Yannick Trigance : la scolarisation dès 2 ans menacée est un levier de réussite

La journée « Ecole et pauvreté » organisée le 7 février à l’Assemblée nationale a remis sur le devant de la scène notre école maternelle qui vit aujourd’hui un étrange et dangereux paradoxe : alors que bon nombre de pays nous l’envient – école publique gratuite dès 3 ans – elle n’en reste pas moins  menacée dans son existence et dans sa pérennité avec notamment une remise en cause de la scolarisation des enfants de deux ans.

Cette remise en cause portée par des députés de la majorité actuelle est confortée par le ministre de l’Education nationale qui a déclaré lors de cette journée : « Il est probable que la crèche soit plus pertinente que la scolarisation à 2 ans ».

Et pourtant : véritable lieu d’éducation des individus, de socialisation, de construction de la citoyenneté, fondée sur les valeurs de solidarité, d’égalité, de coopération, de responsabilité, l’école maternelle s’attache à permettre à chaque enfant de développer le maximum de ses potentialités, de construire ses connaissances et ses apprentissages.

En ce sens l’école maternelle est bien une « école » et non un mode de garde parmi d’autres. Elle joue par ailleurs un rôle primordial dans la prévention des difficultés scolaires et dans la détection de certains handicaps.

La scolarisation des enfants de moins de trois ans, priorité du quinquennat précédent, constitue également un formidable outil de lutte contre les inégalités notamment en zone rurale mais aussi dans les quartiers défavorisés, en zone d’éducation prioritaire où la demande de scolarisation est forte et où l’accueil des enfants de moins de trois ans devrait être une priorité, comme le précisait la loi de Refondation de l’Ecole de 2013.

Si les 4-5 ans sont accueillis dans leur totalité et les trois ans à 99%, environ 11% des enfants de moins de trois ans sont scolarisés en France avec des variations de 10% à 70 % selon les départements (très fort en Bretagne, dans le Nord et dans le Nord-Est du Massif Central et plus faible en Ile-de-France et dans les départements périphériques, en Alsace et dans le Sud-Est).

Pour exemple, la scolarisation des tout-petits en Seine-Saint-Denis s’élève à moins de 8% alors qu’elle est de 60% dans le Nord. La situation est un peu meilleure en REP où 17% des enfants sont scolarisés et en REP+ où l’on atteint 22%.

De 2008 à 2012, les effectifs des tout petits scolarisés sont passés de 123 000 à 91 000 et ils sont remontés à 97 000 à partir de 2012 : aujourd’hui, c’est bel et bien une remise en cause de cette priorité qui se dessine, sous la contrainte notable des promesses électorales.

En effet, chacun sait que le ministre Blanquer ne pourra mettre en place les dédoublements promis qu’en supprimant des postes de remplaçants. Il doit en effet créer les derniers dédoublements de 2019 et il est peu probable qu’il bénéficie de créations de postes, d’où la volonté de sacrifier  la scolarisation à 2 ans pour récupérer environ 3700 postes.

Plus inquiétant encore : au-delà de l’aspect budgétaire, cette nouvelle remise en cause de la scolarisation des enfants de moins de trois ans par l’actuel gouvernement traduit de fait une absence de reconnaissance de l’école maternelle comme élément-clé de la réussite scolaire.

Dans ce contexte, il nous faut réaffirmer plus que jamais que le temps passé à l’école maternelle a une incidence positive sur la scolarité ultérieure des enfants, ce que démontrent bon nombre d’études.

En remettant en cause la scolarisation des enfants de moins de trois ans, l’actuel gouvernement s’en prend également à un principe éducatif majeur : celui de l’universalité d’accès à l’éducation.

A l’école maternelle, la prise en charge des enfants  est gratuite pour toutes les familles, installant ainsi un principe d’universalité d’accès encore reconnu aujourd’hui. L’école maternelle accueille tous les enfants, quels qu’ils soient, où qu’ils soient, sans condition de revenu ou d’insertion professionnelle des parents.

L’accessibilité actuelle de l’école maternelle, liée au statut d’école, n’a jamais été égalée par aucun autre système de garde. L’entrée à l’école maternelle est devenue un droit. Ce droit  n’est cependant  pas toujours respecté, particulièrement pour les enfants les plus jeunes, les deux trois ans mais aussi les trois ans qui selon la législation en cours sont accueillis en fonction des places disponibles. L’Etat se laisse donc la possibilité de ne pas appliquer le droit.

Il y a là un point que l’on doit pouvoir améliorer en assurant une place à l’école maternelle à tous les enfants en droit de l’attendre : il convient par conséquent de renforcer le statut de l’école maternelle en garantissant l’accueil de tous les enfants, dont ceux de moins de trois ans.

En même temps qu’elle marque la reconnaissance pleine et entière de l’école maternelle au sein de notre service public d’enseignement, le maintien et le renforcement de la scolarisation des enfants de deux ans constitueraient une mesure essentielle et un levier majeur dans la lutte contre les inégalités, pour la réussite de tous les élèves.

Yannick Trigance

Conseiller régional Ile-de-France

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