La ministre qui n’aime pas l’Ecole

Dans l’histoire de la république, les relations entre l’Education nationale et la Culture ont rarement été au beau fixe. Contraints de collaborer, les deux ministères ont des cultures et des objectifs différents et les frictions sont nombreuses. La nomination de Françoise Nyssen comme ministre de la Culture pourrait ne pas arranger les choses. La ministre a ouvert une école hors contrat jugeant que l’Education nationale traite mal les enfants différents.  » L’école Domaine du Possible » veut  » s’appuyer sur la curiosité et la joie d’apprendre plutôt que sur la contrainte, favoriser la recherche autonome des connaissances et une expérience active des apprentissages, comprendre le sens de ce que l’on apprend, vivre une relation forte avec la nature environnante ».

Dans la présentation de l’école, Françoise Nyssen prend à partie l’éducation nationale. » Nous avons eu un enfant différent. Nous avons avec lui beaucoup souffert du système et de l’idéologie de l’école en France. Précédemment, nous avons eu six autres enfants qui étaient passés par là sans que nous réalisions comme une évidence le sacrifice des enfants différents. Quand nous l’avons compris, c’était déjà trop tard… Les maîtres de l’école d’aujourd’hui sont là pour évaluer au plus près les apprentissages, les “manquements” et pour sélectionner “le meilleur” selon la méthode et le programme : nous ne formons pas des citoyens mais nous tendons vers la formation d’une élite, tout en sacrifiant les autres.  C’est pour tout cela que nous pensons devoir agir. Nos enfants ont droit à plus d’égards », écrivent Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani.

Installée dans un grand domaine agricole, cette école privée demande des frais de scolarité qui peuvent s’élever à 4200 € annuels.

Pourquoi l’école Domaine du possible

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Snpden : des « assouplissements » pour appliquer les mesures Macron

Dans un courrier adressé le 18 mai à JM Blanquer, le premier syndicat de personnels de direction, le Snpden, demande l’ouverture de trois chantiers. D’abord celui de la réforme du collège pour lequel le Snpden veut des simplifications administratives. Ensuite, celui de la réforme du lycée :le syndicat  veut de nouveaux programme et une réforme du bac pour en faire un vrai diplôme d’entrée dans le supérieur.

Simplifier le retour des bilangues

 » Le SNPDEN espère que trois chantiers seront rapidement ouverts », demande le Snpden dans une lettre envoyée le 18 mai au nouveau ministre de l’éducation nationale. « D’abord, l’instauration d’une plus grande sérénité au sein de l’institution scolaire en donnant aux établissements les possibilités d’apporter les assouplissements parfois nécessaires pour clore les polémiques inutiles sans que soient remises en cause les réformes engagées ».

Pour Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, interrogé par le Café pédagogique, il s’agit de donner des instructions pour simplifier les aménagements de la réforme du collège qui s’imposent sur le terrain. E Macron a réaffirmé sa volonté de rouvrir les  classes bilangues. Pour P Tournier, « il faut tourner la page là où il y a ds points de fixation », sur la réforme,. « Le rétablissement des bilangues a un coût dérisoire », de nombreux professeurs d’allemand étant en sous service. Mais « pour faire cela il y a beaucoup de paperasse ». C’est cette simplification que souhaite le syndicat. Le Snpden s’était dressé avec succès cotre la circulaire contraignante publiée par la Dgesco pour la réforme du collège.

Réformer le bac et les programmes du lycée

Le Snpden souhaite aussi que soit abordée la question « de la connexion du secondaire et du supérieur, en interrogeant la forme du baccalauréat et les programmes du lycée ». Le programme d’E Macron propose de réduire le bac à 4 épreuves terminales qui serviraient de base à la sélection des étudiants par les universités. Le bac ne donnerait plus accès librement au supérieur.

Cette perspective convient au Snuipp. « La sélection existe déjà de fait », affirme P Tournier. « On n’est pas pour la sélection mais pour poser des pré-requis pour l’entrée dans le supérieur », continue P Tournier. Pour le Snpden le bac ne doit plus être le certificat de fin d’études secondaires. Il doit redevenir le ticket d’entrée dans le supérieur.  Pour cela il faut pour le Snpden des « épreuves ponctuelles modernisées ».

Autre enjeu, il faut que les programmes du lycée soient revus à la fois pour étre ajustés aux nouveaux programmes du collège et pour préparer au supérieur. « Pour nous la réforme du lycée ne doit pas être une réforme de son organisation mais de ses programmes », affirme P Tournier .

Justement le Snpden veut l’abandon « des grandes réformes traumatisantes » et « la confiance aux établissements » notamment envers les personnels de direction.

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Maitres + et rythmes : le Snuipp contre les projets Macron

Les deux points principaux du programme éducatif d’Emmanuel Macron sont en train de se retourner contre lui. Le 17 mai, le Snuipp Fsu saisit le nouveau ministre à propos de la suppression des maitres surnuméraires (maitres +) et de la réforme des rythmes scolaires.

« Il n’est pas acceptable d’opposer la réduction de la taille des classes de CP et de CE1 au maintien du dispositif « plus de maîtres que de classes » », écrit Francette Popineau, co-secrétaire générale duSnuipp Fsu, le premier syndicat du primaire. « L’attribution d’un maître surnuméraire aux écoles de l’éducation prioritaire est plébiscitée par une grande majorité de nos collègues (86% d’enseignants satisfaits d’après l’enquête du SNUipp-FSU de juin 2016). Le dispositif permet de travailler plus collectivement et de faire évoluer les pratiques pédagogiques, il améliore le climat de classe et les apprentissages. Les enseignants de ces écoles ne comprennent pas que vous remettiez en cause un dispositif dans lequel ils se sont fortement engagés et qui montre ses premiers effets sur la réussite des élèves ».

S’agissant des rythmes scolaires, E Macron veut laisser les commune décider librement de l’organisation de la semaine scolaire. « Il est indispensable de remettre à plat cette réforme mais sans accentuer son caractère inégalitaire ce qui ne manquerait pas d’advenir si carte blanche était laissée aux collectivités ».

Le courrier du Snuipp

Le programme d’E Macron

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Data scolaire : des industriels et des syndicats saisissent le ministre contre la directive GAFAM

L’Ecole a-t-elle vraiment le droit de fournir les données des élèves aux grands groupes d’Internet , le GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) ? La question se pose après la révélation par le Café pédagogique, le 16 mai, d’un courrier du Directeur du numérique pour l’éducation, Mathieu Jeandron, invitant les responsables académiques à fournir aux GAFAM les annuaires des établissements. Des industriels, investis dans les ENT demandent des comptes dans un courrier que le Café pédagogique s’est procuré. Le Snes Fsu et la Cgt Education saisissent le nouveau ministre de ce qu’ils considèrent comme un « revirement lourd de conséquences ».

Le revirement du DNE

« Je tiens à vous confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (GAFAM et autres) dans la mesure où ils rentrent bien dans les services couverts par les conditions générales d’utilisation CGU « éducation »… Par ailleurs, je vous confirme qu’il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels ». La lettre de Mathieu Jeandron, Directeur du numérique pour l’éducation, que le Café pédagogique a révélé, invitait clairement les directeurs académique du numérique et les DSI à laisser les établissements donner les données sur les élèves aux géants d’Internet. Pour M Jeandron , interrogé par le Café, les élèves sont suffisamment protégés par les CGU (Conditions générales d’utilisation) de ces grands groupes.

En ouvrant grand les portes de l’Ecole aux GAFAM, le directeur du numérique revient par une simple lettre  sur des années de développement d’outils nationaux sécurisés, les ENT, et toute une culture de « sanctuaire numérique » pour l’Ecole.

La réaction des éditeurs français

Les industriels nationaux ne s’y trompent pas. Dans un courrier du 18 mai, que le Café pédagogique s’est procuré, les responsables de trois entreprises phares du numérique éducatif français, Arnaud Albou, CEO d’Open Digital Education, Alain Ecuvillon, DG de Itslearning et Hervé Borredon ,président d’Itop, demandent des explications à Mathieu Jeandron.

« Sous prétexte qu’elles disposent de « Conditions Générales d’Utilisation propres au monde de l’éducation », et sous couvert d’une déclaration CNIL, vous êtes donc prêts à transférer l’ensemble des annuaires académiques aux fameux ‘GAFAM’. Connaissez-vous bien le modèle économique de ces entreprises ? Savez-vous sur quoi la gratuité apparente de certains de ces services repose ? », interrogent-ils. Certaines de ces entreprises , comme Google ou Facebook, vivent principalement de revenus publicitaires rendus possibles par l’exploitation des données des utilisateurs.

« Quel est le cadre réglementaire imposé à Amazon, Google ou à Facebook ? Les “CGU Education” de chacun de ces éditeurs remplacent-elles dorénavant votre propre cadrage ? Vous dispensez ces entreprises américaines des contraintes (justifiées) que vous nous avez imposées depuis toutes ces années. C’est le monde à l’envers ! », écrivent les industriels.

« L’Espace Numérique de Travail est un dispositif central dans l’école qui constitue un “environnement de confiance, protecteur des données des élèves” selon la circulaire de rentrée 2017 du Ministère. Après des efforts importants de tout l’écosystème éducatif, des centaines de milliers d’élèves et d’enseignants sont connectés chaque jour », rappellent-ils. « Partout où nos déplacements professionnels nous conduisent (en Europe, au Brésil, au Mexique, en Amérique du Nord, en Afrique), ce modèle français interpelle et intéresse. Tous nous envient cette capacité à adresser des problématiques territoriales, à généraliser des solutions à l’échelle de centaines de milliers d’élèves, le tout avec une autonomie pédagogique, éditoriale et économique. Du moins, tous ceux qui ont compris que les bases centralisées commerciales ne pouvaient être la solution aux nouveaux enjeux de l’éducation, ceux de la collaboration, de l’éducation aux médias et à l’identité numérique, de la prévention des risques inhérents aux usages des réseaux sociaux commerciaux… »

Les trois dirigeants d’entreprise mettent en cause le nouveau ministre. « Est-ce là le mandat que vous aurait déjà confié la nouvelle équipe ? Ou une prise de position plus personnelle ? », écrivent-ils.  « S’il vous plaît, expliquez-nous ! »

La Cgt et le Snes montent au créneau

De leur coté, le Snes Fsu et la Cgt Education  saisissent le ministre par une lettre publique.  » Un revirement lourd de conséquence vient d’être opéré au ministère de l’éducation nationale : avant la nomination du nouveau ministre, le directeur du numérique pour l’éducation incite clairement les cadres académiques à l’utilisation des outils des grandes multinationales du numérique (notamment les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) au mépris de la protection de l’identité numérique des élèves et des personnels. Il ignore délibérément les risques évoqués par la CNIL sur le traitement possible des données personnelles et scolaires des élèves (souvent mineurs), données particulièrement sensibles, et qui les suivront longtemps », écrivent les deux syndicats. « Les organisations signataires jugent inacceptables que les grandes multinationales du numérique puissent puiser à leur guise dans les données personnelles des élèves et des enseignants. Elles s’inquiètent qu’une telle décision aussi lourde de conséquences pour les personnes et la souveraineté des données puisse être prise par simple mél. Elles dénoncent cette tentative de passage en force contraire à l’État de droit et saisiront la CNIL et la Direction des affaires juridiques du ministère sur cette question. Elles demandent au nouveau Ministre de l’éducation nationale de clarifier rapidement sa position sur cette question.  »

Deux acteurs n’ont pas encore réagi dans ce débat. Mais ils ne devraient plus tarder à le faire. D’abord les collectivités territoriales qui ont englouti des sommes très importantes dans le développement des ENT au nom de la sécurité des élèves. Ensuite les associations de parents. Ce sont les données scolaires et privées de leurs enfants qui sont l’enjeu de ce bras de fer.

La lettre des industriels

Le Café révèle la décision du DNE

La lettre du Snes et de la Cgt

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La saga Facebook continue : les autorités ne veulent pas « Liker »

Publié le 18/05/2017 par Thierry Léonard, Thomas Dubuisson

Trois autorités de contrôle de protection des données ont encore condamné certaines pratiques de Facebook et sa politique en matière de cookies. France, Belgique, Pays-Bas en tir groupé ! Leur constat est unanime : Facebook enfreindrait toujours les lois nationales sur la protection des données. Selon Facebook, seule la loi irlandaise serait applicable et seul le DPA irlandais serait compétente pour délivrer une sanction. Cela n’a pas empêché la CNIL de prononcer une sanction et condamner Facebook à 150.000 euros d’amende.

Contexte

Au sein du Groupe de travail européen « Groupe 29 », un « Groupe de contact » a été créé après que Facebook ait annoncé en 2014 un changement dans sa politique de confidentialité. Ce groupe est composé des Commissions vie privée de la Belgique, France, des Pays-Bas, d’Espagne et de l’Allemagne. Chacune de ces autorités de contrôle a lancé une procédure indépendante en cours contre Facebook.

Selon Facebook, seule la législation irlandaise sur la protection des données serait applicable et l’autorité irlandaise serait compétente pour contrôler le traitement des données personnelles des utilisateurs du service en Europe. A l’inverse, les autorités du « Groupe de contact » considèrent, respectivement, que leur législation nationale de protection des données est applicable au traitement des données personnelles des utilisateurs et non-utilisateurs de Facebook dans leurs pays respectifs et que chaque autorité est compétente.

Ce 16 mai, la Belgique, la France et les Pays-Bas ont publié leurs résultats sur les pratiques de Facebook.

France : la CNIL condamne Facebook à 150.000 euros d’amende

La CNIL a « constaté que Facebook procédait à la combinaison massive des données personnelles des internautes à des fins de ciblage publicitaire. Il a aussi été constaté que Facebook traçait à leur insu les internautes, avec ou sans compte, sur des sites tiers via un cookie ».

Au regard des manquements constatés à la loi Informatique et Libertés affectant 33 millions d’utilisateurs en France, la CNIL a décidé de mettre en demeure Facebook de se conformer à cette loi. N’étant pas satisfaite des réponses qui lui ont été formulées, une procédure de sanction a donc été engagée.

La CNIL a considéré que Facebook collecte de données à des fins publicitaires en l’absence de base légale. En effet, « si les utilisateurs disposent de moyens pour maitriser l’affichage de la publicité ciblée, ils ne consentent pas à la combinaison massive de leurs données et ne peuvent s’y opposer » note la CNIL.

Elle reproche aussi à Facebook la « collecte massive de données effectuée via le cookie « datr » en l’absence d’information claire et précise ». Bien que Facebook plaide en faveur d’un outil de sécurité, ce « cookie espion » est en réalité un outil servant à pister les internautes, que ceux-ci soient utilisateurs ou non-utilisateurs du réseau social. Cette collecte serait « déloyale » d’après la CNIL.

Facebook, en outre, ne recueille pas « le consentement exprès des internautes lorsqu’ils renseignent des données sensibles dans leurs profils (ex : leurs opinions politiques, religieuses ou leur orientation sexuelle) », et ne démontre pas « en quoi la conservation de l’intégralité des adresses IP des internautes pendant toute la durée de vie de leur compte est nécessaire ». Par ailleurs, en renvoyant au paramétrage du navigateur, Facebook ne permet pas « aux utilisateurs de s’opposer valablement aux cookies déposés sur leur équipement terminal ».

En raison de ces manquements, une sanction de 150.000 € fut prononcée à l’égard du géant  américaine qui dispose désormais 4 mois pour faire appel devant le Conseil d’État.

Belgique : Facebook n’a toujours pas mis fin aux violations en question

La CPVP a publié de nouvelles recommandations (03/2017) à Facebook concernant le traitement de données à caractère personnel via des cookies, des plug-ins sociaux et des pixels.

Elle considère que « Facebook n’obtient toujours pas de consentement valable des personnes concernées. Elle estime en outre que la collecte de données à caractère personnel par Facebook à l’aide de cookies et de modules sociaux est excessive dans plusieurs circonstances ».

Depuis août 2016, la CPVP constate également que Facebook fait une grande utilisation des « pixels » afin d’obtenir des informations sur le comportement de navigation d’utilisateurs et de non-utilisateurs. Le « pixel » est un « tracker » qui a pour objectif d’informer lorsqu’un internaute réalise une action spécifique (par ex. un achat, une inscription, un téléchargement) sur un site web.

La Commission belge considère par ailleurs que les exigences légales en matière de consentement, d’équité, de transparence et de proportionnalité ne sont pas respectées, notamment en raison des faiblesses de l’information que Facebook communique aux personnes concernées et de l’insuffisance des choix que Facebook offre aux personnes concernées.

Elle sollicite l’application judiciaire de ses recommandations dans la procédure judiciaire au fond pendante devant le tribunal de première instance de Bruxelles ; les plaidoiries devraient avoir lieu les 12 et 13 octobre prochain.

Pays-Bas : Facebook est aussi en infraction

Après une enquête sur le traitement des données personnelles de 9,6 millions d’utilisateurs de Facebook aux Pays-Bas, le College Bescherming Persoonsgegevens a conclu que Facebook enfreint la loi néerlandaise sur la protection des données.

La DPA néerlandaise a également constaté que « Facebook utilise des données personnelles sensibles des utilisateurs sans leur consentement explicite. Par exemple, les données relatives aux préférences sexuelles ont été utilisées pour montrer des publicités ciblées ». Facebook aurait à cet égard apporté des modifications pour mettre fin à l’utilisation de ce type de données.

La DPA néerlandaise évalue actuellement si les autres infractions ont cessé. Si ce n’est pas le cas, la DPA néerlandaise peut décider de délivrer une sanction.

Pour être complet, notons qu’en Allemagne, le « Der Bundesbeauftragte für den Datenschutz » a délivré deux injonctions à l’égard de Facebook et qu’en Espagne, la « Agencia de Protección de Datos » a ouvert deux procédures de sanction.

Cette condamnation de la CNIL est hautement symbolique car, soyons honnêtes, 150.000 euros n’arrêteront pas Facebook. Cependant, l’étau se resserre… Sans parler de l’entrée en vigueur du GDPR : après mai 2018, la CNIL et les autres autorités seront en mesure de prononcer des sanctions bien plus significatives : 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires mondial d’un groupe. D’ici là, Facebook a encore quelques mois pour se conformer.

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Je n’ai rien à cacher. En fait si, et vous également !

Puis-je vous demander une copie de tous vos emails, de vos messages et photos sur Facebook, et de tous les fichiers sur votre ordinateur ? J’aimerais tout savoir sur votre vie privée.

Comment oseriez-vous répondre non ? Lorsque vous n’avez rien à cacher, vous ne pouvez pas faire de distinction entre ce que vous admettez rendre public et ce qui vous dérange un peu plus. Dès lors que vous imposez une barrière, vous avez quelque chose à cacher (et c’est bien normal !).

Nous autres, êtres humains, nous distinguons les uns des autres parce que nous avons tous une vie privée, une intimité que nous ne dévoilons pas à tout bout de champ.

La suite sur le site : http://jenairienacacher.fr/

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Classes bilangues : les professeurs d’allemand face aux mesures Macron

« Nous nous réjouissons de l’annonce faite par le Président de la République le 15 mai 2017 à Berlin, lors de la conférence de presse commune avec la Chancelière allemande Angela Merkel, d’une coopération renforcée dans le domaine de l’éducation et de la réouverture des classes bilangues dès septembre 2017 », annonce l’association des professeurs d’allemand (ADEAF) le 17 mai. « Nous avons cependant des interrogations sur la définition du parcours bilangue. Concernera-t-il uniquement la classe de 6ème ou les quatre années de collège ?  Et sur les modalités de sa mise en place : les moyens seront-ils pris sur les heures gérées en autonomie par chaque établissement donc en concurrence avec d’autres dispositifs, ou des moyens spécifiques seront-ils attribués ? » L’Adeaf demande « des moyens dédiés et un cadrage national ».

« Les établissements pourront décider d’affecter librement les 20% de a DHG qu’ils gèrent déjà en autonomie dans le cadre de la réforme », nous avait dit l’équipe d’E Macron. « Ils pourront affecter ces moyens aux EPI et à l’AP ou à la création de parcours bilangues ou langues anciennes par exemple ». Elle jugeait possible de conserver la Lv2 en 5ème et de multiplier ces parcours en 6ème.

« Dès la rentrée il est possible d’augmenter le nombre d’établissements proposant des classes bilangues en 6ème », nous avait dit Thérèse Clerc, la présidente de l’Adeaf le 3 mai. « Mais pas en demandant à chaque établissement autonome de se décider. Les bilangues coutent peu cher en moyens et de nombreux professeurs d’allemand devaient perdre des heures à la rentrée », affirme -t-elle. « Ce qui sera difficile c’est de revenir sur les répartitions déjà faites et de mettre les langues en compétition avec d’autres disciplines ».

Adeaf

Entretien du 3 mai

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Jean-Michel Blanquer : un idéologue au ministère

C’est un ministre plein d’idées sur ce que doit être l’éducation nationale qui revient au ministère de l’éducation nationale.  Il les a diffusées récemment dans deux livres qui sont les clés pour comprendre son action. Surtout il les a mises en pratique avant 2012 et n’a pas changé d’un iota depuis. Des idées qui sont aux antipodes de celles suivies depuis 2012. Pour l’Education nationale des temps compliqués commencent…

Le pilotage par la preuve

Jean-Michel Blanquer n’a jamais enseigné dans le monde scolaire. Mais il affirme qu’il y a des réponses scientifiques aux problèmes éducatifs. En novembre 2016 il nous disait : « oui, il y a de « vrais leviers »  pour améliorer l’éducation et leur caractère bénéfique est prouvé : une pédagogie explicite et progressive dès les premiers moments de l’école, le rapprochement parents-école, la formation des professeurs, l’autonomie des établissements, l’attention à des facteurs extra-scolaires comme le sommeil etc. Nous avons été trop victimes d’une approche idéologique ou « au doigt mouillé » aggravée par le caractère centralisé et bureaucratique de notre système. On doit le libérer en donnant à chacun les moyens d’agir et en éclairant l’action par la science ». Dans son discours d’investiture, le 17 mai 2017, il est revenu sur cette nécessité d’expérimenter.

Il prend cette idée à la lettre et l’applique de façon non scientifique et, comme les faits vont le démontrer, simpliste.  JM Blanquer est un spécialiste du droit. C’est au nom de la science qu’il participe sous de Robien en 2006 à une tentative d’imposer la méthode syllabique, peut-être dans une confusion entre la nécessité d’enseigner le lien graphème phonème et le B A BA.

Comme directeur de l’enseignement scolaire, il a imposé des évaluations à l’école primaire qui devaient piloter l’action ministérielle mais qui ont fini par être jugées « trompeuses » par le Haut Conseil de l’Evaluation, une structure pourtant instituée par la droite. Là aussi il n’y avait aucun  protocole scientifique sérieux. Il a également soutenu le projet Agir pour l’école, issu d’une  initiative du thinktank libéral Institut Montaigne, dont l’auto-évaluation  a été contredite par des expertises scientifiques.

Si Jean Michel Blanquer a si mal vécu cet épisode, c’est à cause du role qu’il donne à la pseudo évaluation scientifique. Elle n’est pas là pour faire avancer les connaissances mais pour légitimer des politiques ou des dispositifs ce qui  affecte gravement la qualité de la démarche.

Quatre idées de JM Blanquer

Ses autres idées sur l’éducation ont été présentées dans deux livres, « L’école de la vie » en 2014, puis « l’école de demain », titre prémonitoire, un véritable livre programme qui a perfusé dans le programme de E Macron.

Le premier principe c’est l’autorité. JM Blanquer veut cadrer les pratiques pédagogiques dans l’éducation nationale. Et pour que cela soit possible il souhaite renforcer les pouvoirs des chefs d’établissement et des directeurs d’école, qui deviendraient les supérieurs hiérarchiques des enseignants. Les enseignants seraient recrutés sur profil et évalués par les seuls chefs d’établissement, à l’image de ce qu’avait institué le décret Chatel en 2012 (annulé ensuite par Robien). Les inspecteurs disparaitraient, fondus dans un corps unique avec les chefs d’établissement (ce qui est une revendication de certains syndicats) et vaguement associés comme « experts disciplinaires » au controle des enseignants.

Le second principe c’est l’autonomie des établissements, c’est à dire en fait des chefs d’établissement. JM Blanquer s’en défend. En 2016 il nous disait :  » L’autonomie des établissements n’est pas synonyme de caporalisation mais de travail d’équipe. C’est une logique de responsabilisation ». Mais il souhaite que les chefs d’établissement aient une large liberté pour affecter la dotation horaire entre les disciplines.

Troisième principe : les fondamentaux, réduits par JM Blanquer aux seuls français et maths. Au primaire, ces deux disciplines représenteraient 20h / 26 h d’enseignement (actuellement il y a 24h d’enseignement). Dans le secondaire, elles représenteraient 10 heures hebdomadaires au minimum. Les collèges comme les écoles doivent être libres d’adapter le curriculum à leurs besoins. Autrement dit maths et français pourraient prendre le temps des autres disciplines.

Le quatrième principe en découle : c’est la hiérarchisation. Sous prétexte « d’intelligences multiples », pourtant peu développées au primaire, le nouveau « collège commun » préparerait des parcours spécifiques pour les élèves. Ceux ci seraient réunis en « groupes de compétences », une formule qui pourrait bien se réduire à des groupes de niveau. Enfin il recommande dans son livre la fin de la poursuite d’études supérieures pour les bacheliers professionnels.

Des idées mises en application en 2017 ?

Si on retrouve dans son livre l’essentiel du programme qui sera celui d’E Macron, ce n’est évidemment pas par hasard. « Une de mes lignes de conduite sera d’évaluer ce qui marche. Ma démarche sera scientifique. Quand on fait quelque chose on regarde si ça a des résultats positifs. Si oui on continue. Sinon on fait autre chose ». Le 17 mai 2017 , JM Blanquer revient sur l’évaluation pour légitimer les futurs choix politiques. Mais l’auto évaluation par le ministère des politiques  ministérielles n’a qu’une seule valeur : celle de faire taire les opposants et d’influencer l’opinion.

Sur JM Blanquer : entretien de 2016

En 2014

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Gazette d’@rrêt sur images, n°492. Edouard Philippe, et ses transparences à géométrie variable

Gazette d’@rrêt sur images, n°492

A l’origine, il ne s’agissait pour lui que de filmer son « pote de droite », un vieux copain de classe prépa, Edouard Philippe, maire du Havre. Mais voilà que le vieux pote, contre toute attente, est bombardé Premier ministre. Alerte générale ! Du coup, le documentaire est scruté à la loupe. Et le moindre détail prend des proportions inattendues ! Laurent Cibien, pote de gauche du Premier ministre, raconte sur notre plateau le tournage, et ses coulisses. Notre émission est ici (1).

Transparent avec son « pote », Edouard Philippe l’a été nettement moins avec la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qu’il a sèchement envoyée au bain, par exemple à propos de la valeur actuelle de ses propriétés immobilières. Nous le rappelons sur le plateau, avec quelques détails. Car en ce quinquennat naissant, nous souhations être aussi attentifs au « hors champ ». Par exemple, au fiasco très discret de la fusion américaine du géant parapétrolier français Technip. Cette fusion fut jadis défendue par un ministre nommé… Emmanuel Macron. Elle était conseillée part une banque nommée Rothschild. Conflit d’intérêt ? Pour creuser, il ne faut pas compter sur vos medias préférés. Notre enquête est ici (2).

Daniel Schneidermann

(3)

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[Cerises] La nouvelle droite sous le masque du centrisme

Entre deux élections, avec un « nouveau » gouvernement… Cerises, cette semaine, invite à une nouvelle vague d’insoumission face à la légitimité creuse de Macron !

Bonne lecture :

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Cerises
www.cerisesenligne.fr

2 rue Edouard Vaillant
Saint-Denis, 93200

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Les licenciements d’enseignants stagiaires ont doublé en trois ans

Erwin Canard  |  Publié le 10.05.2017 à 17H41

C’est dans les disciplines qui recrutent le plus d’enseignants que les licenciements sont les plus nombreux.

Un document du ministère de l’Éducation nationale, révélé par EducPros, fait état d’un doublement des licenciements de stagiaires entre 2013 et 2016 et d’une hausse des démissions. Des chiffres qui interrogent une nouvelle fois sur la sélectivité du concours et la formation des enseignants.

Enseignant stagiaire ne semble décidément pas être une sinécure. Après la mobilisation, il y a quelques semaines, à l’Espé (École supérieure du professorat et de l’éducation) de Grenoble, où les stagiaires dénonçaient notamment une surcharge de travail, un nouvel indice confirme la difficulté d’entrer dans la profession.

Le 4 mai 2017, lors d’un comité technique ministériel de l’Éducation nationale, la direction générale des ressources humaines du ministère a présenté le « bilan de la campagne de titularisation des personnels enseignants des second et premier degrés », qu’EducPros s’est procuré. Résultat frappant : le nombre de licenciements d’enseignants-stagiaires, c’est-à-dire avant leur titularisation, a doublé entre les années scolaires 2012-2015 et 2015-2016.

Pour le premier degré, la part de licenciements est passée de 1 % en 2012-2013 à 1,8 % en 2015-2016. Pour le second degré, la part de licenciés après la première année de stage est passée de 0,5 % à 1 %. Ainsi, en 2012-2013, sur 9.000 stagiaires, 44 étaient licenciés après la première année, 79 après la seconde et 342 voyaient leur année de stage renouvelée contre, respectivement, en 2015-2016 et sur 15.000 stagiaires, 144, 189 et 758. Les principaux motifs de licenciement sont connus : difficultés autour de la didactique, de la gestion de classe, de la pédagogie, de la posture d’enseignant ou des connaissances de la discipline.

La sélectivité du concours en question

C’est dans les disciplines recrutant le plus d’enseignants – mathématiques, lettres modernes et anglais – et pour lesquelles le ministère ne pourvoit pas tous les postes, que les licenciements sont les plus nombreux. « Plus on est en difficultés de vivier, plus on recrute des gens qui ne répondent pas aux attentes », pointe Stéphane Crochet.

« Si l’on ‘donne’ le concours à plus de monde, on est moins sélectifs. Nous sommes alors moins certains que les jeunes soient ‘faits’ pour le métier », ajoute Jean-Rémi Girard, vice-président du Snalc, autre syndicat enseignant.

Un constat qui interroge aussi sur la nature du concours. Stéphane Crochet s’interroge : « Le concours permet-il de bien saisir si le candidat est apte ? Nous entendons beaucoup de stagiaires expliquer qu’ils ont un ‘choc’ lors de leur stage. Le concours devrait mieux refléter la réalité. »

une (trop) lourde année de stage ?

Cette augmentation des licenciements pose également question sur la formation même des enseignants. D’autant plus que les démissions de stagiaires sont, elles aussi, à la hausse. Elles sont passées de 1,9 % à 2,8 % des stagiaires du premier degré entre 2014-2015 et 2015-2016 et, sur la même période, de 1,4 % à 1,7 % pour le second degré. « Les augmentations des licenciements et des démissions correspondent à des échecs. Cela signifie soit que la formation n’est pas parvenue à mener les stagiaires au niveau requis par l’employeur, soit que le métier n’est pas fait pour eux« , estime Jacques Ginestié.

Parmi les raisons invoquées, la question de la difficulté de l’année de stage, qui a secoué l’Espé de Grenoble, figure en bonne place. « L’année de stage est très lourde. Les stagiaires en difficulté se retrouvent dépassés et n’ont pas le temps de se reprendre« , souligne Alain Billate. « Le mi-temps entre responsabilité en classes et préparation du master fait que les gens sont tellement sous tension qu’ils échouent », justifie Stéphane Crochet. Mais, au-delà des suppositions, « nous n’avons pas beaucoup d’éléments pour comprendre cette hausse », admet Jacques Ginestié.

Une étude « qualitative » demandée

Pour valider ces hypothèses, syndicats et Espé demandent une étude qualitative plus poussée. « Il faut aller à la rencontre de ces ex-stagiaires pour savoir ce qui ne leur a pas convenu et apporter des modifications au concours, au processus de mutation ou à la formation, ou aux trois », indique Stéphane Crochet. « Nous devons regarder s’il y a un profil type de licenciés ou de démissionnaires », juge le directeur du réseau des Espé. Le comité de suivi des Espé, piloté par le recteur de l’académie de Versailles, Daniel Filâtre, pourrait travailler sur ce sujet prochainement.

Après Grenoble, au tour des stagiaires de l’Espé de Paris
Des stagiaires de l’Espé de Paris se sont réunis en assemblée générale, fin avril 2017, afin de porter des revendication similaires à ceux de Grenoble : année de stage trop chargée, cours déconnectés des besoins, etc. En revanche, il n’y a pas de grève annoncée. En effet, « la période n’est pas propice à la mobilisation car il n’y a plus de cours en Espé et les stagiaires sont en période de titularisation. Ce serait suicidaire ! » déclare Alain Billate, du Snes. Les stagiaires souhaitent ainsi « marquer le coup pour l’avenir et aider les futurs stagiaires », rajoute le syndicaliste.

Erwin Canard  |  Publié le 10.05.2017 à 17H41

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Le Snes et le Snuipp face aux réformes Macron

Un futur ministre sous pression. C’est ce que préparent le Snes et le Snuipp Fsu. Les deux syndicats annoncent déjà vouloir porter des revendications devant le futur titulaire de la rue de Grenelle. Les deux syndicats sont eux mêmes portés par leurs militants hostiles aux premières mesures décidées par E Macron.

Dans une déclaration , le 16 mai, le Snuipp Fsu annonce vouloirs s’adresser au ministre de l’éducation nationale « dès sa nomination » à propos du redéploiement des maitres surnuméraires en CP et à la carte blanche laissée aux maires concernant les rythmes scolaires. Sur ces deux points, le syndicat est en désaccord avec le nouveau président.

Le Snes s’est adressé directement à l’Elysée le 16 mai.  » Nous vous demandons une continuité de certains chantiers initiés sous le précédent quinquennat », écrit le Snes en citant d’abord la revalorisation salariale.  » Nous souhaitons qu’un rendez-vous salarial soit programmé rapidement à la Fonction Publique afin de négocier sur la revalorisation de la valeur du point d’indice, sur la mise en place de pré-recrutements, seuls à même de pallier les difficultés de recrutement dans le second degré ». Le syndicat veut aussi soulever la question de l’autonomie des établissements. « Elle doit pour nous permettre aux équipes pédagogiques d’avoir davantage de pouvoir d’agir sur leur métier, diversifier leurs pratiques et construire des projets tenant compte des publics accueillis, et non pas renforcer le pouvoir du chef d’établissement », écrit le Snes. L’enjeu c’est aussi la réforme du collège et le maintien ou pas des classes bilangues..

Communiqué Snes

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Les réformes Macron avant même le gouvernement ?

La honte infinie…

Selon Le courrier picard, l’académie d’Amiens serait déjà en train de préparer l’application des réformes Macron alors même que le ministre de l’éducation nationale n’est toujours pas nommé. Une situation qui interpelle dès maintenant les syndicats.

16 mai : l’Elysée fait savoir que le gouvernement ne sera pas connu avant le 17 à 15 heures en raison des vérifications éthiques qu’exige le président. « le Président de la République, en lien avec le Premier ministre, a souhaité introduire un temps de vérification afin que la direction générale des Finances publiques et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique puissent réaliser les diligences nécessaires afin de s’assurer que les personnalités qui sont pressenties au gouvernement font l’objet d’une première vérification de leur situation fiscale,… ne se trouvent pas dans des situations de conflit d’intérêt au regard des informations dont dispose la HATVP », dit le communiqué de l’Elysée.

Mais selon Le Courrier picard, « l’académie (d’Amiens) a pris les devants ». A la grande surprise des syndicats, dans les derniers jours du quinquennat Hollande, des directeurs d’école de la Somme ont reçu des appels téléphoniques pour faire le point sur les effectifs en CP.  Dans la région d’Abbeville un questionnaire a été envoyé aux écoles Rep. Les syndicats restent sceptiques. « Dans l’Aisne, pour les CP en REP+, nous n’avons que 40 postes «Plus de maîtres que de classes». Rien qu’avec les REP de Saint-Quentin, Laon et Soissons, on explose le quota », déclare un responsable local du Snuipp.

Le Courrier picard

Quel ministre de l’éducation pour l’éducation ?

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Les GAFAM s’invitent dans les écoles françaises

La direction du numérique de l’Education nationale ne voit plus aucune opposition à l’utilisation des services web des grands acteurs américains dans les écoles françaises.

Les services en ligne de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (GAFAM) vont-ils massivement prendre place au sein des établissements scolaires français ? Avec tous les risques encourus propres aux usages des données des élèves qui seront faits par ces grands groupes américains du Web. S’il est aujourd’hui trop tôt pour répondre à ces interrogations, les portes des classes leur sont néanmoins grandes ouvertes.

Selon un courrier adressé le 12 mai par Mathieu Jeandron, le directeur du numérique à l’Education nationale (DNE), aux directeurs des services informatiques et aux délégués académiques au numérique (DAN), « il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web », rapporte le Café pédagogique qui a mis la main sur la missive. Autrement dit, Google Classroom, iCloud, Facebook et autre Office 365 ont parfaitement droit de cité dans les salles de cours.

Le parcours de élèves entre les mains de Google ?

Toujours selon le site spécialisé dans l’actualité de l’Education nationale, le responsable justifie sa déclaration en considérant que l’usage de ces services web est, de facto, adopté par de nombreux enseignants aujourd’hui. Une maîtrise des outils dont il serait dommage de ne pas profiter dans le cadre des missions d’enseignement. D’autant que les services des GAFAM sont encadrés par les CGU (condition générales d’utilisation) « éducation », selon Mathieu Jeandron.

Quant à la gestion des identités et des données liées, elles peuvent simplement faire l’objet d’une déclaration auprès de la CNIL. « Il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels », assure Mathieu Jeandron qui fait référence aux profils des élèves et professeurs qui utiliseront leurs identifiants de connexion propres sur les services en ligne. « Dans la mesure où la démarche CNIL est réalisée, il devient possible d’utiliser des données à caractère personnel. Il n’est alors pas nécessaire d’utiliser des pseudonymes pour les utilisateurs : leur login peut tout à fait comporter leur nom et leur prénom afin de faciliter les usages pédagogiques. »

Même si ces « services professionnels [resteront] administrés par l’établissement/le rectorat […] pour lesquels les fournisseurs sont des sous-traitants », les géants du Web américains auront ainsi accès aux données des élèves concernés qui reflèteront alors leur parcours scolaire. Avec toutes les exploitations, à caractère publicitaire ou autres, qui pourront être faites de ces informations.

Complémentaire aux ENT

Un risque que l’Education nationale refusait jusqu’alors de prendre. Les services du ministère préconisaient plutôt l’emploi des espaces numériques du travail (ENT) sécurisés et la possibilité d’utiliser un pseudo pour accéder aux ressources en ligne externes aux contenus pédagogiques de la structure d’enseignement général. Mais Mathieu Jeandron fait remarquer à notre confrère que les ENT ne sont pas adaptés aux situations de mobilité ou à l’usage des tablettes. Les services des GAFAM apparaissent donc comme des compléments, selon lui. Au risque de s’y substituer à termes et de créer une dépendance des services français à des acteurs privés, Américains qui plus est.

L’incursion des éditeurs d’outre-Atlantique dans le secteur de l’enseignement n’est pas nouvelle en France. Récemment, Apple a été retenu sur appel d’offre par le Conseil départemental des Hauts de Seine pour fournir des iPad et le logiciel de gestion de ces derniers, Apple School Manager, aux élèves de plusieurs établissements du département. Avec pour conséquence de voir les données des élèves migrer outre Atlantique.

Précédemment, en novembre 2015, l’Education nationale signait une convention avec Microsoft dans laquelle ce dernier s’engageait à investir (jusqu’à 13 millions d’euros) dans la mise à disposition d’outils numériques, l’accompagnement des enseignants, la formation au code informatique, etc. Un accord qu’avait tenté de casser le collectif Edunathon qui y voyait une vente maquillée et non un contrat de mécénat. En vain. Le collectif a été débouté de sa demande par tribunal de grande instance de Paris en septembre 2016.


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L’Ecole combat-elle l’homophobie ?

La Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie est célébrée tous les 17 mai. Sauf à l’Ecole en France ? L’association SOS Homophobie a publié son rapport annuel : elle a reçu 1575 témoignages, soit 19,5% de plus qu’en 2016 ! Parmi les constats : une nette augmentation de la haine envers les personnes trans, une parole qui sur internet exprime, anonymement, ouvertement, de plus en plus fréquemment, insultes et rejet, une homophobie qui reste importante au quotidien, en famille ou au travail. A l’Ecole en particulier, l’homophobie est hélas présente et, en témoignent beaucoup, très destructrice : chacun.e, enseignant.e, personnel de direction, ministre, en prendra-t-il la mesure pour enfin agir ?

Etat des lieux

Dans l’Education nationale et à l’université, les victimes élèves et étudiant-e-s sont majoritaires parmi les cas rapportés, mais les enseignant-e-s représentent 15 % des victimes des cas relatés, victimes des chefs d’établissement, des parents d’élèves ou des élèves eux-elles-mêmes. Les manifestations LGBTphobes sont aussi dirigées contre les enfants de parents homosexuel-le-s, « ostracisé-e-s mais aussi généralement harcelé-e-s en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, réelle ou supposée, de leurs parents. »

Cette homophobie scolaire est d’autant plus violente et douloureuse que les victimes sont des jeunes en train en pleine construction de leur identité, y compris de genre et d’orientation sexuelle : «  Il n’est pas rare que les victimes soient alors réduites à leur seule orientation sexuelle ou leur identité de genre et stigmatisées pour ces raisons. Leur expérience scolaire peut alors se résumer à des insultes et un harcèlement LGBTphobes. »

L’association souligne combien le système éducatif peine à se confronter à la question. Le personnel enseignant et la direction des établissements peuvent « faire preuve de lâcheté en affirmant ne pouvoir rien faire, et en conseillant de saisir la justice. » Il arrive parfois qu’avec bonne volonté, mais faute de formation, ils commettent de fâcheuses bévues, ou même dans certains cas qu’ils participent à l’humiliation et à l’exclusion : « Chloé, 16 ans, nous raconte avoir été convoquée pour avoir embrassé sa copine : Le proviseur a menacé de m’exclure si je continuais à “répandre des idées contre-nature”.»

Trois témoignages parmi d’autres

« Lou, dont les parents ont divorcé et qui vit chez son père, est une collégienne qui assume complètement son orientation sexuelle. Elle décide de ne pas cacher sa petite amie à ses camarades. Mais ceux-ci s’en prennent alors à elle tout au long de l’année. Elle « cherche à [s]e faire disparaître », devient anorexique et commence à se scarifier. Pour s’en sortir, elle décide de partir vivre chez sa mère où elle retrouve du soutien, puis de changer de style vestimentaire pour devenir une autre personne. »

« Noémie a 4 ans et rencontre des difficultés à l’école, selon son institutrice. Elle est même punie tous les jours. Ses mères s’inquiètent, sollicitant des explications de la part de la petite fille et du corps enseignant. Noémie leur explique que des camarades lui ont dit que « c’est interdit d’avoir deux mamans ». Réussissant à s’entretenir avec l’institutrice, cette dernière se dérobe. Elle ne veut pas « prendre parti ». La directrice de l’équipe pédagogique la soutient et déclare : « Vous avez fait le choix d’avoir des enfants, vous devez donc vous débrouiller. » L’institutrice  conclut l’entretien : « En tout cas Noémie semble équilibrée malgré le fait d’avoir deux mamans. »

«  Bruno, 17 ans, est en terminale et est victime de harcèlement et d’insultes homophobes de la part d’un groupe d’élèves. Les menaces dépassent le cadre du lycée et se retrouvent sur les réseaux sociaux. Lors d’une conversation de groupe, on lui explique qu’il faudrait le « mettre au bûcher ». Lorsqu’il alerte le CPE et le proviseur adjoint, ces derniers affirment qu’ils ne peuvent rien faire et que la seule solution est judiciaire. »

Que fait l’Ecole ?

L’Ecole se donne-t-elle vraiment les moyens d’agir ?

On se souvient des ABCD de l’égalité, lancés à la rentrée 2013 par la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem et abandonnés l’été 2014 par le ministre de l’Education nationale Benoit Hamon. Désertion d’un champ de bataille qui continue à faire des victimes, cette décision rangeait la lutte contre le sexisme et l’homophobie « dans le placard » politique. Le nouveau gouvernement reprendra-t-il un indispensable combat ?

Certes, çà et là, des actions ont lieu et des personnels se mobilisent. SOS Homophobie nous le rappelle : « Afin de lutter contre les stéréotypes, la formation des encadrant-e-s et l’instauration d’espaces de discussion pour les élèves sont nécessaires. » L’association d’ailleurs y participe en organisant des interventions en milieu scolaire,  en en  proposant dans tous les lieux d’enseignement  et, lorsqu’elles en font la demande, dans les établissements scolaires des victimes.

On ajoutera que la question appelle à mettre réellement en œuvre, à tous les niveaux, une réelle Education aux Médias et à l’Information : pour contrer l’homophobie qui, comme le montre le rapport, déferle sur certains sites et réseaux sociaux, pour décrypter et dépasser les stéréotypes de genre qui font des ravages dans trop d’images et propos diffusés, pour aider chacun à se comporter, aussi en ligne, en tant que citoyen éclairé.

Le rapport SOS Homophobie 2017

Sur le site ministériel

Les ABCD de l’égalité

La fin des ABCD

Défaire les préjugés chez les petits

L’Ecole veut éduquer contre l’homophobie

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Jean-Michel Blanquer, un spécialiste marqué à droite à l’éducation nationale

En 2012, à Paris.

Le directeur de l’Essec, âgé de 52 ans, a été deux fois recteur et numéro deux rue de Grenelle. Sa vision des réformes promises est « Macron compatible ».

LE MONDE | 17.05.2017 à 15h51 • Mis à jour le 17.05.2017 à 22h02 | Par Mattea Battaglia et Aurélie Collas

L’« ère Blanquer » au ministère de l’éducation a démarré sous trois auspices. Trois mots-clés que le nouveau locataire de la rue de Grenelle à égrener, le 17 mai, tout au long de son discours d’investiture : « République », « excellence », « bonheur ». Un attelage hétéroclite que d’autres notions sont venues compléter : « respect », « confiance », « innovation », « responsabilité »… Face aux défis que pose l’école, « la démarche moderne que nous devons avoir au XXIe siècle » se doit, pour le nouveau ministre, d’être fondée sur la « science », l’« expérience », l’« évaluation ».

Le ton du discours, ce mercredi, était indubitablement plus froid, plus distancié que celui par lequel sa prédécesseure, Najat Vallaud-Belkacem, avait un peu plus tôt clos ses 993 jours au ministère. Mais pas moins assuré : Jean-Michel Blanquer, 52 ans, est à l’hôtel de Rochechouart en terrain connu. Il y a été le « numéro 2 » sous la droite, entre 2009 et 2012, au poste de directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Un « ministre bis » aux côtés de Luc Chatel, que l’on disait alors peu au fait des réalités scolaires. Il y a conservé des soutiens, des fidèles ; bref, des repères.

Pour la communauté éducative, c’est aussi un personnage connu, et pas seulement parce qu’il dirige depuis quatre ans l’Essec, l’une des plus grandes écoles de management françaises : Jean-Michel Blanquer reste, aux yeux des enseignants, celui qui a fait appliquer la politique éducative sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012), une période marquée par les coupes budgétaires et un discours très dur à l’encontre des fonctionnaires. Et l’inspirateur d’évaluations en maternelle qui avaient, à l’automne 2011, provoqué un tollé.

Tout au long de sa carrière, ce diplômé de philosophie, agrégé de droit – le plus jeune de sa génération -, a occupé de hautes fonctions d’administrateur au sein de l’éducation nationale. S’il fallait le ranger dans une catégorie, ce serait moins celle du politique – il n’a jamais assumé aucun mandat électif – que de l’expert, du technicien.

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Ce fils d’une enseignante anglaise et d’un avocat parisien accède, sous la droite, à des postes de premier plan : il est nommé recteur de Guyane à 40 ans, en 2004. « Tu seras le seul recteur à avoir une pirogue de fonction », lui aurait-on glissé pour lui « vendre » ce premier poste. L’année suivante, il est pressenti comme ministre de l’éducation dans le gouvernement de Dominique de Villepin, mais il sera finalement directeur adjoint du cabinet de Gilles de Robien.

Il prend, en 2007, la direction de l’académie de Créteil, l’une des plus vastes et des plus difficiles de France métropolitaine. Il s’y forge la réputation d’un recteur bouillonnant – l’« hyperrecteur » , donnant son feu vert à tous types d’expérimentations. Celles-ci germent sur ses terres, autant (ou presque) que les polémiques. Ce sont les débuts des internats d’excellence pour élèves méritants issus des milieux défavorisés. Les débuts, aussi, de la « mallette des parents » ou du « cartable numérique » pour les collégiens, le développement des microlycées… Sans oublier la « cagnotte » pour les décrocheurs censée inciter les lycéens à plus d’assiduité. Payer les jeunes pour qu’ils ne sèchent pas les cours ? Le projet met en émoi la communauté éducative.

Un homme pragmatique

En homme pragmatique, le recteur Blanquer fait évaluer ces expériences par l’Ecole d’économie de Paris. Une méthode qu’il défend : le pilotage par la science et les résultats. C’est aussi celle qu’il continue à employer en tant que directeur général de l’enseignement scolaire, fonction qu’il quitte en 2012, remercié par la gauche.

Avant l’Essec, où il s’installe en 2013, son regard se porte vers l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) qui pleure son directeur Richard Descoing. Sa candidature, parmi une vingtaine d’autres, ne sera finalement pas retenue, mais Jean-Michel Blanquer a su l’imposer dans la « short-list » finale, avant que l’énarque Frédéric Mion ne soit nommé.

De lui, peu de choses filtrent : on connaît sa passion pour l’Amérique latine, son amitié avec François Baroin, son soutien à l’ex-institutrice innovante Céline Alvarez, guère plus. Ses références au philosophe Edgar Morin – qui a donné son nom à la « chaire de la complexité » inaugurée à l’Essec – comme au neuroscientifique Stanislas Dehaene. Et son goût, certain, pour l’écriture.

En 2014, vingt ans après un premier essai sur l’ENA, il publie L’Ecole de la vie puis, en 2016, L’Ecole de demain (tous deux chez Odile Jacob), accueillis comme un programme ministériel assumé. Son projet pour l’éducation prend également corps dans les médias. Sur France Info, à l’émission « Moi président » fin 2016, il explique que sa mesure phare porterait sur l’école maternelle. Dans un entretien à L’Expansion en décembre 2016, il s’exprime comme s’il s’apprêtait déjà à revenir au ministère de l’éducation.

« Une troisième voie »

Dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle, Jean-Michel Blanquer a, sans le nommer, pris position contre le Front national. Sur Twitter le 3 mai, il mettait en garde ses étudiants de l’Essec « si la France devait prendre dimanche prochain un chemin contraire à cet idéal ». Le lendemain, dans Le Point, il consacrait sa chronique à interroger « une troisième voie en éducation ».

Son programme tel qu’il transparaît dans son dernier ouvrage – élaboré avec l’aide de l’Institut Montaigne, un think tank libéral – est indubitablement « Macron compatible ». Au point qu’on peut se demander si M. Blanquer n’en a pas été l’un des principaux inspirateurs. On y retrouve la priorité aux premières années de la scolarité et la proposition de diviser par deux la taille des classes dans les zones d’éducation prioritaire.

On y retrouve aussi les stages de remise à niveau, l’été, pour les élèves en difficulté, les études dirigées le soir pour les collégiens, une réforme du baccalauréat, un principe d’autonomie très fort… Autant de promesses de campagne du candidat Macron.

A le lire, l’éducation nationale n’est pas un « mammouth » irréformable ; il préfère à cette image un peu galvaudée celle du « diplodocus », « avec un grand corps et une petite tête » précisait-il à la presse à la rentrée 2014. On verra dans les prochains mois s’il parvient à mettre en musique les promesses de campagne d’Emmanuel Macron face auxquelles les syndicats d’enseignants semblent déjà prêts à serrer les rangs.

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Numérique : le ministère ouvre l’Ecole à Google ?

Rue de Grenelle le changement est déjà là. Après avoir soutenu durant des années les ENT (espaces numériques de travail) nationaux et prêché la sécurité face aux grands groupes étrangers, la Direction du numérique éducatif du ministère de l’éducation nationale (DNE) semble amorcer un virage. Dans un courrier que le Café pédagogique s’est procuré, Mathieu Jeandron, délégué au numérique éducatif, autorise clairement l’usage des services numériques des « GAFAM » (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) par les établissements scolaires. Selon cette lettre, envoyée le 12 mai aux délégués académiques au numérique (DAN) et aux directeurs des services informatiques, « il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web ». Pour M. Jeandron, ce courrier prend en compte le fait que de nombreux enseignants utilisent déjà ces services. Au ministère, des voix s’élèvent contre l’usage qui pourrait être fait des données des élèves par les entreprises. Deux conceptions s’opposent sur fond d’alternance politique…

« Il n’y a pas de blocage juridique »

 » Je tiens à vous confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (GAFAM et autres) dans la mesure où ils rentrent bien dans les services couverts par les conditions générales d’utilisation CGU « éducation », et que les démarches déclaratives sont faites auprès de la CNIL », écrit Matthieu Jeandron. Les CGU ce sont les  » conditions générales d’utilisation » que tout utilisateur confirme.

 » Par ailleurs, je vous confirme qu’il n’y a pas de blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ces services professionnels », poursuit M Jeandron. « L’annuaire » c’est l’identité  de l’utilisateur, en l’occurrence les élèves en lien avec sa classe et son établissement. M Jeandron invite les chefs d’établissement à prendre l’initiative de créer les domaines envisagés et à faire une déclaration à la CNIL.  » Dans la mesure où la démarche CNIL est réalisée, il devient possible d’utiliser des données à caractère personnel. Il n’est alors pas nécessaire d’utiliser des pseudonymes pour les utilisateurs : leur login peut tout à fait comporter leur nom et leur prénom afin de faciliter les usages pédagogiques (comme dans l’utilisation des ENT) », écrit M Jeandron.

Il invite les établissements à tenir une ligne de communication vis à vis des parents :  » En terme de communication que ce soit au niveau du CA, envers les parents et les enseignants, envers les élèves et les collectivités : il faudra toujours préciser qu’il s’agit de services professionnels, administrés par l’établissement/le rectorat et pour lesquels les fournisseurs sont des sous-traitant ».

Un virage à 90°

Depuis des années l’Education nationale interdisait l’utilisation officielle des services des GAFAM par les services de l’éducation nationale. Elle soutenait le développement d’espaces numériques du travail (ENT) sécurisés avec l’utilisation d’un pseudonyme pour accéder aux services des industriels (ressources numériques en ligne par exemple). Plus récemment encore, le ministère lançait le GAR, un service permettant d’anonymiser les usages des élèves. La lettre de M Jeandron invite à utiliser des services comme Office 365 ou Google Classrooom et même à leur transférer les annuaires après déclaration à la CNIL.

L’enjeu ce sont les données des élèves. Les entreprises auront accès aux annuaires des établissements et aux informations nominatives sur les élèves et les enseignants. Elles pourront suivre les déplacements et redoublements des uns et des autres, voir ce que le professeur X utilise comme ressource ou ce que fait l’élève Y. Ces données seront une manne pour le ciblage publicitaire ou pour revendre des informations à des partenaires.

« On ne doit pas donner les clés de la maison à Apple ou Google »

Au ministère de l’éducation nationale et dans les académies, des voix s’élèvent. « On est dans des logiques de sécurisation depuis des années et ce courrier invite à faire le contraire », nous a dit un responsable sous couvert de l’anonymat. « On ne doit pas donner les clés de la maison à Google, Apple ou Microsoft. On ne doit surement pas leur donner l’annuaire qui leur permettra de tracer les usages et les parcours ou encore de savoir combien il y a d’élèves arabes ou turcs et dans quels établissements. On ne doit pas plus savoir ce qu’utilisent les professeurs en classe. Il faut lancer une alerte citoyenne ».  Rue de Grenelle certains se rappellent les recours contre Base élèves, un fichier des élèves du primaire qui contenait peu d’informations et qui avait soulevé un tollé.

Opposés à cette ouverture aux GAFAM, ces cadres de l’éducation nationale crient au libéralisme. Le fait que ce courrier soit parti au lendemain de la démission du gouvernement et de la ministre ne leur semble pas le fait du hasard. Ils exigent des garanties sur l’utilisation qui pourrait être faite des données.

La réponse de  M Jeandron

Interrogé par le Café pédagogique, Matthieu Jeandron confirme son courrier. « Le contrat passé avec l’entreprise est protecteur au sens de la CNIL », nous a-t-il dit. « On est protégé vis à vis des GAFAM quand on créé un compte sous le régime éducation. Celui qui crée le compte signe un contrat explicite qui est protecteur ». Il s’e remet aux CGU même s’il reconnait qu’il n’y a pas d’engagement de conservation des données en France ou même en Europe. « Mais ces donnée sont conservées dans des conditions de sécurité acceptées au niveau d’un règlement européen ».

Faire entrer les GAFAM est-ce la mort des ENT ? « Ces outils sont complémentaires », dit-il. « Dans les ENT modernes il y a des outils qui apportent beaucoup de choses.  Cette ouverture ne va challenger que les fournisseurs qui n’auraient pas investi régulièrement ». Mais il ajoute  qu’en classe ou en situation de mobilité, avec des tablettes les outils des ENT ne sont pas très adaptés.

Jacobins et libéraux

« Aujourd’hui plus d’un million d’enseignants utilisent déjà les services des GAFAM selon une étude que nous avons fait faire », ajoute-il. « Ces comptes existent en dehors des conditions éducation.  Il y a une croissance forte sur le terrain et les DAN doivent répondre aux questions des utilisateurs ». Pour lui, il n’y a pas de virage à 90°. « J’ai déjà exprimé ma position. Maintenant je la mets par écrit ».

Les entreprises qui travaillent avec le ministère sur les ENT depuis des années, les collectivités territoriales qui ont englouti des centaines de millions dans les mêmes ENT, les parents qui tiennent à protéger leurs enfants verront peut-être les choses différemment.  Entre jacobins et libéraux, le nouveau ministre pourrait bien devoir trancher rapidement.

Le courrier de M Jeandron

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Etats-Unis : comment Google a envahi les salles de classe

« Les écoles pourraient bien donner à Google plus qu’elles ne reçoivent : des générations de consommateurs ». Dans un long article du New York Times, Natasha Singer analyse l’emprise de Google sur l’école américaine en quelques années seulement. Selon elle la moitié des écoles primaires et secondaires des Etats Unis utilisent les applications Google et des Chromeboooks, les petits ordinateurs sous système Google, en classe. Et cette domination impacte la pédagogie. La « googlification » de l’école se fait au détriment de la formation d’un citoyen critique et au bénéfice d’un futur consommateur. « Inutile de comprendre la réponse est dans Google », semble dire l’article. N Singer interroge aussi l’usage qui est fait des données des utilisateurs de ses applications par Google. Le groupe vit de la vente de publicité en ligne et les données des élèves permettent de définir précisément les profils de millions de clients.

 

Article du NYT

Voir aussi cette analyse de l’Ed Tech Market

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Une pétition pour les maitres surnuméraires

Annoncée le 9 mai par le Café pédagogique, la pétition en faveur du maintien des maitres surnuméraires (PDM) est en ligne. Lancée par des « plus de maitres que de classes » elle est soutenue par des chercheurs comme Roland Goigoux, Domonique Bucheton ou Sylvie Cèbe.

Selon eux,  » les effets bénéfiques du dispositif plus de maîtres que de classes tiennent selon les équipes au fait que travailler à deux (maître de classe et maître supplémentaire) permet d’associer deux styles d’enseignement complémentaires pour atteindre le plus grand nombre d’élèves au sein d’une même classe, et donc moduler les pratiques des professeurs… Le dispositif plus de maîtres que de classes a montré l’efficacité du co-enseignement sur la dynamique entre maître de classe et maître supplémentaire, mais plus largement sur l’équipe d’école ».

Inversement, « envisager des CP à 12 au détriment du PDMQDC est une opération simple, qui présente le risque de ne pas agir sur une modulation des pratiques, mais seulement de rendre, par la réduction du nombre d ‘élèves, la classe plus supportable. Même si le climat de classe a effectivement des effets favorables sur les apprentissages des élèves, un groupe classe réduit de 12 élèves pourrait reléguer à un second plan la vigilance sur l’hétérogénéité et laisser croire aux enseignants que le petit nombre ne nécessiterait pas de différenciation effective, que tout pourrait s’effectuer à 12… Envisager des CP à 12 au détriment du PDMQDC c’est une recentration vers l’éternel « 1 maître = une classe » sans plus d’échanges pour confronter ses pratiques.  C’est remiser la dimension « travail collectif », tout comme le travail conjoint ».

La pétition

Les maitres surnuméraires et Macron

Plus de maitres, portrait

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Le Snuep FSU contre l’apprentissage

 » Les projets d’Emmanuel Macron constituent une attaque frontale contre l’enseignement professionnel public, en voulant le placer sous la tutelle du patronat. Son objectif de faire de l’apprentissage « le cœur de l’enseignement professionnel » entraînera une dégradation majeure des conditions d’études des jeunes de la voie professionnelle et des conditions d’enseignement des professeur-es de lycée professionnel », écrit le bureau du Snuep Fsu, le syndicat Fsu de l’enseignement professionnel.  » Le projet d’Emmanuel Macron n’a rien d’une idée « nouvelle » : vieille antienne libérale, il constitue une régression sociale majeure, renvoyant les jeunes les moins favorisé-es sous la coupe du patronat et les privant de leur véritable droit à l’éducation ».

Communiqué

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