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Tous surveillés – 7 milliards de suspects

90 min
Disponible du 14/04/2020 au 19/06/2020
Sous-titrage malentendant
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.

Source : https://www.arte.tv/fr/videos/083310-000-A/tous-surveilles-7-milliards-de-suspects/

Des caméras de Nice à la répression chinoise des Ouïghours, cette enquête dresse le panorama mondial de l’obsession sécuritaire, avec un constat glaçant : le totalitarisme numérique est pour demain.

Aujourd’hui, plus de 500 millions de caméras sur la planète offrent aux autorités la capacité de nous surveiller, à peu près partout et à chaque instant. Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Dorénavant, l’incroyable perfectionnement de l’intelligence artificielle valide l’idée d’un regard total. Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifier les suspects. En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche. En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Marquée par l’attentat au camion du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts, et s’est produit en dépit des 2 000 caméras scrutant la ville, Nice se situe désormais à l’avant-garde de l’expérimentation. Le centre de supervision et les zones dédiées à la reconnaissance faciale sont les chevaux de bataille du maire Christian Estrosi, qui veut faire de sa ville une safe city. Comme un virus, l’idéologie du tout sécuritaire se répand à la mesure d’une révolution numérique à la puissance exponentielle. Va-t-elle transformer notre monde en une planète habitée par 7 milliards de suspects ? Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles peuvent-elles endurer ?

Dictature 3.0
On le surnomme le « marché de la peur », estimé à 40 milliards de dollars par an. Colossaux, les enjeux de la surveillance intelligente aiguisent les appétits de sociétés prêtes à promouvoir le « modèle Big Brother » pour engranger les plus grands bénéfices. L’enquête internationale de Sylvain Louvet démonte les rouages de cette machine aux innombrables facettes et dévoile la relation incestueuse qui se noue entre les industriels et les pouvoirs publics. En Israël, elle souligne les liens entre l’armée, le Mossad et les start-up technologiques, soupçonnées de tester la reconnaissance faciale aux checkpoints. En France, elle met en lumière l’influence du secteur privé, dans les orientations choisies par le maire de Nice, Christian Estrosi. Aux États-Unis, l’enquête donne la parole à ceux qui dénoncent la faillibilité du logiciel de reconnaissance faciale d’Amazon couplé à un fichage biométrique généralisé. Le documentariste a également réussi à enquêter en Chine, pays où l’obsession sécuritaire est en passe de donner naissance à une nouvelle forme de régime  : la dictature 3.0. Arrestations « préventives » arbitraires, mise en place d’un système de notation des citoyens, fichage ADN et persécution systématisée (allant jusqu’à l’apposition d’un QR code sur la porte des appartements) de la minorité musulmane des Ouïghours… L’arsenal de la répression connaît un degré de raffinement inédit dans l’histoire de l’humanité. Un camp du Goulag numérique : telle est la vision du futur dessinée par ce documentaire aussi percutant que glaçant.

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Le plan de sortie de crise

Voici le « plan de sortie de crise » présenté aujourd’hui dans la presse par le « collectif urgence sociale et écologique » (20 organisations syndicales et associatives).

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De la CGT à Greenpeace, un «plan de sortie de crise» sociale et écologique

Par Frantz Durupt

Hausse des salaires, suppression de certains liaisons aériennes, embauches dans les hôpitaux… Une vingtaine de syndicats et associations dévoilent ce mardi des propositions pour poser les bases du «monde d’après». Le résultat d’un échange noué il y a près d’un an.

Que sera le «monde d’après» la pandémie de Covid-19 ? Bien malin qui pourrait déjà le dire, mais gageons qu’à gauche, on ne perdra pas de sitôt l’habitude de produire à la chaîne des «tribunes» et autres «appels unitaires» pour faire advenir «un autre monde». Fait notable : ce mardi, l’une de ces multiples démarches franchit une étape supplémentaire avec la mise sur la table d’un «plan de sortie de crise» comprenant 34 propositions. Autre fait notable : l’initiative réunit une vingtaine d’organisations dont le spectre s’étend de la CGT à Alternatiba en passant par Solidaires, la FSU, Greenpeace France, Oxfam France, les Amis de la Terre, l’Unef ou encore Attac, soit quelque chose qui commence à ressembler à une convergence concrète entre le social et l’écologie, ce doux rêve de gauche que synthétise le slogan «fin du monde, fin du mois, même combat» né dans le sillage des gilets jaunes.

L’alliance a pris racine dès l’été 2019, autour du trio Attac–Greenpeace–CGT, avant de s’amplifier autour d’une tribune dans le JDD en janvier et de s’accélérer, à la faveur de la pandémie de Covid-19, avec une autre tribune publiée fin mars sous le titre «Plus jamais ça». «La toute première fois que j’ai rencontré Philippe Martinez [le secrétaire général de la CGT], c’était au contre-sommet du G7, à l’initiative d’Attac, qui a eu cette excellente idée», se remémore Jean-François Julliard, le directeur général de Greenpeace France. «On s’est rendu compte qu’il y a beaucoup plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous opposent», dit-il à l’unisson du leader de la CGT, qui se félicitait mi-mai, dans un entretien à Libé, que des organisations aussi différentes que son syndicat et Greenpeace finissent par se retrouver «pour dire que ça ne peut plus continuer comme avant».

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«Etonnamment, ça a été très vite»

Dans les faits, une bonne partie des 34 mesures proposées dans ce «Plan de sortie de crise» ne surprendront pas les habitués des meetings de gauche ou écolos. Florilège : pas de salaires «en dessous de 1 700 euros nets» ; un temps de travail de référence de 32 heures hebdomadaires ; pas de licenciements qui ne seraient pas «justifiés par des difficultés économiques graves et immédiates» ; revalorisation massive de «l’ensemble des minimas sociaux et des aides sociales» ; suppression de la dette des pays pauvres et «rachat de dette publique en lui donnant le statut de dette perpétuelle avec un taux d’intérêt nul» pour ce qui concerne la France ; soutien à la transition écologique en permettant «aux paysan·nes de développer les protéines végétales et prairies, lier l’élevage au sol, gérer durablement l’eau, lutter contre la déforestation importée, s’affranchir à terme des pesticides et engrais de synthèse et des multinationales qui les fabriquent»

Des idées classiques, mais unanimement adoptées par les signataires après avoir été «passées au prisme et au crible de nos grilles de lecture respectives», dit Jean-François Julliard. «Etonnamment, ça a été très vite», souligne Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France. «Tout le monde est très conscient de la nécessité. Tout le monde a envie que ça se passe bien», ajoute-t-elle. Ce qui ne signifie pas que cela s’est fait sans discussions : «Il y a eu des débats entre Oxfam et Attac sur la taxe sur les transactions financières, Oxfam considérant qu’il en existait déjà une, Attac considérant que non», raconte Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac. «Finalement, on a écrit qu’il y avait déjà une taxe sur les transactions financières, mais à améliorer. Les compromis ont dû être faits de toutes parts. Même sur la question agricole et alimentaire, ça n’est pas forcément simple entre la Confédération paysanne et les syndicats représentant les salariés agricoles.»

«Cette crise, ça peut aussi être l’occasion d’un choc néolibéral»

Les enjeux du moment ont peut-être aidé à fortifier les rapprochements, tout en rendant certaines propositions plus légitimes. «Vous voyez bien tous les débats autour de la relance des activités les plus polluantes», lance Aurélie Trouvé. «C’est là que notre cadre prend tout son sens. On ne pensait pas qu’il prendrait autant de sens dans la période.» «Certaines idées n’auraient peut-être pas été perçues aussi positivement avant la crise», avance de son côté Jean-François Julliard. «Par exemple, l’interdiction de certaines lignes aériennes est aujourd’hui dans le débat public. Avant, il n’en était même pas question. On sent bien qu’au sein même du gouvernement, des certitudes ont été remises en cause.» Autre sujet majeur : le système de santé. «La question des hôpitaux, là elle est vraiment au centre», relève Aurélie Trouvé. «On écrit qu’il faut créer 100 000 emplois de fonctionnaires. On a chiffré. Ce ne sont pas des grands mots, des grands discours.»

Reste à savoir ce qu’il adviendra de tout cela. Pour l’heure, une vaste réunion Zoom a été organisée avec l’ensemble des partis politiques représentant la gauche, du Parti socialiste au NPA, afin de poser les bases d’un dialogue élargi. Et si certaines mesures sont d’application directe, tout n’est pas figé. «Il y a des points qu’il faut qu’on développe : la reconversion industrielle, la reconversion énergétique et l’Europe», explique Aurélie Trouvé. «On a encore beaucoup de boulot, mais il faut se donner le temps, le faire à notre rythme. On ne peut pas régler en quelques semaines des débats de plusieurs années», ajoute-t-elle, en vantant un plan «évolutif» destiné à s’enrichir en invitant les citoyens et les salariés à s’en emparer. Tout en avertissant : «Dans ces moments d’immédiat après-crise, les choses s’accélèrent. Et elles peuvent s’accélérer dans différents sens. Cette crise, ça peut aussi être l’occasion d’un choc néolibéral. D’où la nécessité de se mobiliser maintenant.»

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« S’il n’y avait pas d’évasion fiscale, il n’y aurait pas de problème d’équilibre des finances publiques »

Dominique Plihon, porte-parole d’Attac France et professeur d’économie financière à l’université Paris-XIII a répondu à vos questions lors d’un tchat du Monde.fr à propos de la lutte contre l’optimisation et l’évasion fiscales.

Publié le 15 février 2017 à 15h13 – Mis à jour le 15 février 2017 à 15h14

Que peut entreprendre la France, et plus généralement l’Union européenne (UE) pour lutter contre l’optimisation et l’évasion fiscale ? Alors que l’UE a déjà adopté, en 2016, une série de mesures dans la foulée du scandale « Panama papers », beaucoup s’interrogent sur la tolérance qu’elle affiche à l’égard de « petits paradis fiscaux », tels que l’île de Madère, à laquelle Le Monde s’intéresse, mercredi 15 février.

Le Monde.fr a invité Dominique Plihon, porte-parole d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) France et professeur d’économie financière à l’université Paris-XIII, à participer à un tchat afin de répondre à vos questions sur le sujet.

Alain : « Vos questions sur l’optimisation et l’évasion fiscale »… Je ne me sens pas concerné par tout ça. Devrais-je l’être ?

Dominique Plihon : Je précise que je parle à la fois en tant qu’économiste et citoyen altermondialiste. L’évasion fiscale est une question majeure pour la société et même pour la démocratie. Premièrement, nous avons montré que l’évasion fiscale représente des sommes considérables, de l’ordre de 60 à 80 milliards d’euros par an pour la France, et 1 000 milliards d’euros par an pour l’Union européenne.

Dans le cas de la France, l’évasion fiscale correspond à peu près au montant du déficit public. C’est-à-dire que s’il n’y avait pas d’évasion fiscale, il n’y aurait pas de problème d’équilibre des finances publiques.

Deuxièmement, l’évasion fiscale profite essentiellement aux citoyens les plus fortunés et aux plus grandes entreprises transnationales, ce qui renforce les inégalités et crée un sentiment d’injustice fiscale, ce qui est contraire au droit fondamental qui place les citoyens à égalité devant l’impôt. Ce sentiment d’injustice sape l’un des fondements de l’Etat de droit qu’est l’impôt.

Maxime : Vu les chiffres que vous donnez et donc les enjeux de la lutte contre l’évasion fiscale, il me vient une question. Pourquoi est-ce si compliqué de lutter contre ? J’imagine que tous les gouvernements intelligents (de droite comme de gauche) ont dû vouloir « mettre le paquet » pour récupérer la cagnotte ?

Dominique Plihon : Le principal obstacle à la lutte contre l’évasion fiscale n’est pas la complexité, mais la volonté politique. En France, par exemple, il existe ce qu’on appelle le « verrou de Bercy » qui nécessite l’autorisation du ministre de l’économie pour poursuivre les gros délinquants fiscaux, entreprises ou particuliers. Les hommes politiques peuvent être sensibles aux pressions des lobbies et ne pas avoir la sévérité requise dans la lutte contre ces derniers. Pour éviter ce risque, il faudrait supprimer ce « verrou » et donner à la justice une entière liberté pour poursuivre ces délinquants sans autorisation préalable.

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Pour montrer l’insuffisante volonté politique en France de lutter contre l’évasion fiscale, il faut savoir que 35 000 fonctionnaires des services fiscaux ont été supprimés depuis près de quinze ans, parmi lesquels des inspecteurs chargés de traquer l’évasion fiscale. Un inspecteur des impôts rapporte pourtant plus à l’Etat qu’il ne lui coûte, parce qu’il permet de recouvrer des recettes fiscales souvent importantes.

Zamboanga : Quelles sont les propositions des candidats pour réduire les déficits publics de la France ?

Dominique Plihon : La plupart des candidats de droite, y compris Emmanuel Macron, que je considère comme tel, veulent réduire les dépenses publiques et augmenter certains impôts comme la TVA. Ce qui se traduit par une dégradation des services publics, de la protection sociale, au détriment des citoyens les plus fragiles.

Ces mesures sont exactement le contraire de ce que proposent les candidats marqués à gauche (Hamon et Mélenchon, par exemple). Ces derniers préconisent de s’attaquer d’abord à l’évasion fiscale, qui pèse lourdement sur les finances publiques. Par ailleurs, certaines niches fiscales qui profitent aux citoyens les plus aisés (déduction sur l’immobilier) devraient être supprimées, car elles coûtent, elles aussi, d’après la Cour des comptes, l’équivalent de 80 milliards d’euros par an.

Selon ces candidats de gauche, certains impôts doivent être augmentés, en particulier les impôts sur le capital (succession, impôts sur les sociétés, les plus-values, etc.). En revanche, ils ne proposent pas d’augmenter la TVA, qui est un impôt dit régressif et qui pèse principalement sur les ménages dont les revenus sont les plus bas.

Axel : Concrètement, quelles sont les actions que l’Union européenne peut mettre œuvre en pour lutter contre l’évasion fiscale ?

Dominique Plihon : Il est prioritaire de donner un statut juridique aux lanceurs d’alertes pour les protéger. Ceux-ci jouent un rôle important pour révéler au grand jour les pratiques fiscales illégitimes qui conduisent à l’évasion fiscale. On peut donner l’exemple de l’affaire « Luxleaks », au Luxembourg, dans laquelle des lanceurs d’alertes, dont Antoine Deltour, ont diffusé des fichiers de leur employeur, la société de conseil PricewaterhouseCoopers.

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Ces fichiers montraient la pratique du Luxembourg consistant à accorder dans la plus grande opacité des avantages fiscaux (« rulings » en anglais) qui sont destinés aux multinationales. Cette pratique correspond à de la concurrence déloyale à l’égard des autres pays européens et nuit aux principes de l’harmonisation fiscale qui devrait dominer en Europe.

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Antoine Deltour et ses collègues ont été attaqués en justice avec un risque d’amende et d’emprisonnement. Leur rôle a été tout à fait salutaire pour lutter contre l’évasion fiscale en Europe. Il faudrait que les autorités européennes mettent leurs actes en accord avec leurs discours et reconnaissent le rôle des lanceurs d’alertes. Or, celles-ci, ainsi que le gouvernement français, viennent de soutenir une directive européenne sur le secret des affaires qui donnent la priorité aux intérêts des entreprises.

Robert : Quid d’une homogénéisation des pratiques fiscales au sein de l’UE ?

Dominique Plihon : L’harmonisation des pratiques et politiques fiscales est en effet une condition nécessaire pour stopper l’optimisation fiscale fondée, justement, sur les différences entre les Etats. Actuellement, une directive est en cours d’élaboration pour tenter d’harmoniser l’impôt sur les sociétés dans l’Union européenne.

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Mais, pour être efficace, il faudrait que cette politique harmonise à la fois les taux d’imposition et l’assiette fiscale, ce qui ne semble pas être le cas à ce stade d’élaboration. L’Union européenne ne pourra fonctionner correctement que si elle se dote d’une fiscalité harmonisée. On en est encore très loin…

Youssef : Pensez-vous que la lutte contre l’évasion fiscale est vaine étant donné que nous avons des paradis fiscaux au cœur de l’Europe mais aussi au cœur de la zone euros ?

Dominique Plihon : Il est en effet anormal que les autorités européennes tolèrent des paradis fiscaux au sein même de l’UE, ce qui est une sorte de « cancer » qui mine de l’intérieur la construction européenne. On observe des contradictions.

D’un côté, l’Irlande est frappée d’une amende de 13 milliards d’euros pour ses largesses fiscales à l’égard de la société Apple, ce que refuse le gouvernement irlandais. Et, d’un autre côté, on vient d’apprendre que la Commission n’agit pas à l’égard de paradis fiscaux tels que, selon moi, la zone franche de Madère, au motif que le gouvernement portugais a une politique fiscale jugée satisfaisante.

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Il faudrait éradiquer tous les paradis fiscaux à l’intérieur de l’Union européenne. L’argument souvent opposé est que les sociétés iront alors s’installer à l’extérieur de l’UE. Une solution est d’élaborer une loi fiscale comparable à celle des Etats-Unis, la loi FATCA élaborée sous l’administration de Barack Obama et menacée par celle de Donald Trump. Cette loi FATCA consiste à obliger toutes les banques dans le monde à déclarer les revenus qu’elles reçoivent des ressortissants américains, ce qui permet à l’administration fiscale américaine de lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

Catherine : Comment peut-on faire pression en tant que citoyen pour aider les politiques à prendre cette question au sérieux ?

Dominique Plihon : La pression citoyenne a un rôle majeur à jouer pour lutter contre l’évasion fiscale. Les lanceurs d’alertes, qui sont des citoyens courageux, en sont une première illustration. Les campagnes lancées par la plate-forme des « paradis fiscaux et judiciaires » qui rassemble une vingtaine d’ONG en France ont une certaine efficacité, c’est elle qui a obtenu que l’obligation de « reporting » dans les paradis fiscaux soit inscrite dans la loi bancaire française de 2013 et reconnue comme utile par les autorités européennes.

Marion : Pensez-vous que le projet BEPS (acronyme qui signifie en français « lutte contre l’érosion de la base fiscale ») de l’OCDE soit possible à mettre en place et suffisant pour réduire l’optimisation fiscale ?

Dominique Plihon : Le projet BEPS va dans le bon sens dans la mesure où il cherche à accroître la transparence des pratiques fiscales, ce qui est une première étape pour lutter contre l’optimisation fiscale, qui est une forme d’évasion qui consiste à profiter des différences entre les législations fiscales nationales pour réduire le paiement des impôts. Par exemple en localisant ou en transférant les profits des entreprises vers les « paradis fiscaux » où le taux d’imposition des profits est faible, voire nul. C’est le cas par exemple à Madère dont Le Monde parle aujourd’hui.

Le programme BEPS est toutefois insuffisant pour stopper certaines formes d’évasion fiscale. Il faudrait aller plus loin que les simples échanges d’informations qu’il prévoit et prendre, par exemple, les mesures suivantes, qui seraient beaucoup plus efficaces, beaucoup plus contraignantes :

  • à l’échelle de la France ou de l’Europe, imposer un « reporting » (rapport) pays par pays aux banques et aux entreprises transnationales concernant leurs opérations dans leurs filiales à l’étranger, et en particulier dans les paradis fiscaux. Cette disposition est déjà prévue par la loi bancaire française de 2012, mais le gouvernement vient de reculer devant la demande des ONG de rendre publics ces « reportings », ce qui aurait été un moyen de pression considérable à l’égard des entreprises et des banques qui pratiquent l’évasion fiscale.
  • à l’échelle mondiale, créer un registre mondial public afin de connaître les propriétaires effectifs des trusts et autres montages juridiques qui sont parmi les principaux canaux de l’évasion ou l’optimisation fiscales.

Le Monde

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A l’échelle mondiale, le Covid-19 tue davantage que ce que disent les bilans Le Monde

Chaque soir, en Europe et ailleurs dans le monde, le décompte macabre des décès provoqués par la pandémie de Covid-19 rythme un quotidien anxiogène. Et chaque soir, les chiffres augmentent, en même temps que les doutes s’accroissent sur leur sincérité. A la date du jeudi 30 avril, 230 000 personnes avaient succombé au coronavirus, selon les bilans officiels recensés par l’Agence France-Presse, qui fait état de plus de 3 millions de cas diagnostiqués à travers 193 pays et territoires. La réalité est plus cruelle.

Des éléments nouveaux apparaissent, au fur et à mesure que les taux de mortalité peuvent être comparés d’une année sur l’autre. Des réajustements sont pratiqués, comme au Royaume-Uni, où le nombre de morts, 26 097, a été réévalué à la hausse le 29 avril, lorsque, sous pression, le gouvernement britannique a rendu public les décès survenus dans les maisons de retraite et à domicile. Dans d’autres parties du globe, des enquêtes locales ont été lancées qui contredisent les bilans avancés par les autorités.

Ainsi, dans la seule ville de Djarkata, capitale de l’Indonésie, où, officiellement, 84 morts dus au Covid-19 ont été recensés, l’agence Reuters a pu établir qu’un nombre d’inhumations bien plus élevé avait eu lieu au mois de mars avec, selon les données recueillies auprès du département des parcs et cimetières de la ville, 4 377 enterrements, soit 40 % de plus « que n’importe quel autre mois depuis au moins janvier 2018 ». Sur la base des courbes de mortalité dans douze pays, dont la France, le quotidien américain The New York Times estime pour sa part à « 40 000 le nombre de décès manquants » en mars, par rapport à l’année précédente.

Des méthodes variables d’un pays à l’autre

L’enquête menée par Le Monde, qui a mobilisé l’ensemble de son réseau de correspondants, aboutit elle aussi à la conclusion d’une mortalité sous-estimée partout sur la planète. Certes, le comptage des victimes en temps réel, lors d’une pandémie, s’avère difficile à mener à bien. Mais les indices récoltés prouvent que les recommandations émises le 16 avril par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui incitent à inscrire « Covid-19 » « pour TOUTES les personnes décédées lorsque cette maladie a causé ou contribué au décès, ou est soupçonnée de l’avoir fait », sont loin d’être respectées.

Ainsi, en Turquie, la disproportion entre la stabilité relative du nombre de décès, 3 081 au total, par rapport à l’augmentation exponentielle des nouveaux cas s’explique, selon l’Association turque des médecins (TBB, qui rassemble 70 % des praticiens turcs), par ce non-respect. Un certain nombre de patients sont répertoriés comme décédés d’une pneumonie ou d’une autre pathologie plutôt que du Covid-19, malgré les résultats cliniques confirmant ce diagnostic. Le ministère de la santé justifie ce décalage par la pratique intensive du dépistage. Mais après avoir analysé les registres publics des décès à Istanbul, des experts ont révélé une hausse importante de la mortalité en mars et avril, 2 100 morts supplémentaires par rapport aux deux dernières années.

Partout, les « invisibles », les « manquants », tous ceux qui ne figurent pas dans les bilans égrainés chaque soir, se comptent par milliers. D’un côté, les pays dits « autoritaires » font tout pour minimiser l’impact sur leur sol de la pandémie pour des raisons politiques. De l’autre, dans les démocraties qui affichent davantage de transparence, les bilans restent très incomplets. La panique qui s’est emparée des gouvernements au début, le manque de tests et des méthodes variables d’un pays à l’autre, ont fragilisé le recueil de données.

Pas de tests post-mortem

Comment, dès lors, obtenir une vision réaliste de la situation ? « Sans doute en doublant, voire plus, le nombre de décès recensés dans le monde. On s’en apercevra quand on disposera partout des chiffres de la surmortalité », estime le virologue belge Steven Van Gucht.

« Je pense que nous avons plus de morts que ceux qui sont officiellement comptés », a admis dès le 3 avril Lothar Wieler, président de l’institut allemand de santé publique Robert-Koch. Une sous-estimation qui s’explique par le fait que les tests post-mortem ne sont pas pratiqués de façon systématique outre-Rhin. Interrogé à nouveau le 30 avril, M. Wieler l’a redit : « C’est seulement dans quelques mois que nous aurons des chiffres fiables. »

Un employé récupère les cendres d’une personne victime du
          Covid-19 au crématorium de Wilrijk (Belgique), le 3 avril.Un employé récupère les cendres d’une personne victime du Covid-19 au crématorium de Wilrijk (Belgique), le 3 avril. VIRGINIA MAYO / APSeule la Belgique, où l’on relève pas loin de 8 000 décès pour 11,5  millions d’habitants, totalise tous les morts depuis le début de l’épidémie, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, à domicile. Une méthodologie qui fait polémique dans le pays même, mais qui est défendue bec et ongles par les responsables de l’Institut de la santé. Les autorités belges sont en effet convaincues d’être parmi les seules à approcher la réalité.

Partout ailleurs en Europe, les taux de mortalité donnent une idée de l’ampleur de la catastrophe. Selon EuroMOMO, un site créé par un réseau d’épidémiologistes qui collectent chaque semaine les décès, toutes causes confondues, dans 24 pays européens, ce sont pas moins de 70 000 décès supplémentaires qui ont été enregistrés entre le 16 mars et le 12 avril.

Des « dégâts collatéraux »

Pour la seule Autriche, les chiffres rapportés par Statistik Austria, l’équivalent de l’Insee français, interrogent : plus de 1 000 décès supplémentaires sont apparus entre mi-mars et mi-avril, par rapport aux quatre années précédentes. Même si la cause de ces décès n’est pas précisée, ils sont clairement plus importants que les 584 déclarés « Covid-19 ». « Il peut s’agir de dégâts collatéraux de l’épidémie, de personnes qui meurent prématurément d’autres maladies parce qu’ils n’ont pas pu voir de médecin », relativise l’épidémiologiste Franz Allerberger.

En Espagne, selon les derniers décomptes effectués par les régions autonomes, plus de 16 500 pensionnaires en résidences pour personnes âgées sont mortes du Covid-19, depuis le 8 mars, avec des « symptômes compatibles avec la maladie ». Mais combien d’entre eux figurent dans les statistiques officielles ? On l’ignore. Seuls les malades qui avaient été testés positifs ont été pris en compte, or cela n’a pas été vérifié pour la majorités des résidents.

Des fleurs artificielles après l’enterrement d’une
          personne victime du Covid-19, au cimetière de Madrid
          (Espagne), le 4 avril.Des fleurs artificielles après l’enterrement d’une personne victime du Covid-19, au cimetière de Madrid (Espagne), le 4 avril. OSCAR DEL POZO / AFPDans la région de Madrid, épicentre de l’épidémie, sur 5 811 personnes âgées qui seraient mortes du coronavirus entre le 8 mars et le 24 avril, seules 1 130 font partie des statistiques. Si les cas « suspects » étaient ajoutés, alors le bilan dans cette région atteindrait près de 13 000 morts. Le constat est identique en Catalogne. L’Institut de santé Carlos III évalue l’excès de mortalité entre le 17 mars et le 28 avril à 30 700, soit 7 000 décès de plus que les statistiques officielles (23 700 morts) pour la même période. Le Parti populaire (droite) a accusé le gouvernement de « mentir » et de « cacher les morts ».Article réservé à nos abonné

Pour tenter d’avoir une idée plus précise de la situation en Italie, pays d’Europe le plus durement touché par la pandémie, l’Institut national de statistique (Istat) a comparé les données de l’état civil des trois premières semaines de mars avec celles des cinq années précédentes, dans plus de 1 000 communes. Sur l’échantillon considéré, la mortalité moyenne des cinq dernières années était de 8 000 personnes. Or, en mars 2020, elle a dépassé les 16 000, alors que le nombre officiel de victimes du Covid-19, sur l’ensemble du pays, était de 4 796 personnes. A Bergame, les décès déclarés ont été quatre fois supérieurs à la normale.

Des cercueils sont rassemblés dans l’Eglise San Giuseppe
          près de Bergame, épicentre du coronavirus en Italie, le 26
          mars.Des cercueils sont rassemblés dans l’Eglise San Giuseppe près de Bergame, épicentre du coronavirus en Italie, le 26 mars. CLAUDIO FURLAN / AP

Plus de 60 000 victimes aux Etats-Unis

Cette surmortalité, supérieure à la vague de décès attribués au Covid-19, est également constatée en Suisse, où la Radio-Télévision Suisse (RTS) a comparé les données de santé publique avec les statistiques. Sur la première semaine d’avril, ces dernières montrent une surmortalité de 43 % chez les seniors de plus de 64 ans avec en moyenne 1 700 décès par semaine, contre 1 300 en temps normal. Or la Suisse dénombre officiellement 1 716 décès liés au Covid-19. Chaque semaine, plusieurs centaines de morts restent donc inexpliquées mais pourraient être des décès survenus à domicile, non testés, ou ceux de personnes qui ne seraient pas allées se faire soigner par peur d’attraper le virus.

Aux Etats-Unis, qui paient le tribut le plus lourd dans le monde, avec plus de 60 000 victimes – un chiffre plus élevé encore que le nombre de militaires tués durant la guerre du Vietnam – les « décès Covid » varient d’un Etat à l’autre, selon que les maisons de retraite y figurent, comme New York, ou pas.

La ville de New York, la plus touchée, fournit des statistiques pointues sur les morts du Covid-19, « certaines » et « probables ». Ainsi, au 22 avril, il y avait 10 290 morts « certaines », dont 90 % survenues dans un hôpital. Les morts « probables », sans tests, atteignaient pour leur part 5 121, dont 23,2 % à domicile. Pour autant, selon le New York Times, plus de 27 000 personnes y sont décédées depuis le début du mois de mars, soit 20 900 de plus que la normale et 4 200 de plus que ce qui a été enregistré par les statistiques officielles. En outre, aucune réévaluation n’a été faite concernant les morts éventuels du mois de février et de début mars. Or, selon une étude de Northeastern University, il y avait déjà 10 700 cas de coronavirus.

Images de l’horreur à Guayaquil

Les cadavres dans les rues ou les invisibles à domicile hantent de nombreux pays. Des images de l’horreur à Guayaquil ont fait le tour du monde, début avril, lorsque les hôpitaux de la deuxième ville d’Equateur ont été submergés au point que les corps de défunts gisaient à même le sol, sur les trottoirs. Le gouvernement de Lenin Moreno avait alors admis que les chiffres officiels ne reflétaient « probablement pas » la réalité des morts du Covid-19. Puis, le 16 avril, il informait que dans la province du Guayas (où se trouve Guayaquil), 5 700 décès avaient été enregistrés cette année, contre une mortalité moyenne « d’environ 2 000 ».

Les autorités sanitaires sont dépassées par le nombre de
          victimes du Covid-19, dans ce cimetière de Guayaquil
          (Equateur), le 6 avril.Les autorités sanitaires sont dépassées par le nombre de victimes du Covid-19, dans ce cimetière de Guayaquil (Equateur), le 6 avril. STRINGER / REUTERSImpossible, ici aussi, de distinguer les cas de Covid-19 non diagnostiqués et les pathologies non soignées. Mais selon le New York Times, la surmortalité du 1er mars au 15 avril atteint 7 600 décès en Equateur. Ce qui laisse penser que le nombre de morts dus au coronavirus pourrait être quinze fois plus élevé que le chiffre officiel, qui s’élevait à 503 décès à la même date.

La polémique enfle aussi à Lima, depuis la publication d’une enquête du média d’investigation en ligne, IDL-Reporteros, sur « les morts que le Pérou ne compte pas ». Après avoir épluché les registres des crématoriums de Lima et au Callao (ville contiguë de la capitale péruvienne) qui indiquent les « morts Covid » ou « suspects Covid », les journalistes ont relevé 1 073 morts, alors que le nombre total pour tout le pays est officiellement de 854 décès liés au virus.

Des voitures transportent les cercueils de victimes du
          coronavirus, à Guayaquil (Equateur), le 11 avril.Des voitures transportent les cercueils de victimes du coronavirus, à Guayaquil (Equateur), le 11 avril. LUIS PEREZ / APAu Mexique, ce sont des témoignages anonymes qui ont remis en cause la fiabilité du bilan officiel – 1 434 morts au 27 avril – après que des médecins ont assuré avoir subi des pressions pour enregistrer les décès liés au Covid-19 en « pneumonies atypiques ». Javier Alatorre, présentateur du journal de TV Azteca, la seconde chaîne du pays, a dénoncé « des chiffres sans pertinence sur les contagions et les décès ». Le gouvernement a finalement créé la catégorie « décès suspects ». Mais le Mexique, où le pic de l’épidémie est attendu mi-mai, est l’un des pays qui pratique le moins de tests, faute de moyens.

Au Brésil, il n’existe pas de décompte de décès en établissements pour personnes âgées, ou à domicile, et il n’y a que très peu de tests. La sous-notification du nombre de morts doit beaucoup à la désorganisation du pays, un décès pouvant mettre jusqu’à vingt jours à être authentifié positif au Covid-19, et surtout à la personnalité de son président Javier Bolsonaro, qui ne cesse de nier la gravité de la pandémie. Tout comme au Nicaragua, où le gouvernement de Daniel Ortega refuse lui aussi de prendre des mesures de distanciation sociale.Article réservé à nos abonné

La famille de Carmen Valeria, 76ans, lui rend hommage, à
          Rio de Janeiro (Brésil), le 30 avril.La famille de Carmen Valeria, 76ans, lui rend hommage, à Rio de Janeiro (Brésil), le 30 avril. SILVIA ZQUIERDO/ APL’organisation non gouvernementale Unité médicale nicaraguayenne accuse les autorités de « sous-estimer intentionnellement » l’épidémie, tandis que l’Observatoire citoyen Covid-19, un collectif indépendant créé pour tenter d’obtenir de regrouper des informations crédibles, a relevé une contamination bien supérieure aux chiffres officiels. Pour le sociologue Gilles Bataillon, spécialiste de la région, l’attitude du pouvoir est « une manière de nier la situation politique et économique désastreuse du pays ».

« Mystère » des statistiques

Pour toute une série de pays, c’est bien la sincérité de leurs dirigeants qui est en cause. Critiquée par plusieurs responsables occidentaux pour sa gestion de la crise, la Chine a revu à la hausse, le 17 avril, de près de 40 % le bilan des morts à Wuhan, berceau de la pandémie, ce qui porte leur nombre à 4 632. Les autorités ont expliqué que certains des malades étaient décédés chez eux faute d’avoir pu être pris en charge par les hôpitaux. Mais l’étendue réelle de la catastrophe reste loin d’être mesurée.

Aucun décompte n’a jamais été réalisé en maisons de retraite, au demeurant assez peu nombreuses dans le pays. Dès le 25 février, le magazine Caixin avait tout de même révélé que 19 résidents d’une maison de retraite et de convalescence à Wuhan étaient morts du Covid-19. Tous présentaient des symptômes, mais aucun n’avait été testé.

Des membres de cette famille enterrent une femme, victime
          du Covid-19, à New Delhi, (Inde), le 16 avril.Des membres de cette famille enterrent une femme, victime du Covid-19, à New Delhi, (Inde), le 16 avril. MANISH SWARUP / APDeuxième pays le plus peuplé du monde avec un 1,3 milliard d’habitants, l’Inde affiche de son côté un bilan de 934 morts, très loin de ceux constatés en Europe ou aux Etats-Unis, et beaucoup d’experts demeurent perplexes face au « mystère » des statistiques particulièrement basses dans le sous-continent. Ici, 80 % des gens meurent chez eux, y compris les personnes atteintes de malaria ou de pneumonie. Compter les morts du Covid-19 à l’hôpital ne suffit donc pas. Evaluer leur nombre à partir des funérailles n’est pas plus fiable car, dans leur très grande majorité, les Indiens, de par leur confession hindoue, se font incinérer le jour même de leur mort sur des bûchers en plein air, sans avoir subi aucun examen.

« Personne ne cherche à cacher les morts intentionnellement et si le virus tuait les gens en masse en Inde, on le saurait », tempère l’épidémiologiste Prabhat Jha, du Centre for Global Health Research (CGHR). Néanmoins, selon Chandanathil Pappachan Geevan, chercheur en sciences environnementales affilié au Centre for Socio-economic and Environmental Studies (CSES) de Cochin, « il n’y a aucune explication scientifique au nombre extrêmement bas de décès du Covid-19 en Inde, alors que les victimes sont en proportion 300 à 1 100 fois plus nombreuses dans d’autres pays. Pas même un miracle ne saurait expliquer un tel écart ».

Augmentation fulgurante du nombre de pneumonies

Le contexte est bien différent en Russie, mais les chiffres annoncés sont tout aussi étonnants. Ici, les deux premiers morts du Covid-19 ont été… annulés. Annoncés les 13 et 14 mars, ces deux décès attribués dans un premier temps au coronavirus ont par la suite été retirés des registres, au motif que les malades souffraient également d’autres pathologies. Depuis, le nombre de morts a nettement progressé, pour atteindre 1 073 au 30 avril. Ce chiffre reste toutefois faible, rapporté à celui des personnes contaminées. « La situation en Russie est bien meilleure que dans nombre de pays européens », grâce aux « mesures énergiques » des autorités, s’est toutefois félicité le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Or, dès le mois de janvier, Moscou a enregistré une augmentation fulgurante du nombre de pneumonies. Plus troublant encore, des témoignages de différentes régions évoquent des personnes testées positives mais dont l’acte de décès ne fait pas apparaître la maladie. Les nouvelles consignes du ministère de la santé, le 28 avril, qui recommandent aux médecins de ne pas enregistrer comme victimes du coronavirus des patients décédés porteurs d’autres pathologies mortelles ne devraient pas arranger les choses.

Des employés épandent de l’insecticide pour tuer les
          tiques dans un cimetière de Vladivostok (Russie), le 15
          avril.Des employés épandent de l’insecticide pour tuer les tiques dans un cimetière de Vladivostok (Russie), le 15 avril. PAVEL KOROLYOV / AFPEn Iran, le bilan des morts du Covid-19 a été ouvertement contesté dès le début de la crise sanitaire dont le gouvernement a tardé à reconnaître l’existence, fin février. Plusieurs médecins ont décrit au Monde les pressions exercées par leurs supérieurs hiérarchiques pour qu’ils mentionnent dans l’acte de décès « insuffisance pulmonaire », ou la maladie chronique du patient s’il en était atteint, plutôt que le Covid-19. Le 14 avril, le centre de recherche du parlement iranien a lui-même affirmé que le nombre de décès causés par le virus pourrait en réalité atteindre le double des chiffres officiels. Le rapport indiquait notamment que seuls les patients morts à l’hôpital étaient comptabilisés.

Selon une simulation faite par deux chercheurs iraniens travaillant aux Etats-Unis, Navid Ghaffarzadegan et Hazhir Rahmandad, le nombre des décès en Iran s’est élevé à 15 000 jusqu’au 20 mars, alors qu’aujourd’hui, Téhéran reconnaît un bilan inférieur à 6 000 morts. Le 22 avril, le président Hassan Rohani a accusé ceux qui, dans la population, doutent des chiffres officiels de constituer un groupe marginal à la solde de l’étranger.

Funérailles de victimes du Covid-19, à Babol (Iran), le
          30 avril.Funérailles de victimes du Covid-19, à Babol (Iran), le 30 avril. EBRAHIM NOROOZI/ APAu Moyen-Orient, le décompte des morts du Covid se heurte à un obstacle supplémentaire lorsque les systèmes de santé et les structures administratives se sont trouvés durablement endommagés, voire balayés par des guerres civiles comme au Yémen ou en Syrie. Dans un récent rapport de la London School of Economics sur l’état d’impréparation de la Syrie face au virus, deux soignants, l’un de Tartous et l’autre de Damas, ont évoqué une hausse des décès par infection pulmonaire et affirment avoir reçu des consignes verbales des services de sécurité leur intimant « d’enterrer ces histoires » et de « ne pas soulever l’alarme dans les médias ». Au 29 avril, le bilan de l’épidémie sur le territoire syrien se chiffrait à… trois décès.

Isabelle Mandraud(avec les correspondants du « Monde »)

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Coronavirus : le monde d’après… selon Wall Street Arnaud Leparmentier Le Monde

Analyse. La crise liée au coronavirus devait annoncer une démondialisation, un retour aux circuits courts et aux économies à taille humaine. Wall Street émet une prédiction radicalement inverse. Le monde de demain sera celui d’hier, en plus cartellisé, plus globalisé, plus technologique et plus virtuel. Avec la victoire des plus puissants, à commencer par les géants de l’Internet, en dépit de la correction du vendredi 1er mai. C’est ce que laisse entendre la Bourse américaine, dont le principal indice, le S&P 500, n’a reculé que de 12 % depuis le début de l’année, quand le CAC 40, lui, a cédé 25 %. La catastrophe est épouvantable, avec 65 000 morts, 30 millions de chômeurs et une récession de 5,7 % en 2020, selon le Fonds monétaire international (FMI). Mais Wall Street rêve d’enjamber la crise, dopée par la « main visible du marché », à savoir la Réserve fédérale (Fed) et le Congrès, qui, instruits par la crise de 1929, inondent le marché de liquidités et de subventions.

Folie spéculative ? Aveuglement des opérateurs, qui s’illusionnent sur la rapidité du retour à la normale ? Sans doute, ou peut-être. L’intérêt est ailleurs. Comme l’écrit le Wall Street Journal, « l’envolée de la Bourse n’est peut-être pas aussi folle qu’il y paraît ». Elle a procédé à une sélection draconienne entre les valeurs, alors que la plupart des entreprises ont fait le point lors de la publication de leurs résultats trimestriels. L’effondrement n’est pas général que, déjà, apparaissent les gagnants (la Silicon Valley, les oligopoles riches en cash-flow comme la grande consommation) et les perdants (énergie, transports, PME, agriculteurs). Et des gagnants parmi les perdants, telles les majors Exxon ou Chevron, qui peuvent profiter de la faillite des producteurs de pétrole indépendants du Texas. Tour d’horizon.

  • Numérique

L’hégémonie croissante des « Gafam »

Infographie Le MondeJeudi 30 avril, Jeff Bezos a pris la plume pour annoncer ses résultats trimestriels. « Si vous êtes actionnaire d’Amazon, mieux vaut bien vous asseoir, car nous ne voyons pas petit », a expliqué le patron et fondateur d’Amazon, annonçant que l’intégralité des bénéfices du deuxième trimestre (4 milliards de dollars, soit 3,6 milliards d’euros) serait effacée par les dépenses dues au Covid-19 pour protéger salariés et clients. L’action a dévissé de 7,6 %, mais reste sur un gain de 24 % depuis le début de l’année. La stratégie est conforme à celle exposée par M. Bezos dans sa première lettre aux actionnaires de 1997 : le client, la part de marché et la puissance avant les profits. Son ambition reste intacte, à savoir être en ordre de bataille pour la sortie de crise (face à un autre géant, Walmart, en pleine forme). Avec une hausse de 26 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre, Amazon a été victime de son succès, à la peine pour faire face à la demande des Américains confinés.

Il en va de même des autres « Gafam » (Google, Apple, Facebook et Microsoft), rétablis en Bourse. Ensemble, les cinq géants pèsent plus de 5 200 milliards de dollars, distançant de plus en plus le reste du monde. « Microsoft a désormais une capitalisation boursière égale à la totalité du CAC 40. L’évolution des parcours boursiers comparée sur six mois est spectaculaire. Si la Bourse n’est pas tout, cela annonce la couleur de ce qui va se passer », relève Matthieu Courtecuisse, fondateur de l’entreprise de consulting SIA. Même s’ils ne sont pas invulnérables, les mastodontes de la Silicon Valley ont fait preuve d’une extraordinaire résilience.

Apple engrange les fruits de sa stratégie consistant à ne pas miser uniquement sur les iPhone (ventes en baisse de 7 %, en raison notamment de la fermeture des usines chinoises), mais aussi sur les services associés. Microsoft réussit grâce à ses activités de cloud computing (informatique dématérialisée), de téléconférence et de jeux vidéo. Facebook a vu la publicité tenir mieux que prévu, tandis que Google, plus mitigé, a averti sur la détérioration en cours. Le second semestre sera rude, une correction boursière en mai s’annonce, mais le « modèle » se confirme : hégémonique, même si les profits sont moindres. La crise ne supprime pas la menace d’une mobilisation antitrust, mais la rend pour l’instant moins violente politiquement.

  • Automobile

Tesla éclipse Detroit

Infographie Le MondeLorsqu’on pense automobile, aux Etats-Unis, on ne dit plus Detroit, mais Tesla. La firme d’Elon Musk, dont la Model 3 pourrait être « l’iPhone de la voiture électrique », au dire du Financial Times, avait dépassé, en janvier, la capitalisation boursière de Volkswagen, et se situait derrière Toyota. L’effondrement des cours du pétrole n’incite pas à abandonner ses SUV, mais l’action Tesla a progressé de 67 % depuis janvier. Forte de ses bons résultats – Tesla a livré un tiers de voitures en plus au premier trimestre, lorsque le marché a plongé de 40 % en mars et devrait reculer de plus de 15 % sur l’année –, l’entreprise vaut 144 milliards de dollars. Soit 25 fois Renault ou plus du double de General Motors (GM), Ford et Fiat-Chrysler combinés.

« Trop rapide, trop furieux », souligne le Wall Street Journal. Le risque numéro un est Elon Musk lui-même : l’enfant terrible du capitalisme américain a fait chuter son titre de 10 % vendredi 1er mai dans une débauche de Tweet, dont l’un jugeait l’action Tesla « trop élevée ». A Detroit, GM, Ford et Fiat-Chrysler prévoient de rouvrir leurs usines le 18 mai et discutent des modalités de sécurité avec les syndicats. L’interrogation porte désormais sur leur consommation de cash. Sur ce point, GM, qui avait restructuré ses usines, est jugé mieux placé que Ford. Ce dernier a levé 8 milliards dollars sur les marchés, à des taux faramineux d’environ 9 %. Au moins détient-il désormais 35 milliards de liquidités pour tenir jusqu’à la fin de l’année.

  • Loisirs

Netflix surclasse Disney

Infographie Le MondeAvec la crise, la population confinée s’est plantée devant son téléviseur et les boursiers se sont rués sur Netflix. Pari gagnant : l’entreprise a recruté 16 millions d’abonnés au premier trimestre, soit deux fois plus qu’attendu. Il ne s’agit pas d’une explosion, le chiffre mondial des abonnés étant de 183 millions. En l’absence de nouvelles productions, la plate-forme profite de la puissance de son catalogue, mais va être, en définitive, pénalisée par la paralysie des studios de tournage. Son modèle s’impose néanmoins, alors que Disney, beaucoup plus gros, n’a pas été sauvé par son site Internet de streaming (50 millions d’abonnés dans le monde) : il s’apprête à subir une pénurie de contenus et a dû fermer ses parcs à thèmes, mettant à pied 100 000 salariés. La réouverture pourrait ne pas avoir lieu avant 2021.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Le confinement fait bondir l’usage de Netflix et de ses concurrentsLe cas le plus emblématique des activités de loisirs concerne les croisières, qui se sont révélées être des pièges sanitaires. L’entreprise Carnival (27 navires de 2 000 à 4 000 passagers) n’a pas été sauvée par l’administration Trump, mais a évité la faillite grâce aux interventions indirectes de la Fed, qui lui ont permis de lever 6 milliards de dollars. Curieusement, ces villes flottantes pourraient survivre. « Les réservations pour 2021 sont fortes », a déclaré son PDG, Arnold Donald. Rien ne prouve que la planète changera de mode de vie après la pandémie.

  • Pétrole

Exxon en déroute, mais moins que les indépendants

Infographie Le MondeOn n’avait pas vu cela depuis des décennies : pour la première fois, Exxon a annoncé des pertes au premier trimestre (640 millions). Médiocrement dirigé depuis des années, le numéro un américain du pétrole va mal, avec une action en recul de 38 % et des pertes trimestrielles. Il a d’ailleurs réduit ses investissements de 10 milliards de dollars pour l’année (un tiers), notamment dans le bassin permien, au Texas. Chevron, le géant californien de l’or noir, a fait de même. Mais ces entreprises n’ont réduit leur production que de 10 %. Elles pourraient rafler la mise aux dépens des exploitants de gaz et de pétrole de schiste du Texas et de l’Oklahoma jusqu’au Wyoming. En déconfiture avant la crise, ces entreprises coupent leur production par deux pour éviter une faillite quasi inéluctable.

Au total, 100 000 emplois pétroliers au Texas seraient menacés. Selon Reuters, la moitié des 60 entreprises indépendantes américaines risquent le défaut de paiement. En 2019, cinq entreprises représentant 13,5 milliards de dollars de dette avaient déposé le bilan. Ces groupes sont les grands financiers de Donald Trump, qui a décidé de voler à leur secours en invoquant la sécurité nationale, mais la consolidation est inévitable. Continental, l’entreprise du magnat de l’Oklahoma Harold Hamm, a vu son cours de Bourse baisser de 58 % et sabre dans la production. Il accuse l’Arabie saoudite et la Russie de dumping.

  • Aéronautique et aérien

Renflouements en série

Infographie Le MondeLa crise constitue un drame pour Boeing, mais il a eu le mérite de frapper son concurrent Airbus. L’avionneur américain était en perte de vitesse en raison des difficultés persistantes du 737 MAX, et les nouvelles restent désastreuses : le rachat du brésilien Embraer (pour 4 milliards de dollars) est annulé, et le dividende, suspendu pour plusieurs exercices. De surcroît, le nouveau patron du groupe, David Calhoun, a annoncé que la crise durerait des années. Il n’empêche, les usines de Seattle ont rouvert. L’entreprise s’est offert le luxe de décliner l’aide fédérale de 50 milliards de dollars qu’elle avait sollicitée après avoir réussi à lever 38 milliards sur les marchés et auprès de ses banquiers. Elle estime avoir le cash nécessaire pour tenir.Article réservé à nos abonné

Les compagnies aériennes ont été renflouées à hauteur de 25 milliards de dollars par l’Etat fédéral, à la condition de continuer de payer leur personnel. Leur sauvetage a fait bondir certains économistes : ces entreprises utilisent depuis des années tout leur cash-flow pour racheter leurs actions afin de soutenir leurs cours de Bourse, plutôt que garnir leur trésorerie. Elles cherchent désormais à inventer des conditions d’hygiène protectrices pour leurs clients, alors que le nombre de passagers transportés a été divisé par vingt. La consolidation du secteur n’est pas évidente ; l’espace aérien était déjà très concentré avec quatre opérateurs (American, United, Delta, SouthWest). Une reprise timide s’annonce en juin, mais Delta ne prévoit pas un retour à la normale avant trois ans.

  • Grande consommation

Sodas contre snacks et papier toilette

Infographie Le MondeLes entreprises de la grande consommation, qui vivent sur la rente de leurs marques, sont en général très stables et protégées par le cash-flow qu’elles produisent. Elles devraient sortir renforcées, à condition d’avoir des clients. Pepsi (– 5 % depuis janvier) a vu ses ventes de boissons baisser en raison de la fermeture des restaurants, et ce repli n’a pas été compensé par la hausse des chips et autre snacks que les Américains consomment chez eux. Coca-Cola a perdu 23 % de sa valeur depuis janvier et annoncé un effondrement d’un quart de ses ventes de boissons en avril. Le fabricant de produits pour la maison Procter & Gamble a, lui, réalisé les meilleures ventes de son histoire aux Etats-Unis au premier trimestre, avec une croissance de 10 %, profitant de la ruée sur le papier toilette et les détergents, tandis que la baisse en Chine a été limitée à 8 %.

L’enjeu est de savoir si le positionnement haut de gamme (couches Pampers, rasoirs Gillette) sera un atout ou un handicap en période de récession. Dans cette crise, les victimes sont les commerces et les restaurants fermés pour de longues semaines. Les aides fédérales les aident peu, car elles sont conditionnées au maintien de la main-d’œuvre, inutile en cas de fermeture. Ils ont licencié des millions d’Américains.

  • Agriculture

Nouvelles subventions pour pallier baisses des cours et ruptures de production

Infographie Le MondeDéjà durement touchés par les guerres commerciales de Donald Trump, les agriculteurs devraient perdre 20 milliards de dollars, selon l’université du Missouri. Ils vont recevoir une aide fédérale du même montant, s’ajoutant aux 28 milliards perçus depuis deux ans. Surproduction et pénurie : c’est le paradoxe de la crise du Covid-19, qui a désorganisé les filières agricoles. Ainsi, une partie du lait du Wisconsin est déversée sur place, cependant que les tomates et les concombres de Floride pourrissent sans être récoltés. La production de porc est perturbée par la fermeture des usines, au point qu’une pénurie n’est pas exclue. Donald Trump a pris un décret exigeant leur remise en route.

Cette pénurie annoncée n’empêche pas le prix du porc et du poulet de chuter de plus d’un tiers depuis le début de l’année, en raison de la fermeture des McDo et autres restaurants (le bœuf résiste mieux). L’économie agricole est d’autant plus perturbée qu’elle est fortement intégrée aux restaurants, fermés pour cause de pandémie (54 % de la nourriture est achetée en restaurant contre 46 % pour la maison). Cette proportion était inversée à la fin du XXe siècle. Les grandes cultures subissent la baisse des cours, plus prononcée pour le maïs, destiné au marché national, que le blé et le soja, largement exportés, ainsi que l’effondrement des biocarburants.

  • Banques

Des établissements ultrapuissants

Infographie Le MondeLes banques américaines sont sorties renforcées de la crise de 2008 et n’ont pas eu à subir des années de taux d’intérêt négatifs, comme leurs homologues européennes. Lorsqu’elles ont publié en premier leurs résultats, début avril, ce fut une bonne et une mauvaise surprise. Bonne, parce que le chiffre d’affaires sur les activités de marché s’est envolé en cette période, appelée pudiquement de « volatilité » : celui des quatre premières institutions (JPMorgan, Citibank, Goldman Sachs, Bank of America) a progressé d’un tiers, pour atteindre 23 milliards de dollars. Mauvaise, parce qu’il a fallu provisionner les prêts aux PME (6,8 milliards de dollars pour JPMorgan, 3 milliards pour Wells Fargo).

Ces institutions limitent la casse, avec un recul en Bourse compris entre 23 % (Goldman Sachs) et un tiers (JPMorgan), et continueront de le faire tant que la Fed et le Trésor mettront l’économie sous perfusion afin d’éviter les faillites, en garantissant des prêts tous azimuts. Pour la première fois, elles ne sont pas accusées d’être à l’origine de la crise. Le PDG de Goldman Sachs, David Solomon, s’est offert pour 2020 une hausse de rémunération de 20 % (27,5 millions par an), qui a exaspéré les actionnaires : la résolution n’a été approuvée, jeudi 30 avril, qu’à 71 %. Comme si le monde d’après ressemblait déjà furieusement au monde d’avant…

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L’inquiétude monte autour d’une inflammation touchant les enfants,Par Anaïs Moran Libé + Le Monde + Figaro

L’apparition en Europe de syndromes inflammatoires graves chez les 8-14 ans, parfois associés à une myocardite, a alerté des médecins de l’AP-HP qui s’interrogent sur un lien possible avec le Covid-19.

L’alerte est préoccupante et les nombreuses interrogations en suspens nourriront forcément les angoisses. Depuis quelques semaines, plusieurs équipes médicales en Europe s’inquiètent de l’apparition croissante de syndromes inflammatoires graves chez les enfants, associés pour certains à une myocardite (inflammation du muscle cardiaque). Ces équipes s’interrogent sur le lien potentiel avec le contexte pandémique actuel. L’Espagne, l’Italie, la Belgique ont recensé des cas. Au Royaume-Uni, c’est le National Health Service lui-même qui fait état d’une «augmentation apparente du nombre d’enfants de tous âges nécessitant des soins intensifs». En France, les signalements sont venus des hôpitaux parisiens.

Dans un mail envoyé à l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France daté du 23 avril, des médecins de l’AP-HP s’alarment de la «prise en charge depuis quinze jours d’enfants présentant des tableaux de myocardite» qui tendraient «à les mettre sur la piste d’une situation dysimmunitaire ou post-infectieuse due au Covid.» «Nous pensons que ces éléments sont suffisamment graves pour alerter sur cette situation chez l’enfant», écrivent-ils à la fin de leur texte.

Interrogations

A l’hôpital Necker, ce sont les membres du M3C, le centre de référence Malformations cardiaques congénitales complexes, qui ont transmis leurs observations par message interne aux autres services, le 28 avril. On peut y lire : «Il est devenu clair depuis environ trois semaines qu’un nombre croissant d’enfants de tous âges a été hospitalisé dans un contexte d’inflammation multisystémique associant fréquemment une défaillance circulatoire avec des éléments en faveur d’une myocardite.» Les médecins n’établissent pas formellement la nature de la causalité avec le Sars-CoV-2. Toutefois, ils conviennent ne pas «comprendre encore pourquoi le démarrage de cet afflux de jeunes patients est retardé par rapport à celui de la pandémie en Ile-de-France». Des interrogations qu’ils ont également partagées aux sociétés savantes de pédiatrie et de réanimation.

De quoi s’agit-il exactement ? Le tableau clinique de ces enfants, principalement âgés de 8 à 14 ans, s’avère très varié : fièvre élevée, éruptions cutanées, douleurs abdominales, diarrhées, vomissements, fatigue, gêne respiratoire… Tous ne présentent pas l’ensemble des symptômes. Et si beaucoup d’entre eux présentent des signes proches mais incomplets de la maladie de Kawasaki (inflammation des vaisseaux), Ricardo Carbajal, chef de service des urgences pédiatriques à Trousseau, estime qu’il s’agit «probablement d’une nouvelle entité». Il explique : «D’ordinaire, cette maladie touche les enfants âgés de 6 mois à 5 ans. Là, nos patients sont plus âgés et, de surcroît, ne réunissent pas tous les critères qui conduisent à poser habituellement ce diagnostic.» Surtout, la maladie de Kawasaki n’entraîne pas de défaillance au niveau du cœur. Une différence majeure avec les nouvelles formes graves observées dans les hôpitaux d’Ile-de-France.

Le mail du MC3 indique «qu’au moins 25 enfants» ont déjà été pris en charge par les services de réanimation d’Ile-de-France. Selon nos informations, treize ont été accueillis dans les services de réanimation pédiatrique de Necker, trois par l’hôpital Trousseau, quatre à Robert-Debré, deux à Kremlin-Bicêtre… Tous présentent des troubles cardiaques, mais seuls certains d’entre eux ont été diagnostiqués positifs au Covid-19 via le test PCR. Pour y voir plus clair, les médecins attendent désormais l’ensemble des résultats sérologiques. «On a des premiers retours qui nous donnent l’impression que ces formes graves sont une réponse immunitaire post-infectieuse au Covid. Une réaction à distance qui expliquerait qu’on ne retrouve pas toujours le virus par test PCR», avance Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré. Tout en tempérant avec insistance : «Ce ne sont encore que des suppositions. Surtout, ça n’enlève rien à la validité des autres vérités épidémiologiques chez l’enfant dans cette épidémie. Face au Covid-19, les jeunes sont bien moins enclins à développer des formes sévères.»

«Temps»

La semaine dernière encore, lors de son point épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France a rappelé que les enfants représentent «moins de 1 % des patients hospitalisés et des décès». S’agissant de ces nouveaux cas, aucun mort n’est pour l’heure à signaler. «A ma connaissance, ils sont tous en train de bien évoluer», indique Ricardo Carbajal.

Interrogé ce mercredi à l’Assemblée nationale sur la situation, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a répondu «prendre cette alerte très au sérieux». Avec un souci de modérer ses propos au maximum : «C’est le temps de la recherche clinique, de la recherche scientifique. L’ensemble des pédiatres, des réanimateurs de la zone euro travaillent ensemble pour voir s’il y a lieu, ou non, de faire un lien avec le Covid-19. Ce que je ne sais pas encore au moment où je vous parle […]. A ce stade, il s’agit d’une alerte et pas encore d’un constat.»

Coronavirus : alerte sur une hausse de cas de syndromes inflammatoires infantiles

Le Monde

L’alerte est prise au sérieux. Un nombre inattendu d’enfants sont hospitalisés dans les services de réanimation parisiens pour des myocardites aiguës (inflammation du myocarde, principal muscle du cœur) et des formes atypiques du syndrome de Kawasaki (maladie inflammatoire de type vascularite) depuis une quinzaine de jours.

Une alerte a d’abord été adressée aux autorités sanitaires par les cinq services de réanimation pédiatrique d’Ile-de-France, lundi 27 avril. Puis les sociétés savantes, dont la Société française de pédiatrie, la Société francophone de rhumatologie et de médecine interne pédiatrique, le Groupe francophone de réanimation et urgences pédiatriques (GFRUP)… ont également adressé mercredi 29 avril une alerte aux professionnels de santé.

Depuis le 15 avril, « nous constatons une augmentation notable de cas d’enfants présentant des myocardites aiguës », expliquent les réanimateurs franciliens. Ces alertes surviennent après celles de la Société des soins intensifs pédiatriques britannique, lundi 27 avril et par des responsables du NHS (National Health Service, le système de santé britannique), relayées par le journal spécialisé Health Service Journal. Les responsables hospitaliers se disent préoccupés « par l’apparition chez les enfants de ces syndromes, qui pourraient être liés au Covid-19 ».

Les médecins britanniques et français se sont rapprochés de leurs homologues italiens, qui ont observé des syndromes similaires à Bergame, tout comme en Espagne ou en Suisse.

Une maladie rare

Alors que, depuis le début de l’épidémie, le nombre de cas graves de Covid chez les enfants et les adolescents est très peu élevé, une vingtaine d’enfants, principalement âgées de 8 à 15 ans, sont concernés par ces symptômes en Ile-de-France, rapportent les pédiatres réanimateurs que nous avons interrogés. « Plus d’une dizaine de patients de 5 à 12 ans sont hospitalisés à l’hôpital Necker [AP-HP], sans aucune comorbidité. On ne peut pas parler d’afflux, mais on a un nombre important de patients qui présentent les mêmes symptômes », explique le professeur Mehdi Oualha, pédiatre réanimateur à Necker. De même, quatre enfants de moins de 10 ans sont ou ont été hospitalisés dans les services de réanimation à Robert-Debré (AP-HP), trois à Trousseau (AP-HP), 5 ou 6 à Bicêtre (AP-HP). Aucun n’a a priori de comorbidité. Quelques cas auraient été signalés ailleurs en France.

Ces enfants ont souffert de douleurs abdominales, de diarrhées et de vomissements, en général, puis de la fièvre, parfois une inflammation cardiaque, et un fort syndrome inflammatoire avec plus rarement des éruptions cutanées. « Le tableau clinique ressemble parfois au syndrome de Kawasaki, une maladie inflammatoire infantile dont les symptômes sont polymorphes, notamment cardiaques », explique le professeur Pierre-Louis Léger, chef du service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Trousseau. Cette maladie rare survient souvent avant l’âge de 2 ans et la plupart du temps avant 6 ans et touche un petit nombre d’enfants.

La question est de savoir si ces cas sont liés au coronavirus SARS-CoV-2. Certains enfants ont été testés positifs, mais d’autres non. Sur la dizaine de patients de Necker, un petit tiers est porteur du virus SARS-CoV-2 sur des résultats PCR, les quatre patients de Robert-Debré sont tous positifs. A l’hôpital Trousseau, une jeune fille avait un test PCR négatif, mais un scanner évoquant très fortement la maladie du Covid-19. Tous sont dans l’attente de résultats sérologiques.

« Emballement immunitaire »

« La corrélation avec le Covid existe mais la relation directe et le mécanisme ne sont pas connus », explique Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré. « A ce stade, aucune autre cause ne peut expliquer cette dysfonction du myocarde », assez rare, poursuit-il, tout en restant très prudent. « On reste avec des points d’interrogation. Est-ce une atteinte directe du virus ? ou des réactions post-infectieuses, des anomalies de la réponse immunitaire ? Ce n’est pas documenté pour l’instant. »

Tandis qu’Edouard Philippe a présenté la stratégie de déconfinement, mardi 28 avril, cet afflux de jeunes patients intrigue les cliniciens. « Est-ce le virus qui induit la réponse inflammatoire, ou une réaction anormale du corps ? », questionne aussi la professeure Isabelle Kone-Paut, chef du service de rhumatologie pédiatrique à l’hôpital Bicêtre. « On voit aussi un emballement immunitaire avec une surproduction de cytokines chez ces enfants », ajoute-t-elle.

« L’une des hypothèses est que le Covid n’aurait pas donné d’atteinte grave initialement, mais entraîné secondairement des réactions immunologiques à l’origine des troubles cardiaques », avance Pierre-Louis Léger. Pourquoi maintenant ? « On peut observer à la suite de certaines infections virales l’apparition dans un second temps de nouveaux symptômes cliniques appelés “post-infectieux”, et ceux-ci parfois plusieurs semaines après », poursuit le spécialiste. « Le lien est possible et mérite d’être évalué rapidement », explique Etienne Javouhey, président du GFRUP.

« Il faut être prudent, on ne peut rien affirmer pour l’instant », tempère la pédiatre Isabelle Melki

« Nous suivons de près cette situation. Nous avons des admissions d’enfants présentant ces symptômes chaque jour », dit Mehdi Oualha.

Point rassurant, aucun décès n’a été signalé et l’évolution de ces patients semble à ce jour favorable, constatent les cliniciens.

Si, pour certains pédiatres, le lien peut être fait avec le coronavirus, « il faut être prudent, tempère Isabelle Melki, pédiatre spécialisée en maladie auto-immune à Robert-Debré. On ne peut rien affirmer pour l’instant, mais nous prenons cette alerte très au sérieux »« Pour y voir plus clair, un registre est en train d’être constitué, afin de connaître le nombre de patients concernés et de recouper les parcours pour établir le lien ou non avec le coronavirus », explique Isabelle Melki. Santé publique France, alertée par les cliniciens, suit de près cette question.

Les enfants moins porteurs, moins contagieux

Outre-Manche, Matt Hancock, le ministre de la santé britannique, se disait lundi 27 avril « très préoccupé » par l’alerte émise quelques heures plus tôt. « Il est parfaitement plausible » que les pathologies observées soient « causées par le virus », a ajouté Chris Whitty, conseiller médical en chef du gouvernement Johnson, qui a évoqué l’existence possible de clusters. « Il s’agit d’une nouvelle maladie qui pourrait être causée par le coronavirus. Nous n’en sommes pas sûrs à 100 %, car certains des enfants qui l’ont développée n’ont pas été testés positifs. C’est la raison pour laquelle nous poursuivons nos recherches », a déclaré M. Hancock, mardi 28 avril, au micro de la radio LBC.

Partout en Europe, le coronavirus a fait très peu de victimes parmi les enfants. Selon un décompte officiel, neuf enfants de 0 à 19 ans sont morts dans des hôpitaux britanniques après avoir été testés positifs au Covid-19, ce qui représente 0,05 % de toutes les morts liées au virus dans les hôpitaux britanniques (21 678 recensés lundi soir).

« Depuis le début de l’épidémie en Europe, relativement peu d’enfants ont été touchés et les formes sévères ont été exceptionnelles », rappelle le docteur Robert Cohen, pédiatre infectiologue à l’hôpital intercommunal de Créteil (Val-de-Marne). « Les signes cliniques chez l’adulte et chez l’enfant sont protéiformes et non spécifiques », mentionne le site Infovac.Article réservé à nos abonné

Moins porteurs, les enfants sont aussi moins contagieux, comme le montre une récente étude des services de santé australiens. Dans les écoles de Nouvelle-Galles du Sud, 18 personnes (9 élèves et 9 membres du personnel), de 15 écoles, ont été testées positives au Covid-19. Parmi leur entourage de 735 élèves et 128 membres du personnel, seuls deux enfants semblent avoir contracté le virus.

Covid-19: inquiétudes pour certains enfants  Figaro

Le coronavirus n’a décidément pas fini de révéler tous ses secrets. Mardi, une communication interne de l’hôpital pédiatrique Necker, à Paris, alertait sur la recrudescence du nombre d’enfants et d’adolescents hospitalisés pour un étrange syndrome inflammatoire sévère, potentiellement lié au Covid-19. Certains ont dû être admis en soins intensifs, mais tous ont vu leur état s’améliorer grâce à un traitement. Le message, qui s’est propagé rapidement, est assez préoccupant, dans un contexte où la réouverture des écoles maternelles et primaires est prévue pour le 11 mai.

Et cette inquiétude n’est pas que française. «Les contacts pris avec nos collègues londoniens, espagnols et belges confirment ce problème émergent», souligne Damien Bonnet, cardiologue pédiatrique à l’hôpital Necker, auteur de la mise en garde. L’alerte est d’ailleurs partie de l’Institut de santé britannique, qui a fait état le week-end dernier d’une «petite augmentation du nombre d’enfants très malades et présentant un tableau clinique inhabituel».

De part et d’autre de la Manche, les médecins ont vite fait le lien avec une maladie inflammatoire rare de l’enfant: la maladie de Kawasaki. Sauf que les formes observées actuellement sont plus sévères et touchent des adolescents plutôt que des jeunes enfants. «Il s’agit d’une maladie auto-immune où l’hyper-expression du système immunitaire aboutit à l’inflammation des parois des vaisseaux sanguins et du cœur, explique le Pr Jean-Christophe Lega, chef de service adjoint du service de médecine interne et vasculaire au CHU de Lyon. La quasi-totalité des enfants guérissent après trois semaines en l’absence de traitement. Malgré de nombreuses recherches, nous ne savons pas par quoi elle est déclenchée, mais il est possible que cela soit lié au virus.»

Si vous êtes parents, soyez assurés que les formes graves de Covid-19 semblent toujours être un événement très rare chez les enfants

La Société britannique de soins intensifs pédiatriques

Jusque-là, les médecins n’avaient observé que des formes légères du Covid-19 chez les enfants. «C’est un fait bien établi, nous pouvons continuer à tenir ce discours, rassure le Pr Alexandre Belot, rhumato-pédiatre au CHU de Lyon. En revanche, il n’est pas exclu qu’il y ait, rarement, des formes plus graves.» «Si vous êtes parents, soyez assurés que les formes graves de Covid-19 semblent toujours être un événement très rare chez les enfants», avait rassuré la Société britannique de soins intensifs pédiatriques.

Atteinte cardiaque

Ces trois dernières semaines, les hôpitaux parisiens ont vu arriver au moins 25 enfants présentant des signes d’une inflammation généralisée, mécanisme par lequel le système immunitaire réagit face à un intrus. Les symptômes sont toujours les mêmes: troubles respiratoires, digestifs et/ou de la circulation sanguine, auxquels s’ajoute une atteinte cardiaque. Ces derniers jours, ce phénomène semble même s’accentuer, ce qui ne manque pas d’intriguer les médecins: l’hôpital Necker a accueilli 9 enfants en début de semaine. Les médecins s’interrogent sur un possible lien avec le Covid-19, mais «nous ne comprenons pas encore pourquoi le démarrage de cet afflux de jeunes patients est retardé par rapport à celui de la pandémie en Île-de-France», note le Pr Damien Bonnet.

Pour l’heure, il n’est pas établi que ces symptômes sont liés au coronavirus. «Nous n’affirmons pas qu’il y a une causalité entre l’infection par le Covid-19 et ces tableaux cliniques», indique le Pr Bonnet. Certes, «un certain nombre» de patients a effectivement été testé positif au virus, mais pas tous. Peut-être à tort. «Le test par PCR pouvant être faussement négatif, nous recommandons la pratique du scanner thoracique, beaucoup plus sensible pour la détection des infections par le Covid-19», prévient le cardiologue.

D’autant que les symptômes observés ne semblent pas complètement étrangers au virus. «Des inflammations généralisées dues au virus ont été décrites chez l’adulte. Il n’est pas impossible que cela survienne chez l’enfant plusieurs semaines après l’infection», estime le Pr Alexandre Belot, qui mène un projet de recherche pour le compte de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) afin de mieux cerner ce phénomène. Le médecin appelle toutefois à la prudence: «Les maladies inflammatoires sont multifactorielles et nous savons qu’elles peuvent être déclenchées par une infection. Forcément, dans un contexte d’épidémie, le lien est vite fait. Mais il faut se méfier d’un rapprochement trop rapide, tout en restant vigilant.»

Les médecins français s’apprêtent à lancer une plateforme qui leur permettra de recenser tous les cas suspects. «Nous espérons en savoir plus dans quelques semaines», indique Alexandre Belot.

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La Banque mondiale gèle son soutien aux écoles privées

« C’est une victoire majeure pour l’Internationale de l’Éducation et le résultat d’années de campagne syndicale contre l’enseignement privé à but lucratif. L’Internationale de l’Éducation s’est battue avec obstination pour empêcher la SFI d’investir dans le fournisseur commercial d’éducation Bridge International Academies », écrit l’Unsa Education. « La Banque mondiale suspend ses investissements dans l’enseignement privé à but lucratif. La Société financière internationale (SFI), qui est la branche de la Banque mondiale en charge du secteur privé, vient de s’engager officiellement à geler tous les investissements directs et indirects dans l’enseignement privé à but lucratif, dans le pré-primaire, le primaire et le secondaire ». L’internationale de l’éducation, qui réunit les syndicats du secteur, a appelé les états à soutenir les service spublics et critiqué une déclaration de la Banque mondiale visant à lever les obstacles à l’économie privée.

 

Communiqué

Communiqué internationale éducation

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Déforestation, intensification de l’agriculture… L’impact de l’homme sur les écosystèmes a progressivement rapproché les humains de la faune sauvage.

Publié le 04 avril 2020 à 18h30 – Mis à jour le 07 avril 2020 à 05h45

« Nous envahissons les forêts tropicales et autres paysages sauvages, qui abritent tant d’espèces animales et végétales et au sein de ces créatures, tant de virus inconnus. Nous coupons les arbres ; nous tuons les animaux ou les envoyons sur des marchés. Nous perturbons les écosystèmes et débarrassons les virus de leurs hôtes naturels. Lorsque cela se produit, ils ont besoin d’un nouvel hôte. Souvent, cet hôte, c’est nous. »

C’est ainsi que l’écrivain américain David Quammen résume, dans une récente tribune au New York Times, pourquoi nous sommes en grande partie responsables de la pandémie de Covid-19. En 2012, ce journaliste scientifique a publié Spillover. Animal Infections and the Next Human Pandemic (« Débordement. Les infections animales et la prochaine pandémie humaine, non traduit »). C’est un récit de son périple à travers la planète aux côtés des meilleurs scientifiques, sur les traces des maladies infectieuses émergentes.

« Les Etats ne sont pas préparés »

Huit ans plus tard, depuis sa maison du Montana, il observe cette crise avec frustration. « Lorsque je travaillais sur mon livre, les experts me prédisaient exactement ce qui est en train de se passer, raconte-t-il. La seule chose qui me surprend aujourd’hui, c’est à quel point les Etats ne sont pas préparés. »

Début 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait d’ailleurs inscrit une « maladie X » dans la liste des pathologies pouvant potentiellement provoquer un « danger international ». « La maladie X, disions-nous à l’époque, résulterait probablement d’un virus d’origine animale et émergerait quelque part sur la planète où le développement économique rapproche les humains et la faune, a expliqué Peter Daszak, qui a participé aux discussions de l’OMS et préside EcoHealth Alliance, une organisation américaine travaillant sur la santé humaine et la protection de la nature. La maladie X se propagerait rapidement et silencieusement ; exploitant les réseaux de voyages et de commerce humains, elle atteindrait plusieurs pays et serait difficile à contenir. » Autrement dit, Covid-19 est la maladie X.

Cette crise sanitaire sans précédent était-elle donc totalement prévisible ? Et dans quelle mesure est-elle liée à l’effondrement de la biodiversité ? Pour un nombre croissant de scientifiques, il ne fait aucun doute qu’il existe un lien étroit entre l’émergence de ces maladies et les dégâts causés à l’environnement.

Déforestation et conversion des terres

Si le nombre de personnes souffrant de maladies infectieuses n’a cessé de diminuer, le nombre d’épidémies, en revanche, a augmenté depuis 1940, avec un pic au cours des années 1980. Surtout, les trois quarts des maladies nouvelles ou émergentes affectant les humains sont des zoonoses, soit des maladies transmises par des animaux. Dans des travaux publiés en 2008, la chercheuse britannique Kate Jones et son équipe ont identifié 335 maladies infectieuses émergentes apparues entre 1940 et 2004 : 60 % d’entre elles trouvaient leur origine dans la faune.

Parmi ces pathogènes, le virus Marburg, apparu en Allemagne en 1967 ; le virus Ebola, détecté pour la première fois en 1976 au Zaïre – aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC) – ; le virus du sida, découvert aux Etats-Unis en 1981 ; Hendra, identifié en Australie en 1994 ; le virus SARS, responsable du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2002, en Chine ; le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) en Arabie saoudite en 2012…

« Un certain nombre de facteurs, dont beaucoup sont intimement liés à l’accroissement des impacts humains sur les écosystèmes, expliquent l’augmentation des zoonoses, affirme Kate Jones, professeure d’écologie et de biodiversité à l’University College de Londres. Parmi les plus importants sur le plan écologique, il y a le changement d’affectation des terres qui se produit à un rythme rapide dans de nombreuses régions du monde. »

Déforestation, conversion des terres agricoles et intensification : de fait, ces changements rapprochent les populations de la faune sauvage. « Lorsque la forêt tropicale profonde n’était pas exploitée, personne ou presque n’était exposé au risque de contracter un pathogène, explique Jean-François Guégan, spécialiste de la transmission des maladies infectieuses à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Avec la déforestation en Asie, au Brésil ou en Afrique, des individus ont été exposés massivement à ces nouveaux aléas microbiologiques. »

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’augmentation des maladies infectieuses émergentes coïncide avec la croissance accélérée des taux de déforestation tropicale enregistrés ces dernières décennies. Plus de 250 millions d’hectares ont disparu en quarante ans.

Les forêts tropicales, parce qu’elles sont particulièrement riches en biodiversité, sont aussi très riches en micro-organismes. Mais tous ne sont pas pathogènes : au contraire, l’immense majorité d’entre eux ont des fonctions essentielles et positives.

« Le risque de contracter un pathogène est lié au danger microbiologique, associé à la diversité biologique et aux écosystèmes en général, mais aussi à l’exposition des populations et à leur vulnérabilité sont-elles pauvres ou bien nourries, vaccinées, ont-elles accès aux soins… », précise Jean-François Guégan.

L’intensification agricole et la déforestation ont, par exemple, été les principaux moteurs de l’émergence du virus Nipah, qui a provoqué en Malaisie, en 1998, des centaines de cas d’encéphalite chez l’homme. Ce virus était hébergé par des chauves-souris frugivores du nord du pays. A cette époque, des élevages porcins industriels sont établis dans la région. Les éleveurs plantent aussi des manguiers et d’autres arbres fruitiers pour s’assurer une seconde source de revenus.

Chassées des forêts où elles vivaient, en raison notamment de l’exploitation de l’huile de palme, les chauves-souris s’installent sur ces arbres. Les fruits à demi consommés, leur salive ou leurs excréments tombent dans les enclos, et les porcs mangent tout. Le virus se propage d’un cochon à l’autre, d’un élevage à l’autre, puis infecte l’homme. Plus d’un million de porcs sont abattus.

« Barrières naturelles »

Mais, comme les porcs, ne faudrait-il pas éliminer les chauves-souris et déforester encore davantage ? Si les régions les plus riches en biodiversité sont aussi les plus riches en pathogènes potentiels, pourquoi protéger cette biodiversité ?

« Tenter de “détruire” des hôtes ou des paysages pourrait être contre-productif et augmenter, au moins à court terme, le risque de propagation de nouvelles maladies aux humains, répond Kate Jones. De plus, nous avons besoin de la nature pour l’eau potable, la nourriture et d’autres services. » « Dans les écosystèmes riches, de nombreuses espèces, quand elles sont confrontées à un virus, peuvent le détruire ou ne pas le reproduire. Elles jouent un rôle de cul-de-sac épidémiologique, de rempart, explique aussi Jean-François Guégan. En appauvrissant les écosystèmes, on se prive de ces espèces et des fonctions essentielles qu’elles exercent, qui sont celles de barrières naturelles ou encore d’épurateurs des écosystèmes. »

Celles qui subsistent dans les écosystèmes les plus pauvres, tels un champ de la Beauce ou une ville bétonnée, sont souvent les plus prolifiques et les plus « permissives » aux différents micro-organismes : des rongeurs ou certains oiseaux, plus susceptibles de contracter un pathogène et de le transmettre aux humains.

Les prédateurs, au contraire, sont parmi les premières espèces à disparaître. En Inde par exemple, des vautours ont longtemps assuré une fonction d’« épurateur de l’environnement ». Grâce à une acidité très forte de leur appareil digestif, ils pouvaient détruire les carcasses de bovins, les virus et les bactéries. Mais à partir des années 1990, un anti-inflammatoire donné au bétail les a décimés. Leur disparition rapide a entraîné une accumulation de carcasses, qui ont contaminé les points d’eau, puis un accroissement des populations de chiens errants, principale source de transmission du virus de la rage.

« On est en train de modifier en profondeur les interactions entre la faune sauvage et ses propres pathogènes et de détruire l’autorégulation des écosystèmes qui maintenait la circulation des virus à bas bruit, constate Serge Morand, écologue de la santé et chercheur au CNRS-Cirad basé en Thaïlande. Les changements agricoles, la destruction des habitats naturels et l’élevage industriel favorisent des ponts épidémiologiques de l’animal sauvage à l’animal d’élevage et à l’homme. »

Le Green Deal, une « main tendue »

Au sein même des espèces, la diversité génétique semble jouer un rôle dans la propagation des épidémies. Si cette diversité permet d’offrir le moins de prise possible aux pathogènes, l’élevage intensif favorise le phénomène inverse, en entraînant une simplification génétique et une uniformisation des espèces à de vastes échelles.

A ces éléments s’ajoutent une économie mondialisée et une population toujours davantage concentrée dans de gros centres urbains, à proximité de la faune. Autant de facteurs qui contribuent à faire qu’un virus comme le SARS-CoV-2, apparu sur un marché chinois, ait provoqué trois mois plus tard une pandémie touchant l’ensemble de la planète. « Nous avons un système mondial de facteurs interconnectés qui facilite la transmission de nouvelles infections par la faune et, en même temps, augmente la probabilité que ces événements deviennent des épidémies régionales et mondiales », résume Kate Jones.

Pour ces chercheurs, la prochaine pandémie est inévitable. « Il est même possible que la situation soit encore plus préoccupante en termes de mortalité », craint Jean-François Guégan. A moins que cette crise sans précédent ne soit l’occasion d’une prise de conscience ?

« Cette fois-ci, ce ne sont plus des poulets ou des canards qui sont touchés, mais des milliards d’humains qui sont confinés, note Serge Morand. Il faut faire une vraie transition écologique, remettre l’agriculture au centre des terroirs. Agir localement, travailler avec les communautés. » Le Green Deal proposé par la Commission européenne est, pour lui, une « main tendue » en ce sens, qu’il faut saisir.

Pour accompagner cette éventuelle prise de conscience, il faudra aussi davantage de travaux scientifiques sur le sujet, menés de façon multidisciplinaire. « Il faut une science plus attributive, qui s’intéresse davantage aux causes profondes et se détache de l’injonction à l’innovation », juge Serge Morand. « On s’intéresse aux causes directes, mais on a du mal à comprendre les causes en cascade, qui sont plus complexes, mais aussi plus proches de la réalité actuelle, regrette aussi Jean-François Guégan. Et nous avons une approche très curative : on laisse venir la maladie et on se dit qu’on trouvera un vaccin ensuite pour l’arrêter. » Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de vaccin contre le SARS, le virus du sida ou Zika.

Peter Daszak appelle à ne pas perdre de vue le tableau d’ensemble : « Les pandémies sont en augmentation et il ne faut pas seulement contenir les maladies, les unes après les autres, mais aussi les processus permettant leur émergence », insiste-t-il.

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«Sans méthodes de traçage, on ne pourra pas se débarrasser du virus»

 PAR 

Toronto (Canada), correspondance.– Ses recherches ont ouvert la voie aux technologies de reconnaissance vocale ou faciale, mais depuis quelques jours, Yoshua Bengio n’a qu’une chose en tête : aider à combattre l’une des plus grandes crises sanitaires de l’histoire. « Je travaille quinze heures par jour, sept jours sur sept, et je vois tout autour de moi plein de gens qui s’affairent à trouver des solutions », dit-il, d’une voix calme. 

Professeur à l’Université de Montréal, le chercheur canadien est l’un des pionniers de l’apprentissage profond (deep learning) qui a jeté les bases de l’intelligence artificielle moderne en permettant aux ordinateurs de traiter, d’analyser et de comprendre par eux-mêmes. Aujourd’hui, Yoshua Bengio veut utiliser la technologie qu’il a aidé à développer pour lutter contre le coronavirus. 

Avec une vingtaine de chercheurs canadiens dont plusieurs du Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, il est en train de mettre au point une application mobile de traçage afin de pister les malades et les personnes susceptibles d’être contaminées par le Covid-19. Aidé de l’intelligence artificielle, l’algorithme pourrait évaluer la probabilité qu’un individu soit infecté en fonction des endroits où il est allé et des personnes qu’il a rencontrées.

Objectif : rendre le confinement plus efficace en étant plus sélectif. Permettre aux personnes les moins à risque de se déplacer à nouveau et mettre au contraire la pression sur ceux qui susceptibles d’être infectés pour qu’ils s’isolent. « Le confinement, c’est la meilleure solution simple qu’on ait trouvée. Mais son coût économique est terrible et plus ça va aller, plus ça va empirer, explique Yoshua Bengio. Les gouvernements réagissent en agitant de l’argent, mais à plus long terme, à l’échelle de quelques mois, il faut qu’on se donne des outils pour redémarrer l’économie d’une manière qui ne permette pas au virus de reprendrePour faire ça efficacement, la seule manière, c’est d’utiliser la technologie. »

Les projets d’applications de « contact tracing » pour combattre la pandémie se multiplient à travers le monde. En Asie, des pays ont déjà mis en place de tels outils. Eu Europe, certains y voient une solution pour sortir du confinement. « Il y a beaucoup d’efforts pour développer ce genre d’application. On s’aide les uns les autres. Les codes sont ouverts, les gens se parlent. C’est un effort international, précise Yoshua Bengio. Pour quelqu’un qui comprend un peu la technologie, c’est assez évident qu’il faut aller dans cette direction-là. »Mais ce « traçage numérique » soulève des inquiétudes quant à ses implications en termes de vie privée et de risque de surveillance de masse. « C’est une question très importante. Elle n’est pas simple car il y a un conflit de valeurs entre d’une part, la vie privée et la dignité, et d’autre part la santé et la sécurité. Il y a des contradictions potentielles entre les deux », réagit le chercheur, qui fut l’un des premiers à lancer le débat autour d’une utilisation responsable et éthique de l’IALes questions de protection de la vie privée et des données sont au cœur des efforts de son équipe, dit-il. « On ne cherche pas à construire un fichier de surveillance qui traquerait où on est allé, qui on a rencontré et à quel moment. »

L’application imaginée permettrait d’évaluer en temps réel – à partir d’un questionnaire médical quotidien et du suivi des contacts – notre niveau de risque face au coronavirus. Cette information serait partagée, de manière anonyme et dans un rayon de 10 mètres, d’un téléphone à un autre en utilisant la technologie Bluetooth, une méthode déjà utilisée par Singapour et à laquelle réfléchit aussi la France. Ainsi, si l’on a été en contact avec une personne contaminée, l’application mettrait automatiquement à jour notre propre niveau de risque. Elle nous alerterait et nous recommanderait de nous confiner.

Grâce à ce mécanisme « pair à pair », seules les données anonymisées et délocalisées – nécessaires pour déclencher l’outil de prédiction – seraient centralisées, explique le professeur. Les informations sur les personnes rencontrées, comme le lieu et le moment des rencontres, resteraient dans les portables. « Quand il y a besoin d’un échange d’informations, quand quelqu’un a été testé positif, cela va se faire directement d’un téléphone à un autre, explique-t-il. Cela évite d’avoir un fichier central des déplacements de chacun. »

L’application utiliserait l’apprentissage profond pour améliorer les précisions des estimations. « L’intelligence artificielle, c’est un raffinement. Cela nous permettrait, au fur et à mesure qu’on amasse des données, non seulement de prédire plus précisément le risque, et aussi d’informer la santé publique sur les facteurs qui sont plus importants dans la transmission », assure M. Bengio qui a reçu en 2019, avec les deux autres pères fondateurs de l’apprentissage profond – le Britannique Geoffrey Hinton et le Français Yann LeCun – le prix Turing, souvent considéré comme le prix Nobel d’informatique.

Les premiers tests doivent être effectués cette semaine. Selon Vincent Martineau, chef de la communication de Mila, les chercheurs sont en discussion avec les autorités du Québec et du Canada afin d’arriver à développer rapidement une application qui aurait leur appui.

Pour le moment moins touché par la pandémie que l’Europe ou les États-Unis, le Canada recensait tout de même plus de 19 000 personnes contaminées et près de 500 morts mardi soir. La province du Québec est la plus affectée avec la moitié des cas. « Tant que l’on n’utilise pas des méthodes de traçage, je ne pense pas qu’on puisse se débarrasser du virus, juge M. Bengio. C’est une urgence qu’on installe ce genre d’application un peu partout sur la planète. »

Mais pour que ce genre d’application soit véritablement utile, il faut nourrir l’algorithme, et donc amasser des données. Selon M. Bengio, il faudra augmenter l’échelle des tests et qu’une assez grande proportion de la population accepte d’installer l’application sur son téléphone. L’un des scénarios d’abord envisagés par les chercheurs canadiens était de la rendre obligatoire mais l’option – qui aurait été sans nul doute controversée – a vite été abandonnée. Elle fonctionnerait finalement sur une base volontaire. « Il faut que l’on s’entende collectivement sur les manières dont on veut utiliser les technologies, estime M. Bengio. Si l’on n’a pas cette discussion proprement, il n’y aura pas d’adoption générale du public. »

Les chercheurs reconnaissent que de nombreux détails entourant la gestion et l’utilisation des données sont encore à régler. Et au Canada, comme ailleurs, cette question, explosive, voit s’affronter scientifiques et défenseurs des libertés publiques. Dans une tribune, Alan Bernstein, président du Cifar, l’Institut canadien de recherches avancées, basé à Toronto, défendait lundi les vertus du « contact tracing », affirmant nécessaire, face au caractère exceptionnel de la crise, de trouver un équilibre entre protection des données personnelles et bien public.

« Nous savons que l’Europe possède certaines des lois les plus strictes au monde en matière de protection de la vie privée, mais les terribles leçons de l’Italie et de l’Espagne ont laissé des traces, écrivait-il. Nous devons être clairs sur la question de la propriété des données et les raisons pour lesquelles elles seront utilisées. Nous devons respecter et trouver un équilibre entre intérêts individuels et collectifs. Mais maintenir les obstacles aux données dont les scientifiques et les décideurs ont besoin, ce serait prolonger et étendre les tragédies provoquées par le Covid-19. »

Ancienne commissaire à la protection de la vie privée de la province d’Ontario – et sommité dans ce domaine au Canada – Ann Cavoukian se dit au contraire « très inquiète » des effets à long terme de la pandémie en terme de libertés individuelles. « C’est rare que des mesures de surveillance mises en place pendant une crise soient restreintes après coup. On l’a vu aux États-Unis après le 11-Septembre… », dit-elle. Quant aux applications de traçage, elle demande à voir. « Je n’ai aucun doute que ces projets partent d’une bonne intention mais ce n’est pas suffisant, lance-t-elle. Il faut se méfier des conséquences involontaires de données collectées à des fins sans doute louables et qui sont par la suite utilisées contre nous. »

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Revalorisation : 4% d’augmentation pour les enseignants…mais pas nous

La revalorisation existe bien. Mais de l’autre coté de la Manche. 4% de hausse (4.25% précisément) avec rappel sur 3 années, c’est ce que viennent d’obtenir les syndicats britanniques. Selon la BBC, le gouvernement leur propose ce rattrapage salarial depuis septembre 2017. La paye moyenne d’un enseignant passerait de 37 870 £ à 39 438 (45 038 €) plus un rappel de 3700£ (4219€).

 

Dans BBC News

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New Public Management : disparition des tests aux Etats-Unis

La crise sanitaire a eu raison des tests nationaux qui sont la base du système de pilotage par les résultats aux Etats-unis. Tous les états ont du les abandonner, révèle EdWeek. C’est la première fois que cette clé de voute du New Public Management est abandonnée. Leur disparition, si elle était confirmée , mettrait fin a trente ans de pilotage éducatif aux Etats-Unis.

 

Sur EdWeek

Sur leur place dans le nouveau management

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Le Krach a eu lieu | Ce qui va suivre sera pire, sauf si…

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Covid-19: le spectre de la Grande Dépression hante l’économie mondiale,24 MARS 2020 PAR MARTINE ORANGE Médiapart

Whatever it takes. » En quelques jours, le « quoi qu’il en coûte » lâché par Mario Draghi, alors président de la BCE, en pleine crise de l’euro en juillet 2012, est devenu le mot d’ordre de tous les responsables politiques, de toutes les banques centrales. La Réserve fédérale (FED) en premier. Alors que l’épidémie de coronavirus s’étend dans le monde occidental à une vitesse exponentielle, la banque centrale américaine met toute sa puissance de feu pour tenter de maintenir l’économie américaine hors de l’eau et préserver la stabilité du système financier mondial.

Pour la quatrième fois en une semaine, la FED est intervenue. Et cette fois, elle a sorti l’arme ultime : un QE (quantitative easing, rachats de titres) illimité. La Réserve fédérale qui s’était déjà portée au secours du marché monétaire, du marché obligataire d’État, des banques, en leur assurant un accès illimité à la liquidité, est désormais prête à tout acheter, à tout garantir : les bons du trésor, les prêts hypothécaires, les obligations d’entreprise, les obligations municipales, les emprunts à court terme (commercial paper), les crédits à la consommation. Hormis les actions – mais ce ne saurait tarder, prédisent un certain nombre d’analystes tant la pression est forte notamment du côté des fonds d’investissements –, la Réserve fédérale achète tout.

« Alors que de grandes incertitudes demeurent, il devient évident que notre économie va faire face à de sévères ruptures. Des décisions fortes doivent être prises dans les secteurs public et privé pour limiter la perte d’emplois et de revenus, et pour promouvoir un redressement une fois que les ruptures diminueront », a expliqué le président de la FED, Jerome Powell, dans un communiqué, pour justifier cette nouvelle intervention.

Cette ultime action s’inscrit dans une tension générale. La semaine dernière, la Banque centrale européenne (BCE), la banque du Japon, la banque d’Angleterre, la banque australienne et nombre d’autres se sont toutes alignées pour faire front devant le chaos provoqué par l’épidémie de Covid-19. Toutes ont annoncé un arsenal de moyens monétaires hors norme : abaissement des taux directeurs, assurance d’accès illimité à la liquidité pour les banques, rachats de titres sur les marchés. Tous les instruments à leur disposition sont sollicités. Chacune d’entre elles se dit disposée à aligner des centaines de milliards pour tenter de faire face.

Du côté des gouvernements, des milliers de milliards sont aussi annoncés. Donald Trump, après avoir plaisanté sur le Covid-19 pendant des semaines, se dit désormais décidé à tout mettre en œuvre pour le combattre : le gouvernement américain est en plein débat avec le Congrès pour faire adopter un plan de soutien de 2 000 milliards de dollars, pour les entreprises et les ménages.Son plan toutefois a été une deuxième fois retoqué par le Congrès qui l’estime à la fois ni suffisant pour les particuliers ni suffisamment contraignant pour les entreprises auxquelles il n’est demandé aucune contrepartie. Dans un de ces tête-à-queue dont il est familier, Donald Trump se dit désormais favorable à l’« Obamacare pour tous », lui qui soutenait auparavant que la généralisation du système de sécurité sociale à l’ensemble de la population américaine ne pouvait conduire qu’à la ruine de l’économie américaine.

Il n’y a pas que le gouvernement américain qui change brusquement de pied. Jusque-là inflexible, le gouvernement allemand a annoncé son intention de revenir sur sa règle d’or constitutionnelle, le schwarze Null, qui lui interdit de faire zéro déficit budgétaire. L’Allemagne pourrait lancer un programme de 500 milliards d’euros pour soutenir ses entreprises.

Symbole encore plus significatif, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a annoncé le 20 mars la suspension des règles de discipline budgétaire de l’Union afin de permettre aux États membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus. « Aujourd’hui, et c’est nouveau et n’a jamais été fait auparavant, nous déclenchons la clause dérogatoire générale », a-t-elle expliqué. Renoncer aux règles d’équilibre budgétaire telles qu’elles sont définies depuis l’adoption de l’arsenal (two-pack, six-pack) depuis 2012 et même au 3 % de déficit du traité de Maastricht ! Jamais, même aux pires moments de la crise de l’euro, la Commission européenne n’avait envisagé de tels aménagements.

Il est vrai que les gouvernements ne l’ont pas attendue. Dès les premiers jours d’arrêt provoqués par l’épidémie de coronavirus, l’Italie a lancé un plan de 18 milliards d’euros pour venir tout de suite en aide aux entreprises. Le gouvernement italien a prévenu qu’il était prêt à aligner d’autres moyens budgétaires, si nécessaires, indépendamment de toutes les considérations et règles européennes. Le gouvernement français a lui aussi assuré que « quoi qu’il en coûte », il se tiendrait aux côtés des entreprises françaises, sans s’en tenir aux règles européennes. Il a déjà annoncé une enveloppe de quelque 300 milliards pour venir en garantie de l’économie.

Boris Johnson, le premier ministre britannique, a lui aussi promis un plan d’aide de 300 milliards de livres pour soutenir l’économie britannique. Il en va de même pour l’Australie, le Canada… : les gouvernements multipliant un peu partout dans le monde les mêmes annonces.

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Pourtant, cela ne suffit pas. Alors que des pays entiers sont déjà à l’arrêt pour tenter d’endiguer la propagation du Covid-19, que certains États américains (Californie, New York, Illinois, New Jersey) ont à leur tour décidé de se confiner, les marchés boursiers sont saisis d’effroi. « Le krach des marchés américains est désormais pire que celui de 1929 », constatait une étude de Bank of America à la fin de la semaine dernière.En dépit des dernières annonces de la FED lundi, la chute ne paraît pas devoir s’arrêter sur les marchés boursiers. En un mois, le Dow Jones, indice fétiche de Donald Trump, a perdu plus de 37 % de sa valeur. Les principales places boursières dans le monde connaissent des déroutes comparables. Toutes les banques, tous les fonds jouent The big short, c’est-à-dire les options à la baisse tandis que d’autres, parfois les mêmes, pris dans des positions à la hausse, et qui doivent répondre à des appels de marge de plus en plus importants au fur et à mesure que les actifs chutent, s’empressent de liquider leurs positions. La baisse s’auto-entretient.

Le système financier dans son ensemble semble s’être mis en mode liquidation. Rien ne semble résister à cette vague vendeuse. Tous les actifs financiers, même ceux considérés comme des valeurs refuges (bons du trésor américains, or, obligations d’État), sont à la vente. Tout est en baisse. La liquidité s’est évanouie sur tous les marchés, tandis que la volatilité, signe de tensions, est à son plus haut.

« La particularité de cette crise est qu’elle a été provoquée par un facteur exogène inconcevable. Personne n’avait imaginé qu’un virus, le Covid-19, pourrait entraîner la paralysie de l’économie mondiale. Il n’y a plus de repères », constate Éric Dor, directeur des études économiques et professeur à l’IESEG School of Management de Paris et Lille.

« Tout le monde est dans l’incertitude absolue. Comme on ne sait rien, les gens se mettent en mode survie. Ils cherchent du cash, par tous les moyens », poursuit Thierry Philipponnat, directeur de recherche de Finance Watch et membre du collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

«Le monde n’a jamais vu une telle interruption synchronisée de l’économie»

Des crises, des récessions, des bouleversements, des guerres, le monde en a connu plus que de raison. Mais il n’y a aucun précédent historique comparable à l’épidémie de coronavirus d’aujourd’hui. Du jour au lendemain, tout s’arrête, l’activité économique tombe à zéro, sauf pour les secteurs essentiels. Et cela ne se passe pas que dans un pays mais touche désormais la quasi-totalité de l’économie occidentale et peut-être demain la quasi-totalité des continents. Tout est à l’arrêt pour un temps indéterminé. En tout cas, bien au-delà de quinze jours comme annoncé au départ. Dans une économie mondialisée, interconnectée comme l’est la nôtre aujourd’hui, les conséquences s’annoncent vertigineuses.

Certains observateurs s’essaient à mettre des chiffres sur cet effondrement qui vient. Ils n’en sont même plus à parler de récession. Le secrétaire américain du Trésor, Steven Mnuchin, dit redouter une hausse du chômage pouvant aller jusqu’à 20 % dans les mois qui viennent. JP Morgan prédit une baisse de 14 % de l’économie américaine entre avril et juin, tandis que Goldman Sachs table sur une chute de 24 %. Alors que le gouvernement français a présenté la prévision irréaliste de 1 % de baisse au premier semestre dans le cadre de sa révision de loi de finances, des économistes allemands redoutent déjà une baisse de 5 % du PIB. D’autres économistes britanniques craignent une baisse de 10 % pour l’économie anglaise.

« Le monde n’a jamais vu une telle interruption synchronisée de l’économie depuis des décennies »relève l’ancien chef économiste du FMI, Maury Obstfeld. La comparaison qui lui vient par rapport au moment actuel : la Grande Dépression. C’est aussi à cela que pense le chef économiste du groupe mondial d’assurance Allianz, Mohamad El-Erian. « Quand l’économie et le monde financier se désendettent à l’unisson, la chute peut être sans fin et les conséquences affreuses », prévient-il.

Les inquiétudes des uns et des autres sont d’autant plus grandes que les ravages causés par l’épidémie de coronavirus, déjà sans précédent, interviennent dans un environnement où l’économie réelle ne s’est jamais réellement remise de la crise de 2008, mais aussi où la sphère financière, grâce à l’argent gratuit des banques centrales, s’est livrée à une débauche de crédits, de montages à effet de levier, de spéculations en tout genre.

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Depuis plusieurs années, le FMI et la banque des règlements internationaux tirent l’alarme sur ces montagnes de dettes susceptibles de mettre à bas l’économie mondiale et la stabilité du système financier international. Selon l’institut de la finance internationale, le montant total de dettes dans le monde atteignait 253 000 milliards de dollars à la fin 2019, soit l’équivalent de 322 % du PIB mondial. Un record absolu.Et c’est dans ce contexte d’extrême vulnérabilité financière que frappe l’épidémie de coronavirus, provoquant l’arrêt instantané de pans entiers de l’économie mondiale, poussant tous les acteurs à obtenir de l’argent liquide au plus vite, coûte que coûte. Tandis qu’ils liquident tout ce qu’ils peuvent sur les marchés, les grands groupes et les banques rapatrient aussi tous leurs avoirs de l’étranger. Ces trois dernières semaines, le mouvement des capitaux a pris des proportions considérables.

Au cours des huit dernières semaines, la fuite des capitaux hors des pays émergents s’est élevée à 55 milliards de dollars, soit le double des montants qui s’étaient rapatriés aux États-Unis pendant la crise de 2008, comme le note l’universitaire Adam Tooze. Si cette fuite se prolonge, elle peut conduire à la déstabilisation de nombreux pays émergents, dont certains (Nigeria, Algérie, Mexique) sont déjà très affectés par la chute du pétrole, tombé à 22 dollars le baril. Ce qui s’est passé en 2018 donne un avant-goût des risques possibles. D’autant que ces pays risquent d’avoir eux aussi la malchance de devoir affronter le Covid-19, sans disposer des équipements hospitaliers et sanitaires nécessaires.

L’assèchement mondial en dollars, monnaie de tous les échanges internationaux, est tel que la FED a dû mettre en urgence des lignes de swaps (échanges de titres) avec les principales banques centrales occidentales, qu’elle a étendues par la suite à dix-sept autres banques centrales (Australie, Corée du Sud), à l’exception de la Chine, afin d’assurer le financement en dollars de l’économie mondiale. Malgré cette réassurance donnée par la FED qu’elle restait la garante en dernier ressort du système financier international, la demande reste inassouvie : le dollar est au plus haut face à toutes les autres monnaies.

Mais pour de nombreux observateurs, ce déplacement de capitaux n’est que la première partie de ce qui nous menace : une bulle énorme de dette privée plane depuis longtemps sur l’économie mondiale. Alors que l’économie mondiale se paralyse sous l’effet du Covid-19, elle risque à tout moment d’éclater, selon eux.

En octobre dernier, le FMI avait donné l’alerte sur la dette des entreprises privées. Selon ses calculs, celle-ci représentait quelque 19 000 milliards de dollars dans le monde. Quelque 40 % de ces dettes d’entreprises accumulées dans les huit principales économies du monde deviendront irrécouvrables en cas de retournement de la conjoncture, même si celui-ci est moitié moins important que la crise de 2008, avait prévenu le FMI.

La situation s’annonce bien plus grave. « On savait tous que tout le monde est surendetté, plein de risques. On attendait ce qui allait provoquer la crise. Malheureusement, cela prend la forme d’une crise sanitaire », dit Lindsay David, consultant indépendant.

Prévoyant des lendemains catastrophiques, tous les groupes qui ont pu le faire, ont commencé à tirer toutes les lignes de crédit à leur disposition pour faire rentrer de l’argent dans leurs caisses. Quelques rares groupes, comme Coca-Cola, se sont même essayés à lancer des émissions obligataires en acceptant des taux de plus de 4 %, quand deux semaines auparavant ils étaient à moins de 2 %.

Mais le marché du crédit est en train de se geler. Les agences de notation reviennent sur le devant de la scène et dégradent les groupes à tour de bras. Celles-ci annoncent des risques de faillites « inévitables ». Les CDS (Credit default swaps, assurance crédit en cas de faillite) sont à nouveau suivis à la loupe. Le coronavirus est en train de mettre à nu toutes les déviances financières de cette dernière décennie : les effets de levier gigantesques, l’endettement pour racheter ses propres actions, les titrisations à outrance, tout ce monde aussi du private equity qui a détourné les entreprises de leur vocation première, la production, pour en faire des objets à acheter, à vendre, à endetter, à s’enrichir personnellement.

« Tout allait bien pour les entreprises qui s’endettaient, roulaient leurs dettes à l’infini quand les coûts d’emprunt étaient bas. Mais maintenant, le marché n’achète plus rien. Il y a plus de 2 000 milliards de dollars de dettes d’entreprises qui doivent être renégociés cette année. Et tout est gelé. Cela va être un désastre », explique le financier Angus Coote au Guardian.

Des listes de secteurs à risque circulent déjà : les compagnies aériennes, les entreprises de gaz de schiste, des constructeurs automobiles, l’immobilier, les sociétés de crédit. Mais à bien considérer, tout est aujourd’hui à risque. Des faillites peuvent provoquer des effets en chaîne, entraînant dans leur chute des sous-traitants, des fournisseurs, des clients.

En se portant au secours de tout, la FED et les autres banques centrales essaient d’éviter cette avalanche. Mais sera-ce suffisant ? « Les banques centrales se sont parfaitement coordonnées dans leur action, mais pas du tout les gouvernements. Tous y vont en ordre dispersé. C’est un côté inquiétant de ce moment. Il faut une coordination internationale pour répondre à cette crise sanitaire », commente Thierry Philipponnat. Lundi, les ministres des finances du G-20 se sont appelés pour étudier « une réponse concertée » à la crise du coronavirus. Ils se sont promis d’avancer rapidement. Mais pour l’instant, rien n’est arrêté. Même pas une coopération médicale internationale pour lutter ensemble contre le Covid-19.

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Talis : les profs français, les plus méprisés par leur hiérarchie au monde ?

Si les professeurs français sont parmi ceux qui se sentent les moins estimés parmi les pays de l’OCDE cela a peut-être  à voir aussi avec la façon dont leur propre institution les traite. C’est la leçon qu’on peut retenir de la publication par l’OCDE d’un nouveau volume de Talis, une enquête touchant 260 000 professeurs de 48 pays. En 2013 l’OCDE estimait qu’il y avait urgence à valoriser les enseignants français. En 2018, Talis démontre que les enseignants français ne sont pas seulement isolés, sous payés mais aussi méprisés par leur institution.

Les profs les moins bien considérés au monde ?


Que les professeurs français aiment leur métier, ne surprendra personne. Les enquêtes nationales, par exemple le Baromètre Unsa, le montrent tous les ans. Talis le confirme en montrant que les enseignants français sont parmi ceux qui ont les plus grandes attentes pour leurs élèves. 85% des enseignants français  s’estiment satisfaits de leur travail (OCDE 90%). 97% des professeurs français croient dans le succès de leurs élèves, contre 80% en moyenne dans l’OCDE. Sur ce terrain là nous sommes au 4ème rang sur les 48 pays ou territoires participant à  Talis, une enquête de l’OCDE qui a lieu tous les 5 ans. L’OCDE vient juste de publier le second volume de résultats pour Talis 2018.

Cette vigueur des enseignants français contraste avec leur sentiment de ne pas être reconnus par la société française. Là aussi la France se distingue mais en queue de peloton. Il n’y a que trois pays où les professeurs se sentent moins bien considérés : la Slovaquie, la Slovénie et la partie francophone de la Belgique. Seulement 7% des professeurs français estiment que leur profession est appréciée dans la société contre 27% en moyenne dans les pays de l’OCDE (92% au Viet Nam, 72% à Singapour, 59% en Finlande). Alors que ce taux augmente dans la moitié des pays (Estonie, Chine par exemple) en France il stagne depuis 2013. Les enseignants français sont nettement moins nombreux que leurs pairs dans l’OCDE à acquiescer à la proposition selon laquelle « les avantages du métier d’enseignant compensent largement ses inconvénients » (55 % en France contre 76 % dans les pays de l’OCDE).

Comme le note l’OCDE, « si les enseignants en France tendent à être plus satisfaits des termes de leur contrat de travail (80 % pour la France, 66 % pour la moyenne de l’OCDE), ce n’est pas le cas pour leur rémunération. En effet, seuls 29 % d’entre eux rapportent être satisfaits de leur salaire, soit un niveau inférieur de 10 points de pourcentage à la moyenne de l’OCDE (39 %) ». Parce que l’OCDE démontre qu’il y a bien un lien entre la paye et le sentiment de satisfaction. Ca tombe sous le sens, mais il n’est pas inutile en France de le rappeler. L’OCDE montre aussi que le sentiment d’être déclassé est plus important en France chez les enseignants expérimentés que chez les débutants. Un point important alors que le ministère ne parlait, avant la catastrophe sanitaire et économique, de revalorisation que pour les débutants.

L’OCDE note aussi que « les chefs d’établissement sont globalement plus satisfaits que les enseignants : 45 % des chefs d’établissement en France sont satisfaits de leur salaire (contre 29 % pour les enseignants).

Des profs méprisés par leur institution

Comment des professionnels non reconnus par leur propre employeur pourraient-ils l’être dans la société ? Le problème des enseignants français tient dans cette question.

La grande particularité du système français c’est d’avoir totalement marginalisé dans leur institution les enseignants. Ce que montre Talis c’est que les professeurs français sont les moins écoutés du monde. Eux le savent. Talis le démontre. La France fait partie des pays où les enseignants sont le moins associé au management de l’établissement d’après la déclaration des chefs d’établissement. Seulement 22% de ceux-ci déclarent qu’ils y sont associés contre 50% dans l’OCDE et 85% en Finlande.  Quand on demande aux principaux si les enseignants sont consultés sur le curriculum ou la politique scolaire, seulement 13% répondent favorablement en France contre 42% en moyenne dans l’OCDE, 90% en Italie, 60% aux Pays Bas. La France est au 40ème rang sur 48. Seulement 8% des enseignants estiment que les décideurs du système éducatif tiennent compte de leur avis en France contre 13% dans l’OCDE, 23% en Finlande.  Cela nous place au 39ème rang.


On sait , notamment par le Baromètre Unsa, qu’ily a une vraie coupure entre ,les enseignants et leur hiérarchie en France. Talis montre une particularité française. Les enseignants français sont, avec les Belges, ceux qui estiment que leur évaluation est la moins utile de tous les pays de l’OCDE.  C’est particulièrement net pour les enseignants expérimentés, alors que les taux sont généralement identiques entre expérimentés et novices.

Des enseignants isolés

Talis confirme aussi le relatif isolement des enseignants français. Le phénomène est connu depuis Talis 2009. Même si l’OCDE souligne l’effort fait en France en 2015 pour dégager du temps de travail d’équipe en Rep+, les enseignants français sont avant derniers (devant le Chili) quand il est question de collégialité et de support mutuel. Ils sont parmi ceux qui collaborent le moins avec leurs collègues. « En France, seuls 3 % des enseignants déclarent participer à des activités de formation professionnelle en groupe au moins une fois par mois (31 % pour la moyenne de l’OCDE) et 15 % déclarent enseigner à plusieurs en classe aussi fréquemment (28 % pour la moyenne de l’OCDE) », note l’OCDE. Moins de 20% déclarent enseigner en équipe alors que ce taux c’est le cas de 35% des enseignants en moyenne dans l’OCDE. Talis montre aussi que relativement peu de chefs d’établissement en France encouragent la coopération entre enseignants et de moins en moins par rapport à 2013 (60% en 2013 et 57% en 2018)

Les enseignants français connaissent moins le stress que leurs collègues étrangers mais en identifient mieux les raisons. « En France, 11 % des enseignants rapportent être « beaucoup » sujets au stress dans leur travail,  ce qui est inférieur à la moyenne de l’OCDE (18 %) », rapporte l’OCDE. « Cependant, les enseignants en France sont plus nombreux que leurs pairs de l’OCDE à identifier plusieurs facteurs de stress. Les trois sources de stress les plus fréquemment citées par les enseignants de collège sont « respecter les nouvelles exigences des autorités nationales, académiques ou locales » (pour 65 % d’entre eux), « avoir trop de devoirs à corriger » (pour 64 % d’entre eux) et « avoir trop de travail administratif à faire » (pour 60 % d’entre eux) ».

Pourquoi un faible taux d’attrition ?

Le paradoxe c’est que les enseignants pensent moins quitter leur métier que dans les autres pays, même si ce taux est en hausse. 18 % des enseignants rapportent qu’ils souhaiteraient quitter l’enseignement dans les cinq prochaines années contre 25 % pour la moyenne de l’OCDE. On touche là à la nature même du métier. Dans les pays qui ont appliqué pleinement le Nouveau management public, la nature du métier a changé pour devenir un métier d’exécutant plus ou moins temporaire. En France le taux de titulaires de leur poste reste élevé. Le métier est encore perçu chez beaucoup comme un métier à vie et une fonction sociale et non comme un job. Ce sont ces conceptions qui pourraient sauter avec le « nouveau métier enseignant » et « le management de proximité ».

 

Talis 2018 volume 2

Talis 2018

L’analyse par le ministère

Dossier Talis 2018 avec le volume 1

Talis 2013

Talis 2008

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Coronavirus : des modélisations montrent que l’endiguement du virus prendra plusieurs mois Le Monde

Face à un virus tel que le SARS-CoV-2, contre lequel n’existent encore ni vaccin ni traitement à l’efficacité cliniquement éprouvée, quel serait l’impact de mesures non pharmaceutiques pour réduire la mortalité et la pression sur le système de santé ? C’est la question à laquelle s’est attachée l’équipe de Neil Ferguson (Imperial College, Londres), spécialisée dans les modélisations des épidémies, et qui a fait porter ses analyses sur les cas du Royaume-Uni et des Etats-Unis.

Déjà en surchauffe

La réponse est glaçante : quelles que soient les stratégies mises en œuvre, le nouveau coronavirus aura des répercussions « profondes » et de longue durée sur ces pays et les nations comparables, et les mesures ne garantiront pas contre un éventuel rebond de l’épidémie.

Ces résultats, particulièrement frappants, présentés jeudi à l’exécutif français par le conseil scientifique Covid-19, ont incité le gouvernement à envisager des mesures fortes, les remontées des services hospitaliers déjà en surchauffe achevant de le convaincre de l’urgence à agir de façon décisive.

Neil Ferguson a voulu comparer deux options s’offrant aux décideurs politiques, étant estimé d’emblée que l’alternative du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 et 2,2 millions de morts respectivement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, avec un pic de mortalité fin mai début juin. Ces deux options sont qualifiées de « mitigation » (atténuation) et de « suppression » (endiguement), en jouant sur cinq types d’action : isolement des cas confirmés à domicile ; mise en quarantaine de leur famille ; distanciation sociale des personnes de plus de 70 ans, distanciation élargie à l’ensemble de la population ; fermeture des écoles et des universités.

Projections du nombre de mort de Covid-19 au Royaume-Uni et
        aux Etats-Unis en cas d’absence de mesures de prévention.
Projections du nombre de mort de Covid-19 au Royaume-Uni et aux Etats-Unis en cas d’absence de mesures de prévention. Imperial College COVID-19 Response Team

La première option, l’atténuation, n’a pas pour objectif premier d’interrompre complètement la circulation du virus mais de réduire l’impact sanitaire de l’épidémie. Pour y parvenir, différentes possibilités sont étudiées, comme la mise en quarantaine des cas identifiés et de leur famille, la fermeture des écoles et des mesures plus ou moins étendues de « distanciation sociale ».

Une protection immunitaire collective ?

Dans ce scénario, l’immunité de la population se renforce au fil de l’épidémie, conduisant, in fine, à un déclin du nombre de cas. C’est peu ou prou celle envisagée par le gouvernement de Boris Johnson jusqu’à ces dernières heures, misant sur une acquisition d’une protection immunitaire collective lorsqu’un pourcentage suffisant de la population a été atteint.

Effet projeté de diverses mesures d’atténuation du
        Covid-19, en nombre de lits de soins intensifs occupés pour
        100000 habitants au Royaume-Uni. La ligne rouge désigne la
        capacité de lits de soins intensifs après montée en charge. La
        partie bleutée correspond à la durée de ces mesures.
Effet projeté de diverses mesures d’atténuation du Covid-19, en nombre de lits de soins intensifs occupés pour 100000 habitants au Royaume-Uni. La ligne rouge désigne la capacité de lits de soins intensifs après montée en charge. La partie bleutée correspond à la durée de ces mesures. Imperial College COVID-19 Response Team

La seconde option, l’endiguement, vise à faire en sorte qu’un individu donné transmette le virus à moins d’une personne, conduisant à l’extinction de l’épidémie. Cette stratégie appliquée par la Chine de façon autoritaire suppose des mesures plus radicales allant jusqu’au confinement de la population entière. Mais après cinq mois d’un tel régime, l’épidémie risquerait de flamber en cas d’interruption de ces mesures.

Effet de diverses stratégies de suppression du Covid-19 sur
        les besoins en lits de services de réanimation au Royaume-Uni.
        La ligne verte (zoom en bas) combine fermeture des écoles et
        universités, isolement des personnes infectées, et distanciation
        sociale au niveau dela population entière. Elle permet la prise
        en charge de tous les malades, mais se traduit par un rebond
        plus fort lorsque les mesures sont supprimées.
Effet de diverses stratégies de suppression du Covid-19 sur les besoins en lits de services de réanimation au Royaume-Uni. La ligne verte (zoom en bas) combine fermeture des écoles et universités, isolement des personnes infectées, et distanciation sociale au niveau dela population entière. Elle permet la prise en charge de tous les malades, mais se traduit par un rebond plus fort lorsque les mesures sont supprimées. Imperial College COVID-19 Response Team

L’équipe de l’Imperial College a donc imaginé une stratégie où les mesures de « suppression » seraient périodiquement allégées, puis réinstaurées dès que les cas se remettraient à menacer les capacités de prise en charge. A l’échelle du Royaume-Uni, elles devraient être en vigueur les deux tiers du temps jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible (ce qui n’est pas envisagé avant douze à dix-huit mois) et poseraient en pratique de grandes difficultés d’adaptation des structures collectives.

Effet sur le nombre hebdomadaire de cas en réanimation
        d’une stratégie de mesures  intermittentes d’endiguement du
        Covid-19, dans un scénario concernant le Royaume-Uni.
Effet sur le nombre hebdomadaire de cas en réanimation d’une stratégie de mesures  intermittentes d’endiguement du Covid-19, dans un scénario concernant le Royaume-Uni. Imperial College COVID-19 Response Team

« Notre principale conclusion est que l’atténuation n’empêcherait pas une augmentation des cas qui excéderait jusqu’à huit fois les capacités en lits d’hôpitaux et de réanimation, dans le scénario le plus optimiste », écrivent les chercheurs. Et même si l’ensemble des patients pouvaient être pris en charge, il y aurait encore 250 000 morts au Royaume-Uni et jusqu’à 1,2 million aux Etats-Unis.

Pour Neil Ferguson et ses collègues, la conclusion est que l’endiguement de l’épidémie « est la seule stratégie viable actuellement. Les effets sociaux et économiques des mesures nécessaires pour y parvenir seront profonds. » Ils notent que plusieurs pays les ont d’ores et déjà adoptées, mais que même ceux qui n’en sont encore qu’à un stade précoce de l’épidémie sur leur sol « tels que le Royaume-Uni, devront le faire de façon imminente ». La France vient de le précéder sur ce chemin.

Ces conclusions alarmantes font écho à des travaux du laboratoire Inserm-Sorbonne Université Epix-Lab dirigé par Vittoria Colizza (Inserm, Sorbonne Université), montrant l’efficacité et les limites des fermetures d’écoles et du développement du télétravail.

« Réduire d’au moins 60 % les contacts »

« Les fourchettes données par l’équipe de Ferguson sur le nombre de cas et de décès sont tout à fait en ligne avec nos modèles. Elle a pris en compte deux stratégies qui tiennent compte des politiques adoptées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, sans inclure le télétravail dans les mesures à combiner, comme nous l’avons fait », souligne la chercheuse. En France, les équipes de modélisation commencent à intégrer les données en provenance d’Italie, qui permettront de se rapprocher davantage de la situation française.

« Dans quinze jours, nous verrons si les mesures qui entrent en vigueur en France marchent pour endiguer l’épidémie, mais le pic est encore éloigné. Elles devront rester en place suffisamment longtemps pour qu’une immunité de groupe soit présente dans la population afin d’éviter un rebond des infections. Nous travaillons à estimer quand il serait optimal de pouvoir les lever mais en attendant, il faut qu’elles soient strictement appliquées », insiste Vittoria Colizza.

Dans son avis du 12 mars, le conseil scientifique Covid-19 notait que par le passé, des modélisations avaient « souvent fait des prédictions exagérées ». Mais la transposition des résultats de l’équipe de Ferguson à la France semblait limpide : « Sans même se placer dans des scénarios extrêmes, ni dans les scénarios les pires probables au sens des modèles mathématiques, des hypothèses intermédiaires faisaient déjà apparaître avec un degré de plausibilité élevé, un écart important entre le nombre de cas sévères nécessitant une réanimation avec les capacités hospitalières françaises, même augmentées par des mesures appropriées. »

Pour éviter une vague de décès, les experts recommandaient des mesures « plus contraignantes », rappelant que « pour un virus comme SARS-CoV-2, il faut réduire d’au moins 60 % les contacts ». Les modèles de Neil Ferguson semblent avoir eu l’effet d’un électrochoc : le jour même de leur présentation à l’Elysée, le président de la République annonçait la fermeture des écoles, et dès le samedi celle des commerces, cafés et restaurants.

Dans leur dernier avis du 16 mars, les scientifiques s’alarmaient cependant de « la non-perception d’une partie de la population de la gravité de la situation », soulignant que les comportements ne s’étaient « pas suffisamment modifiés ». Quelques heures plus tard, le confinement général de la France était prononcé.

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« Le capital au XXIe siècle » de Thomas Piketty adapté au cinéma : les inégalités expliquées par le Monopoly

Thomas Piketty a adapté son livre “Le capital au XXIe siècle” au cinéma, avec le documentariste néo zélandais Justin Pemberton, Il sort dans une cinquantaine de salles le 18 mars. C’est un tour de force d’avoir réussi à transposer les mille pages du best seller de Piketty en film d’une heure quarante minutes.

L'économiste Thomas Piketty
L’économiste Thomas Piketty © Copyright Diaphana Distribution

Et ça fonctionne plutôt bien.

Pour mesurer l’évolution historique des inégalités, l’économiste a utilisé dans le livre un procédé très intéressant : il a plongé dans la littérature. On voit très bien comment la richesse se transmet dans les familles chez Balzac ou Jane Austen ou les effets de la crise dans Les Raisins de la colère, de Steinbeck.

Justin Pemberton a remplacé les livres par des extraits de films. C’est encore plus frappant, quitte à donner une image un peu caricaturale du capitalisme. On en oublierait que ces trente dernières années, il a divisé par deux la mortalité infantile et la pauvreté absolue dans le monde.

Qu’apprend-on de nouveau sur les mécanismes du capital dans le film ?

Il y a une séquence formidable. Thomas Piketty n’est pas le seul à réfléchir sur les inégalités de patrimoine. D’autres universitaires essaient de comprendre comment les inégalités se reproduisent et affectent les comportements.

C’est la spécialité d’un chercheur en psychologie de l’Université de Berkeley, en Californie. Il s’appelle Paul Piff. Dans le film, on le voit organiser des parties de Monopoly avec des centaines de joueurs pour observer leur comportement.

La partie est truquée dès le départ, et tout le monde le sait, puisqu’on tire au sort des joueurs avantagés et ceux qui ne le sont pas. Aux premiers, on donne 2000 dollars et deux dés, aux autres, 1000 dollars et un seul dé. Le dé ça compte car quand vous en avez deux vous passez plus souvent par la case départ, où vous recevez 200 dollars.

Les joueurs avantagés gagnent, mais ils oublient complètement que c’est grâce au tirage au sort

Quand on leur demande pourquoi ils ont gagné, aucun n’évoque le hasard. Ils sont convaincus qu’ils sont meilleurs, ils adoptent une attitude dominante et ils mangent tous les bretzels que Paul Piff a placé au milieu de la table !

A contrario, les joueurs désavantagés par le sort, qui perdent donc, se tassent sur eux-mêmes et perdent confiance. 

Conclusion de Paul Piff :  plus on est riche, plus on est persuadé qu’ ”on le vaut bien”. Le fameux slogan de L’Oréal… Et moins on a d’empathie envers les autres. Il suffit d’être un peu plus riche que son voisin pour être dans cette posture. On finit par comprendre pourquoi l’impôt sur les successions soit aussi impopulaire, toutes classes confondues.

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Comment va la vie ? Pas si bien, selon l’OCDE

« Nos existences sont plus longues et plus sûres. Dans les pays de l’OCDE considérés dans leur ensemble, l’espérance de vie a augmenté de plus d’un an, un enfant né aujourd’hui étant appelé en moyenne à dépasser l’âge de 80 ans. Le taux moyen d’homicides dans la zone OCDE a diminué d’un tiers depuis 2010, la mortalité routière est en recul, et les individus se sentent plus en sécurité lorsqu’ils marchent seuls le soir dans leur quartier. Un ménage sur huit vit dans un logement surpeuplé, ce qui représente une baisse de 3 points de pourcentage par rapport à 2010. Les revenus et les emplois sont orientés à la hausse : tant le taux d’emploi que le revenu moyen des ménages ont augmenté de plus de 5 points de pourcentage depuis 2010 », annonce l’OCDE qui publie une nouvelle étude « Comment va la vie » sur l’évolution du bien être depuis 2010. « Mais les situations sont très différentes selon les pays de l’OCDE », reconnait l’organisation. « Les moyennes de l’OCDE dissimulent autant de choses qu’elles n’en révèlent ».

« Ce qui est vrai en moyenne ne l’est pas toujours pour chaque pays membre – et encore moins pour les différents groupes de population au sein de chaque pays », poursuit l’Ocde. Même la « bonne nouvelle » la plus récurrente dans ce rapport – l’augmentation de l’espérance de vie – ne vaut pas pour certains pays de l’OCDE, où elle stagne. Depuis 2010, le nombre de pays où l’accessibilité financière du logement, le taux de pauvreté monétaire relative, la participation électorale ou le soutien social se sont dégradés est peu ou prou égal au nombre de ceux où ils se sont améliorés. Les gains de bien-être actuel les plus importants sont souvent concentrés dans les pays où le niveau de bien-être était le plus faible au début de la décennie, situés pour beaucoup d’entre eux en Europe de l’Est ».


 » S’agissant de l’avenir, l’heure n’est pas à l’autosatisfaction », estime l’OCDE. « Alors que de sombres nuages s’amoncellent à l’horizon, essentiellement liés à des problèmes environnementaux et sociaux, tous les pays de l’OCDE doivent prendre des mesures pour pouvoir préserver le bien-être actuel au bénéfice des générations futures. Près de deux tiers des habitants des pays de l’OCDE sont exposés à des niveaux dangereux de pollution de l’air… Dans près de deux tiers de la zone OCDE, la dette des ménages est supérieure à leur revenu disponible annuel, et elle s’est alourdie dans un tiers des pays membres de l’Organisation depuis 2010. Si la confiance dans les pouvoirs publics s’est améliorée de 3 points de pourcentage en moyenne depuis 2010, moins de la moitié des habitants des pays de l’OCDE ont confiance dans leurs institutions, et seule une personne sur trois a le sentiment d’avoir son mot à dire concernant l’action des pouvoirs publics ».

L’étude

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PLAN TRUMP : Appel à action de rue demain VENDREDI à Nantes

Nous ne laisserons pas la Palestine disparaitre de la carte ! Signez et faites signer la pétition en ligne  http://chng.it/p2LkVztq8z

Trump vient de rendre public son « plan » qui soutient l’annexion par Israël de Jérusalem-Est, du Golan, de la vallée du Jourdain et de toutes les colonies israéliennes en Palestine occupée. Tout ceci est absolument contraire aux résolutions de l’ONU ! En saluant cette initiative, le gouvernement français se déshonore.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, doit prendre des initiatives pour la mise en oeuvre des droits du peuple palestinien et non être complice du plan qui entend les enterrer.

 

APPEL à Action de rue : information – signature de la pétition en ligne 

 VENDREDI 31 janvier de 15 h à 17 h à Nantes : carrefour rue de la Barillerie – 50 Otages 

 

Soyons nombreux si possible avec vos smartphones et tablettes pour la signature en ligne

Une pétition papier sera à disposition Distribution d’un tract 

 

Signez et faites signer la pétition en ligne http://chng.it/p2LkVztq8z

Que le buzz soit une déferlante. 

 

Le bureau de l’AFPS44

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le communiqué de l’AFPS 

Quel spectacle révoltant nous ont offert ce 28 janvier Trump et Nétanyahou, qui prétendaient présenter ensemble un « plan de paix » concernant au premier chef les Palestiniens …sans la moindre présence palestinienne. Ces deux individus, tous deux sous le coup de poursuites pour des actes commis dans le cadre de leur activité politique, tous deux obnubilés par l’échéance électorale à venir, unis par leurs conceptions racistes et suprémacistes.

Une seule réalité : Trump fait un cadeau électoral à Nétanyahou en lui donnant sa bénédiction à l’annexion de toutes les colonies et de la Vallée du Jourdain. Cynique jusqu’au bout, il l’adosse à la promesse d’un supposé État palestinien fractionné et dépouillé de sa capitale Jérusalem et de toutes ses ressources…
L’annexion ? C’est dès que vous voulez, dit-il aux Israéliens.
Le supposé État de Palestine, même dépouillé de tout pouvoir et de toute ressource ? C’est pour dans 4 ans si vous êtes sages.
Pas besoin d’en dire plus, on avait compris depuis longtemps : il s’agit d’aller toujours plus loin dans la dépossession des Palestiniens de leurs terres, de leurs ressources et de leurs lieux emblématiques, de perpétuer le régime d’apartheid, de maintenir les Palestiniens sous occupation.

En entendant liquider la cause palestinienne, ce n’est pas seulement toute perspective de paix que Trump enterre, c’est une conception des relations internationales fondée sur le droit. Ce n’est pas seulement en Israël et Palestine que la paix est menacée : le suprémacisme est à l’œuvre, il mine nos démocraties, il menace la paix dans le monde entier.

La voie de la paix est toute autre : elle passe d’abord par la reconnaissance de l’Autre, de l’injustice et des torts qui lui ont été faits, elle passe par le respect du droit à l’autodétermination du peuple palestinien et du droit au retour des réfugiés palestiniens, elle passe par la fin de l’occupation, de la colonisation, du blocus de Gaza. Ce n’est que sur cette base-là, celle du Droit que Palestiniens et Israéliens pourront inventer leur avenir commun.

La première réaction de la France est de « saluer les efforts du président Trump » ! C’est indigne ! La seule réaction possible au « plan Trump » de la France, de l’Europe, de tous les États qui affirment refuser la loi de la jungle et la loi du plus fort, est un rejet clair et net, sans détour, assorti de menaces de sanctions si l’État d’Israël s’avisait de le mettre en œuvre. Il est inconcevable que la France se rende ainsi complice d’un tel plan. C’est une solution basée sur le droit qui doit s’imposer.

Le Bureau national, 29 janvier 2020

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Des missionnaires aux mercenaires

Quel fil peut bien relier les ministres ou anciens ministres Emmanuel Macron, Fleur Pellerin et Najat Vallaud-Belkacem, la présidente du conseil régional d’Île-de-France Valérie Pécresse, les journalistes Jean-Marie Colombani et Christine Ockrent, l’homme d’affaires Alain Minc, le banquier Matthieu Pigasse (l’un des propriétaires du Monde SA) ou encore l’ancien premier ministre Alain Juppé ? Tous ont effectué un passage par la French-American Foundation dans le cadre de son programme « Young Leaders ». Tout comme cinq cents autres personnalités françaises, parmi lesquelles le président François Hollande lui-même.

Depuis 1981, cette fondation privée organise des séminaires de deux ans où une douzaine de jeunes Français côtoient les élites américaines de la même classe d’âge. Officiellement, l’objectif est de favoriser le dialogue franco-américain. En réalité, il s’agit de bien faire comprendre aux futurs décideurs français — entrepreneurs, responsables politiques, journalistes — les bienfaits de la mondialisation à l’anglo-saxonne. Certes, on constatera ultérieurement que, ici ou là, l’opération de séduction a échoué (avec M. Nicolas Dupont-Aignan, par exemple). Mais, dans l’ensemble, ces jeunes gens effectueront une brillante carrière au sein des structures de pouvoir et dans les affaires. Des personnalités qui ne feront pas dans l’antiaméricanisme…

Ce programme est révélateur de la stratégie d’influence des États-Unis. Celle-ci s’exerce de manière encore plus spectaculaire à travers le pantouflage des élites, notamment européennes, dans de grandes entreprises américaines. Dernier exemple en date — ô combien symbolique : la décision de M. José Manuel Barroso de rejoindre la banque Goldman Sachs. L’ancien président de la Commission européenne va mettre son expérience et son carnet d’adresses — où figurent notamment tous les dirigeants politiques de l’Union — au service de ce prestigieux établissement… qui a participé au maquillage des comptes de la Grèce pour lui faire intégrer l’euro.

M. Barroso n’est pas le seul commissaire à se reconvertir dans des fonctions lucratives : ce fut le cas récemment de Mme Neelie Kroes (Bank of America) et de M. Karel De Gucht, négociateur et thuriféraire du grand marché transatlantique (CVC Partners). M. Mario Draghi est, quant à lui, directement passé de Goldman Sachs à la présidence de la Banque d’Italie, puis à celle de la Banque centrale européenne (BCE) (1).

Ces allers-retours entre public et privé relèvent de pratiques courantes aux États-Unis. Sous la présidence de M. William Clinton, les instigateurs de l’abrogation — réclamée par Wall Street — du Glass-Steagall Act de 1933, qui séparait banques de dépôt et banques d’affaires, se sont facilement reconvertis dans de grands établissements financiers. Le big business sait récompenser ceux qui l’ont bien servi. À la tête de la Réserve fédérale (FED) de 2006 à 2014, M. Ben Bernanke a favorisé la création monétaire au profit des acteurs financiers en déversant 8 000 milliards de dollars dans l’économie au nom du sauvetage des banques. En 2015, il a intégré Citadel, l’un des principaux fonds d’investissement du pays. La même année, M. Timothy Geithner, l’un des protégés de M. Clinton, ancien secrétaire au Trésor de M. Barack Obama, a rejoint Warburg Pincus, un grand fonds d’investissement.

Le monde des affaires sait aussi miser sur ceux qui, demain, pourront faire prévaloir ses intérêts, lui ouvrir les portes des administrations, relayer son discours. Aux États-Unis, bien sûr, mais aussi dans le reste du monde. Cette stratégie permet de rendre désuet le recours aux pots-de-vin et autres enveloppes. Plus besoin de corrompre ! Fini aussi le chantage direct, les menaces, pour obtenir un marché ou des renseignements. On fait désormais dans le soft power, le lobbying.

Le coup d’envoi en France de cette stratégie de l’influence, que d’aucuns pourraient qualifier de trafic d’influence, a été donné en 1986 lorsque Simon Nora, figure tutélaire et emblématique de la haute administration, a intégré à 65 ans la banque d’affaires Shearson Lehman Brothers, devenue par la suite Lehman Brothers. Au cours de la décennie 1990, la mondialisation a accéléré le pantouflage. Désormais, les grands établissements financiers américains, qui veulent pénétrer le marché français et européen, font leurs emplettes au sein de l’élite hexagonale. Toute une génération d’énarques et d’inspecteurs des finances approche de l’âge de la retraite. Leur salaire en tant que hauts fonctionnaires, dirigeants de banques hier nationalisées ou de grandes entreprises, pour être correct, n’avait cependant rien à voir avec ceux pratiqués outre-Atlantique. Banques et fonds d’investissement leur font miroiter la perspective de gagner en quelques années autant que durant toute leur carrière passée. Tentant ! D’autant qu’ils éprouvent le sentiment d’aller dans le sens de l’histoire.

C’est ainsi qu’en 1989 Jacques Mayoux, lorsqu’il était fonctionnaire, président de la Société générale, est devenu le représentant de Goldman Sachs à Paris. Il a été suivi de beaucoup d’autres. À commencer par M. Philippe Lagayette, ancien directeur de cabinet de M. Jacques Delors lorsqu’il était ministre de l’économie, des finances et du budget, ancien directeur général de la Caisse des dépôts, qui rejoignit JP Morgan en 1998. Les énarques dits « de gauche » ne sont pas les derniers à succomber aux sirènes de ce capitalisme de connivence. Ces personnalités sont choisies et touchent de confortables honoraires pour ouvrir les portes et pour faciliter les fusions et les rachats d’entreprises françaises que lanceront les banques.

Au fil des ans, des centaines de sociétés sont passées de main en main par le biais d’achats à effet de levier (leverage buy-out ou LBO). Chaque fois, les banques d’affaires touchent une commission, leurs dirigeants français ayant bien mérité leurs émoluments. Peu importe, finalement, que la France se désindustrialise, que les salariés soient licenciés pour accroître le rendement du capital, que les déficits commerciaux se creusent. L’essentiel n’est-il pas de saisir la vague de cette finance triomphante ? Hier, ou plutôt avant-hier, les fonctionnaires issus des grands corps de l’État — s’ils pantouflaient déja — s’estimaient investis d’une mission : ils servaient la nation. À partir des années 1990, les mentalités changent. La mondialisation a transformé les missionnaires en mercenaires. Le capitalisme débridé a remplacé le capitalisme d’État.

Ce mouvement s’est amplifié au fil des ans. En 2004, M. Charles de Croisset, ancien président du Crédit commercial de France (CCF), a marché dans les traces de Mayoux en devenant conseiller international chez Goldman Sachs et vice-président de Goldman Sachs Europe. Les branches françaises des cinq grandes banques d’investissement américaines sont toutes dirigées par un énarque (2). M. Jean-François Cirelli, ex-dirigeant de Gaz de France et d’Engie, ancien membre du cabinet du président Jacques Chirac, vient de rejoindre la filiale pour la France et le Benelux de BlackRock. Peu connu du grand public, ce fonds est le premier gestionnaire d’actifs du monde (5 000 milliards de dollars).

Tout aussi symbolique est le parcours de Mme Clara Gaymard. Cette énarque, épouse de M. Hervé Gaymard, ministre de M. Chirac, avait été nommée en 2003 déléguée aux investissements internationaux. De quoi étoffer son carnet d’adresses, l’un des plus fournis de l’énarchie. En 2006, General Electric (GE) lui proposa de prendre la tête de son antenne France, puis la vice-présidence de GE International, l’entité chargée des grands comptes et des relations avec le gouvernement. Elle a servi d’intermédiaire lors du rachat par GE de la division énergie d’Alstom, au printemps 2014. Une fois l’opération achevée, le président du groupe, M. Jeffrey R. Immelt, s’est séparé d’elle brusquement, mais, soyons-en sûrs, avec de bonnes compensations. Pendant dix ans, Mme Gaymard a été l’un des relais essentiels de l’influence américaine en France : membre de la Trilatérale (3), présidente de la Chambre américaine de commerce, membre du conseil d’administration de la French-American Foundation.

Proposer de belles fins de carrière aux seniors, miser sur quelques personnages-clés dans le Tout-Paris médiatico-politique, investir dans de jeunes cadres prometteurs : tels sont les axes de ce soft power qui s’exerce aux quatre coins de la planète. Cet investissement dans la jeunesse se retrouve dans le cas d’Alstom : à la demande du gouvernement français, GE a promis de créer 1 000 emplois nets en France sur trois ans. Mais le groupe s’est au passage engagé à recruter 240 jeunes de haut niveau à la sortie des grandes écoles pour ses « programmes de leadership ». Ces derniers se verront proposer une carrière accélérée chez GE, aux États-Unis et dans le reste du monde. Une opération fort habile de captation des cerveaux ; une manière aussi de vider un peu plus la France de ses forces vives.

Car l’expatriation des capitaux s’accompagne désormais d’un exode des jeunes diplômés vers les États-Unis, mais aussi vers Londres, Singapour ou ailleurs. Ce sont bien souvent les enfants de cette nouvelle caste de managers mercenaires, les relations des parents aidant à leur trouver des postes intéressants dans les multinationales. Dans ce monde globalisé, les élites françaises ont adopté les mêmes comportements et les mêmes ambitions que leurs homologues américaines.

Jean-Michel Quatrepoint

Journaliste ; auteur notamment d’Alstom, scandale d’État, Fayard, Paris, 2015.

(1Lire Vicky Cann, « De si confortables pantoufles bruxelloises », Le Monde diplomatique, septembre 2015.

(2Cf. Jean-Pierre Robin, « Créer son fonds d’investissement, ainsi font font font les petites marionnettes », Le Figaro, Paris, 17 octobre 2016.

(3Créée en 1973 par M. David Rockefeller, la Commission trilatérale a pour but de resserrer les liens entre les États-Unis, l’Europe et le Japon. Lire Diana Johnstone, « Une stratégie “trilatérale” », Le Monde diplomatique, novembre 1976.

Article mis à jour le 20 janvier 2017 : Jacques Mayoux n’est pas le père de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

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