Education nationale, Terre d’inégalités…

Tous collègues  Certes. Mais pas pour la feuille de paie. La publication du Bilan social de l’Education nationale jette un coup de projecteur sur les rémunérations réelles des enseignants et de forts écarts solidement installés entre les corps et aussi entre les genres. Mais des lignes bougent aussi. On distingue concrètement la priorité au primaire.

Une progression des effectifs


Le premier enseignement du Bilan social c’est l’effort réalisé sur les effectifs enseignants sous le quinquennat Hollande. Et la priorité donnée au primaire n’est pas un vain mot.

De 2006 à 2012 on assiste à une nette chute des enseignants, plus forte dans le second degré que dans le premier. 2012 est bien une année de rupture avec un net redressement chez les enseignants à partir de 2013, alors qu’on atteint un plateau pour les non enseignants.

De 2012 à 2015 on passe de 378 000 à 393 000 enseignants du premier degré et de 480 000 à 499 000 pour ceux du second degré. En 2015 le premier degré a récupéré le niveau de 2006 (396 000). Ce n’est pas le cas du second degré où, malgré une nette hausse, 28 000  postes n’ont pas été recréés.

Des salaires plus faibles qu’à l’étranger

Certes, on le sait : les enseignants français sont mal payés par rapport à leurs homologues des autres pays développés. Eurostat et l’OCDE ont publié des données éclairantes à ce sujet. Si l’on s’en tient à l’Europe, exprimé en euros, 14 pays européens versent un salaire de débutant supérieur au salaire français. Alors que le salaire moyen annuel du professeur des écoles est de 24 724 € en France (2014), on, est à 42 891 en Allemagne, 25123 en Angleterre; 27 754 en Espagne, 30 335 en Belgique, 32 225 aux Pays Bas, 48 360 en Norvège, 31 699 en Finlande, selon Eurostat. Il atteint même 70 450 € au Luxembourg. Exprimé par rapport au PIB national ce n’est pas mieux. Le salaire du professeur des écoles français débutant représente 79% du PIB national. Or chez la plupart de nos voisins, il est supérieur au PIB. C’est le cas en Allemagne (126%), en Angleterre (100%), en Espagne (124%) ou au Portugal (138%).

Le rattrapage du primaire

Mais le Bilan social montre une progression des salaires du primaire en 2015, avant la décision de porter l’ISAE à 1200€ en 2016. Il montre que dès cette année les mesures gouvernementales avaient commencé à rapprocher des carrières historiquement bien différentes.

Bien sur l’écart entre les salaires du premier et du second degré reste important. Le salaire net moyen d’un professeur des écoles s’établit à 2221 €contre 2672 € en moyenne pour les enseignants du second degré. Mais de 2014 à 2015 on constate une augmentation de 24 € en moyenne dans le premier degré contre 3 € pour le second. « Le montant des primes reçues explique, comme en 2013 et avant, plus de la moitié de l’écart de salaire brut. La part des primes dans le salaire brut (dont les heures supplémentaires font partie) est de 5,3 % pour les corps du premier degré et de 14,0 % pour ceux du second. L’écart restant (soit 40 % de la différence totale) entre le salaire brut des enseignants du premier et du second degrés concerne le Traitement Indiciaire Brut, du fait, notamment, de la présence dans le second degré des corps d’agrégés et de professeurs de chaire supérieure, aux grilles indiciaires plus favorables », note le Bilan.

Un autre élément du rapprochement des carrières apparait en 2015. Le nombre des enseignants du premier degré accédant à la hors classe passe de 10 462 à 11 480, soit un bond significatif. Chez les certifiés il est stable avec 8153 promus.

Des écarts importants à l’intérieur du second degré


Des écarts importants demeurent par contre dans le second degré. La logique veut que plus les corps ont un indice élevé plus ils cumulent heures supplémentaires et primes. Ainsi le salaire moyen des certifiés s’établit à 2564 € dont 13% de primes et indemnités. Celui des agrégés est à 3471€ dont 17% de primes et indemnités. Pour les professeurs de chaire supérieur on monte à 5640€ grâce à 2337 € de primes et indemnités dont 1950 € d’heures supplémentaires par mois (les fameuses « colles »). De 2014 à 2015 le salaire net des certifiés a gagné 3 €. Celui d’un professeur de chaire supérieur 20€. Tout en bas de la pyramide on trouve les non titulaires avec un salaire net de 1900 €.

L’inégalité persistante entre femmes et hommes

L’écart entre les sexes reste important.  Globalement le salaire net moyen des enseignantes atteint 2371 € contre 2 664 pour les hommes. L’écart se retrouve dans toutes les catégories : 2190 et 2359 pour les P.E., 2534 et 2667 pour les certifiés. Il atteint même  300 € chez les agrégés et professeurs de chaire supérieure.


Le Bilan social explique cette situation par deux phénomènes. D’une part les hommes sont plus avancés dans leur carrière et ont donc un indice plus élevé. D’autre part le niveau et la part des primes sont également plus élevés pour les hommes. « Parmi les professeurs des  écoles du public, l’écart de primes est de 50 % entre hommes et femmes, en lien avec une relative surreprésentation des hommes dans les directions des écoles… Dans le second degré public, et plus encore parmi les professeurs agrégés et de chaires supérieures, les hommes perçoivent en moyenne 29 % de primes de plus que les femmes. Ces derniers ont en particulier une plus grande propension à effectuer des heures supplémentaires, percevant, en moyenne 52 % de rémunérations pour heures supplémentaires de plus que les femmes ».

L’écart avec le privé

Quelque soit le corps, les enseignants du privé sous contrat gagnent moins que leurs collègues du public. L’écart moyen est de 12%. Ainsi un P.E; du privé gagne 2016 € net en moyenne (contre 2221) , un certifié 2 403 (contre 2 564). Là où l’écart est le plus important c’est pour les non titulaires : en moyenne ils gagnent 1628 € contre 1900 € dans le public. Un mouvement syndical tente d’obtenir une égalité indiciaire entre public et privé pour cette catégorie.

Comment expliquer cet écart alors que enseignants du privé et du public sont sur les mêmes indices ? Trois phénomènes jouent selon le Bilan social. D’une part la carrière des enseignants du privé est plus courte : ils rentrent plus tard dans l’enseignement. Ensuite la création des concours de recrutement est récente et de nombreux enseignants sont restés longtemps sur des indices de maitre auxiliaire et ont une ancienneté plus faible dans leur corps de titulaire. Enfin els prélèvements sociaux sont plus élevés dans le privé (soumis au régime général de sécurité sociale et de retraite) que dans le public.

Que sait-on du salaire des cadres ?

Rien pour veux du privé qui sont versés par un organisme privé. Dans le public, le salaire net moyen des personnels de direction s’établit à 4026 €, celui des personnels d’inspection à 4163€. Les primes représentent un peu moins de 20% des revenus. Là aussi on retrouve l’écart entre femmes et hommes. Un inspecteur mâle gagne en moyenne 4  255€, une femme 4 044€. L’inégalité de traitement entre femmes et hommes est une colonne vertébrale de l’Education nationale…

Le bilan social 2015-2016

Publicités
  1. Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :