Rythmes scolaires : le devenir de la réforme soumis à l’incertitude du scrutin présidentiel

A six mois de la rentrée, peu de maires envisagent, à brève échéance, un bouleversement de l’organisation.

« Appliquera ? N’appliquera pas ? » On se souvient du questionnement qui résonnait parmi les collectivités quand, en 2013, il était question soit d’appliquer la réforme des rythmes scolaires sans tarder, soit de la reporter d’un an. Trois années sont passées et, à l’heure où les candidats à la présidentielle ont fait du devenir de cette mesure – l’une des plus polémiques du quinquennat – un point fort de leur programme éducatif, le refrain a changé. « Détricotera ? Ne détricotera pas ? », s’interrogent les villes à six mois de la rentrée 2017. A cette date, suivant l’issue du scrutin, la semaine d’école des petits Français pourrait bien, de nouveau, être soumise à un changement de tempo. Le troisième en dix ans.

« On ne sait pas à quelle sauce on va être mangé, mais on veut être prêt », fait valoir Lauriano Azinheirinha, adjoint éducation (UDI) à la mairie de Nice, où l’on a anticipé, pour septembre, trois organisations différentes en fonction des trois scénarios plausibles : le maintien du « décret Peillon », son retrait pur et simple ou la liberté de choix laissée aux édiles. « On avisera en fonction du président élu, mais on préférerait, et de loin, revenir à la semaine d’école de quatre jours », confie-t-il.

« Troisième voie »

Parmi les candidats à l’Elysée, seuls Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen promettent d’abroger cette réforme à laquelle Vincent Peillon a laissé son nom… et son poste au ministère de l’éducation. Tout aussi tranchée est la position de Benoît Hamon : lui s’est engagé à maintenir une mesure qu’il a finalisée (et en partie assouplie) lors de son bref passage rue de Grenelle, en 2014, et dont il défend toujours les « bénéfices pédagogiques ». Rien à voir avec les positions, convergentes même s’ils ne le disent pas comme ça, de François Fillon et d’Emmanuel Macron : tous deux entendent laisser les collectivités trancher.

Cette « troisième voie » peut-elle trouver un écho parmi des communes qui, selon la dernière enquête de l’Association des maires de France (AMF), étaient encore 70 %, au printemps, à faire face à des « difficultés persistantes » ? Côté édiles, où l’addition moyenne atteint 231 euros par enfant et par an, l’appréciation des effets de la réforme demeure pour le moins nuancée : plus de 6 sur 10 les jugent « peu ou pas satisfaisants » à l’école élémentaire, et même 7 sur 10 en maternelle. En dépit des aides de l’Etat – que M. Macron maintiendrait deux ans –, le « reste à charge » s’élève à 70 %, selon l’AMF.

Rue de Grenelle, on en appelle au bon sens. « Détricoter la réforme, c’est toucher une nouvelle fois à l’organisation de la vie de l’école et des familles. Autrement dit, s’exposer exactement aux mêmes difficultés qu’il y a trois ans, plaide-t-on dans l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem. Quant à supprimer la demi-journée en plus, comme l’avait fait la droite en 2008, ce serait une grave erreur. » Sur ce point précis, un flou demeure. « Il n’est pas question d’un abandon par principe, comme s’il fallait passer l’essuie-glace politique », fait valoir Annie Genevard, maire (LR) de Morteau (Doubs) et conseillère éducation de M. Fillon, en reconnaissant que celui-ci « n’a pas eu d’expression sur ce point précis ». Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on défend le principe de « concertations tripartites » entre inspections, équipes enseignantes et collectivités, sur un aspect de la réforme qui relève pourtant de l’Etat.

« Désordre partout »

Le sujet demeure sensible : on le voit ces jours-ci à Lille, où Martine Aubry (PS) n’en finit pas de devoir justifier, à une frange de la communauté éducative, son choix d’un retour en classe le samedi plutôt que le mercredi. Face à l’incertitude du scrutin, certains maires prévoient de jouer la montre. « A Lyon, on ne bougera rien pendant un an, prévient Gérard Collomb (PS), dont la ville a regroupé les ateliers périscolaires, payants, le vendredi. Les gros bateaux requièrent du tempsPeut-être que pour les plus petits, un saut en arrière se fera plus rapidement ? »

Ce n’est pas l’avis de la sénatrice Françoise Cartron (PS), missionnée par Matignon pour enquêter sur les rythmes en milieu rural. Cette ancienne directrice d’école ne voit pas comment revenir en arrière sans « mettre du désordre partout ». « Ce serait une prime aux mauvais élèves, ces villes qui, souvent pour des raisons partisanes, ont freiné des quatre ferset pas un encouragement aux maires ruraux qui, en dépit des difficultés, ont su s’adapter. » Une implication qui, dit-elle, a dépassé les clivages politiques : « Il en allait du maintien de l’école ; donc, souvent, de la survie du village. »

Dans sa commune de 357 habitants, Jean-Paul Carteret, maire (PS) de Lavoncourt (Haute-Saône) et vice-président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), s’interroge : « Peut-on reculer sans relancer les inégalités d’une commune à l’autre ? » – et favoriser cette « école à plusieurs vitesses » que dénoncent les parents. « Que les candidats aient le courage de parler vrai !, s’énerve Jean-Claude Deyres, maire (PS) de Morcenx (Landes). Cette réforme, soit on la supprime partout, soit on la garde, mais dire que chacun peut faire ce qu’il veut chez lui, c’est se moquer de la réalité des territoires ! »

Si, d’un maire à l’autre, d’une famille politique à l’autre, les pronostics diffèrent, personne ne se risque à prédire une révolution pour septembre. « Les maires font les frais des facilités de langage, alors qu’ils ont déjà la latitude de proposer, ou pas, du périscolaire, rappelle André Laignel, vice-président de l’AMF et élu (PS) à Issoudun (Indre). Etiquetée à droite, Agnès Le Brun, elle aussi porte-parole de l’AMF, n’exclut pas que les collectivités aient « à faire de la dentelle ». « Mon hypothèse, c’est que si on leur laisse le choix, certaines pourraient abroger la réforme en maternelle mais continuer à l’élémentaire. » C’est ce qu’elle envisage de faire à Morlaix (Finistère), ville dont elle est la maire.

  • Mattea Battaglia
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