Si les fonctionnaires qui en ont bénéficié en 2016 et ceux qui devaient en bénéficier dès cette année ne seront pas touchés, les autres verront les mesures de revalorisation s’appliquer non pas en 2018 mais en 2019. La hausse de la CSG sera compensée aussi pour les temps partiels et les futurs embauchés.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics est aussi celui de la fonction publique et il ne mélange pas les genres. En recevant les syndicats de fonctionnaires pour parler salaires non pas à Bercy mais rue de Babylone, là où a longtemps siégé la « DRH » de l’administration, Gérald Darmanin a soigné le symbole pour son premier rendez-vous salarial. Les syndicats aussi.

Six jours après  leur mobilisation unitaire – une première depuis 10 ans -, ils ont parlé d’une seule voix, la CGT lisant une déclaration commune. Mais ils n’ont pas quitté la salle, ce qu’ils avaient prévu de faire si la réunion s’était tenue comme initialement prévu le jour de la grève. Bercy avait décidé de la reporter.

Des espoirs douchés

« Si c’est pour venir avec des propositions sérieuses, nous sommes prêts à attendre six jours de plus », affirmait lundi aux « Echos » le leader de la CFDT, Laurent Berger. Ses espoirs ont été douchés.

Gérald Darmanin a annoncé le report d’un an de l’application de l’accord sur les carrières et les rémunérations (PPCR) négocié par le précédent gouvernement. Si les fonctionnaires qui en ont bénéficié en 2016 et ceux qui devaient en bénéficier dès cette année ne seront pas touchés, les autres verront les mesures de revalorisation s’appliquer non pas en 2018 mais en 2019.

Selon l’entourage du ministre, 4,4 millions d’agents sur les 5,4 millions sont concernés par le report qui permettra d’éviter 800 millions d’euros de dépenses l’an prochain.

Une « prime pérenne »

Les syndicats ont dénoncé « un mauvais signal donné à l’ensemble des agents de la Fonction publique », selon les termes de Luc Farré, de l’UNSA. « On ne peut que regretter ce qui s’annonce pour 2018 », a déploré Mylène Jacquot, de la CFDT.

Sur la compensation de la hausse de la CSG de 1,7 point, ils n’ont pas non plus obtenu gain de cause puisqu’ils réclamaient, à l’image du privé, un coup de pouce au pouvoir d’achat, mais comme l’a expliqué Bernadette Groison, de la FSU, « cela a été un peu meilleur que ce qui était prévu avant la réunion ».

Alors qu’était évoquée une dégressivité dans le temps, le ministre des comptes publics a acté une « prime pérenne » en sus de la suppression de la contribution de solidarité des fonctionnaires et contractuels au régime d’indemnisation du chômage.

En outre, Gérald Darmanin a annoncé que les agents à temps partiel décidant de revenir à temps plein et les futurs embauchés bénéficieront aussi de la compensation de la hausse de la CSG, qui sera revalorisée en 2018 et 2019. Quant au gain de pouvoir d’achat promis par Emmanuel Macron, il viendra plus tard, a expliqué l’ancien maire de Tourcoing. « Il y aura une augmentation du pouvoir d’achat faite non de mesures générales mais fondée sur le mérite », a-t-il affirmé. Un dossier ultra polémique.

Revalorisation des astreintes

Le ministre a par ailleurs promis le lancement, avant la fin de 2017, de discussions sur une revalorisation de l’indemnisation des astreintes, travail de nuit et frais de mission bloquée depuis des années ; relance de la Garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA) pour les agents ayant perdu du pouvoir d’achat sur les quatre dernières années ; ouverture d’une négociation sur le financement de la protection sociale complémentaire des agents.

Du côté des syndicats, on est resté prudent à la sortie de la réunion. Mais rendez-vous a été pris entre eux le 26 octobre. « Nous allons nous revoir tous et prendre le temps de l’analyse », a expliqué Bernadette Groison à la sortie de la réunion. « Nous n’excluons pas une nouvelle mobilisation mais à ce stade il est trop tôt pour le dire », a affirmé Christian Grolier, de Force ouvrière. Seul Baptiste Talbot, de la CGT, a évoqué dès lundi « un prolongement de l’action du 10 octobre » dans « l’unité la plus large possible ».

Leïla de Comarmond