L’école du socle adoptée au bulldozer

Toute l’organisation du système éducatif du premier degré vient d’être dynamitée par la loi Blanquer. L’assemblée nationale a adopté en quelques minutes par 35 voix contre 7 l’établissement public des savoirs fondamentaux, autrement dit l’école du socle. Là où les collectivités locales et le recteur le voudront, les collèges et les écoles seront regroupées. Ce regroupement devrait libérer des milliers de postes et faire sauter la plupart des directeurs.

Peut-on transformer profondément l’éducation nationale sans consulter les organisations professionnelles, sans même prendre l’avis du Conseil d’Etat et sans aucune étude d’impact ? C’est ce que JM BLanquer vient de faire . L’adoption de l’école du socle s’est faite en quelques minutes. Il aura fallu plus de temps le 15 février pour voter le rectorat de Mayotte.

Ce qui a été décidé

Les établissements publics des savoirs fondamentaux sont constitués de classes du premier degré et du premier cycle du second degré. Ils regroupent les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situés dans le même bassin de vie.

« Ces établissements sont créés par arrêté du représentant de l’État dans le département sur proposition conjointe du département et des communes ou établissements publics de coopération intercommunale de rattachement du collège et des écoles concernés, après conclusion d’une convention entre ces collectivités.

Les établissements publics des savoirs fondamentaux sont dirigés par un chef d’établissement qui exerce les compétences attribuées au chef d’établissement par l’article L. 421-3. Un directeur-adjoint exerce, sous l’autorité du chef d’établissement

L’établissement est administré par un conseil d’administration qui exerce les compétences définies à l’article L. 421-4. La composition de ce conseil d’administration est fixée par décret et permet notamment la représentation des personnels du premier degré et des communes ou établissements publics de coopération intercommunale parties à la convention.

L’amendement 904 adopté le 15 février organise le transfert des biens entre les collectivités locales. Les amendements 993 et 1173 de la majorité précisent la gestion de la nouvelle structure.

« Le présent amendement prévoit que le directeur-adjoint travaille aux côtés du chef d’établissement. Il est nommé par le directeur académique des services de l’éducation nationale (DASEN) comme faisant fonction de directeur-adjoint. Cependant, il n’y a bien qu’un seul chef d’établissement qui est l’unique ordonnateur et responsable de l’exécution du budget de l’établissement. Cet amendement prévoit la possibilité de nommer plusieurs directeurs-adjoints si l’établissement rassemble un grand nombre de classes du premier degré – ce qui pourra être le cas si plusieurs écoles primaires de grande taille s’associent avec un collège, notamment dans un réseau d’éducation prioritaire ». L’amendement suivant impose que  le directeur adjoint soit issu du premier degré.

Ce que ça change

Partout où les collectivités locales voudront faire des économies de locaux et où le recteur voudra récupérer des postes, et pas seulement en zone rurale même si celles ci sont celles où la nouvelle gestion est la plus juteuse, on pourra imposer ces regroupements.

Il ne sera nul besoin de ‘lavis du conseil d’école ou du CDEN (qui sera modifié aussi par la loi Blanquer).

L’intéret de cette formule, comme le signale très bien Sylvie Plane  dans cet article , c’est celui du regroupement. En regroupant administrativement les classes on économise beaucoup de postes. F Reiss (LR), favorable a ces écoles l’explique très bien à l’Assemblée le 15 février : « là où j’ai 7 professeurs avec le regroupement je n’an ai plus que 6 ».

Sylvie Plane donne une idée des économies. « En effet, si une entité accueille 105 élèves et que le ratio fixé est d’un poste d’enseignant pour 25 élèves, l’entité dispose de bons arguments pour obtenir non pas quatre mais cinq postes d’enseignants. Cet ajustement permet que le nombre moyen d’élèves par classe dans le primaire public soit actuellement de 23,6 élèves. Mais si on change d’échelle, et que l’entité prise en compte est plus importante, on élève les seuils d’attribution de postes. Au niveau national, le profit escompté n’est pas mince puisque 46,6% des écoles primaires publiques comportent actuellement de deux à quatre classes, et les regrouper dans de grands établissements est donc bien tentant pour l’administration centrale. »

Qu’en est il des directeurs. « Une première lecture a pu donner à penser aux directeurs d’école qu’ils allaient enfin être reconnus et que serait créé, en quelque sorte, un corps de « personnel de direction » de l’enseignement primaire, à l’instar de l’enseignement secondaire : les principaux de collège, les proviseurs de lycée et leurs adjoints sont des « perdirs », écrit S Plane. « Mais ce n’est pas ce que dit le texte de l’amendement. On peut en effet y lire « L’établissement public des savoirs fondamentaux est dirigé par un chef d’établissement […]. Un directeur-adjoint exerce, sous son autorité, les compétences attribuées au directeur d’école par l’article L. 411-1 » Cet article L 411-1 du code de l’éducation est tout simplement celui qui définit actuellement les tâches du directeur d’école. Autrement dit, le dispositif défini par l’amendement ne définit toujours pas de statut pour les directeurs. En revanche, il en fait des subalternes des principaux de collège. »

Les amendements adoptés le 15 février montrent qu’iln’y aura plus qu’un directeur adjoint sauf regroupement de grosses écoles. C’est d’ailleurs dans la logique administrative puisqu’il n’y a plus qu’un établissement.

Il y a bien eu des interventions à l’Assemblée pour défendre le maintien des directeurs.L’UDI a proposé un conseil de directeurs adjoints du principal. Le gouvernement a fait écarter cette proposition.

Le gouvernement a par contré prévu ce qui se passe en cas de grève.  » Les élèves des classes maternelles et élémentaires bénéficient du service d’accueil prévu aux articles L. 133-1 à L. 133-10. Pour l’application de l’article L. 133-4, le taux de personnes ayant déclaré leur intention de participer à la grève s’apprécie au regard de l’ensemble des enseignants qui interviennent dans les classes du premier degré. »

Un procédé d’une rare violence

Le procédé utilisé par le gouvernement pour faire passer ce texte est ingénieux mais d’une rare violence.

En faisant passer cette réforme fondamentale par le biais d’un amendement, le gouvernement évite l’avis du Conseil d’Etat et l’étude d’impact.

Il s’est affranchi aussi de toute consultation des organisations professionnelles ou des élus locaux. L’adoption du texte s’est faite en quelques minutes (moins d’une demi heure) . L’assemblée a mis plus de temps pour étudier la passage de Mayotte d »un vice rectorat a un rectorat.

Au final cet article a été adopté par 35 voix contre 7, c’est à dire par une assemblée vide, un jour où les députés sont dans leur circonscription.

Et maintenant

Le dynamitage est-il définitif ? Le texte doit maintenant être adopté par le Sénat. LREM n’y est pas majoritaire. Mais l’adhésion des Républicains au texte donne à penser que cet article passera sans problème.

L’avenir de l’école est maintenant dans les mains de ses acteurs. Combien de maires s’opposeront à cette réforme ? Combien d’enseignants ? Combien de démocrates tant l’adoption de ce texte respecte la forme de la loi mais viole l’esprit de dialogue et de consensus qui sous tend la démocratie.

La séance en vidéo

Le point de vue de S Plane

Le dossier sur la loi Blanquer

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Lycée : à Toulouse, des enseignants démissionnaires

Indignées. Elles ne quittent pas l’enseignement. Elles démissionnent de leur fonction de professeur principal. Un moyen de manifester leur opposition à la réforme du lycée. Et aussi de rendre le fonctionnement de l’établissement plus difficile car le professeur principal a des taches administratives à remplir en plus de taches pédagogiques. Au lycée Stéphane Hessel de Toulouse, 23 professeurs principaux du lycée général sur 47 ont remis leur démission.

Nuit des lycées

Le 15 février au soir une Nuit du lycée a lieu au lycée Stéphane Hessel. « On attend des parents pour des débats sur la réforme du lycée », explique Marie-Cécile Périllat, élue au conseil d’administration du lycée. Pour des enseignants du lycée ce n’est qu’une étape après d’autres mobilisations contre une réforme qu’ils voient d’un mauvais oeil. Même si le lycée n’a pas à se plaindre. Ses moyens sont maintenus au prix d’une extension de son secteur. « Beaucoup d’enseignants ont manifesté leur volonté de refuser la fonction de professeur principal si on leur propose ». Les démissionnaires ne seront pas facilement remplacés.

Le lycée Hessel n’est d’ailleurs pas le seul à voir les démissionnaires se multiplier. L’idée partie de Martigues a gagné le sud ouest. A Toulouse des enseignants ont aussi démissionné de cette fonction au lycée des Arènes, au lycée Déodat ou encore dans la région à Cugnaux, Gaillac, Colomiers.

« Comment aider mes élèves ? »

« Je démissionne parce que je ne suis plus en mesure de conseiller mes élèves pour leur orientation ». Professeure principale en seconde, professeure de SVT, Florence Boe, plus de 20 années d’enseignement,  vit mal la réforme du lycée. « On ne connait pas les attendus exigés par l’enseignement supérieur. Comment aider les élèves dans le choix de leurs spécialités », nous dit-elle. Elle est mal à l’aise dans le nouveau système d’orientation. « Les élèves de seconde sont des jeunes gens de 15 ans . On leur demande de choisir une orientation post bac avec les spécialités. Or ils sont jeunes. Ils ont tout le temps de changer d’avis. On veut les mettre dans un tunnel ». Elle craint aussi des classes plus chargées avec la réforme.

« Je vais arrêter toutes les tâches administratives comme animer le conseil de classe, mettre les appréciations , recevoir les parents comme professeur principal. Mais je reste à leur disposition comme professeure de SVT », dit-elle. L’abandon de la fonction de professeur principal est un sacrifice à hauteur de 120 € par mois.

« Ils ne nous écoutent pas »

« On a l’impression que tout va bien. Ils ne nous écoutent pas, nous les professionnels de l’éducation ». Hellen Goiran est professeure de maths et professeure principale de Terminale. Elle aussi a rendu cette fonction. Elle veut protester contre une institution qui méprise ses cadres. Et elle en paye le prix (un peu moins cher qu’en seconde).

Et puis il y a le problème des maths. « Les maths ne sont plus dans le tronc commun. Les maths sont des spécialités. Des élèves vont les prendre car les maths sont nécessaires au post bac. Or le niveau est nettement relevé. On va avoir de gros problèmes en classe  et la sélection par les maths sera bien là ».

Au delà des maths, H Goiran ne croit pas dans le discours sur le libre choix des élèves. « On leur dit il n’y a plus de filières. Mais très vite elles vont se recréer. Et on demande aux élèves de faire des choix d’orientation  beaucoup trop tôt. La réforme est inégalitaire ».

Comme ses collègues, H. Goiran a averti les parents de sa décision. « Ils comprennent notre démarche. Ils voient bien que si ponctuellement c’est embêtant pour eux, à long terme c’est pour leurs enfants ». On saura vendredi soir si les parents soutiennent les enseignants.

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Lycée : lettres au ministre et ailleurs…

Il doit en recevoir du courrier JM Blanquer. A Toulouse, les enseignants du lycée Bellevue ont décidé de lui envoyer des lettres caricaturant la réforme du lycée et , par exemple, sa simplification. A Dole, les 4 professeurs de maths écrivent à leurs inspecteurs. « Notre questionnement aujourd’hui, suite à votre dernier courrier du 5 février 2019, se porte sur votre rôle d’intermédiaire entre la base (nous, les enseignants) et les instances décisionnelles. Nous pouvons comprendre que, dans un sens, il consiste à faire mettre en oeuvre la volonté ministérielle et clarifier la mise en application de la réforme. Nous espérons néanmoins que vous jouez pleinement votre rôle dans l’autre sens, en faisant remonter les craintes, les désaccords, et même la colère que nous ressentons aujourd’hui… Comprenez bien qu’au sentiment d’abandon et de désillusion qui nous anime depuis la rentrée, est venu s’ajouter un sentiment de trahison suite à votre courrier du 5 février. En ce qui concerne l’équipe des professeurs de Mathématiques du lycée Charles Nodier, nous décidons délibérément de ne pas prendre part à l’enseignement scientifique de Première. Un jour peut-être y seront nous contraints pour des raisons de sauvegarde de poste, mais actuellement nous avons encore le luxe de pouvoir dénoncer cette mascarade qui consisterait à faire croire, par notre participation, qu’on y enseigne les Mathématiques »…

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Lycée pro : le Snuep Fsu réagit à la publication des programmes

« Comment amener vers l’excellence quand moins de temps de formation sera octroyé aux jeunes ? Quand les enseignements généraux seront ramenés à des compétences utilitaristes ? Quand les dimensions citoyennes et émancipatrices de la formation seront une nouvelle fois réduites ? », écrit le Snuep fsu après la publication par le CSP des projets de programme du lycée professionnel.  » En français, le programme proposé entérine un appauvrissement synonyme de renoncement à de véritables ambitions culturelles et citoyennes. Il rejoint nos pires craintes d’un enseignement général purement fonctionnel. En bac pro, le nombre d’objets d’étude diminue d’un tiers, notamment ceux à portée philosophique, et le nombre d’œuvres intégrales obligatoires presque de moitié… Pour les langues vivantes, les nouveaux programmes allègent et simplifient les deux axes utilitaristes préexistants consacrés à un usage des langues dans la vie quotidienne et au travail. L’examen devient plus axé sur le professionnel au détriment de la culture. Cela confirme l’abandon de la double finalité du Bac pro. »

Communiqué

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Loi Blanquer : le juste milieu penche pour le privé

« In medio stat virtus ». Voilà une formule que JM Blanquer reprend volontiers. Et il le fait le 14 février, dans cette 4ème journée de débat sur la loi Blanquer. Journée difficile puisque le ministre doit affronter des opposants remontés sur le financement des maternelles privées, puis sur l’accompagnement des enfants handicapés. En résumé de la journée : cadeaux du côté du privé, bourse serrée du côté des handicapés. Le « juste milieu » du ministre penche fortement…

Un cadeau royal au privé

Trois questions sont étudiées par l’Assemblée le 14 février : le financement des maternelles privées et ses conséquences pour les communes, le contrôle des enfants de 3 à 6 ans instruits à domicile, la mise en place de pôles de gestion des accompagnateurs d’enfants handicapés (PIAL). Point commun à ces trois sujets : pour la première fois la droite de l’assemblée et le ministre sont en désaccord frontal.

L’Assemblée aborde avec l’article 4 le point central de la loi Blanquer. Si la loi a déjà accepté l’idée de l’instruction obligatoire des enfants de 3 à 6 ans, cela concerne au final peu d’enfants (25 000). Mais cela change radicalement le statut des maternelles du privé sous contrat. Du coup leur financement par les communes devient obligatoire et elle doivent bénéficier des mêmes avantages que les maternelles du public.

C’est l’effet principal de la loi : permettre un transfert massif d’argent public vers l’école privée. La loi stipule que  » L’État attribue à chaque commune les ressources correspondant à l’augmentation des dépenses obligatoires qu’elle a consenties en application des dispositions des articles L. 212-4, L. 212-5 et L. 442-5 du code de l’éducation au cours de l’année scolaire 2019-2020 par rapport à l’année scolaire précédente dans la limite de la part d’augmentation résultant directement de l’abaissement à trois ans de l’âge de l’instruction obligatoire ».

L’instruction obligatoire à 3 ans est surtout un affichage puisque 98% des enfants concernés sont déjà scolarisés. Mais c’est un cadeau pour le privé. On estime que cette mesure coutera au total au moins 100 millions par an, peut-être 150, qui seront versés aux communes qui devront faire face à ces nouvelles dépenses de fonctionnement scolaires. Sur cette somme la moitié au moins correspondra à la prise en charge par les communes des écoles maternelles privées et ira aux écoles privées. En clair les communes devront rémunérer des Atsems dans les écoles privées comme dans le public. L’impact même de la loi sur ce point est probablement sous estimé car ce financement par l’argent public va permettre aux écoles privées de baisser leurs demandes aux familles et les rendre plus attractives pour toute l’offre primaire. Cela va créer un effet d’aubaine qui pourrait se traduire par une hausse encore plus importante des financements.

Mais toutes les communes ne seront pas a égalité devant l’obligation de financement. L’État devra compenser ces frais supplémentaires. Selon une décision du Conseil d’État, dont le Café avait rendu compte le 24 août, les communes qui ont donné leur accord à la conclusion d’un contrat d’association avec une maternelle privée ne seront pas aidées par l’État même si elles n’ont rien payé jusque là à l’école maternelle privée.  L’État n’aidera que les communes qui n’ont jamais donné d’accord à l’ouverture d ‘une école maternelle privée. D’une certaine façon, les communes les plus favorables au privé sont pénalisées par une mesure globalement très favorable au privé !

Second problème pour les communes : elles doivent déjà faire face aux dédoublements des Ce1 Rep à la rentrée. « On ne pourra pas tout faire », argumente M Lagarde (UDI), d’autant que l’Etat a plafonné les dépenses de fonctionnement des communes. A droite, MM Reiss et Hetzel plaident contre « l’injustice  » faite aux communes. Le mode de calcul pose aussi problème. Un amendement UDI (1138) est adopté contre l’avis du gouvernement. Il prévoit que le versement aux communes est recalculé chaque année. Après adoption le ministre exige un nouveau vote qui aura lieu à la fin des débats.

C’est le seul accroc arrivé au texte gouvernemental. L’Assemblée adopte cet article qui, pour la première fois depuis les années 1990, modifie l’équilibre entre public et privé au bénéfice de ce dernier.

Peines renforcées pour l’instruction à domicile

L’article suivant oppose nettement la droite et le gouvernement. Il introduit un contrôle renforcé des enfants de 3 à 6 ans instruits à domicile. Les Républicains et l’extrême droite plaident pour la liberté des familles. A gauche, G Pau Langevin veut un contrôle plus efficace, ce qui passe par des demandes d’autorisation préalable à l’instruction en famille et l’octroi à tous les enfants d’un numéro d’identification. « À défaut il y a des trous dans la raquette » : des enfants échapperont au contrôle et seront instruits clandestinement.

Le gouvernement ne va pas s’intéresser aux raquettes mais va renforcer les peines prévues. Un amendement gouvernemental (1112) prévoit que les fausses déclarations d’instruction à domicile soient punies d’un an de prison et 15 000€ d’amende. L’assemblée adopte un autre amendement de M Pupponi (826) punissant d’une amende de 7500€  les parents qui inscrivent leur enfant dans une école clandestine.

Les PIAL mis en place à la rentrée

Mais c’est sur le point suivant que le ministre va faire face à l’opposition la plus tenace. Par l’amendement 1058 le ministre veut généraliser les PIAL, des pôles inclusifs d’accompagnement localisés, expérimentés depuis la rentrée 2018. « Ces pôles coordonneront les moyens humains dédiés à l’accompagnement des élèves en situation de handicap au sein des écoles et établissements de l’enseignement public et privé sous contrat ». Il maintient aussi les AESH dans des contrats à durée déterminée de 6 ans.

Ces PIAL avaient été présentés au Sénat en 2018 par Philippe Thurat, sous directeur du budget de la Dgesco. Le problème du ministère c’est que le recrutement des AESH lui échappe puisque l’affectation d’un accompagnateur est décidée par les MDPH sur rapport des personnels de santé. Le ministère veut reprendre en main cette gestion et limiter la croissance du nombre de ces accompagnateurs. Selon P Thurat, un rapport non publié de l’IGAENR envisage une procédure d’accord préalable de l’administration de l’éducation nationale à l’avis de la MDPH. En attendant le ministère veut revoir la gestion des accompagnateurs en passant d’un gestion basée sur les élèves à une gestion par établissement. Chaque établissement, ou groupe d’établissements, aura un volume d’emplois qu’il affectera selon les besoins. Ce sont les PIAL. L’objectif est de limiter les affectations personnelles des AESH au profit d’affectations collectives. Et ainsi réduire leur nombre.

Ce projet rencontre une vie opposition sur le terrain. Un collectif des AESH  dénonce « une logique comptable » et « la destruction du projet d’école inclusive ». Pour le collectif, le transfert de la gestion des AESH aux PIAL aboutit au transfert de la réalisation du projet personnel de scolarisation (PPS) de la MDPH à une équipe éducative non formée au diagnostic.

La mesure est aussi très critiquée par les syndicats. La Fsu souligne « les fortes inquiétudes » générées par les PIAL chez les Aesh et les familles. « Une volonté de rationaliser à tout prix le temps de travail des AESH plutôt que d’améliorer leur situation ou celle des élèves qu’ils accompagnent ». Pour le Se-Unsa , « cette organisation ne doit pas remettre en cause le passage par la notification MDPH, garantie d’une distribution juste des aménagements et des moyens d’accompagnement ».

Le 14 février, JM Blanquer doit faire face à deux adversaires. À gauche, C Bouillon avait déposé une proposition de loi qui a été totalement vidée de signification par la majorité LREM. Elle prévoyait des garanties pour l’attribution d’un accompagnateur à chaque rentrée  et un statut meilleur pour les AESH. À droite, A Pradié a vécu la même aventure : une proposition de loi rejetée par la majorité. Il a le don pour faire de l’humour aux dépens du ministre et dénoncer certaines attitudes suffisantes.

Des amendements déposés par les Républicains et par La France Insoumise, dénoncent le passage de la gestion individuelle à une gestion mutualisée des accompagnateurs et  visent la suppression des PIAL. Ils sont rejetés. « On est à la fin du suspense… Je vous ai entendu répéter que des mesures fortes allaient arriver. Je pensais que vous ne pourriez pas jouer avec le feu avce cette brutalité. Vous n’allez pas vous en sortir avec si peu », prévient A Pradié en s’adressant au ministre.

Celui-ci plaide sur les efforts faits et dénonce l’attitude de l’opposition. « Depuis 2005 il y avait consensus ». Il souligne la hausse du budget consacré au handicap alors qu’avant lui « c’était zéro ».  Cela fait bondir C Bouillon qui rappelle la loi de 2013, le PLF 2014 avec la création des AESH, la bascule en 2016 des AVS vers les AESH, les créations de postes. Il rappelle que « E Philippe n’a voté aucune de ces mesures ». Au final, la majorité n’adopte que l’amendement gouvernemental et des amendements de rédaction de l’opposition. Un amendement 946 de la majorité impose l’inscription du principe de l’école inclusive dans le règlement intérieur des écoles et établissements.

Au bout de la 4ème journée de débat sur la loi Blanquer , l’Assemblée arrive juste à l’article 6 d’une loi qui en compte 25. Seulement un quart des amendements a été étudié. Il reste à étudier notamment l’établissement international, l’école du socle et la suppression du Cnesco. Les inégalités et l’autoritarisme seront encore au menu.

Loi Blanquer  : notre Dossier

Les PIAL présentés au Sénat en 2018

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Loi Blanquer : Le fossé se creuse assure le Se Unsa (enfin…)

« Ce projet de loi, aussi bien dans la méthode que dans le contenu, traduit bien le fossé qui se creuse entre le ministre et les personnels de l’Éducation nationale. Décidément, la confiance ne se décrète pas », juge le Se Unsa. Pour le syndicat,  » à chaque étape, le ministre creuse davantage le sillon de la défiance avec la communauté éducative. Tous les articles ne sont ni de même nature, ni de même portée, mais plusieurs d’entre eux contribuent bien à un projet de transformation de l’École. Ils traduisent une volonté de revenir sur plusieurs dispositions de la loi de Refondation pour mieux exercer un contrôle vertical ». Le syndicat cite  » la transformation du Cnesco en un conseil d’évaluation de l’École chargé de synthétiser les évaluations « maison »; « la reprise en main du ministère pour les référentiels de formation des personnels et la désignation de directeurs des INSPé (ex-Espé) »; « les expérimentations pédagogiques impulsées d’en haut » et la montée des inégalités notamment avec « l’EPLE international, qui accueillera des élèves sélectionnés ».

Communiqué

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Loi Blanquer : le Parti socialiste soutient le Cnesco

« Le ministre Blanquer ne semble pas supporter qu’une instance indépendante, ne procédant pas de lui, porte un regard indépendant sur les politiques ministérielles engagées. Il préfère la supprimer plutôt que de ne pas la contrôler. Mais comment celui qui prétend tout évaluer, avec une certaine frénésie, peut-il vouloir supprimer une instance qui en a fait son domaine d’expertise des politiques publiques ? », écrit le Parti socialiste. « Le système éducatif a besoin d’évoluer, de se transformer, de ne plus reproduire – quand il ne les aggrave pas – les inégalités sociales. Le CNESCO est l’un des outils de cette ambition pour l’école de la réussite de tous les élèves. L’enjeu n’est pas aujourd’hui de supprimer le CNESCO, mais de conforter son action. »

Communqiué

Blanquer ne garantit pas l’avenir du Cnesco

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Climat : la réplique jeune – Libé Par Nelly Didelot

Un peu partout en Europe, lycéens et étudiants se mobilisent pour des politiques d’ampleur en faveur de l’environnement. En France, premier tour de chauffe ce vendredi avec une journée de grève, sans l’aide de syndicats ni d’ONG.

Alors que le mois de janvier a vu s’accumuler les mauvaises nouvelles climatiques, entre accélération de la fonte des calottes glaciaires et des neiges himalayennes et confirmation que 2018 avait été la quatrième année la plus chaude de l’histoire, la seule éclaircie est venue des jeunes. Emboîtant le pas à la Suédoise Greta Thunberg et sa grève scolaire pour le climat (lire page 6), les élèves belges et suisses âgés de 12 à 18 ans ont décidé de sécher massivement et régulièrement les cours pour alerter leurs dirigeants sur l’urgence climatique, avant d’être rejoints la semaine dernière par plusieurs milliers de lycéens hollandais. Si l’on prend en compte des mouvements plus épars, en Allemagne ou en Australie notamment, 70 000 jeunes font grève pour le climat chaque semaine dans 270 villes, selon un décompte du Guardian. Un chiffre promis à augmenter grâce aux Français et Britanniques qui entrent à leur tour dans la danse ce vendredi, avec une première journée de grève qui devrait ensuite suivre un rythme hebdomadaire.

Dans chaque pays, la mobilisation s’est inscrite dans un contexte particulier. Les jeunes Belges veulent peser sur les élections fédérales de mai, tandis que le mouvement australien est né de l’opposition à l’ouverture d’une nouvelle mine de charbon. Mais partout, les moyens d’action sont les mêmes. Au-delà du choix très symbolique de la grève scolaire – qui proclame haut et fort que l’avenir éducatif et professionnel compte bien peu si les conditions d’une existence viable ne sont plus assurées -, ces mouvements sont tous spontanés, horizontaux, plus ou moins acéphales et nés grâce aux réseaux sociaux. De Bruxelles à Lausanne, les mêmes slogans barrent les pancartes : «Ta planète, tu la préfères bleue ou bien cuite ?» ou «Les dinosaures aussi pensaient qu’ils avaient le temps». Les jeunes grévistes ont conscience de s’attaquer à un problème international, qui ne pourra être résolu qu’à l’échelle mondiale. « On fait tous des efforts au quotidien pour polluer moins, mais maintenant on a compris qu’il faut des modes d’action collectifs si on veut des changements d’ampleur. C’est ce qu’on réclame», explique Piero Amand, 18 ans, cofondateur de Génération climat, un mouvement belge né avec les premières grèves scolaires.

Désobéissance civile

«Cette génération est la première à vraiment souffrir des dérèglements climatiques et la dernière à pouvoir agir, ce qui sécrète une forme d’angoisse», estime Victor Kristof, président de Swiss Youth for Climate, une association qui réunit des jeunes déterminés à agir pour l’environnement. Une étude de l’université de Gand publiée en janvier indique que la question environnementale est le premier sujet de préoccupation des Belges de 18-25 ans, quand elle n’est que le septième pour les plus de 50 ans. «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes ne sont pas nihilistes du tout. Ils croient encore aux possibilités de sauver le climat, à notre capacité d’action collective. Plus que les adultes, ce sont eux qui s’inscrivent dans la longue durée», souligne Sylvain Wagnon, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier.

Au-delà des grèves scolaires, les jeunes semblent aujourd’hui former le cœur des mouvements écologistes. Un collectif de sociologues, Quantité critique, mène depuis septembre une étude, encore en phase exploratoire, sur le profil des manifestants climatiques en France. «Les moins de 26 ans représentent la population la plus déterminée à se mobiliser pour le climat. Plus les manifestations sont petites, plus les jeunes en représentent une part importante, explique Maxime Gaborit, chargé de cours à Sciences-Po et membre du collectif. A la dernière mobilisation pour le climat à Paris, « l’Agora » du 27 janvier, les moins de 26 ans formaient 33% des manifestants d’après notre échantillon.»  

Plus motivés, les jeunes sont aussi plus radicaux. «Leur registre d’action joue sur l’émotionnel, mais leurs revendications sont très claires, analyse Stéphane Canetta, porte-parole de Greenpeace Suisse. En Suisse, leurs exigences, par exemple sur les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, sont plus drastiques que celles des ONG.» Les jeunes grévistes pressent pour un changement immédiat et de grande ampleur. Et certains sont plus politisés que d’autres. « On pense qu’on ne pourra pas résoudre la crise climatique sans changer notre modèle de société consumériste. Parler de croissance verte, pour nous, c’est antithétique», explique Piero Amand, de Génération climat, qui se veut la voix de l’écologie radicale au sein du mouvement belge. « Mais ce n’est pas du tout le message le plus répandu dans les manifestations, qui est moins politique, plus sur le registre « on a des preuves scientifiques des dégâts qui s’annoncent et des moyens de lutter, maintenant il faut que vous, politiques, vous en empariez ».» Le choix de la grève scolaire, revendiquée comme de la désobéissance civile, est lui aussi révélateur. «En France, la désobéissance civile est acceptée quasi unanimement par les militants climatiques que nous avons interrogés, mais les moins de 26 ans sont prêts à aller plus loin, ils acceptent les dégâts matériels justifiés par la cause climatique – à 66 %, contre 50 % pour le reste des participants», explique Maxime Gaborit.

Colombie

Les tentatives de poursuivre en justice les Etats pour les obliger à adopter des politiques climatiques plus ambitieuses se multiplient également. Dès 2015, 21  jeunes âgés de 10 à 21 ans, soutenus par l’ONG Our Children’s Trust, ont porté plainte contre le gouvernement américain. Ils l’accusent de mettre en danger leurs droits constitutionnels, notamment à la vie, par son inaction climatique et son soutien aux industries fossiles. Le procès, déjà repoussé à plusieurs reprises, aurait dû s’ouvrir en octobre mais la Cour suprême, dominée par les conservateurs, a gelé la procédure. En Colombie, la plus haute instance juridique a, elle, ordonné l’an dernier au gouvernement de mettre un terme à la déforestation, en lui rappelant son devoir de protéger la nature pour les générations futures, donnant ainsi raison à un groupe de 25 adolescents appuyés par l’ONG Dejusticia qui avaient attaqué l’Etat pour atteinte à leurs droits fondamentaux. Encouragés par cet exemple, sept mineurs portugais ont décidé de porter plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, après les incendies meurtriers qui ont ravagé leur pays cet été. Si toutes ces initiatives judiciaires ne sont pas couronnées de succès, elles représentent un moyen de peser sur les débats publics pour des jeunes qui ne sont souvent pas encore en âge de voter.

Faut-il voir dans ces «enfants du climat» l’émergence d’un mouvement écologique moins marqué politiquement et plus divers sociologiquement ? La mobilisation est trop récente pour que la réponse soit évidente, mais d’après les premiers résultats de l’étude de Quantité critique, ces jeunes n’ont pas un profil très distinct des manifestants des autres générations. «Ce sont essentiellement des jeunes issus de milieux CSP +, engagés dans un parcours scolaire assez long, marqués à gauche et plutôt sur le créneau de l’écologie radicale», explique Yann Le Lann, coordinateur de l’étude et maître de conférence en sociologie à l’université de Lille.

Etre pris au sérieux

Politisés ou non, les jeunes grévistes pour le climat font désormais face à deux défis majeurs. Il leur faut d’abord éviter la récupération de leurs mouvements, tout en les faisant vivre dans la durée. «L’indépendance et le caractère non partisan et spontané de ces mouvements sont leur force première, juge Stéphane Canetta, de Greenpeace Suisse. C’est ce qui leur permet de secouer le monde politique et la société tout entière. Il faut absolument qu’ils puissent les préserver. Nous, associations instituées, n’avons pas à nous y impliquer.» Les soupçons de manipulation ont rapidement suivi l’essor des grèves scolaires. En Belgique, la ministre flamande de l’Environnement a été contrainte à la démission le 6 février après avoir affirmé que les grèves étaient téléguidées par des organisations politiques. Dernièrement, c’est la Suédoise Greta Thunberg qui a été la cible d’attaques venues du milieu anarcho-écologiste, qui la soupçonnait d’être aux mains du «capitalisme vert», après son invitation au forum mondial de Davos, dont les grands patrons se sont servis pour se donner bonne conscience.

Le second défi est d’être pris au sérieux par les dirigeants. Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a jugé «fantastique» la première journée de grève des lycéens à La Haye, tout en affirmant ne pas pouvoir demander des mesures climatiques plus ambitieuses à son gouvernement. En novembre, au tout début de la mobilisation des jeunes Australiens, le Premier ministre, Scott Morrison, avait affirmé que « les écoles n’ont pas à être transformées en Parlements », et incité les élèves à passer moins de temps dans «l’activisme» et plus à étudier.

«Les autres combats n’ont aucun sens si celui-là est perdu. D’après le dernier rapport du Giec, il nous reste à peine douze ans pour agir et éviter des changements climatiques irréversibles, martèle Adélaïde Charlier, 18 ans, co-organisatrice du mouvement belge Youth for Climate qui a lancé la grève scolaire. Vouloir nous renvoyer sur les bancs de l’école et penser que tout va s’arranger, voilà ce qui est irresponsable

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Article Le Monde, la nuit des lycées du 12 février

Le Monde
https://www.lemonde.fr/education/article/2019/02/13/nuitdeslycees-jusqu-ou-faudra-t-il-aller-pour-que-ce-gouvernement-nous-entende_5423122_1473685.html

#Nuitdeslycées : «Jusqu’où faudra-t-il aller pour que ce gouvernement nous entende?»

Une trentaine de lycées ont fait l’objet d’occupations – ou de tentatives – le 12 février par des enseignants et des parents.

Par Mattea Battaglia Publié aujourd’hui 

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« Ce n’est qu’un début », martelait-on mardi 12 février au soir, d’une « salle des profs » occupée à une autre. Dans la trentaine d’établissements qui ont pris part, selon le recensement des enseignants mobilisés, à l’opération « nuit des lycées » en Ile-de-France, les sacs de couchage n’ont pas (ou peu) servi : la plupart des occupations – ou des tentatives d’occupation – ont pris fin aux alentours de minuit.

« On ne nous a pas laissé le chauffage, explique-t-on sur le parvis de la cité scolaire Marie-Curie de Sceaux (Hauts-de-Seine), l’un des cinq lycées du département déclaré comme mobilisé, où une quarantaine d’enseignants et presque autant de parents se sont réunis pour débattre du « devenir de leurs gamins ». Inquiets, mais dans une ambiance bon enfant. « Ce serait dommage qu’un mauvais rhume disperse le mouvement ! », souritune enseignante de français [tous les professeurs cités ont requis l’anonymat].

Portes closes

Au lycée Michelet de Vanves (Hauts-de-Seine), lui aussi recensé comme occupé, les participants sont moins nombreux qu’annoncé : les élèves et leurs parents ont trouvé portes closes en début de soirée. « L’opération de tractage en direction des jeunes n’a pas plu au proviseur, raconte Thibaut, qui y enseigne. On nous oppose l’argument de la sécurité. Mais ce sont quand même nos élèves qui sont les premiers concernés par la réforme. Pourquoi ne seraient-ils pas au centre des débats ? »

Dans cet établissement aux portes de Paris, la « nuit des lycées » s’est transformée en « réunion entre collègues », poursuit Thibaut : « On a quand même pu discuter avec une dizaine de parents, dont des élus de Malakoff, devant la grille de l’établissement. » Au lycée Jean-Renoir de Bondy (Seine-Saint-Denis), « une vingtaine de mamans nous ont rejoints après avoir couché leurs enfants », témoigne Jérôme, qui compte parmi les vingt-cinq enseignants mobilisés. A Paul-Valéry, établissement du 12e arrondissement de Paris, très peu de parents étaient présents, mais une quinzaine d’enseignants sont restés « résolument en veille », observe Alain, qui participe au mouvement.

Cet établissement parisien compte parmi la douzaine de lycées qui, depuis le 5 février, tente jour après jour de faire vivre une grève présentée comme « reconductible ». « Nous pensons que la gravité des attaques que subit le service public d’éducation à travers les réformes du lycée général et technologique, du baccalauréat, du lycée professionnel et Parcoursup, justifie une mobilisation d’ampleur », peut-on lire dans leur communiqué impliquant des enseignants de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Pontault-Combault (Seine-et-Marne), Bondy (Seine-Saint-Denis), Stains (Seine-Saint-Denis) et Paris.

« Après les heures de cours… »

Ces enseignants sont lucides : ils n’ignorent pas que leur mobilisation est « éparse », « variable », « évolutive ». Elle s’appuie sur les relais syndicaux dans certains départements, mais les tient à distance dans d’autres. Elle peut s’agréger aux « gilets jaunes » – comme cela s’est vérifié à Rennes – ou s’en tenir à distance. Elle revendique parfois une appellation – comme celle des « stylos rouges » –, ou peut rejeter toute étiquette. « L’ampleur de la contestation est d’autant plus difficile à mesurer que son expression, lycée par lycée, dépend beaucoup de l’attitude du proviseur qui n’est pas censé tolérer notre présence après les heures de cours », explique Mathieu Logothétis, du SNES-FSU 93, syndicat majoritaire dans le secondaire.Dans le lycée de Villemomble (Seine-Saint-Denis) où ce syndicaliste enseigne, un « débat apéro » avec les parents était prévu mardi soir. « Ambiance festive, invitation au dialogue : on est loin des occupations pures et dures », fait valoir M. Logothétis.

Rue de Grenelle, on se dit « attentif à ce qui se passe ». Dans les rectorats, on assure simplement « surveiller ».

Rue de Grenelle, on se dit « attentif à ce qui se passe ». Dans les rectorats, on assure simplement « surveiller ». « Avec Montreuil et Bagnolet qui frémissent en Seine-Saint-Denis, Vitry et Villejuif dans le Val-de-Marne, c’est la carte habituelle des mobilisations, très politique, qui se dessine, murmure-t-on au rectorat de Créteil. ça bouge dans des territoires où la France insoumise et le PCF sont très implantés. » Pas de remontées particulières au rectorat de Versailles. « Deux enseignants qui tractent devant un lycée, ça ne fait pas une mobilisation », souffle-t-on au rectorat de Paris.

Les participants, eux, veulent croire en une « montée en puissance ». Une première « nuit des lycées »,le 8 février, avait concerné une vingtaine d’établissements à Paris, Toulouse, Créteil, Dijon ou encore Lyon. Après la nuit du 12 au 13 février, un troisième épisode est évoqué. Des enseignants de Montpellier pourraient s’y associer. « Notre ministre affirme que les enseignants le soutiennent. Mais nous sommes déjà plus de 200 collectifs d’établissements mobilisés en France. Nous ne sommes pas la queue de comète mais bien l’avant-garde du mouvement », défend-on sur le parvis du lycée Marie-Curie de Sceaux. Sans donner plus de détail sur ce que recoupe, concrètement, un « collectif d’établissements ». 

Des tensions entre disciplines

Cette cité scolaire n’a pas de « tradition » de mobilisation, racontent les enseignants présents. « Ici, on a plutôt l’habitude d’encaisser, confieune enseignante d’histoire-géographie. Mais nous imposer cette réforme dans un calendrier politique qui n’est pas le nôtre, en prétendant qu’elle a notre aval, c’est inacceptable. » Autour d’elle, les enseignants acquiescent, puis évoquent à leur tour des « collègues excédés », « au bord des larmes », « sur le point d’exploser »… Des tensions entre professeurs de différentes disciplines, qui se sentent « mis en concurrence ».

« Nous imposer cette réforme dans un calendrier politique qui n’est pas le nôtre, en prétendant qu’elle a notre aval, c’est inacceptable », confie une enseignante.

Le contexte « n’aide pas », souligne un parent d’élève : « Entendre parler d’une « loi confiance » débattue à l’Assemblée [le projet de loi Blanquer], et voir tomber, au même moment, des dotations horaires [moyens en heures d’enseignement pour l’année scolaire à venir] qui nous mettront en difficulté à la rentrée, c’est incompréhensible. On nous caresse dans le sens du poil politiquement ; mais sur le terrain, on se sent floué, s’indigne ce parent. Jusqu’où faudra-t-il aller pour que ce gouvernement nous entende ? »

La plupart reconnaissent ne pas ou ne plus répondre aux appels à la grève lancés par les syndicats. Le dernier, le 24 janvier, n’a concerné que 8 % des professeurs selon le ministère de l’éducation, un tiers selon le SNES-FSU. « J’ai quatre enfants ; faire grève, je ne peux pas me le permettre, explique un professeur de mathématiques du lycée Curie. Et puis ça fait dix ans que le gouvernement ne réagit plus à nos défilés… Pour être écoutés, il nous faut nous mobiliser autrement, aux côtés des parents, des élèves. » « En trente-sept ans de carrière, je me suis mobilisée deux fois seulement, raconte l’une de ses collègues de français. La première fois, c’était contre Allègre [ministre de l’éducation de 1997 à 2000] ; la deuxième fois… c’est aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que contre Allègre aussi, le mouvement avait démarré localement. Et très progressivement… »

A défaut de « faire masse » sur le terrain, ces personnels ont bien compris que la bataille se jouait aussi sur le plan de la communication : sur les réseaux sociaux, les hashtags #stopreformesblanquer, #nuitdesetablissements ou #nuitdeslycées donnent à voir des salles des profs occupées. Ils donnent aussi à lire des listes d’établissements mobilisés ou susceptibles de s’agréger au mouvement.

Mattea Battaglia

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[FCPE] Réforme du lycée : le flou artistique !

Politiques éducatives

Cette année est marquée par la mise en place de la réforme du lycée qui se poursuivra jusqu’en 2021. Si le changement était attendu, les modalités de mise en œuvre, pensées à la va-vite, font craindre grand nombre de déconvenues. Revue de détails.

Bâtir un lycée où chaque élève aurait pu choisir ses matières en fonction de ses intérêts et aspirations, voilà ce que la FCPE espérait de la réforme initiée par le ministère de l’Éducation nationale. Aujourd’hui, force est de constater que si l’intention d’un lycée des parcours personnalisés se reflète dans la nouvelle organisation – un tronc commun de matières auquel s’ajoutent des enseignements de spécialité –, la mise en place prend des allures de flou artistique le plus total, et commence à inquiéter fortement les parents d’élèves.
« C’est une réforme qui a été construite à l’envers. On a le sentiment que tout a été conçu pour répondre au fonctionnement particulier de l’enseignement supérieur. C’est, ni plus ni moins, le chemin d’un système éducatif de plus en plus sélectif et compétitif », résume la FCPE.

De nombreux points posent encore question, et les éclaircissements ne semblent pas à l’ordre du jour. Très ennuyeux, quand on sait que les élèves qui sont entrés en seconde en cette rentrée feront donc les frais de cette improvisation ministérielle. En effet, ils devront passer le baccalauréat nouvelle formule en 2021, mais cette année, ils ne bénéficieront pas des heures dédiées à l’aide à l’orientation prévues par les nouveaux textes. Qui les aidera à choisir leurs enseignements de spécialité pour leur année de première et terminale ? Mystère.

Auront-ils par ailleurs réellement le choix des trinômes en première et binômes en terminale ? Seront-ils libres de leur combinaison ? Par exemple, un élève pourra-t-il opter pour « Mathématiques »,  « Humanités, littérature et philosophie », et « Sciences économiques et sociales » ou sera-t-il empêché dans son idée, jugée trop farfelue et non cohérente avec les formations de Parcoursup ? La note de service publiée le 26 septembre 2018 assure qu’il n’y aura pas de « bouquets » imposés par les lycées, mais qu’en sera-t-il dans la pratique ? Si toutes ces possibilités tombent à l’eau, autant dire que l’on revient au système des séries que la réforme devait abolir. La filière technologique n’a quant à elle fait l’objet d’aucune réflexion dans ce sens, puisque les séries ont été conservées, et l’organisation n’a été modifiée que pour correspondre un tant soit peu aux épreuves du baccalauréat.

Qui plus est, à côté de cette « guerre des disciplines », se profile aussi une « guerre des territoires ». Alors qu’à l’origine du projet, tous les établissements étaient censés offrir une palette de 12 spécialités, la note de service du 6 septembre 2018 a précisé qu’ils n’auraient obligation de garantir que 7 spécialités sur les 12 prévues initialement. Le même texte promet que les élèves pourront suivre une partie des enseignements dans un autre établissement s’ils le souhaitent, mais sur le terrain, la mesure risque d’être difficilement applicable. « Il nous est expliqué que l’ensemble des spécialités seront proposées aux élèves à l’échelle de l’académie, mais c’est un leurre, indique la FCPE. On sait très bien que tout le monde n’aura pas le loisir d’aller dans tel ou tel établissement. Les modalités de mise en œuvre semblent complexes : pour quelques heures par semaine, les élèves se rendront d’un lycée à l’autre ? Cela semble peu probable ».

Enfin, dernier reproche à formuler sur cette réforme et non des moindres, la pression imposée aux élèves. Le baccalauréat 2021, qui mixte contrôle continu et épreuves finales, devait permettre de sortir d’une logique d’examen couperet. Mais là non plus, la promesse n’a pas été tenue. Le ministère a imaginé un marathon sans fin pour les lycéens, avec une multiplication d’épreuves en cours d’année. Le bachotage a donc de belles heures devant lui !

Article publié le 23 octobre 2018.

Ressources

Le mode d’emploi “Réforme du lycée” de la FCPE (117.15 Ko)La classe de 2e générale et technologique (512.20 Ko)La classe de 2e STHR (sciences et technologies de l’hôtellerie et de la restauration) (508.74 Ko)Le cycle terminal de la voie générale (538.07 Ko)Le cycle terminal de la voie technologique (556.23 Ko)Le nouveau baccalauréat de la voie générale (505.62 Ko)Le nouveau baccalauréat de la voie technologique (507.27 Ko)Les langues dans la réforme du lycée (379.03 Ko)Les outils d’information du ministèr

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[FCPE] « Tout est mis en œuvre pour réintroduire un tri social »

Politiques éducatives

La réforme de la voie professionnelle entrera en vigueur dès la rentrée 2019. Au grand dam de nombre de professeurs, lycéens et parents d’élèves qui en dénoncent la visée utilitariste. L’éclairage de Laurence De Cock, professeure et historienne, membre du conseil scientifique de la FCPE.

Quels sont, selon vous, les principaux dangers de cette réforme ?
Laurence De Cock : Le premier danger est qu’elle minore les enseignements généraux, via la réduction du volume horaire des matières comme le français, l’histoire-géographie, les maths ou la physique-chimie. Il s’agit d’une signal inquiétant qui consiste à penser qu’une catégorie d’élèves – 30 % environ de la jeunesse de notre pays – n’a pas besoin de poursuivre, au-delà du collège, des enseignements de nature à nourrir son orientation et surtout à lui apporter un savoir éclairant. Cela revient à dire : vous allez faire un métier manuel, vous allez devenir des agents économiques, alors pourquoi vous enseignerait-on l’histoire du monde ou les pièces de Molière ? Outre la déconsidération que cette mesure jette sur les élèves de la voie professionnelle, elle risque de porter préjudice à leur parcours.


En quoi la minoration des enseignements généraux porte-t-elle préjudice au parcours des élèves ?
Elle a pour conséquence d’enfermer chaque élève dans une voie dont il ne pourra plus sortir. En effet, faute de savoirs généraux suffisants, il n’aura plus la possibilité de bifurquer vers l’université, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Or, il n’est pas rare que des élèves « choisissent » la voie professionnelle à un moment de leur vie où ils sont en rupture avec l’école, traversent une passe difficile, tout en prenant conscience quelques années plus tard que ce n’était pas ce qu’ils souhaitaient. À cause de l’orientation précoce induite par la réforme, ces élèves-là seront désormais condamnés à rester dans une voie professionnelle. Là encore, cela revient à leur dire : vous avez 14  ans – un âge où par définition personne n’est encore déterminé sur ce qu’il veut faire plus tard – mais nous allons décider pour vous de la voie qui vous est destinée.


Par ailleurs, la réforme vise à développer les partenariats avec le monde de l’entreprise et à renforcer le rôle des régions, que faut-il comprendre selon vous ?
L’idée sous-jacente est que l’État se déleste progressivement de sa responsabilité éducative sur les régions, elles-mêmes soutenues par des financements issus d’organismes privés comme les chambres de commerce. L’objectif à moyen terme est de sortir de l’Éducation nationale une partie de la jeunesse pour la faire entrer dans l’apprentissage qui devient central. Mais attention, cette réforme de la voie professionnelle n’est pas à considérer isolément du reste. Elle fait partie d’une politique publique éducative globale, qui va de la maternelle jusqu’à l’université – avec Parcoursup, par exemple, qui ferme la porte de l’université aux profils atypiques – et qui réintroduit de manière assumée un tri social. Autrement dit : on bat en brèche l’idée-maîtresse qui a toujours guidé les réformes de l’Éducation nationale, à savoir la démocratisation de l’éducation et un égal accès aux savoirs quels que soient son appartenance sociale, son sexe ou ses origines culturelles.

Ressources

Fiche 1 : Les réformes de la voie professionnelle en brefFiche 2 : Organisation des enseignements du bac et du CAP en lycée professionnelFiche 3 : Les parcours en bac pro et CAPFiche 4 : Les familles de métiers

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« Ce qui se passe ici, cette entraide, je n’avais jamais vu ça » : reportage à la maison du peuple de Saint-Nazaire

par Nolwenn Weiler 14 février 2019

A Saint-Nazaire, les gilets jaunes ont leur quartier général : la « maison du peuple », un ancien bâtiment du Pôle emploi qu’ils occupent depuis la fin novembre. Dans le bouillonnement des discussions, des débats et des actions, travailleuses précaires, retraités, chômeuses ou SDF s’y politisent à grande vitesse. Dans ce territoire marqué par une forte culture ouvrière, leur action s’articule avec celle des syndicats, dont ils reçoivent le soutien. Après bientôt trois mois d’une mobilisation nourrie par cette force collective, tout retour en arrière leur semble impossible : « Le mépris et la violence n’ont fait qu’accroître notre détermination. » Reportage.

L’après-midi touche à sa fin à la « maison du peuple » de Saint-Nazaire. Ce bâtiment de 900 m2 est occupé depuis deux mois par des gilets jaunes. Les manifestants, qui battent le pavé depuis le petit matin, ce 5 février, jour de « grève générale », arrivent au compte-goutte. Certains repartent illico rejoindre leurs « collègues », qui improvisent des soirées festives sur les ronds points occupés. Pour la première fois depuis le début du mouvement, la CGT avait appelé à rejoindre les gilets jaunes pour cette journée de mobilisation. Chacun fait part de son expérience : est-ce qu’il y avait du monde ? Comment cela s’est-il passé avec les syndicats ? Y avait-il beaucoup de policiers ? Les vannes fusent. Tout le monde rit. « C’est tellement agréable, après une journée de manif dans le froid de revenir à la maison du peuple. Il fait bon, il y a du café, et tous les gens », se réjouit Céline, qui a rejoint le mouvement courant décembre.

« Chaque fois que l’huissier se pointe pour que l’on dégage, les dockers menacent de se mettre en grève »

Héritière des bourses du travail et des usines occupées, espace d’élaboration politique et d’organisation d’actions, la maison du peuple (MDP) de Saint-Nazaire a éclos le 24 novembre. Ce jour-là, les manifestants se dirigent vers la sous-préfecture locale pour y tenir une assemblée citoyenne, comme dans bien d’autres endroits en France [1]. Ils trouvent porte close et décident alors de se diriger vers l’ancien bâtiment du Pôle emploi, inoccupé depuis des années. « Nous avons décidé d’y aller pour tenir notre assemblée. Et nous y sommes restés. C’est devenu un lieu d’organisation du mouvement, dit Philippe, habitué des luttes sociales et encore étonné de cette action très spontanée. Ce n’était pas du tout prévu. Peu de gens, parmi nous, avaient déjà occupé des lieux. »Je lis, j’aime, je vous soutiens

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Si fin novembre, beaucoup de gilets jaunes battent le pavé pour la première fois, plusieurs sont aussi syndiqués depuis longtemps. « Nous sommes dans un bassin ouvrier important. Avec une forte tradition syndicale », remarque Philippe. Plus de deux mois après le lancement du mouvement, les rangs se tiennent bien serrés. Deux des ronds points occupés dans la zone portuaire ont encore des cabanes. Et personne n’a l’intention de les laisser être détruites. « C’est grâce au soutien des dockers et des travailleurs portuaires que l’on tient depuis si longtemps, assure Philippe. Chaque fois que l’huissier se pointe pour que l’on dégage, ils menacent de se mettre en grève et la direction renvoie l’huissier chez lui. » Début décembre, le maire de Donges, commune limitrophe de Saint-Nazaire, avait également refusé de détruire les cabanes situées dans la ville, ce que le préfet lui avait demandé.

« Des mères au foyers, des chômeurs, des intérimaires font partie des piliers de la maison du peuple »

Les liens noués entre gilets jaunes et syndicats se sont faits plus formels depuis peu. Le rassemblement du 5 février est la première action conjointe officielle. Avant cela, « on a organisé des rencontres ici, à la maison du peuple. Chacun a fait part de sa méfiance et de ses attentes », se remémore Philippe. Les gilets jaunes craignaient d’être trahis et de voir la lutte centrée autour du travail, alors que leurs mobilisations parlent aussi du handicap, des services publics, des minima sociaux. « Des personnes éloignées du travail – mères au foyers, chômeurs, intérimaires… – font partie des piliers de la maison du peuple », ajoute Philippe. Côté syndical, on se demandait où étaient les gens en 2016, lors des gros mouvements qui ont agité la France contre la loi Travail. Ils avaient aussi peur de la casse.

Finalement, chacun a accepté les limites des autres. Et il a été décidé de profiter de cette situation pour inventer autre chose. « Les syndicats ont une implantation dans les entreprises que nous n’avons pas. Il y a parmi nous des travailleurs éloignés des syndicats qui peuvent, du coup, se rapprocher d’eux. Voire envisager de créer une section syndicale dans leur entreprise, parce qu’ils réalisent en discutant que c’est une façon de faire respecter leurs droits. » Les syndicats permettent de grossir les rangs des rassemblements qui se tiennent devant les tribunaux quand des gilets jaunes sont convoqués par la Justice, tandis que la maison du peuple offre à tout le monde une solide base arrière pour organiser des actions. « Le blocage du port, ce n’est pas une mince affaire. Il faut bloquer six entrées et cela demande pas mal de boulot. »

Le 5 février, deux ronds points ont été bloqués sur le port. Défilant à proximité d’un gigantesque paquebot sur le point d’être mis à l’eau, les manifestants ont tâché de débaucher les travailleurs d’Arcelor Mittal. Ils ont pu entrer dans l’entreprise, le temps de glisser un mot aux travailleurs, et de montrer que non, ils n’avaient pas l’intention de tout casser. « C’était fort de rentrer comme ça sur les lieux de travail », notent des retraités eux-aussi mobilisés ce 5 février. « Allez-y rentrez, c’est chez nous ! », glissait un gilet jaune aux manifestants intimidés de passer la porte de l’entrepôt.

« Ici il y a des gens qui bossent et qui dorment dans leur bagnole. On est dans le concret de la précarité »

Au fil des soirées à refaire le monde et des actions menées sur les ronds points, les liens se resserrent. « Je n’avais jamais vu ça. Tellement de gens différents dans un mouvement, dit « Jojo », un habitué des luttes sociales qui a notamment passé du temps sur la zad de Notre-dame-des-Landes. Yann, chômeur mobilisé dès le début du mois de novembre, et présent aux premiers jours de la Maison du peuple, lui renvoie le compliment : « Je me retrouve avec des jeunes qui se sont battus sur la zad. Je n’ai jamais compris le sens de leur lutte là bas. Et je ne comprends toujours pas, d’ailleurs. Mais on est là, ensemble, on discute, on s’engueule, on s’embrasse. Ce qui se passe ici entre nous, cette entraide, je n’ai jamais vu ça. C’est incroyable. C’est devenu comme une drogue. » « C’est la première fois que je côtoie des SDF au quotidien, raconte Céline, qui est institutrice. Avant, tisser des liens avec eux aurait été impensable pour moi. »

« Ici, il y a beaucoup de cabossés de la vie, ajoute Yann. Perso, je suis un enfant de la Dass, j’ai connu la violence. Quand j’écoute les anciens parler entre eux, ce que j’entends me fait mal. Il y en a qui ont eu des vies vraiment dures. » « Il y a beaucoup d’histoires personnelles de précarité, reprend Jojo. Un travailleur handicapé, qui fait 35h par semaine, nous a amené sa fiche de paie : 633 euros. Ça nous a fait bizarre. Il y a des gens qui bossent et qui dorment dans leur bagnole. On est vraiment dans le concret de la précarité. Ça pique. » Les vingt chambres de la maison du peuple sont occupées par des personnes en galère. Jojo habite l’une d’elles depuis le premier jour. « C’est mon premier logement, dit-il. En attendant que ma demande de logement social aboutisse. »

« J’étais dans ma petite vie, vautré dans mon canapé en train de regarder BFM. Ici, mon cerveau s’est remis à fonctionner »

« On fait beaucoup de social, reprend Yann. Les restos du cœur, le 115, les maraudes, ils viennent toquer chez nous. Mais on a dû clarifier les choses quand même, et dire que les gens étaient les bienvenus, y compris ceux qui avaient besoin de dormir au chaud, mais en précisant qu’ils étaient ici pour la lutte. On ne voulait pas que ce soit le bordel. » Très ordonnée, et bien tenue, la maison du peuple ne tolère ni drogue, ni alcool.

Autant qu’une base arrière pour les actions, la maison du peuple est devenue un lieu de formation. L’endroit fourmille de discussions en tout genre, d’échanges plus ou moins informels, d’ateliers, de conférences et d’assemblées générales. Il y a aussi des pièces de théâtre, des soirées cinéma, des dîners collectifs. « Ici c’est vivant H24, décrit Jojo. On parle de politique à longueur de journée, alors qu’avant les gens s’en foutaient. » « J’étais dans ma petite vie, vautré dans mon canapé en train de regarder BFM, s’esclaffe Yann. Ici, mon cerveau s’est remis à fonctionner. » Ce qui soude les gens, politiquement, est une volonté farouche de voir les richesses mieux partagées, et un effarement total face aux milliards de l’évasion fiscale.

« Ça fait douze semaines que ça dure. On dirait que les gens sont infatigables »

« On ne se rendait pas compte, avant, qu’il y avait tant et tant d’argent public volé, explique Céline. Ce n’est pas possible pour nous d’être traités d’enfants gâtés alors que les plus riches se gavent. Dans le débat national, il nous est clairement demandé quel service public il faut supprimer. Ils n’ont vraiment rien compris à ce que l’on veut. On lutte pour le maintien de tous les services publics. » « Il y a largement de quoi financer tout ça, si on arrête de filer le pognon aux riches », glisse Denis, ouvrier dans une entreprise d’insertion. Eric intervient et parle de « ces gros patrons qui négocient leurs primes de départ au moment où ils sont embauchés et avant même d’avoir prouvé quoi que ce soit ». Eric, Yann et Céline approuvent, évoquant aussi « les entreprises qui font des bénéfices et qui licencient quand même ».

« D’habitude, on entend une info, ça nous écœure, et puis on retourne au boulot. On reprend le rythme. Maintenant, on est dans la lutte. On se dit que ce n’est vraiment pas possible, tempête Céline. Et plus on est informés, plus on trouve ça injuste et écœurant. » La motivation s’aiguise au fil de la formation politique informelle et collective que les uns et les autres reçoivent à la maison du peuple. « Les ouvriers et ouvrières qui viennent à la maison ou sur les ronds points avant ou après leurs journées de travail sont increvables, admire Jojo. Ça fait douze semaines que ça dure. On dirait que les gens sont infatigables. »

Pour Céline, « le mépris et la violence n’ont fait qu’accroître notre détermination ». « Nous avons eu deux blessés graves ici », affirme Yann. Philippe est l’un d’eux : « Le 8 décembre, j’ai reçu un tir de LBD qui m’a provoqué une grave hémorragie interne. Je suis resté deux semaines à l’hôpital. » Le 29 décembre, un autre vent de panique a secoué le cortège des gilets jaunes. Le bruit a couru un instant qu’une personne de la maison du peuple était morte, frappée par un tir de LBD. « Tout le monde s’est tu. On a senti une grande angoisse, c’était terrible », se souvient « Kiki », un adolescent de 14 ans, le « bébé révolutionnaire » de la maison du peuple. Adrien, 22 ans, n’est pas mort ce jour là. Mais il a été salement amoché, avec plusieurs fractures au crâne [2]. « En janvier, quatre membres actifs de la maison du peuple ont été interpellés chez eux ou au travail. Trois d’entre eux passent au tribunal jeudi 14 février pour dégradations », ajoute encore Philippe.

L’autre menace judiciaire, c’est le risque d’expulsion, réclamée par le promoteur qui possède les lieux. Une audience aura lieu à la fin du mois de février, après avoir été reportée deux fois. « Ce qui se vit ici est tellement fort que même si le mouvement est écrasé, il en restera quelque chose », relativise Jojo. « La maison du peuple n’est pas qu’un bâtiment, elle se déplace avec nous », affirment plusieurs habitants dans une vidéo publiée le 1er février, qui appelle tous les gilets jaunes à ouvrir des maisons du peuple partout en France, « pour s’organiser durablement face à un pouvoir de plus en plus répressif. »

Côté action, la prochaine grande échéance, à Saint-Nazaire, est l’organisation de la seconde « assemblée des assemblées » au début du printemps [3], dans la droite ligne de la dynamique initiée, dans la Meuse, par les gilets jaunes de Commercy.

Nolwenn Weiler

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Notes

[1] Ce projet d’assemblée locale citoyenne a été lancé sur Facebook le 20 novembre. La vidéo a été vue un million de fois. Les gilets jaunes de la zone portuaire de Saint-Nazaire appelaient toutes les villes de France à organiser le même jour à la même heure une assemblée dans les lieux d’exercice du pouvoir exécutif. « Nous demandons aux autorités publiques de laisser le peuple entrer dans ces locaux qui sont les siens, qu’il a construit de ses mains », disaient-ils.

[2] Voir la conférence de presse donnée par sa mère ici.

[3] La première assemblée des assemblées s’est tenue à Commercy, dans l’est le 26 janvier dernier. Voir notre reportage.

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appel 19 mars….

Communiqué des organisations syndicales et de jeunesse

CGT, FO, Solidaires, UNEF, UNL, UNL SD

La situation sociale en France est marquée par l’expression diverse et multiple d’un mécontentement social grandissant, par l’aspiration à une véritable justice sociale et fiscale, par la dénonciation des reculs sur les libertés publiques comme individuelles. Le mouvement des gilets jaunes est l’expression récente de cette profonde crise sociale.

Alors que les annonces faites par le président de la République ou son gouvernement n’ont pas répondu aux attentes, alors que des lois portant atteinte aux libertés syndicales et de manifester sont votées, que les prix des produits de consommation courante continuent à la hausse, que la suppression de l’ISF n’est pas remise en cause, que le chômage progresse… Le « grand débat national » ne peut ni se substituer, ni contourner, encore moins être opposé aux revendications sociales et syndicales.

Pour les jeunes, les difficultés ne cessent de croitre : sélection, réforme du lycée et de la voie professionnelle, hausse des frais d’inscription des étudiant-es étranger-ères hors UE, progression de la précarité étudiante et gel des prestations sociales, ne font qu’attaquer le droit d’étudier.

En parallèle, le patronat, particulièrement celui des grands groupes, porte lui aussi une grande responsabilité dans l’exaspération sociale. C’est dans les entreprises et dans les services publics que les salarié-es sont considéré-es comme un coût et non pour ce qu’ils/elles sont : une richesse. C’est là que les conditions de travail se dégradent.

C’est partout que la précarité s’aggrave…

Dans ce contexte, il s’agit de gagner l’augmentation des salaires, des pensions et des minima sociaux, l’égalité femmes-hommes et un véritable droit à l’éducation et à la formation. Il s’agit aussi de renforcer notre protection sociale et notre système solidaire de retraite par répartition. Il s’agit enfin de répondre aux enjeux climatiques et environnementaux, tout en développant des emplois de qualité… C’est dans ce but que nos organisations appellent à l’élargissement et l’amplification de la mobilisation sociale.

Partout sur le territoire, nos organisations engagent un travail  en ce sens via des initiatives diverses dans les entreprises, dans les services publics et en prise directe avec les salarié-es, les retraité-es, les privé-es d’emploi et la jeunesse. Ainsi, nous placerons le débat là où il doit être.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la construction d’une nouvelle journée d’action, de mobilisation et de grève le 19 mars prochain. Nos organisations -CGT, FO, Solidaires, UNEF, UNL- s’engagent à poursuivre un travail commun donnant des perspectives à la mobilisation sociale. Nos organisations appellent à une puissante journée d’action, de mobilisations et de grève le 19 mars !

Montreuil, le 12 février 2019

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Les profs s’initient à de nouvelles façons de protester Libé

«Course de désorientation», évaporation de notes, abandon de galons… un vent d’inventivité souffle sur la mobilisation enseignante.

La grève ne mobilise plus? Qu’à cela ne tienne, les profs mobilisés contre la réforme du lycée, tentent d’autres modes d’actions. Toutes les idées sont postées sur la page Facebook «la chaîne des bahuts», pour donner des idées à d’autres «collègues». Ça marche plutôt bien. La semaine dernière, des profs ont organisé une soirée pyjama dans leur établissement, alors qu’ailleurs, s’organisait «une course de désorientation»… Revue de quelques initiatives vindicatives.

à Vence, ça dénote

La dernière fois qu’il a consulté ses notes en ligne, Léo, élève de seconde, est «resté bloqué» sur l’écran : «Toutes les notes d’anglais avaient disparu», raconte-t-il. Le lendemain, c’était au tour de celles de maths de s’évaporer. «Mercredi, on n’avait plus aucune note, sauf en sport et en SES (sciences économiques et sociales)… On est à la fin du deuxième trimestre et on n’a presque plus aucune trace de notre travail.»

Ce n’est pas un bug informatique auquel font face Léo et les autres élèves du lycée Henri-Matisse de Vence, dans les Alpes-Maritimes. Mais à la protestation des professeurs. Depuis une semaine, pour s’opposer à la réforme des lycées, ils font de la rétention de notes. «On travaille, on donne des contrôles, on corrige, on rend les copies. Mais on n’entre pas les notes sur le logiciel Pronote», explique Pierre Hély. Ce professeur d’histoire-géographie fait partie des 90 % d’enseignants présents à avoir validé le mouvement lors d’une assemblée générale il y a dix jours. «Les élèves non plus ne connaissent pas leurs notes, pointe-t-il. Seule l’appréciation est laissée.» Une compensation qui ne rassure ni les lycéens ni leurs parents. «Léo est un gamin qui fait hyper attention à sa moyenne, dit sa mère, Patricia. Là, il me dit qu’il ne sait plus où il en est. Il est dans le flou et l’inquiétude. Ça le perturbe un peu.»

Toucher aux sacro-saintes notes, c’est ce que recherchaient les professeurs du lycée de Vence. Un levier de pression qu’ils ont actionné pour faire parler d’eux et de leurs revendications. «Nous n’avons pas les moyens d’appliquer la réforme, affirme Pierre Hély. Actuellement, dans notre lycée par exemple, les groupes de langues sont allégés. L’année prochaine, les élèves risqueront de se retrouver à 35.» Le prof d’histoire-géo cite aussi le manque de directives précises pour préparer les terminales au nouveau «grand oral» du bac réformé, la «mise en concurrence des matières entre spécialités» et le manque de moyens pour l’accompagnement à l’orientation. «On nous a répondu qu’on pouvait effectuer ces 54 heures gratuitement, peste-t-il. Rien n’est prévu.»

Le lycée de Vence, c’est 1 000 élèves et 75 enseignants qui passent le portail chaque jour. Dans les couloirs de l’établissement jusqu’aux réseaux sociaux, on parle déjà de lycéens «pris en otage». «On utilise les armes dont on dispose», se défend Pierre Hély, par ailleurs au Snes, syndicat majoritaire chez les enseignants du secondaire. Il maintient que le gel des notes durera jusqu’à l’apport d’une enveloppe supplémentaire pour appliquer la réforme de Jean-Michel Blanquer «dans de bonnes conditions». «O n n’est pas en grève, on n’a pas cessé de corriger, insiste-t-il. On continue d’être au boulot.» Mais au retour des vacances de février, si rien ne change, les profs ont prévenu : le bac blanc sera supprimé.

à Toulouse, des profs moins principaux

L’idée est née d’un lycée toulousain, avant de s’étendre. A Déodat-de-Severac, la quasi-totalité des professeurs principaux, qui ont pour mission d’aider les élèves de seconde dans leur orientation, ont jeté l’éponge fin janvier. Depuis, sept autres lycées les ont suivi dans la démarche. «Faut dire que cette réforme nous plonge dans une telle situation…, explique Vincent Paret, professeur de maths à Deodat. Les collègues se retrouvent à conseiller des jeunes de 15 ans sans avoir d’informations précises à leur donner ! Les spécialités qu’ils choisissent aujourd’hui vont pourtant déterminer leurs chances dans Parcoursup. Or, on ne sait même pas ce que les universités vont leur demander.» Il explique que démissionner de cette fonction est une façon pour les enseignants de refuser de porter «la responsabilité d’envoyer ses élèves au casse-pipe.» Accepter d’être prof principal n’est pas une obligation de service, les profs «démissionnaires» ne sont donc pas passibles de poursuites disciplinaires. Il leur en coûte en revanche leur prime mensuelle de 100 euros.

à Rennes, jonction avec les gilets jaunes

Samedi après-midi à Rennes, en lieu et place des habituelles pancartes«Macron démission», c’est une grande banderole «Blanquer démission», du nom du ministre de l’Education nationale, qui s’est retrouvée en tête du cortège des gilets jaunes…Des profs du «collectif 35 contre les réformes du bac des lycées et contre Parcoursup» ont enfilé la fameuse veste fluo. «Entre les gilets jaunes et notre mobilisation, les revendications de fond sont les mêmes, explique Clément Cordier, membre du collectif et professeur en sciences économiques et sociales en Ille-et-Vilaine. Il s’agit d’égalité et de justice sociale. Les réformes de Jean-Michel Blanquer vont limiter l’accès à l’enseignement supérieur pour les élèves des zones rurales et des classes populaires.» En cause notamment, la réforme du bac, dont une partie sera en contrôle continu et donc susceptible d’avoir une valeur différente selon les établissements. Mais aussi celle des lycées, avec l’abandon des filières remplacées par le choix, pour l’élève, de trois «spécialités». «Certains lycées n’offriront pas le même éventail de spécialités et ce sont encore les familles les plus favorisées et les mieux informées qui pourront développer des stratégies pour leurs enfants, déplore Alice, prof de maths à Combourg .

En se rapprochant des gilets jaunes, le collectif espère également donner une meilleure visibilité à ses revendications et un nouvel élan à une mobilisation en recherche d’un second souffle. Clément Cordier explique : «En manifestant en dehors des jours de travail, on peut toucher davantage l’opinion.»

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grève reconduite au lycée Mozart du blanc mesnil communiqué

Communiqué des personnels en grève du lycée Mozart du Blanc Mesnil (93) : 4ème jour de grève reconductible

L’AG organisée ce matin à 7h45 a décidé de reconduire la grève ce mercredi 13 février 2019. une nouvelle AG décidera demain matin de la reconduction le jeudi 14 février.

Les personnels mobilisés du lycée Mozart ont décidé de continuer à participer au mouvement de grève reconductible engagé par de nombreux établissements en idf depuis mardi dernier afin d’entretenir l’énergie du désordre qui permettra, au sortir des vacances de février, de donner une ampleur nationale au mouvement en cours.

Hier soir, les membres du CA n’ont pas siégé pour dénoncer les conséquences désastreuses qu’aurait la reforme Blanquer si elle était mise en application l’an prochain sur lycée mais aussi de protester vigoureusement contre la stratégie d’opacité de la direction qui refuse encore aujourd’hui de nous communiquer le TRMD provisoire qui nous permettrait d’avoir une vision globale sur les choix de répartition des moyens qu’elle a décidé de mettre en œuvre (la déclaration ci jointe a été lue hier au CA). Nous constatons que tous nos efforts pour obtenir des informations ou engager une communication avec la direction sont vains à ce jour puisque ceux -ci sont , in fine, assimilés à de la « pression ». Une lettre au rectorat va être envoyée afin de rendre compte de cette situation qui témoigne de la logique répressive déjà à l’œuvre que ne fera qu’accentuer le premier article de loi faussement nommée de l’ « Ecole de la Confiance » votée ces jours-ci .

Ce jour de grève nous a également permis d’affiner et de tenter d’étendre nos actions futures.

Une demande a été faite aux parents représentants pour qu’ils organisent une réunion sur la réforme Blanquer et ses conséquences car cette possibilité a été refusée aux professeurs.

Des textes permettant de démissionner du poste de PP, de refuser de l’être l’an prochain ou d’accepter des heures supplémentaires sont en préparation.

La presse a été contactée.

Contact mail : lyceemozartenlutte@gmail.com

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Communiqué : Grève reconductible au lycée Maupassant de Colombes (92) Mardi 12/02

Communiqué : Grève reconductible au lycée Maupassant de Colombes (92) Mardi 12/02

Communiqué du lycée Guy de Maupassant 92 (académie de Versailles)

mardi 12 février 2019

    Hier lundi 11 février 2019, les enseignants du lycée Guy de Maupassant se sont réunis en Assemblée Générale. Nous avons voté à l’unanimité les revendications suivantes :

– le retrait de la réforme du lycée général et technologique ;

– le retrait de la réforme du baccalauréat ;

– une augmentation des moyens attribués à l’établissement pour l’année prochaine (85h soit l’équivalent de 5 postes d’enseignants).

    Contrairement à ce qui avait été annoncé par l’inspection d’académie lorsque nous avions été reçus le mercredi 9 janvier 2019, les moyens attribués au lycée Guy de Maupassant ne permettent pas de maintenir des conditions correctes d’étude pour nos élèves (30 élèves par classe maximum, cours en demi-groupes, projets comme les entraînements au baccalauréat ou la convention Sciences Po). Pourtant, notre établissement fait partie des lycées général et technologique du département avec la plus importante proportion d’élèves issus de milieux défavorisés (69,5 %). Notre lycée a toujours relevé de l’éducation prioritaire mais force est de constater aujourd’hui qu’aucun moyen spécifique ne lui est attribué pour permettre la réussite de nos élèves.

    Si la baisse de moyens pour le lycée est aussi drastique à la rentrée prochaine, c’est bien parce que la réforme n’obéit qu’à une logique comptable (2 600 suppressions de postes dans le secondaire prévus par le ministère). L’autre conséquence flagrante de la réforme dans un établissement comme le nôtre, c’est la mise en péril de l’avenir de nos élèves. En effet, l’instauration d’un bac local ne pourra que défavoriser nos élèves dans l’accès à l’enseignement supérieur. Cette situation est d’autant plus alarmante que déjà l’année dernière, de nombreux élèves du lycée n’ont pas eu d’affectation satisfaisante sur Parcoursup.

    C’est pour cela que nous avons rejoint la grève reconductible aux côtés des nombreux autres établissements d’Île-de-France qui partagent les mêmes revendications. Nous avons également décidé d’organiser un temps fort de grève conjoint jeudi 14 février avec les collèges de Colombes. Ces derniers connaissent eux aussi d’importantes pertes de moyens pour la rentrée 2019, ce qui entraînerait une hausse du nombre d’élèves par classe.

Les enseignants mobilisés du lycée Maupassant, soutenus par les sections syndicales CGT éduc’action, SNEP-FSU, SNES-FSU, SN-FOLC, SUD éducation.

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Loi Blanquer : la confiance ne se décrète pas !

La loi Blanquer dite de « l’école de la confiance » qui avait  pour but essentiel d’abaisser l’âge de la scolarisation obligatoire à 3 ans est devenue un véritable fourre-tout au service du projet idéologique du gouvernement. La FSU y lit la volonté du Ministre de l’éducation d’imposer des transformations importantes tant dans l’organisation de l’École que dans les contenus à enseigner.

Depuis plusieurs mois, la FSU a exprimé au Ministre de l’Éducation ses réserves et ses inquiétudes sur ce projet. Elle a formulé de nombreuses propositions et amendements notamment lors du Conseil supérieur de l’Éducation. Aucun n’a été intégré. La FSU dénonce un projet de loi qui ne prend pas en compte les avis de la communauté éducative. Et elle s’inquiète de ces articles disparates qui ouvrent la voie à d’autres réformes profondes pouvant être décidées par ordonnances ou textes réglementaires.

Les sujets de préoccupations de la FSU sont nombreux et la FSU alerte les parlementaires sur les choix qu’ils sont amenés à faire.
Ainsi, alors que la loi de 1983 présente des garanties d’équilibre entre les droits et les obligations des fonctionnaires, l’article 1 du projet cherche à renforcer le contrôle de l’expression des agent-es. Pour la FSU, l’obligation de neutralité des fonctionnaires ne peut pas se transformer en une atteinte à la liberté d’expression et de fait à une contrainte au silence.

Sous les apparentes générosités d’un développement d’une scolarité en maternelle, les articles 2 à 4 servent en réalité de prétexte pour contraindre les collectivités territoriales à financer les écoles maternelles privées. Cette obligation de financer les écoles privées se fera aux dépens des écoles publiques. Pour la FSU, il est indispensable de préserver le financement des écoles publiques.

La création d’établissements publics des savoirs fondamentaux serait lourd de conséquences tant sur les personnels que sur les usagers en transformant l’organisation scolaire, les statuts des personnels et en recentrant les enseignements dispensés sur le fameux “lire-écrire-compter-respecter autrui”.

Pour la FSU, l’évaluation des établissements prévue (article 9) demanderait à s’exercer sous l’autorité d’une instance indépendante. C’est au contraire à des personnes choisies par le ministre de l’Éducation nationale et la majorité parlementaire que cette mission pourrait être confiée. N’offrant aucune garantie d’indépendance, cette évaluation risque d’être instrumentalisée pour légitimer les choix politiques ministériels.

Avec la création des nouveaux instituts du professorat (articles 10-12) basée sur une conception du métier d’enseignant réduite à des fonctions d’exécution et des enseignements centrés sur les « fondamentaux », rien ne garantit l’amélioration de la formation initiale des enseignants. Et La FSU n’acceptera pas le recours de recourir aux étudiants pour effectuer des remplacements dans les classes.

Enfin, il serait inacceptable pour la FSU de renoncer à l’instruction obligatoire pour les enfants étrangers (modification à l’article 2).

Si la FSU a exprimé sa satisfaction sur le renoncement du Ministre à la fusion des académies, elle constate que l’article 17 offre un blanc-seing inacceptable, par le biais d’ordonnances, permettant des réorganisations dont les perspectives ne sont pas fixées par la loi et un renforcement des pouvoirs des recteurs de régions.

Ce projet de loi ne répond pas à l’exigence de démocratisation du système éducatif ni à la nécessité d’améliorer le service public d’éducation pour assurer la réussite de tous les élèves et l’élévation du niveau de qualification. L’amélioration de notre système éducatif exige une construction commune, concertée et ambitieuse.
La FSU demande aux parlementaires de ne pas voter cette loi et l’ouverture  de discussions.

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Loi Blanquer : un débat nauséeux

« On ne parle pas d’éducation, on parle chiffon ». La formule de la députée S Rubin (LFI) résume assez bien la deuxième journée de débats sur la loi Blanquer. Mais il faudrait ajouter : « chiffon puant ». Car les 8 heures de débat ont été accaparées par l’examen d’amendements particulièrement réactionnaires déposés par la droite et l’extrême droite. Une nouvelle fois le ministre n’a pas su résister à son attirance vers ce camp. Comme le 11 février pour les drapeaux, les députés LR et JM Blanquer ont fait amendement commun le 12 février. Au petit matin du 13 février, le débat en était encore à l’article 1 de la loi. Le 1bis n’est toujours pas atteint. Il reste encore 850 amendements et quasiment tous les articles à examiner.

Un uniforme pour les profs ?

En principe c’est une loi sur l’école. En réalité la seconde journée du débat sur la loi Blanquer a été l’occasion du déballage des idées les plus réactionnaires sur l’éducation, dans une sorte de surenchère permanente entre droite LR et extrême droite. Face à ces offensives outrancières, le ministre a marqué ses inclinaisons, répondant avec tact et légitimant les idées les plus mortifères pour l’école de la République.

La première journée de débat, le 11 février, s’était terminée par un accord LR et LREM sur l’obligation d’installer des drapeaux dans chaque salle de classe. La seconde journée a démarré sur la Marseillaise. L’hymne national est appris à l’école primaire. La question c’était l’apprentissage dans le second degré et la fréquence des chants. D’autres amendements ont posé la question du salut aux couleurs ou encore  l’affichage dans chaque salle de classe d’une carte de France. Une dizaine d’amendements ont porté  sur l’uniforme. Ainsi cet amendement 124 de Mme Trastour-Isnard (LR) demandant l’uniforme pour les élèves et aussi que « le chef d’établissement veille à ce que le corps enseignants porte une tenue conforme à l’autorité que doit inspirer un enseignant ».  « Un drapeau qui se lève, des uniformes, un hymne qui se chante. Ca ne me dit rien qui vaille pour notre démocratie », réagit le député M Larive (LFI).

Proximité idéologique LR – Blanquer

Face à ces amendements, JM Blanquer ne se braque pas. Bien au contraire, il répond avec beaucoup de tact. « Vous avez raison il faut une carte de France « , répond-il à D Lorion(LR). « L’amour du pays doit être partagé et c’est mon rôle de ministre de l’éducation. Mais ce débat nous amènerait à tapisser toutes les salles de classe de nos bonnes intentions ». Sur l’uniforme : « j’ai vu les bienfaits de l’uniforme. Je continue à l’encourager ». La proximité idéologique est telle qu’une députée LR, Mme Kuster, invite JM BLanquer à la rejoindre. « Vous vous retenez. Lâchez vous. Allez jusqu’au bout. On a besoin de vous ».

L’occasion est rapidement trouvée de secondes retrouvailles. Les Républicains et la majorité se mettent d’accord sur un amendement commun sur des sanctions pour les harceleurs  (amendement 1134).

Aussi l’amendement de V Petit (LREM) en faveur des parents homosexuels passe t-il sans autre réaction que celle ,indignée, de Mme Thill (LREM). Cet amendement demande que les questionnaires de l’éducation nationale parlent de « parent 1  » et « parent2 » au lieu de père et mère (834).

Lors de la seconde séance , le débat se porte sur l’histoire nationale, ou plutôt le roman national, et la priorité donnée aux familles en éducation sur l’Etat. A Ramadier veut qu’on apprenne les grands hommes de l’histoire de France et JM Blanquer rappelle qu’il a changé les programmes. L’EMC est particulièrement ciblée car portant une éducation morale qui devrait rester l’apanage des parents. Ce qui est enseigné à l’école doit l’être « dans le respect de l’éducation qu’il reçoit dans sa famille ». « Personne ne nie le rôle primordial des parents », répond JM Blanquer.

De nouveau le voile

Le point culminant est atteint avec un amendement d’E Ciotti (LR) pour interdire les mères voilées dans les sorties scolaires. «  »Il y a des quartiers où la majorité des mamans sont musulmanes et elles font confiance à l’école de la République. Si dans ces quartiers on exclut les mères alors il n’y aura plus de sorties et de parents au conseil d’école », explique F Pupponi. « Les écoles salafistes diront à ces parents : venez chez nous ».

« Je me suis déjà prononcé , j’ai recommandé aux directeurs d’école de ne pas avoir de signes ostentatoires lors des sorties scolaires » , répond JM Blanquer. « On a commencé à agir et on n’est pas en faveur du port du voile ».  

Les députés de gauche ont pu faire passer deux amendements. R. Juanico a fait reconnaitre l’importance de l’EPS dans la formation des élèves (amendement 697, article L 111-2 du code de l’éducation). G Serville (GDR) a fait passer un amendement inscrivant « la France d’outre mer » dans la diversité enseignée à l’école (amendement 1069).

Globalement la capacité des Républicains à dominer les débats est affirmée. Cette position de force est possible grâce à la connivence , transparente ou pas, avec JM Blanquer.

François Jarraud

Le dossier législatif

La première journée

Amendement 791

Amendement 1134

Amendement 697

Amendement 834

Amendement 1069

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Fonction publique : une nouvelle lettre des syndicats au gouvernement

Les 8 syndicats de la Fonction publique (Cgt, Cfdt, Unsa, Fsu, Solidaires, Fa-Fp, Cgc et Cftc) ont rédigé une lettre commune au premier ministre le 7 février. Dans ce document, « elles exigent une revalorisation salariale » et soulignent la politique salariale négative du gouvernement (gel du point qui était dégelé depuis 2016, jour de carence etc.). L’intersyndicale demande « la suspension du projet de loi relatif à la Fonction publique ». La politique de réforme de la fonction publique a été présentée par le premier ministre en juin 2018. E Philippe annonçait le recrutement de contractuels, la rémunération au mérite et la fin du paritarisme. En aout E Philippe avait été plus précis dans la ligne du rapport Cap 22.  Cette politique est e train d’être mise en oeuvre.

Le rapport Cap 22

En juin

En aout

Sa déclinaison en éducation

Et aussi ici

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Réforme territoriale : quels pouvoirs pour les simples recteurs ?

JM Blanquer va-t-il ou non abandonner la réforme territoriale ? De déclaration en déclaration, le paysage de la réforme territoriale évolue et se complexifie. Il semble bien que le maintien de 30 recteurs s’accompagne de la dépossession de leurs moyens.

Il est acquis que les 30 recteurs seront maintenus à coté des 13 recteurs de région académique. Cela a été annoncé par JM Blanquer lors du débat en commission sur la loi sur l’école. Mais lors de ce débat le ministre n’avait pas répondu a des questions précises de P Hetzel sur le pouvoir réel des recteurs face aux recteurs de région académique. Le 11 février, l’entourage du ministre répondait à la question. « Les BOP restent au niveau académique ». Les BOP ce sont les  budgets opérationnels de programme. En clair, cela veut dire que la trentaine de recteurs existants garderont un budget , ce qui n’était vraiment pas certain à l’issue des travaux de la commission.

Il y avait encore une ambiguïté. Les 13 recteurs de région académique seront les représentants du ministre vis à vis des simples recteurs et il y aura « un dialogue de gestion au niveau de la région académique », nous disait-on. Les recteurs auraient donc un budget mais devraient exécuter les instructions du recteur de région académique. En même temps il était dit en commission que l’administration sera réorganisée sur la base des régions académiques. Alors comment concilier ces inconciliables ?

JM Blanquer a été interrogé sur ce point au Sénat le 12 février. « Les rapprochements régionaux ne devront pas se faire au détriment de notre volonté de proximité », a répondu le ministre. « Ainsi, la départementalisation des décisions dans l’Éducation nationale sera renforcée à compter de la rentrée 2019. » JM Blanquer a annoncé un renforcement des pouvoirs des Dasen qui auront donc plus d’autonomie vis à vis des recteurs.

« Nous ne supprimerons aucun rectorat, mais nous fusionnons des services – les services d’orientation, par exemple, dont les équipes pourront se déployer à Lyon comme à Clermont ou à Grenoble. Il arrivera à Grenoble ou Clermont-Ferrand d’abriter le siège d’un service régional ».

Alors qu’il annonce aussi sa décision de maintenir un seul recteur pour Caen et Rouen, JM BLanquer semble entretenir une certaine ambiguïté. S’il est acquis qu’il y aura bien 30 recteurs, les pouvoirs réels de chacun semblent dans le flou. Un budget mais pas de services ? Une autorité mais des Dasen autonomes ? Quel sera réellement le poids des recteurs ? Un poids plume ?

Au Sénat du 12 février

Ajustements du 11 février

Blanquer va t-il abandonner la réforme territoriale ?

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