Archives de la catégorie Internationale

L’environnement des enfants des pays pauvres menacé par les pays riches

« La majorité des pays riches créent des conditions de vie délétères et dangereuses pour les enfants du monde entier », annonce le Bilan Innocenti publié par l’UNICEF. Le Bilan Innocenti 17, intitulé Places and Spaces: Environments and children’s well-being (Lieux et espaces : Environnements et bien-être des enfants), analyse dans quelle mesure 39 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Union européenne (UE) offrent aux enfants un cadre de vie sain, en s’appuyant sur toute une série d’indicateurs tels que l’exposition à des substances polluantes nocives (pollution atmosphérique, pesticides, humidité du domicile, plomb) ; l’accès à la lumière, aux espaces verts et à des routes sûres ; et les contributions des pays à la crise climatique, à la consommation des ressources et à la production de déchets d’équipements électroniques et électriques (DEEE). Selon ce rapport, si chaque individu sur le globe vivait comme un Français, il faudrait 2,9 planètes pour couvrir l’ensemble des besoins de l’humanité. Aucun des pays de l’OCDE et de l’UE ne parvient à fournir des environnements sains à tous les enfants du monde sur l’ensemble des indicateurs étudiés. La France est l’un des pays de l’OCDE et de l’UE ayant le moins d’espaces verts récréatifs à disposition des citadins. « Non seulement la majeure partie des pays riches ne parvient pas à fournir à ses propres enfants un cadre de vie sain, mais pire, ils contribuent à la destruction de celui d’autres enfants, ailleurs dans le monde », estime Gunilla Olsson, directrice du Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF. « Par ailleurs, certains pays offrant des environnements relativement préservés à leur propre jeunesse contribuent fortement à la pollution qui détériore les conditions de vie des enfants dans d’autres pays. »

 

Le rapport

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Quand la souffrance rapporte gros (Oxfam)

Un nouveau rapport d’Oxfam montre que la pandémie a vu émerger 573 nouveaux milliardaires, au rythme d’un milliardaire toutes les 30 heures. Selon les estimations, 263 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté extrême cette année, au rythme d’un million de personnes toutes les 33 heures.

Les grandes entreprises ont elles aussi enregistré des bénéfices records. Dans le secteur de l’agroalimentaire, on compte 62 nouveaux milliardaires alors que les prix du pain, de la farine ou de l’huile flambent !

La fortune des milliardaires explose, le coût de la vie aussi

La fortune des milliardaires a augmenté davantage en deux ans de pandémie que lors des 23 dernières années. Les milliardaires détiennent au total l’équivalent de 13,9 % du PIB mondial. Ce pourcentage a triplé depuis 2000 !

Les milliardaires possédant des parts dans l’énergie, l’industrie pharmaceutique, la technologie et l’agroalimentaire ont particulièrement profité de la crise.

La richesse des milliardaires des secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie a augmenté de 453 milliards de dollars ces deux dernières années, soit 1 milliard tous les deux jours.

Pour les autres, c’est le coût de la vie qui explose. Farine, huile de cuisson, carburants, électricité… Dans le monde entier, les prix s’envolent. Partout, les gens n’ont d’autre choix que de réduire leurs dépenses ou d’affronter le froid plutôt que de chauffer leur maison.

Lire le rapport

Pour le secteur agroalimentaire, des bénéfices record !

Il y a désormais 62 nouveaux milliardaires dans le secteur de l’agroalimentaire. Dans ce secteur, la famille Cargill, qui contrôle avec 3 autres acteurs 70% du marché de l’agro-alimentaire, a vu sa fortune augmenter de 20md$ par jour depuis le début de la pandémie grâce à sa position dominante sur le marché. L’année dernière, avec un revenu net de 5 milliards, Cargill a enregistré les bénéfices les plus importants de son histoire et a versé 1,13 milliard de dollars de dividendes, dont la majeure partie a bénéficié aux membres de la famille. À elle seule, la famille Cargill compte 12 milliardaires. Ils étaient 8 avant la pandémie.

Cette augmentation de fortune, n’est pas le résultat de la main invisible du marché. Cargill a profité des aides publiques mais aussi de sa position dominante pour spéculer sur les prix de l’alimentation.

Ces bénéfices historiques du secteur agroalimentaires, qui profitent aux PDG et aux actionnaires, font échos avec la hausse insupportable des prix des denrées alimentaires observées en France et dans le monde depuis plusieurs mois. Ainsi, en France, en un an, le prix du pain a augmenté de 3,8%, la farine et autres céréales ont augmenté de 9,7%, les pâtes de 12,3% et les huiles alimentaires (hors huile d’olive) de 15% !

Les demandes d’Oxfam

Oxfam appelle le gouvernement à :

  • Faire contribuer ceux qui se sont enrichis grâce à l’action publique pendant la crise : les ultra-riches. Une taxe exceptionnelle sur les profits des multinationales devrait être mise en place, accompagnée du rétablissement d’un véritable impôt sur les grandes fortunes pour faire contribuer les milliardaires de manière juste.
  • Instaurer un blocage des prix temporaire sur certains produits de première nécessité, notamment sur les denrées alimentaires.
  • Adopter les 15 mesures de notre Manifeste fiscal au plus vite.

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Un nouveau décret mobilise les professeurs français à l’étranger

Il n’y avait pas besoin de cela. Une large intersyndicale des esneignants de l’AEFE a déjà déposé un préavis de grève pour le 19 mai en réaction à la remise en cause de leur statut. Mais voilà qu’un décret « scélérat » modifie le taux de cotisation de certains enseignants. Selon le Snes il ne concerne que « détachés directs » en contrat local EFE et non aux détachés auprès de l’opérateur public AEFE. Pour ceux là le taux de cotisation retraite passe de 10 à 28% !

 

Le décret

L’analyse du Snes

Le préavis de grève

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Une intersyndicale appelle à la grève dans les établissements de l’AEFE

Les syndicats Snuipp Fsu, Snes Fsu, Unsa Education et Sgen Cfdt ont déposé un préavis de grève auprès de l’AEFE (agence pour l’enseignement français à l’étranger) pour le 19 mai. C’est la réécriture du cadre juridique des personnels détachés qui explique ce mouvement. L’intersyndicale déplore la fin de la consultation des commissions consultatives pour le recrutement et le retrait de plusieurs avancées.

 

L’appel à la grève

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Angleterre : Les écoles municipales ont de meilleurs résultats que les écoles privées

Voilà qui est fort contrariant pour le gouvernement britannique. Alors qu’il inscrit dans son programme annuel la transformation de toutes les écoles encore municipales (« council based ») en écoles autonomes privées (« academies »), une étude montre que les écoles municipales ont de meilleurs résultats aux évaluations nationales. 92% d’entre elles sont jugées « bonnes » ou « excellentes » à ces évaluations contre 85% des academies. 80% des établissements secondaires et 40% des écoles primaires sont déja des « academies ». Les academies sont des écoles autonomes privées mais financées par l’argent public.

 

Dans le Guardian

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L’Unesco alerte sur le décrochage des garçons

Phénomène jusque là réservé aux pays les plus développés, le décrochage scolaire des garçons gagne aujourd’hui les pays les plus pauvres. C’est ce que montre un nouveau rapport de l’Unesco. La pauvreté reste le facteur principal de décrochage. Mais l’Unesco pointe aussi la culture viriliste et les stéréotypes de genre.

Les garçons davantage à risque d’être déscolarisés

« Afin d’assurer l’accès de tous à une éducation de qualité et équitable ainsi que la promotion des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, des actions transformatrices en matière de genre sont nécessaires », rappelle l’Unesco. L’organisation internationale n’oublie pas les filles qui, au niveau mondial, ont toujours moins de chances d’accéder à l’école primaire que les garçons. Le problème des filles c’est d’accéder à l’école primaire. Celui des garçons c’est de rester à l’école du primaire au supérieur.

Les dernières données internationales montrent, en 2020 la déscolarisation de l’enseignement primaire et secondaire de 259 millions d’enfants  dont 132 millions de garçons. Ceux-ci sont donc davantage à risque d’être déscolarisés. Et cela commence dès le primaire en Afrique subsaharienne et dans le monde arabe. Dans l’enseignement supérieur, au niveau mondial, les filles dominent avec 100 femmes pour 88 hommes.

Alors que le décrochage des garçons était jusque là un problème de pays développés, il gagne maintenant des pays en voie de développement selon l’Unesco. Dans 73 pays il y a moins de garçons que de filles dès le lycée. Dans 130 sur 142 pays, les garçons sont plus nombreux à redoubler que les filles dès le primaire. Globalement, à l’âge de 10 ans, les garçons s’en sortent moins bien que les filles en lecture. Un résultat qui s’inverse en maths.

Ce résultat là nous intéresse directement car c’est aussi dans nos écoles que se construit cette différence entre filles fortes en lecture et garçons forts en maths. C’est aussi très tôt que se construit en France l’inégalité de réussite scolaire entre filles et garçons : 94% des filles ont le brevet contre 87% des garçons; 92% ont le bac contre 82% des garçons.

Les normes de genre mises en accusation

Et le rapport de l’Unesco nous intéresse tout aussi directement quand il cherche les facteurs qui expliquent le décrochage des garçons. Si l’Unesco pointe bien sur la pauvreté des familles dans le décrochage des garçons, l’organisation montre aussi la place des attentes de genre. « Les normes et les attentes de genre ont une influence sur la motivation et la volonté d’apprendre des garçons. Dans de nombreux cas, les activités scolaires et certains sujets sont considérés comme incompatibles avec les expressions de la masculinité et, par conséquent, l’éducation est impopulaire auprès des garçons », écrit l’Unesco.

Les stéréotypes touchent aussi l’institution scolaire. « Les pratiques telles que la répartition en classes homogènes et la non-mixité contribuent à la faible motivation, aux mauvais résultats et au décrochage scolaire des garçons. Une discipline très sévère, des châtiments corporels et d’autres formes de violence fondée sur le genre en milieu scolaire ont des répercussions négatives sur la réussite scolaire et le niveau d’instruction des garçons. La peur et les violences subies sont à l’origine d’une augmentation de l’absentéisme et peuvent contribuer à l’abandon de la scolarité. Les garçons sont plus susceptibles que les filles de subir des brimades physiques ».

Le rapport de l’Unesco est moins prolixe sur les remèdes. « Les politiques ne se sont pour ainsi dire pas intéressées aux inégalités qui existent entre les genres dans le domaine de l’éducation et qui désavantagent les garçons. Les politiques existantes sont principalement mises en place dans les pays à revenu élevé. Les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire sont peu nombreux à avoir mis en place des politiques spécifiques permettant d’améliorer la situation des garçons quant à la scolarisation et l’achèvement de la scolarité dans l’enseignement primaire ou secondaire ».

Pour l’Unesco les programmes prometteurs sont ceux qui attaquent les stéréotypes de genre à la racine, c’est à dire à l’école primaire. A un âge où les enfants n’ont pas encore intériorisé les normes de genre. Autrement dit il faut commencer très tôt puisque la division genrée des compétences (lecture filles, maths garçons) se construit, en France, dès le début de l’école primaire, en fait dès le CP comme le montrent les données ministérielles. On retrouve là une vieille question franco-française : l’utilité de la démarche des ABCD de l’égalité, assassinés par le populisme de droite et d’extrême droite.

 

Rapport Unesco

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La crise du recrutement fait monter les salaires des enseignants…mais pas en France bien sûr

Le Café pédagogique le signalait récemment : la moitié des enseignants américains envisagent de partir dans les deux ans. Et le niveau des salaires a à voir avec ces projets. Le New York Times annonce des hausses importantes des salaires enseignants dans plusieurs états. Ainsi au Nouveau Mexique la hausse est de 20%. Elle est de 10% au Mississippi. En Alabama elle sera de 4 à 21% selon les cas. « On ne devient pas professeur pour devenir riche. Mais les enseignants devraient pouvoir élever leurs enfants décemment », témoigne une enseignante dans le NY Times. Ces hausses de salaire sont une réponse à la crise de recrutement. Elles sont aussi possibles grâce à la forte hausse du soutien fédéral au système éducatif.

 

Dans le NY Times

Crise du recrutement

Budget fédéral

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Etats-Unis : la moitié des enseignants veut partir dans les deux ans

C’est une profession « désillusionnée, croulant sous le travail, sous payée et déconsidérée ». Ce bilan concerne le métier enseignant aux Etats Unis. Une étude faite par le Merrimack College auprès de plus d’un millier d’enseignants américains pour la revue Edweek décrit une crise profonde du métier enseignant qui nous rappelle quelque chose. Seulement 12% des enseignants se déclarent satisfaits. Plus de 40% veulent quitter le métier dans les deux ans. La revue souligne que depuis deux ans les enseignants sont au cœur des polémiques du fait de la politique contre le covid d’une part et des lois interdisant de parler de race ou de genre. Aujourd’hui seulement 35% des enseignants estiment qu’ils sont bien payés. Ils se plaignent de manquer de liberté pédagogique : seulement 37% estiment avoir une influence sur ces domaines clés. Selon l’étude, ils sont en surcharge de travail mais avec des différences qui tiennent à l’histoire raciale du pays. Les enseignants hispaniques travaillent 42 heure spar semaine, les « blancs » 53 et les « noirs » 65h.

 

Dans EdWeek

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[ATTAC] Numéro 31 – Printemps 2022

Les Possibles Revue éditée à l’initiative du Conseil Scientifique d’Attac

No. 31 Printemps 2022

Culture ou barbarie : le commerce n’a pas tenu ses promesses de mœurs douces

par Jean-Marie Harribey

En envahissant l’Ukraine et en déclenchant une guerre faite de crimes atroces, de destructions totales et d’asservissement mental de son propre peuple, Poutine a étendu sa palette d’ignominies qu’il avait inaugurées en Tchétchénie, Géorgie, Crimée et Syrie. La nouveauté est qu’il se trouve confronté, d’une part et surtout à une résistance héroïque de la population ukrainienne, et d’autre part à une contradiction en miroir de celle que connaissent les États-Unis et l’Europe. La Russie doit vendre (on pourrait dire à tout prix) son gaz, son pétrole et son blé à ceux-là mêmes qui ont absolument besoin de les lui acheter.

Dossier : Extrême droite et dérive autoritaire

Z. ou le spectre du passé

par Michèle Riot-Sarcey

L’ascension soudaine du journaliste du Figaro, Éric Zemmour, auprès d’un électorat de bourgeois parvenus à une certaine aisance, s’explique largement par la présence d’une opinion, bien ancrée sur le sol national, en train de perdre ses repères et qui rêve d’une France mythique. Que cet électorat cherche à conserver ses privilèges ou aspire à maintenir sa part de pouvoir, réel ou symbolique, il n’hésite pas à s’associer à des groupes de nervis uniquement guidés par la haine de l’autre, quel qu’il soit.

Zemmour : De quoi le retour de Pétain est-il le nom ?

par Robert Hirsch

Une des principales nouveautés de la campagne présidentielle réside dans l’émergence spectaculaire d’Éric Zemmour. Et d’une extrême droite qui assume Vichy, plus ouvertement même que Jean-Marie Le Pen. À rebours de la « dédiabolisation » mariniste.

L’extrême droite, c’est la gangrène…

par Samy Johsua

Devant le déplacement de l’ensemble du champ politique vers les thèmes chers à l’extrême droite, il nous paraît important de faire un point synthétique des principaux courants d’extrême droite : l’organisation jusqu’à présent dominante et supposée se rapprocher de l’acceptable qu’est le RN, la montée en puissance d’une nouvelle force derrière le tribun Éric Zemmour. Nous ne visons pas une étude exhaustive du sujet, mais proposons une articulation entre ces divers points.

Un décryptage des programmes de l’extrême droite

par Les Économistes atterrés

Cette note propose une analyse des programmes des deux principaux partis d’extrême droite (Rassemblement National et Reconquête) pour la présidentielle d’avril 2022.

Elle montre que ces programmes présentent de nombreux traits communs. On peut qualifier leurs propositions économiques de « néolibérales-nationalistes », puisqu’elles servent les intérêts des ménages aisés et des entreprises tout en se réclamant d’un « patriotisme » économique tourné contre les étrangers. Leurs propositions sociales ou sociétales sont quant à elles marquées par les obsessions de la « sécurité » (allant jusqu’à des formes de contrôle idéologique) et de la lutte contre l’immigration, ainsi que par l’absence totale de mesures concernant l’environnement.

La place des classes et quartiers populaires dans le processus de fascisation

par Saïd Bouamama

La présence aux présidentielles de deux candidats dits d’extrême droite, cumulant à eux deux autour d’un tiers des intentions de vote selon les sondages successifs, souligne les succès grandissants de ce camp politique depuis plusieurs décennies dans le combat pour l’hégémonie culturelle. La reprise par d’autres candidats de concepts issus de la matrice et de l’axiologie fascisantes (grand remplacement, péril migratoire, etc.) renforce ce diagnostic d’une mutation conséquente des rapports de force idéologiques.

L’expertise des quartiers populaires sur le racisme structurel : Éléments pour une philosophie de terrain

par Christiane Vollaire

Je partirai de ce qu’il y a de commun entre extrême droite, autoritarisme politique et fascisation du pouvoir. À savoir l’usage de la contrainte, pleinement assumé comme déterminant du rapport de pouvoir. C’est précisément ce qui distingue un système idéologique essentiellement répressif (qu’on le définisse à partir d’un curseur politique, d’une méthode ou d’une historicité) de systèmes idéologiques qui, même en utilisant la répression, ne peuvent pas revendiquer le recours à la violence comme fondement idéologique.

L’extrême droite moderne en Allemagne : Entre conservatisme radical et droite raciste

par Gerd Wiegel

Avec la montée du parti « Alternative für Deutschland – AfD » (Alternative pour l’Allemagne), le système politique allemand connaît depuis 2013 une tendance qui existe dans des pays comme la France, l’Autriche ou l’Italie dès la fin des années 1990. Les partis d’extrême droite se modernisent, se séparent des contenus idéologiques et politiques démodés de la droite néofasciste, sans pour autant abandonner au fond le cadre de la pensée de l’extrême droite.

Débats

La gestion et le financement actuels des GE et ETI face à une bifurcation radicale

par Patrice Grevet

Ce texte propose à la discussion une thèse : une bifurcation sociale-écologique radicale ne peut progresser, au-delà de circonstances de départ, sans inclure de profonds changements dans la gestion et le financement des grandes entreprises (GE) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). La proposition est de sortir la gestion et le financement de ces entreprises des buts du capital, de les orienter vers des buts sociaux-écologiques dans le cadre d’une planification démocratique multi-niveaux, de mettre en œuvre un nouveau type de validation ex ante de leurs activités par un pôle bancaire socialisé. L’accent est mis sur le caractère crucial du choix démocratique des critères de gestion et de financement des GE+ETI. Le texte débouche sur la question du pouvoir dans ces entreprises passant de la férule actionnariale à la démocratie.

Une filière électronucléaire quasi verte, durable, relativement peu coûteuse ? Discutons-en !

par Pierre Masnière

En préambule, voici quelques chiffres concernant les consommations d’énergies dans le monde et dans l’UE, la contribution de l’électricité, ainsi que la contribution des émissions de CO2 dues plus spécifiquement à la production d’électricité.

Les scénarios énergétiques en débat,
Suite de la discussion avec Philippe Quirion et Behrang Shirizadeh

par Jacques Rigaudiat

Dans le numéro 30 de cet Hiver 2021-2022 de la revue Les Possibles, Philippe Quirion et Behrang Shirizadeh (PhQ&BS) apportent des réponses aux remarques critiques que j’avais adressées dans le numéro précédent de la même revue à trois scénarios énergétiques, dont leur travail paru en 2020 sous le timbre du CIRED. Puisque, comme moi, ils y appellent à un large débat, je reviens à mon tour brièvement sur les trois points qu’ils estiment problématiques dans mes remarques.

Réponses aux deux commentaires de Jean-Marie Harribey et de Pierre Khalfa

par Jacques Bidet

Les Éditions du Croquant ont organisé le 28 janvier 2022 un webinaire autour du livre de Jacques Bidet. L’auteur et l’éditeur avaient sollicité Jean-Marie Harribey et Pierre Khalfa pour discuter ce livre. Le texte de Jean-Marie Harribey « Sur le livre de Jacques Bidet L’écologie politique du commun du peuple » se trouve sur son site. Celui de Pierre Khalfa se trouve sur son blog de Médiapart : « À propos du livre de Jacques Bidet L’écologie politique du commun du peuple ». Jacques Bidet apporte ici ses réponses à l’un et à l’autre.

Recension du livre d’Attac “Macron : On fait le bilan”

par Gilles Rotillon

Voilà un petit livre qui devrait être lu par le plus grand nombre en cette période pré-électorale, où les sondages montrent la difficulté des électeurs à choisir entre les différents candidats et où l’abstention semble une nouvelle fois devoir battre des records. La plupart n’ont que des programmes qu’il est toujours difficile de prendre pour argent comptant, l’histoire montrant qu’ils ne sont que très rarement mis en œuvre une fois l’élection gagnée, ce qui rend largement vain leur examen détaillé.

Recension de Résistances africaines à la domination néo-coloniale

par Claude Serfati

L’Afrique regorge de ressources naturelles et dispose de capacités humaines exceptionnelles. Elle cumule pourtant les tragédies alimentaires, sanitaires, environnementales et demeure le continent sur lequel prospèrent les guerres sans fin et les régimes autocratiques souvent installés et toujours soutenus par les anciennes puissances coloniales. Depuis les années 1990, les économistes de la Banque mondiale imputent le sort des Africains à des défaillances internes qu’ils qualifient de « mauvaise gouvernance ». En somme, les pays du Continent n’ont pas su prendre le « virage » de la mondialisation et ne peuvent donc en récolter tous les bénéfices.

Le radeau de la Méduse ou le naufrage du vieux monde

par Jean Noviel, Daniel Rome

Les connivences du pouvoir politique et financier aux affaires du vieux monde témoignent chaque jour de leur mépris pour les populations et la démocratie. Partout, la nostalgie impérialiste de la domination s’impose comme sauvetage de la mondialisation sauvage. Ne laissons pas le saccage et la peur nous plonger en eaux troubles et relisons plutôt « Le radeau de la Méduse » du génial Géricault.

Numéro 31 – printemps 2022

Attac, 21 ter rue Voltaire, 75011 Paris

Directeur de la publication
Jean-Marie Harribey

Secrétariat de la rédaction
Isabelle Bourboulon, Edgard Deffaud, Jean-Marie Harribey, Esther Jeffers, Éric Le Gall, Christiane Marty, Pascal Paquin, Dominique Plihon.

Responsables techniques
Edgard Deffaud, Serge Gardien, Éric Le Gall, Pascal Paquin, Rémi Sergé, Valentin Drean

Comité éditorial
Sylvie Agard, Christophe Aguiton, Verveine Angeli, Paul Ariès, Geneviève Azam, Daniel Bachet, Jacques Berthelot, Catherine Bloch-London, Martine Boudet, Isabelle Bourboulon, Thierry Brugvin, Thierry Brun, Alain Caillé, Claude Calame, Christian Celdran, François Chesnais, Francoise Clement, Pierre Concialdi, Jacques Cossart, Annick Coupé, Thomas Coutrot, Christian Delarue, Vincent Drezet, Cédric Durand, Guillaume Duval, Mireille Fanon-Mendès-France, Daniel Faugeron, David Flacher, Fabrice Flipo, Pascal Franchet, Bernard Friot, Jean Gadrey, Susan George, Jérôme Gleizes, Gérard Gourguechon, André Grimaldi, Janette Habel, Nicolas Haeringer, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Isaac Johsua, Pierre Khalfa, Serge Le Quéau, Frédéric Lemaire, Christiane Marty, Gus Massiah, Antoine Math, Dominique Méda, Georges Menahem, Pascal Paquin, René Passet, Évelyne Perrin, Dominique Plihon, Thierry Pouch, Daniel Rallet, Jean-Claude Salomon, Catherine Samary, Denis Sieffert, Vicky Skoumbi, Jean-Louis Sounes, Daniel Tanuro, Bruno Tinel, Michel Thomas, Jean Tosti, Éric Toussaint, Stéphanie Treillet, Aurélie Trouvé, Patrick Viveret

Contact avec la revue et soumission d’articles
Les propositions d’articles nouveaux ainsi que les contributions répondant à des textes publiés dans les numéros précédents de la revue doivent être adressées au secrétariat de la revue : revue-cs-secretariat@list.attac.org
La revue a noué un partenariat avec Mediapart à travers une « édition » créée sur son site. À chaque parution trimestrielle de la revue, un des articles sera mis en ligne sur Mediapart.

Attac France — 2022
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75011 PARIS
France

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La France condamnée à nouveau pour enfermement d’enfants

« Le 31 mars 2022, la Cour européenne des droits de l’homme dans un arrêt a condamné pour la 9ème fois l’administration française pour sa politique d’enfermement d’enfants dans les centres de rétention. Moins de 15 jours après cette énième condamnation, la préfecture du Bas-Rhin a décidé le 11 avril, d’enfermer un père et ses 2 enfants âgés de 5 et 12 ans au centre de rétention du Mesnil Amelot », annonce la Cimade. « Depuis 2012, la Cour européenne de droits de l’homme estime que l’enfermement d’enfants dans les centres de rétention est un traitement inhumain et dégradant et viole donc l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Depuis cette première condamnation aucun gouvernement n’a changé de politique et aucune n’est venue garantir que ce genre de traitements ne seraient plus infligés à des familles. Pire, le 31 mars dernier, la France a été pour la neuvième fois condamnée pour sa politique abjecte d’enfermement de familles derrière les barbelés de ses centres de rétention. »

 

Sur son site

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Un convoi syndical pour l’Ukraine

« Un convoi intersyndical pour l’Ukraine, affrété par train, est en cours de constitution afin de matérialiser notre solidarité en fournissant une aide matérielle, des produits de première nécessité et de soins aux populations ukrainiennes victimes de la guerre. » Les grandes centrales syndicales françaises (UNSA, CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, FSU, Solidaire) se mobilisent pour aider le peuple ukrainien.

 

L’appel

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Les charters schools augmentent la ségrégation

Elément phare du projet éducation de V Pécresse, l’application en France de Charter schools, avec la concurrence entre elles, est présenté comme la solution pour relever le niveau des élèves des écoles populaires.  Selon  Franck Adamson (California State University), qui s’exprime sur le site de l’Unesco à propos des écoles américaines, il n’en est rien. « La concurrence dans les écoles à charte conduit souvent à la sélection des élèves, l’une des pratiques les plus préjudiciables à l’équité en matière d’éducation », écrit il. « La sélection se produit lorsque les écoles conseillent ou expulsent les élèves en utilisant différentes stratégies, y compris un manque de transparence dans les pratiques d’inscription, des indices aux parents que d’autres écoles serviraient mieux leurs enfants et des écoles trouvant des raisons de suspendre ou d’expulser les élèves ayant de faibles résultats aux tests… La montée en puissance des écoles à charte a vu les communautés perdre leurs écoles publiques alors que les décideurs les ferment ou les convertissent en écoles à charte. Par exemple, des recherches sur le système de Chicago montrent qu’à mesure que la privatisation de l’éducation augmentait dans toute la ville, les Afro-Américains devenaient de plus en plus séparés dans des écoles à faible revenu et uniraciales en raison à la fois des inscriptions dans les écoles à charte et des fermetures d’écoles publiques… Il existe un conflit d’intérêts inhérent entre le droit universel à l’éducation et l’objectif d’augmenter le profit. Alors que nous sommes confrontés à des défis mondiaux croissants, nous ne pouvons pas nous permettre de fracturer davantage l’offre d’éducation en diluant l’investissement public dans l’intérêt du profit privé ; au lieu de cela, nous devons collectivement concrétiser la vision de l’ONU et du droit conventionnel qui garantit le droit à une éducation publique de haute qualité pour tous les élèves ».

 

Sur le site

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Etats-Unis : les Républicains lancent les parents sur les écoles

« Nous continuerons à reconnaitre qu’en Floride les parents ont un role fondamental dans l’éducation de leurs enfants ». En signant le 28 mars une loi interdisant les cours et les livres sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les écoles de son état, le gouverneur Ron DeSantis vise beaucoup plus loin que la mise à l’index de l’homosexualité.  Toutes les écoles de Floride devront par exemple fournir aux parents la liste des livres proposés dans les CDI ou utilisés en cours. Les parents pourront poursuivre l’école s’ils estiment que celle ci contrevient à leur role fondamental dans l’instruction de leur enfant. Les écoles vont devenir un des enjeux de la prochaine élection présidentielle (où DeSantis pourrait être candidat). La droite américaine veut utiliser les parents pour imposer son ordre moral dans les écoles.

 

Dans Education Week

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Gouvernance des politiques éducatives : les documents du Cnesco

Alors que la question de la gouvernance des systèmes éducatifs revient dans le débat avec l’élection présidentielle, le Cnesco met en ligne les études scientifiques réalisées pour la conférence de consensus organisée en novembre 2021. On y trouvera 8 rapports thématiques, 5 études de cas et 9 notes d’experts. Ainsi le rapport de X Pons sur les contextes des politiques éducatives, celui de H Draelants et S Revaz sur la plausabilité des réformes éducatives, celui de V Dupriez sur la mise en oeuvre de ces réformes ou de G Rouet sur le management du changement.

 

Les documents

Les articles du Café sur cette conférence

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La compétition n’améliore pas forcément les systèmes éducatifs

Alors que les programmes des plus importants candidats à la présidentielle annoncent la fragmentation du système éducatif et la mise en concurrence des établissements si ce n’est des professeurs, l’Unesco qualifie de « mythe » la croyance dans l’amélioration des systèmes éducatifs par la concurrence. « Le programme de bons du Chili a eu un impact négatif sur les écoles publiques », note l’Unesco. « Dans les municipalités avec une part plus élevée d’inscriptions dans les écoles privées, les écoles publiques avaient des résultats aux tests plus faibles, l’écart entre les résultats des tests entre les écoles privées et publiques d’élite était plus large et l’écart socio-économique entre les parents des écoles publiques et privées était plus grand. Une comparaison des performances des scores aux tests de la municipalité entre 2002 et 2013 a révélé que les scores augmentaient avec les ressources, telles que l’éducation des parents, mais pas avec la compétition scolaire. L’introduction de bons ciblés en 2008 a incité les écoles à se disputer les étudiants, car le ciblage a rendu les écoles plus chères plus attrayantes pour les étudiants les plus pauvres… Dans certains cas, la concurrence peut se concentrer sur les enseignants. Aux États-Unis, la qualité des enseignants a diminué dans les écoles difficiles à doter en personnel après l’introduction des écoles à charte. Dans l’État de Caroline du Nord, après l’ouverture d’une école à charte à proximité, les écoles publiques difficiles à doter en personnel ont embauché moins de nouveaux enseignants et ont connu une légère baisse de la qualité des enseignants… À la Nouvelle-Orléans, des réformes majeures ont supprimé le pouvoir de négociation et les protections des enseignants pour permettre plus de flexibilité et de variation dans les stratégies d’embauche ».

 

Site Unesco

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OCDE : comment raccommoder la fracture scolaire ?

Alors que le covid a mis à nu les inégalités scolaires, comment raccommoder le tissu scolaire ? L’OCDE propose le 14 mars, dans un nouvel ouvrage appuyé sur les résultats de Talis 2018, des solutions qui font écho à la campagne présidentielle en France. Pour l’OCDE le salut est dans la gestion libérale de l’école, selon le modèle du nouveau management public. Des établissements autonomes, recrutant, salariant et licenciant leurs professeurs créeront un vaste marché éducatif où une main invisible viendra d’elle même répartir les « bons » professeurs entre les établissements. La doctrine est affirmée avec force, même si entre les lignes apparaissent des restrictions. Même si les exemples historiques de ces politiques démentent leur efficacité.

Plus d’autonomie pour mieux répartir les meilleurs professeurs

Alors que le covid a mis en évidence les inégalités sociales de réussite scolaire, l’OCDE, dans un nouvel ouvrage (Mending the Education Divide) dresse un sévère bilan de ces inégalités. L’OCDE observe que les « meilleurs professeurs » enseignent plutôt dans les écoles favorisées. L’OCDE a sa définition du « bon » professeur : il a été formé, est expérimenté et sait gérer sa classe de façon à ce que le maximum de temps soit dévolu à l’instruction. Ce sont aussi ces écoles, mieux dotées, qui ont su tirer profit de l’enseignement à distance. Or globalement les pays où ces inégalités sont les plus fortes sont aussi ceux qui ont les plus faibles résultats dans Pisa.

Pour l’OCDE, le problème est donc de mettre les « bons » professeurs « expérimentés » dans les écoles populaires pour diminuer l’écart de niveau entre les écoles. Pour cela l’Organisation recommande d’accorder davantage d’autonomie aux chefs d’établissement. En leur donnant le droit de recruter leurs enseignants, de fixer les salaires, de licencier, on aura des écoles qui auront les enseignants correspondant au profil des élèves et globalement une distribution équitable des « bons » enseignants. « Les écoles sont plus à même que les systèmes éducatifs pour identifier les bons enseignants. Plus les chefs d’établissement disposent d’autonomie pour fixer la paye des enseignants pour mieux prendre en compte les difficultés du métier, plus ils sont capables d’attirer les meilleurs enseignants pour leurs élèves ».

La main invisible

Tout l’ouvrage est bâti sur cette idée d’une main invisible qui saurait rétablir l’équilibre entre les écoles. Il est construit sur des indices de dissymétrie qui établissent des corrélations entre cette autonomie revendiquée et la répartition des enseignants ou la maitrise des nouvelles technologies. Ainsi l’OCDE démontre que « plus les chefs d’établissement sont autonomes, plus on a une distribution égale des enseignants entre les écoles ». En installant le recrutement au niveau des écoles, finalement on l’améliore.

Cette loi énoncée l’OCDE la nuance fortement. Ainsi l’organisation reconnait que quand il y a compétition entre les écoles, les meilleurs enseignants se retrouvent dans les écoles favorisées. Si on veut que les « meilleurs » enseignants  aillent dans les écoles populaires il faut financer celles ci. L’OCDE donne en exemple l’Angleterre avec ses programmes de primes pour les enseignants dans les écoles et les disciplines rares , comme les maths. Et elle reconnait aussi qu’on peut avoir une répartition équitable des enseignants expérimentés dans des systèmes éducatifs où les écoles ont peu d’autonomie comme au Japon.

Le cas français et le modèle théorique


L’ouvrage de l’OCDE montre aussi la complexité des situations à partir du cas français. En France, la répartition des enseignants expérimentés est parmi les plus inégales.Même si les écoles populaires ont des enseignants mieux formés, ne serait ce qu’avec le programme mis en place avec la rénovation de l’éducation prioritaire en 2014. Ce sont pourtant des écoles où le temps d’instruction est réduit par rapport aux écoles plus favorisées (du fait de l’indiscipline) et où les enseignants se sentent moins efficaces. En ce qui concerne le numérique, on trouve dans les écoles publiques des professeurs mieux formés que dans le privé mais on y utilise moins les outils numériques.

Alors que l’autonomie des établissements, c’est à dire en fait celle des directeurs et chefs d’établissement, s’inscrivent dans les programmes de plusieurs candidats à la présidentielle (au moins Macron et Pécresse), l’ouvrage de l’OCDE semble, malgré les réserves émises, leur apporter le soutien de l’OCDE.

Un modèle contesté par les faits

Si l’OCDE sait calculer des corrélations pour montrer la pertinence du modèle, l’histoire récente montre que les résultats ne sont pas forcément au rendez vous. On pourrait bien sur objecter à l’idée de l’OCDE que l’enseignant « expérimenté » est plus à même de réussir dans les écoles défavorisées. Une répartition équitable des enseignants en terme d’ancienneté entre les écoles augmenterait elle réellement le niveau scolaire des élèves ? On comprend que des candidats s’en tiennent à cette idée simple plutôt que chercher les conditions d’accompagnement des enseignants exerçant dans ces écoles.

Mais on dispose de l’étude de Florence Lefresne et Robert Rakocevic (Depp) sur l’échec des modèles suédois, anglais et hollandais. Voilà trois pays qui ont appliqué une large autonomie des établissements. La Suède est allée le plus loin en ce sens en municipalisant le recrutement et les salaires des enseignants et en accordant aux écoles un large autonomie pédagogique.Dans les trois pays on a d’abord assisté à une forte perte d’attractivité pour le métier enseignant avec des pénuries obligeant les établissements à recruter des enseignants très peu formés. Finalement les résultats des élèves dans Pisa 2015 sont inférieurs à la moyenne OCDE en Angleterre et aux Pays Bas. En Suède il y a eu une telle dégringolade que l’Ocde elle même a fini par recommander de revoir l’autonomie des établissements.

Raccommoder la fracture scolaire n’est pas indépendant du raccommodage social en général. C’est le vice de départ de ces modèles qui considèrent qu’on peut réparer l’Ecole indépendamment de la société. Il se trouve que les écoliers sont aussi des enfants qui ont des conditions de vie qui influent fortement sur les résultats scolaires. Reconnaitre cette réalité ce serait aussi remettre en question le « mérite » et « l’égalité des chances ». Et c’est peut-être ce qu’on veut éviter de faire.

 

L’ouvrage OCDE

Sur les Pays Bas, Angleterre et Suède

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Ukraine : la FSU pour la scolarisation des réfugiés

« La France doit renouer avec sa tradition humaniste d’accueil des réfugié-es sans opérer de tri selon la nationalité des migrant-es », écrit la Fsu. « La FSU exige qu’un effort particulier soit fait pour l’accueil et la scolarisation des jeunes réfugié-es. Cela passe notamment par le renforcement des UPE2A. Aujourd’hui, ces structures sont sous tension, faute de moyens, et ce sont les élèves qui en ont le plus besoin qui en subissent les conséquences ».

 

Su rle site

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L’enseignement catholique prêt à scolariser les réfugiés ukrainiens

 » À moyen et long terme, nous serons peut-être amenés à accueillir des familles ukrainiennes. Je sais que l’Enseignement catholique saura alors se mobiliser pour scolariser les enfants, trouver des hébergements pour les familles… », écrit le secrétaire général de l’enseignement catholique, Philippe Delorme, aux établissements catholiques. « Plus que jamais, nous devons œuvrer chaque jour, là où nous sommes, à la construction d’une civilisation de l’Amour qui seule permettra d’éviter les guerres. »

 

La lettre

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Une intersyndicale contre la guerre en Ukraine

La CGT, Solidaires et la Fsu partagent la même lecture de l’invasion de l’Ukraine et le manifestent dans un tract commun.  » Nos organisations, CGT, FSU et Solidaires, condamnent l’invasion de l’Ukraine par les armées russes, en violation de la souveraineté ukrainienne et de la charte des Nations Unies. La responsabilité de la guerre en cours incombe à Vladimir Poutine et à son régime : sa décision fait basculer les relations internationales dans une période instable et dangereuse », écrivent-ils.  » Nos organisations rappellent leur opposition à toute escalade militaire dont les conséquences, imprévisibles, peuvent conduire à un engrenage et à une confrontation des impérialismes au détriment des peuples. La voie vers une paix à long terme passe par la diplomatie, un désarmement négocié, le financement de plans pour la justice sociale et climatique qui devrait être la priorité des Etats plutôt que la relance des budgets militaires ou l’élargissement de l’OTAN. »

 

Le communiqué

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Le métavers au carrefour des illusions

27.01.2022, par

Les visiteurs assistent à un concert virtuel sur le stand métaverse d’une société coréenne au salon Consumer Electronics Show 2022 à Las Vegas.
Évolution incontournable… ou simple effet de mode? L’informaticien Michel Beaudouin-Lafon nous livre son analyse sans concession sur le métavers, ce monde virtuel sur lequel misent beaucoup certaines entreprises du numérique.

Le métavers est défini comme l’Internet en 3D, ou l’Internet immersif. Quelles sont d’après vous, ses caractéristiques principales ?
Michel Beaudouin-Lafon1. Le métavers est un environnement virtuel collaboratif. C’est un espace en 3D où l’on est représenté par un avatar et où l’on peut communiquer avec les autres utilisateurs présents. Les environnements collaboratifs remontent au moins aux années 1990. Il y avait par exemple le système Dive, à l’université de Nottingham, où les avatars étaient dans un environnement qui simulait un bureau et où l’on pouvait mener des réunions à distance. Plus récemment, il y a eu Second Life, qui a eu un grand succès, mais on peut mettre aussi dans la même catégorie des jeux qui ont émergé dans les années 2000, comme World of Warcraft. Ces environnements virtuels ont donc été popularisés par les jeux, mais aujourd’hui, on essaie d’en faire des plateformes pour y réaliser d’autres activités.

Expérience immersive dans l’installation « Machine Hallucinations Space: Metaverse » de l’artiste des médias numériques Refik Anadol (Digital Art Fair Asia, octobre 2021).

Sur quelles technologies repose le métavers, et qu’ont-elles d’innovant ou de révolutionnaire ?
M. B.-L. De révolutionnaire, rien. D’innovant, je dirais pas grand-chose puisque le métavers repose sur des technologies éprouvées. On peut y entrer à l’aide d’un écran et d’un clavier, mais l’accès se fait de préférence à l’aide de lunettes de réalité virtuelle, dont les premiers prototypes datent de 1967. Le but est de donner une sensation d’immersion beaucoup plus réaliste. En plus des lunettes, on tient dans ses mains des poignées dotées de capteurs qui permettent à notre avatar de mimer nos gestes. On peut aussi utiliser des dispositifs qui captent nos expressions faciales pour les reproduire sur l’avatar. Le métavers repose en outre sur une infrastructure de calcul distribuée qui permet que ce monde virtuel puisse être vu de manière simultanée par tous les utilisateurs connectés. Ainsi, si je lève la main, tout le monde peut voir en même temps mon avatar lever la main. Ces technologies ont toutefois encore des limites. Les lunettes de réalité virtuelle sont des équipements assez lourds qui n’ont pas une autonomie très longue et dont le champ de vision est assez restreint. On a l’impression d’avoir des œillères. Si l’équipement n’est pas de très bonne qualité, il y a en plus un effet de décalage car le mouvement des images ne suit pas exactement celui de nos gestes, et cela peut produire une sensation de malaise, une sorte de mal de mer appelé « cybersickness ».

Démonstration d’une combinaison qui permet de ressentir des sensations physiques, comme le souffle du vent, au Consumer Electronics Show 2022, à Las Vegas.
Pour ma part, je n’ai jamais cru qu’une technologie comme celle-ci pourrait prendre le dessus et devenir l’unique mode de communication. Ce discours sur le métavers ressemble à ce que l’on disait au sujet de Second Life.

Fin octobre 2021, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a annoncé que sa compagnie s’appelait désormais Méta et a décrit en détail ses projets pour le métavers2. Quel signal cherche-t-il à faire passer et pourquoi ce pari si déterminé sur la réalité virtuelle ?
M. B.-L. Je ne suis pas dans les neurones de Mark Zuckerberg, mais on peut observer que Facebook est l’objet de critiques de plus en plus vives, en particulier en raison de son rôle dans l’élection américaine de 2016. À cela s’ajoute une perte d’influence de Facebook. Beaucoup de jeunes lui préfèrent d’autres plateformes comme Tik Tok. C’est une crainte existentielle et ils doivent trouver autre chose pour créer de l’intérêt. Le troisième point tient sûrement à la personnalité de Mark Zuckerberg, qui se révèle peu à l’aise avec les contacts sociaux. Le fait de vouloir créer un monde dans lequel on peut se cacher derrière un avatar est peut-être une projection de sa propre crainte de ces contacts. Mais c’est là mon opinion personnelle.

Au-delà des promesses de ses promoteurs, à quoi ressemble le métavers aujourd’hui ? Que peut-on y faire ?
M. B.-L. Ce que j’en ai vu était assez déprimant, assez limité. Pour l’instant, ce que Facebook a mis en place s’appelle Horizon Worlds. Il s’agit d’un environnement pour faire des réunions de bureau. On y trouve un univers très simplifié où les gens peuvent se retrouver et échanger entre eux, ainsi que des espaces qui relèvent de la salle de spectacles virtuelle. Les avatars ont l’apparence de… moi j’appelle ça « le monde des Teletubbies » : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Comme le système ne capte pas la partie inférieure du corps, les avatars sont des troncs qui flottent dans l’air, ce qui est assez perturbant. Les fonctionnalités sont très limitées. Au niveau des expressions faciales, ça reste très pauvre. On peut manipuler des objets, mais ça ne va pas très loin.

Dans l’outil de réunion à distance Horizon Workrooms de Méta, les avatars sont réduits à la partie supérieure du corps.

 

Pourtant, d’après les apôtres du métavers, celui-ci constitue l’ultime révolution numérique. D’après eux, on va y passer le plus clair de notre vie. Notre travail, nos loisirs, nos achats, toute notre socialisation aura lieu dans le métavers. Les ambitions affichées par certaines entreprises ne sont-elles pas assurément démesurées ?
M. B.-L. Si. Moi je trouve ça plutôt triste. Bien sûr, il y a une place pour les jeux en ligne et les activités en ligne dans des environnements virtuels ou pas. Mais je pense que, depuis deux ans que l’on vit tous sous cloche, ce que les gens veulent sont des vraies activités et de vraies interactions. Tenez, l’interaction que nous avons là, en face-à-face par visioconférence est beaucoup plus riche et satisfaisante que si nous étions de petits bonshommes dans un espace virtuel. Pour ma part, je n’ai jamais cru qu’une technologie comme celle-ci pourrait prendre le dessus et devenir l’unique mode de communication. Ce discours sur le métavers ressemble à ce que l’on disait au sujet de Second Life. À l’époque, les entreprises avaient installé leurs boutiques et même les partis politiques se devaient d’être sur Second Life… qui est ensuite tombé en désuétude. À mon avis, on verra quelque chose de similaire. On peut prévoir une explosion du métavers, puis le soufflé retombera, comme on l’a vu aussi pour les films en 3D. Il ne disparaîtra pas, mais trouvera sa niche. Pour l’instant, on a surtout des effets d’annonce. Par exemple, la ville de Séoul (Corée du Sud) veut faire un métavers pour les services publics de la ville. L’annonce de Mark Zuckerberg a créé un appel d’air. Mais au-delà de ça, je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un fort engouement.

Quels sont les risques liés au développement du métavers ?
M. B.-L. Les hackers peuvent s’introduire partout et s’introduiront dans le métavers comme ils se sont introduits dans les réseaux sociaux et dans le courrier électronique avec le spam. Mais là où les questions de sécurité vont devenir vraiment sérieuses, c’est avec le vol d’identité. Le métavers qu’envisage Facebook, c’est avant tout pour le business. C’est donc de l’argent, des transactions et donc, des arnaques financières.

Une réunion dans Second Life® en 2006, où la discussion portait sur l’éthique dans la recherche sur les mondes virtuels. Aujourd’hui, on peut y vendre tout ce qu’on peut imaginer…

S’ajoute le risque de harcèlement ?
M. B.-L. Oui. On le voit déjà dans les jeux en ligne. Mais dans un espace virtuel immersif, l’impact du harcèlement sera plus fort car la sensation de présence est décuplée. Imaginez que vous enfilez vos lunettes de réalité virtuelle et qu’une foule vous fond dessus en vous insultant…  Ce qui est particulièrement problématique, c’est que dans le métavers tout se passe en temps réel. C’est la différence avec Facebook ou Twitter qui sont des médiums asynchrones : avant que le monde puisse lire ma publication, celle-ci passe par des algorithmes de filtrage et des processus de modération algorithmique. Ce décalage laisse le temps de réagir. Ce n’est pas le cas dans le métavers : si je vous insulte dans le métavers, personne n’a le temps de faire quoi que ce soit. On a d’ailleurs déjà des témoignages de harcèlement, sexuel ou autre, dans Horizon Worlds et Facebook a dû créer une fonctionnalité de « bulle » pour se protéger. Un autre problème est que l’on ne saura pas toujours si derrière un avatar il y a une vraie personne ou s’il est piloté par une intelligence artificielle. On peut très bien imaginer dans le métavers de voir une armée d’avatars qui vous fond dessus, mais qui, en réalité, ne sont que des robots programmés pour vous insulter, ou pour diffuser des fake news.

On peut prévoir une explosion du métavers, puis le soufflé retombera, comme on l’a vu aussi pour les films en 3D. Il ne disparaîtra pas, mais trouvera sa niche.

Cela pose la question des effets du métavers sur la santé mentale…
M. B.-L. Tout d’abord il faut dire que la réalité virtuelle peut être utilisée pour traiter des troubles mentaux, comme l’agoraphobie, et que certaines personnes victimes de discrimination apprécient de pouvoir avoir des contacts sociaux dans des environnements où elles ne sont pas réduites à leur apparence. Il y a beaucoup d’expérimentations très intéressantes sur ces sujets. De manière générale les technologies sont souvent neutres et c’est leur usage qui peut devenir négatif. L’effet sur la santé mentale d’une personne qui se sent rejetée dans le métavers pourrait être catastrophique. L’addiction à ces espaces virtuels est aussi un sujet d’inquiétude, qui se pose peut-être plus particulièrement dans des pays comme le Japon ou la Corée du Sud où l’on a déjà observé de nombreux cas d’addiction aux jeux vidéo.

Avec le métavers, plus que jamais, on confie notre vie à ces énormes compagnies du numérique. Comment les États régulent-ils leurs activités ?
M. B.-L. Elles ne sont absolument pas régulées, ni pour les services qu’elles offrent ni pour les recherches qu’elles mènent. Depuis l’émergence des réseaux sociaux pas grand-chose n’a été fait en matière de législation. L’un des problèmes est que la plupart de nos députés ou sénateurs ne savent pas de quoi il retourne. On l’a vu quand Mark Zuckerberg a été interrogé par le congrès américain : les sénateurs posaient des questions qu’on leur avait écrites sur un bout de papier et qu’ils ne comprenaient visiblement pas. Il y a un vrai problème d’éducation sur ce que sont ces technologies et la façon dont ces entreprises fonctionnent.

Des joueurs de Pokémon Go chassent en groupe dans les rues de Berlin, en Allemagne, en août 2016.

Contrairement aux débuts de l’Internet, qui se caractérisait par un esprit anticonformiste, voire anarchiste, le métavers est commercial dès son origine, et seulement commercial. Peut-on imaginer un métavers libre, en résistance face au contrôle des Gafam ?
M. B.-L. J’aimerais le croire. Je pense qu’il y aura de la résistance, mais est-ce que c’est elle qui prendra le dessus ? Je pense que les États ou l’Europe pourraient se donner comme projet de développer des plateformes virtuelles qui ne soient pas aux mains d’entreprises privées. Cela, sans interdire que celles-ci viennent y mettre en place des services. Ça va paraître un peu désuet, mais on peut imaginer un système comparable au Minitel. Là, l’État mettait à disposition de chacun un terminal gratuit, et facturait le temps de connexion au travers des PTT.

Diverses recherches sont menées pour améliorer les interactions dans un environnement virtuel. Ici, dans le cadre d’une collaboration distante entre les murs d’écrans des plateformes Wild (université Paris-Saclay) et Wilder (Inria), l’image vidéo de chaque participant suit sa position dans l’espace distant.

 

En tout cas, il faudrait réfléchir à d’autres modèles de financement. L’Internet d’aujourd’hui celui-ci se fait par la publicité et la collecte des données personnelles, et cela a étouffé tout le reste.  Mais cela touche à une autre question. Est-ce que, vraiment, le métavers de Mark Zuckerberg est le meilleur modèle ? Moi je pense que c’est un univers assez étriqué car il crée un environnement virtuel modélisé sur l’environnement physique. Pourquoi recréer à l’identique ce qu’on connaît dans le monde physique ? Je pense qu’il serait plus intéressant de s’orienter vers de la réalité augmentée. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir des lunettes opaques pour supprimer la réalité, on aurait des lunettes transparentes qui permettraient d’augmenter la réalité en montrant des informations nouvelles. Un bon exemple est le succès phénoménal du jeu Pokémon Go. Son éditeur, Niantic, travaille d’ailleurs à une sorte de métavers en réalité augmentée3. On doit accepter que le monde physique, finalement, ne fonctionne pas si mal que ça, et qu’il va continuer d’exister. ♦

À lire sur notre site :
Mieux penser les interfaces informatiques, un billet de Michel Beaudouin-Lafon (mai 2016)
Peut-on se noyer dans le virtuel ?

Notes

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