Les académies richement dotées en postes en 2017

En évoquant « un effort sans précédent », N. Vallaud Belkacem a présenté le 15 décembre en Comité technique ministériel les créations de postes en 2017. Ce sont 8 711 nouveaux postes qui sont annoncés, 4 311 dans le premier degré et 4 400 dans le second degré. Surtout aucune académie ne perd de postes. Certaines voient leurs moyens augmenter fortement. Créteil atteint plus de 1300 postes quand Versailles passe la barre des 1000. Aix-Marseille, Lille, Besançon, Paris, Bordeaux, Poitiers voient leurs moyens très nettement amplifiés. La ministre annonce un effort particulier pour les établissements prioritaires. La rentrée 2017 devrait être la plus sociale du quinquennat.

« Le nombre de créations de postes va donner aux académies des marges de manoeuvre sans précédent au service de la réussite de tous les élèves », annonce N Vallaud-Belkacem. « L’enquête PISA 2015 l’a mis en évidence, la première des bonnes pratiques à mettre en place pour avoir un système éducatif performant et équitable est le soutien aux élèves et aux établissements défavorisés ». C’est pour cela que dans le premier degré 2 797 postes , soit les deux tiers, sont affectés aux académies sur critères sociaux. Dans le secondaire, 450 vont aux lycées « fragiles », en fait les ex-zep , conformément à une promesse ministérielle. Mais on verra plus loin si cette promesse sera tenue…

Les cartes qui tuent

Ce que veut surtout faire ressortir le ministère c’est la différence entre les deux quinquennats de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. La comparaison des deux cartes est très claire.


Sous Sarkozy toutes les académies sauf 2 ont perdu des postes. C’est le contraire sous Hollande. Sous Sarkozy, Créteil a perdu 2089 postes quand sous Hollande 4 713 sont créés. Lille en avait perdu plus de 3 600 contre 1 339 créations sous Hollande.  Même les académies du sud, à la démographie galopante, ont vu fondre les postes sous Sarkozy : Montpellier – 427, Aix Marseille – 1518. Sous Hollande c’est + 1 877 et + 1 620.

Le bilan du quinquennat est particulièrement favorable pour Lille, Créteil, Paris, Versailles, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nice, Grenoble, Lyon, Clermont, La Réunion qui voient leurs moyens largement reconstitués après les années noires du quinquennat précédent.

Alors que la droite promet une vague massive de suppressions de postes après 2017, ces deux cartes témoignent de la façon très particulière dont elle s’attaque à l’école. Et aussi de l’instabilité des politiques éducatives.

Le premier degré


En 2017 , dans le premier degré toutes les académies gagnent des postes. 4 211 sont créés. Créteil en gagne 750 ce qui devrait peut-être permettre reconstitution de certains réseaux de Rased. Versailles en gagne 550. Aix-Marseille, Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier, en obtiennent de 200 à 350. Cela concerne même des académies en baise démographique.

Cela s’explique par le mode de calcul qui met l’accent sur les critères sociaux et sur les dispositifs du 1er degré. Ainsi Lille perd des élèves mais gagne 300 postes. Si Créteil est aussi bien doté c’est aussi sur critère social. 2 797 postes sur 4 211 sont ainsi affectés aux académies sur critère social alors que l’évolution démographique aurait permis de récupérer 527 postes.

Pour la ministre , ces créations de postes doivent permettre de recréer des moyens de remplacements (1 500 postes), de généraliser les « plus de maitres que de classes » dans les écoles prioritaires et de faire progresser la scolarisation des moins de 3 ans, qui piétine en 2016. 220 postes sont destinés au renforcement des zones rurales et de montagne.

Pour la ministre, « l’effet (des créations de postes) sera particulièrement perceptible dans le premier degré, où 4 311 postes vont être créés alors même que le nombre d’élèves va diminuer de 12 158. Tous les territoires bénéficieront ainsi à la prochaine rentrée de marges de manoeuvre exceptionnelles ».

Le second degré

Malgré l’affirmation de la priorité au 1er degré, le second degré cette année encore obtient davantage de créations de postes avec 4 400 nouveaux postes. Dans le second degré le calcul des postes n’est pas fait sur critères sociaux , à l’exception des 450 postes destinés aux lycées « fragiles » sortis de l’éducation prioritaire.

Le ministère prévoit « d’achever la création de 4 000 postes pour accompagner la mise en oeuvre de la réforme du collège ». En théorie cela devrait concerner 2 000 postes cette année. Mais un mystère persistant entoure ces créations de postes et on ne sait combien ont été réellement créés à la rentrée 2016 dans les collèges.

Mille postes seront affectés en lycée professionnel  pour ouvrir les 500 nouvelles formations promises par la ministre. Et 450 renforceront les moyens des établissements « fragiles », ceux qui sont sortis du prioritaire.

Le reste, en principe 950 postes devrait permettre de faire face à la croissance démographique qui sera assez forte : 41 650 élèves en plus. En théorie cela fait un poste pour 44 nouveaux élèves ce qui est bien peu !

Une rentrée « sociale » ?

On le voit, la ministre justifie l’ouverture de la majorité des postes par des critères sociaux. Et la rentrée 2017 sera la seconde rentrée à avoir une coloration sociale nettement affirmée. En décembre 2014 elle nous avait dit :  » Désormais on dotera les établissements scolaires en fonction de leur situation sociale. La logique de donner plus à ceux qui ont moins irriguera tout le système ». Et c’est ce qui ressort des tableaux de 2017.

Mais deux paradoxes nuancent cet engagement. Le premier c’est que c’est le vainqueur de 2017 qui pourra effectuer une rentrée réellement à l’aise. La rentrée sera aussi la première où les enseignants verront réellement leurs conditions de travail s’améliorer. Dans la plupart des académies on aura dépassé le niveau d’encadrement d’avant Sarkozy. Et ce devrait être  encore plus vrai là où c’est le plus nécessaire.

Pourquoi ce conditionnel ? C’est que si le calcul des moyens attribués aux académies, et même aux départements pour le primaire, tient compte de réalités sociales constatées sur le terrain dans les écoles et les établissements, l’utilisation de ces moyens est ensuite décidée par les recteurs. « La ministre a donné des instructions », nous a dit l’entourage de la ministre. Mais il y a un mois nous avons pu montrer que, dans le premier degré, là où le fléchage des moyens est le plus scientifiquement établi, l’injonction politique se brise sur les règles administratives.

 » On ne peut pas faire de mouvements brutaux dans le premier degré », nous avait dit le chef du bureau de l’enseignement primaire. L’éducation nationale et un gros paquebot qui va son erre.  » La destination des moyens est laissée à la discrétion de l’académie », rappelle-t-il. Et là bien d’autres critères viennent interférer dans l’affectation finale des moyens.

On retiendra donc de cette rentrée 2017 que le pouvoir politique a doté les académies de moyens qui permettraient réellement de changer la donne au bénéfice des élèves qui ont le plus besoin de l’Ecole. Reste à voir ce que les autorités scolaires locale en feront…

Le tableau des postes en 2017

Comment l’éducation nationale cultive son impuissance

La répartition des moyens à la rentrée 2016

premier degré second degré totaux
 Δ élèves 2017 Démographie Critère social et territorial priorité 1er degré créations de postes eleves 2017 démographie et critère social lycées fragiles créations de postes total élèves 2017 total créations de postes rappel 2016
AIX-MARSEILLE 1 881 78 87 90 255 1 943 160 40 200 3 824 455 330
AMIENS -1 537 -64 102 76 114 13 24 20 44 -1 524 158 170
BESANCON -1 439 -60 70 25 35 232 43 4 47 -1 207 82 10
BORDEAUX 870 36 115 53 204 2 460 246 10 256 3 330 460 335
CAEN -1 803 -75 58 21 4 -58 18 5 23 -1 861 27 -20
CLERMONT-FERRAND -893 -37 12 35 10 418 76 6 82 -475 92 45
CORSE 51 2 3 17 22 218 11 2 13 269 35 12
CRETEIL 3 260 136 343 271 750 7 212 510 50 560 10 472 1 310 1115
DIJON -1 424 -59 42 21 4 -450 21 4 25 -1 874 29 20
GRENOBLE 264 11 70 34 115 2 310 217 8 225 2 574 340 300
LILLE -2 059 -86 164 222 300 1 608 145 45 190 -451 490 280
LIMOGES -377 -16 20 6 10 -36 25 5 30 -413 40 45
LYON 1 808 75 226 51 352 3 744 256 25 281 5 552 633 490
MONTPELLIER 203 8 171 122 301 1 620 169 19 188 1 823 489 450
NANCY-METZ -1 864 -78 4 78 4 544 73 12 85 -1 320 89 80
NANTES -2 054 -86 207 31 152 2 525 206 15 221 471 373 380
NICE 407 17 50 21 88 361 80 10 90 768 178 150
ORLEANS-TOURS -1 579 -66 129 44 107 1 894 175 13 188 315 295 280
PARIS -2 022 -84 29 63 8 567 33 9 42 -1 455 50 2
POITIERS -1 346 -56 109 26 79 473 69 6 75 -873 154 95
REIMS -1 031 -43 16 33 6 -127 17 10 27 -1 158 33 20
RENNES -2 450 -102 122 45 65 1 437 172 12 184 -1 013 249 205
ROUEN -1 154 -48 60 61 73 347 73 15 88 -807 161 95
STRASBOURG -50 -2 69 52 119 521 62 15 77 471 196 110
TOULOUSE 572 24 49 63 136 2 391 190 10 200 2 963 336 300
VERSAILLES 2 397 100 318 132 550 6 331 520 40 560 8 728 1 110 870
Métropole -11 369 -474 2 644 1 693 3 863 38 498 3 591 410 4 001 27 129 7 864 6169
GUADELOUPE -1 269 -53 17 38 2 -111 -6 6 0 -2 123 2 -35
GUYANE 177 7 61 42 110 737 108 5 113 66 223 180
LA REUNION -13 -1 22 99 120 612 73 12 85 724 205 100
MARTINIQUE -1 020 -43 48 -3 2 -854 -30 5 -25 -408 -23 -35
MAYOTTE 836 35 7 72 114 2 768 164 12 176 3 604 290 260
DOM -1289 -54 154 248 348 3 152 309 40 349 1 863 697 470
COM 50 50
TOTAL -12 658 -527 2 797 1 941 4 211 41 650 3 950 450 4 400 28 992 8 611 6639

 

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