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L’Angleterre abaisse les critères de recrutement des enseignants

Pour faire face à la crise du recrutement, le ministre de l’éducation a décidé que les candidats ayant échoué aux tests d’entrée dans la formation d’enseignant pourront les repasser librement. Précédemment un second échec aux tests écartait le candidat pour deux ans. Ce changement s’explique par la chute du nombre de candidats (-29% cette année). Le ministre promet que le niveau de recrutement sera maintenu . Cette décision scelle une évolution constatée dans tous les pays qui appliquent le New Public Management. L’élévation des conditions de recrutement et la hausse des exigences réduit le recrutement au point qu’il faille faire un appel massif aux contractuels. Le résultat final de cette politique c’est l’abaissement du niveau de recrutement des enseignants particulièrement dans les établissements populaires.

 

Communiqué

Angleterre , Suède, Pays Bas : l’échec du New Public Management

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Communiqué commun de plusieurs associations, dont la LDH : « Pour une démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement »

Pour une démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement

Communiqué commun de plusieurs associations, dont la LDH

Depuis plusieurs mois et dans différents pays européens, des organisations de la société civile, des syndicats, des organisations d’agriculteurs, des entrepreneurs, des consommateurs et des élus locaux ont multiplié les appels en faveur d’une démocratisation de la politique commerciale. Ils demandent une refonte complète du processus de négociation et de décision pour les accords de commerce et d’investissement en cours de négociation et à venir.

La portée croissante des nouveaux accords de commerce réduit les marges de manœuvre politiques des États et impose de nouvelles règles de discipline qui s’appliquent à l’élaboration de l’ensemble des politiques publiques.

Le Ceta et le Tafta ont illustré à quel point les négociations commerciales et les processus de ratification des accords souffrent d’un cruel déficit de transparence et de contrôle démocratique et font la part belle aux intérêts des plus grandes entreprises. Dès le début des négociations, les lobbyistes du secteur privé ont été intensivement consultés tandis que les représentants de groupes d’intérêt général, les parlementaires, les collectivités locales et les citoyens ont été tenus à l’écart. Cette opacité et ce manque de participation démocratique ont fortement alimenté les controverses autour de la ratification du Ceta.

Cette expérience invite à revisiter en profondeur les procédures actuelles de négociation des accords de commerce et d’investissement. Seul un processus transparent et démocratique depuis le lancement des négociations, à la fois aux niveaux national et européen, peut garantir que les accords commerciaux bénéficieront au plus grand nombre et recevront par conséquent un large soutien.

L’objectif est de démocratiser le processus d’élaboration de la politique commerciale européenne en impliquant le Parlement européen, les parlements nationaux, la société civile et en encourageant le débat public, dans la transparence.

Ces questions ne sont pas seulement techniques mais aussi politiques. Les propositions récentes de la Commission européenne, qui visent à exclure le volet investissement des accords de commerce à venir afin d’éviter la ratification par les parlements nationaux, ne doivent pas conduire à diminuer encore le contrôle démocratique et le débat public sur cette politique. Toute accélération du processus au détriment de la participation démocratique ne serait pas acceptable.

Cet effort de démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement doit reposer sur les principes et les propositions suivantes :

Principes directeurs

Le commerce n’est pas une fin en soi. Il constitue un moyen d’atteindre des objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Pour cela, l’objectif prioritaire des accords de commerce et d’investissement ne doit pas être la libéralisation des échanges et la réduction des coûts pour les entreprises mais leur contribution à des objectifs d’intérêt général supérieurs tels que la promotion d’emplois décents, la lutte contre le changement climatique, la protection des droits et de la santé des citoyens, la justice fiscale et la stabilité financière. Cela signifie que la politique commerciale doit non seulement être compatible avec le respect et la mise en œuvre des droits humains et des autres traités et accords internationaux tels que les conventions de l’OIT, l’accord de Paris sur le climat, la convention sur la biodiversité, les objectifs de développement durable, etc. mais en assurer la promotion.

Neuf mesures pour un processus démocratique

1. Conduire des consultations publiques transparentes et ouvertes en amont de la préparation des mandats de négociation

La Commission doit organiser des consultations transparentes et ouvertes dès la phase initiale qui précède le lancement des négociations, en amont de la préparation du mandat, sans préjuger du résultat.Elles doivent être nourries par les résultats rendus publics d’études d’impacts couvrant l’ensemble des domaines ciblés.La Commission doit ensuite publier le projet de mandat dès que possible pour permettre la tenue d’un débat approfondi et sérieux au sein des parlements et de la société civile. Toutes les contributions versées lors des consultations devraient être rendues publiques.

2. Garantir une participation équilibrée des différentes parties prenantes depuis la préparation du mandat jusqu’au processus de ratification

Toutes les parties prenantes doivent bénéficier d’opportunités égales de formuler des propositions auprès des responsables politiques avant, pendant et après les négociations d’un accord de commerce et d’investissement. Les gouvernements et la Commission doivent s’assurer de cet équilibre dans leurs interactions avec les parties prenantes à la fois quantitativement et qualitativement. Cela suppose de solliciter des contributions de la part de groupes représentatifs et d’intérêt général sous représentés et de limiter les interactions avec les groupes de lobbyistes du secteur privés, sur représentés. Les contacts avec les groupes d’intérêts doivent être rendus automatiquement publics. La Commission devrait s’abstenir de solliciter bilatéralement des contributions de la part de groupes d’intérêts qui refusent ces règles minimales de transparence.

3. Approbation des mandats de négociations par les parlements européen et nationaux

Les mandats de négociations des accords de commerce et d’investissement ne peuvent plus être discutés et approuvés seulement par le Conseil : le Parlement européen doit également se prononcer. Quant aux gouvernements des États membres, ils devraient soumettre les mandats à leurs parlements pour obtenir également leur approbation. Les mandats doivent avoir une durée limitée dans le temps.

4. Renforcer le rôle des Directions générales (DG) et des ministères au service d’objectifs d’intérêt général dans les négociations

Pour garantir que les objectifs sociaux, environnementaux et économiques, ainsi que l’intérêt général priment sur les intérêts commerciaux, d’autres DG et ministères doivent être associés de façon beaucoup plus importante dans la conduite de la politique commerciale à toutes les étapes du processus.

5. Publier tous les mandats et les documents de négociations

Tous les mandats, les offres de négociations et les textes consolidés, ainsi que les contributions des parties prenantes doivent être publiés sans retard et accessibles facilement.

6. Donner aux parlements la capacité d’influer sur le processus de négociation

Le Parlement européen et les parlements des États membres doivent recevoir des informations détaillées et à jour ainsi que les textes de négociation. La loi allemande de coopération entre le gouvernement fédéral et le Bundestag sur les aspects relatifs à l’Union européenne peut servir d’exemple dans ce domaine pour améliorer le droit à l’information des parlementaires. Les parlements doivent être en mesure de soumettre à la Commission des recommandations pour les négociations qu’elle doit impérativement examiner. Tous ces débats devraient être publics et permettre des contributions de la part de toutes les organisations de la société civile intéressées.

7. Ouvrir un large débat parlementaire avant la signature et la ratification des accords

Le parlement européen et les parlements des États membres doivent conduire un large débat en leur sein dès que les accords sont disponibles dans leur langue. Cela suppose de permettre aux commissions concernées d’évaluer l’accord avec la participation de différents groupes d’intérêts en amont du vote et avant que les États membres ne se prononcent au Conseil. Cela suppose également de conduire et publier une évaluation complète et à jour des bénéfices et des risques liés à cet accord. Les parlements doivent avoir la possibilité de renvoyer l’accord sur la table des négociations y compris après leur conclusion.

8. Supprimer l’application provisoire pour les accords de commerce et d’investissement mixtes

La pratique de la mise en application provisoire des accords internationaux a été conçue pour les situations d’urgence et non pour les accords de commerce et d’investissement. Ce type d’accords ne devrait entrer en application qu’au terme d’une ratification complète.

9. Limiter la durée dans le temps des accords conclus avec une possibilité de prolongation

La résiliation des accords internationaux conclus par l’UE est extrêmement difficile. Elle doit être proposée par la Commission au Conseil et la décision se prend à la majorité qualifiée, voire à l’unanimité, avec l’accord du Parlement européen. Cette procédure prive les gouvernements futurs de la capacité d’évaluer et de revoir les accords de commerce qui ont été conclus par les gouvernements précédents. C’est pourquoi tout accord de commerce négocié par l’UE devrait être conclu seulement pour une période de temps donnée, avec la possibilité pour les deux parties de le prolonger. Par ailleurs, le Parlement européen et les parlements des États membres doivent avoir le droit d’exiger une révision complète ou partielle des accords de commerce et d’investissement sur la base des études d’impacts sur le développement durable et les droits humains conduites a posteriori. S’il faut d’abord et avant tout privilégier la discussion et la négociation, il faut aussi disposer des outils permettant de lever les paralysies éventuelles. Tel est l’objet du droit à la dénonciation partielle.

Certaines de ces mesures peuvent être mises en œuvre immédiatement, d’autres nécessitent une réforme plus approfondie des institutions concernées. L’ensemble de ces propositions constitue une feuille de route pour remettre la politique européenne de commerce et d’investissement au service de la société.

Liste des signataires :
Amis de la Terre ; Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (Aitec) ; Association Léo Lagrange pour la défense des consommateurs ; Attac France ; Bio consom’acteurs ; Bloom ; Ceras ; Collectif éthique sur l’étiquette ; Collectif Roosevelt ; Comité catholique contre la faim et pour le développement, CCFD-Terre Solidaire ; Comité pauvreté et politique ; Commerce équitable France ; Confédération française des travailleurs chrétiens, CFTC ; Confédération française de l’encadrement, CFE-CGC ; Confédération générale du Travail, CGT ; Foi et justice Afrique Europe ; Fondation pour la nature et l’Homme ; foodwatch France ; France Amérique latine ; Institut Veblen ; Ligue des droits de l’Homme ; Mouvement pour l’économie solidaire, MES ; Mouvement rural de jeunesse chrétienne, MRJC ; Secours catholique – Caritas France ; Sherpa ; Terre des Hommes ; Union syndicale Solidaires

Paris, le 29 janvier 2018

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Le Luxembourg organise le débat éducatif

« Le débat autour de l’école est un débat de société. Il a besoin d’objectivité, de sérénité et de continuité. Voilà pourquoi il ne doit pas relever des seuls décideurs politiques, mais d’une démarche collective qui associe et responsabilise tous les acteurs », a expliqué Claude Meisch, le ministre luxembourgeois de l’éducation,le 18 janvier. Pour assurer un débat apaisé, il lance deux nouvelles institutions : l’Observatoire national de la qualité scolaire et le Conseil national des programmes.

 

 » L’Observatoire national de la qualité scolaire analysera régulièrement la qualité scolaire, avec l’aide d’experts scientifiques, d’instituts de recherche et d’universités, et proposera des pistes pour l’améliorer. Indépendant et neutre dans son travail, il analysera également les études nationales et internationales en matière de qualité scolaire pour situer le Luxembourg par rapport au niveau international », explique le site officiel du ministère. « Autonome et ouvert sur la société civile, le Conseil national des programmes représentera la voix de la société dans le discours sur les enseignements à l’école. Il consultera des interlocuteurs de la société civile, mais également les organismes publics, organisations et associations, pour conseiller le ministre dans les questions touchant les programmes scolaires. Le Conseil initiera également des forums avec les représentants de la société civile sur des sujets spécifiques liés aux programmes scolaires ».

 

Communqiué

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La pénibilité du travail enseignant bientôt reconnue en Belgique

Le décalage est trop important, explique-t-il. Quand vous avez 64-65 ans, les enfants ont toujours entre 6 ans et 18 ans, vous avez l’âge de leurs grands-parents, et c’est vrai que le décalage est tel que ça devient extrêmement difficile. » Missionné par le gouvernement, le député Laurent Henquet, ancien directeur d’école, a remis un rapport sur la pénibilité du travail enseignant. Pour lui , impossible de laisser les enseignants travailler jusqu’à 67 ans, précise la RTBF. Le métier est trop difficile. Le rapport a été demandé dans le cadre d ela réforme des pensions, le gouvernement souhaitant étendre l’âge de départ en retraite à 67 ans. Les enseignants devraient finalement effectuer deux années supplémentaires. En France plusieurs rapports parlementaires ont conclu à la pénibilité du travail enseignants sans affecter le régime de retraite.

RTBF

La souffrance ordinaire des enseignants

Qui écoutera la souffrance enseignante ?

Dossier bien être à l’école

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La pauvreté des enfants

« La pauvreté risque fort de se transmettre en quelque sorte par héritage culturel. Un peu comme pour l’alcoolisme, lorsque les parents sont pauvres, les enfants trinquent ». Dans Alternatives économiques, Denis Clerc revient sur les 3 millions de jeunes mineurs vivant dans des familles pauvres.  » La France est le pays qui dépense le plus dans le monde pour sa protection sociale (33 % du produit intérieur brut, qui mesure la richesse produite par les travailleurs). Elle devrait donc être celui dans lequel la lutte contre la pauvreté est la plus efficace. Ce n’est pas le cas : 16 % des jeunes de 15 à 34 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, contre 8 % en Suède. Sur ce terrain, nous occupons la seizième place sur 28 au sein de l’Union européenne ».

 

Dans alternatives économiques

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Les systèmes éducatifs en Europe

Comment sont structurés les systèmes éducatifs en Europe ? Eurydice permet de voir d’un coup d’oeil l’organisation des études du primaire au supérieur pour tous les pays européens à travers des graphiques simples. On peut relever trois grands types d’organisation. L’Europe du nord propose une école unique pour toute la scolarité obligatoire. Ainsi en Finlande une seule école couvre la scolarité de 7 à 17 ans. En Suède de 7 à 16 ans.  Les pays d’Europe centrale propose une sélection dès la fin du primaire avec des branches différentes. Ainsi en Allemagne dès l’âge de 10 ans les élèves sont triés entre 5 types d’enseignement secondaire.  Enfin les pays de l’ouest et du sud de l’Europe, du Royaume Uni à la Grèce en passant par la France , connaissent une différenciation après le collège.

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Communiqué LDH : « Inquiétudes démocratiques en Catalogne »

Communiqué Ligue des droits de l’Homme

La Ligue des droits de l’Homme s’inquiète du traitement de la question catalane par le gouvernement de M. Rajoy.

Incarcérer des membres de l’ex-gouvernement catalan alors que des élections régionales sont convoquées revient à vider le débat démocratique de sens. Cette attitude fait peser sur ces futures élections les mêmes réserves que celles que méritaient, à juste titre, le référendum organisé par le gouvernement catalan.

On ne saurait régler une question politique par la voie judiciaire et invoquer les formes de l’Etat de droit pour mieux en ignorer l’esprit.

Paris, le 3 novembre 2017

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Communiqué LDH : « Inquiétante escalade répressive du gouvernement espagnol »

Inquiétante escalade répressive du gouvernement espagnolCommuniqué Ligue des droits de l’Homme

Les événements qui se produisent en Catalogne concernent toute l’Europe, et la France en particulier. Si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) n’a pas à prendre position pour ou contre l’indépendance de la Catalogne, elle entend rappeler des principes qui valent en tout état de cause.

La revendication d’indépendance n’a pas à être criminalisée. Une réponse judiciaire et policière ne peut être une solution politique. Un peuple doit être consulté quand il en manifeste, de manière aussi évidente, la volonté. Réprimer cette aspiration et cette volonté au nom de la loi relève alors d’une application illégitime de celle-ci. Les intimidations et violences infligées aux participant-e-s à cette tentative de consultation populaire traduisent une conception de la démocratie par le gouvernement espagnol qui en ignore les fondements.

La LDH condamne cette attitude qui ne peut conduire qu’à un durcissement du conflit. Elle assure de sa solidarité celles et ceux qui en sont les victimes.

La LDH reste très attentive aux suites de cette situation explosive au cœur de l’Union européenne, d’autant plus à la veille de nouvelles manifestations de protestation.

 

Paris, le 2 octobre 2017

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Face à la crise, l’Etat recrute des professeurs en Espagne

« Le Rectorat de Versailles a continué à recruter des étudiants en Espagne, tout juste sortis de l’Université, profitant de la persistance du chômage en Espagne pour leur faire miroiter des perspectives d’emploi en France », annonce la section Snes de Versailles. Selon le syndicat, l’académie chercherait 700 enseignants contractuels. Il manquerait près de 255 enseignants en maths, 95 en technologie et 62 en éco-gestion. Face à cette crise et à la pression démographique, l’académie aurait déjà épuisé son volant de TZR dans le second degré qui seraient déjà tous affectés à l’année.  » Cela signifie que le moindre arrêt – même prévu comme les congés maternité par exemple – est extrêmement compliqué à être remplacé, y compris dès la rentrée. Dès ce début d’année, des congés maladies ne sont pas remplacés ».

Dossier Snes

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L’Angleterre abandonne son évaluation de CE1

Trop de stress, trop de pression sur les enfants. L’Angleterre a annoncé officiellement l’abandon des évaluations en anglais et en maths à partir de 2023, annonce le Guardian. Pour autant le pays ne tourne pas le dos aux évaluations. Sous la pression, les autorités viennent aussi de mettre fin à une évaluation à l’entrée en maternelle. La suppression de l’évaluation de Ce1 laisse envisager qu’une évaluation au début du CP  pourrait voir le jour.  Pour le Nasuwt, un des syndicats britanniques, « il est acceptable d’avoir une évaluation à l’entrée dans l’école pour évaluer les progrès des élèves. Mais cette évaluation dit être administrée de façon à ce qu’elle soit gérée par les écoles et ne crée pas une surcharge de travail pour les enseignants ». Un autre syndicat, le nouveau NEU, a une position plus critique et veux empêcher l’introduction de cette évaluation d’entrée à l’école.

 

Dans le Guardian

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Vacances d’été : l’exception française ?

La France est-elle le pays des vacances d’été interminables ? C’est ce que laisse entendre le ministre qui, début juin, devant les parents de la Fcpe, a réouvert le chantier de la réforme des rythmes annuels. Mais qu’en est-il exactement ? Les vacances d’été sont-elles plus longues en France que dans les autres pays européens ?

Le serpent de mer de la réforme de l’année scolaire

« La certitude c’est qu’on doit mieux étaler le temps. Il ne faut pas  seulement examiner le temps hebdomadaire des élèves mais le calendrier scolaire annuel.. Il y a 10 ans, le plus innovant c’était 4 jours avec début de l’année vers le 20 août. La discussion permettra la formule la plus adaptée ». Le 3 juin, devant les parents de la Fcpe, Jean-Michel Blanquer a ouvert le chantier du calendrier scolaire annuel. Une ouverture d’autant plus nécessaire qu’il annonçait en même temps le retour à la semaine de 4 jours…

C’est un chantier qu’il avait essayé de faire passer sous Luc Chatel avant que ce dernier ne l’enterre. Rappelons-nous. Septembre 2010, Luc Chatel ouvre la consultation nationale sur les rythmes scolaires en nommant un Comité de pilotage de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires. Il fixe le calendrier de la réforme : propositions à la mi-janvier 2011 et remise d’un rapport d’orientation en mai 2011. Un délai qui permettrait des changements pour la rentrée 2012, après les présidentielles…

En septembre 2013, Vincent Peillon, aux prises avec l’opposition sur la semaine de 4 jours et demi, repousse la réforme des congés d’été.  « Comme tous les Français l’ont observé, je suis en train de changer la semaine scolaire des enfants et cette réforme ne s’est pas faite en un an et va prendre deux ans. Lorsque nous aurons fini cette première réforme, nous commencerons les discussions pour lancer une autre réforme et voir les autres aspects du calendrier, dont l’année scolaire », avait-il dit.  » Pour autant, le ministère de l’éducation nationale confirme que des discussions s’ouvriront en 2015 quant à une évolution possible des rythmes scolaires annuels », affirme un peu plus tard un communiqué de la rue de Grenelle.

Et ça recommence en 2015. Avril 2015, N Vallaud Belkacem écarte l’idée d’une réduction des congés d’été. « Il ne s’agit pas de bouleverser la donne » dit-elle. « Le cadre légal actuel (36 semaines de cours) est le bon. On est allé  le plus loin possible dans ce que permet le consensus », dit-elle. Juin 2017 : quelques semaines seulement après l’élection présidentielle, le ministre de l’éducation nationale ouvre à nouveau ce chantier. L’idée d’une année scolaire de 38 ou 40 semaines de cours, au lieu de 36, est relancée.

Des congés d’été plus longs chez nos voisins

Mais ont-ils si longs nos congés d’été ? Eurostat relève chaque année la durée des congés dans les pays européens. Avec ses 8 semaines et demi de congés d’été, la France fait partie des pays très raisonnables. Certes l’Allemagne et l’Angleterre (6 semaines chacune) , ou encore le Danemark et les Pays Bas (5 seulement) font moins. Au total 7 pays européens ont des vacances d’été plus courtes que celles de la France.

Mais 19 pays grands pays européens ont des congés d’été plus long que nous. L’Italie et l’Espagne enchainent 13 et 12 semaines, la Bulgarie 14 et la Turquie 13 semaines. La plupart de nos voisins s’arrêtent en été plus longuement que nous.

La question est hebdomadaire pas annuelle

Par contre , avec nos 162 jours de classe d’avant Blanquer, on faisait clairement partie des pays ayant le moins de jours de classe. La plupart des pays européens en comptent de 170 à 180 et 15 pays sont entre 180 et 190. Le maximum européen est de 200 jours de classe par an. La réforme Blanquer qui nous ramène à 144 jours de classe par an nous éloigne encore davantage de la norme.

La réforme du temps scolaire doit être hebdomadaire et non annuelle. Demander la réduction des congés d’été est un moyen d’augmenter le nombre de jours de classe sur l’année. C’est aussi un moyen de ne pas affronter la dégradation des conditions de travail notamment dans les écoles. Mais ce n’est ni le chemin le plus simple ni le plus courageux…

Le temps scolaire en Europe

Blanquer devant la Fcpe

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L’apprentissage des langues progresse en Europe

Que sait-on de l’apprentissage des langues vivantes en Europe ? Eurostat publie une étude précise sur le développement de l’enseignement des langues. Avec une bonne nouvelle : celui ci progresse en Europe. Et le français reste la seconde langue étrangère étudiée en Europe.

Comment évolue l’apprentissage des langues ?

Selon Eurostat, 84% des écoliers européens apprennent au moins une langue étrangère. C’est 16% de plus qu’en 2005. Dans 12 pays tous les écoliers apprennent une langue étrangère. C’est le cas par exemple en France mais aussi en Espagne ou Pologne. L’apprentissage peut commencer à 3 ans comme en Belgique germanophone. Mais pour la plupart des écoliers il commence entre 6 et 8 ans. C’est le Royaume Uni qui retarde le plus cet apprentissage, statut de l’anglais oblige.

La majorité des collégiens européens apprennent deux langues vivantes (60%) et là aussi leur nombre augmente.  Dans 11 pays cet enseignement concerne 90% et plus des élèves. Mais dans tous les pays, les élèves de l’enseignement professionnel son moins nombreux à apprendre deux langues.

Quel niveau ?

La quasi totalité des pays européens  a adopté le Cadre européen commun de référence pour les langues. La plupart demande le niveau A2 en fin de collège et B2 en fin de lycée pour la première langue et B1 pour la seconde  en fin de lycée.

Quelles langues sont apprises ?

On ne sera pas surpris de constater que l’anglais se taille la part du lion. 97% des collégiens apprennent l’anglais. C’est aussi le cas de 79% des écoliers et 85% seulement des lycéens (les élèves du professionnel n’apprennent pas tous une langue étrangère). La part de l’anglais a encore progressé fortement depuis 2005 particulièrement au primaire.

Le Français est la seconde langue enseignée : 34% des européens l’apprennent au collège et 23% au lycée. L’Allemand vient après avec 23 et 19% devant l’espagnol enseigné à 18% des collégiens et 19% des lycéens. L’espagnol est en progression.

Apprend on les langues en France comme dans les autres pays ?

Dans la plupart des pays européens on accorde davantage de temps aux langues au primaire que dans le second degré. C’est le contraire en France. On accorde 270 heures à l’école alors que la moyenne européenne est de 312 heures. 17 pays européens consacrent davantage de temps. Dans le second degré, les langues prennent 936 heures contre 565 en moyenne en Europe. Un système qui explique peut-être les difficultés de nos élèves ?

Etude Eurostat

Le rapport

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La France reste championne des fondamentaux

 » D’abord et avant tout les fondamentaux ». Dans son discours d’installation, le 17 mai, Jean Michel Blanquer a mis les fondamentaux comme la première priorité de l’Ecole en les précisant :  » Lire, écrire, compter , respecter autrui ». Une injonction qui vient butter sur la réalité statistique. Selon Eurostat, qui vient de publier son annuel sur les temps d’instruction en Europe, l’école française est déjà celle qui accorde le plus de temps aux fondamentaux.

La championne du temps scolaire ?

Alors que le débat sur les rythme scolaires est relancé, qu’en est il du temps consacré à l’instruction en France ? Eurostat livre à la fois des données et deux manières de les lire.

Si l’on en croit la longueur de l’année scolaire, l’école française a les temps d’enseignement parmi les plus longs en Europe. L’année scolaire à l’école primaire c’est 864 heures de cours en France contre 734 en moyenne en Europe. Seulement 5 pays ont un temps plus long sur les 42 systèmes éducatifs évalués par Eurostat. Le record c’est le Danemark avec 1051 heures. Mais la Bulgarie se contente de 468 heures.

Au collège, avec 948 heures de classe les élèves français sont nettement au dessus de la moyenne européenne (864 heures) et la France se situe au 9ème rang. C’est pire encore pour le lycée : avec 1031 heures de cours contre 900 en moyenne, la France est au second rang juste derrière l’Espagne avec 1054 heures. Autant dire qu’en France, les années d’école sont parmi les plus chargées du continent.

Mais il y a une autre façon de compter le temps scolaire. C’est additionner le temps scolaire obligatoire.  Or beaucoup de pays comptent 12 d’école obligatoire alors que la France n’en exige que 10. Avec 4000 heures d’instruction obligatoire, la  France est dépassée par le Royaume Uni, les Pays Bas, la Belgique et la Turquie. Il faut rappeler que la grande majorité des élèves poursuit sa scolarité au delà de 16 ans et dépasse donc les 4000 heures.

Dans tous les cas on est très loin d’un modèle européen d’éducation, même si l’Europe a rédigé des directives  sur l’éducation. Le temps scolaire effectif peut varier du simple au double. Pour le collège la Lithuanie ou la Macédoine se contente de 734 heures annuelles quand le Danemark exige 1200 heures.

Championne des fondamentaux

Là où la position de la France est bien établie c’est pour les fondamentaux. Pour la lecture – écriture, l’école primaire française mobilise 1656 heures. C’est presque le double de la moyenne européenne qui est de 953 heures. Aucun pays n’atteint le nombre d’heures français. L’Allemagne se contente de 744 heures, l’Espagne de 1099, la Pologne de 383 heures.

Ces données relativisent les propos entendus durant la campagne électorale. Inutile d’augmenter l’horaire de français à l’école. On lui consacre déjà beaucoup plus de temps que tous nos voisins. La conférence de consensus du Cnesco a par contre montré qu’il y avait des apprentissages à renforcer.

Dans le second degré, 774 heures sont consacrées au français quand la moyenne est de 564 heures. Seuls l’Italie et la Turquie donnent plus de temps à l’étude de leur langue nationale.

900 heures sont consacrées aux maths à l’école primaire ce qui est nettement plus que la moyenne européenne (670 heures). 5 pays consacrent plus de temps que la France, dontle Portugal avec 1310 heures. L’Allemagne se contente de 573 heures.

Dans le second degré, la France donne 684 heures aux maths , nettement au dessus des 484 heures de la moyenne européenne. Seule la Turquie, avec 768 heures, y passent plus de temps.

En sciences, la France est aussi nettement au dessus de la moyenne européenne avec 306 heures au primaire (contre 284) et 630 dans le second degré (contre 475). Seulement 2 pays européens accordent plus de temps à ce niveau.

Mais l’école la moins autonome

Eurostat donne encore deux singularités de l’école française. La première est son manque d’autonomie.  Il est souligné par Eurostat. Celle ci peut porter sur l’organisation des enseignements ou même sur le curriculum.  Dans neuf pays l’établissement scolaire peut affecter du temps supplémentaire sur tel ou tel sujet aussi bien au primaire que dans le second degré. En Ecosse aucun horaire n’est donné pour aucune discipline. En Finlande l’Etat fixe des horaires disciplinaires mais les écoles ont une marge pour leur répartition. La France reste fidèle à un système national  qui fixe des horaires nationaux pour chaque année.

La seconde singularité est liée à cette question. La France est le pays européen qui a connu la plus forte réduction du temps d’instruction en 2016. 180 heures ont disparu au collège du fait des nouveaux dispositifs (AP EPI).

Le rapport

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Belgique : la formation des profs passe de 3 à 4 ans

La formation des enseignants du primaire et du collège en Belgique francophone sera augmentée d’un an à partir de 2019 a annoncé le gouvernement de la Communauté belge francophone. Pour lui il s’agit de s’aligner sur le niveau des enseignants des pays voisins au moment où le pays change son système éducatif avec le Pacte d’excellence. La 4ème année aura lieu en université alors que  les 3 premières se font en Haute Ecole pédagogique. Les syndicats ont obtenu une nouvelle grille salariale  pour les nouveaux enseignants formés en 4 ans ainsi que des aménagements pour que les autres puissent faire cette 4ème année d’étude. La réforme aura donc un cout évalué à 300 millions. Seule voix discordante , celle d’une association étudiante qui craint une pénurie d’enseignants. Les recherches tendent à lui donner raison. Les pays qui ont relevé le niveau de formation et d’exigences envers les enseignants ont tous connu la pénurie de professeurs et ont donc du embaucher massivement des auxiliaires. Ce qui a fait baisser le niveau moyen des enseignants…

 

Dans Le Soir

Quel effet sur le recrutement des professeurs ?

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Marseille veut revenir aux semaines de 4 jours

Alors qu’Emmanuel Macron a promis de laisser les municipalités choisir leurs rythmes scolaires, la ville de Marseille a fait savoir le 23 mai que dès la publication du décret elle opterait pour la semaine de 4 jours. Marseille avait attendu le plus longtemps possible pour mettre en oeuvre les nouveaux rythmes, le maire, JC Gaudin, pestant contre les dépenses générées par cette réforme. Stratégie gagnante :finalement il avait obtenu une aide spéciale de l’Etat alors même que la ville est connue pour le délabrement et l’état d’abandon de ses écoles.

En janvier 2014, le maire de Marseille avait soutenu une proposition de loi UMP demandant le libre choix pour les maires d’appliquer ou non la réforme. Emmanuel Macron a pris l’engagement de lui donner satisfaction.

Le libre choix des municipalités pourrait aller moins vite que ce que Marseille attend. La mesure est très critiquée, notamment par les syndicats, même si le nouveau ministre de l’éducation nationale a déclaré dans Le Monde « qu’aucune étude ne tranche » entre les deux semaines de 4 jours et 4.5 jours. Qui peut croire qu’avoir 5 matinées de classe ou 4 c’est la même chose ?

Dans le Figaro

Dans le Café

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CECI N’EST PAS UN TROU

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Angleterre, Suède, Pays Bas : l’échec du New Public Management

Marqué par l’autonomie locale, la responsabilisation, l’individualisation des carrières, le haut niveau de formation des enseignants, le New Public Management (NPM) apparait en France comme le modèle à suivre pour beaucoup de candidats à l’Elysée et de nombreux thinktank.  C’est le modèle qui devrait permettre d’améliorer rapidement les résultats de l’Ecole grâce à des enseignants mieux formés, mieux impliqués, mieux dirigés.  Mais qu’en est-il vraiment ? Florence Lefresne et Robert Rakocevic ont décidé d’aller y voir de près en étudiant le cas des 3 pays européens qui ont le mieux appliqué les principes du NPM : la Suède, l’Angleterre, les Pays Bas. Trois pays où, au final, les promesses ne sont pas tenues.

Naissance d’un nouvel enseignant

Le New Public Management a-t-il vraiment réussi à faire apparaitre un nouvel enseignant plus efficace ?  Lors du séminaire de D. Fougère et A. Van Zanten au Liepp de Sciences Po, le  28 février, Florence Lefresne et Robert Rakocevic, Depp et Paris Descartes, ont présenté une analyse également publiée dans un numéro d’Education & formations (n°92, décembre 2016).

« En toile de fond de ce nouveau modèle du  New Public Management, on trouve le client à la place de l’usager, la recherche d’efficience, le contrat à la place du fonctionnaire », explique F Lefresne. « C’est une nouvelle figure de l’enseignant qui est proposée, avec de nouvelles compétences. Un enseignant multi compétent, qui maitrise les Tice, sait gérer l’hétérogénéité , expert, constructeur de la culture d’établissement et près des usagers ».

Cette figure du nouvel enseignant émerge-t-elle dans les pays qui ont tout fait pour installer le New public Management ? A-t-on vraiment amélioré le recrutement des enseignants en les rendant plus efficaces et plus adaptés au contexte local ? Retient-on ces employés plus qualifiés en mobilisant les leviers de la décentralisation ? Améliore-t-on in fine la qualité du service éducatif ? Le nouveau paradigme tient-il ses promesses ?

Trois pays modèles

Florence Lefresne et Robert Rakocevic sélectionnent trois pays qui sont emblématiques de cette évolution: la Suède, l’Angleterre et les Pays Bas. Aux Pays Bas on a privatisé la gestion des écoles publiques. En Suède la réforme est allée très loin puisque les écoles ont acquis un haut niveau d’autonomie et leur gestion a été municipalisée. Le statut de fonctionnaire des enseignants a éclaté. Ils sont devenus des employés privés. Les écoles ont été mises en concurrence avec des chèques éducation. En Angleterre la barrière entre public et privé a disparu par le développement des academies et des free schools, écoles publiques mais autonomes et gérées de façon privée.

En modifiant les conditions de recrutement des enseignants, en repoussant leur formation de la licence au master a-t-on changé la sociologie des professeurs ? Les deux chercheurs montrent que les nouveaux enseignants entrent dans le métier deux années plus tard et que la féminisation a progressé.

Une politique qui crée la pénurie d’enseignants…

 Mais ce qu’observent Florence Lefresne et Robert Rakocevic c’est d’abord le développement de la pénurie d’enseignants dans ces pays. Ainsi 71% des enseignants hollandais travaillent dans des établissements dont le chef d’établissement déclare manquer d’enseignants qualifiés et 22% des enseignants de maths déclarent ne pas avoir été formés à cet enseignement. En Angleterre c’est respectivement 46 et 6%. En France, où le système dominant est encore traditionnel c’est 32 et 4.

La proportion d’enseignants qui abandonnent le métier a fortement augmenté en lien avec des salaires qui sont inférieurs aux salaires moyens du privé à diplome égal. Le sentiment de dévalorisation des enseignants est fort : dans les trois pays moins de 40% des enseignants s’estiment valorisés dans la société. En Suède on est en dessous de 10%.

Et paradoxalement leur baisse de niveau

 On observe en même temps une baisse du niveau des enseignants. En effet, face à la pénurie du recrutement des enseignants, les trois pays ont du mettre en place des stratégies parallèles. En Suède on a largement eu recours à des enseignants immigrés et à des professeurs du secondaire pour enseigner au primaire. En Angleterre on a cherché à attirer des étudiants en leur donnant des primes importantes par exemple en maths. Autrement dit la promesse d’enseignants mieux formés n’a pas pu être tenue.

Dans les trois pays l’évaluation des enseignants est confiée au chef d’établissement. Résultat,  selon Talis, les enseignants des trois pays sont moins nombreux que la moyenne des pays OCDE à déclarer des effets bénéfiques de cette évaluation. Les tentatives de lier la rémunération des enseignants à leur performance individuelle a aussi généré des problèmes. Si en Suède, la mesure a été acceptée, en Angleterre il y a eu des grèves puissantes contre la paye au mérite et aux Pays Bas les mesures ont du être fortement atténuées sous pression syndicale.

Pas d’amélioration des résultats


Au final l’élévation de la performance n’est pas rendez vous.  » En Angleterre, des inquiétudes sur l’incapacité des élèves de 15 ans à dépasser la moyenne des résultats au test PISA rencontrent un large écho médiatique. En Suède, les résultats des élèves à PISA, en baisse sensible, sont cités dans l’argumentaire de plusieurs réformes récentes. Aux Pays-Bas, les résultats à PISA restent parmi les meilleurs en Europe : le débat porte ici davantage sur la proportion relativement faible d’élèves parmi ceux qui arrivent en tête du peloton international », écrivent les deux chercheurs.

En conclusion, Florence Lefresne et Robert Rakocevic interrogent les effets du New Public Management sur l’Ecole. « De quelle professionnalisation parle-t-on quand les professionnels ne sont pas associés à la redéfinition de leurs conditions de travail ? », demandent-ils. Ils soulignent la question de légitimité  posée par ces politiques auxquelles s’opposent la profession. L’autre question concerne le recrutement : comment concilier élévation des exigences dans la formation et pénurie d’enseignants ? Plus on élève le niveau de formation et d’exigence plus on donne aux étudiants d’opportunités de travailler dans un autre secteur.

Alors que les idées d’autonomie, d’élévation du niveau de formation , de régionalisation, de contractualisation des relations établissement – Etat, de renégociation du statut et des conditions de travail des enseignants se banalisent dans le discours des politiques et des médias, le travail de Florence Lefresne et Robert Rakocevic nous montre que cette voie prometteuse mène à des impasses.

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Communiqué du Forum citoyen pour la RSE : « Adoption de la loi sur le devoir de vigilance : un premier pas historique pour le respect des droits humains par les multinationales »

Adoption de la loi sur le devoir de vigilance : un premier pas historique pour le respect des droits humains par les multinationales

Communiqué du Forum citoyen pour la RSE

21 Février 2017. Les député-e-s français-e-s ont adopté définitivement la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre. Ce texte marque une avancée historique vers le respect des droits humains et environnementaux par les entreprises multinationales. Nos organisations appellent désormais les pays européens et la communauté internationale à s’inspirer de cette disposition et à développer des législations qui vont dans le même sens. 

Il y a cinq ans, le candidat François Hollande déclarait vouloir «(…) que soient traduits dans la loi les principes de responsabilité des maisons-mères vis-à-vis des agissements de leurs filiales à l’étranger lorsqu’ils provoquent des dommages environnementaux et sanitaires. ». La loi « devoir de vigilance », l’une des dernières lois adoptée sous son quinquennat, répond à cette promesse.

En obligeant les grands groupes à publier un plan de vigilance et en prévoyant la possibilité de saisir un juge par les victimes ou par les personnes ayant un intérêt à agir, cette loi, soutenue par une très large majorité de citoyen-ne-s, permettra de mieux prévenir les risques qui pèsent sur les droits humains et environnementaux résultant de l’activité des entreprises multinationales.

Le texte aurait pourtant pu être plus ambitieux.  Ainsi, une centaine de grands groupes seulement sont couverts par le texte. La charge de la preuve incombe toujours aux victimes, ne disposant souvent pas des moyens suffisants pour l’établir et accentuant encore l’asymétrie de pouvoirs entre ces grands groupes et les populations victimes. Il est aussi important de rappeler que si un dommage survient alors que la société mère a bien mis en œuvre un plan de vigilance adéquat, sa responsabilité ne sera pas engagée : elle n’a pas à garantir le résultat mais seulement qu’elle a fait tout son possible pour éviter le dommage.

C’est désormais aux niveaux européen et international que la construction de législations contraignantes doit se poursuivre. La France doit dorénavant « passer le relais » en portant cette loi au niveau européen et en s’impliquant dans les processus supranationaux qui vont dans le même sens, tel que le projet de Traité onusien sur les multinationales et les droits humains, afin de garantir une mondialisation plus respectueuse des populations et de notre planète.

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Communiqué commun : « Le Laissez-passer européen, un pas supplémentaire vers l’expulsion à tout prix »

Le Laissez-passer européen, un pas supplémentaire vers l’expulsion à tout prix

Alors que des hauts fonctionnaires africains et européens se réunissent à Malte les 8/9 février 2017 à mi-parcours du processus de la Valette, l’Union européenne (UE) fait un pas de plus pour restreindre la mobilité des personnes migrantes et imposer sa loi aux pays d’où viennent la majorité d’entre elles, sous la forme du « laissez-passer européen », adopté sans bruit en octobre 2016.

Le plan d’action lancé à La Valette en novembre 2015 par l’UE, ses Etats membres et 35 Etats africains vise à « lutter contre l’immigration irrégulière, le trafic d’êtres humains et les causes profondes de la migration forcée ». Actuellement en cours d’évaluation, il s’appuie sur la « coopération extérieure » pour obtenir la signature, par des Etats « tiers », d’accords de réadmission destinés à expulser plus facilement les personnes migrantes.

Avec le laissez-passer européen (LPE), l’UE marque une étape supplémentaire de la stratégie d’externalisation de sa politique migratoire depuis vingt ans. Ce document de voyage, délivré par les Etats membres de l’UE – et eux seuls -, permet d’expulser une personne sans qu’elle ait été identifiée par le pays « tiers » dont elle est supposée être originaire, et donc sans laissez-passer consulaire, au mépris de ses droits et du principe d’égalité entre Etats souverains (garanti par la Convention de Vienne).

En dépit de l’opposition exprimée dès novembre 2015 par les responsables africains présents au Sommet de La Valette et réitérée début 2017 par la société civile et le gouvernement maliens, le LPE – malgré ses défauts majeurs de forme et de fond – est bel et bien déjà utilisé.

Au-delà des effets négatifs immédiats d’une mesure d’éloignement sur les personnes, le flou total qui caractérise la mise en œuvre du LPE laisse craindre un nombre important de violation des droits, en atteste le nombre de questions sans réponse que pose l’utilisation de ce document (voir liste ci-jointe).

A l’heure où la machine à expulser gagne en puissance (coopération avec la Turquie, l’Afghanistan, la Libye, nouvelles prérogatives octroyées à Frontex), les droits fondamentaux ne sont même pas évoqués dans le texte paru au Journal Officiel de l’UE sur le LPE.

Les réseaux africains et européens d’organisations de la société civile signataires du présent communiqué réclament que les Etats membres de l’UE suspendent immédiatement l’utilisation du LPE et que les autorités européennes fournissent et publient sans délai les informations complémentaires et indispensables concernant sa mise en œuvre (voir liste des informations ci-jointe).

La mobilité est un droit, et non un outil de chantage diplomatique.

Organisations signataires 

AEDH – Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme

EuroMed Droits

Loujna-Tounkaranké

FORIM – Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations

Medico International

Migreurop

Observatoire Ouest-Africain des Migrations

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Grèce: l’effondrement à bas bruit de tout un pays 2 FÉVRIER 2017 PAR MARTINE ORANGE (Médiapart)

La crise grecque est toujours là. Les responsables européens et le FMI ont lancé un nouvel ultimatum à Alexis Tsipras. Il a trois semaines pour présenter de nouvelles mesures d’austérité. Épuisé, le pays est au bord de l’effondrement financier, économique et moral. Des responsables de Syriza parlent de sortir de l’euro.

Après avoir repoussé l’idée pendant plus de deux ans, Syriza semble prêt à penser l’impensable : sortir de la zone euro. Même si les responsables gouvernementaux n’en parlent pas ouvertement, des figures éminentes du parti de gauche en évoquent publiquement l’hypothèse. Pour l’ancien ministre des affaires européennes de Syriza, Nikos Xydakis, la question de la sortie de l’euro, en tout cas, ne doit plus être considérée comme « taboue ». « Il ne doit pas y avoir de tabou quand nous parlons du destin de la nation. Nous sommes arrivés au point où le peuple est au bout de son endurance. Je crois que nous avons besoin d’une discussion politique nationale en profondeur. Et cette discussion, naturellement, a besoin de commencer au parlement », a-t-il déclaré mardi 31 janvier.

Depuis, les observateurs se perdent en conjectures. Est-ce un ballon d’essai personnel de l’ancien ministre ? Cette intervention a-t-elle pour but de desserrer l’étau du gouvernement Syriza, au moment où celui-ci se retrouve à nouveau dans une impasse face à ses créanciers ? Ou l’hypothèse d’une sortie de l’euro est-elle vraiment un scénario discuté par le gouvernement, épuisé de ne trouver aucun soutien et aucune solution ?

La crise grecque a disparu des écrans-radars depuis le troisième plan de sauvetage, arraché après la capitulation de Syriza en juillet 2015. Tout a même été mis en œuvre pour soigneusement enterrer le sujet, afin de ne pas rouvrir les divisions européennes, dans l’espoir que le temps finirait par faire oublier la Grèce. Les responsables européens ne veulent surtout pas remettre sur le devant de la scène le sujet, alors que les Pays-Bas, la France puis l’Allemagne sont appelés à voter cette année.

Cette tentative de mise en sourdine a presque fonctionné. Mais la crise grecque est toujours là. Plus que jamais : le troisième plan de sauvetage, comme redouté, n’a apporté aucune solution, aucun répit à Athènes. Et le cas grec pourrait se réinviter très rapidement dans tout le débat européen, si les événements continuent à ce rythme.

À chaque déboursement de crédits supplémentaire prévus dans le plan, les créanciers se montrent toujours plus exigeants. La dernière réunion de l’Eurogroupe qui s’est tenue le 26 janvier en présence de responsables du FMI, n’a pas échappé à la règle. Alors qu’Athènes attend un déblocage des crédits européens pour l’aider à refinancer environ 6 milliards de dettes en juillet, la discussion a donné lieu aux mantras habituels, où il n’est question dans la novlangue chère aux responsables que « de tenir les engagements, de mettre en œuvre les réformes, de diminuer les déficits, de retrouver une croissance soutenable, etc. ». Elle s’est achevée par une nouvelle humiliation pour la Grèce.

Un nouvel ultimatum vient d’être lancé à Athènes. Le premier ministre grec Alexis Tsipras a trois semainespour trouver un accord avec les créanciers du pays. Lors de la réunion européenne du 22 février, tout doit être bouclé. D’ici là, une ébauche complète du plan proposé par Athènes doit être présenté à Bruxelles le 6 février. « Disons que la fenêtre d’opportunité est une fenêtre qui est encore ouverte, mais qui va bientôt se refermer parce qu’il y a des échéances électorales » aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, a rappelé le ministre français des finances, Michel Sapin, à l’issue de la réunion des ministres des finances européens. Comme pour bien rappeler à la Grèce qu’elle ne saurait s’inviter dans les élections européennes, et que par la suite, elle risque de trouver des « partenaires européens » moins disposés à son endroit.

La dispute porte comme d’habitude sur ces fameux ratios financiers qui tiennent lieu de politique pour les responsables européens et du FMI. Alors que le gouvernement grec est parvenu, dans un effort budgétaire surhumain, a réalisé un excédent budgétaire (avant paiement de la dette et des frais financiers) de 1,5 % en 2016, les responsables européens ont conditionné leur nouvelle aide de juillet à un surplus budgétaire primaire de 3,5 % à partir de 2018 et ce pendant au moins vingt ans !

Jusqu’alors le FMI soutenait qu’un tel niveau d’excédent budgétaire était irréaliste voire contre-productif. Mais lors de ces dernières semaines, le FMI a changé totalement de position. Non seulement, il soutient l’objectif de 3,5 % d’excédent budgétaire mais il exige en plus des garanties. L’organisation internationale conditionne son soutien au plan de sauvetage à l’adoption préventive par le gouvernement grec de mesures d’austérité supplémentaires, qui viendraient s’ajouter à celles déjà prévues dans le plan de sauvetage. Celles-ci devraient être automatiquement mises en œuvre au moindre dépassement budgétaire.

Alors que le gouvernement Syriza a déjà porté la TVA à 24 %, diminué de 40 % les retraites, augmenté les impôts, notamment fonciers, décidé de nouvelles taxes sur les voitures, les télécommunications, les télévisions, l’essence, les cigarettes, le café, la bière, annoncé de nouvelles réductions de 5,6 milliards sur les salaires publics, il se refuse à adopter ces lois préventives qui imposeraient de nouvelles baisses des salaires publics et des retraites et de nouvelles hausses d’impôt. Au nom des derniers lambeaux de souveraineté nationale qu’il reste à la Grèce. « Demander de telles mesures alors que les recettes de l’État sont meilleures que prévu est non seulement extrême mais absurde. Aucune nation ne peut consentir à de tels dispositifs », a expliqué le ministre grec des finances Euclide Tsakalotos, soulignant le caractère anti-démocratique des mesures exigées.

Il n’a trouvé aucun soutien auprès de ses homologues européens. L’Allemagne faisant de la présence du FMI au plan de sauvetage grec un préalable à sa propre participation, Berlin est prêt à accepter les conditions imposées par l’institution internationale. D’autant qu’elles ne lui semblent pas exorbitantes. Tous les Européens se sont alignés sur la position allemande.

Cela n’empêche pas les différends entre le FMI et les Européens. Ce week-end, l’institution internationale a fait fuiter de nouveaux documents sur la situation financière de la Grèce. Comme elle l’avait déjà dit en 2013, 2014, 2015, 2016, celle-ci réaffirme que la dette grecque est « explosive ». Selon ses derniers calculs, elle s’élèverait à 260 % du PIB en 2060. « La Grèce ne peut pas repousser son problème d’endettement. Athènes a besoin d’un substantiel allégement de sa dette de la part de ses partenaires européens pour retrouver un niveau acceptable d’endettement », est-il écrit dans ces documents.

Fallait-il vraiment attendre les calculs du FMI jusqu’en 2060 pour affirmer que la dette grecque est insoutenable ? Elle l’est déjà depuis très longtemps. Alors que le niveau d’endettement de la Grèce était de 120 % du PIB en 2010, il atteint désormais les 180 % du PIB. Soit quasiment deux fois la production annuelle de richesse nationale. Depuis des années, de nombreux économistes, quelle que soit leur obédience, plaident pour une restructuration profonde voire une annulation complète de la dette de la Grèce. Seule condition, à leurs yeux, pour remettre le pays sur des rails économiques.

Cela n’empêche pas les responsables européens de faire la sourde oreille. Lors de la réunion du 26 janvier, ils ont à nouveau nié le problème face aux responsables du FMI. « Il n’y a aucune raison de tenir de tels propos alarmistes sur la situation de la dette grecque », soutient dans un communiqué le Mécanisme européen de stabilité, chargé de gérer les crédits européens à la Grèce. Compte tenu de l’abaissement des taux et de l’allongement des maturités consentis à la Grèce, l’inquiétude, selon les responsables européens, n’est pas de mise et encore moins le moindre allégement à Athènes. La seule chose que le gouvernement grec doit faire, répètent-ils, est d’« appliquer les deux tiers des réformes » prévues qu’il n’a pas encore mises en œuvre.

Un pays épuisé

La vacuité de toute cette politique d’austérité déterminée par certains ratios financiers saute aux yeux. Les responsables européens ont beau soutenir que leur plan de sauvetage fonctionne, se féliciter du redressement de la Grèce et des excédents budgétaires réalisés, la situation est tout autre : nous assistons, passifs, à l’effondrement à bas bruit de tout un pays.

Alors que les prévisions tablaient sur un rebond de l’économie grecque en 2016, avec une croissance de 2,6 % au moins, celles-ci risquent une nouvelle fois de se révéler fausses. Si un léger sursaut a été enregistré au début de l’année, il n’a cessé de se tasser. Dans les derniers mois, le moteur paraît avoir même calé. Selon les chiffres de Markit publié le 1erfévrier, l’activité manufacturière a enregistré en janvier sa plus forte baisse depuis 15 mois. « La baisse est liée tant au déclin de la production que des nouvelles commandes. Tandis que la hausse des prix des importations s’accélère pour atteindre leur plus haut niveau depuis 70 mois, les entreprises néanmoins baissent leurs prix de vente », explique l’institut économique et financier, pointant la chute de la consommation et l’absence de débouchés à l’extérieur.

En sept ans, le PIB de la Grèce a diminué d’un tiers. Le chômage touche 25 % de la population et 40 % des jeunes entre 15 et 25 ans. Un tiers des entreprises ont disparu en cinq ans. Les coupes successives imposées partout au nom de l’austérité mordent désormais dans toutes les régions. Il n’y a plus de trains, plus de bus dans des parties entières du pays. Plus d’écoles non plus, parfois. Beaucoup d’établissements secondaires ont dû fermer dans les coins les plus excentrés, faute de financement. Les dépenses de santé par habitant ont diminué d’un tiers depuis 2009, selon l’OCDE. Plus de 25 000 docteurs ont été renvoyés. Les hôpitaux manquent de personnel, de médicaments, de tout.

Le coût humain et social de cette politique d’austérité ne figure pas dans les tableaux Excel de l’Eurogroupe. Mais il est payé cash par la population. Un cinquième de la population vit sans chauffage ou sans téléphone. 15 % de la population est désormais tombée dans la grande pauvreté contre 2 % en 2009.

La banque de Grèce, qu’on ne peut soupçonner de complaisance, a dressé un bilan sur la santé de la population grecque, dans un rapport publié en juin 2016. Les chiffres qu’elle donne sont accablants : 13 % de la population sont exclus de tout soin médical ; 11,5 % ne peuvent acheter les médicaments prescrits ; les personnes souffrant de problèmes chroniques de santé sont en hausse de 24,2 %. Suicides, dépression, maladie mentale enregistrent des hausses exponentielles. Pire : alors que la natalité a baissé de 22 % depuis le début de la crise, le taux de mortalité infantile a quasiment doublé en quelques années pour atteindre 3,75 % en 2014.

Au terme de sept ans de crise, d’austérité, de plans européens, le pays est épuisé, financièrement, économiquement, physiquement. « La situation ne cesse de s’aggraver. Ce dont nous avons le plus besoin maintenant, c’est de nourriture. Cela montre que les problèmes portent sur l’essentiel et non la qualité de la vie. Il s’agit de subsistance », dit Ekavi Valleras, responsable de l’ONG Desmos. Et c’est à ce pays que l’Europe demande en plus d’assumer seul ou presque l’accueil des réfugiés venant en Europe.

Dans un premier temps, les observateurs ont analysé l’intransigeance réitérée des responsables européens comme un coup politique contre Syriza. Au bout de deux ans de gouvernement, après la volte-face sur le référendum de juillet 2015 puis le nouveau plan de sauvetage, le gouvernement d’Alexis Tsipras est au plus bas dans l’opinion publique. Exiger de lui de nouvelles mesures d’austérité, le mettre dos au mur et l’obliger à déclencher de nouvelles élections était analysé comme une ultime manœuvre pour le défaire politiquement, lui faire payer une dernière fois son affront de 2015 et le remplacer par un gouvernement beaucoup plus acceptable.

Ce scénario politique semble un peu court pour d’autres économistes. Pour eux, c’est l’addition de la gestion européenne de la crise grecque qui va bientôt être présentée. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, qui n’a jamais caché sa volonté de faire sortir la Grèce de l’euro mais avait vu sa ligne battue en juillet 2015, est en train de gagner, remarquent des observateurs. Peu à peu, les responsables européens, lassés de ce problème qui défie leurs solutions, se rallient à sa thèse. Le FMI qui cherche lui aussi à se sortir du bourbier grec, prône également un Grexit, seule solution susceptible, selon lui, de redonner l’oxygène monétaire au pays.

L’ennui est que personne ne veut assumer la responsabilité historique de cette rupture et ses conséquences. Car exclure un pays de la zone euro revient à dire que la monnaie unique n’est plus intangible, comme cela a été affirmé lors de sa création. D’autres, volontairement ou non, pourraient suivre l’exemple. Déjà, les financiers sont aux aguets. La dette grecque fait l’objet à nouveau de spéculations intenses, faisant passer ses taux au-dessus de 7 %. Au-delà, tout le marché obligataire européen se retrouve sous tension, poussant les taux italiens, espagnols, français à la hausse, malgré les interventions de la BCE.

L’attitude des dirigeants européens et du FMI ces dernières semaines est stupéfiante, tant elle s’inscrit dans un contretemps historique. Pousser la Grèce dehors au lieu de lui accorder la restructuration nécessaire de sa dette, au moment où les tensions géopolitiques n’ont jamais été aussi fortes, où Donald Trump attaque explicitement la construction européenne et parie sur son éclatement, paraît incompréhensible. Alors que l’Histoire frappe à la porte, ils n’ont comme réponse que celles de boutiquiers. Comme toujours depuis le début de la crise grecque.

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