Colloque FSU /IR FSU mercredi 1er avril 2020, 9h00-16h30 12 rue Cabanis, 75014 Paris

A partir des problématiques évoquées dans le TOME 2 de son histoire, la FSU et son institut de recherches (IR-FSU) organisent un colloque le mercredi 1er Avril de 9h à 16h30 au 12, rue Cabanis – 75014 PARIS – métro 6 Glacière.

• 9h30 : Ouverture par Paul Devin, président de l’IR-FSU

• 9h40 : Intervention d’Alain Dalançon, co-rédacteur du tome 2
o comment ce livre a-t-il été écrit ?
o Échanges avec Jean-Marie Pernot et Sophie Béroud

• 10h : Table ronde : Le syndicalisme à un tournant de son histoire en France au début du XXIe ?
Animée par Christophe Aguiton (Sociologue, Solidaires et ATTAC) elle regroupera les chercheur.es : Danielle Tartakowsky (Professeure émérite d’histoire contemporaine), Sophie Béroud (Professeure de Science politique, Lyon 2) et les syndicalistes : Bernard Thibault (ex. SG CGT, administrateur du BIT), Gérard Aschieri (ex. SG de la FSU membre du CESE), Annick Coupé (ex. porte-parole de Solidaires, SG d’ATTAC) ainsi que Jean-Michel Drevon (co-rédacteur du livre).

o Pourquoi les potentialités ouvertes par le mouvement social de 1995 et les actions du mouvement syndical et social de 1997 à 2010 ne se sont pas traduites par des résultats à la hauteur de ces mobilisations parfois exceptionnelles, ni par des modifications des frontières entre organisations syndicales ?
o Cette table ronde sera l’occasion de revisiter les grands mouvements de 2003, 2005, 2006, 2009 et 2010 mais aussi des mouvements postérieurs jusqu’à nos jours. Si le syndicalisme a résisté à l’offensive néolibérale et l’a ralenti, il n’a pas réussi à la stopper. Quel rôle a joué la dimension public/privé ? Le modèle social français solidifié à la Libération est-il démantelé ? Où en est l’altermondialisme ?
o Comment expliquer que, malgré les nombreuses tentatives de rapprochement pour dépasser la division syndicale, aucun processus d’unification n’ait pu être enclenché ?

• 14h : Table ronde : La capacité représentative du syndicalisme en question ?
Animée par Maryse Dumas (ex-secrétaire confédérale CGT, IHS-CGT) elle regroupera les chercheur.es : Jean-Marie Pernot (Politiste, IRES), Michel Blay (président conseil scientifique de l’IR-FSU),) les syndicalistes : Verveine Angeli (SN Solidaires), Bernadette Groison (ex. SG FSU), Baptiste Talbot (membre de la CE CGT) et Josiane Dragoni (co-rédactrice du livre).

o Pourquoi le syndicalisme est-il de plus en plus en perte de représentativité en France ? Il ne s’agit pas seulement de baisse de la syndicalisation, phénomène enclenché bien plus tôt.
o Le syndicalisme est confronté à de nouvelles questions ou d’anciennes renouvelées : crise écologique et sociale, égalité et genre, immigration, laïcité… Alors que le néolibéralisme étend le paradigme du travail marchandise non seulement au sein de la fonction publique mais aussi dans un au-delà du salariat, le syndicalisme a tardé à prendre en charge cette dimension pourtant inhérente à son combat
o Interroger les fondements des structures syndicales, l’institutionnalisation du syndicalisme et les pratiques de la négociation, les modalités d’action (grèves, manifestations, pétitions…), la communication…. Y a-t-il concurrence ou convergences possibles avec d’autres formes de regroupements associatifs, ou de mouvements inorganisés comme Nuit debout, puis les Gilets Jaunes ?
o La démocratie « horizontale » s’oppose-t-elle à la démocratie « verticale » (l’organisation), ou quelles sont les nouvelles voies pour les articuler ?
o Dans un contexte où les partis politiques de gauche semblent incapables de proposer des alternatives rassembleuses, quel rôle du syndicalisme à l’échelle nationale, européenne et internationale ?

• 16h : Conclusion par Benoit Teste, secrétaire général de la FSU

Inscription obligatoire sur le site de l’Institut : http://institut.fsu.fr/Colloque-1er-Avril-FSU-IR-FSU-2615.html

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communiqué interpro du 20 février

Tant qu’il le faudra

Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNL et UNEF soulignent la détermination affichée encore ce 20 février, par les manifestants et manifestantes dans tout le pays, après plus de deux mois et demi de mobilisation continue malgré les entraves au droit de manifester et aux libertés syndicales.

Le projet de système par points représente un recul pour les droits à la retraite de toutes les générations et particulièrement des jeunes. Le refus de ce projet est là et ancré parmi les salarié.es du privé comme du public.

Le gouvernement et sa majorité doivent se rendre à l’évidence. Les formules générales et les slogans, très souvent mensongers, ne trompent personne. Les critiques et les oppositions se multiplient. Si l’exécutif est poussé dans ses retranchements, pour autant, les organisations syndicales n’accepteront pas un passage en force au Parlement.

Le gouvernement s’obstine alors qu’il est incapable de fournir une évaluation sincère sur l’impact financier et de lever les incertitudes sur le montant des pensions et l’âge de départ à la retraite. Ce qu’a souligné sévèrement le Conseil d’État.

Le gouvernement refuse d’aborder la question du partage des richesses pour financer les retraites et se place dans une logique de croissance infinie.

D’autre part, les débats à l’Assemblée confirment que l’âge d’équilibre, clé de voute de leur système, conduira à imposer un départ à 65 ans et au-delà.

Les travailleuses et les travailleurs ne baisseront pas les bras aussi longtemps que le gouvernement ne retirera pas son projet.

Parce qu’elles contestent le cadrage gouvernemental imposé pour la conférence de l’équilibre et du financement, les organisations tiendront leur propre conférence sur le système de retraite. Lors de cet événement, des experts et des économistes interviendront pour un vrai débat contradictoire sans lettre de cadrage ! Cette initiative sera déclinée sur tout le territoire.

Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNL et UNEF dénoncent toutes les inégalités subies par les femmes aggravées par le projet de réforme des retraites. Elles appellent à s’inscrire et organiser des actions et manifestations pour l’égalité tout au long de la vie entre les femmes et les hommes lors de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes le 8 mars et autour de cette date.

Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, FIDL, MNL, UNL et UNEF appellent à poursuivre les actions sans relâche, sous toutes les formes décidées localement. Elles préparent, dans ce cadre, une grande journée de grève interprofessionnelle et de manifestations dans tout le pays mardi 31 mars pour faire échec à ce projet de loi.

Les organisations décident de se revoir très prochainement.

Paris, le 20 février 2020.

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Retraites : point sur les annonces du 13 février 2020

16 février 2020|Catégories : Les analyses de la FSU

Un document a été remis aux 6 OS reçues jeudi 13 février et se trouve ici : https://fsu.fr/concertations-penibilite-emploi-des-seniors-transitions-minimum-de-pension/.

 

  1. La retraite progressive

La FSU n’étant pas dans cette réunion n’a pas eu les éléments, nous avons vivement protesté, d’autant que de nombreuses mesures concernent au premier chef les fonctionnaires. Ce retard dans la réception des informations explique aussi que le communiqué FSU du vendredi 14 comporte une petite erreur sur la retraite progressive: dans la nouvelle version du projet de loi, la retraite progressive serait ouverte à 60 ans dès 2022 pour les agents publics. Entre 20% et 60% de la retraite pourrait être liquidée (pour des quotités de travail correspondantes, entre 40 et 80%). Rappelons que, depuis la fin de la CPA (cessation progressive d’activité) en 2010, les agents publics ne bénéficient d’aucun dispositif de transition emploi / retraite alors qu’au régime général, il est possible de liquider une partie de sa pension pour compléter un salaire sur la base d’un temps partiel.  Les travailleurs handicapés pourront bénéficier de la retraite progressive à 55 ans.

Ce gouvernement veut absolument rendre identiques les dispositifs dans le public et dans le privé mais la retraite progressive du privé permet aujourd’hui à bon compte pour les employeurs de tenter de limiter l’incidence du chômage au terme de la vie professionnelle des salariés du privé. Ce n’est pas le cas dans le public et pour la FSU, il s’agit bien des fins de carrière qu’il faut aménager qui devrait concerner aussi bien le public et le privé pour tenir compte de l’usure professionnelle. C’est toujours de la carrière dont il s’agit et donc d’une activité et non pas d’une mise à la retraite progressive dont il faut se préoccuper avant 60 ans.

Le dispositif imaginé pour tous est très contraignant :

  • Le fait que le dispositif serait ouvert seulement aux agent-es ayant validé 40 années de cotisation (il faudra donc avoir cotisé en continu depuis l’âge de 20 ans au moins). Plus globalement, la possibilité de définir « une durée suffisante » dans le nouveau système ouvre la possibilité de restreindre fortement ce dispositif dans le futur système universel (par exemple, cela pourrait être par la suite non plus 40 mais 41 puis 42 ou 43 ans exigibles à 60 ans pour pouvoir être en retraite progressive dès cet âge, obligeant la plupart à attendre 62 ans pour en bénéficier).
  • Le fait que la retraite progressive serait soumise à accord du chef de service, elle serait donc un peu comme un temps partiel sur autorisation, avec toutes les difficultés que l’on sait pour l’obtenir ou pour que la réduction de la quotité travaillée se traduise dans les faits par une charge de travail réellement moindre.
  • Le fait qu’aucune précision n’est donnée sur le dispositif dans le cadre du système universel : l’abaissement à 60 ans est-il valable aussi pour les générations à partir de celles nées après 1975 ?

 

2. la clause à l’italienne

Pendant la transition (pour les générations nées entre 1975 et 2004), ce serait une « clause à l’italienne » et non une conversion des droits en points dès 2025 comme prévu initialement par le rapport Delevoye qui serait appliquée. Le gouvernement ne donne aucune projection ni simulation d’application de ces nouvelles modalités. Dans une grande majorité de cas, la clause « à l’italienne » semble à l’avantage des agents. De la même manière, au régime général, le salaire de référence considéré pour le calcul de la partie de la pension avant 2025 inclurait les 25 meilleures années au moment du départ à la retraite et non uniquement celles acquises avant 2025.

Il faudrait cependant disposer de simulations précises sur des agents à des étapes différentes de la carrière et avec différentes hypothèses d’inflation, de progression des salaires et de progression du fameux « nouvel indicateur » que constitue l’évolution du revenu moyen par tête.

Il faut en effet considérer au moins deux éléments :

  • Pour les agent-es ayant peu de perspectives de carrière après 2025 (cela peut être le cas notamment d’agent-es né-es peu après 1975), la stagnation de leur indice qui peut être le même ou à peu près le même en 2025 et en fin de leur carrière, couplé au gel du point d’indice sur le long terme, peut être à leur désavantage par rapport à un système qui aurait indexé et donc fait évoluer la valeur de leurs points de 2025
  • La revalorisation des points devant se faire, à terme, sur la base de l’évolution du revenu moyen par tête. Ce revenu moyen par tête n’existe pas encore, l’absence de visibilité sur cet indicateur a fait à juste titre polémique devant la commission spéciale de l’Assemblée, il intègrerait non seulement les salaires mais aussi les revenus des indépendants. Il a suscité la polémique car il pourrait être très inférieur à l’évolution du salaire moyen par tête. Quoi qu’il en soit, il faudrait avoir une visibilité sur cet indicateur pour mesurer les effets réels de la conversion en points et donc la comparer avec la clause dite à l’italienne.

 

3- pénibilité, compte épargne temps, catégorie active, minimum contributif

Le gouvernement confirme l’extinction progressive des catégories actives, sans donner d’éléments concrets et satisfaisants sur la pénibilité, les aménagements de fins de carrière…

Le dossier pénibilité a peu avancé. Tou-tes les agent-es publics se verraient ouvrir un compte pénibilité (C2P). Dès des expositions entre 2022 et 2024 puis à partir de 2025, ils-elles pourraient acquérir des points s’ils-elles sont exposé-es à l’un des 6 risques (travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif, travail en milieu hyperbare, températures extrêmes, bruit). Le seuil de travail de nuit passerait de 120 à 110 nuits par an, et le seuil pour le travail de nuit en équipes alternantes passerait de 50 à 30 nuits par an.

Un congé de reconversion serait accessible après 20 ans d’exercice dans des conditions pénibles

Concernant la catégorie active, les droits acquis le restent : tou-tes les agent-es qui auront 17 ans de service actif en 2025 conservent les possibilités de départ anticipé. Il n’y a pas de nouveauté de ce point de vue-là.

Pour le catégories actives en extinction, les années passées en service actif avant 2025 permettront un départ anticipé. Par exemple, une aide soignante qui aujourd’hui a la possibilité de partir à 57 ans si elle a fait 17 ans en catégorie active : désormais, si elle est recrutée en 2021 et qu’elle donc fait 4 ans dans la catégorie active qui est supprimée en 2025, elle aura la possiblité, au titre de ces 4 années, de partir à 61 ans. Un tableau donne les correspondances  entre les durées d’activité dans les ex catégorie actives et les nouveaux âges de départ.

Un compte épargne-temps universel serait créé, intégrant une partie « fins de carrière », cela signifie que cela permettrait qu’une partie des jours épargnés sur ce CET nouvelle formule pourrait être utilisée pour bénéficier d’une autre forme de retraite progressive : par exemple, pendant les deux dernières années de sa carrière, mobiliser son CET pour libérer une journée par semaine, en passant à 80% payé 100%. Le CET ne serait pas, pour autant, élargi aux agents n’en bénéficiant pas actuellement (enseignants notamment).

Le cumul emploi retraite est déplafonné une fois atteint « le taux plein » (sans que cette notion de taux plein ne soit complètement clarifiée par le gouvernement, les exemples donnés dans le document laissent percer la volonté de rétablir une forme ou une autre « d’âge du taux plein »).

Quelques précisions sont apportées sur le minimum contributif, mais sans nouveautés par rapport aux annonces précédentes : en 2022, un assuré ayant une carrière complète devra bénéficier de 1000 euros nets en 2022 soit exactement la même somme que ce qui était prévu à législation constante, 83% du SMIC net en 2023, 84% du SMIC net en 2024 et 85% du SMIC net en 2025 soit environ 1147 euros en 2025 selon les hypothèses d’inflation et de croissance.

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Retraites : l’avenir des enseignants en débat à l’Assemblée

Après l’échec de la commission chargée de préparer le texte sur la réforme des retraites présenté à l’Assemblée, c’est le texte initial du gouvernement qui est intégralement mis en débat depuis le 17 février. Or, dès l’article 1, la loi bute sur la retraite des enseignants. Dès le début du texte, la loi mentionne la fameuse loi de programmation dont on sait qu’elle n’est pas constitutionnelle. Le gouvernement doit trouver une solution et par suite éclairer sur ses intentions envers la revalorisation des enseignants. A moins qu’il ne préfère entretenir le flou qui dure depuis 4 mois…

Bricolage

Les alinéas 14 et 15 de l’article 1er de la loi sur les retraites mentionnent un engagement gouvernemental pour la revalorisation des enseignants.  » Le Gouvernement s’est engagé à ce que la mise en place du système universel s’accompagne d’une revalorisation salariale permettant de garantir un même niveau de retraite pour les enseignants et chercheurs que pour des corps équivalents de même catégorie de la fonction publique. Cette revalorisation sera également applicable, conformément à l’article L. 914-1 du code de l’éducation, aux maîtres contractuels de l’enseignement privé sous contrat. Cet engagement sera rempli dans le cadre d’une loi de programmation dans le domaine de l’éducation nationale et d’une loi de programmation pluriannuelle de la recherche ».

Or l’avis du Conseil d’Etat sur ce projet de loi estime que cette disposition est anticonstitutionnelle, une loi ne pouvant contraindre le gouvernement à déposer une loi de programmation. C’est , selon la formule d’un député PC, M Dharréville, le 17 octobre , un « sidérant bricolage, flagrant délit d’impréparation ! »

Malgré cet avis, le gouvernement a laissé cette mention inchangée dans le projet de loi. Cette décision a été très critiquée car elle ouvre la porte à un retrait de cet engagement dès que la loi passera devant le conseil constitutionnel. Le gouvernement est accusé à la fois d’incompétence, de précipitation et de dissimulation.  Cet engagement ferme mais qui n’a aucun avenir donne à penser que le gouvernement ne souhaite pas réellement revaloriser les enseignants.

Comment sortir du problème ?

Comment rattraper cette situation ? Parmi les 40 000 amendements déposés sur le projet de loi, plusieurs dizaines concernent les enseignants et proposent des solutions.

Le rapporteur de la loi devant la Commission qui a examiné le texte, M. Gouffier-Cha (LREM) propose de supprimer les deux alinéas (amendement 9998) et d’en remettre le texte dans un article additionnel juste après l’article 1er. Cela permettrait de ne pas faire censurer par le Conseil constitutionnel l’article 1. Après cet article serait ajouté un article précisant :  » La mise en place du système universel de retraite s’accompagne, dans le cadre d’une loi de programmation, de mécanismes permettant de garantir aux personnels enseignants ayant la qualité de fonctionnaire et relevant des titres II, III et VI du livre IX du code de l’éducation une revalorisation de leur rémunération leur assurant le versement d’une retraite d’un montant équivalent à celle perçue par les fonctionnaires appartenant à des corps comparables de la fonction publique de l’État ». (amdt 10000)

La fausse solution Rilhac

Mais les députés de la majorité ont d’autres solutions. Mme Rilhac, que l’on sait si proche du ministre de l’éducation nationale, propose de compléter l’article 1 par cette mention : « La mise en place du système universel de retraite ne devant occasionner aucun préjudice concernant les futures pensions, pour les enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs, le Gouvernement s’engage à mettre en œuvre tous les moyens, financiers ou autres, nécessaires à la réussite de cet engagement ». Pour elle, malgré cette formulation peu précise,  » cet amendement, sans mentionner la référence à une autre loi, engage le gouvernement mais aussi les prochains, à mettre en œuvre tous les moyens budgétaires au maintien du montant des pensions des enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs ». Adopté après la suppression des alinés 14 et 15 , cet amendement offrirait une porte de sortie peu contraignante pour le gouvernement et utile politiquement (amendement 24552).

Plusieurs élus LREM, menés par Mme Wonner, proposent de supprimer simplement la référence à la loi de programmation (amendement 38037) dans l’alinéa 14 et l’alinéa 15 et de préciser que  » Un décret un Conseil d’État détermine les modalités de mise en œuvre du I ». L’amendement a le mérite de la clarté : un décret est un acte du gouvernement qui fait ce qu’il veut. Mais il est politiquement moins séduisant.

M Naegelen et des députés UDI prennent au mot le gouvernement. Ils proposent de retirer les alinéas 14 et 15 et de les remplacer par une mention claire :  » Les personnels enseignants, enseignants-chercheurs et chercheurs ayant la qualité de fonctionnaire et relevant du titre V du livre IX du code de l’éducation bénéficient a minima d’une retraite comparable à celle en vigueur à la date de l’entrée en vigueur du présent projet de loi. Un décret un conseil d’État en détermine les modalités de mise en œuvre ». On aurait ainsi un engagement clair de l’Etat. Cet amendement pourrait mettre en difficulté le gouvernement , du moins s’il est maintenu… (n°9341).

Une coalition droite – gauche pour un rapport

Du coté de l’opposition, la situation du gouvernement qui propose un texte en sachant qu’il est anticonstitutionnel suscite de l’ironie. Ainsi les députés LFI ont déposé de nombreux amendements identiques (par ex. 3394) invitant le gouvernement à « éviter une inconstitutionnalité supplémentaire » en retirant ses alinéas et en maintenant le cadre actuel des retraites. M Jumel , PC, rappelle qu’il y a un moyen de revaloriser les enseignants  « c’est de revaloriser leur point d’indice ce que le gouvernement actuel s’est refusé à faire » (n°26816).

Le groupe PS demande le retrait des alinéas pour inconstitutionnalité (n°24919) et la remise d’un rapport au 30 septembre 2020 précisant le système de garantie du montant de la retraite des enseignants retenu par le gouvernement (n°11179). Cet amendement est repris par des députés d’extrême droite et du groupe Liberté et territoires. Décidément la loi sur les retraites est source de surprises…

La solution retenue par la majorité de l’Assemblée devrait éclairer sur les intentions réelles du gouvernement. Pour maintenir le montant de leur retraite la rémunération des enseignants dans le nouveau système doit être nettement revalorisée. C’est 10 à 12 milliards de masse salariale qui sont à ajouter. Pour le moment le gouvernement n’a vraiment mis sur la table des négociations avec les syndicats que 500 millions en 2021 dont seulement 200 millions de revalorisation. Le reste ne relève pas d’une revalorisation mais de tâches nouvelles rémunérées : formations sur les vacances ou remplacements.

 

Le dossier législatif avec accès aux amendements

Revalorisation : finalement ce sera 200 millions

Revalorisation : le principal engagement n’en est pas un

Le dossier Retraites

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Maths : la réforme du lycée assèche les disciplines scientifiques du supérieur

« Il y a un problème nouveau : celui du vivier ». Dans le BGV 210, le bulletin interne de l’APMEP, Bernard Egger alerte sur le risque que fait porter la réforme du lycée aux filières scientifiques du supérieur : celui de devoir recruter des élèves ayant arrêté les maths en 2de.

Il y a hétérogénéité et hétérogénéité , explique Bernard Egger.  » Ce que la réforme du baccalauréat va apporter, c’est un nouveau type d’hétérogénéité : celle des parcours et donc des connaissances (savoirs et savoir-faire) », écrit-il.  » Dans l’ancien système, 80 % des élèves du bac général avaient suivi des cours de mathématiques. Certes, pour nombre d’entre eux, ce fut une véritable souffrance (aussi bien en S qu’en ES). Néanmoins, chaque formation d’enseignement supérieur qui sélectionnait l’un de ces élèves pouvait espérer ne pas être en terrain vierge : même pour un élève de niveau faible, il y avait eu toujours au moins quelques rencontres avec les maths ».

Or la réforme du lycée casse cela. « Personne ne sait très bien combien d’élèves de première se dirigeront vers la spécialité math en terminale. Les chiffres qui circulent sont alarmants. Ne nous y attachons pas trop pour le moment. Ce qui est certain, c’est que le vivier qui correspondait à la terminale S et à la spécialité math de terminale ES aura fondu ».

Résultat: « beaucoup de formations d’enseignement supérieur sont en train de revoir leurs exigences « à la baisse ». Au début, on parlait de l’obligation de « maths expertes », puis on s’est raisonnablement contenté de la spécialité maths en terminale comme suffisante (mais aussi nécessaire) et, maintenant, on commence à évoquer « maths complémentaires ». On peut même imaginer que, dans certains cas, il faudra se résoudre à recruter simplement des élèves ayant suivi la spécialité en première et abandonné les mathématiques en terminale ».

Selon B Egger toutes les filières du supérieur ne seront pas touchées de la même façon. Les filières les plus prestigieuses continueront à recruter des matheux. Mais les classes préparatoires de province ou les universités vont devoir relever de nouveaux défis.  » À première vue, les universités sont mieux adaptées. Le « oui si » qui existe depuis quelque temps permet de créer un enseignement de rattrapage pour ceux qui en auraient besoin. D’ores et déjà, son efficacité est relative et des élèves trop éloignés des exigences de la formation ne s’en sortent pas vraiment. Mais là encore, l’hétérogénéité des publics va compliquer sérieusement la tâche ».

 

Dans le BGV 210

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Dole : une intersyndicale dénonce la répression sur un enseignant

C’est une large intersyndicale regroupant le Snuep Fsu, le Snes Fsu, la Cgt Education, Sud Education, FO et l’Unsa Education qui interpelle le recteur de Besançon suite aux poursuites engagées contre Noël Bucher suite à une action menée contre les E3C.

 Le 27 janvier 2020, N. Bucher, PLP, a accompagné des élèves de section professionnelle qui perturbaient les épreuves des E3C en faisant du bruit dans les couloirs de leur lycée, le lycée Duhamel. « Ils étaient remontés. Je ne voulais pas les laisser seuls » a dit N Bucher à FRance 3 régions.

N Bucher enseigne depuis 20 ans dans ce lycée et il est aussi connu comme syndiqué Snuep fsu. Convoqué par le proviseur, il est suspendu pour 4 mois avec interdiction d’approcher de son lycée. Une procédure disciplinaire est ouverte.

« Nos organisations refusent que des militants, des responsables syndicaux soient attaqués injustement. Elles considèrent que les mesures iniques prises à l’encontre de N Bcher l’ont été pour faire un exemple et décourager toutes tentatives d’opposition ».

Cette procédure est ouverte alors que JM BLanquer a demandé le 14 février sur BFM des sanctions contre les « activistes » qui bloquent les épreuves du bac. Une pétition de soutien à N Bucher est ouverte. Elle compte plus de 5000 signatures.

 

La pétition

Sur FRance 3

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Martinique : pas d’amélioration

« L’entrevue avec les inspecteurs généraux de l’éducation nationale n’a pas été concluante », explique France TV info Martinique. Depuis décembre, les écoles et établissements secondaires de l’ile sont fermés pour protester contre la réforme des retraites et les suppressions de postes dans l’éducation nationale. Selon l’intersyndicale Cgt, Fsu, Fo et Unsa, la rencontre avec les deux inspecteurs généraux envoyés par le ministre pour mettre fin à la crise n’a pas été concluante. Alors que le ministère parle de « moratoire  » sur les suppressions de postes, les syndicats soulignent qu’aucune réponse chiffrée ne leur est faite sur les postes à la rentrée 2020. Ils n’ont aucune réponse sur les retraites cette question étant hors sujet pour l’inspection générale. Sur les E3C, les syndicats ont rejeté le nouveau calendrier proposé par le recteur. En Guadeloupe, autre région où le ministre a envoyé une mission de l’Inspection générale, la FSU a claqué la porte du comité technique le 13 février.

 

FSU Martinique

FRance TV

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Les médecins de l’éducation acceptent la décentralisation

 » Si le gouvernement persiste dans sa volonté de décentralisation et qu’un transfert vers les départements permet de sauver notre métier et de valoriser notre expertise, nous ne nous y opposerons pas ». Dnas un communiqué du 17 février, le bureau national du Snmsu Unsa, le syndicat Unsa des médecins scolaires, accepte la procédure de décentralisation de la médecine scolaire envisagé par le gouvernement.

« La Cour des comptes envisage de recommander la création d’un service de santé scolaire en académies sous la direction d’un inspecteur, avec une « réflexion sur le partage des rôles et des tâches entre médecins et infirmiers». La Cour des comptes propose la fusion du corps des MEN avec celui des médecins de santé publique dans un corps interministériel, les MEN restant rattachés au ministère chargé de l’éducation nationale. C’est bien cette organisation fonctionnelle que le SNMSU défend depuis de nombreuses années », écrit le Snmsu Unsa.

De son coté l’Unsa Education estime que  » la place des personnels et notamment infirmiers au sein des établissements scolaires et leur travail en réseau sur les écoles sont essentiels » et que « en décentralisant ces personnels de santé, on prend le risque d’une politique départementale qui remette en cause l’approche pluri-professionnelle auprès de tous les élèves ». Mais le syndicat estime aussi qu’il  » faut également travailler à une meilleure articulation avec la politique de santé publique en lien et en partenariat avec les autres acteurs de proximité ».

Ces prises de position s’opposent à celles du syndicat Fsu des infirmières. Elles soulignent que la question des bilans de santé est instrumentalisée pour décentraliser la médecine scolaire. « Notre rôle ce n’est pas le dépistage », nous avait dit Saphia Guereschi, secrétaire générale du Snics Fsu, le 10 février. « C’est d’accueillir les enfants dans les établissements. On reçoit les élèves. On les écoute on essaie de trouver la raison de leur sortie de classe », nous dit-elle. « Ainsi on participe à l’amélioration du climat scolaire ». Les 7600 infirmières revendiquent ainsi 18 millions de consultation chaque année, un nombre qui va croissant. Pour elles, le projet gouvernemental ramène la santé scolaire à avant 1982. A l’époque le service de santé scolaire avait été réformé pour répondre à ses insuffisances et notamment la montée des besoins des jeunes. Les infirmières craignent qu’avec leur transfert aux départements elles quittent les établissements pour accompagner les médecins scolaires et les médecins des PMI dans les bilans de santé obligatoire au détriment de leur role éducatif.

 

Unsa Education

Le gouvernement envisage de décentraliser la médecine scolaire

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Retraites : pour les femmes, le débat s’enflamme,Par Lilian Alemagna Libé

Le projet de loi sur la réforme des retraites arrive ce lundi à l’Assemblée. Si la majorité assure que les femmes seront «gagnantes», l’opposition estime, elle, qu’elles seront pénalisées par le nouveau système.

Elles sont rares, les batailles politiques où partisans et opposants ont des lectures aussi différentes d’un texte de loi. Quel sera le sort des femmes dans la refonte des régimes actuels de retraite en un système universel par points ? Le projet de loi sur la réforme des retraites sera examiné à partir de cet après-midi à l’Assemblée. Et les avis restent diamétralement opposés. «Les femmes sont les vraies gagnantes !» assurent les ministres et les députés LREM. «Les femmes seront les grandes perdantes !» rétorquent au contraire les députés socialistes, communistes et insoumis, avec tous les manifestants qui défilent depuis début décembre contre le futur système. Selon eux, ce dernier va pénaliser les plus faibles, à commencer par les femmes.

Le sujet est tellement sensible pour le gouvernement que vendredi, au ministère des Solidarités, il a mis en scène «une séance de travail» organisée par quatre ministres avec des députés de la majorité pour réaffirmer que les «mesures pour la retraite des femmes» sont «une priorité». Les deux camps s’accordent au moins sur un constat : en l’état actuel des choses, les retraites des femmes sont bien inférieures à celles des hommes, et ces dernières partent souvent plus tard. Selon un récent rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), les femmes percevaient, en 2017, une retraite «de droit direct» inférieure de 42 % en moyenne à celle des hommes. C’est, certes, huit points de mieux qu’en 2004, mais l’écart est considérable. Quand un homme touchait en moyenne 1 798 euros brut par mois, une femme avait droit, elle, à 1 356 euros.

A l’article 1 de son projet de loi, le gouvernement promet d’assigner au futur système universel «un objectif de solidarité […] notamment par la résorption des écarts de retraites entre les femmes et les hommes». Dans son étude d’impact, l’exécutif estime que les pensions des femmes, pour la génération 1980-1990, augmenteraient de 6 à 13 % avec les nouvelles règles. Les opposants et opposantes alertent au contraire sur un «miroir grossissant des inégalités salariales». Remise à plat des différents arguments de chaque camp.

Le calcul des points sur toute la carrière

Aujourd’hui, pour calculer une pension, on retient les vingt-cinq meilleures années pour un salarié du privé et les six derniers mois de traitement pour un fonctionnaire. Demain, pour les actifs concernés par le futur système universel (soit les générations nées à partir de 1975), chaque euro cotisé générera des «points» lorsqu’ils commenceront à cotiser selon les nouvelles règles dès 2025.

Ce qu’en disent les opposants. Avec la prise en compte désormais des bonnes mais aussi des mauvaises années, cette nouvelle règle pénalisera mécaniquement les actifs aux carrières hachées et incomplètes. Donc majoritairement les femmes. «Dès lors qu’elles sont les grands bataillons des chômeurs, des travailleurs à temps partiel […] des carrières qui sont interrompues en raison des enfants, je ne vois pas comment elles peuvent se sortir de ce régime à points», a défendu en commission spéciale la députée (LFI) de Seine-Saint-Denis, Clémentine Autain.

Ce que répondent les partisans. Ils s’appuient sur plusieurs études qui ont démontré, de façon contre-intuitive, qu’un régime universel à points, à condition de garder la même enveloppe de dépenses consacrées aux retraites (13 à 14 % du PIB) et en indexant les futurs points non plus sur l’inflation mais sur les salaires, aurait un «effet redistributif» vers les plus précaires. Donc en majorité des femmes. Une note de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée en juin 2019 soulignait que cette règle des vingt-cinq meilleures années «avantage relativement plus les carrières ascendantes par rapport aux carrières moins dynamiques». Et que pour une personne qui aura eu une «carrière heurtée», on ira chercher, pour constituer la future pension, «des cotisations versées en début de carrière» donc «comptabilisées à un niveau plus faible» car indexées sur l’inflation et non les salaires. Reste à savoir si l’indicateur finalement choisi (revenu d’activité moyen par tête) sera vraiment dynamique… Par ailleurs, le gouvernement insiste sur un autre changement qui favorisera les plus précaires : «Chaque rémunération fera l’objet de cotisations qui permettront d’acquérir des points, quelle que soit la rémunération, y compris lorsqu’elle est inférieure à celle exigée aujourd’hui pour valider un trimestre (150 heures smic), est-il rappelé dans l’étude d’impact du projet de loi. Le nouveau système sera plus favorable que le système actuel pour les rémunérations les plus faibles et pour les femmes plus nombreuses dans ces situations.» Enfin, il s’engage à ce qu’un «assuré durablement à temps partiel, par exemple à 80 % du smic toute sa carrière», perçoive un «minimum de pension « complet » lors de son départ à la retraite».

L’âge d’équilibre

Dans le futur système (et même dès 2022 en fonction de ce que décideront les partenaires sociaux), il faudra travailler jusqu’à une certaine borne (64, 65 ans ou plus) pour avoir sa retraite à taux plein. En choisissant de partir avant, on subit une décote de 5 % par an. Si on part après, on a droit à un bonus de 5 %. Aujourd’hui, les générations concernées par le système universel sont censées cotiser 172 trimestres pour obtenir le taux plein ou bien, s’ils ne les ont pas, aller jusqu’à 67 ans pour ne pas subir de décote sur leurs pensions.

Ce qu’en disent les partisans. Que beaucoup de femmes n’auront plus, justement, à attendre 67 ans pour liquider leur pension. Selon l’étude d’impact du gouvernement, «28 % des femmes avanceraient leur départ» dans le futur régime. «Il s’agit pour l’essentiel de femmes aux carrières incomplètes, contraintes dans le système actuel d’attendre l’âge d’annulation de la décote pour prétendre à une pension à taux plein et donc au minimum de pension», peut-on lire. Et «parmi celles qui avancent leur départ à la retraite, plus des deux tiers bénéficieraient d’une augmentation significative de leur pension (supérieure à 5 %).» En revanche, selon le même document, «25 % des femmes différeraient leur départ à la retraite», d’environ six mois en moyenne pour la génération 1990. «Pour les femmes concernées, la pension après réforme serait en conséquence plus élevée que dans le système actuel», précise le gouvernement.

Ce que répondent les opposants. Que ces projections ne tiennent pas… Car l’imposante étude d’impact du gouvernement se base sur un âge d’équilibre fixé à… 65 ans. Or, puisque le système devra rester équilibré et qu’il n’est pas question de toucher aux taux de cotisation ou au niveau des pensions, il risque d’évoluer en fonction de l’espérance de vie et d’être fixé, comme l’a calculé Libération, à 66 ans pour la génération 1987, ou encore 67 ans pour la génération 1999. Par ailleurs, ces mêmes opposants pointent aussi les perdantes : ces femmes, sans grande qualification qui ont commencé à travailler à 20 ans, auront tout fait pour ne pas se retrouver au chômage et qui, alors qu’elles auraient pu partir à 62 ou 63 ans, devront attendre 64 voire 67 ans pour partir avec un taux plein.

Les droits familiaux

Pour les femmes, faire des enfants handicape souvent une carrière et donc la future pension de retraite. Aujourd’hui, une naissance offre, pour une salariée du privé, huit trimestres de cotisation (quatre au titre de la maternité et quatre au titre de l’éducation que les parents peuvent désormais se partager). Dans le public, c’est la moitié. Et à partir de trois enfants, la pension est majorée de 10 % pour chaque parent. Demain, le nouveau système prévoit l’obtention de points pour le congé maternité ou un congé parental. Mais aussi une majoration de pension pour chaque enfant, dès la première naissance et avec un petit bonus quand on arrive à trois : 5 % pour le premier, 10 % pour le deuxième, 17 % pour le troisième, 22 % pour le quatrième.

Ce qu’en disent les opposants. Que la première naissance majore la future retraite, très bien. Mais en permettant la répartition de ces bonus au sein du couple, le risque est grand de voir les plus grosses pensions en bénéficier… donc les hommes. Pour éviter cela, le gouvernement propose d’accorder d’office 2,5 % aux femmes au titre de la maternité. Les députés de l’opposition critiquent aussi la disparition des trimestres accordés. Car ces derniers permettaient aux femmes de rattraper (un peu) les hommes. Ces majorations de durée d’assurance leur permettent aujourd’hui d’atteindre leur taux plein plus vite et donc de pouvoir partir plus tôt. Demain, il y aura certes des points maternité qui garantiraient une meilleure pension, mais il faudra atteindre l’âge d’équilibre pour ne pas être pénalisée. Enfin, les parents de trois enfants pourraient aussi y perdre : là où, aujourd’hui, ils ont 10 % chacun, demain ce sera 17 % à se répartir au sein du couple.

Ce que répondent les partisans. Le haut-commissariat chargé de la réforme des retraites fait remarquer qu’actuellement ce bonus de 10 % dès le troisième enfant bénéficie «davantage aux hommes qu’aux femmes, ce qui accentue ainsi les inégalités entre les deux sexes». Par ailleurs, selon l’étude d’impact, revaloriser les pensions dès la première naissance aidera les familles monoparentales. La majorité répète qu’en cas de désaccord dans le couple, ces bonus seront accordés automatiquement à la mère, que les familles nombreuses «ne seront pas pour autant défavorisées» puisque pour 5 enfants, par exemple, le coup de pouce sera de 25 %. Enfin, les couples à cheval sur l’ancien et le nouveau système cumuleront des avantages dans les deux systèmes : trimestres accordés dans l’ancien et 5 % par enfant dans le futur. Bingo.

Les pensions de réversion

Ce terrain était le plus miné. Le gouvernement a été accusé de vouloir supprimer ces pensions qui permettent aux veuves de profiter d’une partie de la retraite de leur mari décédé. Car dans le total des retraites versées aux femmes, les pensions de réversion représentent au total près de 20 %.

Ce qu’en disent les partisans. Ils y voient la preuve des bienfaits du nouveau système universel. Demain, les règles en matière de réversion seront «les mêmes pour tous». Dans son étude d’impact, le gouvernement explique ainsi que «les règles […] doivent être harmonisées afin que l’accès à cette garantie et son montant ne dépendent plus du statut du conjoint». Désormais, il s’agira de maintenir «un niveau de vie constant pour la personne veuve», en conservant 70 % des droits à retraite dont bénéficiait le couple avant le décès. La pension, accessible à partir de 55 ans, sera versée sans condition de ressources. «Le nouveau système opère une redistribution favorable vers les veufs et les veuves dont la part des retraites au sein du foyer est faible, notamment les femmes», estime l’étude d’impact.

Ce que répondent les opposants. Jusqu’à présent, ils pointaient le fait que les femmes devraient attendre 62 ou 64 ans pour toucher cette pension de réversion. Le gouvernement ayant finalement maintenu l’âge d’accès à 55 ans, on les entend moins sur cette question. En revanche, ils s’inquiètent des couples divorcés. Pour l’instant, le projet de loi renvoie le sujet à une future ordonnance. Dans son rapport, Delevoye prévoyait un solde de tout compte au moment du divorce. Est-ce à comprendre que l’homme offrirait une partie de ses points à sa femme ? Qu’il devra régler une somme correspondant à une partie de sa future retraite ? Compliqué… On peut craindre qu’au moment de la séparation, la femme ne soit pénalisée. Surtout si elle n’a pas les moyens de se payer un bon avocat. Là-dessus au moins, partisans et opposants devraient être d’accord.

Retraites : «Cette réforme n’était pas nécessaire»

Par Gurvan Kristanadjaja

Selon la sénatrice PS Laurence Rossignol, les femmes seront pénalisées par le projet de l’exécutif.

Laurence Rossignol est sénatrice PS de l’Oise et ex-ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

Pourquoi, selon vous, les femmes seront perdantes dans le futur système de retraites ?

Quand le gouvernement dit «les femmes grandes gagnantes de la réforme», c’est quand même à la limite de la fake news. Mais c’est assez conforme à ce que fait ce gouvernement : il vend ce qu’il n’y a pas. Ce qui compose la retraite des femmes, c’est d’une part le produit des carrières, et d’autre part les droits familiaux sans lesquels les pensions des femmes seraient encore plus faibles. Puisque c’est une réforme comptable et que les droits familiaux coûtent cher, ils ont été identifiés comme un poste de dépenses à réduire. Or ces droits sont indispensables à la retraite des femmes : en 2040, elles arriveront en retraite avec – 20 % d’écart salarial. Prenons un autre exemple : la pension de 1 000 euros garantie. Ça aussi, c’est comme un contrat d’assurance, il faut lire les petites lignes. Car on constate que ce dispositif n’est prévu que pour les femmes à carrière complète. Et on sait que les carrières des femmes sont souvent hachées.

Des majorations dès le premier enfant, des «points» accordés durant les congés maternité… N’est-ce pas tout de même une manière d’aider les femmes ?

Non, pas si vous regardez dans le détail. Le gouvernement dit que dès le premier enfant, on obtient 5 % supplémentaires et on choisit sur quelle pension ils sont affectés. Mais en l’état des écarts entre les pensions des hommes et des femmes, il est évident qu’ils vont affecter ces 5 % sur la plus grosse des pensions, le plus souvent celle de l’homme. Et ce malgré tout ce que peut dire l’étude d’impact, selon laquelle dans 90 % des cas la femme prendra les 5 %. Au moment d’arriver à la retraite, les gens comptent, et 30 euros en plus ou en moins, ça peut jouer. Dans le système actuel, un enfant rapporte des trimestres qui sont versés directement aux mères. Demain, selon le calcul, ce sera à celui du couple qui sera choisi. On donne en option quelque chose qui est à l’heure actuelle un droit propre donné aux femmes. Les droits des femmes sont donc réduits.

Quelles propositions feriez-vous pour réduire les inégalités de salaire et de carrière entre femmes et hommes à la retraite ?

Toutes les avancées qui pourraient être mises en avant ne compensent pas l’allongement de la carrière. Les femmes ont des métiers à pénibilité peu reconnue. Les aides-soignantes partent par exemple à 57 ans aujourd’hui et ne pourront plus partir à la retraite à cet âge. Les femmes sont doublement pénalisées mais ne trouvent pas de compensation. Cette réforme n’était pas nécessaire, on pouvait améliorer l’existant. Je propose l’introduction de critères de pénibilité qui soient corrélés aux métiers peu qualifiés et féminins. On peut aussi mobiliser la solidarité nationale sur les minimums de pension, sur la prise en compte des carrières hachées, et augmenter les minimums contributifs. Dans la réforme, le mode de calcul proposé pour la pension de réversion (deux tiers du montant total des revenus du couple) est en revanche une solution intéressante.

Retraites : «Le nouveau système sera plus redistributif»

Par Gurvan Kristanadjaja
Pour la députée LREM Catherine Fabre, la réforme sera plus juste pour les femmes, aux pensions souvent plus basses.

Catherine Fabre est députée LREM de la 2e circonscription de Gironde.

Pourquoi, selon vous, les femmes seront gagnantes dans le système proposé par le gouvernement ?

Les femmes seront gagnantes parce que le nouveau système des retraites sera beaucoup plus redistributif en faveur des basses pensions. Et l’on sait que les personnes qui ont des carrières hachées et des pensions faibles sont souvent des femmes. 20 % d’entre elles doivent attendre 67 ans pour liquider leur retraite et avoir un taux plein. Nous travaillons à réparer ces inégalités. Dans le projet de loi, la nouvelle redistribution prévoit que 25 % de celles et ceux qui ont les pensions les plus faibles verront leur retraite augmenter de 30 %. Tous les efforts que l’on fait également pour que les points de début de carrière valent autant que ceux de fin de carrière vont profiter aux femmes. Le projet de loi prévoit aussi des majorations des pensions à partir du premier enfant, car on considère que cela peut peser sur la carrière. Ainsi qu’une augmentation de 5 % par enfant et, par défaut, ce droit va de fait aux femmes, sauf si on demande l’inverse. Jusqu’à présent ce n’était pas prévu dans la loi. Et on va même plus loin car les députés travaillent pour aller vers un plancher minimum sur ces 5 %. Pour les pensions les plus faibles, les premier et deuxième déciles, ces 5 % seront donc rehaussés. On pousse aussi pour que les parents isolés voient leurs droits augmenter. On a vraiment cherché à aider l’ensemble des femmes.

A LIRE AUSSIRetraites : pour les femmes, le débat s’enflamme

Vous dites qu’elles auront de meilleures pensions, mais elles ne pourront plus bénéficier de trimestres pour partir plus tôt. Or, aujourd’hui, en plus d’avoir des pensions plus basses que les hommes, elles partent aussi plus tard…

Ces trimestres, c’est du temps qui permet de valider le fait d’avoir un taux plein ou pas. Mais il y a plein de femmes qui ont leur taux plein sans avoir besoin de ces trimestres. Et à l’inverse, il y en a qui doivent attendre 67 ans. Il y a plusieurs cas de figure. Demain, si vous êtes une femme avec un enfant, dans le nouveau système, vous obtenez une majoration de 5 %. Le fait d’avoir un enfant rapporte de l’argent pour 100 % des femmes. Le système des trimestres, lui, ne rapportait pas d’argent mais aidait les femmes à acquérir leur taux plein. Pour un certain nombre, ce n’était pas utile et ça ne donnait pas de supplément d’argent. Dans le nouveau système, ce supplément, si vous voulez le troquer contre du temps, vous pouvez. Le système est beaucoup plus libre.

Quelles propositions feriez-vous pour réduire les inégalités de salaire et de carrière, et celles entre femmes et hommes à la retraite ?

On a déjà l’index de l’égalité qui a été mis en place par Muriel Pénicaud et que je trouve très bien. L’idée, c’est de dire qu’au-delà du principe, il faut des actes. Aujourd’hui, on mesure les inégalités dans les entreprises. Et à partir d’une certaine date, si elles n’ont pas corrigé les écarts de salaires, elles seront sanctionnées. Il y a une volonté forte du gouvernement de combler ces inégalités. A l’avenir, on peut aussi agir sur les stéréotypes de métiers ou encore développer le soutien au niveau des crèches.

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Réforme des retraites : à l’Assemblée nationale, les députés s’attendent à un marathon inédit Le Monde

Par et Publié aujourd’hui à 05h31, mis à jour à 09h31

A réforme d’ampleur, débats inédits à l’Assemblée nationale. Les députés entament lundi 17 février la deuxième phase de discussions parlementaires sur la réforme des retraites. Après avoir passé dix jours pleins en commission spéciale à débattre du texte, ils se retrouvent à partir de 16 heures dans l’hémicycle. Théoriquement, le vote du texte est prévu le 3 mars mais personne ne croit à ce délai au Palais-Bourbon. Enième incertitude dans une procédure dont les conditions d’organisation questionnent et seront invoquées lors de la vraisemblable saisine du Conseil constitutionnel.

Mardi 11 février dans la soirée, les débats en commission se sont achevés sans atteindre la fin du texte. « C’est une première depuis 2008 », note l’historien Christophe Bellon, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université catholique de Lille, spécialiste de l’histoire parlementaire. Il constate aussi que « c’est la première fois qu’il y a eu une manœuvre d’obstruction en commission ».

Les délais d’examen du texte choisis par la majorité et le gouvernement étaient trop courts pour passer en revue l’ensemble des 22 000 amendements qui avaient été déposés – un record pour ce quinquennat –, dont 19 000 par le groupe de La France insoumise (LFI). Au total, les députés en ont examiné 5 566. « L’ensemble des sujets ont pu être abordés même si on n’est pas allés au bout de l’examen des articles à proprement parler », relativisait, mardi, Marie Lebec, vice-présidente du groupe La République en marche (LRM), renvoyant la responsabilité de cette situation au groupe LFI.

41 000 amendements ont été déposés

Comme le permet la Constitution dans ce cas de figure, les députés reprendront le texte à zéro en séance publique, lundi, en travaillant à partir de la version du gouvernement et non celle de la commission. Et cette fois pas moins de 41 000amendements ont été déposés – un nouveau record –, dont 23 000 de LFI et 13 000 des communistes.

Pour les examiner, les députés devraient siéger les week-ends. Les vacances parlementaires prévues à partir du 6 mars, avant les élections municipales, peuvent être annulées. « Ça va durer le temps que ça durera, mais on va devoir être tous et toutes présents. (…) Ça va être un combat et on va avoir besoin de toutes les énergies », aprévenu Guillaume Gouffier-Cha, rapporteur général LRM du texte, mardi soir, lors d’une rencontre des députés de la majorité avec Emmanuel Macron.

Pour le député socialiste de l’Ardèche Hervé Saulignac, cette situation résulte des conditions d’examen du texte imposées par l’exécutif. « Une provocation à laquelle LFI [en déposant des milliers d’amendements] répond par une provocation, a-t-il expliqué sur La Chaîne parlementaire mercredi. Il y a une concertation d’un an et demi, puis un texte de 300 pages et une étude d’impact de 1 000 pages déboulent quatre jours avant le débat. »

Le délai d’examen du texte est « extraordinairement court », selon le constitutionnaliste Didier Maus. Le texte a été présenté en conseil des ministres le 24 janvier, et les députés ont eu une semaine pour l’étudier avant de proposer des amendements.

« Cette réforme est un gruyère »

Le gouvernement a opté pour la procédure accélérée, employée quasiment pour tous les textes depuis plusieurs années, mais qui compacte les délais d’examen du texte en les limitant à un aller-retour entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Uncalendrier justifié par le souhait du gouvernement de voir le projet de loi définitivement voté « avant le début du mois de juillet », explique Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement.L’hémicycle du Palais-Bourbon sera en effet hors d’usage cet été et jusqu’en octobre en raison de travaux. Et pas question pour l’exécutif de reporter de plusieurs mois l’aboutissement de ce feuilleton.

« Cela fait dix-huit voire vingt-quatre mois que les termes du débat et les fondements de la réforme ont été posés », rappelle toutefois M. Fesneau.Le hic : les modalités précises de sa mise en œuvre ne sont pas toutes arrêtées. « Cette réforme des retraites est un gruyère, il y a plus de trous que de matière », ironisait Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, mercredi, devant l’Association des journalistes parlementaires.

Plusieurs discussions sur des sujets-clés sont toujours en cours. C’est notamment le cas sur un point central : le financement à court et moyen terme du système. Il a été renvoyé à une conférence réunissant les partenaires sociaux et qui doit rendre ses conclusions d’ici à la fin avril – soit une fois que l’Assemblée aura fini l’examen du texte en première lecture. Idem pour d’éventuelles avancées sur la pénibilité ou le minimum de pension. « Tous les jours arrivent de nouvelles propositions qui n’ont pas été discutées ni mesurées. Plus ça va, moins cette réforme est simple. On se demande si c’est de l’amateurisme ou une volonté de brouiller les cartes », réagit Régis Mezzasalma de la CGT.

Interrogations de certains macronistes

La réforme « n’est pas prête, truffée d’ordonnances, accompagnée d’une étude d’impact lacunaire et tendancieuse. (…) Vous devriez donc la retirer, plutôt que de forcer le passage au Parlement », a dénoncé le communiste Pierre Dharréville (Bouches-du-Rhône), mardi, lors des questions au gouvernement.

Les députés sont agacés. Le texte de soixante-cinq articles compte vingt-neuf ordonnancesqui, quoique fréquentes, les privent d’une partie de la rédaction du texte.D’autant que le Conseil d’Etat s’est lui-même ému du recours à ce véhicule « pour la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite », ce qui « fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme et, partant, de sa constitutionnalité et de sa conventionnalité ».

A ces incertitudes se sont ajoutées les interrogations de certains macronistes. Mercredi, deux piliers de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Laurent Saint-Martin et Emilie Cariou, ont écrit au premier ministre, Edouard Philippe, pour demander des réponses sur les implications financières de la réforme.

« Les députés vont voter dans le noir ! », a ironisé le président Les Républicains (LR) du Sénat, Gérard Larcher, mercredi sur la plate-forme de vidéo Twitch. « C’est dans le droit fil de l’élaboration de cette réforme, il n’y a pas la volonté de concerter les rouages basiques de la démocratie politique », s’insurge le président (LR) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Eric Woerth.

Le renvoi à la « confiance » dans le dialogue social a été constamment invoqué par la majorité pour justifier cette situation. « On ne peut pas nous avoir reproché pendant des mois de ne pas avoir parlé avec les syndicats et ensuite nous reprocher de discuter », assène Marc Fesneau, qui rappelle que ce mode opératoire avait déjà été utilisé lors de la réforme ferroviaire en 2018.« Les partenaires sociaux ne sont pas des acteurs constitutionnels. Ce n’est pas le Conseil économique, social et environnemental [CESE] qui vote la loi mais l’Assemblée nationale et le Sénat », rappelle toutefois le constitutionnaliste Didier Maus.

« Réduction des droits du Parlement »

« Je n’ai jamais vu ça sur un texte aussi majeur qui va changer la vie de millions de personnes. Ils ont contraint les débats dans des limites rarement atteintes », se désole un fin connaisseur des retraites.« Des délais aussi courts ne sont pas contraire au règlement de l’Assemblée nationale, dit Didier Maus. Mais si quand on vote sur l’état d’urgence, on comprend l’urgence, là on ne peut pas dire qu’on était à huit jours près. Il n’est pas raisonnable de dire “on a mis deux ans à monter un projet et il faudrait que le Parlement délibère en trois mois”. »

« On est dans un climat où la discussion parlementaire est considérée comme retardant une réforme inéluctable ; on est dans une réduction des droits du Parlement, renchérit Bruno Daugeron, professeur de droit public à l’université Paris-Descarte. Ça me semble malsain : soit on considère que le temps parlementaire est un temps où l’on peut changer les choses, soit on considère que c’est dans le programme, décidé dans les ministères et on supprime le Parlement ! »

Tout cela risque d’aboutir, comme en commission, à un débat illisible, dont la majorité s’interroge sur la capacité à aboutir. Dans ce contexte, le spectre de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution, qui permet de provoquer un vote sur un texte sans le discuter, a ressurgi. Un objectif visé par LFI. « On va faire en sorte qu’ils ne puissent pas finir le 3 mars ou alors qu’ils aient besoin du 49.3 », a déclaré le député « insoumis » Eric Coquerel.

Cette option divise toutefois franchement la majorité.« Cela reviendrait à tuer le débat », estime Marie Lebec, vice-présidente du groupe LRM.Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, « le 49.3 serait un scandale ». « Le Parlement doit avoir le temps nécessaire pour étudier tous les amendements, dit-il au Monde. S’il faut plus de quinze jours, il faut plus de quinze jours. »

Dans ce contexte, cet ensemble de facteurs pourraient être considérés, en cas de saisine du Conseil constitutionnel, comme une atteinte à la sincérité des débats. « Chaque élément pris individuellement n’est pas inconstitutionnel mais c’est la juxtaposition qui créé le risque, estime Didier Maus. Le Conseil constitutionnel hésite beaucoup à annuler la totalité d’une procédure. »

« S’il ne le fait pas là, il ne le fera jamais, estime un haut fonctionnaire. C’est comme une arme de dissuasion massive. C’est fait pour ne pas s’en servir mais si vous êtes agressé et que vous ne l’utilisez pas, elle devient inutile. » Un risque qui n’inquiète pas l’exécutif. « Pas à ce stade », précise Marc Fesneau.

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Le pudding à l’arsenic version Blanquer

Excellente parodie !

https://www.facebook.com/sudeducation34/videos/1830705750397443/

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Retraites : écrire aux députés

Le 17 février, les projets de loi ordinaire et organique instituant un système universel de retraite entrent en débat à l’Assemblée nationale.
La mobilisation se poursuit sous diverses formes. Avant la grève et les manifestations du 20 février, nous vous proposons de vous adresser à votre député. Les modalités, très simples, sont précisées sur le site du SNEP-FSU.

Proposition de texte pour votre député, à adapter :

Madame, monsieur la/le député,
Depuis près de 3 mois, un mouvement social lutte pour le maintien et l’amélioration de notre système de retraite dont les principes actuels reposent sur le programme du Conseil National de la Résistance. L’ampleur et la durée de ce mouvement montrent l’attachement des citoyens à un système fondé sur la solidarité intergénérationnelle et qui permet d’échapper à l’incertitude d’un système à points qui ne ferait que des perdants.
Même si des réformes depuis 1993 ont dégradé les pensions et allongé la période d’activité requise, le maintien d’une référence à un taux de remplacement permet de conserver l’essentiel de ce système de répartition solidaire. Des réformes sont possibles et nécessaires pour réduire les inégalités (femmes/hommes, carrières hachées, pénibilité…) et assurer la pérennité de son financement. Le projet actuellement présenté va dans un sens totalement opposé.
En toute conscience et quel que soit votre positionnement politique, je vous demande de ne pas vous associer à un projet de loi qui détruirait encore un peu plus notre système de protection sociale.
Soyez assuré(e), Madame, Monsieur la/le député de mon attachement à la République et à ses idéaux.

Bonne suite des vacances ou bonne dernière ligne droite avant une pause bien méritée !
Bien cordialement,

Frédérique Rolet, secrétaire générale
Valérie Sipahimalani, Xavier Marand, Sophie Vénétitay, secrétaires généraux adjoints

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Les E3C de monsieur Blanquer : Confusion, Chaos, Colère, ou l’école de la défiance – SLU ! 7 février 2020

vendredi 7 février 2020, par PCS (Puissante Cellule Site !)

En solidarité avec les lycéennes, les lycéens et tous les collègues du secondaire qui se mobilisent contre les réformes Blanquer.

Douze cars de CRS tous gyrophares allumés à l’aube devant le lycée Basch de Rennes, contrôle des lycéens à l’entrée dans le lycée, intervention policière « musclée » (comme on dit pudiquement) à Rennes, à Nantes, à Libourne, à Paris… Est-ce un nouveau mai 68 ? Non, ce sont les « Épreuves communes de contrôle continu », dites E3C de Jean-Michel Blanquer.

La présentation il y a plus d’un an des réformes voulues par le Ministre de l’Education Nationale a soulevé d’emblée bien des inquiétudes : différences de traitement des lycéens et lycéennes face à l’examen, inégalités entre les territoires, installation d’une sorte de bachotage permanent pendant dix-huit mois, lié aux modalités mal pensées d’un faux contrôle continu envahissant. C’est peu de dire que ces problèmes et ces risques maintes fois exposés n’ont trouvé ni écoute ni embryon de réponse au ministère de l’Education Nationale.

Tout se passe comme on pouvait le craindre : les programmes de 1ère qui ne suivent plus ceux de seconde conduisent à une sorte de course infinie pour « rattraper » ce qui n’a pas été fait parce que non prévu, les conseils de classe ne réunissent plus tous les enseignants et toutes les enseignantes d’une classe puisque l’éclatement des spécialités et des options conduit les enseignants à accueillir le plus souvent des élèves de classes différentes (d’où par exemple la distribution des élèves d’une classe entre 4 ou 5 professeurs de la même matière selon les particularités de leur parcours). Surtout, l’évaluation permanente est désormais le principe organisateur de ces années de lycée pourtant si cruciales pour la formation des jeunes gens : en lieu et place de la réflexion critique fondé sur l’échange entre l’enseignant et ses élèves, l’enchainement infernal des épreuves conduit les enseignants à faire le programme au pas de charge et les adolescents sont forcés à un apprentissage mécanique. Ils sont nombreux à raconter la situation d’anxiété perpétuelle dans laquelle ils sont plongés.

Tout cela a été annoncé et dénoncé. Tout cela est arrivé.

Mais le pire était encore à venir.

En effet, l’administration de l’Éducation Nationale de haut en bas – de son ministre, aux recteurs, aux inspecteurs et jusqu’aux proviseurs – s’est lancée dans une défense et illustration du bien-fondé de la réforme en cours au mépris de la réalité de ce qui se passe dans les établissements. Confusion, précipitation et opacité règnent en maîtresses dans l’organisation des premières épreuves de la réforme du Bac, les fameux E3C. Rien n’est respecté : ni le cadre chronologique des épreuves qui devrait être commun alors qu’elles sont étalées sur trois semaines —voire plus désormais puisque de nombreuses épreuves ont été reportées sine die, ni la gestion rationnelle des banques de sujet (certains sujets n’ont pas été retirés desdites banques et ont donc été redonnés quelques jours plus tard ailleurs, après avoir circulé sur internet !), ni l’identification d’un protocole commun pour le choix des sujets ou les corrections des épreuves, ni la logistique de ce qui est censé être une épreuve d’examen national : horaires fantasques, espaces impropres à un examen, absence de banalisation de la semaine concernée sont courants, à quoi s’ajoute le scannage extrêmement chronophage de copies en partie inutilisables.

Face aux réactions de défiance ou de refus devant les E3C, réactions prévisibles et légitimes, chez de nombreux lycéens et lycéennes comme chez un grand nombre d’enseignant.e.s, la réponse apportée s’avère d’une dureté et parfois d’une violence inouïes, au sens strict du terme, parfaitement étrangères aux coutumes de gestion des conflits dans le second degré. Certains chefs d’établissement, après avoir interdit l’expression libre des lycéens et lycéennes au sein des établissements, ont appelé la police pour rompre des blocus conduits par des adolescents ; des lycéens mineurs ont été placés en garde en vue jusqu’à 35 heures sans justification, sans que leurs parents en soient prévenus ; certains ont été malmenés ; d’autres, après avoir été identifiés comme des « meneurs », ont été emmenés en minibus pour comparution au rectorat sans être accompagnés par des professeurs ou des parents d’élèves ; à l’occasion, ceux qu’on accuse du blocus n’ont pas le droit de repasser les épreuves et se retrouvent avec une note de 0/20 illégale (que les universitaires devront « oublier » au moment des évaluations sur ParcourSup) ; d’autres encore sont cadenassés dans leurs salles pour composer, alarme incendie désactivée, ou filtrés par les CRS à Rennes (les informations qui remontent des réseaux sociaux sont à cet égard concordantes et très alarmantes) ; des enseignant.e.s sont menacé.e.s de rétorsions ; d’absurdes rappels à un devoir de neutralité ou de « réserve » ont été adressés à des collègues du secondaire.

Quel autre mot que « répression », que beaucoup d’entre nous auraient trouvé naguère excessif, pour nommer ce qui se passe autour de la mise en place des réformes de M. Blanquer ?

Dans ces circonstances, la tribune des « 50 chefs d’établissement parisiens », publiée récemment dans un grand quotidien du soir, est une véritable provocation : rassemblés pour se plaindre des blocus de lycées et en appeler à des interventions plus fréquentes des forces de l’ordre en feignant de se soucier de la « fragilité » de certains de leurs élèves, et sans faire la moindre allusion aux raisons de la protestation ni même à ce que les réformes en cours font et feront subir justement aux plus fragiles, ces irresponsables, confits dans l’obéissance à leurs « supérieurs », manifestent la même propension à la surdité, à la morgue et à l’aveuglement qui règne actuellement au sommet de l’État.

Cette situation nous concerne tous, de la maternelle à l’Université : ce qui est mis en jeu dans cette répression, ce sont les libertés propres à l’exercice de nos métiers, quel que soit l’âge de ceux et celles à qui nous transmettons des connaissances et des savoirs, c’est la nature même d’un service public de l’enseignement (et de la recherche) qui suppose à la fois d’articuler des droits et des devoirs, de réaffirmer constamment le rôle social de notre travail et de nourrir la tension éthique qui l’anime et le justifie. La solidarité avec nos collègues du secondaire relève de la défense partagée de ce qui nous est commun.

Sauvons l’université !
7 février 2020

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Répression

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Les loups préparent un hold-up à 300 milliards !

« Justice sociale ! », « Justice sociale ! »… Mais dans votre bouche, « justice sociale », c’est le loup qui promet de devenir végétarien. D’ailleurs, le loup est sorti du bois. Vous l’avez vue, cette publicité d’Axa, qui présente votre réforme ?

Justice sociale ! », « Justice sociale ! »On a entendu ce refrain toute l’après-midi…J’ignore si nous devons en rire ou en pleurer.Dans votre bouche, « justice sociale »… Vous qui avez rejeté le congé de deuil, ici, il y a quinze jours… Vous qui, jeudi dernier, vous êtes opposés, seuls, seuls contre la gauche, seuls contre la droite, vous qui vous êtes opposés à des mesures en faveur des personnes handicapées… Vous qui, à votre arrivée, pour vos riches, avez supprimé l’Impôt sur la Fortune, mis fin de l’exit tax, baissé du prélèvement sur les dividendes… Tandis que pour les pauvres, vous avez baissé les allocations logement, détruit les contrats aidés… Vous qui avez fabriqué 400 000 pauvres de plus, en un an, tandis que les plus riches récoltaient 4,5 milliards d’euros…

La voilà, votre « justice sociale » ! Dans votre bouche, « justice sociale »,
mais c’est le loup qui promet de devenir végétarien… D’ailleurs, le loup est sorti du bois.

Regardez la vidéo sur Facebook, Twitter et Instagram !

Vous l’avez vue, cette publicité d’Axa, qui présente votre réforme ? Avec « la création d’une retraite à points », le groupe financier annonce,
je cite : « la baisse programmée des pensions retraites ». Pour combler cette baisse, Axa offre, bien sûr, de cotiser à un « plan épargne retraite ». La voilà, la vérité. La voilà, la vérité – proclamée par vos amis d’Axa, par vos amis de Black Rock.

La voilà, la vérité, déjà annoncée par François Fillon : « Le système par points, ça permet de baisser chaque année le niveau des pensions. » Le voilà, le hold-up préparé, dans l’ombre, mené en procédure accélérée, avec vos amis, vos amis financiers, vos amis qui vous financent. Un butin de 300 milliards ! Ca fait saliver !

Cette fois, il faut que le loup se déguise. Que vous répétiez en boucle « équité », « dialogue », « redistribution », « justice sociale »… Mais c’est comme chez Orwell, dans la novlangue d’Orwell, tous les mots se lisent à l’envers : « justice » signifie bien sûr « injustice ». Non, nous n’avons pas confiance, aucune aucune aucune confiance en vous. Les Français n’ont aucune confiance en vous. Vous entendez les financiers, mais les Français : jamais !

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Retraites : un projet toujours plus flou, toujours autant inacceptable !

Quelques aménagements au projet de réforme des retraites ont été annoncés hier par le gouvernement.

Pendant la transition (pour les générations nées entre 1975 et 2004), ce serait une « clause à l’italienne » et non une conversion des droits en points dès 2025 comme prévu initialement par le rapport

Delevoye qui serait appliquée. Le gouvernement ne donne aucune projection ni simulation d’application de ces nouvelles modalités. Or, même avec une clause « à l’italienne », rien ne garantit l’évolution du point d’indice qui servira de base à ce calcul au moment du départ.

En permettant la retraite progressive à partir de 60 ans dans le nouveau système, le gouvernement commence enfin à entendre une revendication que porte la FSU et d’autres organisations syndicales de la Fonction publique, à savoir la possibilité de réduire son activité avant l’âge légal de départ. Mais la FSU s’indigne du fait que cette possibilité ne serait ouverte qu’à partir de la génération 1975, sans considérations pour les générations qui vont partir à la retraite dans les années qui viennent et sur qui planent pourtant toujours les menaces de mise en place d’un âge pivot ou de durées d’assurances augmentées. Il suffirait pourtant de réactiver un dispositif qui existait dans la Fonction publique: la cessation progressive d’activité. La FSU rappelle par ailleurs qu’elle n’a ni précisions ni garanties sur les conditions de liquidation d’une partie de la retraite : la retraite progressive sera-t- elle un droit ou sera-t-elle soumise à accord du chef de service ? Quelle valeur de point sera appliquée ? Etc.

Enfin, le gouvernement confirme l’extinction des catégories actives, sans donner d’éléments concrets et satisfaisants sur la pénibilité, les aménagements de fins de carrière…

Au final, une seule chose est claire à l’issue de ces annonces : le gouvernement maintient le cap d’une réforme régressive, faite pour diminuer les pensions de toutes et tous. La FSU continue de demander le retrait de cette réforme et l’ouverture de discussions pour améliorer le système actuel de retraites.

Les Lilas, le 14 février 2020

Télécharger le communqiué Retraites- un projet toujours plus flou, toujours autant inacceptable !-1

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Blanquer veut « accentuer » la « dimension de mérite » dans leur rémunération AFP

La revalorisation salariale promise aux enseignants en contrepartie de la réforme des retraites se fera-t-elle en partie au « mérite » ? C’est l’idée avancée par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, vendredi 14 février sur RMC et BFMTV. De quoi tendre un peu plus les discussions déjà compliquées avec les syndicats.

« Il y a une dimension commune à tous qui va faire qu’il y a une augmentation pour tous, car il faut monter le niveau général des rémunérations. Et bien entendu, il y a une dimension de mérite, ça existe déjà en partie, et on va probablement l’accentuer », a déclaré Jean-Michel Blanquer.

« Est-ce travailler plus pour gagner plus ? En vérité, c’est plus compliqué que ça. C’est mieux que ça », a-t-il estimé. « C’est plutôt comment on donne des horizons aux acteurs de l’éducation nationale, c’est un jeu gagnant-gagnant ».

La rémunération des enseignants s’est imposée dans le débat sur la réforme des retraites, car ceux-ci seraient désavantagés par le nouveau mode de calcul des pensions qui prend en compte les primes, rares dans l’Education nationale. Le gouvernement s’est engagé à revaloriser les salaires pour compenser cet écueil. Des discussions avec les syndicats ont démarré mi-janvier, et doivent déboucher sur une loi avant l’été. La prochaine session est prévue le 24 février.

« Le mot ‘mérite’ n’avait jusqu’ici pas été prononcé »

Le ministère a déjà présenté aux syndicats quatre scénarios possibles pour la première étape de revalorisation des salaires, en 2021. Une partie de l’enveloppe serait consacrée à d’autres leviers d’augmentation, comme le financement d’heures supplémentaires sur des absences de courte durée ou encore l’indemnisation des enseignants qui acceptent de suivre des formations pendant les vacances scolaires. Un affront pour les syndicats, qui rejettent l’idée de contreparties en échange de ces revalorisations.

Vendredi, plusieurs d’entre eux ont vivement réagi à la déclaration de Jean-Michel Blanquer. « Le mot ‘mérite’ n’avait jusqu’ici pas été prononcé lors des discussions et là on ne sait pas ce qui est mis derrière », a alerté Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CDFT, rejetant l’argument du ministre : « Nous ne sommes plus dans la revalorisation mais clairement dans le ‘travailler plus pour gagner plus' ».

Cette « revalorisation sous contreparties » va forcément amener « une défiance record des enseignants envers le gouvernement » alors que « la profession est dans un état de tension forte », a commenté de son côté Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa.

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67 % des français demandent un référendum sur les retraites et ça serait… Non !

https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-leventualite-dun-referendum-sur-la-reforme-des-retraites/

LES FRANÇAIS ET L’ÉVENTUALITÉ D’UN RÉFÉRENDUM SUR LA RÉFORME DES RETRAITES

Après plusieurs mois de mobilisation contre la réforme des retraites, et alors que les discussions débutent à l’Assemblée Nationale, l’ifop pour l’Humanité et la Marseillaise a interrogé les Français sur l’éventualité d’un référendum.

Deux tiers des Français (67%) seraient favorables à l’organisation par le président de la République d’un référendum sur la réforme des retraites. Dans le détail, les catégories de Français les plus favorables à l’organisation de ce référendum sont les jeunes (70% des -35 ans contre 61% des +65 ans), les ouvriers et employés (respectivement 73 et 78% contre 66% des cadres). A noter que 55% des Français ayant voté Emmanuel Macron en 2017 souhaitent également ce référendum.

Si ce référendum était organisé, 56% des Français inscrits voteraient Non à l’instauration d’un système universel de retraites par points, tel que proposé par le président de la République et le gouvernement. Les plus jeunes y sont très majoritairement opposés (64% de Non chez les 18-25 ans), à l’inverse des plus âgés (47% chez les +65 ans). Dans les catégories professionnelles, seuls les retraités actuels (51% de Oui) et les travailleurs indépendants (66%) y sont majoritairement favorables, tandis que le cadres (51% de Non), les ouvriers (58%) et surtout les employés (72%) y sont opposés.

Par proximité politique, les sympathisants Insoumis et Communistes seraient ceux qui voteraient le plus largement contre la réforme (86% de Non), suivis des sympathisants du Parti Socialiste (73%), du Rassemblement National (66%) et d’Europe Ecologie Les Verts (63%). A l’inverse, les Marcheurs voteraient majoritairement pour la réforme (85% de Oui), suivis des sympathisants Les Républicains (65%). Cependant un tiers des électeurs d’E. Macron en 2017 voteraient Non à ce référendum (32%).

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Appel pour un comité de soutien aux mobilisations sociales

Face à un projet de réforme des retraites amené à accentuer gravement les inégalités, un large ensemble de responsables associatifs et politiques, personnalités du monde artistique, sportif et intellectuel s’engagent à la création d’un «comité national de soutien aux mobilisations» pour accompagner la convergence des luttes «qui prennent des formes inédites, diverses, ancrées localement».

Représentant·es de luttes, responsables associatifs et politiques, personnalités du monde artistique, sportif et intellectuel, nous nous soulevons ensemble contre le projet de retraites du gouvernement. Son système par points, limitant les dépenses de retraites et prenant en compte l’entièreté de la carrière, augmentera les inégalités, retardera l’âge pour bénéficier d’une retraite à taux plein et consacrera l’appauvrissement des retraité·es.

Le projet du gouvernement est fortement critiqué de toutes parts, y compris par le Conseil d’État. Face à lui s’est construite une mobilisation historique par sa force et sa durée. Une majorité de la population aspire à un autre système de retraites, qui soit juste, équitable et qui permette de faire de la retraite un nouvel âge de la vie. Cela serait tout à fait finançable comme de nombreuses études l’ont montré. Face à un gouvernement qui reste sourd aux aspirations populaires et face aux violences policières qui se multiplient, nous nous engageons dans la construction d’un comité national de soutien aux mobilisations et dans des initiatives locales. Certains d’entre nous ont déjà signé plusieurs appels allant dans le même sens.

Nous appelons à participer aux grèves et à leur soutien notamment financier, ainsi qu’aux différentes initiatives de l’intersyndicale. Nous soutenons des mobilisations qui prennent des formes inédites, diverses, ancrées localement et dessinant des convergences qui seront essentielles pour faire face à l’urgence sociale, écologique et démocratique. Les assemblées générales se multiplient dans les lieux de travail et de vie, tout comme les luttes contre la destruction des services publics. Ensemble, elles nourrissent les mobilisations contre le projet de retraites du gouvernement et plus encore, contre la politique d’Emmanuel Macron et son monde, marquée par l’ultralibéralisme et l’autoritarisme.

Nous construirons déjà une assemblée populaire contre la réforme, le 17 février, jour d’ouverture de l’examen du projet à l’Assemblée nationale à proximité de celle-ci. Nous participerons à la nouvelle journée de convergence de grèves et de manifestations le 20 février, ainsi que le 8 mars à la journée de lutte pour les droits des femmes, puisque celles-ci sont parmi les grandes perdantes du projet de retraites. Nous participerons à bien d’autres initiatives, nous en proposerons en accord avec les organisations syndicales et les secteurs en lutte, pour le retrait d’un projet qui participe à la destruction des droits sociaux et pour l’élaboration d’un vrai projet progressiste.

Signataires :

Paul Alliès (politiste, université de Montpellier)
Eric Alliez (philosophe, Paris 8)
Paul Ariès (politiste, directeur de l’observatoire international de la gratuité)
Antoine Artous (revue Contre Temps)
Ariane Ascaride (actrice)
Éliane Assassi (présidente du groupe CRC au Sénat)
Jean-Christophe Attias (universitaire)
Manon Aubry (eurodéputée LFI)
Marie Auffray-Seguette (sociologue, université de Nantes)
Clémentine Autain (députée LFI)
Lorenzo Barrault-Stella (sociologue, CNRS)
Francine Bavay (ECVF)
Esther Benbassa (sénatrice écologiste de Paris)
Rémi Bénos (géographe, université Champollion Albi / GEODE CNRS)
Ugo Bernalicis (député LFI)
Eric Berr (économiste, université de Bordeaux)
Olivier Besancenot (porte-parole du NPA)
Jacques Bidet (philosophe, Paris Nanterre)
Pascal Binet (professeur de Sciences Économiques et Sociales)
Hervé Bismuth (littérature française, université de Bourgogne)
Marianne Blanchard (sociologue, université Toulouse Le Mirail)
Philippe Blanchet (socio-linguiste, Rennes 2)
Pascal Boissel (psychiatre)
Etienne Boisserie (historien, INALCO)
Manuel Bompard (eurodéputé LFI)
Camille Bondon (artiste)
Laurent Bonelli (sociologue, Paris Nanterre)
Sylvain Bordiec (sociologue, université de Bordeaux)
Nicole Borvo Cohen-Séat (sénatrice honoraire)
Ariane Bosshard (designer graphique)
Yannick Bosc (historien universitaire)
Taha Bouhafs (journaliste)
Marie Bouazzi (ancienne présidente de Français du monde – ADFE – Tunisie)
Paul Bouffartigue (sociologue, CNRS)
Marie-Pierre Boursier (communiste et écologiste)
Philippe Boursier (professeur de sciences économiques et sociales)
Ian Brossat (adjoint au maire de Paris, porte-parole du PCF)
Marie-George Buffet (députée PCF)
Dominique Cabrera (réalisatrice)
Claude Calame (historien, EHESS)
Alice Canabate (vice-présidente de la Fondation de l’écologie politique)
Luc Carvounas (député PS)
Jacques Casamarta (Ensemble! Corse, animateur de l’association Per à Pace, pour la Paix)
Jean-Noël Castorio (historien, université du Havre)
Laurence Cathala (artiste et enseignante)
Manuel CerveraMarzal (sociologue, EHESS)
Sébastien Chauvin (sociologue, université de Lausanne)
Gérard Chaouat (directeur recherches émérite CNRS)
Bernard Charlot (sciences de l’éducation, Paris 8)
André Chassaigne (président du groupe GDR à l’Assemblée Nationale)
Sergio Coronado (ancien député écologiste)
Robert Crémieux (ancien président du MNCP)
Isabelle Cridlig (photographe, plasticienne)
Hervé Christofol (sciences de l’ingénieur, université d’Angers)
Michèle Cohen-Halimi (professeure de philosophie Paris 8)
Patrice CohenSéat (président honoraire d’Espaces-Marx)
Eric Coquerel (député LFI)
Alexis Corbière (député LFI)
Sergio Coronado (ancien député écologiste)
Alain Coulombel (porte-parole d’EELV)
Patrick Coulon (journaliste)
Annick Coupé (secrétaire générale d’Attac)
Pierre Cours-Salies (sociologue, Paris 8)
Thomas Coutrot (économiste, DARES)
Bruno Cousin (sociologue, Sciences Po)
Nathalie Coutinet (économiste, Paris 13)
Alexis Cukier (philosophe, université de Poitiers)
Cécile Cukierman (sénatrice et porte-parole du PCF)
François Cusset (historien, université Paris Nanterre)
Pierre Dardot (philosophe)
Françoise Davisse (auteure réalisatrice)
Laurence De Cock (historienne)
Anne De Haro (juriste, Gauche démocratique et sociale)
Christian Delarue (vice-président Indecosa 35)
Frédéric Delarue (historien, USVQ)
Mathias Delori (sociologue, CNRS)
Christian de Montlibert (sociologue, université de Strasbourg)
Claire Desmitt (sciences de l’éducation, université de Lille)
Pierre Dhareville (député PCF)
Vikash Dhorasoo (footballeur international)
Vincent Dubois (sociologue, université de Strasbourg)
Patrick Dubreuil (médecin généraliste)
Jean-Numa Ducange (historien)
Michel Duffour (ancien Secrétaire d’Etat)
Claire Dujardin (avocate)
Marie-Anne Dujarier (sociologue, université Paris Denis Diderot)
Laurence Ellena (sociologue, université de Poitiers)
Didier Epsztajn (animateur du blog entre les lignes entre les mots)
Jean-Baptiste Eyraud (militant du DAL)
Guillaume Faburel (professeur d’urbanisme, Lyon 2)
Patrick Farbiaz (co-fondateur de PEPS)
Didier Fassin (sociologue)
Eric Fassin (sociologue, université Paris 8)
Elsa Faucillon (députée PCF)
Anaïs Feuillette (documentariste)
Caroline Fiat (députée LFI)
Gérard Filoche (porte-parole de la Gauche démocratique et sociale)
Agnès Fine (anthropologue, EHESS)
Bernard Fischer (employé de sécurité sociale)
Marianne Fischman (professeure de sciences économiques et sociales)
David Flacher (économiste, Paris 13)
Bastien François (président de la Fondation de l’écologie politique)
Bernard Friot (sociologue, Paris Nanterre)
Bruno Gaccio (auteur)
Jean Gadrey (économiste, université de Lille)
Khaled Gaiji (président des Amis de la Terre)
Afriano Garcia (sociologue, EHESS)
Julie Garnier (oratrice LFI)
Isabelle Garo (professeure de philosophe)
Franck Gaudichaud (politiste, Université Toulouse Jean Jaurès)
Florence Gauthier (historienne universitaire)
Frédérick Genevée (responsable de musée)
Susan George (présidente d’honneur d’Atta)
Christakis Georgiou (politiste, université de Genève)
Julie Gervais (politiste, Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
François Gèze (éditeur)
Pascale Gillot (philosophe, université de Tours)
Roland Gori (psychanalyste et président de l’Appel des appels)
Camille Gourdeau (anthropologue, université Paris Diderot)
Fabien Granjon (sociologue, Paris 8)
Pierre-François Grond (professeur d’histoire-géographie)
Ozgur Gun (économiste, université de Reims)
Ingrid Hayes (historienne)
Jean-Marie Harribey (économiste, université de Bordeaux)
Anaïs Henneguelle (économiste, Rennes 2)
Thomas Hippler (historien, université de Caen)
Etienne Hubert (historien, EHESS)
Michel Husson (économiste)
Anne Isla, (économiste, Université de Toulouse)
Pierre Jacquemain (Regards)
Sophie Jallais (économiste, Paris 1)
Chantal Jaquet (philosophe, Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Arthur Jatteau (économiste, université de Lille)
Gisèle Jean (professeure de sciences économiques et sociales)
Vanessa Jérome (politiste, CESSP)
Samy Johsua (sciences de l’éducation, université Aix Marseille)
Anne Jollet (historienne, coordinatricce de la rédaction des Cahiers de l’histoire)
Sébastien Jumel (député PCF)
Pierre-André Juven (sociologue, CNRS)
Sam Karmann (acteur)
Razmig Keucheyan (sociologue, université de Bordeaux)
Pierre Khalfa (économiste, Fondation Copernic)
Pierre Labat (artiste)
Jean-Paul Labro (artiste et vidéaste)
Bastien Lachaud (député LFI)
Thomas Lacoste (cinéaste)
Jean Lafont (militant écologiste, PEPS)
Rose-Marie Lagrave (sociologue, EHESS)
Véronique Lamy (porte-parole du PCOF)
Dany Lang (économiste, Paris 13)
Mathilde Larrère (historienne)
Michel Larive (député LFI)
Marie-Amélie Lauzanne (sociologue, CESSP)
Christian Laval (sociologue)
Christian Lazzeri (philosophe, Paris Nanterre)
Yvan Le bolloc’h (acteur et musicien)
Frédéric Lebaron (sociologue, ENS Paris Saclay)
Catherine Leclercq (sociologue, université de Poitiers)
Olivier Le Cour Grandmaison (historien, université Paris Saclay)
Rémi Lefebvre (politiste, université de Lille)
Patrick Lehingue (politiste, université de Picardie)
Sandrine Lévêque (politiste, université Lyon 2)
Patrick Le Moal (inspecteur du travail retraité)
Amélie Le Renard (sociologue CNRS)
Jacques Lerichomme (ancien Conseiller Régional PACA)
Jean Lesne (microbiologiste, Ecole des Hautes Etudes de Santé Publique)
Elise Lowy (animatrice de la revue Ecorev)
Michaël Löwy (sociologue, CNRS)
Corinne Luxembourg (géographe, ENSA Paris-La Villette)
Christian Mahieu (revue Les Utopiques)
Pascal Maillard, (universitaire)
Catherine Malabou (philosophe, ENS Fontenay)
Jean-Pierre Martin (psychiatre)
Christiane Marty (ingénieure, Fondation Copernic)
Gustave Massiah (économiste altermondialiste)
Frédérique Matonti (politiste, Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Gérard Mauger (sociologue, CNRS)
Odile Maurin (activiste / handicap)
Caroline Mecary (avocate)
Jean-Luc Mélenchon (président du groupe LFI à l’Assemblée Nationale)
Denis Merklen (sociologue, Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
Daniel Mermet (journaliste)
Olivier Michel (professeur d’informatique, université Paris Est)
Catherine Mills (économiste, Paris 1)
Benoit Monange (directeur de la Fondation de l’écologie politique)
Claire Monod (coordinatrice nationale de Génération.s)
Warren Montag (professeur d’anglais et de littérature comparée, Occidental College Los Angeles)
Cynthia Montier (artiste et autrice)
Bénédicte Monville (conseillère régionale écologiste)
Robi Morder (professeur honoraire en philosophie)
Gérard Mordillat (écrivain)
Arnaud Muyssen (médecin addictologue, CHU de Lille)
Philippe Nabonnand (directeur des archives Henri-Poincaré)
Olivier Neveux (professeur d’études théâtrales, ENS Lyon)
Danièle Obono (députée LFI)
Marc Ollivier (astrophysicien, CNRS)
Elise Palomares (socio-anthropologue, université de Rouen)
Mathilde Panot (députée, vice-présidente du groupe LFI à l’Assemblée Nationale)
Xavier Papaïs (philosophe)
Willy Pelletier (coordinateur général de la Fondation Copernic)
Anne-Sophie Pelletier (eurodéputée LFI)
Jean-François Pellissier (porte-parole d’Ensemble!)
Irène Pereira (philosophe, IRESMO)
Evelyne Perrin (présidente de Stop Précarité)
Ana PerrinHeredia (sociologue, CNRS)
Christian Pierrel (porte-parole PCOF)
Ernest Pignon Ernest (artiste plasticien)
Roland Pfefferkorn (sociologue, université de Strasbourg)
Dominique Plihon (économiste, Paris 13)
Edmond Préteceille (sociologue, Science Po)
Michel Pinçon (sociologue, CNRS)
Monique Pinçon-Charlot (sociologue, CNRS)
Sophie Pochic (sociologue, CNRS)
Christopher Pollmann (professeur de droit public, université de Lorraine)
Jocelyne Porcher (sociologue, INRA)
Raphael Porteilla (politiste, université de Bourgogne)
Paul Poulain (Emancipation Collective)
Marie-Pierre Pouly (sociologue, université de Limoges)
Christine Poupin (porte-parole du NPA)
Philippe Poutou (porte-parole du NPA)
Raphaël Pradeau (porte-parole d’Attac)
Loïc Prudhomme (député LFI)
Jean Puyade (professeur d’espagnol-retraité)
Adrien Quatennens (député LFI)
Yves Quintal (directeur d’école)
Guillaume Quintin (secrétaire national du PG)
Luc Quinton (artiste plasticien)
Cécile Rabot (sociologue, université Paris Nanterre)
Thierry Ramadier (psychologue, CNRS)
Jean-Hugues Ratenon (député LFI)
Patrick Rayou (sciences de l’éducation, Paris 8)
Emmanuel Renault (philosophe, Paris Nanterre)
Jacques Rigaudiat (économiste)
Jean-Yves Rochex (psychologue, Paris 8)
Fabien Roussel (député et secrétaire national du PCF)
Régis Roussillon (professeur de sciences économiques et sociales)
Sabine Rubin (députée LFI)
François Ruffin (député LFI)
Arnaud Saint-Martin (sociologue, CNRS)
Perrine SaintMartin (designeuse et enseignante)
Catherine Samary (économiste, Paris Dauphine)
Eros Sana (directeur de publication à Bastamag)
Patricia Sander (géographe, université de Strasbourg)
Gisèle Sapiro (sociologue, EHESS)
Georges Sarda (professeur d’espagnol-retraité)
Christina Semblano (conseillère municipale Gentilly)
Patrick Silberstein (médecin, éditeur)
Patrick Simon (démographe, INED)
Maud Simonet (sociologue CNRS)
Danielle Simonnet (conseillère de Paris)
Francis Sitel (revue Contre Temps)
Eric Soriano (sociologue, université de Montpellier)
Marc Soriano (philosophe)
Alfred Spira (épidémiologiste, académie de médecine)
Alessandro Stella (historien, EHESS)
Philippe Tancelin (philosophe, Paris 8)
Bénédicte Taurine (députée LFI)
Jacques Testart (biologiste)
Julien Théry (historien, Lyon 2)
Martin Thibault (sociologue, université de Limoges)
Bruno Tinel (économiste, Paris 1 Panthéon Sorbonne)
Christian Topalov (sociologue, EHESS)
Josette Trat (sociologue, Paris 8)
Aurélie Trouvé (porte-parole d’Attac)
Eric Toussaint (CADTM)
Eric Valentin (philosophe, université de Picardie)
Patrick Vassort (sociologue, université de Caen)
Mélanie Vay (politiste, CESSP)
Maud Vergnol et Sébastien Crépel (co-directrice.eur.s de la rédaction de l’Humanité)
Marie-Pierre VieuMartin (éditrice)
Sylvie Vilter (économiste, université de Versailles Saint-Quentin)
Christophe Voilliot (politiste, Paris Nanterre)
Louis Weber (éditeur)
Karel Yon, (sociologue, CNRS/Université Paris Nanterre)
Michèle Zémor (vice-présidente agglomération Plaine Commune)
Elisabeth Zucker (sociologue, EHESS)

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Pénibilité : les syndicats se raccrochent aux branches

Pénibilité : les syndicats se raccrochent aux branches
Par Lilian Alemagna et Amandine Cailhol — 12 février 2020 à 20:11

A Matignon ce jeudi, les organisations, qui dénoncent le report de l’âge de départ en retraite pour certaines professions éprouvantes, redemanderont le retour des anciens critères. Ou, à défaut, l’ouverture de négociations par secteurs.

Ils ont laissé déborder les poubelles pour dénoncer une équation impossible. En grève depuis une dizaine de jours, les éboueurs de Paris ou encore de Marseille (qui ont, eux, suspendu leur mouvement la semaine dernière) s’opposent à la réforme des retraites. Et interrogent : comment peut-on envisager de rogner leurs droits à un départ anticipé alors que leur espérance de vie est inférieure de sept ans à la moyenne nationale ? Actuellement, parce qu’ils font partie de la catégorie dite «active» de la fonction publique, les «ripeurs» peuvent bénéficier de la retraite avant l’âge légal, entre 55 et 57 ans, à condition de justifier d’une durée de travail minimale dans cette catégorie. Mais demain, dans le futur système universel proposé par le gouvernement, seuls certains métiers dangereux, fixés par décret, tels pompier, policier, ou encore contrôleur aérien conserveraient la possibilité de partir plus tôt.


Pour tous les autres agents exposés à un risque particulier ou à des fatigues exceptionnelles, ces règles spécifiques vont voler en éclats. A la place, le gouvernement propose principalement d’ouvrir aux agents du public le compte professionnel de prévention (C2P), déjà instauré dans le privé. Mais ce dernier, qui permet d’accumuler des points en fonction d’un niveau d’exposition au risque, donne droit, au mieux, à partir deux ans plus tôt que l’âge légal. Soit 60 ans. Et encore, avec le futur âge pivot que le gouvernement prévoit de mettre en place, il faudra aller jusqu’à 62 ans pour toucher une pension à taux plein.

«Rien de neuf»
Un scénario loin d’être accepté par les syndicats, qui dénoncent une harmonisation par le bas et réclament une meilleure prise en compte de la pénibilité. Y compris la CFDT qui, bien que favorable à un système universel par points, juge les propositions de l’exécutif sur la question «insuffisantes». «C’est le vrai sujet de cette réforme des retraites», martèle le négociateur cédétiste, Frédéric Sève, présent ce jeudi matin à Matignon pour une nouvelle «multilatérale» sur les «chantiers» ouverts en janvier par le Premier ministre (pénibilité, fins de carrière, transitions et minimum de pension). Si l’entourage d’Edouard Philippe promet des «annonces» ce jeudi, cette dernière réunion, après un mois de négociations rapides sur des sujets censés adoucir l’allongement programmé de la durée du travail via l’instauration d’un âge pivot, risque de décevoir les syndicats. «Pour l’heure, cette concertation a débouché sur pas grand-chose. On attend le cadre général, mais on ne voit rien de neuf», résume Benoît Teste, de la FSU. «On n’en sait pas plus. On n’y voit pas très clair», abonde Yves Veyrier de Force ouvrière, qui a boycotté les rendez-vous. Du côté des syndicats qui acceptent le principe d’un futur système universel, on n’est guère plus satisfaits : «C’est la fin des concertations, le Premier ministre devrait quand même annoncer des choses ! On ne va pas venir pour rien !» s’insurge Dominique Corona, de l’Unsa. «Personnellement, je doute que ce soit conclusif, poursuit Frédéric Sève (CFDT). On a du mal à rapprocher les points de vue – c’est un euphémisme – sur la pénibilité.»

Car le Medef, qui a eu la peau en 2017 de quatre critères de pénibilité sur les dix créés sous François Hollande (postures pénibles, port de charges lourdes, vibrations et risques chimiques), n’entend toujours pas lâcher grand-chose. «A un moment, il faut quand même rappeler les choses, a tonné lundi son président, Geoffroy Roux de Bézieux. En 2010, la CFDT a demandé ce régime universel à points. […] On ne le demandait pas. […] Elle veut améliorer la pénibilité. Elle ne veut pas de financement. Il y a un moment, ça va bien.» Au sein de la centrale de Belleville, on s’amuse de cette sortie du patron des patrons : «La meilleure défense, c’est l’attaque, sourit Frédéric Sève. La pénibilité, c’est un sujet de fâcherie au sein du patronat, avec des branches qui ne veulent pas payer pour les autres. Mais si le Medef ne prend pas un peu de hauteur, il faudra bien que le gouvernement le fasse pour lui.»

Depuis janvier, ce dernier a mis des éléments sur la table : création d’un congé de reconversion permettant de se former six mois (avec maintien du salaire à 100 %), à condition d’avoir suffisamment de points sur son C2P ; abaissement des seuils pour en obtenir quand on travaille de nuit ; prise en compte, dans la fonction publique, de «l’usure» de certains métiers par un système de «cotation» de postes, par exemple pour les aides-soignant(e) s ou les égoutiers ; et, donc, «élargissement» de ce compte pénibilité aux agents de catégories dites «actives» qui perdront, demain, le bénéfice d’un départ anticipé. «La piste qui se dégage, on la connaît depuis le début, critique Veyrier. Substituer ce qui existe dans le privé à ce qui était en place dans le public. Pour le gouvernement, l’enjeu n’est pas d’améliorer le sort de ceux qui sont exposés.»

Comme tous les autres syndicats, le leader de FO réclame la «réintégration» des critères supprimés il y a trois ans. Il souhaite même en créer un nouveau, lié aux risques psychosociaux. «Là-dessus, on sent le gouvernement arc-bouté, peste un négociateur. Avoir enlevé ces quatre critères les empêche de les remettre.» «C’est absurde de dire que le travail de nuit ouvre droit à des départs anticipés et pas le port de charges lourdes, poursuit Frédéric Sève (CFDT). Pour nous, c’est inimaginable.» Et il est aussi absurde de considérer que celles et ceux qui travaillent derrière des caisses de supermarché ou dans certaines industries n’occupent pas des postes «pénibles»… Si la loi reste en l’état, ces salariés ne pourront toujours pas partir plus tôt, sauf à prouver qu’ils ont développé une incapacité professionnelle, le mal étant alors déjà fait.

«Véritable libération»
Pour que l’exécutif ne perde pas la face, les syndicats espèrent au moins la réouverture de négociations au niveau des branches. «Le port de charges lourdes n’est pas le même sur un chantier ou dans un Ehpad, admet Sève. Mais il faut prévoir dans le code du travail un « droit supplétif » qui puisse s’appliquer en cas d’absence d’accord. Il faut garantir un droit à un départ anticipé.» A condition de trancher la question du financement. «Le sujet c’est quand même qui paie quoi ? Surtout après que le gouvernement a dit aux employeurs qu’on ne toucherait pas au coût du travail… s’agace Veyrier à FO. Là aussi, on a l’impression qu’il marche à l’aveugle.»

Or il n’a plus beaucoup de temps. Lundi débutent à l’Assemblée nationale les débats en séance publique sur la réforme des retraites. Et la majorité répète à l’envi depuis des semaines qu’une meilleure prise en compte de la «pénibilité» permettra d’«individualiser» cet âge pivot instauré par génération – que l’on ait commencé à travailler tôt ou tard, on pourra profiter du taux plein au même âge. «Il vaudrait mieux pour le gouvernement qu’il tranche ce sujet avant le débat à l’Assemblée, prévient Frédéric Sève à la CFDT. Ça éviterait aux députés, notamment ceux de la majorité qui y sont très sensibles, de s’en emparer…» Et aux opposants à la réforme de marquer un peu plus de points dans l’opinion. Selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès, «plus la pénibilité [de leur métier] est importante et plus les actifs se montrent hostiles à une réforme des retraites». Le think tank, plutôt classé à gauche, précise : «Pour les personnes qui exercent un métier pénible avec de fortes contraintes physiques, la retraite constitue une véritable libération, même si beaucoup redoutent de ne pas pouvoir en profiter pleinement.» Emmanuel Macron a eu beau répéter en octobre qu’il n’«ador[ait] pas» le mot pénibilité, le voici forcé, avec son Premier ministre, de rouvrir le dossier.

Lilian Alemagna , Amandine Cailhol

Trois chantiers moins tendus au menu
Par Lilian Alemagna — 12 février 2020 à 20:11

Les aménagements de fin de carrière, la transition entre les deux systèmes et le minimum contributif seront également discutés à Matignon ce jeudi.

Le sujet «pénibilité» n’est pas le seul dossier de la réunion de ce jeudi matin, à Matignon, rassemblant les partenaires sociaux autour du Premier ministre. Trois autres chantiers, moins problématiques, doivent être abordés par les syndicats et le patronat : les aménagements de fin de carrière, la «transition» entre les différents régimes actuels de retraite et le système universel à points, et enfin le niveau du futur minimum contributif que l’exécutif s’est engagé depuis des mois à augmenter.

Sur le premier dossier, le gouvernement s’est engagé à développer les «retraites progressives», qui permettent à un actif de continuer à travailler en faisant moins d’heures tout en touchant une partie de sa pension. Un dispositif déjà existant mais très peu utilisé par les employeurs.

Sur les transitions, certains syndicats sont impatients de savoir comment seront calculés les bouts de pension relevant du modèle actuel pour les actifs à cheval sur les deux systèmes. Compter, au prorata, les meilleures années pour un salarié du privé dans un début de carrière risque fort de le pénaliser… Certains syndicats réclament donc une solution «à l’italienne», «pour toutes et pour tous» dit-on à l’Unsa. Ce schéma aurait l’avantage pour les salariés de voir leur carrière «projetée» sur ce qu’elle aurait pu être pour leur calculer une meilleure pension. Pas sûr que le gouvernement accepte une solution qui coûterait très cher à l’assurance vieillesse.

Enfin, le Premier ministre devrait confirmer qu’il portera, en 2025, le minimum contributif pour une carrière complète à 85 % du smic (1 000 euros dès 2022). Mais cela seulement pour les futurs retraités, pas les actuels. Les syndicats réclamaient 100 % du smic et l’élargissement de la mesure aux temps partiels.

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« Quand est-ce qu’on marche vers les lieux de pouvoir tous ensemble ? »

Après un premier entretien mi-décembre, nous avons de nouveau rencontré Torya, cheminote et gilet jaune, pour faire le point sur la lutte en cours contre la réforme des retraites portée par le gouvernement Macron. Comment poursuivre le mouvement alors que les travailleurs de la RATP et de la SNCF ont été contraints de cesser leur grève reconductible entamée le 5 décembre ? Comment expliquer le décalage entre la radicalité grandissante des actions ponctuelles de type coup de poing et la pacification des manifs de rue ? Alors que de nombreux autres secteurs rejoignent le combat (les lycéens, les étudiants, mais aussi les éboueurs), quelles perspectives peut-on formuler pour la séquence à venir ?
Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous avons voulu, avec Torya, apporter des éléments de réponse.

ACTA : Pour commencer ce nouvel entretien, peut-être faudrait-il faire un point sur la situation dans ton secteur. Peux-tu essayer de faire une topologie de la grève actuellement à la SNCF ?

Torya : La grève à la SNCF, dans son caractère reconductible et fort en termes de pourcentage de grévistes, n’est plus aussi criante qu’au début du mois de décembre. En effet, les vacances de Noël ont porté un coup fatal à la mobilisation. Malgré la tentative de ne pas faire de trêve, qui était le mot d’ordre de nombreuses AG, les faits sont là. D’ailleurs, la (re)mobilisation des troupes sur le terrain a été très difficile, beaucoup d’agents étant en congés durant cette période. Comme je l’ai souvent dit dans mes différentes interventions, il y avait aussi le fait que les piquets à la SNCF étaient quasi-inexistants. C’est très dur de se rendre compte d’une mobilisation sectorielle sans la traduction visible du terrain que représente la tenue des piquets de grève. Pour moi c’est un point fondamental : quoi d’autre que ces piquets pour se retrouver, pour s’auto-organiser, pour parler stratégie, actions, remobilisation ? La tenue des AG quotidiennes dans les dépôts a pu jouer un rôle de ciment entre les cheminots grévistes et, pour certaines AG ouvertes à d’autres secteurs professionnels comme chez nous à Vaires, les liens créés durant les AG ont perduré dans le temps.

Mais les AG seules ne sont malheureusement pas suffisantes. Et cela se traduit dans le paysage de la lutte. En région parisienne, la RATP a été beaucoup plus mobilisée et plus déterminée que nous, cheminots. On ne va pas se mentir ni se raconter des histoires, c’est la RATP qui a placé la date du 5 décembre. Ils ont préparé cette date plusieurs mois à l’avance, comme me l’a raconté Adel, tractionnaire RATP. Qui dit grève reconductible dit préparation financière sur plusieurs mois pour compenser l’après-grève. À la SNCF cette préparation n’a pas eu lieu, on s’est agrégé à la grève sans préparation, on a tout de suite mis en place des caisses de grève dans chaque dépôt, qu’on reversait ensuite dans la caisse régionale. Nous, à Paris-Est, c’est l’option qu’on a choisie pour une meilleure répartition, transparente, gérée par un comité composé de deux personnes de chaque syndicat et de deux personnes non syndiquées. Cela a été possible grâce à la solidité de l’entente entre les différentes Organisations Syndicales de Paris-Est. Comme quoi, quand le mot d’ordre et la méthode de grève sont les mêmes, cela facilite énormément les choses. En 2018, les AG n’avaient pas du tout cette teneur.

ACTA : Quel bilan tires-tu de la première séquence du mouvement ? On a un peu le sentiment qu’il y a eu une tentation – différemment formulée mais au fond partagée dans tous les secteurs et les espaces politiques – de se dire : « Il y a eu le cortège de tête, les gilets jaunes, mais là c’est un mouvement social classique, à l’ancienne, et c’est la grève et les secteurs clés qui vont réussir là où tout le monde se casse les dents ». Sauf que malgré l’audace et la détermination à la SNCF et la RATP, ça semble insuffisant…

Torya : Évidemment, et tous les courants politiques qui ne jurent que par la grève se sont empressés de dire qu’enfin nous entrions dans le dur, que les travailleurs ont compris qu’on ne peut gagner que par la grève, etc., ils vont d’ailleurs jusqu’à soutenir que c’était la limite du mouvement des GJ de n’avoir pas su aller vers la grève.

Là, et c’est mon point de vue personnel, ceux qui pensent cela ont ou bien un regard biaisé de ce qu’étaient les grèves jusqu’en 1995 ou bien n’ont rien compris à ce qui se passe actuellement. Je m’explique. Les GJ qu’on le veuille ou non ont apporté la radicalité, l’insoumission aux déclarations de parcours bidons Bastille/Nation, ils ont mis dans la rue les manifestants au même plan : tu ne vois pas de GJ rangés derrière un camion jaune doré puis d’autres derrière un camion jaune fluo, etc. Il n’y a pas de camions, et on peut me dire que je suis obsédée par cette histoire de ballons et de camions mais ce qui m’importe, c’est ce que ça reflète : la non-cohésion entre les grévistes et les manifestants. On va préférer défendre son camion plutôt que son collègue de boulot qui a juste une autre étiquette. Pour la cohérence et l’image que cela renvoie, c’est un tue-manif. Comme à la dernière manifestation, où on est tous partis ensemble dans le métro et, arrivés à place d’Italie, les gens se sont séparés et ont bien sagement regagné leur ballon.

Au delà de cette question, les manifestations syndicales, même si le cortège de tête est animé et fournit plein de banderoles super jolies, ça reste du folklore. Je reste convaincue que les manifestations doivent traduire la colère des manifestants. Et c’est ce qui s’est vu avec les pompiers, tout le monde était surpris de voir une telle radicalité, de les voir arracher les barrières anti-émeutes et monter sur le canon à eau. Cela traduit une extrême colère totalement justifiée puisque cela fait 6 mois qu’ils sont gentiment en grève et sont totalement méprisés. En 1995, 1986 et lors d’autres grèves victorieuses, les manifestations étaient un des éléments de la contestation, il y avait des sabotages, des blocages, et des piquets de grève massifs. C’est donc complètement utopique de penser qu’on y arrivera juste en étant nombreux.

On n’est plus dans la même configuration sociétale, l’uberisation du travail dans le secteur privé rend difficile toute tentative de grève. Ça, les GJ l’ont compris, mais les éternels professionnels de la lutte toujours pas. Tout comme les ronds-points, qui ne sont ni plus ni moins que la traduction contemporaine des piquets de grève. Cet aspect et ce qu’il a apporté au mouvement n’a pas été compris. La grève gagnante, c’est le résultat d’une somme de différents facteurs, maîtrisables ou pas, mais à ne pas occulter. On va revenir au slogan, mais “Grève+Blocage+Manif Sauvage=Macron Dégage”.

« Quand est-ce qu’on marche vers les lieux de pouvoir tous ensemble ? »

ACTA : Comment perçois-tu le fait que la grève ne se soit pas réellement étendue au-delà de la RATP et de la SNCF ? On dirait qu’ils ont été un peu abandonnés par les autres secteurs, et ça se ressent dans l’expression logique d’une certaine amertume. En même temps, c’est inquiétant pour les capacités d’organisation d’une part des centrales syndicales, d’autre part des travailleuses et des travailleurs, vu l’ampleur de la détestation de Macron et du rejet de la réforme.

Torya : Il y a une espèce d’attentisme qui s’est installé depuis plusieurs années, où on attend de voir ce que ça donne avant de voir si on se bouge ou pas, sans compter ceux qui disent : “On vous soutient, ne lâchez rien”. C’est hyper touchant mais la grève par procuration n’a jamais fonctionné. Et pour le peu de cas où elle fonctionne, cela se transforme en négociations sectorielles.

Au delà de la SNCF-RATP qui ont un pouvoir de blocage évident, d’autres secteurs sont susceptibles de bloquer le pays comme les éboueurs, les raffineurs et les dockers, les électriciens, les gaziers, les enseignants du primaire, les routiers et tant d’autres. Encore faut-il qu’on en parle et cette grève était médiatiquement francilienno-centrée. C’est un fait qui a son importance, par exemple pour les agents de la centrale de Gravelines ou encore les dockers des ports qui sont en grève depuis le 5 décembre et dont personne ne parle. C’est pour dire à quel point les médias ont un rôle important et quand ils ne viennent pas, il faut aussi faire comme les GJ, se filmer tout seul et balancer les vidéos sur les réseaux, c’est comme ça que l’on peut espérer une visibilité.

Du coup, la reprise du trafic des transports est devenue une échelle de référence sur la mobilisation. Mais on voit que, malgré la reprise, la mobilisation continue sous d’autres formes et avec d’autres secteurs comme les étudiants, lycéens, enseignants-chercheurs, avocats, professeurs du second degré.

Il y a plein de secteurs en lutte à qui on ne donne pas autant de visibilité et c’est bien dommage car c’est aussi une guerre de communication qui se joue. Certains l’ont très bien compris comme l’Opéra de Paris, avec les représentations sur le parvis, mais aussi les jets de robes des avocats, de livres des enseignants, les flashmobs… On ne manque pas de créativité chez les grévistes. Mais on est toujours face à ces même barrières sectorielles et/ou rangés derrière son ballon dans les manifs. Quand est-ce qu’on va prendre d’assaut le périph et marcher vers les lieux de pouvoir tous ensemble ? Grévistes, pas grévistes, GJ, pas GJ, syndiqués ou pas mais unis, comme ce qui s’est fait à Barcelone ou au Chili.

ACTA : Il y a un élément très frappant, et sur lequel j’aimerais que tu reviennes un peu, c’est l’éclosion, ou l’entrée d’une nouvelle génération dans les luttes, en particulier à la RATP. C’est une nouvelle génération qui ne ressemble pas forcément aux précédentes, active notamment à La Base ou au RS (Rassemblement Syndical), composée aussi de non-syndiqués, et qui joue un rôle très important dans la détermination qu’on observe…

Torya : Je ne pense pas que ce soit isolé au seul cas de la RATP : c’est toute une génération, celle des trentenaires, qui commence à se réveiller, comprenant que son avenir est en péril avec toutes ces réformes gouvernementales.

C’est assez surprenant d’ailleurs car généralement dans les mouvements sociaux assez durs on trouve beaucoup de cinquantenaires d’une part et de très jeunes qui font leurs armes dans les manifs d’autre part, mais pas les trentenaires qui ne se sentent pas concernés car loin des préoccupations sociales, plus à même de se concentrer sur leur carrière, et surtout leur évolution. Si je dis ça c’est que, même chez les GJ, c’est la majorité des personnes que j’ai rencontrées, mais je ne suis pas sociologue pour bien comprendre ce phénomène. Je ne vais pas dire que c’est la génération “club Dorothée” et “Mini-keums” mais presque. C’est un éveil des consciences de cette tranche-là et, on le voit bien, ils font partie des plus déterminés sur les actions et dans les manifestations.

Puis, il suffit de voir réellement le visage des cortèges de la coordination RATP-SNCF pour comprendre ce qu’il se passe. Tout comme l’émergence des syndicats La Base et RS, qui n’est que le reflet de l’échec des centrales syndicales historiques n’ayant laissé aucune place à l’initiative et à l’intelligence des agents, hommes et femmes, issus de quartiers populaires ou des banlieues. C’est une forme d’auto-organisation des agents de la RATP qui n’ont pas voulu se séparer de l’outil syndical mais qui ne se retrouvent pas dans les organisations syndicales traditionnelles.

« Quand est-ce qu’on marche vers les lieux de pouvoir tous ensemble ? »

ACTA : La dernière fois, tu disais qu’il manque de la radicalité, et on a un peu l’impression que c’est le tournant qui s’opère actuellement. On entre dans une sorte de guerre de position, où les actions exemplaires et offensives viennent à la fois prendre le relais d’une grève qui n’a pas su s’étendre, mais aussi signaler l’ouverture de fronts et établir une sorte de tension permanente : on le voit avec les vœux des élus, Macron au théâtre etc. Parallèlement, les manifs restent très pacifiées, à cause de la police bien sûr, mais il semblerait aussi que les pratiques de débordement des GJ et du cortège de tête « historique » se répandent peu pour le moment, notamment dans la nouvelle génération de grévistes. Comment vois-tu les choses ?

Torya : La radicalité est venue tardivement – mais mieux vaut tard que jamais – et avec une forme assez singulière, comme aller au théâtre où se trouve Macron ou aller saboter les voeux des différents députés et élus LREM, partout où c’est possible. C’est une manière de rendre visible la colère envers le gouvernement et de montrer que la mobilisation n’est pas éteinte. Pour revenir à la passivité et au pacifisme des manifestations, lors de la dernière manifestation c’était incroyable. Les policiers étaient tellement sereins qu’ils ont marché dos aux manifestants alors que d’habitude ils leur font face et ils étaient donc en première ligne du cortège de tête, à croire que c’était une manif de CRS ! Là, vraiment, on a atteint le level ultime de la manifestation qui n’a même plus de sens.

En ce qui concerne le fait que la nouvelle génération de grévistes soit encore dans des automatismes pacifistes, pour être honnête je pense que l’on n’a pas encore atteint le niveau de colère des pompiers, on le voit bien sur le terrain. Aussi, le fait de rester dans le fameux entre-soi ne permet pas d’explorer et de comprendre d’autres visions, on suit ceux qu’on pense être des professionnels et on n’essaie pas de voir qu’il y a d’autres manières de manifester. Après, chacun sa vision de la manifestation mais les parades Disney, chanter, danser, très peu pour moi.

De plus, la préoccupation dans les manifs concernait surtout les caisses de grève et il est difficile d’être à l’offensive quand on cherche à remplir les caisses. Ce qui est légitime d’ailleurs, là n’est pas la question.
De fait, ce pacifisme est dû aux déclarations, aux chars, aux parcours sous contrôle, et c’est très compliqué de faire sauter tous ces verrous. La coordination RATP-SNCF elle-même a tenté de faire une manif le 2 janvier. 3000 manifestants, c’est bien, mais pourquoi l’avoir déclarée et pourquoi ce camion SUD ? On considère que ce n’est rien, mais c’est pourtant la preuve que l’on a pas encore réussi à s’affranchir du joug des bureaucraties qui tiennent ces manifestations syndicales d’une main de métronome.

ACTA : D’ailleurs, si les pratiques circulent peu, j’ai l’impression que c’est aussi lié à l’étanchéité entre les secteurs. À Paris, il n’y a toujours pas de cadre réellement large qui soit digne de ce nom, mais quelques cadres plus ou moins ouverts, dont le plus actif est la coordination RATP-SNCF, à l’initiative du CCR (tendance du NPA qui anime le journal Révolution Permanente). Comment expliques-tu cette absence de cadre unitaire ?

Torya : C’est un grand, long et épineux débat. Je vais quand même donner ma vision sur la situation. Il y a l’étanchéité entre les secteurs qui pose problème mais aussi le fait que les militants politisés ne laissent pas aux grévistes non politisés la liberté de faire leurs propres expériences et le fait de vouloir tout contrôler n’est pas un fin calcul. Cela exaspère beaucoup de grévistes, surtout quand ça se transforme en guerre de chapelles. Pour être extrêmement franche, la coordination RATP-SNCF n’a pas été au bout de son processus d’auto-organisation. Lors des premières réunions avant la grève, il y avait des profs, des GJ, c’était enthousiasmant, et puis ça a fini dans un entre-soi militant de la RATP. Il faut arrêter de se raconter des histoires, la coordination a été boudée par les cheminots, c’est un constat de terrain.
Les grévistes de la RATP ont pour beaucoup fait leur première expérience d’une grève dure, ils n’ont donc pas l’expérience de tout ce marasme du monde militant. De leur côté, les cheminots avaient fait l’expérience de l’Intergare, cet organe ayant émergé en 2018, qui n’a pas su être réactivé pour cette grève. La question est de savoir pourquoi ? Si on avait réellement fusionné l’Intergare et la Coordination, cela aurait sûrement été une autre histoire.

Les guerres d’égos, le sectarisme, l’entre-soi, ce sont des poisons pour les mobilisations. Même constat pour les AG interpro d’un autre courant du NPA. On ne gagnera jamais à s’opposer et à vouloir sortir le plus fort et les pecs plus gonflés, à qui fera le plus beau cortège… Mais qui veut l’entendre ? Surtout quand on voit le peu de place laissée aux femmes, que ce soit dans les médias, dans ces AG ou dans les manifs. Des idées, des actions et des stratégies, il y en a partout et chez tout le monde, encore faut-il garder une once d’humilité.
Pour le reste, la RATP Bus a été très active dans cette coordination, c’est même le principal noyau et les piquets tournants qui ont été mis en place étaient une très bonne stratégie qui a payé car c’est ce qui a gonflé les rangs de la coordination.

ACTA : Comment vois-tu la suite des choses, à la fois pour l’ensemble du mouvement mais aussi pour ton secteur ?

Torya : La phase de grève reconductible est terminée, dans mon secteur tout le monde a repris. Les manifestations syndicales continuent une fois par semaine et des actions pour soutenir les éboueurs commencent à émerger, comme le #PoubelleChallenge et les blocages des centres de tri des déchets, sans oublier les manifs GJ du samedi qui continuent, mais cela reste encore épars et évidemment insuffisant par rapport à la machine écrasante que l’on a en face. Alors oui, toute action est bonne à prendre, comme la tournée dans les universités et les lycées pour les E3C, proposée par la coordination, qui a été efficace pour créer les liens dans ce secteur. Les attaques sont nombreuses et dans tous les secteurs. Cela dit, étant donné l’amateurisme du gouvernement et la position du Conseil d’État sur la réforme des retraites qui va dans notre sens, il y a encore de l’espoir. Et bien que le gouvernement veuille passer en force avec un 49.3, ça pourrait être une aubaine pour une éventuelle insurrection ou un soulèvement populaire.

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