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Le système des retraites en Europe

La plupart des pays européens ont procédé à des réformes de leur système de retraite. Le Haut-commissariat à la réforme des retraites a rencontré les représentants des gouvernements ainsi que les représentants des syndicats de ces pays. mercredi, 28 novembre 2018 | Actualités Tweeter Partager Partager Envoyer Imprimer Version .pdf

Son objectif est de puiser dans les différentes expériences en laissant supposé un assentiment des syndicats pays concernés.

La présentation des expériences étrangères étant souvent incomplète, la CGT a organisé le 26 septembre dernier une journée de débats sur les réformes des retraites en Europe avec des représentants de syndicats allemands (DGB), italien (CGIL), et suédois (LO).

L’Allemagne, la Suède, et l’Italie avaient des systèmes de retraite par annuités et sont passés à des systèmes par points ou par comptes notionnels. En Belgique, une réforme semblable au projet d’Emmanuel Macron est en cours, qui ambitionne de passer d’un système par annuités à un système par points.

EN SUÈDE

En Suède, le premier pilier obligatoire et en répartition est commun aux salariés du privé et aux fonctionnaires. Au niveau du second pilier (capitalisation), il y a 4 grands régimes de retraite basés sur des conventions collectives (cadres et techniciens du privé, ouvriers et employés du privé, fonctionnaires des collectivités locales et fonctionnaires d’Etat). Les deux niveaux sont gérés selon le principe de la cotisation définie.

L’objectif annoncé de la réforme était d’atteindre sur le premier pilier 60 % de taux de remplacement en lien avec une durée minimale de cotisations de 47 années à temps plein, sur le 2ème pilier le taux de remplacement avancé était de 10 à 12 %.

Aujourd’hui, le taux de remplacement réel est beaucoup plus bas qu’attendu entre 45 et 50 % sur le premier plier et de 10 à 15 % sur le 2ème pilier.

Ceci est principalement dû à l’augmentation de l’espérance de vie (+2 ans depuis 1995), qui n’a pas correspondu à l’augmentation de l’âge de départ en retraite de 64,5 ans en moyenne.

Selon LO, les cotisations finançant le 1er pilier doivent être augmentées. En même temps, les conditions de travail (postes de travail, heures de travail, temps plein/temps partiel, emploi permanent/précaire, formation) doivent être améliorées. Les salariés en situation de pénibilité doivent avoir droit à leur pension dès l’âge de 60 ans. En Suède, les salariés estiment qu’il est impossible de travailler au-delà de 65 ans.

EN ALLEMAGNE

Les réformes initiées en Allemagne, notamment depuis 1992, ont, selon certains, produit une situation enviable, constituant ainsi une boite à outils dans laquelle il serait judicieux de puiser. A commencer par le report de l’âge à 67 ans en vigueur chez nos voisins. En réalité, il n’y a aujourd’hui, plus guère qu’en France que l’on considère le système allemand comme un modèle à suivre.

Il n’est pas possible de comparer l’exigence de 67 ans en Allemagne contre 62 ans en France pour 2 raisons essentielles. En premier lieu, sous certaines conditions, notamment de carrières longues, nombres de salariés allemands partent avant cet âge pivot, sans décote s’ils comptent 45 années de cotisations, aves décote à partir de 35 années. En second lieu, cette application du taux plein à 67 ans ne sera requise en Allemagne qu’en 2031 (pour la génération 1964). Alors qu’en France, elle sera dès 2022 (génération 1955).

Aujourd’hui, l’âge de départ sans décôte est de 64 ans et 10 mois en Allemagne et alors qu’il est de 65 ans et 9 mois en France. Les conditions d’âge sont donc, en réalité, plus dures en France qu’en Allemagne.

Enfin, relevons que l’âge effectif de départ à la retraite est plus élevé en France (61,8 ans pour les hommes et 62,30 pour les femmes) qu’en Allemagne (61,4 ans pour les hommes et 61,2 ans pour les femmes).

Si la retraite « standard » affiché devait s’élever à 1 287 € en 2014, dans les faits les chiffres réels moyens effectivement versées par la caisse vieillesse allemande semblent comparables à ceux versées par la CNAV soit 734 € en Allemagne et 677 € en France. Mais s’ajoute en France la retraite complémentaire mais qui est obligatoire contrairement à l’Allemagne et aux taux de remplacement bien plus bas.  

Aujourd’hui, l’Allemagne est classée, parmi les 34 pays de l’OCDE, au 33ème rang pour son taux de remplacement.

EN BELGIQUE

En Belgique comme en France, le gouvernement a décidé le principe d’une réforme des retraites avec, notamment, le passage du mécanisme actuel en annuités vers un mécanisme en points.

Selon la réforme actuellement en débat, le principe du système à point est que chaque salarié disposerait d’un compte alimenté par des points tout au long de sa carrière.

Si le budget est insuffisant la condition de durée de la carrière pour pouvoir bénéficier d’une pension complète serait durcie.

Pour chaque année pendant laquelle il perçoit le « revenu moyen » de référence, il recevrait un point. Le « revenu moyen » n’est pas celui perçu par le salarié mais par l’ensemble des travailleurs dans chacun des régimes (salariés, fonctionnaires et indépendants).

En cas de déséquilibre budgétaire, économique ou démographique, le système à points allongerait la durée de cotisations car les conditions d’accès à une pension complète serait relevée.

Si l’on sait combien de points chaque salarié accumule, en revanche le montant de la pension est par nature imprévisible dans un système à comptes notionnels.

On ne connaitra la valeur de chaque point accumulé que l’année précédant le départ en retraite.

Concrètement, si vous partez à la retraite quand la conjoncture économique est mauvaise, si vous appartenez à une génération qui compte un nombre de retraitables nombreuses, ou encore si le budget est en déficit, cela pourrait générer un gel de la valeur du point créant ainsi des inégalités importantes.

L’analyse de la FGTB est partagée par les deux autres confédérations syndicales belges la CSC (sensibilité chrétienne) et la CGSLB (de sensibilité libérale). Les trois organisations ont largement diffusé un dossier commun, à la fois technique et politique « les pensions en questions » dans lequel l’analyse, les revendications et les mesures de financements sont portées de manière unitaire.

Extraits du numéro spécial « Retraite » du Peuple de septembre 2018.

Voir aussi :

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Qui écoute les professeurs , demandent les syndicats européens de l’éducation

 » Dans bon nombre de situations, la voix des enseignant(e)s n’est pas représentée au sein des processus décisionnels portant sur l’éducation et la profession enseignante, alors que la qualité de la prise de décision et les engagements en faveur des réformes nécessaires pourraient être fortement renforcés si l’on prenait en compte leurs points de vue et conseils avisés et professionnels, ainsi que ceux de leurs représentant(e)s, pour orienter les décisions politiques ». Ce n’est pas une déclaration du CSE français mais un communiqué du Comité syndical Europe éducation. Le CSEE réunit 132 syndicats de l’enseignement nationaux à tous les échelons de l’éducation de 51 pays européens. Réunis en Grèce les 27 et 28 novembre, 300 délégués ont arrêté des revendications sur l’implication des enseignants dans les décisions et le renfrocement des libertés académiques en Europe.

Le congrès

La décision

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Enseignement à domicile : la particularité française

Est-on plus ou moins permissif en France pour l’éducation à domicile qu’ailleurs en Europe ? A la veille de la loi Blanquer, qui va augmenter  le controle sur l’enseignement à domicile, la question des rapports entre l’Etat et les familles qui enseignent à domicile se pose. Alors que cette forme d’enseignement est en croissance, la Commission européenne fait le point sur l’attitudes des états sur cette pratique.

Impossible dans deux pays

L’enseignement à domicile n’est pas autorisé partout en Europe. Deux pays l’interdisent : la Bosnie et la Macédoine. Dans une dizaine de pays, dont la Suède, il nécessite une autorisation et reste exceptionnel. C’est le cas par exemple de l’Allemagne ou de l’Espagne où il n’est possible que pour les enfants malades. A Chypre l’éducation à domicile est réservée aux enfants handicapés sur autorisation ministérielle. En Suède, l’enseignement à domicile n’est autorisé que pour des raisons de santé ou de voyage. Les parents ne peuvent le demander pour des raisons religieuses ou philosophiques. 

Un enseignement généralement très encadré

Dans 28 pays, dont la France, l’enseignement à domicile est possible à la demande des parents. En général (sauf Pays Bas et Royaume Uni) des règles encadrent ce droit. Dans 18 pays (les pays nordiques par exemple)  il faut une autorisation des autorités scolaires locales. Dans 15 pays il faut au contraire une autorisation des autorités centrales ou régionales. Ainsi en Serbie les parents doivent prévenir des mois à l’avance.

Dans la moitié des états européens il faut avoir un certain niveau de qualification, généralement celui des professeurs, pour enseigner à domicile. C’est le cas par exemple en Espagne ou en Allemagne où déjà les autorisations sont rares. En Italie les parents doivent prouver qu’ils ont le niveau scolaire et la capacité financière pour être autorisés. Au Danemark les parents doivent se débrouiller pour offrir une éducation comparable à celle des écoles. En France il n’y a aucun niveau de qualification requis et il y a les cours du Cned…

Des enfants évalués régulièrement


Dans tous les pays , sauf les Pays Bas et le Royaume  Uni, les progrès des enfants sont évalués. Dans la plupart des pays européens, les enfants passent des examens organisés par les écoles. En Italie il y a un examen par an, en Hongrie deux par an. En Autriche si l’enfant ne réussit pas l’examen annuel il est automatiquement inscrit à l’école. Ce controle existe dans 36 pays européens. En France la nouvelle loi peut contraindre la famille à la scolarisation de l’enfant si une inspection relève de graves lacunes dans l’enseignement à domicile par rapport au socle commun.

La France troisième pays le plus libéral

Finalement la France fait partie, avec les Pays Bas et le Royaume Uni, des pays qui contrôlent le moins l’enseignement à domicile. Les parents peuvent librement en bénéficier sur simple déclaration. Et l’action de l’Etat se limite à une supervision assez lointaine des progrès des enfants (ce qui est la norme des états européens).

On sait que les familles peuvent être inspectées. La future loi Blanquer consacre son article 5 à ce contrôle. Elle stipule que  » les résultats de ce contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l’enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l’enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu… Si les résultats de ce second contrôle sont jugés insuffisants, l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation met en demeure les personnes responsables de l’enfant de l’inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d’enseignement scolaire public ou privé ». La loi prévoit aussi que deux soustractions au controle entraine l’inscription d’office.

Ainsi les familles devraient être inspectées une fois l’an pour vérifier que les enfants reçoivent le socle commun de connaissances. Mais ce n’est pas toujours facile à apprécier. Alors que la loi raffermit le contrôle, le passage de l’obligation d’instruction à trois ans vient perturber cette logique. Comment les inspecteurs feront-ils pour vérifier le respect de l’instruction obligatoire entre 3 et 6 ans ? Mystère…

L’étude européenne

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Avec « SELFIE », l’Europe va évaluer les écoles et établissements scolaires

Alors que JM Blanquer annonce la suppression du Cnesco et son remplacement par une agence d’évaluation des écoles et établissements, la Commission européenne lance « Selfie », son propre outil d’évaluation. Tibor Navracsics, commissaire européen à l’éducation et ancien ministre de Viktor Orban, a présenté ce nouvel outil le 25 octobre à Varsovie. Questionné par le Café pédagogique, il fixe pour 2020 l’objectif d’un million d’élèves évalués grâce à cette application. Les stratégies des écoles et les pratiques des enseignants seront interrogées avec ses algorithmes.

Sur la base du volontariat

 « Les recherches montrent que de nombreuses améliorations peuvent être apportées avec le numérique… Les établissements sont-ils prêts à exploiter au maximum les technologies numériques dans les méthodes d’apprentissages ? », demande la vidéo de présentation de « Selfie », l’application d’évaluation des écoles et établissements de la Commission européenne. 

Disponible dans 24 langues, le questionnaire proposé par Selfie s’effectue « de manière anonyme et au moyen de courtes questions, de déclarations ou encore d’une échelle de like numérotée de 1 à 5 ». Après 30 minutes d’interrogation sur l’établissement, son projet et son rayonnement, Selfie rend son diagnostic et fixe des objectifs. Par exemple, les écoliers pourront répondre s’ils ont accès ou non à internet pour apprendre dans leur établissement. Les collégiens et lycéens sont invités à indiquer dans quelles disciplines ils utilisent les nouvelles technologies.

Côté enseignants, chacun pourra signaler s’il a la possibilité de « participer à des formations continues pour enseigner et apprendre avec les technologies numériques ». Les chefs d’établissements préciseront par exemple si les nouvelles technologies font l’objet de discussions au sein de l’école. « Chaque école peut également ajouter jusqu’à huit questions personnalisées », précise la commission. « Presque toutes les questions de Selfie reçoivent une réponse sur une échelle de 1 à 5, 1 représentant le moins et 5 le plus positif ».

Un plan pour l’éducation numérique

L’application fait partie des onze actions du plan pour l’éducation numérique proposé par l’Europe. « En collectant les points de vue des élèves, des enseignants et des chefs d’établissement, l’application peut jouer un rôle important dans l’adaptation du secteur éducatif en Europe à l’ère numérique. C’est indispensable pour construire des sociétés où les citoyens sont des utilisateurs des nouvelles technologies à la fois critiques et sûrs d’eux-mêmes plutôt que des consommateurs passifs.» déclare Tibor Navracsics, chargé de l’éducation, de la culture, de la jeunesse et du sport et ancien chef de cabinet du président hongrois Viktor Orban.

Trouver les axes d’amélioration des établissements

Stratégie d’apprentissages, infrastructures, pratiques des enseignants et expériences personnelles des apprenants sont autant de points qui intéressent la commission européenne. Cet « outil d’auto-réflexion pour les écoles primaires, secondaires et professionnelles » se veut modulable pour s’adapter aux différentes situations rencontrées, mais c’est bien un programme pour tendre vers une homogénéisation qui est mis en place. « Les rapports Selfie délivrés mettront en évidence les points forts, les points faibles et les domaines susceptibles d’être améliorés ».

Des questions sans réponses


Les mentions légales du site précisent que l’application « est hébergée sur un serveur détenu et géré par la commission européenne ». A noter que les écoles russes, géorgiennes et serbes auront aussi accès au programme.

Plusieurs questions sont encore sans réponses. Quels paramètres sont pris en compte par l’application pour poser le diagnostic ? En quoi le rapport fourni servira-t-il de base de discussion au sein de la communauté scolaire ? Des premiers bilans seront dressés lors de la conférence Selfie prévue à Madrid les 4 et 5 avril 2019.

Enfin, l’acronyme SELFIE, comme le monde éducatif en connait de nombreux, vaut le détour : « Self-reflection on Effective Learning by Fostering the use of Innovative Educational Technologies » ; que l’on peut traduire par « outil d’autoréflexion sur l’apprentissage efficace grâce à la promotion de l’utilisation de technologies éducatives innovantes ». Tout un programme !

Depuis Varsovie,

Julien Cabioch

Fiche d’information Selfie

Site de l’application

Dans le Café

A Paris, l’Europe lance un appel pour éduquer aux valeurs européennes

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La Belgique revoit la formation des profs

Le ministre Claude Marcourt annonce une refonte d’ensemble de la formation des enseignants en Belgique francophone. Elle entrera en application en 2020. Deux principes la guident. Le premier c’est l’élévation du niveau de formation : master pour tous les enseignants qui seront formés en 3 ou 4 ans. Par suite, les métiers sont décloisonnés. Les étudiants sont formés ensemble dans 3 formules : professeurs de maternelle et élémentaire, professeurs du primaire au collège, du collège au lycée. D’un cas à l’autre il y une spécialisation disciplinaire croissante. Les enseignants issus de cette nouvelle formation seront revalorisés.

Dans la presse

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Pour le Snuipp l’OCDE rappelle l’obligation d’investir dans le primaire

« Toutes ces données montrent une nouvelle fois que pour faire réussir tous les élèves et mieux reconnaitre les enseignants dans leur professionnalité, c’est bien un investissement sérieusement réévalué dans l’école qui s’impose », explique le Snuipp en réaction à la publication de Regards sur l’éducation.  « Cela passe par des créations de postes, de la formation initiale et continue pour les personnels, des salaires revalorisés et de la confiance à l’égard de celles et ceux qui font la classe au quotidien ».

Communiqué

Regards sur l’éducation : le DOSSIER

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Ocde : Les salaires enseignants restent en dessous de la moyenne

Les enseignants français toujours dans les plus mal payés des pays développés ? Regards sur l’éducation, une publication annuelle de l’OCDE, confirme mais nuance ce portrait dans sa nouvelle édition publiée le 11 septembre. S le salaire statutaire des enseignants français reste nettement inférieur à celui de leurs collègues étrangers, le salaire effectif est légèrement meilleur dans le secondaire du fait des primes que certains enseignants touchent. Rappelons qu’elles peuvent représenter autant que le salaire statutaire en CPGE par exemple…

Des salaires français inférieurs à la moyenne de l’OCDE…

Comment comparer les niveaux de salaire entre la quarantaine de pays et de systèmes éducatifs recensés par l’OCDE ? Dans Regards sur l’éducation, L’organisation internationale calcule les salaires statutaire et effectif en tenant compte de la parité de pouvoir d’achat, c’est à dire des écarts entre les monnaies nationales et le dollar.

Ainsi, en moyenne, dans l’OCDE le salaire annuel d’un professeur des écoles s’établit à 32 258 $ en début de carrière et 41 884 au bout de 15 ans de service contre 29 516 et 35963 en France. L’écart est donc significatif et défavorable. Il reste négatif au collège : 33 948 en début de carrière contre 31 003 et 46 780 au bout de 15 ans contre 37450. Au lycée l’écart perdure : 34 943 contre 31 003 en début de carrière et 48697 contre 37 450 au bout de 15 ans.

En fait 19 pays sur 37 ont un salaire des enseignants plus élevé que celui versé en France. Ainsi pour un enseignant de collège en début de carrière, le salaire va de 79 551 $ au Luxembourg à 14 267 en république slovaque en passant par 63 555 en Allemagne, 39 707 aux Etats Unis et 30 739 en Italie. En Angleterre les salaires enseignants ont fortement chuté : ils sont à 28 011 au collège en début de carrière.

Mais relevés par les primes dans le second degré

Si l’on regarde le salaire effectif, incluant les primes, on dresse un tableau qui résulte des inégalités entre enseignants. La situation des professeurs des écoles ne s’améliore pas : 37 968 en moyenne contre 41 244 dans l’OCDE. C’est normal il n’y a pas de possibilité de faire des heures supplémentaires dans le premier degré. Au collège et au lycée, les enseignants français sont un peu au dessus de la moyenne OCDE, du moins ceux qui ont des heures supplémentaires : 44 294 au collège contre 43 546 et 49 883 au lycée contre 46 713.

Et si on parlait considération des enseignants ?

Plus compliqué, l’OCDE calcule aussi le coût salarial moyen des enseignants. Celui ci varie selon le niveau des salaires mais aussi selon la durée de l’enseignement et bien sur la taille des classes. On a alors une image de la vraie considération d’une société pour ses enseignants.

Evidemment la France se trouve dans le spays de l’OCDE avec le coût salarial le plus faible. Ainsi un enseignants coute en moyenne par élève 2936 $ dans l’OCDE contre 1827 en France dans le premier degré. Au collège c’est 3604 et 2615 et au lycée 3723 contre 2999. Plusieurs facteurs expliquent cet écart. Non seulement les enseignants français sont moins bien payés mais le temps d’instruction est généralement plus long en France (comprenez : on les fait travailler davantage) et surtout les classes plus chargées.

En effet en France on compte davantage d’heures de cours : 8100 heures pour l’école obligatoire contre 7500 dans l’OCDE et même 7250 pour l’UE. C’est surtout à l’école élémentaire que l’écart est fort : 864 heures ne France contre 793 dans l’OCDE.

Parlons en de la taille des classes. Au primaire en France c’est 23 en moyenne contre 21 dans l’OCDE et au collège 25 contre 23. Cette taille des classes a augmenté en France depuis 2005 ce qui n’est pas le cas de tous les pays… L’OCDE souligne le cas de l’enseignement professionnel où le taux d’encadrement est meilleur en France que dans les autres pays de l’OCDE. Mais c’est aussi en France que l’enseignement professionnel a une recrutement aussi populaire et des élèves aussi souvent fâchés avec l’école…

Des salaires des personnels de direction au dessus de la moyenne OCDE

L’OCDE s’est intéressée aussi au salaire des chefs d’établissement. Les personnels de direction français sont un peu mieux payés que la moyenne OCDE et en cela ils diffèrent des enseignants : 68 517 en moyenne en salaire effectif  dans le 2d degré contre 64 423 eu collège et 68 932 au lycée dans l’OCDE.

Les salaires des personnels de direction français sont nettement supérieurs au salaire qu’ils pourraient obtenir dans le secteur privé (hors éducation) compte tenu de leur niveau de diplôme. L’OCDE avance une moyenne de 1.37 fois le salaire moyen du privé. Il e va différemment pour les enseignants pour qui le salaire est toujours inférieur à celui du privé.

Le cas particulier des directeurs d’école

L’OCDE relève le cas des directeurs d’école. Ceux ci ont un salaire nettement inférieur à celui d’un principal de collège (celui ci gagne 70% de plus). Un directeur d’école français gagne 7% de plus qu’un professeur quand c’est 41% en moyenne dans l’OCDE. Mais cette comparaison n’a pas grand sens. On sait que les directeurs d’école en FRance sont des professeurs des écoles en charge de direction. Ils sont payés sur les mêmes grilles que leurs adjoints (les autres professeurs des écoles). Dans les autres pays c’est un corps de managers à part, souvent sans rapport avec l’enseignement, qui a en charge des structures beaucoup plus importantes. On sait qu’importer ce système ou confier les directions aux principaux des collèges sont des idées avancées par exemple dans un récent rapport parlementaire. Cela s’accompagnerait bien entendu par une énorme direction des postes de directeurs et leur distribution à des managers patentés. Le modèle français , qui n’est pas hiérarchique, a l’avantage de la proximité et de ne pas confondre autorité et grade hiérarchique. C’est cela aussi qui fait tourner les écoles dans la vraie vie.

Une évolution à l’opposé de l’OCDE

Dernière particularité française : depuis 2005 les salaires des enseignants ont augmenté en moyenne de 8% au primaire, 7% en collège et 5% en lycée. La France fait partie, avec la Grèce, l’Angleterre, l’Espagne, le Japon et le Danemark, des exceptions. Chez nous le salaire a diminué. Et ça continue.

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Enseignants : des salaires en dessous des normes européennes

Qui gagne moins que les enseignants français ? Selon l’OCDE, en Europe, seulement les enseignants anglais, polonais et grecs. Les autres pays de l’Europe versent des salaires nettement plus importants à leurs enseignants, y compris par exemple au Portugal. Une situation qui a peut-être à voir avec la crise du recrutement ?

Si l’on se situe au bout de 10 ans d’ancienneté, le décalage est constant entre les salaires des enseignants français  et la moyenne de l’OCDE, celle ci comptant aussi des pays nettement moins développés que la France. Ainsi pour l’école élémentaire le salaire moyen français est de 32 617 $ (calculés en parité de pouvoir d’achat) contre 39 854 en moyenne OCDE. Au niveau du collège on trouvera 35 599 $ en France et 41 807 pour l’OCDE. Au lycée c’est 35 591 et 44 240.

Mais la France a une autre particularité.  » Entre 2000 et 2015, les salaires statutaires des enseignants titulaires des qualifications typiques ont augmenté en valeur réelle dans la plupart des pays dont les données de cette période sont disponibles (sans interruption des séries chronologiques). L’Angleterre (Royaume-Uni), la France et la Grèce font figure d’exception­: le salaire des enseignants y a diminué de respectivement 5­%, 10­% et 16­% », écrit l’OCDE.  Une situation que les accords PPCR devaient modifier. Mais on n’est pas certain de leur application. On est certain par contre du gel du point Fonction publique.

Dernière particularité française, relevée par Regards sur l’éducation, une publication OCDE, celle des conditions de travail en classe. Le nombre d’enseignants par classe est particulièrement faible en France par rapport aux autres pays de l’OCDE. La France se retrouve avec des pays nettement moins développés comme l’Inde ou le Brésil. La France est surtout le pays où le nombre d’élèves par classe a le plus augmenté au niveau collège. Un record dont les enseignants se seraient bien passés.

Sur le site OCDE

Salaire enseignant l’exception française

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Communiqué commun : « Sauvetage des migrants en mer : lettre ouverte à Emmanuel Macron sur le rôle des ONG »

 

Sauvetage des migrants en mer : lettre ouverte à Emmanuel Macron sur le rôle des ONG

Lettre ouverte de plusieurs organisations françaises au président de la République

Monsieur le Président,

Le 26 juin, vous avez notamment déclaré, à propos des ONG qui sauvent en mer des migrants, qu’elles « font le jeu des passeurs ». Nos organisations, et l’ensemble de la communauté des ONG françaises, nos 250.000 militants bénévoles, salariés et volontaires, et les millions de citoyens qui soutiennent nos actions, ont été heurtés par vos propos.

Monsieur le Président, le premier rôle d’une ONG humanitaire est de sauver toute vie lorsque celle-ci est en péril, sans aucune distinction et cela ne peut se négocier. La solidarité ne se divise pas. Elle ne peut sélectionner les personnes auxquelles elle se doit de porter secours. Ou alors, ce n’est plus de la solidarité.

C’est en revanche le rôle des États d’assurer des voies légales et sûres pour la migration et l’accueil des personnes en danger. C’est le rôle de notre pays que de continuer à porter une parole courageuse en faveur des réfugiés. C’est le rôle de notre pays enfin que de porter une voix généreuse et solidaire.

Et nul ne peut faire porter sur les ONG la responsabilité des échecs tragiques de la communauté internationale à rétablir la paix au Moyen Orient ou en Afrique. Nul ne peut faire porter aux ONG la responsabilité de la pauvreté endémique qui continue de miner des territoires entiers en Afrique subsaharienne ou l’accroissement abyssal des inégalités partout dans le monde y compris dans nos territoires. Les ONG ne sont pas responsables du volume scandaleux de l’évasion fiscale qui mine le développement de nombre de pays. Elles ne sont pas plus responsables de l’accroissement du réchauffement climatique qui met sur les routes de l’exil forcé nombre d’hommes et de femmes dont les territoires de vie deviennent proprement invivables.

Monsieur le Président, nos organisations militent et agissent au quotidien et dans des conditions de plus en plus difficiles, pour apporter assistance aux personnes en danger, pour tisser des liens de solidarité et de coopération entre nos territoires et des territoires du monde. Elles portent et appellent sans cesse à la responsabilité collective pour réduire les inégalités et la pauvreté, engager les transitions écologiques et démocratiques nécessaires et investir dans le dialogue entre les peuples. Ces actions permettent le plus souvent de réduire les fractures, d’apaiser les tensions, de faire renaitre l’espoir et de contribuer à la paix au moment où les discours de haine, de peur et de défiance envahissent les relations internationales.

Nous sommes entrés depuis quelques années dans un contexte européen et mondial qui voit, mois après mois, le basculement de pays lointains et bien plus proches vers des régimes de plus en plus autoritaires et liberticides. Dans un nombre croissant de pays, tous les jours des lois sont votées, des directives données pour réduire la liberté de parole de la société civile, pour restreindre le droit d’association, voire pour criminaliser tout engagement associatif. Ainsi le recul des droits humains s’accentue et celui de la capacité à s’en indigner régresse tout autant. Chaque pouce perdu sur ce terrain est un revers pour tout ce qui a fait notre histoire et pour les valeurs qui fondent nos propres institutions.

C’est une lame de fond qui nous alerte au plus haut point, et oblige tous les démocrates convaincus que l’heure désormais doit être à la résistance et à la fermeté sur le terrain des droits humains et de l’aide humanitaire parce que c’est un impératif consubstantiel de ce que sont nos sociétés. La France peut et doit porter cette voix dans le monde, et éviter d’ajouter par des déclarations intempestives, de la confusion à la confusion. Faute de quoi, cette tendance risque également de nous emporter.

Monsieur le Président, nos causes sont justes et attendent de vous un soutien sans ambiguïté, plein et entier.

Paris, le 26 juillet 2017

 

Signataires : Acting for life Bertrand Lebel, directeur ; Action contre la faim Thomas Ribémont, président ; Action contre la faim Véronique Andrieux, directrice générale ; Action santé mondiale Patrick Bertrand, directeur ; Action-Aid France Birthe Pedersen, présidente ; ADTTF Abdoulaye Bah, président ; Agrisud international Yvonnick Huet, directeur ; Agronomes et vétérinaires sans frontières – AVSF Frédéric Apollin, directeur ; Aide et action France-Europe Charles-Emmanuel Ballanger, directeur ; Aides Aurélien Beaucamp, président ; ASAH Yves Knipper, directeur ; Asmae-association sœur Emmanuelle Alain Barrau, président ; Asti Christian Bulot, bénévole ; Avocats sans frontières France Vincent Fillola, co-président ; C4D Sophie Nick, directrice ; Care France Philippe Lévêque, directeur ; cartONG Charlotte Pierrat, présidente ; CCFD-Terre Solidaire Benoît Faucheux, délégué général ; Ciedel Catherine Delhaye, directrice ; CNAJEP François Mandil, président ; Collectif des associations citoyennes (CAC) Jean Claude Boual, président ; Comede Didier Fassin, président ; Comité d’accueil 72 Amélie Polachowska, membre ; Comité français pour la solidarité internationale Yves Le Bars, président ; Commerce équitable France Julie Stoll, déléguée générale ; Coordination humanitaire et développement Xavier Boutin et Thierry Mauricet, co-présidents ; Coordination SUD Philippe Jahshan, président ; CRID Emmanuel Poilane, président ; ECPAT France Emilie Vallat, directrice ; Electriciens sans frontières Hervé Gouyet, président ; Entraide médicale internationale, EMI Alain Roussel, président délégué ; Etudiants et développement Vincent Pradier, délégué général ; Fédération artisans du monde Anne Chassaing et Daniel Beauchêne, coprésident-e-s ; Fondation Danielle Mitterrand France libertés Emmanuel Poilane, directeur général ; Fondation GoodPlanet Henri Landes, directeur général ; Forim Thierno Camara, président ; Frères des Hommes Bernard Cabut, membre du Conseil d’administration ; Frères des Hommes Luc Michelon, président ; GERES (Groupe Energie Renouvelable environnement et solidarité) Laurence Tommasino, déléguée générale ; Gevalor Jean-Michel Royer, président ; Grandir dignement Hélène Muller, directrice ; GREF Agnès Riffonneau, présidente ; Gret – Professionnels du développement solidaire Olivier Bruyeron, directeur ; Groupe initiatives Pierre Jacquemot, président ; Habitat-cité Annabella Orange, directrice ; Handicap international/humanité et inclusion Manuel Patrouillard, directeur général ; IECD Tobias Hartig, directeur ; Ingénieurs sans frontières Sébastien Gondron, président ; La Chaîne de l’espoir Jean-Roch Serra, directeur général ; Ligue des droits de l’Homme Malik Salemkour, président ; Maison des citoyens du monde de Loire-Atlantique Jean-Clair Michel, président ; Medair France Annick Balocco, directrice ; Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples – Mrap Jean-François Quantin, co-président ; Oxfam France Cécile Duflot, directrice ; Partage Nicolas Lenssens, directeur général ; Peuples solidaires – Action aid (groupe Le mans-la Suze) Patrick Brossard, président ; Plateforme d’associations franco-haitïennes Jimitry Annexile, chargé de missions ; Première urgence internationale Thierry Mauricet, directeur général ; Ritimo Danielle Moreau, co-présidente ; Secours islamique France Rachid Lahlou, président ; Sherpa Sandra Cossart, directrice ; Sidaction Florence Thune, directrice générale ; Solidarité laïque Roland Biache, délégué général ; Solidarités international Alexandre Giraud, directeur général ; SOLTHIS Louis Pizarro, directeur général ; SOS Villages d’enfants Isabelle Moret, directrice générale ; SOS Villages d’enfants France Gilles Paillard, directeur général ; Vision du monde Camille des Boscs, directrice générale.

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[LDH] Communiqué de presse – Collectif Romeurope


Communiqué de presse

Nantes, le 28 juillet 2018

Eté 2018 : la valse des expulsions reprend.

Hier matin, le bidonville de la prairie des Mauves a été vidé de ses 
caravanes, déplacées sur le bord de la route, les autres biens, 
précieux en cette période de canicule, ont été détruits (frigidaires 
avec nourriture, auvents pour préserver du soleil...).

Un grand nombre d'adultes, en contrat de travail, n'ont pu aller au 
travail et ont maintenant a choisir entre mettre leurs familles a l'abri 
ou préserver leur emploi.

Les expulsions sans solutions continuent, depuis plus de 10 ans 
maintenant. Elles touchent les familles, sans aide ou presque, qui 
s'insèrent peu à peu, et ces expulsions anéantissent tous leurs efforts 
concernant la scolarité, la santé et le travail.

Le Collectif Romeurope de l'agglomération nantaise se réjouit du projet 
de la Maîtrise d'œuvre Urbaine et Sociale en cours, mais constate 
qu'elle ne concernera pour la première année qu'un petit nombre de 
familles et laisse les autres à la merci d'expulsions et de destructions 
de leurs lieux de vie, si précaires pourtant, de façon répétées, sans 
aucune considération pour leur parcours.


Collectif Romeurope de l’agglomération nantaise.

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Leçon belge : 30 ans sans entendre les professeurs

« Réduire systématiquement les résistances au changement à des croyances irrationnelles ou à une forme de conservatisme est, à nos yeux, improductif et tend à occulter le fait que la manière dont les politiques publiques sont pensées et conduites fait aussi partie du problème ». Dans une remarquable synthèse sur les « 30 ans de réformes inabouties » de l’école belge, Hugues Drealants et Vincent Dupriez se livrent à une analyse décapante des échecs des réformes éducatives.

L’échec des réformes belges

La bonne volonté, les bonnes idées, mêmes fondées scientifiquement, ne suffisent pas pour améliorer l’Ecole. Cette idée A.S. Bryk l’a développée. Et Hugues Drealants et Vincent Dupriez la mettent en pratique dans un nouveau numéro de Sociétés en changement (n°4 2018), une revue de l’université catholique de Louvain.

Les auteurs montrent comment dans les années 1980, la communauté francophone de Belgique a fait d’un ensemble d’écoles émietté un système éducatif en lui fixant comme objectif la réduction des inégalités. Objectif non atteint si on en croit Pisa :l’écart en lecture entre les 25% d’élèves les moins favorisés et les plus favorisés a augmenté entre 2000 et 2009.

Une question de valeurs ?

Ils font donc le constat de la faible efficacité des réformes et proposent trois explications. La première c’est « le peu d’explicitation du sens des réformes ». Les valeurs qui les portent, et qui peuvent mobiliser les enseignants, sont « insuffisamment affirmées ». Le deuxième facteur est plus propre à la Belgique il s’agit du caractère hybride des modes de régulation de l’école.

L’échec du pilotage par les preuves

On se retrouvera bien davantage dans la troisième explication.  » Persuadés d’être détenteurs de la vérité scientifique et animés par le souci du bien commun, les promoteurs des réformes perçoivent les résistants soit comme étant dans l’erreur soit comme des adversaires politiques. Dans le premier cas, leurs discours sont considérés comme pures croyances et ne présentent donc pas de valeur en soi. Ces croyances ne seront étudiées qu’à seule fin de les transformer. Dans le second cas, écouter leur parole n’a tout simplement aucun sens, puisqu’elle est soupçonnée dissimuler des intérêts de classe. Leurs discours ne seront alors analysés qu’en vue de dévoiler et de dénoncer ce qu’ils cachent », écrivent ils.

« Réduire systématiquement les résistances au changement à des croyances irrationnelles ou à une forme de conservatisme est, à nos yeux, improductif et tend à occulter le fait que la manière dont les politiques publiques sont pensées et conduites fait aussi partie du problème. Les résistances au changement, qui sont indéniables ne sont pas inéluctables et méritent d’être prises au sérieux et étudiées pour elles-mêmes ».

Prendre en compte les communautés enseignantes

Pour eux il faut que les réformes aillent plus loin.  » La légitimation d’une réforme éducative ne peut se résumer à avancer des idées valides scientifiquement et moralement ; elle requiert une réflexion pragmatique sur le fonctionnement réel du système éducatif, sur les difficultés et contraintes professionnelles, organisationnelles et plus largement sociales dans lesquelles sont plongés les acteurs scolaires au quotidien ». Ecouter et entendre les acteurs apparait donc indispensable au mécanisme de la réforme.

Une réflexion qui rejoint celle d’A.S. Bryk. Celui ci écrit :  » Ces observations suggèrent que nous accordions plus d’attention aux tâches que les enseignants accomplissent et aux environnements organisationnels qui façonnent la manière dont ce travail est mené. Plutôt que de laisser croire que la voie vers l’amélioration des résultats consiste à ajouter continuellement de nouveaux programmes (de fait « plus de pièces »), cette perspective nous encourage à nous concentrer d’abord sur l’amélioration de notre compréhension des systèmes de travail qui créent des résultats insatisfaisants. Car c’est dans cette capacité à voir le système que les progrès significatifs peuvent s’établir ».

Des analyses qui mettent en évidence l’aveuglement des partisans de réformes basées sur les preuves (evidence based). Partout celles ci échouent faite d’avoir compris que l’école n’est pas un laboratoire mais une machine sociale. Un rappel qui, vu de Paris, n’est inutile…

30 ans de réformes inabouties

Bryk : Comment améliorer l’Ecole ?

Draelants sur le redoublement

Dupriez : l’échec de la réforme belge

Dupriez : réforme et pouvoir enseignant

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Les syndicats européens font campagne pour les salaires

« Dans la vaste majorité des pays européens, bon nombre de travailleur·euse·s du secteur public, notamment du secteur de l’éducation, ont été directement touchés par une réduction, voire un gel, de leur salaire imposés par les gouvernements. Par ailleurs, le gel des recrutements et les réductions d’effectifs laissent les éducateur·trice·s et les enseignant·e·s face à une surcharge de travail et face à la lourde tâche de fournir une éducation de qualité tandis que les exigences sociétales augmentent ». Le Comité syndical européen de l’éducation, qui fédère 132 syndicats de l’enseignement et 11 millions d’enseignants, lance une campagne pour la hausse des salaires. Notamment avec cette vidéo.

 

La vidéo

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une bonne nouvelle ….L’Irlande rompt catégoriquement avec des siècles de prohibition de l’avortement, Le Monde

Rurale ou urbaine, masculine ou féminine, jeune ou âgée : l’Irlande tout entière a plébiscité le droit à l’avortement, vendredi 25 mai, lors d’un référendum historique qui rompt avec des siècles de prohibition et confirme spectaculairement la perte d’influence de l’Eglise catholique.

Plus des deux tiers des 3,3 millions d’électeurs – soit 68 %, selon un sondage effectué pour le quotidien The Irish Times à la sortie des urnes, et même 69,4 % pour la radio-télévision publique RTE – ont voté en faveur de l’abrogation du 8e amendement de la Constitution, qui prohibe, de fait, tout avortement, en protégeant « l’enfant à naître » au nom de son droit à la vie « égal à celui de la mère ».

Un résultat sans appel

« Il semble que nous écrivions une page historique », a tweeté le premier ministre de centre droit Leo Varadkar. « Je m’endors ce soir avec l’espoir de me réveiller dans un pays plus généreux, plus attentionné et plus respectueux », a déclaré, pour sa part, le ministre de la santé, Simon Harris, voix marquante de la campagne du « yes ». Le résultat définitif du référendum devrait être proclamé officiellement samedi après-midi.

L’avortement, passible de la prison à vie entre 1861 et 2013, et de quatorze ans de détention depuis, va ainsi être légalisé en Irlande. L’ample victoire du « oui » propulse l’Irlande, dont la législation est l’une des plus restrictives et répressives d’Europe en matière d’avortement, dans le droit commun de l’Union européenne (UE). Les quelque 5 000 Irlandaises qui, chaque année, sont contraintes, pour avorter, de se rendre au Royaume-Uni à leurs frais, ou de commander sur Internet des pilules abortives à leurs risques et périls, pourront bénéficier d’un accueil médical dans leur pays dès que la loi, promise par le gouvernement Varadkar, aura été approuvée.

Le projet de loi publié avant le référendum prévoit que l’IVG pourra être pratiquée sans justification pendant les douze premières semaines de grossesse ; jusqu’à vingt-quatre semaines en cas de risque grave pour la santé de la mère ; et ensuite seulement en cas d’anomalie fœtale.

La levée d’un vieux tabou

Les campagnes (60 %) ont approuvé la libéralisation de l’IVG, presque autant que les villes (71 %), les hommes (65 %) presque autant que les femmes (70 %), les jeunes (87 % des moins de 25 ans) nettement plus que leurs aînés (63 % des 50-64 ans).

« Derrière presque chaque porte à laquelle nous frappions, il y avait une histoire d’avortement, parfois très ancienne, qui n’avait pas pu être racontée jusqu’à présent »,témoignait, vendredi soir, une militante du « oui ».

Comme lors du référendum de 2015 sur le mariage homosexuel, qui avait donné lieu à de multiples coming out publics et à des manifestations de solidarité, la campagne pour le droit à l’IVG a été marquée par de nombreuses confessions et par la levée d’un vieux tabou.

Avant le vote, prédit comme serré, l’éventualité d’une victoire du non mettait la larme à l’œil de bien des femmes militant pour leur liberté. Trop de drames vécus dans la honte et la solitude, trop de situations aberrantes comme ces grossesses pathologiques ou résultant d’un viol poursuivies coûte que coûte, ces femmes dissuadées de « voyager » en Grande-Bretagne.

L’Eglise s’est montrée discrète durant la campagne

En 1995, les Irlandais n’avaient approuvé la légalisation du divorce que par 50,3 % des voix ; en 2015, ils ont dit « oui » au mariage homosexuel par 62,07 % et ils viennent donc de légaliser l’avortement par 68 %. Une progression qui reflète la disparition de l’ascendant moral de l’Eglise catholique, qui a longtemps servi d’armature à l’Etat, après les guerres civiles des années 1920, qui ont libéré l’Irlande de la tutelle britannique.

En 1983, le clergé, encore tout-puissant et craignant une jurisprudence libérale de la Cour suprême, avait réussi à faire voter à 66,9 % le 8e amendement à la Constitution qui interdisait l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, même si le fœtus souffrait de malformation. Cadenassée dans la loi suprême, la prohibition devenait impossible à annuler par la loi.

Mais depuis lors, les scandales n’ont cessé d’éclabousser l’Eglise : pédophilie de prêtres, révélation sur la vente des bébés de filles-mères exploitées dans des blanchisseries (Magdalen Laundries) par des religieuses dans les années 1950, découverte d’un charnier d’enfants au couvent de Tuam en 2014… Difficile de considérer le clergé catholique comme défenseur des femmes et des enfants.

Certes, 87 % des Irlandais se disent encore catholiques, et la radio publique sonne l’angélus, mais les messes sont moins fréquentées et les couvents ne recrutent plus. L’Eglise avait d’ailleurs préféré se montrer discrète pendant la campagne du référendum. Vendredi, des électeurs ont protesté contre la présence d’une Bible dans certains bureaux de vote. La loi électorale le prévoit, en effet, pour permettre aux électeurs de jurer de leur état civil s’ils ne sont pas en mesure de produire un document d’identité.

Un triomphe pour le premier ministre

La victoire impressionnante du oui résulte d’une subtile campagne de la société civile lancée après le scandale provoqué en 2012 par la mort en couches, à l’hôpital de Galway, de Savita Halappanavar, 31 ans, d’une septicémie fulgurante après s’être vu refuser une IVG en dépit d’une rupture précoce de la membrane.

Intense lobbying des responsables politiques, sensibilisation de l’opinion à travers des témoignages publics, « ce référendum n’est pas tombé du ciel. Il a été patiemment et stratégiquement préparé depuis des années », confiait, avant le vote, Ailbhe Smyth, figure de proue de la campagne du « oui ».

Une première victoire inattendue est survenue en avril 2017, lorsqu’une assemblée citoyenne présidée par une juge de la Cour suprême a recommandé cette réforme libérale, sans restriction, jusqu’à douze semaines. Des milliers de témoignages, notamment de ceux relatant la popularisation de la pilule abortive, ont montré que le statu quo était impossible. Le principe d’un référendum était acquis. Il faudra le feu vert d’une commission parlementaire et des sondages favorables pour que le premier ministre, d’abord réticent, annonce qu’il fera campagne pour le « oui ».

Le résultat du vote de vendredi apparaît comme un triomphe pour M. Varadkar. Il pourrait l’inciter à pousser son avantage dans deux directions : en provoquant des élections législatives anticipées et, avec le soutien des Vingt-Sept, en haussant le ton à l’égard du Royaume-Uni pour éviter que le Brexit, catastrophe potentielle pour l’Irlande, ne se traduise par le retour de la frontière avec l’Irlande du Nord.

Les 25 et 26 août, le premier ministre irlandais accueillera le pape François, qui vient à Dublin pour clôturer la Rencontre mondiale des familles.

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Au Parlement européen, Emmanuel Macron n’a pas du tout apprécié le cadeau de cet eurodéputé belge

Le président de la République a sèchement répondu à cet élu écologiste.

EUROPE – La politique française s’est largement invitée à l’intérieur du Parlement de Strasbourg où Emmanuel Macron s’est adressé ce mardi 17 avril aux eurodéputés. A l’issue du discours d’une vingtaine de minutes du président de la République, chaque groupe avait la parole pour lui répondre.

C’est à cette occasion que l’élu écologiste belge Philippe Lamberts a largement critiqué ce que le gouvernement d’Edouard Philippe fait en France depuis bientôt un an. Le porte-parole des eurodéputés écolos a adressé quelques bons points, comme l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais c’était pour mieux dénoncer l’action des forces de l’ordre qui « écrasent dans la violence les projets de celles et ceux qui inventent depuis des années une autre manière de vivre ».

Il a dénoncé la loi asile, « ses procédures expéditives, recours non-suspensifs, détentions administratives » mais il a surtout critiqué la politique économique menée, reprenant l’une des expressions favorites du chef de l’Etat: « les premiers de cordée ». « Dans nos sociétés, cette corde n’existe plus: les riches s’enrichissent, les classes moyennes stagnent et se précarisent tandis que les plus fragiles sont abandonnés à leur sort », a-t-il lancé, concluant son propos en offrant une corde à Emmanuel Macron, comme le montre la vidéo en tête d’article.

Ce dernier lui a ensuite répondu de manière virulente. « Vous pouvez tenir des propos d’estrade car vous avez le confort de ce salon. Au nom du respect que j’ai pour ce Parlement, je ne peux vous laisser dire des bêtises et contre-vérités », a balayé le chef de l’Etat.

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Catalogne : communiqué unitaire de 6 organisations de Loire-Atlantique

Communiqué Catalogne 

De nouvelles arrestations d’élu-e-s de la Catalogne viennent d’avoir lieu. Par ailleurs, Carlos Puigdemont a été arrêté en Allemagne et risque d’être extradé, ce qui montre la complicité des gouvernements européens avec celui de l’Espagne. Le gouvernement de Madrid, en accentuant la répression, remet en cause le vote des électeurs et électrices de Catalogne, qui ont confirmé en décembre leur choix en faveur des partis indépendantistes.

Nous exigeons la libération des prisonniers politiques catalans, la non extradition de Carlos Puigdemont.

Nous appelons toutes les organisations qui se réclament de la démocratie à protester contre ce qui constitue une grave atteinte aux droits démocratiques.

Nous soutenons la mobilisation du peuple de Catalogne contre la répression. 

Signataires :

Casal Catala – Conseil Démocratique Kurde de l’Ouest – Breizhistance – Ensemble ! – NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) – POID (Parti Ouvrier Indépendant et Démocratique)

Nantes, le 27 mars 2018

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Pour l’OCDE, il faut améliorer le bien-être des enseignants

Si même eux le disent…

« Le réussite éducative ne repose plus sur la restitution des connaissance mais sur la capacité à extrapoler et à appliquer les connaissances de façon créative dans de nouvelles situations en reliant différents champs de connaissances… Cela nécessite de nouvelles façons d’enseigner et d’apprendre et un nouveau type d’enseignants ». Dans un nouvel ouvrage publié par l’OCDE, Valuing our Teachers and Raising their Status, Andreas Schleicher, directeur de l’éducation de l’OCDE, tire toutes les conséquences de cette évolution. Il met en évidence le lien entre le constructivisme et le niveau des élèves. Il montre aussi l’intérêt qu’ont les autorités à veiller au bien être des enseignants. Car là où il est faible, le niveau l’est aussi…

Une nouvelle conception du métier d’enseignant

« La classe traditionnelle qui a existé pendant des générations repose sur une introduction dirigée par l’enseignant caractérisée par des leçons, ou un cours dialogué ». Cette classe là, pour A Schleicher, vit ses derniers instants. Parce que le niveau d’exigences s’est élevé et qu’on attend des élèves davantage capables d’autonomie et de traiter des tâches complexes.

Pour pouvoir asseoir cette nouvelle pédagogie, le métier d’enseignant doit évoluer  aussi bien dans ses relations avec la communauté éducative que dans les pratiques pédagogiques. Pour A Schleicher il y a déjà un lien entre le niveau des élèves, tel qu’il est évalué dans Pisa, et les conceptions pédagogiques des enseignants. « Depuis des décades les éducateurs ont encouragé à donner aux élèves plus de controle sur l’organisation du cours, son rythme. Ces stratégies orientées vers l’élève trouvent de plus en plus de place dans les salles de classe ».

Quelles pratiques pédagogiques…

C’est ce qu’il va montrer en se basant sur les résultats en maths de Pisa. Il dresse d’abord une typologie des méthodes pédagogiques dans les pays de l’OCDE selon que l’enseignement est centré sur le maitre ou l’élève et aussi selon qu’il repose sur la mémorisation ou la construction du savoir par l’élève. Les résultats sont intéressants parce que le graphique montre le lien entre la mémorisation et l’enseignement centré sur le professeur et inversement. La France apparait à cet égard bien extrême avec un taux très fort d’enseignement tourné vers le professeur et de mémorisation.

Pour quels résultats ?

Coté niveau des élèves, les résultats sont à nuancer. « Quand les professeurs dirigent les élèves, il sont plus à même de réussir des problèmes de maths simples. Quand le problème devient difficile, les élèves enseignés dans un système centré sur l’enseignant perdent cet avantage », dit A Schleicher. La conclusion qu’il en tire c’est qu’il ne fait aps se reposer sur un style d’enseignement mais qu’il faut en utiliser plusieurs.

L’opposition est plus nette entre les démarches où les élèves mémorisent des résultats et celles où ils élaborent les résultats. La mémorisation est liée à l’anxiété des élèves. Elle aide à résoudre des problèmes de routine. « Si la mémorisation marche pour résoudre des problèmes simples cela ne va plus loin », note A Schleicher.  Plus le niveau des élèves d’un pays est élevé moins l’enseignement repose sur la mémorisation, montre PIsa.

Mais au delà, quelles méthodes pédagogiques employer pour réussir en maths ? L’ouvrage donne de nombreux exemples de « bonnes pratiques » dans des établissements. Il cite par exemple un établissement de Linz où l’enseignement est donné par deux professeurs dans la classe qui se partagent le travail l’un d’eux encadrant des groupes d’élèves. Dans uen école israélienne les enseignants ont changé le temps de l’heure de cours pour l’allonger de façon à aller plus au fond des questions mais ils traitent moins de sujets et la semaine est raccourcie. Dans uen école anglaise un jour par semaine es réservé à une recherche menée par les élèves. Les enseignants donnent le défi du jour et les élèves doivent rassembler les informations pour trouver al solution. Exemples de problèmes : jeter un oeuf le plus haut possible et ne pas le casser, ou apporter une solution à un risque naturel.

Enseigner de façon collaborative

Tous ces exemples reposent sur des pratiques collaboratives du métier. Pour A Schleicher, « trouver l’approche pédagogique qui marche  le mieux dans un contexte précis  perdn du temps, nécessite de la recherche et une pratique collective où les bonnes idées irriguent la profession.  Réussir cela c’est passer d’une organisation de type industriel  à une organisation du travail vraiment professionnelle. C’est ce qu’on doit attendre du 21ème siècle en éducation ». Un graphique montre non seulement que la France est mal placée pour le travail collaboratif des enseignants mais aussi que les pays qui ont les meilleurs résultats dans Pisa sont ceux qui ont des pratiques collaboratives ( Japon en tête, Corée, Singapour, Hong Kong etc.). L’ouvrage donne d’ailleurs en exemple les réseaux d’enseignants au Japon où ont lieur régulièrement des séminaires de pratiques de classes.


Pour A Schleiecher, pour améliorer les pratiques pédagogiques dans le futur, il faut passer de l’enseignant isolé au travail collaboratif, de l’emploi du temps traditionnel à des périodes plus longue set plus flexibles pour approfondir l’enseignement, de l’enseignement traditionnel à  des projets et des problèmes.

Quel lien entre la considération reconnue aux enseignants et les résultats ?

Tout cela nécessite aussi que le métier d’enseignant soit reconsidéré. « Pour que l’enseignement soit plus efficaces, les enseignants doivent avoir un haut niveau de bien-être, de sentiment d’efficacité et de confiance… On demande de plus en plus aux enseignants . On attend d’eux une connaissance approfondie de ce qu’ils enseignent.. et on attend d’eux d’autres tâches comme développer les compétences non cognitives des élèves, répondre aux différences des élèves  et travailler collaborativement avec les autres enseignants et les parents. Dans ce contexte ce n’est aps une surprise que le stress et le bien-être des enseignants soient devenus des sujets prioritaires… Pisa montre que les systèmes éducatifs les plus efficaces sont ceux où la société accorde une grande valeur aux enseignants… Ce n’est aps seulement que les enseignants doivent se sentir bien. Le sentiment d’efficacité des enseignants est lié à la motivation des èleves, à leur résultat.

Et là on a en France du souci à se faire car les enseignants français sont ceux, avec la République slovaque, qui se sentent les moins valorisés dans la société.

Cela alors même que l’OCDE établit le lien entre cette valorisation et la part de très bons élèves en maths.

On laisse nos décideurs en tirer les conclusions qui s’imposent. Ou pas.

Valuing our teachers

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En Espagne, les femmes font grève pour « arrêter le monde »

Malgré des progrès considérables en vingt ans, les femmes espagnoles sont toujours payées près de 15 % de moins que leurs confrères masculins.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Sandrine Morel (Madrid, correspondance)

C’est déjà une victoire. Depuis que les mouvements sociaux et syndicaux ont appelé à la première « grève féministe » d’Espagne, jeudi 8 mars, la défense des droits des femmes fait la « une » de la presse, nourrit les débats politiques, s’est imposée dans l’activité législative.

Le parti de la gauche radicale Podemos a soumis, le 20 février, une proposition de loi sur l’égalité des revenus des femmes et des hommes et le Parti socialiste en a proposé une autre, le 7 mars, sur « l’égalité de traitement et de chances ». Plus symbolique, le parti libéral Ciudadanos, pourtant opposé à la grève qu’il juge « trop politisée », a annoncé le 7 mars la création d’un groupe de travail au Parlement catalan pour lutter contre « la fracture salariale, la co-responsabilité et la précarité dont souffrent les femmes ».

De son côté, le Parti populaire a dû rectifier sa position, après la polémique suscitée par plusieurs élues qui ont proposé de faire une « grève à la japonaise, en travaillant encore plus », en se disant « respectueux » des grévistes. Le PP a rappelé qu’il existe une loi qui interdit qu’un homme soit mieux payé qu’une femme à travail égal et qu’il a augmenté le congé paternité de treize jours à quatre semaines en 2017.

Mieux que la moyenne européenne

La situation de l’Espagne en matière des droits des femmes a progressé considérablement en vingt ans. La fracture salariale s’est réduite de 33 % depuis 2002, selon la Fondation des études d’économie appliquée (Fedea). Mais, selon les derniers chiffres d’Eurostat, à travail égal, elle se situe encore à 14,9 % (inférieure aux 16,3 % de la moyenne européenne).

Les mesures prises pour dénoncer les violences faites aux femmes et accompagner les victimes portent aussi leurs fruits, avec une baisse sensible du nombre de femmes décédées des mains de leur (ex-) compagnon. Les syndicats rappellent par ailleurs que les femmes occupent 62 % des CDD et 74 % des emplois à temps partiel, et que leur salaire moyen est inférieur de 23 % à celui des hommes.

« Il reste encore beaucoup à faire : les femmes ont les retraites les plus faibles, les emplois les plus précaires, elles réalisent encore l’essentiel des travaux domestiques, sont trop souvent questionnées quand elles posent plainte pour viol, et près de 1 000 ont été assassinées en quatorze ans », énumère Ruth Caravantes, porte-parole de la commission 8M, qui regroupent différents mouvements féministes, et a publié le manifeste d’appel à la grève qui propose de « stopper le monde » pour exiger « l’égalité des droits et des conditions de vie ».

Grève soutenue

Alors que l’Espagne a peu réagi au mouvement #metoo et n’a pas connu de mouvement similaire au #balancetonporc français, 82 % des Espagnols estiment que la grève est justifiée, selon un sondage paru dans le quotidien El Pais le 6 mars. « Le mouvement #metoo est le produit de nombreuses années de féminisme, tout comme cette grève », estime Mme Caravantes, pour qui « il ne suffit pas qu’il y ait de nouvelles lois, il faut transformer la société et cette grève est notre manière d’interpeller pour cela notre voisin, notre collègue, notre chef ou le gouvernement… La balle est à présent dans le camp de la société… »

Les syndicats minoritaires CNT et CGT, ainsi que le parti néocommuniste de la Gauche unie (IU) et Podemos soutiennent la grève de 24 heures convoquée par la commission 8M. Une grève à la fois des travailleurs, des étudiants, des soins (des enfants ou des personnes dépendantes) et de la consommation, dont le positionnement ouvertement anticapitaliste ne fait toutefois pas l’unanimité. Les syndicats majoritaires Commissions ouvrières (CCOO) et Union générale des travailleurs (UGT), soutenus par le PSOE, appellent quant à eux à des arrêts de travail de deux heures.

« Nous avons besoin de mesures du gouvernement et du patronat pour lutter de manière effective contre les inégalités salariales et professionnelles, faciliter la conciliation entre vie familiale et professionnelle ou valoriser le travail à la maison…, explique Lola Santillana, responsable de l’emploi et la qualification professionnelle pour les CCOO. Il faut que le gouvernement investisse dans des plans d’action et que des mesures coercitives avec sanction soient prises contre les entreprises qui ne respectent par l’égalité des travailleurs. »

Les médias responsables

En marge des partis et des syndicats, de nombreuses femmes se sont organisées avec leurs propres mots d’ordres. Artistes, scientifiques, universitaires ou journalistes, elles se sont unies au mouvement de grève. « Je pense qu’au fond, nous en avions marre de nous retenir de nous plaindre », résume Eva Belmonte, journaliste et porte-parole du mouvement L’arrêt des journalistes, dont le manifeste a été signé par plus de 7 000 femmes de la profession. « Nous avons les mêmes problèmes que le reste des femmes : les différences de salaire, l’accès restreint aux postes de direction, le harcèlement professionnel, la précarité, et nous en avons un autre, qui est la présence et la représentation des femmes dans les médias. Trop souvent, les médias culpabilisent les victimes d’agression sexuelle, trop peu de tribunes d’opinion sont confiées à des femmes, trop peu de places leur sont données dans les débats politiques. Notre mobilisation est une manière d’attirer l’attention des directeurs de médias sur ce problème. »

Près d’une centaine de rassemblements sont organisés dans la capitale espagnole, dont une grande manifestation à 19 heures. Tout comme à Barcelone et des dizaines de villes espagnoles. « La grève sera un succès si le 9, on continue d’en parler… », conclut Mme Santillana.

En Espagne, par exemple, une grève générale des femmes, sans précédent dans le pays, s’est traduite par des piquets de grève devant des grands magasins, par des perturbations dans les transports et par l’absence des présentatrices-vedettes dans les médias. Selon le syndicat UGT et la confédération syndicale CCOO, qui avaient appelé à un arrêt de travail de deux heures, celui-ci a été observé par 5,3 millions de personnes.

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Angleterre : le gouvernement envoie l’armée pour restaurer la discipline dans les écoles

Toujours plus bas dans la connerie…ça sent la bonne idée à venir en France…

Damian Hinds, secrétaire à l’éducation, et son collègue de la Défense ont annoncé un programme de soutien aux anciens militaires qui voudront devenir enseignants. A partir de septembre ils bénéficieront d’une bourse de 45 000 euros. « Nos vétérans ont un monde d’expérience et expertise qu’ils peuvent partager dans la salle de classe, enseignant aux élèves les compétences dont ils ont besoin pour réussir comme le leadership et l’autodiscipline »,a  notamment déclaré, selon le Daily Mail. , le ministre de l’éducation. Ces bourses ne seront offertes que dans les disciplines en pénurie d’enseignants : maths, langues, SVT, physique chimie, informatique.

 

Dans le Daily Mail

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L’Angleterre abaisse les critères de recrutement des enseignants

Pour faire face à la crise du recrutement, le ministre de l’éducation a décidé que les candidats ayant échoué aux tests d’entrée dans la formation d’enseignant pourront les repasser librement. Précédemment un second échec aux tests écartait le candidat pour deux ans. Ce changement s’explique par la chute du nombre de candidats (-29% cette année). Le ministre promet que le niveau de recrutement sera maintenu . Cette décision scelle une évolution constatée dans tous les pays qui appliquent le New Public Management. L’élévation des conditions de recrutement et la hausse des exigences réduit le recrutement au point qu’il faille faire un appel massif aux contractuels. Le résultat final de cette politique c’est l’abaissement du niveau de recrutement des enseignants particulièrement dans les établissements populaires.

 

Communiqué

Angleterre , Suède, Pays Bas : l’échec du New Public Management

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Communiqué commun de plusieurs associations, dont la LDH : « Pour une démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement »

Pour une démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement

Communiqué commun de plusieurs associations, dont la LDH

Depuis plusieurs mois et dans différents pays européens, des organisations de la société civile, des syndicats, des organisations d’agriculteurs, des entrepreneurs, des consommateurs et des élus locaux ont multiplié les appels en faveur d’une démocratisation de la politique commerciale. Ils demandent une refonte complète du processus de négociation et de décision pour les accords de commerce et d’investissement en cours de négociation et à venir.

La portée croissante des nouveaux accords de commerce réduit les marges de manœuvre politiques des États et impose de nouvelles règles de discipline qui s’appliquent à l’élaboration de l’ensemble des politiques publiques.

Le Ceta et le Tafta ont illustré à quel point les négociations commerciales et les processus de ratification des accords souffrent d’un cruel déficit de transparence et de contrôle démocratique et font la part belle aux intérêts des plus grandes entreprises. Dès le début des négociations, les lobbyistes du secteur privé ont été intensivement consultés tandis que les représentants de groupes d’intérêt général, les parlementaires, les collectivités locales et les citoyens ont été tenus à l’écart. Cette opacité et ce manque de participation démocratique ont fortement alimenté les controverses autour de la ratification du Ceta.

Cette expérience invite à revisiter en profondeur les procédures actuelles de négociation des accords de commerce et d’investissement. Seul un processus transparent et démocratique depuis le lancement des négociations, à la fois aux niveaux national et européen, peut garantir que les accords commerciaux bénéficieront au plus grand nombre et recevront par conséquent un large soutien.

L’objectif est de démocratiser le processus d’élaboration de la politique commerciale européenne en impliquant le Parlement européen, les parlements nationaux, la société civile et en encourageant le débat public, dans la transparence.

Ces questions ne sont pas seulement techniques mais aussi politiques. Les propositions récentes de la Commission européenne, qui visent à exclure le volet investissement des accords de commerce à venir afin d’éviter la ratification par les parlements nationaux, ne doivent pas conduire à diminuer encore le contrôle démocratique et le débat public sur cette politique. Toute accélération du processus au détriment de la participation démocratique ne serait pas acceptable.

Cet effort de démocratisation de la politique européenne de commerce et d’investissement doit reposer sur les principes et les propositions suivantes :

Principes directeurs

Le commerce n’est pas une fin en soi. Il constitue un moyen d’atteindre des objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Pour cela, l’objectif prioritaire des accords de commerce et d’investissement ne doit pas être la libéralisation des échanges et la réduction des coûts pour les entreprises mais leur contribution à des objectifs d’intérêt général supérieurs tels que la promotion d’emplois décents, la lutte contre le changement climatique, la protection des droits et de la santé des citoyens, la justice fiscale et la stabilité financière. Cela signifie que la politique commerciale doit non seulement être compatible avec le respect et la mise en œuvre des droits humains et des autres traités et accords internationaux tels que les conventions de l’OIT, l’accord de Paris sur le climat, la convention sur la biodiversité, les objectifs de développement durable, etc. mais en assurer la promotion.

Neuf mesures pour un processus démocratique

1. Conduire des consultations publiques transparentes et ouvertes en amont de la préparation des mandats de négociation

La Commission doit organiser des consultations transparentes et ouvertes dès la phase initiale qui précède le lancement des négociations, en amont de la préparation du mandat, sans préjuger du résultat.Elles doivent être nourries par les résultats rendus publics d’études d’impacts couvrant l’ensemble des domaines ciblés.La Commission doit ensuite publier le projet de mandat dès que possible pour permettre la tenue d’un débat approfondi et sérieux au sein des parlements et de la société civile. Toutes les contributions versées lors des consultations devraient être rendues publiques.

2. Garantir une participation équilibrée des différentes parties prenantes depuis la préparation du mandat jusqu’au processus de ratification

Toutes les parties prenantes doivent bénéficier d’opportunités égales de formuler des propositions auprès des responsables politiques avant, pendant et après les négociations d’un accord de commerce et d’investissement. Les gouvernements et la Commission doivent s’assurer de cet équilibre dans leurs interactions avec les parties prenantes à la fois quantitativement et qualitativement. Cela suppose de solliciter des contributions de la part de groupes représentatifs et d’intérêt général sous représentés et de limiter les interactions avec les groupes de lobbyistes du secteur privés, sur représentés. Les contacts avec les groupes d’intérêts doivent être rendus automatiquement publics. La Commission devrait s’abstenir de solliciter bilatéralement des contributions de la part de groupes d’intérêts qui refusent ces règles minimales de transparence.

3. Approbation des mandats de négociations par les parlements européen et nationaux

Les mandats de négociations des accords de commerce et d’investissement ne peuvent plus être discutés et approuvés seulement par le Conseil : le Parlement européen doit également se prononcer. Quant aux gouvernements des États membres, ils devraient soumettre les mandats à leurs parlements pour obtenir également leur approbation. Les mandats doivent avoir une durée limitée dans le temps.

4. Renforcer le rôle des Directions générales (DG) et des ministères au service d’objectifs d’intérêt général dans les négociations

Pour garantir que les objectifs sociaux, environnementaux et économiques, ainsi que l’intérêt général priment sur les intérêts commerciaux, d’autres DG et ministères doivent être associés de façon beaucoup plus importante dans la conduite de la politique commerciale à toutes les étapes du processus.

5. Publier tous les mandats et les documents de négociations

Tous les mandats, les offres de négociations et les textes consolidés, ainsi que les contributions des parties prenantes doivent être publiés sans retard et accessibles facilement.

6. Donner aux parlements la capacité d’influer sur le processus de négociation

Le Parlement européen et les parlements des États membres doivent recevoir des informations détaillées et à jour ainsi que les textes de négociation. La loi allemande de coopération entre le gouvernement fédéral et le Bundestag sur les aspects relatifs à l’Union européenne peut servir d’exemple dans ce domaine pour améliorer le droit à l’information des parlementaires. Les parlements doivent être en mesure de soumettre à la Commission des recommandations pour les négociations qu’elle doit impérativement examiner. Tous ces débats devraient être publics et permettre des contributions de la part de toutes les organisations de la société civile intéressées.

7. Ouvrir un large débat parlementaire avant la signature et la ratification des accords

Le parlement européen et les parlements des États membres doivent conduire un large débat en leur sein dès que les accords sont disponibles dans leur langue. Cela suppose de permettre aux commissions concernées d’évaluer l’accord avec la participation de différents groupes d’intérêts en amont du vote et avant que les États membres ne se prononcent au Conseil. Cela suppose également de conduire et publier une évaluation complète et à jour des bénéfices et des risques liés à cet accord. Les parlements doivent avoir la possibilité de renvoyer l’accord sur la table des négociations y compris après leur conclusion.

8. Supprimer l’application provisoire pour les accords de commerce et d’investissement mixtes

La pratique de la mise en application provisoire des accords internationaux a été conçue pour les situations d’urgence et non pour les accords de commerce et d’investissement. Ce type d’accords ne devrait entrer en application qu’au terme d’une ratification complète.

9. Limiter la durée dans le temps des accords conclus avec une possibilité de prolongation

La résiliation des accords internationaux conclus par l’UE est extrêmement difficile. Elle doit être proposée par la Commission au Conseil et la décision se prend à la majorité qualifiée, voire à l’unanimité, avec l’accord du Parlement européen. Cette procédure prive les gouvernements futurs de la capacité d’évaluer et de revoir les accords de commerce qui ont été conclus par les gouvernements précédents. C’est pourquoi tout accord de commerce négocié par l’UE devrait être conclu seulement pour une période de temps donnée, avec la possibilité pour les deux parties de le prolonger. Par ailleurs, le Parlement européen et les parlements des États membres doivent avoir le droit d’exiger une révision complète ou partielle des accords de commerce et d’investissement sur la base des études d’impacts sur le développement durable et les droits humains conduites a posteriori. S’il faut d’abord et avant tout privilégier la discussion et la négociation, il faut aussi disposer des outils permettant de lever les paralysies éventuelles. Tel est l’objet du droit à la dénonciation partielle.

Certaines de ces mesures peuvent être mises en œuvre immédiatement, d’autres nécessitent une réforme plus approfondie des institutions concernées. L’ensemble de ces propositions constitue une feuille de route pour remettre la politique européenne de commerce et d’investissement au service de la société.

Liste des signataires :
Amis de la Terre ; Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (Aitec) ; Association Léo Lagrange pour la défense des consommateurs ; Attac France ; Bio consom’acteurs ; Bloom ; Ceras ; Collectif éthique sur l’étiquette ; Collectif Roosevelt ; Comité catholique contre la faim et pour le développement, CCFD-Terre Solidaire ; Comité pauvreté et politique ; Commerce équitable France ; Confédération française des travailleurs chrétiens, CFTC ; Confédération française de l’encadrement, CFE-CGC ; Confédération générale du Travail, CGT ; Foi et justice Afrique Europe ; Fondation pour la nature et l’Homme ; foodwatch France ; France Amérique latine ; Institut Veblen ; Ligue des droits de l’Homme ; Mouvement pour l’économie solidaire, MES ; Mouvement rural de jeunesse chrétienne, MRJC ; Secours catholique – Caritas France ; Sherpa ; Terre des Hommes ; Union syndicale Solidaires

Paris, le 29 janvier 2018

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