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Communiqué FSU Halte au blocus de Gaza : la Flottille de la liberté doit passer !

Communiqué FSU

Les Lilas le 2 août 2018

Halte au blocus de Gaza : la Flottille de la liberté doit passer !

Ce dimanche 29 juillet, l’Awda, navire amiral de la flottille partie cette année de Suède et de Norvège, a été intercepté par la marine israélienne, et détourné vers le port israélien d’Ashdod. Son équipage et ses passagers ont été arrêtés et sont actuellement détenus en Israël.

Après Salah Hamouri détenu sans procès depuis de nombreux mois, c’est Sarah Katz, membre de l’équipage de l’Awda, citoyenne française également, qui a été emprisonnée en Israël, et depuis peu libérée. Pour ces deux situations, le silence du gouvernement est assourdissant et la protection consulaire absente.

La Flottille doit passer. l’Awda doit être restituée pour pouvoir aller à Gaza, et son équipage et ses passagers doivent être libérés.

Et la « Freedom », le voilier qui va la suivre dans quelques heures, ne doit pas faire l’objet d’un acte similaire.

La FSU, membre du collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, demande au gouvernement français d’agir dans ce sens, de toute urgence et publiquement, en prélude à une indispensable intervention, ferme et assortie de sanctions, pour la levée du blocus de Gaza.

Le gouvernement français doit agir pour que cesse le scandale que constitue ce blocus.

Il est temps que la communauté internationale s’exprime avec force et rappelle Israël à ses devoirs. Elle ne doit pas laisser indéfiniment son gouvernement et son armée agir et violer le droit international en toute impunité. Cela passe aussi par l’arrêt de toute coopération économique jusqu’à ce qu’Israël respecte enfin le droit international et s’y soumette.

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Le rapport sénatorial sur le métier enseignant reprend les objectifs de Cap 22

26/07/2018 – 03h00– « Ce ne sera pas un rapport comptable ». Les propos du sénateur Max Brisson (LR), auteur avec la sénatrice Françoise Laborde (RDSE), du rapport sur le métier d’enseignant, sont pourtant démentis par le contenu du rapport qui évoque des modifications de statut , de recrutement, d’affectation qui reprennent largement les recommandations du rapport Cap 22 : annualisation des services, révision du temps de travail, obligation de remplacement, personnalisation des affectations et reconnaissance du « mérite ». On notera deux apports. D’abord l’idée de varier la formule des concours de recrutement des enseignants entre 1er degré et 2d degré. Ensuite la reconnaissance d’un point que le Café pédagogique avait établi en juin : derrière la question du concours d’admissibilité en L3 il y a celle de la récupération des 25 000 postes de fonctionnaires stagiaires.

« Ce ne sera pas un rapport comptable. Ce ne sera pas non plus un rapport de dénigrement. On veut jeter un regard bienveillant sur la profession ». Max Brisson, agrégé, inspecteur général, et Françoise Laborde, professeure des écoles, publient le 25 juillet un rapport attendu sur le métier enseignant, réalisé pour la commission de l’éducation du Sénat,. Et il est peu en accord avec ces engagements. Si le rapport aborde les questions de recrutement, d’affectation, de statut et de carrière, ses préconisations sont toujours très proches des idées ministérielles et du rapport Cap 22, qui, lui au moins, annonce clairement la couleur sur son obsession budgétaire.

Recruter en L3

Le rapport Brisson – Laborde veut construire « un cadre rénové pour renouer avec l’attractivité » du métier enseignant. On sait que la crise de recrutement est réelle. Elle touche plusieurs académies pour le premier degré et plusieurs disciplines pour le second. Pour répondre à cette crise, le rapport fait des préconisations sur les concours de recrutement, l’affectation des enseignants, leur statut et leur rémunération.

Sur les concours, le rapport distingue entre 1er et 2d degrés.  Pour le second degré il propose peu de modifications. L’admissibilité aurait lieu plus tard au milieu de l’année de M2 de façon à assurer « une formation plus disciplinaire ». La formation professionnelle aurait lieu au  second semestre de M2, avant le concours d’admission, et jusqu’en T3 (3éme année d’exercice) au moment où les lauréats du concours sont en charge de classes. Les rapporteurs ont une conception très traditionnelle du métier mettant l’accent sur la formation disciplinaire. Toutefois les rapporteurs recommandent un pré recrutement dès L1 auprès des assistants d’éducation, solution proposée aussi par le ministre.

Pour le premier degré par contre, ils préconisent le concours d’admissibilité en fin de L3 et l’admission en fin de M2. C’est ce que recommandent aussi JM Blanquer et le rapport Cap 22 mais pour tous les enseignants.

Supprimer 25 000 postes de professeurs stagiaires

Interrogé sur le statut des candidats entre L3 et M2, M Brisson reconnait que « financièrement ils ne pourront pas être fonctionnaires stagiaires ». Ce statut court aujourd’hui sur l’année de M2 et la solution proposée par le rapport pour le premier degré la ferait courir sur deux années. Les deux sénateurs disent ce que JM Blanquer n’a pas dit dans son projet de réforme de la formation et que le Café pédagogique avait expliqué en juin. Le principal effet du déplacement du concours en L3 c’est de supprimer les 25 000 postes de fonctionnaires stagiaires.

C’ets exactement le nombre de postes que Bercy devrait réclamer à l’Education dans le cadre de la suppression des postes de fonctionnaires. Et c’est aussi refaire ce que X Darcos avait fait en 2008 dans une situation politique identique. Au lieu d’être fonctionnaires stagiaires, les lauréats des concours d’admissibilité sont des étudiants éventuellement boursiers ou des apprentis.

Le rapport recommande aussi une reprise en main des Espe avec un affaiblissement du tronc commun et surtout une chasse aux sorcières envers les formateurs qui devraient être tous remplacés par des enseignants en exercice et quelques universitaires « de  très haut niveau »…

Changer les règles d’affectation

Le rapport veut aussi revoir les règles d’affectation après concours. Il s’agit d’en finir avec « le bizutage institutionnel » des néo profs. Mais aussi de modifier les règle d’affectation pour donner plus de pouvoirs aux recteurs et chefs d’établissement. Là aussi on est dans la logique de Cap 22.

Les rapporteurs proposent de garantir une affectation dans la même académie pour les néotitulaires que pendant leur année de stage. Ils proposent aussi « un calibrage académique » des concours du 2 degré de façon à ce que les lauréats puissent choisir une académie. Pour celles qui ont du mal à recruter, les rapporteurs imaginent de donner aux recteurs le droit de définir des zones où ils pourraient déroger aux règles d’affectation ordinaire. A cela s’ajoute  une obligation de mutation tous les 10 ans pour les enseignants et la multiplication des postes à profil.

Annualiser le temps de travail

Les rapporteurs veulent aussi modifier le statut des enseignants. Et d’abord d’imposer l’annualisation des services. Pour eux il ne s’agit pas de faire travailler gratuitement davantage les enseignants. Mais un rapport de la Cour des comptes, favorable elle aussi à cette mesure, montre bien qu’elle permettrait d’augmenter de 20% environ le temps de travail sans bourse délier. Les rapporteurs veulent aussi imposer deux heures supplémentaires dans le second degré, rendre les remplacements obligatoires et imposer 5 jours de formation obligatoires en dehors des heures de service. Toutes idées qu’on trouve aussi dans Cap 22.

Enfin les rapporteurs reconnaissent que les salaires des enseignants sont bas, mais surtout en début de carrière. Le rapport mentionne quand même que, selon le ministère de l’éducation nationale, les enseignants ont perdu 10% de revenu depuis 2000. Pourtant ils ne demandent pas de revalorisation sauf pour les débutants. On retrouve là une idée émise sous Sarkozy en plein gel des salaires. Le rapport défend aussi l’idée de la personnalisation du revenu « selon le mérite ». Enfin le rapport recommande aussi de donner aux directeurs d’école un pouvoir d’évaluation des enseignants.

Rendre le métier plus pénible pour le rendre plus attractif ?

Avec tout cela peut on rendre le métier d’enseignant plus attractif ? Evidemment ce n’est pas en aggravant les conditions d’exercice, en rendant l’accès au métier plus couteux et en maintenant des salaires bas qu’on améliore l’attractivité. Celle ci apparait donc comme un prétexte. L’objectif réel de ce rapport c’est de matérialiser le soutien de la Commission de l’éducation du Sénat au projet ministériel et gouvernemental.

Le rapport

Sur les concours

Sur Cap 22

La Cour des comptes demand el’annualisation

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Le ministère enterre SIRHEN

Selon Les Echos, la Direction du numérique éducatif du ministère de l’Education nationale annonce la mise en arrêt du projet Sirhen. Lancé en 2007 dans une optique de rationalisation, Sirhen (système d’information de gestion des moyens et des ressources humaines de l’éducation nationale) devait prendre en charge la paye du million de salariés de l’Education nationale. En principe il devrait déjà fonctionner depuis des années. Mais en fait, a révélé un rapport de G. Longuet sur le budget de l’Education nationale en 2016, seulement 18 000 fonctionnaires, sur le million de l’Education nationale, étaient gérés par Sirhen. La décision de mettre fin à ce projet, qui se démarque de la gestion précédente, est une bonne chose.  Sirhen devait permettre au final d’économiser 70 millions d’euros. Or il en avait déjà coûté 496 en 2016, estime le rapport Longuet qui demande d’arrêter l’opération. 496 millions cela représente le coût d’une armée de plus de 10 000 profs ou celui de la revalorisation PPCR en 2017…

 

Article des Echos

Sur Sirhen

Déjà en 2015

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Carrières enseignantes : deux mesures positives

Alors que les salaires sont gelés, le ministère a publié au JO du 20 juillet deux mesures positives. L’indemnité de sujétions particulières en faveur des professeurs documentalistes passe de 590 à 767,10 €. De plus l’application de cette mesure est faite au 1er septembre 2017 ce qui devrait donc valoir un rappel intéressant pour les enseignants concernés à cette rentrée. Cependant cette prime reste inférieure à l’ISOE que les professeurs documentalistes ne perçoivent pas. Un autre arrêté relève significativement les taux de promotion à la hors classe en application des accords PPCR. Ainsi celui des professeurs des écoles passe de 5.5% à 13.2 en 2018 et 15.1 en 2019, ce qui le rapproche de celui des certifiés. Pour ceux ci on passe de 7 à 17%. Même évolution pour les autres corps du secondaire.

 

Indemnité des profs documentalistes décret

Et arrêté

Taux de promotion 2018

Pour rappel la situation antérieure

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Blanquer accélère la réforme territoriale

Dans un entretien donné à l’AEF, le ministre de l’éducation nationale confirme qu’il va suivre les recommandations du rapport Weil pour « instaurer de véritables régions académiques ». La réforme territoriale sera terminée en 2020. A cette date, les académies actuelles seront remplacées par des nouvelles académies calquées sur les grandes régions, comme le rapport Cap22 le recommande. Le rapport Weil avait fixé l’horizon 2021 pour cette réforme mais le ministre a décidé d’aller plus vite.

Longtemps très centralisé, le système éducatif français s’est territorialisé depuis les lois de décentralisation, de 1982 jusqu’à la récente loi NOTR. En 2015, avec la naissance des nouvelles régions, l’Education nationale a fait exception en gardant ses anciennes académies. Mais elle les a chapeautées avec des « recteurs de région académique » correspondant aux 13 nouvelles régions métropolitaines. JM Blanquer a fait un pas supplémentaire. Un décret publié en novembre 2017 autorise un recteur de région académique à administrer plusieurs académies, légalisant une situation de fait en Normandie.

Un passage progressif vers 13 académies

Le rapport Weil estime que le passage vers les 13 nouvelles  académies  » doit se faire selon des scénarios différents selon les régions académiques concernées et en tenant compte des contraintes spécifiques à chacune ». L’originalité du rapport est justement de proposer des scénarios concrets et datés de passage de 30 à 13 académies, en distinguant 4 régions d’étendue modeste, 4 plus étendues et enfin l’Ile de France.

Dans les 4 régions d’étendue modeste (Bourgogne‐Franche‐Comté, Hauts‐de‐France, Normandie et Provence‐Alpes‐Côte d’Azur) , qui ne comptent que 5 ou 6 départements, le rapport considère que les personnels sont prêts à la fusion.  » La fusion des académies avait déjà été envisagée lors de la préparation du décret du 10 décembre 2015 ; elle avait alors provoqué des réactions hostiles de certains personnels et d’élus locaux. Aujourd’hui, même si certaines postures peuvent être inchangées, la mission constate… la grande majorité des acteurs de ces régions académiques ont admis l’idée que les académies auxquelles ils appartiennent sont appelées à fusionner à brève échéance. Les préoccupations des personnels se situent davantage maintenant sur les conditions et les conséquences de cette fusion que sur son principe ».

Le rapport Weil invite les recteurs des régions académiques à élaborer un projet de fusion pour 2019 ou 2020, le projet devant être remis fin 2018.  » Il ne s’agit, ni plus ni moins, que de reproduire à l’échelon régional l’organisation académique actuelle sur la base d’un réaménagement des services académiques dans leurs sites respectifs confirmés ».

Dans les 4 grandes régions (Auvergne‐Rhône‐Alpes, Grand Est, Nouvelle‐Aquitaine et Occitanie),  » la mise en oeuvre de ce principe implique la conception de nouveaux modes de gouvernance pour maintenir ou renforcer, dans le nouveau cadre, le fonctionnement et la qualité de suivi indispensables ». Les scénarios vont varier selon les régions. Le rapport demande la création d’un vice chancelier des universités et d’un adjoint chargé de l’enseignement scolaire auprès de chaque recteur. Pour mieux gérer les personnels il recommande la fusion des corps d’inspection.

En Ile de FRance,  » l’organisation de l’enseignement scolaire dans la région Île-de-France dépendra pour partie de la définition de la métropole du Grand Paris. Selon la configuration choisie, le recteur de la future académie de Paris-Île-de-France pourra prévoir de s’appuyer sur deux à trois adjoints, territorialisés ou non, qui pourraient être directeurs d’académie ou recteurs adjoints. La mission recommande que le recteur de la région académique soit, comme ses collègues, chargé d’élaborer un projet de fusion dont le calendrier pourra différer des autres régions académiques en fonction des annonces liées au Grand Paris, mais sans remettre en question le principe de la fusion ». Seul le territoire des 2 adjoints imaginés par le rapport changerait.

La gestion des enseignants au coeur de la question

Même si le rapport ne le dit pas, la principale justification de la réforme est bien dans les économies réalisée dans la gestion des personnels. Le rapport annonce une totale régionalisation des personnels.  » Il est clair que la nouvelle organisation territoriale repose la question de la déconcentration de la gestion des ressources humaines dans des termes nouveaux. Au terme du processus que la mission préconise, les recteurs devront voir renforcer leurs compétences en matière de gestion de personnels avec la déconcentration au niveau académique de tous les actes de gestion, ce qui permettra à l’administration centrale de se consacrer exclusivement à ses tâches de conception, pilotage et régulation ».

Mais les rapporteurs sentent venir les résistances. Ils conseillent « dans un premier temps, de ne pas remettre en question les circonscriptions académiques actuelles pour l’affectation des personnels » dans les grandes régions. Dans les petites l’intégration sera progressive.

La réforme aurait d’autres conséquences.  « Au niveau départemental, le principe d’organisation « un département – un IA-DASEN » pourrait évoluer », reprenant ainsi une idée émise par le rapport de l’Inspection. « Si, pour des raisons symboliques et politiques qu’il n’est pas nécessaire de développer, il paraît difficile, dans la mesure où chaque département demeure une circonscription administrative de l’État, de créer une inspection académique unique pour deux départements, la mission recommande, partout où les recteurs des nouvelles académies le proposeront et, dans un premier temps, sous forme d’expérimentation, de nommer le même inspecteur d’académie directeur académique des services de l’éducation nationale de deux départements, quand les effectifs d’élèves concernés ou la taille de ces départements le justifient… A l’intérieur des départements, la carte des circonscriptions du premier degré devra faire l’objet d’un réexamen généralisé ».

Les professeurs en première ligne

Ce qui est certain c’est que les enseignants sont au coeur du processus, même s’ils ne le souhaitent pas. C’est la gestion locale des ressources humaines qui permettrait par exemple d’affecter les enseignants au niveau des régions académiques et non plus des académies. Déjà des recrutements interacadémiques de contractuels se mettent en place. En changeant d’échelle la gestion des personnels devrait déjà permettre de réaliser des économies.

Mais elle serait aussi une étape pour une autre gestion. La fusion des corps d’encadrement permettrait de rapprocher le pilotage pédagogique jusqu’au niveau local. Car si la question territoriale a à voir avec la gestion des moyens, elle est aussi un outil pour contrôler et diriger davantage le travail dans la classe.

Pour les syndicats, reçus cette semaine par le ministre, voilà un nouveau sujet de discussion qui s’ouvre. L’Unsa Education a déjà fait savoir qu’il « partage le constat sur les difficultés de fonctionnement ». Mais il « exige que les transformations se construisent avec tous les personnels ».

L’Unsa éducation a immédiatement réagi à cet entretien pour déplorer la forme de communication du ministre qui  » n’apporte aucune garantie » aux personnels.

Entretien Blanquer

Le rapport Weil

Unsa

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Cap 22 : comment Macron va réformer l’Etat et l’Ecole

Rendu public par un syndicat, le rapport « Service public : se réinventer pour mieux servir » vise à réduire le coût des services publics. Pour cela les fonctionnaires sont aux premières loges des économies à réaliser et les enseignants en premier. Le rapport invite le gouvernement à créer une nouvelle catégorie d’enseignants qui travailleront plus et seront bivalents. Il les confiera à des chefs d’établissement managers ayant le pouvoir de les recruter et de décider de leur salaire. Dans la suite de la RGPP imaginée sous Sarkozy, ce rapport va plus loin dans le Nouveau Management Public pour conseiller des réformes dont les effets négatifs ont été constatés ailleurs.

Réduire la dépense publique

Remis au Premier ministre, ce rapport a été rédigé par des économistes et des spécialistes connus pour être proches du pouvoir comme Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry ou Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne.

Le rapport fixe comme objectif la réduction de la dépense publique qui, pour les auteurs, « n’est pas soutenable ». « La réponse aux insuffisances du service public et son adaptation ne pourront pas passer par une hausse de la dépense publique, celle-ci étant en France très nettement supérieure à celle de ses voisins », estime le rapport. Il fixe comme horizon la moyenne européenne (47% du PIB) alors que la France est à presque 57%. C’est donc une baisse de 10 points qui est souhaitée par le rapport.

Pour cela il veut ‘ »refonder l’administration » en préconisant « un changement dans la gouvernance publique » avec des managers « intéressés aux économies ».

Changer le statut des fonctionnaires

Les économies à réaliser vont peser quasi exclusivement sur les fonctionnaires. La première recommandation du rapport c’est de passer « d’un pilotage des effectifs (plafond et schéma d’emploi) à un pilotage par la masse salariale ». Le rapport emprunte cette idée aux Républicains du Sénat qui depuis des années demandent de stabiliser la masse salariale. Il n’y a qu’un seul moyen pour y arriver : remettre en question les règles de l’avancement. D’où l’obsession sur les commissions paritaires dont la suppression tient une curieuse place dans le rapport.

Il s’agit donc de « bâtir un nouveau contrat social » dans la Fonction publique et pour cela « offrir davantage d’agilité et de souplesse aux employeurs publics et leur donner des marges de manoeuvre accrues dans leur politique de recrutement ». Le rapport recommande « d’assouplir le statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées, notamment des rémunérations » et « d’élargir le recours au contrat de droit privé comme voie « normale » d’accès à certaines fonctions du service public ».  Il veut donner « la possibilité au management de recruter, faire évoluer et promouvoir les talents sans autres contraintes préalables que celles de droit commun ». En clair les chefs de service, comme les chefs d’établissement, doivent devenir des managers pouvant recruter et décidant de la paye.

Pour cela il faut en finir avec le paritarisme et la rapport recommande « de supprimer les commissions administratives paritaires (CAP) mobilité et promotion actuelles… Les CAP actuelles seraient repositionnées pour analyser et garantir la qualité de l’accompagnement managérial ».  Elle n’auraient plus de contrôle sur les mutations ou l’avancement qui seraient entièrement entre les mais des managers.

Un nouveau corps d’enseignants

Tout un chapitre est consacré à l’Ecole. Sous prétexte de « réduire les inégalités », le rapport ne traite en fait que la gestion des enseignants, comme s’ils étaient à l’origine du problème.

Le rapport invite à « responsabiliser davantage les chefs d’établissement notamment en leur donnant plus de marges de manoeuvre pour constituer leur équipe pédagogique ». Il leur promet « un déroulement de carrière plus attractif afin qu’ils jouent pleinement leur rôle de manager ».

La principale réforme consiste à créer un nouveau corps d’enseignants. L’objectif est « d’augmenter le temps d’enseignement des enseignants du secondaire actuels avec un recours à deux heures supplémentaires, ce qui conduira à améliorer leurs rémunérations, et créer pour cela un nouveau corps d’enseignants qui pourrait se substituer progressivement à celui de professeur certifié. Pour ce nouveau corps, que les enseignants pourraient rejoindre sur la base du volontariat, le temps d’enseignement serait supérieur à celui des professeurs certifiés mais la rémunération serait également supérieure… Ce corps serait soumis à des obligations supplémentaires (bivalence, annualisation d’une partie du temps d’enseignement, obligation de remplacement dans l’intérêt du service) qui offriraient plus de souplesse aux chefs d’établissement »

5 jours en plus dans les obligations de service

Il envisage une réforme de la formation des enseignants avec une formation initiale de deux ans à partir de L3 et des pré-recrutements étudiants.

La formation continue « doit elle aussi être repensée, en rendant certaines formations obligatoires, en laissant le choix aux enseignants pour les autres et en effectuant les formations en dehors des heures de cours tout en les valorisant pour que les enseignants qui s’y rendent… La proposition est donc d’intégrer un temps réservé à la formation, de 3 à 5 jours, pleinement intégrée aux obligations réglementaires de service ».

Pourtant les rapporteurs semblent avoir trouvé la solution aux congés de formation : « Le numérique constitue une solution temporaire pour assurer des formations de remplacement en cas d’absence d’un enseignant », dit le rapport. C’est simple…

Le rapport annonce aussi la réforme territoriale qui se met en place. Il veut « faire de l’académie l’échelon de décision stratégique pour la mise en oeuvre de la politique éducative. Par ailleurs, le périmètre des académies serait revu pour se rapprocher de la carte des services de l’Etat sur le format des nouvelles régions ».

De la RGPP au Conseil des ministres

Pour tous ceux qui suivent l’Ecole depuis des années, ce rapport éveille des réminiscences. Le rapport Cap 22 rappelle la Révision générale des politiques publiques lancée par N Sarkozy avec le même objectif entre 2007 et 2012. La RGPP affichait clairement son intention de réduire les postes d’enseignants. Cap 22 ne le dit pas mais tout ce dispositif réaliser cet objectif. C’ets ce que veut dire le pilotage par la masse salariale, ce qu’entrainera l’annualisation des services des nouveaux enseignants. Au final la RGPP s’est traduit par une nette détérioration de la qualité de l’enseignement particulièrement dans les zones d’éducation prioritaire. On se rappelle que Paris avait été relativement beaucoup moins touché par les suppressions de postes que Créteil par exemple.

Ce texte n’est pas qu’un rapport de plus. Plusieurs de ses préconisations ont été actées au Conseil des ministres du 12 juin. Celui ci a acté « l’élargissement du recours au contrat » dans la Fonction publique, la volonté « d’assouplir les contraintes qui pèsent sur les employeurs publics dans leurs choix de recrutement »,  » la refonte de la rémunération des agents publics, avec une remise à plat complète des modalités de rémunération des agents publics et la généralisation de la rémunération au mérite » et « l’allègement des commissions administratives paritaires ».

Un projet idéologique

Ce rapport n’invente rien non plus sur le fond en matière scolaire. Cette politique de gestion managériale avec la dilution des statuts et la mise à genoux des syndicats a déjà largement été expérimentée ailleurs. C’est tout simplement l’application, avec 20 années de retard, du New Public Management qui a gagné déjà les pays anglo-saxons et une bonne partie de l’Europe.

Le pays qui est allé le plus loin sur cette voie est celui qui connait l’échec le plus retentissant : la Suède. Dans les années 1990, la Suède a pris la tête des pays réformistes dans l’optique du New Management. Le pays est passé en quelques années d’un système éducatif étatique et centralisé à une décentralisation totale. Les enseignants sont devenus des employés communaux. Les établissements sont gérés par des chefs d’établissement qui ont une totale liberté de gestion sous tutelle de la municipalité et une large autonomie pédagogique. L’Etat attribue par contrat aux communes une enveloppe globale pour ses services en échange de services.

Vingt ans après la réforme, l’OCDE pointe le faible niveau de compétences des élèves suédois et la baisse régulière des performances en compréhension de l’écrit, en maths et en sciences dans les évaluations PISA depuis 10 ans. En détruisant le statut des enseignants, la Suède affronte une grave crise de recrutement qui l’amène à embaucher des personnels beaucoup moins qualifiés. Même les chefs d’établissement se sont fatigués d’être des managers. La crise de recrutement les concerne également.

Cet échec n’est pas propre à la Suède. On le retrouve aussi , comme l’ont montré Florence Lefresne et Robert Rakocevic (Depp) en Angleterre et aux Pays Bas. C’est la philosophie même du New Public Management qui est maintenant remise en question y compris par une organisation internationale comme l’OCDE. Mais ce rapport n’en tient aucun compte.

Il nous dit en fait deux choses importantes. La première c’est que les idées émises par JM Blanquer dans ses livres successifs sont celles de l’équipe présidentielle. Cela donne évidemment un poids très puissant à la politique  ministérielle. Le ministre est en accord et va appliquer le programme gouvernemental.

Le second enseignement c’est que cette politique est purement idéologique. Il n’y a aucun « pragmatisme » dans cette politique. La grande réforme de l’Education nationale est lancée et appliquée à bride abattue alors que les résultats néfastes sont clairement prévisibles.

Le rapport Cap 22

Le Conseil des ministres du 12 juin

La RGPP

Angleterre Suède Pays Bas

L’échec de la réforme éducative suédoise

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CAP 2022 : les propositions d’économies radicales du rapport enterré par l’exécutif – Figaro

EXCLUSIF – Le Figaro révèle le contenu des 22 propositions de réforme remises au premier ministre par le comité Action publique 2022 afin de réaliser, à moyen terme, une trentaine de milliards d’euros d’économies.

Le premier ministre ne souhaitait pas publier le rapport des experts CAP 2022 sur la réforme du service public avant que chaque ministère ait communiqué sa propre feuille de route pendant l’été. On le comprend à la lecture du précieux document dont Le Figaro a pu se procurer une copie. Le groupe d’économistes, dirigeants, hauts fonctionnaires… a relevé sans tabou le défi qui lui était proposé. À travers 22 mesures, le rapport décapant identifie, à moyen terme, «une trentaine de milliards d’euros» de baisse possible de la dépense publique. C’est… sept fois plus que les 4,1 milliards que la loi de programmation des dépenses publiques, votée en décembre dernier, leur assignait.

«Plutôt que chercher l’exhaustivité, nous avons pris le parti d’identifier les principaux verrous qui freinent la transformation publique», avance le comité qui était coprésidé par Véronique Bedague-Hamilius, PDG de Nexity, Ross McInnes, le président de Safran, et Frédéric Mion, le patron de Sciences Po. Parmi les domaines clés ciblés: la santé, l’enseignement, le logement, la justice ou encore l’audiovisuel.

La question du statut des fonctionnaires

Suivant les exemples suédois ou canadien, le groupe revendique de ne pas être entré dans la réflexion par le prisme budgétaire. Les réformes qu’il recommande exigent ainsi fréquemment dans un premier temps des investissements, par exemple pour faire entrer l’État et ses agents à l’heure du numérique ou pour simplifier la vie des personnes handicapées. Selon les experts, la clé d’une réforme réussie repose sur un triptyque: «Plus de confiance et de responsabilisation, l’utilisation de tout le potentiel offert par le numérique et un nouveau contrat social entre l’administration et ses collaborateurs.» Ce nouveau contrat devrait notamment passer par un «assouplissement du statut pour offrir la possibilité d’évolutions différenciées entre les trois fonctions publiques».

Dans la même recherche d’agilité, le comité estime que les administrations centrales de l’État doivent se recentrer sur leurs missions cœurs. Il suggère ainsi, par exemple, pour prendre le cas de Bercy, que «le recouvrement de l’impôt et le contrôle, le conseil aux entreprises, les statistiques ou les études économiques, les missions de la direction des douanes…» soient conduites par des agences. Dans le domaine du sport, les auteurs préconisent la création «d’une Agence nationale du sport, établissement public cogéré avec le mouvement sportif, en charge du sport de haut niveau et de la préparation sportive pour les grandes compétitions».

Mission par mission, les experts ont chiffré les économies que leurs propositions pourraient dégager. Pour réduire la dépense publique, leur recommandation la plus efficace est tout simplement de «mettre un terme à toutes les interventions publiques dont l’efficacité n’est pas démontrée». Cela passe par la suppression de multiples aides jugées peu efficaces (taux réduits de TVA, aides à l’innovation, péréquation de la taxe d’aéroports, multiples coups de pouces à la transition énergétiques…). L’ensemble permettrait d’améliorer le solde public de plus de 5 milliards d’euros. Le comité estime pouvoir réaliser des économies du même ordre d’idées dans le domaine de la santé en améliorant la qualité des prises en charge.

Ces pistes ne correspondront pas forcément aux choix du gouvernement qui planche en ce moment sur son budget 2019. Elles donnent en tout cas de précieuses indications sur les débats qui ont agité les ministères ces derniers mois. S’il ne souhaitait pas les appliquer, chaque ministre a dû en effet proposer une réponse argumentée aux suggestions des experts. Le comité, composé de 44 experts, avait été missionné en octobre dernier par Matignon. Il devait initialement rendre ses conclusions à la fin du premier trimestre. De fil en aiguille, la remise du rapport avait été décalée à juin. En les recevant la semaine dernière, Édouard Philippe a annoncé que le rapport serait publié à l’issue du processus de communication des économies envisagées.


22 mesures pour économiser une trentaine de milliards d’euros

Le rapport du Comité action publique 2022 (CAP 2022) comporte… «22 propositions pour changer de modèle». En voici six parmi les plus importantes.

• Proposition 5: désengorger l’hôpital

Le comité propose plusieurs réformes sur l’organisation du système de soins (coordinateur des acteurs, offres de soins locales, renforcement de l’innovation…) dont les impacts attendus sont la réduction de 10 000 du nombre de décès évitables par an et «plus de 5 milliards d’économies».

• Proposition 10: rendre Pôle emploi plus flexible

Pour renforcer la responsabilisation des chômeurs, les 44 membres proposent de mettre en concurrence tous les services d’aide au retour à l’emploi et de recentrer Pôle emploi sur ses missions d’indemnisation, de contrôle et d’accompagnement des chômeurs les moins autonomes. D’après leurs calculs, il en résultera une baisse de la durée du chômage et «des économies à hauteur de 350 millions d’euros».

• Proposition 15: simplifier le recouvrement des impôts

L’objectif visé est ici d’économiser «1 milliard d’euros d’ici 2022» en simplifiant «drastiquement le système de recouvrement» des impôts. Comment? «En réduisant le nombre de dispositifs et de structures qui en ont la charge», précise le rapport. Pour ses membres, la DGFiP récupérerait le recouvrement de l’ensemble des taxes fiscales et les Urssaf celui de toutes les cotisations sociales.

• Proposition 18: supprimer les doublons État/collectivités

Pour éviter les dépenses inutiles, titre de la 4e partie du rapport, le CAP 2022 juge que «l’État doit renoncer complètement aux compétences qu’il a décentralisées» en achevant la décentralisation (dans la jeunesse, la formation, l’aménagement…) et en procédant à de nouveaux transferts de compétences dans tous les domaines (ferroviaire, énergie, logement…). L’impact? Un gain «d’environ un milliard d’euros» sur le solde public.

• Proposition 20: couper dans les niches et les aides

Le CAP 2022 suggère de faire le ménage dans les aides publiques «particulièrement inefficaces» à deux secteurs (soutien à la transition énergétique et au transport aérien) et, plus globalement, de supprimer toutes les niches fiscales et sociales «peu efficaces» (exonérations, taux réduits de TVA, aides à l’innovation…) ainsi que les petites taxes qui créent «des distorsions entre les secteurs». L’impact est puissant: «plus de 5 milliards» d’amélioration du solde public, entre économies (1 milliard) et recettes nouvelles (7 milliards).

• Proposition 22: changer le paiement de l’État

Le comité propose encore d’étendre le principe de l’utilisateur/payeur dans 3 domaines (contrôles sanitaires, transports et services consulaires) pour inciter les usagers à adopter des comportements plus vertueux et moins coûteux pour la société. Gain attendu? «Plus de 2,3 milliards d’euros d’économies dont une partie pourra être utilisée à financer des baisses d’impôts ou une amélioration des services publics concernés.»

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Communiqué commun CSE

CSE :  la communauté éducative dénonce la méthode du ministre

 

Les syndicats de la FSU , le SE-Unsa, l’Unsa-éducation, A & I Unsa, , la CGT-éduc’action, Solidaires, Sud-éducation, la FNEC-FP-FO et les organisations lycéennes et étudiantes SGL, l’Unef ainsi que la FCPE ont quitté la séance du Conseil supérieur de l’éducation suite au refus de l’administration de retirer les projets de modifications des programmes de 2016 de l’ordre du jour. Pour les mêmes raisons, les syndicats de la CFDT ont refusé de siéger à ce même CSE du 12 juillet 2018.

Ils ont collégialement dénoncé la méthode de travail, l’absence de concertation, de consultation comme la politique autoritaire et la vision idéologique de l’école qui entre en contradiction avec l’école de la confiance ou le pragmatisme prôné dans les médias.

Depuis un an la distance entre le discours et la manière de procéder de ce ministère constitue un empêchement à une évolution de l’école qui permettrait d’enrayer les inégalités et de faire réussir tous les élèves.

La communauté éducative réclame que l’école ne soit pas l’affaire de parti pris mais l’objet de débats appuyés sur les travaux de la  recherche et la concertation avec ceux qui sont directement concernés. L’école a besoin de temps, de sérénité, de réelle confiance et de moyens pour lui permettre d’être le lieu d’émancipation et de réussite de tous les élèves.

 

 Paris le 12 juillet 2018

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Paritarisme : la FSU écrit au Premier ministre

 » La FSU n’accepte pas que soient aujourd’hui remis en cause les organismes consultatifs de la Fonction publique et vous demande de ne pas valider ce projet. Elle vous demande, Monsieur le Premier Ministre, le maintien de la totalité des prérogatives et moyens d’action des instances actuelles. Nous ne pouvons croire que le but du gouvernement serait d’affaiblir les organisations syndicales représentatives et de fait la démocratie sociale ». Dans une lettre adressée à E Philippe le 11 juillet, Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fsu, lui demande de renoncer.

« Le projet, présenté aux organisations syndicales représentatives de la Fonction publique dans le cadre du chantier « Définir un nouveau modèle de dialogue social dans la Fonction publique »… vise à supprimer les compétences des Commissions administratives paritaires (CAP) et à fusionner les Comités techniques (CT) avec les Commissions hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) », rappelle B Groison.

« La suppression des compétences des représentants des personnels dans les CAP (commissions administratives paritaires) en prévoyant par exemple de ne plus les consulter sur les projets de mouvement des personnels, l’établissement des listes d’aptitude et des tableaux d’avancement annuels nominatifs, ou encore sur certaines sanctions disciplinaires, est justifiée par votre gouvernement avec l’objectif de donner davantage de marge de manoeuvre aux chefs de service. Mais quelle peut être dans ce cadre la garantie de transparence, d’égalité de traitement offerte aux agent-es ? », écrit-elle.

Mais la quasi disparition des commissions paritaires et des CHSCT aurait un impact beaucoup plus important encore estime la FSU. « La FSU considère que les dispositions du préambule de la Constitution qui reconnaissent que « tout travailleur participe par l’intermédiaire de ses délégués à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises » ont aujourd’hui encore tout leur sens pour les agent-es de la Fonction publique. Ces dispositions ne sont pas seulement une garantie pour les personnels, elles sont aussi et peut-être surtout au coeur du pacte républicain… A quelques mois des élections professionnelles, le message envoyé aux agent-es qui s’apprêtent à renouveler leurs mandats serait négatif, d’autant qu’il est question d’une phase transitoire de montée en charge du nouveau dispositif dès 2020 ».

Le gouvernement veut mettre fin au paritarisme

Le gouvernement engage une réforme de fond

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Budget 2019 : l’éducation à budget presque constant

Après des années de forte croissance depuis 2012, le budget de l’Education nationale devrait connaitre une quasi stagnation dès 2019 et ce sur plusieurs années. Ce qui équivaut à une baisse relative compte tenu de l’inflation. C’est un des enseignements qui résultent des premiers documents de la loi de finances 2019 qui viennent d’être dévoilés devant le Parlement.

Réduire la dépense publique

Le « rapport préparatoire au débat de la loi de finances 2019″ est le premier document à dévoiler le budget en préparation pour 2019 et les années suivantes. Il a donné lieu à deux rapports, au Sénat par Albéric de Montgolfier (LR) et par Joël Giraud (LREM) à l’Assemblée.

L’idée maitresse du budget c’est d’arriver à un déficit public nul en 2022 en passant par des baisses régulières des dépenses publiques. C’est que, pour le gouvernement, la France est la championne européenne de la dépense publique. On est au dessus des autres pays européens dans tous les domaines particulièrement la vieillesse, la santé, le logement, l’éducation, tous domaines où le gouvernement engage des réformes. Sans aller y voir plus loin, le rapporteur du gouvernement écrit :  » la France dépense plus que ses voisins dans la quasi-totalité des autres champs de politiques publiques qu’il s’agisse des affaires économiques (1,6 point de PIB), la santé (1,1 point de PIB), le logement (1,0 point de PIB), l’éducation (0,7 point de PIB), la défense (0,5 point de PIB) ou même la protection de l’environnement (0,2 point de PIB ». Ce qui est sous entendu c’est la disparition de ces taches rouges sur le quinquennat.

Le gouvernement a programmé la réduction du déficit public. Le solde public devrait passer de -2.6% en 2017 à -2.3 en 2018, autant en 2019, puis -1.1  en 2020 et 0 en 2022. La dépense publique passerait de 55% du PIB en 2017 à 53% en 2019 et 51% en 2022.

Suppressions d’emplois

Par conséquent le gouvernement a inscrit dans la loi de finances la suppression d’au moins 50 000 emplois de fonctionnaires d’Etat d’ici 2022. En même temps il va augmenter de 16 000 emplois la Sécurité et la Justice. L’effort de suppression de postes ailleurs devrait donc atteindre 70 000 emplois sans qu’on sache exactement où les trouver.

Pour 2018, 1571 emplois devraient être supprimés, principalement dans les ministères économiques, à la santé, à l’écologie, au travail et à l’agriculture.  A partir de 2019 le gouvernement a aussi décidé de faire disparaitre les emplois gelés du budget. Cette mesure technique fera disparaitre 31 500 emplois non pourvus mais inscrits dans les comptes. JM Blanquer y a eu recours dès le budget 2018.

Au Sénat, le rapporteur souligne la forte baisse de pouvoir d’achat des ménages début 2018, une baisse « d’une ampleur sans précédent depuis 2012 » du fait de la hausse de la pression fiscale. Il relève également le fait que le gouvernement ne prend en compte ni l’infléchissement de la croissance en 2018, ni la reprise de la dette de la Sncf, ni la disparition de la taxe d’habitation. Or toutes ces mesures vont avoir un impact budgétaire et on ignore comment elles seront financées.

La moitié des emplois aidés supprimés

Il s’interroge sur les baisses de la dépense publique annoncée. Elles correspondent à 81 milliards d’économies sur les trois dernières années du quinquennat.

 » Même concernant l’exercice 2019, pour lequel un projet de loi de finances doit être déposé dans trois mois, les parlementaires doivent consulter la presse pour « débusquer » les économies sur lesquelles travaillerait le Gouvernement », explique Albéric de Montgolfier.

Il a pourtant trouvé quelques champs d’économies. « Est ainsi évoquée une nouvelle baisse des contrats aidés, avec une diminution des entrées de 200 000 à 100 000 l’an prochain, soit une économie potentielle estimée à 195 millions d’euros en crédits de paiement et à 377 millions d’euros en autorisations d’engagement ». Voilà une nouvelle qui concerne l’Ecole.

L’éducation nationale épargnée ?

Le rapport de l’Assemblée contient les évolutions des budgets des différents ministères pour 2019 et 2020. Pour l’Education nationale (mission enseignement scolaire) le budget devrait passer de 51.5 à 52.1 milliards de 2018 à 2019. Une hausse de 1% correspondant à peu près à l’inflation. En 2020 on passerait à 53 milliards soit une hausse supérieure à l’inflation (+1.7%).

Cette situation, apparemment enviable par rapport à d’autres ministères, doit être nuancée. D’abord parce que l’évolution « naturelle » de la masse salariale , avec les évolutions de carrière normales, impose une hausse nettement supérieure à l’inflation. Ensuite parce que les dépenses du service civique que Macron va lancer, vont peser sur l’éducation nationale. Or elles sont évaluées à environ 2 milliards.

En clair, le ministre n’aura pas les moyens d’une revalorisation salariale et peut être pas non plus ceux d’une évolution salariale normale. La « personnalisation » des carrières, la reconnaissance du « mérite », la contractualisation vont être les outils de cette réalité budgétaire.

Rapport gouvernement

Rapport Assemblée

Rapport Sénat

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Macron : l’éducation entre « combat de notre siècle »et réduction des dépenses

« C’est pourquoi depuis un an, nous avons tant fait pour l’éducation. C’est le combat de notre siècle parce qu’il est au cœur de nos transformations économiques, de la société postindustrielle dans laquelle nous vivons ». Dans son discours devant le Congrès, le 9 juillet, Emmanuel Macron a mis l’école « au coeur » de son projet politique. Une affirmation développée mais aussi tempéré par l’annonce de nouvelles réductions des dépenses publiques. Une annonce qui concerne l’Education quand elle est lancée au moment où l’Elysée termine ses arbitrages budgétaires.

L’école « combat de notre siècle »

« Vous avez œuvré dans l’urgence pour tourner la page des politiques et des blocages qui handicapaient lourdement notre pays. Votre action a permis que l’investissement reparte, que le scandale du tirage au sort à l’université prenne fin, que l’école retrouve sa place et la transmission sa dignité ». Emmanuel Macron a consacré une assez longue partie de son long discours à l’école. Pas tant pour faire des annonces qu’une justification de la politique suivie.

« Depuis un an, nous avons tant fait pour l’éducation. C’est le combat de notre siècle parce qu’il est au cœur de nos transformations économiques, de la société postindustrielle dans laquelle nous vivons », a expliqué le président de la République. « Elle est faite de changements, de ruptures, de mutations qui nous obligent à mieux former au début de la vie, mais aussi tout au long de la vie. Depuis la naissance de la République, depuis Condorcet, l’école est la condition même d’une vie de citoyen libre et autonome ».

L’école caution sociale du gouvernement

Le président a rappelé les mesures prises depuis un an.  » Des décisions radicales en la matière ont été prises : l’école maternelle obligatoire à 3 ans fait partie de ces mesures dont nous devons être fiers. Car les enfants déscolarisés à cet âge ne rattrapent plus leur retard de socialisation et d’apprentissage. Or, ce sont les enfants des milieux modestes qui étaient le moins scolarisés ou qui ne l’étaient pas. Cela entrera en vigueur dès la rentrée 2019. Le dédoublement des classes de CP et CE1 en zone d’éducation prioritaire dites REP et REP+ est une mesure de justice sociale plus efficace que tous les dispositifs de redistribution, parce qu’on y distribue de manière différenciée le savoir fondamental, celui de lire, d’écrire, de compter, de se comporter.

« La réforme de l’orientation assure des choix plus judicieux et des trajectoires plus adéquates au talent de chacune et chacun »,a joute E Macron. « Cependant que la réforme du baccalauréat sur trois ans recentre les compétences sur l’essentiel, si souvent perdu de vue dans les brumes d’ambition pédagogique peu substantielle, la mise en place de Parcoursup donne aux jeunes gens la faculté de décider plus lucidement de leur formation initiale ». De affirmations qui sont loin d’être partagées par tous les acteurs.

Dans le camp de la tradition

Et le résultat est signalé : « En faisant, à travers ces décisions fortes, une transformation radicale de notre système éducatif, vous avez permis de former des femmes et des hommes plus sûrs de leurs compétences, mieux éduqués et ainsi de former des citoyens plus assurés de leur place dans la société et dans la nation française. C’est ainsi que nous renouerons avec cet idéal français des Lumières qui place cette citoyenneté émancipée au-dessus des conditions sociales, des origines, comme du genre ».

Pour autant le président de la République situe son Ecole dans le camp de la tradition. « Mais alors que nous avions besoin d’elle peut-être plus que jamais, nous avons ces dernières décennies brisé la dignité de la transmission, abîmé le prestige des professeurs, discrédité l’utilité du diplôme, aggravant en cela la pire des inégalités, celle dont nul n’est responsable, l’inégalité de naissance, l’inégalité de condition sociale ». On notera les expressions : prestige des professeurs, « dignité de la transmission », expression déjà utilisée au début de son discours.

Tradition aussi dans sa vision de l’éducation civique et de la laïcité.  » Les droits et les devoirs, c’est bien entendu à l’école que nous les enseignons de façon plus systématique. C’est pour cela que nous poursuivrons la formation et l’accompagnement des maîtres, en particulier sur la laïcité ».  On est loin de la laïcité entendue comme un rempart pour la liberté individuelle. D’ailleurs le président a aussi annoncé vouloir réglementer le culte musulman. « Dès l’automne, nous clarifierons cette situation en donnant à l’islam un cadre et des règles garantissant qui s’exerceront partout de manière conforme aux lois de la République ».

Le retour des économies

Le président a aussi annoncé une réforme des retraites pour 2019, une autre de la sécurité sociale et globalement des prestations sociales.

Mais la principale annonce présidentielle c’est le retour des économies. « Le Premier ministre présentera dans quelques semaines les nouvelles décisions permettant de tenir les engagements de baisse de nos dépenses publiques prises devant les Français. Cela s’accompagnera en particulier d’une réorganisation de l’Etat à travers plus de présence sur les territoires, plus de souplesse de gestion. D’ici la fin de l’année, le Premier ministre présentera l’ensemble de ses décisions pour la transformation indispensable de l’action publique ».

Si le thème de la réorganisation territoriale de l’Etat est déjà très engagé dans l’Education nationale avec la réforme de la territorialisation qui devrait être achevée en 2019, les  » engagements de baisse de nos dépenses publiques » auront surement des conséquences importantes pour l’Ecole.

E Macron a mis dans son programme la suppression de 120 000 postes  de fonctionnaires dont probablement 50 000 de fonctionnaires d’Etat. Au moment où il annonce cette nouvelle baisse des dépenses publiques, il est en train de conclure les arbitrages pour le budget 2019. Dans ce budget l’Education nationale tient une grande place compte tenu du nombre de fonctionnaires (la moitié de ceux de l’Etat).  Le budget 2018 avait prévu le maintien des postes mais finalement il se soldera par un solde négatif. Le budget 2019 pourrait bien commencer la baisse officielle.

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Prime au mérite : qu’en pensent les syndicats ?

Que disent les syndicats de la prime au mérite annoncée par JM Blanquer pour les personnels des Rep+ ? S’agit-il d’une remise en cause du statut des fonctionnaires ? Frédérique Rolet (Snes) et Stéphane Crochet (Se-Unsa) répondent aux questions du Café pédagogique.

Sur la prime

« Il y a tellement de facteurs de progression des élèves qu’il est bien difficile de définir un indicateur pour mesurer ce « mérite », nous a dit F Rolet, secrétaire générale du Snes Fsu. « Comment le calculer ? Avec le taux de réussite au DNB (brevet) ? On connait les biais. Dans ce cas on finit par seulement entrainer les élèves aux tests.. En plus on va introduire des divisions dans l’équipe si un des membres ou plusieurs n’atteignent pas les objectifs affichés. Cela va créer une ambiance délétère ». Elle souligne aussi que « ce n’était pas ce qui était prévu : la prime devait stabiliser les équipes de Rep+ ce qui suppose qu’elle soit donnée à tous, y compris les AED ».

« La prime au mérite c’est une vision erronée et idéologique des motivations des enseignants. Penser qu’une prime est un levier pour que les enseignants s’engagent dans des projets est une vision déformée de la façon de travailler des enseignants. Le ministère va créer une usine à gaz qui ajoutera des dysfonctionnements… Qui évaluera ce mérite ? Le ministère parle de façon énigmatique d’une évaluation par des personnes autres que celles pouvant toucher la prime, ce qui exclut les personnels de direction et les inspecteurs. Alors qui? A l’ESEN le ministre a parlé d’auditeurs du système éducatif ce qui renvoie au projet Macron d’agence de l’évaluation du système éducatif. On a l’impression qu’on ne nous dit pas tout… »

Le statut de la Fonction publique remis en cause ?

S’agit-il d’une remise en cause du statut de la fonction publique ? « On est dans un projet d’ensemble qui rappelle la ligne Sarkozy de 2008. Il y avait déjà ces idées reçues, la volonté de toucher au statut , d’individualiser les carrières, de développer le nombre de contractuels et de remettre en cause le recrutement par concours ». Pour elle, « cette prime au mérite est une première brèche dans le statut alors que les enseignants n’étaient pas touchés jusque là. On importe chez les professeurs ce qui ne marche pas ailleurs ».

« Si on reste à un système avec une part fixe et une part variable dans cette prime on sera surtout dans un dispositif guidé par l’idéologie, plutôt qu’une remise en cause du statut de la fonction publique », nous dit Stéphane Crochet. Pour lui, la situation faite aux syndicats aujourd’hui « n’est pas pire que sous Sarkozy, pas plus revancharde  »

Dans un communiqué, le Snuipp Fsu juge sévèrement la division de la prime.  » On est en droit de s’interroger sur les critères « objectifs » qui présideraient à l’attribution de cette part variable de la prime à tel enseignant, telle équipe d’école et pas à telle autre. Doigt mouillé ou pilotage par les résultats ? Quoi qu’il en soit, et décidément bon élève du gouvernement, le locataire de la rue de Grenelle envisage donc et sans attendre, de mettre en musique « la remise à plat complète des modalités de rémunération des agents publics et la généralisation de la rémunération au mérite au niveau collectif et individuel » annoncée mi-juin par Matignon dans le cadre de la réforme de la fonction publique. Pour le SNUipp-FSU il y a là un dangereux précédent, d’autant que les études internationales montrent que la rémunération au mérite, là où elle a été mise en place, a été un échec, démotivant les équipes et ne favorisant en rien la réussite des élèves ».

Communiqué snuipp

Sur la prime

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Dronisep, CIO : dialogue de sourds pour l’intersyndicale

Selon l’intersyndicale (Snes, Se Unsa, Cgt, Sud, Sgen, Fo, Snptes) la rencontre avec le cabinet du ministre le 4 juillet n’a pas été fructueuse. L’intersyndicale appelle à la « poursuite des actions » à la rentrée.

 » Le directeur de cabinet (de JM Blanquer) a de nouveau confirmé que les dispositions de la loi qui vont être votées seront appliquées. Ainsi prévoit-on de transférer quelques 200 personnels vers des missions et des structures non définies, sans visibilité des coordinations possibles et au risque de mettre à mal le service public d’information représenté par l’ONISEP. Le calendrier prévu resterait inchangé avec une mise en oeuvre au 1er janvier 2019″, note l’intersyndicale à l’issue de sa rencontre le 4 juillet avec le cabinet du ministre. Le ministère a rappelé qu’il maintiendrait au moins un CIO par département mais veut  » rapprocher les psychologues des élèves ».

Les personnels des directions régionales de l’Onisep (Dronisep) et des CIO sont victimes de l’article 10 de la loi sur la formation professionnelle en discussion au Parlement. Pour dédommager les régions qui perdent leur controle sur l’apprentissage, le gouvernement leur donne la responsabilité de l’orientation dans les établissements scolaires. Le transfert des Dronisep aux régions s’accompagne de la fermeture des CIO et du redéploiement des conseillers dans les établissements. Ces mesures mettent en péril l’avenir de l’Onisep et la qualité de  l’information données aux élèves.

Seule nouveauté, selon l’intersyndicale, l’annonce de nouveaux rapports.  » Il a été confirmé qu’une « Une mission nationale relative à la stratégie nationale de l’orientation » composée de 2 inspecteurs généraux et de 2 personnalités extérieures, notamment P. Charvet, démarrera dès le vote de la loi. Concernant le transfert des DRONISEP, M. Lacroix, IGAENR, rendra fin juillet son rapport sur l’Onisep proposant les modalités du transfert, le calendrier et les moyens en personnels transférés ».

L’intersyndicale  » appelle les personnels à se réunir dès la première semaine de rentrée afin de décider de la poursuite des actions ».

Le communiqué

L’Etat va mettre fin aux CIO

Manifestation du 5 juin

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Prime au mérite : histoire d’une obsession

Sortie apparemment de nulle part le 2 juillet, la prime au mérite destinée aux personnels des réseaux  Rep+ a pourtant une longue histoire. Libération a récemment rappelé qu’une éphémère prime des réseaux Eclair, crée en 2011, pouvait déjà être déclinée de façon variable par le chef d’établissement. Mais l’idée d’évaluer le mérite des enseignants pour décider de leur paye est plus ancienne encore rue de Grenelle. Dès 2009, JM Blanquer, directeur de l’enseignement scolaire, y travaille. Cette histoire est aussi celle d’un échec.

Une idée de Sarkozy

C’est Sarkozy qui lance dès 2007 l’idée d’une rémunération des enseignants basée sur les résultats des élèves. Révélée par Education & formations, une revue de la Depp, la lettre de mission de N Sarkozy à Xavier Darcos, en 2007, l’invite à mettre en place un dispositif en ce sens.

« Nous voulons que la rémunération des enseignants corresponde mieux à l’importance de leur rôle pour la nation… Nous souhaitons que le mérite soit reconnu, tant au niveau individuel que collectif. C’est possible tout en étant objectif », écrit N Sarkozy. « Nous souhaitons que vous mettiez en place un dispositif d’évaluation beaucoup plus conséquent de notre système éducatif. Celui-ci devra comprendre quatre volets : une évaluation systématique de tous les élèves tous les ans, afin de repérer immédiatement les élèves en difficulté et de pouvoir les aider ; une évaluation régulière des enseignants sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves ».

Mise en place par JM Blanquer

En 2009 JM Blanquer arrive rue de Grenelle et devient le directeur de l’enseignement scolaire du ministre Chatel. C’est à lui que revient de mettre en place l’évaluation de fin d’année de Ce1. Ces évaluations sont élaborées par la Dgesco (division de l’enseignement scolaire), et non par la Depp (division des études du ministère). Elles seront obligatoires pour tous les élèves jusqu’à l’alternance politique de 2012. Facultatives en 2013 elles disparaissent en 2014.

JM Blanquer s’implique beaucoup dans la réalisation de cette commande élyséenne au point qu’on parlera « d’évaluations Blanquer ». Au point aussi de créer une prime spéciale de 400€ pour les enseignants qui les font passer, soit un cout d’une quarantaine de millions.

Dans ces évaluations on retrouve les deux objectifs de la lettre de mission de N Sarkozy. D’une part évaluer le niveau des élèves. D’autre part avoir une idée du mérite de l’enseignants à travers les résultats de ses élèves. Si l’évaluation avait été généralisée aux 4 niveaux , on aurait pu suivre les progrès des élèves et, en théorie, les lier à des enseignants précisément. Mais dans le discours public cet objectif n’apparait pas, ce qui n’empêche pas des enseignants de manifester des doutes. Le ministère ne parle que d’évaluation des élèves, comme le montre un entretien donné au Café pédagogique en 2009.

L’idée de publication des résultats école par école fait long feu. Mais le mélange d’évaluation bilan et diagnostic est dénoncé chez les enseignants.  » Toutefois, subsiste chez les enseignants une défiance quant à la vraie nature de ces évaluations, présentées à la fois comme bilan et comme diagnostic, en insistant tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre, et pouvant servir à contrôler leur valeur professionnelle », explique Education & formations. « Cet usage possible de l’évaluation est ressenti comme d’autant plus injuste qu’il ne repose pas sur les progrès réalisés par les élèves, mais uniquement sur leur niveau à un instant donné, sans prendre en considération leur niveau scolaire à leur arrivée dans la classe ni leurs différences socioéconomiques ».

Un échec retentissant

Education & formations, revue de la Deep, signale aussi le rôle qu’a joué cette direction dans le sabordage de ces évaluations.  » Une étude interne, réalisée par la DEPP… fait apparaître des distorsions dans les résultats selon que les écoles ont ou non été suivies par les inspecteurs du contrôle qualité, ainsi qu’en fonction des secteurs de scolarisation », raconte Education & formations.  » On observe une surestimation des élèves par leurs enseignants, et ce de façon plus particulièrement marquée dans le secteur privé, en l’absence de contrôle des procédures de passation et de correction. Dès la deuxième année d’utilisation, les limites de l’exercice, en termes de comparabilité, sont atteintes : les résultats des élèves de CM2 affichent une forte baisse en mathématiques. Cette baisse est en fait due à la plus grande difficulté du protocole élaboré pour cette deuxième itération, mais elle est interprétée comme une perte de compétence moyenne des élèves de CM2″.

Une autre instance dénonce elle aussi le caractère non scientifique de ces évaluations. C’est le Haut Conseil de l’Education. Mis en place par la droite mais indépendant, le HCE parle sans équivoque. Sur les évaluations nationales de CE1, CM2 et 3ème, le HCE pointe des questions de méthode : ces évaluations confondent évaluation du système éducatif et évaluation de sa classe par le maître. En CM2 et 3ème, selon le HCE « la fiabilité des indicateurs n’est pas assurée. La manière dont elles sont renseignées n’est ni contrôlée ni harmonisée ».  Tout féru de sciences , le directeur de la Dgesco tempête contre ces propos. Mais personne ne prend au sérieux ses évaluations.

Le retour en 2018

En 2011, le ministre Chatel demande à la Depp d’aider la Dgesco à améliorer ces évaluations.  Quelques mois plus tard le nouveau gouvernement enterre les évaluations de Ce1 et Cm2. Ainsi disparait la première tentative d’évaluer les professeurs à travers les élèves.

Six ans plus tard, le directeur de l’enseignement scolaire est devenu ministre de l’éducation nationale. Le président de la République a promis des évaluations dans toutes les classes chaque année. Le ministre multiplie les évaluations pour la rentrée 2018. Seul changement. Le lien avec l’évaluation et la rémunération des enseignants n’est plus occulte. La prime au mérite des Rep+ sera versée en fonction des résultats des élèves annonce le ministre le 2 juillet. « la possibilité d’un adossement d’une partie de cette indemnité aux progrès des élèves et à l’accomplissement du projet d’école et d’établissement qui y contribue sera examinée ». Et le gouvernement dit qu’il veut généraliser la rémunération au mérite.

Lettre de mission de X Darcos

Entretien donné au Café

Education & formations n°86-87

Dossier du Café pédagogique de 2009

Blanquer confirme la rémunération au mérite

Dans Libération

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Plus de 1100 postes non pourvus à la rentrée 2018

Les résultats des admissions aux concours de recrutement confirment ce que le Café pédagogique avait annoncé le 24 mai. Nous avions prévu « près de 1200 postes  non pourvus à la rentrée. On sait maintenant que ce sera exactement 1117 postes. Plus de la moitié concerne le premier degré , comme nous l’avions annoncé. Le ministre avait justifié la chute du recrutement dans le second degré par la volonté de proposer un budget sincère. Or il y a toujours des centaines de postes vacants dans le second degré. Et c’est au premier degré que la situation a empiré.

775 postes vacants dans le premier degré

Les conclusions des concours de recrutement des enseignants  étaient prévisibles en observant les résultats des épreuves d’admissibilité. Nous avions établi un pronostic le 24 mai , annonçant « près de 1200 postes vacants ». A quelques unités près le diagnostic du Café pédagogique est exact.

Dans le premier degré nous avions calculé 350 postes vacants à Créteil. En fait c’est 361. 1086 candidats ont été admis au concours externe des PE pour 1450 postes proposés. Avec les autres concours ce sont 1339 places qui ont été attribuées pour 1700 proposées.

A Versailles, 1628 poste sont été pourvus pour 2000 proposés aux différents concours des professeurs des écoles. Il manque 338 enseignants. Nous avions annoncé « environ 300 ».

Au total, avec les autres concours, ce sont 775 postes qui ne seront pas pourvus à la rentrée et donc une situation encore plus difficile que prévu à Versailles et Créteil. On observe surtout une dégradation rapide de la situation dans le premier degré : en 2017 564 postes étaient vacants contre 665 en 2016. Cela promet pour ces deux académies des tensions pour faire l’année, des remplacements non assurés et un large appel aux contractuels. Pas sur que les deux rectorats trouvent les enseignants nécessaires. Les deux concours spéciaux devraient apporter 400 postes à Créteil et 250 à Versailles. On est en dessous des besoins.

Et 342 dans le second degré

Dans le second degré , la bonne surprise est l’anglais où les 949 postes sont pourvus. L’année dernière 1190 postes étaient proposés et seulement 847 avaient été pourvus. Ailleurs il n’y a pas de surprise. En allemand 275 postes sont ouverts en 2018 mais seulement 151 sont pourvus. En espagnol les 415 postes sont couverts.

En maths le ministre avait ramené de 1440 à 1183 le nombre de postes offerts. Seulement 1068 sont pourvus soit exactement autant qu’en 2017 (1066). Il manquera 115 profs de maths à la rentrée.

En lettres modernes 1040 postes seulement étaient offerts et ils sont tous pourvus. En 2017 151 postes ne l’avaient pas été mais le ministère recrutait 1440 enseignants. En lettres classiques seulement 80 des 183 postes offerts sont pourvus.

Au total il manquera 342 nouveaux professeurs à la rentrée du second degré. En 2017 1233 chaises étaient restées vides, soit beaucoup plus. Mais le nombre de postes offerts en 2018 est largement inférieur.

Retour des suppressions de postes

Le ministère a justifié cette baisse du nombre de postes par la volonté d’avoir un budget « sincère » et d’ajuster le nombre de postes ouverts à la réalité de l’offre. Mais finalement on constate toujours de fortes différences dans de nombreuses disciplines du secondaire sans parler du déficit au primaire.

Alors ce n’est plus la stabilité du nombre de postes d’enseignants qui se dessine en 2018 mais bien une baisse de plus d’un millier de postes. Le ministère renoue ainsi avec une politique que l’on avait oublié depuis 2012 : la réduction du nombre d’emplois d’enseignants.

Pour remédier à la crise, le ministre promet de favoriser les pré recrutements prochainement. C’est une bonne idée. Mais cela sera t-il suffisant pour répondre à la perte d’attractivité du métier alors que les salaires sont gelés et que des menaces planent sur la liberté pédagogique et le statut.

Résultats concours CRPE IDF

Résultats capes externe

L’article du 24 mai

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Fermetures de classes : ça bouge dans les collèges

Dernière ligne droite pour les défenseurs des établissements. A Chateauroux (36) des enseignants du collège Lafayette manifestent contre la fermeture d’une classe à la rentrée, raconte La Nouvelle République.   » Avoir une classe à trente, ça n’est plus le même travail, notamment en français, où l’on travaille beaucoup à l’oral. Il est nécessaire d’avoir des petits groupes », explique une professeure de lettres. A Gueux, une petite commune de la Marne, c’est une classe de 6ème qui est fermée. Les autres compteront 30 élèves par classe. A Rostrenen (Côtes d’Armor) des parents et des enseignants manifestent pour l’ouverture d’une classe de 6ème.

 

Châteauroux

Gueux

Rostrenen

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Les collectivités territoriales rompent avec l’Etat

 » Les Communes, les Départements et les Régions ont décidé le 3 juillet 2018 de se retirer de la Conférence nationale des territoires présidée par le Premier ministre. Les collectivités ne peuvent cautionner par leur présence une instance qui n’est devenue qu’un faux-semblant de concertation et de dialogue », ont déclaré ensemble l’AMF, l’ADF et Régions de France, les trois structures qui représentent les collectivités territoriales.  » Depuis plusieurs mois, le Gouvernement a refusé tout dialogue, en décidant unilatéralement la mise sous tutelle financière des collectivités et en s’exonérant de tout effort », estiment les collectivités. Elles soulignent  » pour la première fois en trente ans, la recentralisation d’une compétence, l’apprentissage » en application de la loi sur la formation professionnelle qui reprend l’apprentissage aux régions pour le donner aux branches professionnelles.

 

Communiqué

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Canopé : Les professeurs devront payer ?

Les enseignants doivent -ils payer pour leur formation continue ? Le bruit a fait rapidement le tour des réseaux sociaux ce week end soulevant l’indignation de nombreux enseignants : les professeurs utilisateurs des services de Canopé doivent désormais payer un abonnement de 20 euros par an. Qu’en est-il réellement ? Jean-Marie Panazol, directeur général de Canopé, explique les raisons de cette nouvelle politique tarifaire.

Opérateur de l’éducation nationale, Canopé a pour mission de  » contribuer au développement professionnel des enseignants et répondre plus largement aux besoins de la communauté éducative dans son ensemble. L’établissement continuera en outre à jouer un rôle central dans la mise en œuvre de la stratégie du numérique éducatif du ministère », précise la loi de finances 2018. Qui ajoute que « en 2018, la consolidation du modèle économique de l’établissement (développement de l’offre payante, optimisation des coûts) sera poursuivie ». De fait, la subvention pour charges de service publique est légèrement réduite en 2017 et 2018 passant de 90 à 89.6 millions. Et la nouvelle politique tarifaire vient d’être mise en place.

 » L’abonnement Atelier Canopé vous permet de développer vos compétences dans l’usage de vos pratiques pédagogiques, l’anglais, la bureautique avec les outils d’autoformation M@gistère, Mycow et Vodéclic; emprunter un ensemble de ressources physiques et numériques; bénéficier de remises sur les ressources éditoriales physiques Canopé vendues en Atelier ». La nouvelle page abonnement du réseau Canopé n’est pas passée inaperçue. Elle propose un abonnement individuel enseignant de 20€ par an et un abonnement établissement de 10€ par enseignant. Une situation nouvelle qui a éveillé des craintes, notamment de devoir payer pour ce qui relève de la formation continue. Jean-Marie Panazol, nouveau directeur général de Canopé, répond.

Pourquoi cette nouvelle politique tarifaire dans les ateliers Canopé ?

C’est le résultat de la refondation du réseau Canopé qui passe de 31 établissements avec des politiques tarifaires différentes en un seul établissement. Dans certains ateliers tout était gratuit. Dans d’autres on demandait plus que 20€.

Cette restructuration s’accompagne d’une offre nouvelle. On passe d’une logique de produits à une offre de services enrichie. Les médiathèques Crdp deviennent des ateliers. L’accès aux ateliers, avec la possibilité de consulter des ressources , l’espace de travail, le test de matériels reste gratuit.

L’abonnement de 20€ par an est très minime comparé au bouquet offert avec les service sd’Europress, Mycow pour l’apprentissage d’une langue étrangère, Vodéclic pour la formation à des logiciels. Et notre objectif n’est pas de multiplier les abonnements individuels mais de faire prendre en charge par les établissements scolaires les frais d’abonnement.

Ce qui change en 2018 c’est que cette politique tarifaire, expérimentée dans 4 zones est généralisée à tout le territoire.

Vous comprenez que les professeurs soient surpris de payer pour être formés ?

Tout ce qui relève de la mission de service public de Canopé reste gratuit. Par contre quand quelqu’un exprime un besoin individuel de formation , on l’accompagne individuellement dans le cadre de l’abonnement. On ne lui fait pas payer le coût réel de la formation.

Le ministère a raboté votre budget ?

La part de subvention est constante aux environs de 90 millions pour un budget de 135 millions. Le reste vient essentiellement de subventions liées à des projets par exemple quand on accompagne une collectivité territoriale dans la mise en place d’un plan tablettes. La part versée par les enseignants est minime.

Alors pourquoi ne pas la rendre gratuite ?

Dans notre esprit l’abonnement ne doit pas être payé par les enseignants mais par les établissements grâce au budget attribué par les collectivités territoriales. En échange nous offrons un bouquet de services de qualité.

La page abonnement

 

Loi de finances 2018

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L’enseignement agricole « comme un rat crevé au fil de l’eau »

La formule est vigoureuse et à double sens. Pour Frédéric Chasagnette, secrétaire général adjoint  du Snetap Fsu, syndicat de l’enseignement agricole, elle désigne la gestion actuelle de l’enseignement agricole. Mais c’est aussi la reprise d’une formule de Bruno Le Maire quand il était ministre de l’agriculture. Un clin d’oeil envoyé au ministre des Finances alors que le budget 2019 devrait imposer des suppressions de postes. Réunis le 3 juillet, le Snetap Fsu et la Cgt enseignement agricole craignent une rentrée difficile et des lendemains encore plus douloureux.

Les CFA touchés par la nouvelle loi

« Les réformes déséquilibrent nos établissements ». Thierry Jacob, CGT agricole, était accompagné des sénateurs (groupe CRCE) Pierre Ouzoulias et Guillaume Gontard, du député LFI Loïc Prud’homme, et de Jean-Marie Le Boiteux, secrétaire général du Snetap Fsu pour cet état des lieux de l’enseignement agricole public. La réunion se tient alors que plusieurs centres d’examen ont été bloqués ces derniers jours à  l’appel de ces syndicats et un ‘entre eux l’est encore.

« La loi sur la formation professionnelle va faire voler en éclat les CFA agricoles », prévient JM Le Boiteux. Ces CFA sont généralement de taille très modeste. Ils équilibrent leur fonctionnement par des subventions régionales. Celles ci sont fortement réduites par la nouvelle loi puisque le financement de l’apprentissage passe aux filières professionnelles. Pour le Snetap près de 6000 emplois devraient disparaitre avec cette nouvelle  loi.

La série S menacée

La réforme du bac frappe aussi les lycées agricoles du fait de la disparition des séries. « La réforme du bac général va faire perdre sa spécificité à notre filière », estime JM Le Boiteux. L’enseignement d’agronomie devient une option dans le cadre de la réforme du lycée. Les familles choisiront probablement des établissements où d’autres spécialités et options sont disponibles. Or il suffit du départ de quelques élèves pour entrainer des fermetures de classes. « S’ils veulent que les lycées agricoles deviennent des lycées professionnels qu’ils le disent et qu’ils assument des lycées de 120 élèves ».

Troisième facteur de crainte pour les établissements : « c’est le retour au budget contraint », assure le Snetap. Selon lui, l’Elysée serait en train d’arbitrer le budget 2019 , notamment savoir s’il y aura des suppressions de postes d’enseignants.

« Notre ministre ne nous défend pas », se plaint le Snetap qui se verrait bien passer sous une autre tutelle. « Il manque quelques dizaines d’emplois pour une rentrée correcte », estime Frédéric Chassagnette, secrétaire général adjoint du Snetap. Le syndicat dépose déjà des préavis de grève pour la rentrée dans 3 régions (Centre, Bourgogne, Rhône Alpes). « Le combat se joue sur le terrain », prévient JM Le Boiteux…

Cataclysme dans l’enseignement agricole

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Paye au mérite : Blanquer confirme pour les Rep+

Dans un communiqué publié le 2 juillet, le ministère de l’éducation nationale annonce le versement d’une prime de 1000 € aux personnels des Rep+ à la rentrée 2018. Mais il confirme aussi que le reste de la somme promise par le président de la République en 2017 pourrait être versée aux seuls enseignants méritants. Il n’aura fallu que 15 jours, et aucune consultation, au ministre de l’éducation nationale pour appliquer la décision annoncée par le gouvernement le 12 juin.

Une prime de 1000€ à la rentrée

 » Le ministre de l’Éducation nationale, conformément à ses engagements, a décidé que cette revalorisation débutera dès la rentrée 2018. Ainsi, pour l’année scolaire 2018-2019, les personnels des établissements en REP+ percevront déjà 1 000 euros nets supplémentaires », annonce le 2 juillet le ministère de l’éducation nationale. La mesure va concerner tous les personnels : enseignants (41 000), personnels d’encadrement et administratifs (environ 4000). Au total, elle devrait couter environ 46 millions au ministère.

Mais la promesse électorale d’Emmanuel Macron c’était 3000 € de prime annuel nette s’ajoutant à la prime actuelle d’environ 2000 €. Aussi, JM Blanquer précise que d’autres versements suivront les deux années suivantes.

Adosser la prime aux progrès des élèves

Mais ce sera pour les seuls enseignants méritants.  » Dans le cadre des discussions qui se dérouleront au cours des prochains mois avec les organisations syndicales, la possibilité d’un adossement d’une partie de cette indemnité aux progrès des élèves et à l’accomplissement du projet d’école et d’établissement qui y contribue sera examinée », ajoute le ministère, confirmant ce que Les Echos ont annoncé le 30 juin.

Si ce n’est pas plus clair c’est peut-être parce que deux logiques, correspondant à deux tempos politiques,  s’affrontent dans cette décision.

Une prime pour retenir les enseignants…

A l’origine, la mesure proposée par le candidat Macron visait bien « la valorisation des équipes éducatives en réseaux d’éducation prioritaire ». Le bilan social du ministère, publié il y a quelques jours, nous a encore rappelé que les personnels de l’éducation prioritaire (rep et rep+ mélangés) a des traits particuliers. On y trouve davantage de contractuels et surtout de jeunes enseignants. La proportion d’enseignants débutants est donc plus forte qu’ailleurs et le turn over particulièrement important.

La prime promise par E Macron vise à retenir les enseignants et aussi à attirer des enseignants plus expérimentés vers l’éducation prioritaire. C’était déjà le souci des ministres précédents qui ont revalorisé la prime existante mais aussi attribué du temps de formation et des pondérations horaires pour le travail en équipe. Travailler en éducation prioritaire donne aussi des avantages pour la promotion.

Le communiqué ministériel situe bien cette mesure dans cet esprit là : il s’agit de la réussite de tous les élèves.

Ou à mettre fin au statut des fonctionnaires ?

S’il s’agit d’attirer et retenir des enseignants en Rep+, dans ce cas la prime doit aller à tous et ne doit pas varier selon le « mérite ».

Mais à ce premier tempo est venu s’ajouter un second temps politique, marqué par les décisions prises au conseil des ministres du 12 juin. Là le gouvernement a acté « la refonte de la rémunération des agents publics, avec une remise à plat complète des modalités de rémunération des agents publics et la généralisation de la rémunération au mérite au niveau collectif et individuel ».

En réunion de travail avec les syndicats, le 28 juin, le gouvernement a précisé la méthode. Il veut « modifier la structure des rémunérations en donnant plus de poids aux indemnités et moins au traitement indiciaire, reconnaitre plus le « mérite » comme levier de gestion des ressources humaines ». Le salaire fixe serait plus faible et le supérieur hiérarchique du fonctionnaire, le chef d’établissement par exemple, déciderait du montant de la prime versée à chaque fonctionnaire.

L’idée de la paye au mérite, en l’air depuis plusieurs mois, est devenue une décision officielle. JM Blanquer est la premier à en proposer une application concrète. Et ça tombe pile au moment où il doit être entendu par le Premier ministre pour une évaluation de son action. Une nouvelle fois, JM Blanquer sera le meilleur élève…

Est ce efficace ?

Mais peut être que le salaire au mérite permet de récompenser les meilleurs et donc d’agir dans l’intérêt des élèves ? Ce n’est pas ce que nous dit la recherche.

Là où elle a été testée elle n’a pas fait ses preuves.  » Il n’est pas aisé de mettre à jour l’ensemble des facteurs à l’origine de cet « effet-enseignant », celui-ci relève d’une alchimie complexe entre les compétences de l’enseignant, les caractéristiques du public d’élèves et les démarches et méthodes pédagogiques mises en œuvre », nous a dit en 2013 Bruno Suchaut, actuel membre du Conseil scientifique de l’éducation. « Dans une logique d’évaluation par les résultats, le principe d’une évaluation au mérite peut certes paraître attractif pour les décideurs mais il soulève plusieurs interrogations et ne semble pas atteindre les objectifs escomptés quand on analyse les effets de cette mesure dans le cadre de certaines expériences étrangères, aux Etats-Unis notamment. Même dans le cas d’un bonus substantiel accordé aux enseignants qui affichaient initialement la valeur ajoutée la plus élevée (en tenant donc compte du niveau initial des élèves), les enseignants les plus «méritants» n’ont pas fait davantage progresser les élèves ».

Aux Etats Unis les tentatives de baser la rémunération sur les résultats des évaluations ont échoué. En Suède, la liberté la plus grande laissée aux chefs d’établissement a mené à un échec retentissant. L’objectif poursuivi n’est donc pas l’efficacité. Mais simplement d’appliquer à l’éducation en premier lieu un nouveau mode de management des fonctionnaires.  Une gestion dont l’objectif , avec la fin imminente du paritarisme, vise à en finir avec les fonctionnaires et leur statut.

Du coté syndical

Le Se Unsa a immédiatement réagi au communiqué du ministère , précisant qu' »il ne cautionne nullement que cela soit différencié d’un personnel à l’autre selon l’équipe dans laquelle il exerce. » Il ajoute :  » La proposition initiale du candidat Macron n’était pas alambiquée. Pourquoi la tordre pour en faire une usine à gaz déconnectée des dynamiques réelles des écoles et établissements ? » Parce qu’une année de gouvernement est passée sur la réforme…

Article du 2 juillet

Article des Echos

Notre article du 13 juin

Celui du 20 juin

Et celui du 29 juin

En février

Peut on évaluer le mérite d’un enseignant ?

Paye au mérite selon A Chaptal

L’échec de la réforme suédoise

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