d’envoyer leurs troupes combattre l’EI au sol, ils ont contribué au renforcement des forces kurdes. Finances, armes et formations militaires ont ainsi été délivrées au gouvernement régional du Kurdistan autonome (KRG), dirigé par Massoud Barzani, mais aussi au Parti de l’union démocratique (PYD), le parti-milice hégémonique au Kurdistan syrien, affilié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, en guerre contre l’Etat turc depuis 1984).

La disparition territoriale de l’EI pourrait cependant être porteuse de conflits. Notamment en Irak, où la crise entre les Kurdes et le pouvoir central s’annonce explosive autour de la question des « territoires contestés », cette large bande qui borde le KRG au sud, de Tal-Afar à Kirkouk, en passant par la plaine de Mossoul. Où passera la frontière ? Vers quelle loyauté pencheront les innombrables communautés présentes : chrétiens, yézidis, Shabaks, Turkmènes chiites et sunnites, Arabes sunnites ? Quel facteur l’emportera : l’appartenance confessionnelle, la solidarité ethnique, les choix politiques ?

Dans ce contexte, l’avenir de Mossoul est déterminant. Massoud Barzani, soutenu par la Turquie, défend une gestion autonome sunnite de la ville et de sa province (Ninive). Le Kurdistan autonome pourrait alors s’unir avec les Arabes sunnites contre les velléités recentralisatrices de Bagdad. Mais le chemin vers l’indépendance reste hasardeux. Rien ne dit que les Kurdes ne seront pas victimes d’une nouvelle trahison de leurs parrains occidentaux. Ces derniers sont divisés ­ (Ankara et Washington sont à couteaux tirés) et peu désireux de s’impliquer.

La région du Kurdistan d’Irak est en outre fragile : politiquement divisée, économiquement peu développée – la rente pétrolière s’est effondrée –, et en proie aux ingérences de Téhéran et de Bagdad, qui instrumentalisent le PKK, grand rival kurde du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud ­Barzani. La cassure entre PKK et PDK, aux modèles politiques opposés (féodalisme du PDK contre socialisme du PKK) et aux différences culturelles réelles (dialectes), traverse la société kurde dans son ensemble.

Au Kurdistan syrien, le PYD a toujours pris garde d’appeler à l’indépendance – contrairement au PDK en Irak. Il fait pourtant l’objet de la double hostilité d’Ankara et de Damas. Bachar Al-Assad, qui a appuyé les Kurdes tant que ceux-ci pouvaient faire pièce à la rébellion arabe, n’a jamais fait mystère de son intention de reconquérir l’intégralité du territoire syrien. Le Turc Erdogan, lui, est prêt à tout pour mettre en échec l’émergence, à ses frontières, d’une entité kurde autonome et hostile.

Les Empires ottoman et russe sont-ils de retour ?

Isolé diplomatiquement, affaibli économiquement et fragilisé par des troubles internes, Recep Tayyip Erdogan a opéré, en 2016, un rapprochement spectaculaire avec la Russie de Poutine, devenue maître du jeu en Syrie depuis son intervention armée en septembre 2015. En échange de l’arrêt de son aide aux rebelles syriens et de l’abandon d’Alep, le président turc a obtenu le droit d’intervenir en Syrie, dans la région de Djarabulus, pour en chasser l’EI (responsable d’une série d’attentats en Turquie) mais aussi les Kurdes du PYD.

Le but principal de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » est d’occuper la place laissée vacante par l’effondrement de l’EI. Il s’agit d’éviter que le Kurdistan syrien serve de base arrière au PKK, défait dans la « guerre des villes » de 2015-2016 en Turquie, mais avide de revanche. Jusqu’où la poussée turque en Syrie s’étendra-t-elle ? Moscou semble prêt à donner beaucoup à Ankara, pour détourner la Turquie de l’OTAN. Mais ni Bagdad ni Téhéran n’ont l’intention de laisser l’armée turque aller trop loin.

En réclamant un rôle dans la bataille de ­Mossoul et dans l’« après-EI » (au prétexte de la présence du PKK dans le nord de l’Irak), Ankara a déjà provoqué une grave crise avec Bagdad. La Turquie justifie aussi son interventionnisme au nom de la protection des populations sunnites et turkmènes locales, face aux milices chiites. Plus inquiétant, le président turc a remis en cause à plusieurs reprises le traité de Lausanne (1923) fixant les frontières de son pays au profit de ce qu’il appelle les « frontières du cœur ». La disparition du califat de l’EI, le retrait de l’Arabie saoudite, engluée dans son aventure yéménite, et les difficultés de l’Egypte laissent libre cours aux prétentions de M. Erdogan au leadership sunnite. Cette posture risque de l’emmener à la confrontation avec l’Iran chiite. Son révisionnisme historique et sa volonté de modifier les frontières sont par ailleurs susceptibles de lui aliéner une partie de l’opinion arabe sunnite. Sans compter les objections russes à une montée en puissance incontrôlée de la Turquie.

En dépit de leur récent rapprochement, Ankara et Moscou restent opposés par l’histoire et la géographie. La Russie, grâce à son intervention spectaculaire en Syrie, compte s’imposer comme un acteur majeur au Proche-Orient. Elle a doublé sa base navale de Tartous d’une base aérienne à Hmeimim, et l’accès à la mer Méditerranée lui est désormais acquis. Le rôle revendiqué par Moscou dans la région n’est d’ailleurs pas tant une nouveauté qu’un retour. Avant la dénonciation par les bolcheviques des accords Sykes-Picot, le partage de l’Empire ottoman par les puissances alliées prévoyait en effet que Constantinople soit dévolue à la Russie, « protectrice » des lieux saints de Palestine et des communautés orthodoxes du Proche-Orient. Mais cette ambition risque de se heurter aux prétentions à l’hégémonie régionale de l’Iran.

Quels Etats après la tourmente ?

Les frontières du Proche-Orient ne seront probablement pas remises en cause. L’Irak et la Syrie vont continuer à exister, mais affaiblis, délégitimés, incapables de contrôler l’ensemble de leurs territoires. L’Irak est déjà le meilleur exemple de ce nouveau genre d’Etat failli. Sa Constitution, adoptée en 2005, reconnaît le fédéralisme sans que celui-ci ait jamais vraiment été appliqué, à l’exception de la région autonome du Kurdistan, qui, elle, a outrepassé ses prérogatives en délivrant des visas, en vendant directement son pétrole à l’étranger et en créant sa propre armée. La région de Bassorah, au sud, d’où viennent la majorité des exportations pétrolières du pays, n’a pas obtenu le statut fédéral espéré, en raison de la volonté de Bagdad de contrôler le principal « tiroir-caisse » du pays.

L’idée, régulièrement avancée, de diviser l’Irak en trois entités fédérées – kurde au nord, sunnite au centre et chiite au sud – est utopique. Elle fait fi du mélange communautaire encore important en Irak, notamment dans la province orientale de Diyala, malgré une décennie de « nettoyage » ethnico-confessionnel. Sans compter le sort de la capitale, Bagdad, qui ne pourrait, en raison de sa composition mixte, être rattachée à aucune de ces trois régions. La démonstration est valable pour la Syrie, où, par exemple, les Kurdes ne disposent pas d’une continuité territoriale. De même que les alaouites ne sont pas majoritaires à Lattaquié, censée être leur « capitale ».

Plutôt que la constitution de grands ensembles cohérents, c’est vers la fragmentation du territoire en micro-entités ethniques ou confessionnelles que l’on s’oriente. Pendant les deux années de guerre contre l’EI, les milices locales d’autodéfense ont essaimé : sunnites, chrétiennes, yézidies. Face à la faillite de l’armée, chaque communauté ou tribu n’a plus confiance qu’en elle-même. Les puissances régionales ont alimenté ces milices en armes, quand elles n’en ont pas créé de nouvelles. Ainsi, la communauté yézidie possède des milices pro-PDK (le parti dominant du Kurdistan d’Irak) et d’autres proches du PKK, son rival kurde turc. Autre exemple : une bataille oppose d’ores et déjà Kurdes et Turkmènes chiites dans la ville de Touz Khormatu, au cœur des territoires contestés (les sunnites ayant été expulsés à la faveur de la guerre contre l’EI). Cette fragmentation se retrouve en Syrie où, malgré le recul de la rébellion face aux forces pro-Assad, l’armée syrienne n’a pas les hommes nécessaires pour maintenir un contrôle permanent du territoire. Le retour de l’EI à Palmyre l’a prouvé. Des centaines de petits fiefs ont été établis par des chefs rebelles locaux, mais aussi par des milices pro-gouvernementales, syriennes ou étrangères.

Dans ce nouveau cadre mouvant, le Hezbollah libanais fait figure de modèle : à la fois parti politique, milice armée et faction confessionnelle. Créé par l’Iran khomeyniste avec l’aide de la Syrie de Hafez Al-Assad au début des années 1980 pour lutter contre l’occupation israélienne du Liban, le « parti de Dieu » s’est développé, au point de devenir une entité aussi puissante qu’un Etat – voire plus dans le cas de l’Etat libanais – et un acteur transnational. Il est présent en Syrie, où il a été le fer de lance dans la bataille d’Alep, ainsi qu’en Irak et au Yémen, où ses instructeurs forment des cadres à son image : disciplinés, efficaces et fidèles au Guide suprême iranien. Le Hezbollah a tous les avantages d’un Etat sans les inconvénients, et toutes les caractéristiques d’une armée…

Qui est le gagnant du « grand jeu » en cours ?

Moins visible et médiatisée que la Russie de Vladimir Poutine, la République islamique d’Iran est le grand vainqueur des bouleversements en cours. Preuve de son habileté stratégique, c’est la seule puissance à avoir mené de concert les batailles de Mossoul et d’Alep, bénéficiant, en Irak, de la couverture aérienne américaine (et française) et, en Syrie, de celle de la Russie. Ces alliances de circonstance, pas même assumées dans le cas américain, n’ont jamais fait perdre de vue à Téhéran son objectif d’hégémonie régionale.

L’Iran a su utiliser la guerre en Syrie pour raffermir son emprise sur le pays, qui s’apparente désormais à une occupation. Ses instructeurs ont formé les milices prorégime, rassemblées sous le nom de Forces de défense nationale (FDN), sur le modèle iranien des bassidji. L’Iran peut partir de Syrie – bien qu’il n’en soit pas près –, il y a implanté sa matrice.

Au Liban, le Hezbollah, bras armé de l’Iran dans le monde arabe, n’a jamais été aussi puissant. Il a imposé son allié chrétien, le général Michel Aoun, à la présidence de la république. La position hégémonique du parti chiite, désormais perçu dans une partie de la population chrétienne comme un rempart contre le djihadisme sunnite, le dispense même d’exercer le pouvoir. Il se contente de fixer règles et lignes rouges, quitte à intervenir en cas de besoin.

En Irak, la guerre contre l’EI a également profité à l’Iran, qui a pu intervenir directement dans les affaires sécuritaires de son voisin au moyen des milices chiites, créées pour contrer la ruée djihadiste vers Bagdad en 2014. Ces milices, qui entreront sans doute au Parlement après la guerre, permettent à Téhéran de peser sur le jeu politique chiite et de contrôler les velléités d’indépendance de certains leaders un peu « trop » nationalistes, à l’instar du clerc Moqtada Al-Sadr. En volant au secours du Kurdistan irakien, attaqué par l’EI en août 2014, l’Iran a aussi noué des liens fructueux avec le PDK de Massoud Barzani, tout en profitant de la guerre en Syrie pour se rapprocher du PYD syrien et de son allié turc, le PKK.

L’Iran a réussi à bâtir un corridor quasi continu d’accès à la mer Méditerranée, à travers le contrôle, direct ou indirect, de territoires en Irak, en Syrie et au Liban par milices, gouvernements et alliés interposés. Cette thèse, développée dans un article du quotidien britannique The Guardian paru le 8 octobre, a trouvé un début de confirmation avec l’annonce, en décembre, de l’existence d’une base militaire commune russo-iranienne en Syrie. L’accès à la Méditerranée est essentiel pour l’Iran pour des raisons sécuritaires (la livraison directe d’armes sophistiquées au Hezbollah libanais, en première ligne contre Israël) et énergétiques (l’exportation du pétrole et du gaz iraniens vers l’Union européenne).

Face à l’Arabie saoudite, son grand rival régional, confessionnel (sunnisme contre chiisme) et politique (monarchie contre république), l’Iran ne cesse de marquer des points. Avec la chute d’Alep, la défaite saoudienne est consommée en Syrie. Pire, la guerre lancée au Yémen par Riyad au printemps 2015 pour chasser du pouvoir les houthistes, des rebelles d’obédience chiite soupçonnés de proximité avec l’Iran, tourne au fiasco militaire, humanitaire et médiatique. A l’automne, les combattants houthistes ont tiré à plusieurs reprises des missiles en direction de grandes villes saoudiennes, dont Djeddah et La Mecque.

L’Iran est le seul pays de la région à avoir su mêler soft et hard power, nouer des alliances sans perdre de vue ses intérêts, mobiliser tour à tour la foi religieuse (chiite) et la rationalité politique, à contrôler sans intervenir directement. Trois défis l’attendent encore : la cogestion, avec la Russie, de sa victoire en Syrie ; le risque de voir Israël prendre l’initiative d’une confrontation ; et l’incertitude créée par l’élection de Donald Trump, qui n’a jamais caché son hostilité envers la République islamique. Il reste enfin un obstacle, à terme insurmontable, à cette stratégie patiente et cynique de grignotage du Proche-Orient : l’Iran a beau être un pays musulman, il reste, en terre arabe, une puissance étrangère.

Poster un commentaire

Rassemblement pour Mohamed Zouari, assassiné en Tunisie – Jeudi 22 décembre à 18h30 PARIS

Les associations démocratiques de l’immigration et les partis tunisiens dénoncent l’assassinat de Mohamed Zouari

Résistant Tunisien de la cause palestinienne, assassiné par les sionistes israéliens à Sfax, en Tunisie, le 15 décembre 2016

Encore une fois les sionistes israéliens assassine des citoyens en Tunisie (la Tunisie a été meurtrie a plusieurs reprises : bombardement à Hamam Chott le 1er octobre 1985 où sont tombés 50 Palestiniens et 18 Tunisiens, le meurtre d’Abou Jihad  le 16 avril 1988).

Jeudi 15 décembre, des assassins ont tué par balles Mohamed Zouari alors qu’il quittait à bord de sa voiture son domicile à Sfax (pas moins de 20 impacts de balles).

Nous, associations démocratiques et les partis politiques de l’immigration tunisienne en France, présentons nos sincères et tristes condoléances à la famille du martyr. Nous dénonçons ce lâche assassinat et toutes les agressions permanentes contre le peuple palestinien et les militants qui soutiennent sa cause pour ses droits nationaux, contre l’occupant israélien, qui, dans le silence honteux et complice des pays européens, mène une politique coloniale abjecte.

Nous déclarons que ce lâche assassinat ne doit pas rester impuni, et dénonçons le silence des autorités tunisiennes qui refusent de pointer du doigt et de dénoncer le crime israélien

Nous exigeons, que le gouvernement tunisien saisisse le conseil de sécurité de l’ONU pour l’adoption d’une résolution condamnant fermement l’État colonial d’Israël pour la violation de son territoire et l’assassinat de Mohamed Zouari et déférant les dirigeants responsables et de cet acte abject devant la cour pénale internationale.

Israël viole la souveraineté nationale des pays et assassine les citoyens qui refusent sa politique raciste et coloniale en toute impunité, cela doit cesser.

Nous appelons toutes les forces éprises de paix et d’amitié entre les peuples, d’apporter leurs soutiens pour que justice soit faite et que les meurtres de l’État d’Israël soient condamnés fermement.

Exigeons tous ensemble que toute la lumière soit faite.

 

A BAS LES ASSASSINATS IMPUNIS DE L’ÉTAT D’ISRAËL

VIVE LA SOLIDARITÉ AVEC LA LUTTE DU PEUPLE PALESTINIEN POUR TOUS SES DROITS

RASSEMBLEMENT JEUDI 22 DÉCEMBRE 2016, A 18h30

TOUS ENSEMBLE A LA FONTAINE DES INNOCENTS

Métro – RER – Châtelet

Jeudi 22 décembre 2016, à 18h30

Signataires

Associations :

  • Association des Tunisiens en France – ATF
  • Assocaition Démocratique des Tunisiens en France – ADTF
  • Fédération des Tunisiens Citoyens des desu Rives – FTCR
  • Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie – , CRLTDH
  • Réseau Euro-Magrébin Culture et Citoyenneté – REMCC
  • Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens – UTIT
  • Union des Tunisiens pour une Action Citoyenne – UTAC
  • Voix Libre
  • Le Pont de Genève

Partis politiques :

  • Front populaire France Nord
  • Attayar France, Ettakatol France
  • AlJoumhouri France
  • Achaab France
  • Al Massar France Nord
  •  Tahalof France

Soutiens :

  • Association France Palestine Solidarité – AFPS
  • Association des Travailleurs Maghrébins en France – ATMF
  • Associaiton des Marocains en France – AMF
  • Associaiton des Citoyens Originaires de Turquie – ACORT
  • Droits Devant
  • Cedetim/ Initiative pour un Autre Monde – IPAM
  • Mouvement contre le Racisme et l’Amitié entre les Peuples – MRAP
  • Ligue de droits de l’Homme – LDH
  • Union Syndicale Solidaires
  • Ensemble
  • Parti Communiste Français – PCF

—————————————

LDH – Ligue des droits de l’Homme

138 rue Marcadet – 75018 Paris

Tél. 01 56 55 51 00 – Fax : 01 42 55 51 21

ldh@ldh-france.org – www.ldh-france.org

Poster un commentaire

Turquie : licenciement de 2000 enseignants

Selon Reuters, le gouvernement turc a décidé de licencier 1980 enseignants et personnels scolaires le 21 décembre. Ces mesures sont prises en répression de la tentative manquée de coup d’Etat en juillet. Depuis juillet 125 000 agents publics ont été licenciés et 40 000 arrêtés. Plus de 2000 écoles et universités ont été fermées. 140 journaliste sont e prison et 177 médias fermés.

 

Article Reuters

Poster un commentaire